‹ Les antibelChapitre 25 sur 27 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

il cherche, il pousse la porte extérieure.

La lune s'en va. Des clartés pâles jonchent la cour, meurent sur les toitures. C'est comme dans le rêve. Et ces silhouettes d'arbres, làhaut sur l'horizon, cette bâtisse qui se carre, ces croix autour; c'est l'église, c'est le cimetière de Saint-Irech.

C'est Fabiane!

Antibel se détourne.

Il aime mieux regarder la grange en face, et la toute petite fenêtre qui éclaire le réduit de Jane. Elle dort sans doute, la blonde qui l'empêche de dormir.

Oh! s'il osait!

La voir seulement, l'embrasser un peu, le délivrerait sûrement de ses peines. La posséder le libérerait peut-être de son amour.

Antibel hésite et, pendant qu'il regarde, une lueur monte derrière lui; des roses fleurissent à la vitre de Jane; une pointe d'air vif remue les feuilles des sureaux au bord du précipice; un coq bat de l'aile dans le poulailler; un merle flûte dans les taillis.

Le jour arrive.

La petite fenêtre s'ouvre; un bras demi-nu

€o LES ANTIBEL.

pousse le volet, et la figure apparaît sur l'obscur de la chambre, les yeux mi-clos, blanche de sommeil.

Presque en même temps, Front déverrouille la porte de l'étable; Martril sort; le seau de cuivre à la main, elle s'achemine vers la fontaine.

Antibel descend à son tour. La tête encore pesante, mais les doigts agiles, il aide le valet de charrue à imposer le joug aux jeunes vêles qui regimbent.

C'est fini pour un jour des bons et des mauvais rêves.

La vie recommence.

Antibel va travailler.

T'EJESMIÈliE iOU1i?^ÈE

TTiEmiÈTiE gOUT{V^ÉE

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la moisson; tout le monde champs. Volets iclos, portes closes, la Dérocade dort, écrasée de soleil. Les pierres brûlent, les chaumes pétillent, les verdures se pâment. Un accablement heureux flotte dans l'air.

Martril et Mette, — Guillaumette, — la

sœur cadette de Jane, cueillent des haricots au jardin.

Près d'elles, dans l'herbe flétrie, des sauterelles biiiissent, la gargoulette pendue à la maîtresse branche du figuier pleure des gouttes lentes, ou bien c'est une prune trop mûre qui s'écrase à terre, en laissant échapper un parfum de miel.

Nu-pieds, sans rien sur le corps que sa chemise et sa jupe, la figure ardente et moite dans l'ombre de la paillole, la petite arrache les gousses sèches qui éclatent en pluie blanche entre ses doigts et les jette à poignées dans le tablier de Martril. Elles causent.

METTE

Et vous dites qu'il n'avait pas plus desept ans d'âge, votre Jan, quand il se battit avec le bélier?

MARTRIL.

Pas tout à fait sept ans. Et quoiqu'il

eût été rossé deux fois, — et il en portait les marques, le pauvre petit, — il ne voulait pas se rendre. Il lui donnait sur le museau de toute sa force, avec son bâton de berger; et il l'insultait en le frappant. Peut-être en serait-il venu à bout tout seul, si on ne s'était pas porté à son secours.

METTE

Alors il n'avait pas peur.^^

MARTRIL.

Peur, lui! Pour dénicher les jeunes corneilles dans les trous du rocher de Vieuzac, vingt fois il faillit se casser le cou. Tu le connais, ce rocher. Des passages où il faut sauter comme un cabri ou ramper à plat ventre à la façon des couleuvres ?

METTE

a interrompu sa cueillette pour mieux écouter; sa curiosité n'est pas satisfaite :

Et qu'est-ce qu'il en faisait, une fois dénichées, de ces corneilles?

MARTRIL.

Tout ce qu'il voulait; il les enseignait à miauler aussi bien qu'un chat et même à parler comme les chrétiens. C'était à ça qu'il s'amusait, aux veillées, ou bien à monter des cages, car il travaillait l'osier aussi délicatement que s'il avait été vannier de son état.

Ah, notre Jan! on ne s'ennuyait pas avec lui. Des histoires pour rire, des devinettes, il en avait tant qu'on voulait. Des chansons aussi. Les complaintes que les ambulants débitent pour un sou dans les

foires, courtes ou longues, s'il les avait seulement entendues une ou deux fois, l'air et les paroles, il savait tout par cœur. Et il chantait si bien!

METTE

Aussi fort que Piboul, le chantre de Saint-Irech.î^

MARTRIL.

Encore plus fort. Quand on était à moissonner comme aujourd'hui, au champ des Eques, de l'autre côté de Gombe-Nère, si nos gens se mettaient à chanter la chanson de Jane d'Aïmè, comme ils la chantent présentement, — écoute! — sa voix passait par-dessus toutes les autres.

Martril se tait et aussitôt arrive de très loin, grave ainsi qu'une musique d'église, la chanson psalmodiée par

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