‹ Les antibelChapitre 4 sur 27 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

Des oies se dandinent à la file; une poule étire son aile avant de grimper au juchoir.

Puis, c'est comme un bruit de pluie qui marche, l'arrivée du troupeau.

De la poussière court au-devant, enveloppe la pastoure.

JANE

la promise d'Antibel, qui s'avance, la quenouille sous le bras, calme, l'air très doux.

Au droit de la maison, elle s'arrête, hèle Finette, la chienne, la gouverne de la pointe du fuseau :

Prr... Finette! mène-les! Vilement, Finette !

Avec un mouvement de docilité enfantine, l'une après l'autre, les ouailles se jettent dans l'ouverture très basse de leur étable.

Et voici paraître à l'opposé, sur le chemin qui dévale du causse, le chariot et son attelage de vaches.

ANTIBEL

les commande à voix âpre et lente :

l8 LES ANTIBEL.

Ah! Casta! ahl Maouré!

A chaque pas, des racines, des arêtes de rocher en saillie soulèvent les roues qui grincent, et la machine roule péniblement, comme suppliciée, jetant une plainte que répète le roc d'Anglar.

La plainte cesse; le chariot s'est arrêté devant la porte charretière.

Assisté de Front, le valet de charrue, le maître décharge à pelletées la récolte de pommes de terre.

A tâtons, car le jour défaille tout à fait, ils détellent les vaches, garnissent la mangeoire.

Ils montent à présent l'escalier de pierre.

Front plus alerte, dans le contentement de la nourriture prochaine; Antibel pesant, presque grave, avec la carrure et la démarche de l'homme mûr et du paysan riche.

La porte massive, cloutée du haut en bas, se referme sur eux.

Jane et Front s'asseoient sur le banc de chêne qui borde la lablo, Antibel en face d'eux, le dos au mur, comme il convient.

Page 1