‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 10 sur 129 · I.A CAPPELLA GRECA · texte numérisé non relu

I.A CAPPELLA GRECA

qui est une peinture faite au IIl” siècle sur enduit sec, copie sur place, ce semble, d’un original peint à fresque, et une seconde peut-être du même style, 1’A.doration des Mages, ce sont là dos fresques contemporaines do la construction de la chambre. C’est dire qu’elles remontent ou touchent au siècle.

Non loin de la cappella, çp'eca, au bord do la région primordiale du cimetière de l’riscille, est la peinture de la Vierge dont nous avons parlé, située soiis remplacement de la basilique de Saint- Sylvestre. M. de Rossi appelle cette peinture et celles de la cappella (jreca « très-anciennes, aidichissime » 11 dit de la première : K Nous la jugerons ou contemporaine, ou voisine des premières « origines chrétiennes; en un mot, nous la rapporterons soit au « temps des Flaviens et de la prédication apostolique, soit à l’époque « de Trajan et d’Hadrien, et au plus tard des premiers Antonins^ » Or, les peintures de la cappella greca, pour le genre et la manière, si ce n’est pour la perfection de la forme, qui peut tenir en partie au calent personnel de l’artiste, seraient plus anciennes encore. « Là, écrit le grand archéologue romain, se trouve cette crypte mer- « veilleuse dont j'ai parlé et qui se nomme chapelle grecque : on y « admire des fresques qui approchent de la nôtre par leur style et « qui représentent des femmes vêtues comme la Vierge, et j’yre- « connais le type classique gréco-romain, encore plus fortement « rendu que dans notre planche î L » Ou peut donc répéter des fresques de la cappella greca ce que M. de Rossi dit un peu plus loin de « cette image de la Sainte-Vierge tenant son divin Fis et reproduite sur cette planche : c’ « est une œuvre exécutée sous les « yeux des Apôtres, ou peu s’en fautL »

Eh bien ! cette œuvre est restée jusqu’à présent en grande partie inexpliquée, et en partie même inaperçue.

Bosio qui a vu ces peintures, sa signature à la cappella greca le prouve, n’en a rien dit. Une partie des figures était cachée sous l’enduit déposé par le temps, et la chapelle était encombrée en partie

‘ Bulletino, 1870, p. 56 ^ Immagini, p. 17.

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de terres et de graviers. C’est ainsi que l’a trouvée et dessinée d’Agincourt (jui y a mis deux fois sa signature que nous avons lue avec les dates de 1782 et 1786. La commission d’archéologie sacrée l’a rendu en 1863 à sa forme, et une partie des figures est ressuscitée sous les nettoyages. En somme, on a reconnu au-dessus de l’entrée primitive l’Adoration des Mages ; sur la paroi en face. Moïse frappant le rocher, et au-dessous les trois Hébreux dans la fournaise; à gauche^ des restes du Paralytique emportant son lit, et l’une des quatre Saisons; de ce coté, et en face, deux grandes compositions connexes couvrant sur une large zone toute la partie centrale de la muraille. Des copies de ces peintures, les Mages, le Paralytique et la Saison exceptés, sont au musée sacré du Latran. Seroux d’Agincourt, qui les a vues imparfaitement et les a dessinées sommairement, eu a le premier donné connaissance au public dans son Histoire de l’Art par les monuments, depuis sa décadence au /P siècle, jusqu’à S07i retioueelleynent au XV H, publiée de 1809 à 1823, t. YI, pl. 9. Le U. P. Garucci, jésuite, vient d’en publier des dessins meilleurs à certains égards, mais qui ne sont pas satisfaisants encore, dans sa Stoj'ia délia Arte Cristuma nei py'inn otto secoli délia Chiesa, en voie de publication à Prato, t. 11, 1873 ', tav. i.xxx“ et i.xxx*'. L’illustre archéologue écrit, en parlant de la cappella (jreca : « Le « cubiculum, dont je donne quasi toutes les peintures dans cette « planche et la suivante. » Un verra combien cette assertion laisse à désirer, surtout pour les détails. Ce qui est trop exactement vrai, c’est que la majeure partie des peintures publiées, à savoir les deux grands tableaux, couvrant pour ainsi dire les murs latéraux, est restée jusqu’à ce jour un problème ou plutôt une énigme.

D’Agincourt écrit : Autres peintures de la même chapelle, médites, » sans un mot d’interpretation. M. Perret, reproduisant deux des trois sujets que présentent les deux tableaux, appelle 1 un : Couronnement d’une martyre, et l’autre : Ln monument et quatre figures ^ M. Léon Rénier, de l’Institut, reproduisant le premier titre, le commente ainsi :

‘ Le tome I®' a paru en 1872.

’ T. III, pl. XXIV, XXV.

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Cette peinture se trouve sur une des parois de la chapelle et représente au milieu une femme voilée, vêtue d’une longue tunique et d’un manteau. Deux personnages, placés de chaque côté, semblent la couronner ; nous nous sommes cru autorisés à le penser en remarquant une couronne sur le dessin que d’Agincourt a donné de cette peinture à une époque où elle devait être moins détériorée qu’aujourd’hui

Il donne et commente ainsi le second ;

Un monument et quatre figures. Il nous serait bien difficile de donner quelque sens à cette peinture, singulièrement endommagée par le temps. Au milieu est une Orante dont la tête paraît couverte d’un voile. Elle porte une longue tunique recouverte d’une espèce de manteau. A gauche est un personnage vêtu d’une courte tunique, et près de lui un monument dont l’entrée est ornée de draperies. A droite se \oit un groupe informe de deux personnages qui ont chacun un bras étendu du côté de l’Orante. D’Agincourt, qui a publié une partie de cette fresque ainsi que la précédente, les place entre le IV« et le V« siècle

M. l’abbé Martigny, l’auteur du beau Dictionnaire des antiquités chrétiennes., allant plus loin dans cette voie, écrit à son tour ; « M. Perret donne après d’Agincourt une fresque figurant le cou- « ronnement d’un martyr par deux personnages qui, selon toute « probabilité, ne sont autres que Dieu le Père et Dieu le Fils « et il insiste ailleurs * sur cette conjecture hardie, que le P. Garucci doit rejeter avec de très-fortes raisons. Qui donc, dit-il, couronnerait rOrante ? Deux hommes ? Mais ce serait sans exemple. Il n’y a

que Dieu qui couronne. Le Père et le Fils ? L’exclusion du Saint- Esprit serait inexplicable. Sur les monuments chrétiens, la couronne est toujours donnée par une main céleste, celle de Dieu le Père, suprême arbitre et auteur de tout bien. Ces raisons sont rendues décisives par l’examen de la peinture, qui offre tout autre chose qu’une bienheureuse dans l’Orante et des figures célestes dans ceux qui sont censés la couronner.

Le R. P. Tongiorgi, jésuite, le si docte conservateur, jadis ! et si aimable interprête du musée Kircher, a proposé depuis, pour ces

' T. Vf (1855), p. 79.

^ ïbid. Il est inutile de remarquer combien d’Agincourt s’est trompé avec cette date.

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peintures, une interprétation qui avait attiré l’attention de M. de Rossi. Elles représenteraient trois fois sous les traits d’une Orante Ste Félicité, la célèbre martyre romaine, dont deux des sept fils, Félix et Philippe, ont été déposés en ce cimetière de Priscille, introduite avec ses fils dans la béatitude. Ici, elle serait au milieu de trois d’entre eux, près des tabernacles éternels; plus loin, deux la couronneraient près d’un arbre indiquant le Paradis ; enfin, elle apparaîtrait auprès de la montagne céleste^ à côté du plus jeune de ses fils, Sylvain,, déposé avec elle au cimetière de Maxime, voisin de celui de Priscille '. Mais cette interprétation soulève bien des objections. Aucun nom, aucun indice spécial ne nous rappelle ici la famille de martyrs qu’on propose. Les deux fils de Ste Félicité, Félix et Philippe, ayant été martyrisés avec leur mère et leurs frères l'an 162, ce n’est pas au contre, au point de départ d’un cimetière du 1" siècle qu'il faut chercher leur tombe ; et, en fait, les peintures de la cappella tjreca portent les caractères d’une plus haute antiquité. Il n’y a que six figures d’hommes, et les fils de Ste Félicité sont sept. Enfin, ces peintures présentent deux hommes qui, ici, loin de fêter l'Orante, lui font visiblement des gestes combinés de sommation et do menace ; et là„ portant les mains sur sa tète et ses côtés, lui font exprimer dans les gestes et la figure la plus vive etla plus liorrible douleur. 11 faut donc abandonner cette interprétation, et elle est abandonnée, je crois.

La substitution, à laquelle on a songé aussi, de personnages de la famille de Pudens ou d'Aquila, une des Priscille ou la martyre Prisca, en la supposant du premier siècle, ou autres (l’antiquité des peintures ne permettant pas de descendre jusqu’à Pudentienne et Praxède), varierait la difficulté, mais la laisserait subsister tout entière.

C’est pourquoi, eu 1872 y admettant, à la suite de MM. Perret et Rénier et du R. P. Tongiorgi, sur un examen trop rapide des peintures, qu'une des trois scènes représente une Orante, une martyre couronnée^ et une autre scène, cette Orante conduite à la montagne sainte, je voyais dans les deux hommes de l’autre scène

J Voir U divin Salvatore, 25 giugno 1870, p. 613,

* Monde, 28 mai.

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deux persécuteurs de l’Orante à qui un asile est offert dans les tabernacles éternels. Ainsi, accueillie dans la première scène, couronnée dans la seconde, l’Orante paraissait conduite dans la troisième il la montagne des noce^ mystiques de l’Agneau.

Mais, après bien des réflexions et des recherches — en songeant que tous les sujets des cimetières chrétiens, à de très-rares exceptions près, sont empruntés à ces Livres Saints que les premiers fidèles avaient sans cesse entre les mains, dont l’explication ne cessait de retentir à leurs oreilles, et où, à l’exemple des Macchabées, ils mettaient toute leur consolation ; en rencontrant dans la Bible un sujet, et un seul, auquel s’adaptent merveilleusement, et dans leurs circonstances les plus spéciales, les trois scènes des deux compositions ; en me rappelant que les peintures devaient oflfir aux fidèles non des énigmes, mais l’image prompte à saisir et bien certaine des commentaires de l’Ecriliire donnés par l’évêque et parles prêtres ; en trouvant un commentaire en parfait rapport avec nos peintures dans S. llippolyte, le disciple de S. Irénée, qui a tenu à Rome la chaire de docteur au commencement du IIL siècle, et qui a dù fêter maintes fois les martyrs au cimetière de Priscille, en présence de nos peintures mêmes ; en me plaçant ainsi, la Bible et l’enseignement ecclésiastique à la main, au milieu des Romains des catacombes, je n’ai pas hésité en 1873 à reconnaître à la cappella yreca l’histoire de Suzanne.

En arrivant à Rome en même temps que le pèlerinage français de mai, j’ai dit avec quelque assurance ma pensée à M. de Rossi. 11 m’a répondu que c’était aussi celle du P. Garucci, et il m’a indiqué Sdi, Stoi'ia délia Arte christiana que je ne connaissais pas. On m’a communiqué l’ouvrage en feuilles au séminaire français. Avec quel empressement j’ai examiné l’article consacré à la cappella! Le P. Garucci ne dit rien de l’hypothèse abandonnée de sainte Félicité et de ses fils. Quant à celle d’une martyre, il la repousse absolument avec son érudition et les raisons que nous avons indiquées. Après quoi il poursuit en ces termes :

Ayant exclu suffisamment les interprétations données jusqu’à ee jour, voyons quelle est cette peinture, comprenant trois scènes, qui a tant dérouté les interprètes...

Après un examen soigneux des trois scènes, je suis convaincu que chacun se

rangera avec moi à l’interprétation qui me vint comme un éclair à l’espHt, à la première vue seulement de l’édition de M. Perret, et qui depuis s’est confirmée en étudiant le monument original. L’histoire peinte ici est sans aucun doute tirée de la prophétie de Daniel et représente la chaste Suzanne, épouse de Joachim, (juand elle fut surprise seule par les deifx juges dans le jardin de plaisance de sa maison, puis quand elle fut accusée d’infamie par ces deux méchants, enfin quand elle fut reconnue innocente et que les deux juges furent condamnés et mis à mort, après quoi Suzanne, avec son mari et ses parents, loue Dieu qui l’a délivrée de la main de ses ennemis

Cet accord imprévu avec l’illustre archéologue — divers points à part, dont le dernier — a redoublé mon assurance. Elle n’a fait que garantir par l’étude du monument original que j’ai faite en compagnie des RR. PP. Escbach et Raum, du Séminaire français, et de nouveau à la suite de S. Em. le cardinal Pitra. Tout doute a été levé, nous avons cru toucher l’évidence. Mais, incident inattendu ! voilà que je me suis aperçu de diverses peintures omises par tous les copistes, et dont aucun éveil n’a été donné encore. C’est, au-dessus des trois Hébreux dans la fournaise, une grande tête rappelant un buste d’empereur romain; un sphynx aux pieds de Suzanne, un autre vers un coin du bas du tableau; un disque à côté du personnage qui vient à l’appel de Suzanne ; des astres peut-être, des montagnes ; enfin je ne sais combien de choses à l’envi problématiques. L’étude de la cappella greca, au moment où elle semblait finie, était donc à recommencer. Et comment la recommencer, en effet, puisqu’il fallait quitter Rome ?

Le P. Garucci m’a suggéré le moyen de continuer l’étude de la cappella greca dans mon cabinet, à Versailles, comme au cimetière de Priscille et mieux à certains égards. « Le docteur Parker a récemment photographié trois scènes particulières, dont j’ai extrait les figures et le stuc », écrit-il en parlant de ses dessins En fait, M. J.-W. Parker, éditeur anglais^ a photographié : la paroi de gauche, — en venant par l’entrée primitive, — qui contient une des trois scènes de l’histoire de Suzanne, et divers accessoires ^ ; la paroi du

1 Tome H, p. 81.

- Dalle quali ho tratto i fregi e lo stucco.

* Historical Photographs ülust?'ative of the archeology of Rome and Italy by ■T.-W. Parker. Part. il. — London, 1873, p. 5, n“ 1472.

fond offrant la fournaise des Hébreux et quelque chose de la paroi de droite ' ; l’abside où sont les deux inscriptions grecques ^ ; celle qui est en face avec sa guirlande de rinceaux, à l’entrée et à l’intérieur de l’arc ^ J’ai obtenu un exemplaire des photographies par M. l’abbé Corblet^ et j’ai pu scruter à loisir les murs de la célèbre chapelle. M. Parker a projeté la puissante lumière du magnésium sur une grande partie de ses murs ; et la lumière a tout fixé sur les épreuves, très-bien venues. 11 ne s’agit que de voir et de reconnaître. Travail infini des yeux et de l’intelligence, où bien des mirages sont à craindre, mais où, avec des observations multipliées, le contrôle de personnes diverses, la liaison des objets dont l’un appelle l’autre, on peut arriver à bien des résultats certains ou probables! Dans ces conditions, une sorte de monde nouveau surgit dans la chapelle apostolique ; tout l’ensemble des fresques, toutes les parties essentielles, tous les principaux détails se retrouvent ; ce qui est perdu même renaît avec vraisemblance ou certitude ; et la lumière arrivant de points très-nombreux qui s’expliquent et s’appuient, il m’a semblé que je tenais, en somme, l’explication avec la connaissance des peintures de la cappella greca.

Un voyage exprès à Rome, en avril 1876, m’a permis de contrôler sur l’original, avec mes amis, mon premier travail, de le rectifier en divers points, de le compléter en quelques-uns, de m’assurer de la solidité de ses bases. Il est arrivé au degré de perfection trop insuffisant hélas ! oùje suis capable de le porUr présentement. J’y ai appliqr^ toutes mes forces et bien des jours. Puissè-je ne m’être pas trop éloigné du droit sentier de la critique et de l’exacte mesure de la sagesse ! Des erreurs sont inévitables sur un terrain si neuf, si vaste, si délicat. On me corrigera, je l’espère; et je ferai tous mes efforts, comme j’ai fait déjà, pour me corriger. Mais les erreurs n’excèdent pas, dès à présent, j’en ai la confiance, les accidents de la matière ; la substance des reconnaissances et des interprétations restera finalement sauve ; et c’est pourquoi, en demendant indulgence au lecteur, je me flatte un peu de l’obtenir.

' N“ 6i2. Les photogr Lies 612, 613 sont de 1867, au plus tard.

N" 1473. Les photogrupliies 1472, 1473 paraissent être de 1868.

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La beauté de l’entreprise en excuserait, au besoin^ même l’insuccès.

M. de Rossi appelle la cappella greca « cette crypte merveilleuse. » Combien elle est plus « merveilleuse » encore que ne le pense le maître !

L’art chrétien compte peu de monuments aussi précieux que la cappella greca. C’est tout une chambre couverte de compositions sacrées, visibles ou reconnaissables, remontant par delà le symbolisme né dans l’Eglise, dont il n’y a aucune trace, pas même l’ancre, ce premier des symboles, qui figure ensemble le Christ et sa croix, notre espérance. On ne rencontre ici que des sujets bibliques mais avec leurs allégories, offrant une suite de tableaux dramatiques et sublimes. La Bible entière s’y trouve, de l’Antique Serpent de la Genèse à Moïse et à l’Exode, de la captivité de Babylone à l’Evangile et à l’Apocalypse ; et, sous les voiles de l’Écriture, apparaît, unie à la liturgie, une vraie Somme de théologie. Ce qu’il y a de bien remarquable, c’est le côté politique de cette théologie, développé comme on ne le verra nulle part ailleurs. Les grands empires du monde sont mis en face du Royaume de Dieu et avec lui sont anx prises. L’Église se révèle avec les mystères de sa destinée comme avec ceux de sa vie ; ses épreuves surhumaines, son assistance céleste, ses triomphes miraculeux passent devant nos regards ; elle se dresse dans toute sa grandeur et sa beauté.

Aussi ne sommes-nous point dans une simple chambre de sommeil pour les défunts, mais dans une chambre de réunion pour les vivants. Cette crypte n’a jamais eu de lociili, de cases pour les corps ; elle n’a pas été destinée d’abord à recevoir des sarcophages. Ce n’est pas un sépulcre, c’est une église. Elle est en forme de •croix : son sanctuaire est carré, sans abside, comme le Saint des Saints du Temple de Jérusalem, premier modèle des églises chrétiennes. Sur des indices archéologiques, M. de Rossi aime à appeler la cappella greca « l’église du cimetière de Priscille ». L’examen des peintures confirmera pleinement sa divination. Nous allons voir un sanctuaire des temps apostoliques où l’Église naissante s’est complue à se représenter d’avance tout entière. La voici l’Épouse du Christ telle que ses disciples l’ont parée pour l’Époux. Disons mieux : la voici telle que le Christ l’a parée pour lui-même dans

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ses révélations consignées dans les Écritures ou tel livre vénéré dont les premiers chrétiens se sont empressés de traduire les enseignements sur les murs de leurs assemblées de prières. C’est cette Église dont saint Paul vient d’écrire aux Hébreux qui ont trouvé avec le Christ mieux que le Sinai et ses foudres : « Vous « vous êtes approchés de la montagne de Sion, de la cité du Dieu « vivant, de la Jérusalem céleste, d’une troupe de beaucoup de mil- « tiers d’anges, de l’Église des premiers-nés qui sont inscrits dans « le ciel, de Dieu, le juge de tous, des esprits des justes parfaits, « du médiateur de la nouvelle alliance, Jésus, et d’une aspersion de « sang élevant mieux la voix qu’Abel C’est elle dont saint Jean « a dit : « Je vis de la sainte cité^ la nouvelle Jérusalem, descendant « du ciel, venant de Dieu, parée comme une épouse qui s’est ornée « pour son époux^ et j’entendis une grande voix sortie du trône, « disant ; Yoici le tabernacle de Dieu avec les hommes » Chaque dimanche, le peuple qui se réunissait ici voyait en quelque sorte sur les murs, et avec quels détails saisissants ! la vision que le martyr du Christ à Rome avait eue, relégué sur le rocher de Pathmos, « le jour du Seigneur ® ».

Tout, d’ailleurs, rappelle ici Rome, la Rome du premier siècle. Saint Pierre, au lendemain de son arrivée dans la ville, l’an 43, écrivait aux Eglises d’Asie ; « L’Eglise qui est dans Bahylone, élue comme vous, vous salue A » Saint Jean, adressant plus tard son Apocalypse aux sept Eglises principales de cette même Asie, appelait six fois « Babyl :ie, Bahylone la Grande » la cité « aux sept monts », c’est-à-dire Rome. C’est pourquoi les faits bibliques se rapportant immédiatement à l’Eglise seront tous pris ici de Babylone ; Bahylone figure sur les quatre parois de la chapelle à la place principale ; et, en voyant au-dessus l’Eden de la Jérusalem céleste, vers lequel convergent tous les autres sujets, on se rappelle que Jérusalem est la cité adverse de Bahylone, la cité de Dieu qui, sur la terre même, doit remplacer cette cité du Diable. Ce dualisme,

’ Hebr. XII, 22-24.

2 Apoc. XXi, 2.

■* Apoc. L 10.

MPet.,V,13.

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qui remplit toute la cappella greca, met ainsi en face les deux Romes, celle des Césars et celle du Christ, au moment où commence, dans l’enceinte des mêmes murs, cette lutte de Caïn et d’Abel qui va faire passer le sceptre du meurtrier aux mains de la victime, et mettre sur les lèvres de l’ange son grand cri : « Elle est tombée;, Babylone ! »

Jamais, je l’avoue, je ne me suis trouvé en face d’un si noble thème et d’une aussi magnifique étude. Ce n’est pas moins qu’une de ses plus grandes pages à restituer à la Patrologie et une page primitive. Puissent encore une fois la science et la prudence garder mes pas à droite et à gauche, et la Théologie être toujours^ comme le rêvait Dante, mon ange conducteur dans les sentiers de ce ciel que Dieu, mettant ses élus aux prises avec les Néron, les Domitien, les Trajan, en attendant les Dèce et les Dioclétien, leur ménageait au fond des entrailles, ou pour parler avec la Bible, des enfers de la terre !

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