‹ Les antibelChapitre 24 sur 27 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

pied, et le soulier avec. Antibel sait bien à qui la chaussure.

L'horreur le réveille; il se secoue, se retourne, et presque aussitôt il glisse dans un nouveau cauchemar.

Il lui semble qu'il va au-devant de Jane qui garde les ouailles sur le causse d'Anglar. De loin, il voit le troupeau épars sous le soleil, parmi les ombres courtes et raides des genévriers et des buis.

Antibel s'avance, pressé de rejoindre la bergère, blottie à l'ombre, au fond de la cache de pierre; et, dans sa hâte, il franchit, sans même les toucher de la main, les murs qui enferment les petits clos sans culture.

Mais, insensiblement, les murs se font plus hauts, presque inaccessibles; les rocs s'éboulent sous ses pieds, ou s'érigent quand il veut les enjamber. Une méchanceté sort des choses; et, comme si cette malfaisance prenait vie, dans la brèche d'un mur qu'il doit franchir, le bouc Barabbas, le camarade de Gâte la sorcière, lui barre le passage : un bouc immense avec des yeux de braise et une barbiche grimaçante...

Le soleil en même temps a disparu; une blancheur triste est sur le causse; un ,clair de lune sans lune. Le terrain sonne creux sous les pieds d'Antibel et il marche avec précau tion, comme s'il avait peur d'éveiller quelqu'un. Les pierres devant lui sont si blanches qu'elles l'obligent à les regarder. Et alors seulement il s'aperçoit qu'il y a de l'écriture dessus, un nom, une date.

Le causse est un grand cimetière en ruines; les pierres sont des pierres tombales. Des vols lourds de chauves-souris festonnent dans la pâleur crépusculaire. Des piétinements de betes nocturnes fourmillent dans la broussaille. De la peur sort des trous qui béent çà et là comme des fosses récentes.

La cache de berger est proche maintenant; mais Antibel n'est plus si pressé d'y arriver. Il sait qui il trouvera assis au fond, quelle figure entortillée dans le suairci

Elle est là, devant lui; ses bras s'ouvrent.

Antibel s'éveille.

Où est-il? Oh! ce lit où est morte la Fabiane.

Vite il rejette les draps, s'habille; à tâtons,

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