‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 12 sur 129 · CP · texte numérisé non relu

CP

Orante

serajag.p unspvj np ja

•|B3ody,i ap oJi} }afng spaeniaiA S9| ‘aunEsng ‘1SIJIJ3 aq ; .imu np duivyo a/ jng ■aia.T -anbijAiBJBj aq

ÿfnoa VJ ap ojuvsswu vj y

LA CAPPELLA GHECA

(( croire, fidei nostræ duces credulitatisque principes \ » Les Juifs et les Gentils, les Juifs les premiers, étaient appelés au Royaume de Dieu fondé par le Christ. Les Gentils sont venus, non les Juifs, les Apôtres et quelques milliers de disciples à part : les Juifs en corps ne viendront qu’à la fin des temps. C’est une des raisons sans doute, peut-être la principale, pourquoi, dans les premiers siècles, l’Eglise, adorant le Christ naissant, est toujours représentée sous les traits des Mages. La première représentation connue jusqu’ici de la Crèche et des bergers est datée seulement de 343 ^ S. Matthieu, d’ailleurs, avait raconté l’Adoration des Mages avant que S. Luc ne racontât celle des bergers ; et on peut dire que cette grande scène, avec ses préliminaires, figure en tête du premier Evangile, si bien nommé l’Evangile des Apôtres. Elle figure de même à la cappella greca.

Le ciel conduit ici, par une étoile qui chemine à travers les nations, les chefs de nations lointaines, des savants, des prêtres, des princes, ce qu’on appelait des Mages à Babylone, au temps de Daniel et pareillement au temps du Christ, dans l’empire parthe des Arsacides, qui comprenait Babylone et la Perse, d’où l’institution des Mages paraît originaire. Cet empire monarchique, mais profondément féodal, nous fait bien comprendre le titre de roi, donné par la tradition à ces Mages qui tout à coup <( vinrent de /’ Orient à Jérusalem, disant : Où est celui qui est né Roi des Juifs ? Nous avons vu son étoile en Orient et nous venons l'adorer'^. »

Ils étaient au nombre de trois : c’est la tradition de l’Eglise, appuyée sur les Pères et sur les monuments de l’art chrétien, dont le plus ancien est ici. Cette trinité des Mages faisait songer à la Trinité divine. « C’est avec raison, mes très-chers frères, dira saint « Maxence, évêque de Turin, en l’une de ses homélies pour l’Epi- « phanie, que trois Mages viennent ensemble par un chemin unique « car dans l’unique Christ Jésus, qui est la voie de tous les croyants, « devait par eux être adorée inséparablement la Trinité \ » Il y a

' Sermo IV de Epiphania.

^ M. de Rossi. Inscript, christianæ, t. I. Ad an. 343.

» Matt., II, 2.

‘ Et bene, charissimi, uno itinere très simul adoraturi veniunt Magi, qui in uno Ghristo Jesu, qui omnium credentium via est inseparata, ab eis erat Trinitas adoranda. {Homel. III.)

36 LA CAPPELLA GRECA

donc un certain Credo eu la Trinité, ou du moins une eertaine insinuation de ce Credo, à l’entrée du sanctuaire de la cappella greca.

Les Mages venaient adorer le Roi des Juifs. Les bergers^ assurément, l’avaient adoré déjà ; car l’Ange, dont ils avaient vérifié l’annonce, l’avait annoncé comme le Christ Seigneur, et le Seigneur était chez les Juifs l’équivalent de « Jéhovah, » l’Eternel, dont le respect interdisait de prononcer le nom. Mais enfin l’Evangile dit des Mages seulement : « Nous sommes venus l’adorer... et ils « l’adorèrent. '> Ils sont les types de l’adoration, c’est-à-dire de la religion. « Ces Mages, dit saint Jean Chrysostôme, portaient la (( forme (( de l’Eglise future, futuræ Ecclesiæ formam portahant *. » Et comme ils donnent cette forme complète, en sages et en rois qu’ils sont, et rendent une parfaite adoration! Comme ils professent avec grandeur et grâce le dogme capital du christianime, la divinité du Christ 1 Prudence l’a dit dans son Apothéose du Christ, en ces admirables vers trop peu cités :

Quæ porro causa aut ratio submittere colla Ante pedes Mariæ, pueriqué crepundia parvi,

Si tantum mortalis erat uec summa potestas Implebat teneros divinis flatibus artus ?

Sed jam toile Magos, tbus, aurum myrrbea dona Quæ verum docuere Denm...

Quelle cause, quelle raison de prosterner leurs cous devant les pieds de Marie et les hochets d’un petit enfant, si c’était seulement un mortel et si la souveraine puissance ne remplissait pas des souffles divins ses tendres membres? Mais laissons les Mages, l’encens, l’or, les dons de la myrrhe qui proclamèrent un vrai Dieu. . . »

Et le grand poète chrétien a précisé le sens des trois présents en des vers que chacun sait et dont l’exactitude mystique s’imposait dès lors aux païens comme aux chrétiens :

« C’est le Roi, c’est le Dieu qu’annoncent le trésor et l’odeur excellente de l’encens sabéen ; et la poussière de myrrhe prédit le sépulcre *. «

C’est pourquoi saint Jean Chrysostôme dit des Mages : « En ado- « rant, ils sont devenus prêtres, adorandofacti sacerdotes, car avec

’ In Matt., cap. I.

^ Apotheosù, v. 642-7.

® Cathemerinon, XII, v. 69.

LA CAPPELLA GRECA

« la supplication ils ont offert les présents » Et c’est ainsi qu’ils sont les prémices et les types de ce « royal sacerdoce » dont saint Pierre fait l’apanage sublime de toute « la nation sainte, » de tout « le peuple d’acquisition » de Dieu, qui s’appelle les chrétiens ^

Ils sont pareillement les prémices et les types des martyrs et des confesseurs appelés d’abord d’un seul nom, les témoins du Christ. « En considérant le roi futur, ils ne craignaient pas le roi présent, « dit encore saint Jean Ghrysostôme, parlant d’Hérode. Ils n’avaient « pas encore vu le Christ, et déjà ils étaient prêts à mourir pour « lui. 0 bienheureux Mages, qui, en présence d’un roi très-cruel, (( avant de connaître le Christ, ont été les martyrs, les témoins du « Christ : Christi facti sunt ixaprope; * ! »

Aussi VEpiphanie, c’est-à-dire la Révélation du Christ faite aux Mages était-elle et est-elle encore, avec Pâques et la Pentecôte, une des trois fêtes du rite le plus élevé et qui portent, l’Avent excepté qui dépend de Noël, tout le cycle liturgique de l’année. Les Orientaux, jusqu’au temps de saint Chrysostôme, n’avaient point d’autre fête de la Nativité du Christ. La fête de Noël leur est venue, avec sa date, de Rome. L’Epiphanie était pour eux la Fête des lumières, où s’administrait le baptême solennel. Sa nuit est encore pour les Romains la nuit des lumières et des réjouissances, et ils appellent l’Epiphanie « la première Pâque, Pasqua prima. »

Que l’Adoration des Mages est donc bien placée au-dessus de l’entrée du sanctuaire de la cappella greca, de la plus ancienne dés églises dont le temps nous ait conservé la parure ! Elle annonce aux fidèles le premier des grands mystères chrétiens, la première des trois grandes fêtes liturgiques, la Nativité du Christ accompagnée de toutes ses gloires ; elle proclame la divinité du Christ ; elle révèle toute la religion, toute la piété, de l’adoration au martyre ; elle offre un mémorial de la Trinité même. Les disciples'des Apôtres entraient par cette porte avec les sentiments des Mages. Ils voyaient sur leur tête l’étoile qui, après avoir conduit les Mages, les conduisait eux-mêmes : étoile de la grâce, étoile de la foi, en qui certains

’ In Epiph. Honiü., II.

» I Pet., 11, 9.

* In Epiph. Homü., II.

LA CAPPELLA GRECA

interprètes ont reconnu l’Esprit-Saint en personne, apparaissant en étoile avant d’apparaître en colombe, et où il faut reconnaître indubitablement la vertu de l’Esprit-Saint. L’étoile venant s’arrêtait sur le lieu où était l’Enfant ’ : c’est ainsi que les fidèles descendaient et s’arrêtaient dans l’église du cimetière de Priscille.

Ils s’étaient représentés eux-mêmes à l’entrée du sanctuaire, aux pendentifs de la coupole centrale de l’église, en orantes, c’est-à-dire en prière. Une Orante se reconnaît encore à l’angle qui unit le sanctuaire de la cappella greca à la niche sépulcrale de Palladios et de Nestoriané. Si celte Orante est de la fin du IIP siècle, comme il paraît, elle peut bien en remplacer une plus ancienne.

Nous voyous à côté de la cappella greca^ une Orante pareille, dès le second siècle. Elle est seule dans la chambre avec le Bon-Pasteur, elle, en dedans de la porte, lui, à la voûte L Et combien de fois les cryptes de Lucine, au cimetière de Saint-Callixte, qui sont du second siècle, ne nous montrent-elles pas les Orantes sur le revers des côtés de la porte, venant adorer comme les Mages U

Le sujet des Mages touchait tout particulièrement les Romains. Rome n’était-elle pas l’héritière de Babylone dans l’empire du monde, l’héritière de ses vices et de son idolâtrie, passée de l’apothéose de Nabuchodonosor à celui des Césars ? Mais de Babylone étaient sortis les Mages. « Une multitude immense » de Romains, pour rappeler le mot dit par Tacite, avec un dépit et une rage plus que sanguinaires, était venue adorer le Christ dès l’an 64 ; et dès l’an 53, saint Paul écrivait de Corinthe aux Romains : « Premièrement, je rends grâces ti mon Dieu, par Jésus-Christ, pour vous tous, de ce gue votre foi est célèbre dans tout le monde'*. » Le procès-verbal de cette foi était peint comme sur un arc de triomphe au sommet intérieur de la haute porte cintrée du sanctuaire de l’importante église du cimetière Priscille ; il occupait le « poste le plus élevé et le plus « honorable, » comme dit M. de Rossi; il était dressé par un Pudens de famille sénatoriale ou avec son approbation solennelle, puisqu’il

* Matt. II, 9.

® Aringhi, t. II, p. 291 .

^ M. de Rossi, Rom. soU-, t I, tav ix. .xiv

* Rom,, I, 8,

LA CAPPELLA GREC A

se fera inhumer tout à côté ; et les nouveaux Mages, qui s’étaient fait une Bethléem à Babylone, venaient adorer en face de ces Hérodes qui s’appelaient les Césars et plus précisément Néron. J’allais ajouter Domitien ; mais la cappella greca est née peut-être entre la persécution de Néron et celle de Domitien, et Néron suffit bien à représenter Hérode-le-Grand.

N’oublions pas l’hommage rendu par le peintre chrétien à Marie, Le blasphème juif, consigné dans le livre satanique. Vie de Jésus, Toledoth Jesu, qui a circulé dans l’ombre, de la Pentecôte au Moyen-Age, outrageait la Vierge^ mère de Dieu. Saint Matthieu prend sa défense au début de son Évangile. Avant de raconter l’Adoration des Mages, il dit comment l’oracle d’Isaïe : « une Vierge enfan- « tera » s’est divinement accompli en elle. L’apologie de Marie, et sa glorification sera peinte à côté de la cappella greca, par un pinceau contemporain de celui de la chapelle et meilleur encore. Marie est représentée allaitant son fils. Un prophète, le rouleau de sa dignité à la main, prononce devant elle un oracle, et montre au ciel l’étoile de son enfant qui doit régir le peuple de Dieu, Israël, et tous les peuples. Est-ce Isaïe, est-ce Michée, son contemporain, tous deux cités par saint Matthieu dans son récit de la Nativité du Christ? La scène se rapporte mieux à Michée et je le reconnais là donnant son fameux oracle sur Bethléem. Quoi qu’il en soit, l’enfant de Marie est proclamé l’ Enfant-Dieu ; et l’Enfant-Dieu, les Juifs l’ont appris d’Isaïe et ne s’en taisent pas, est l’enfant d’une vierge. C’est la Vierge qui allaite ici l’Emmanuel. A la cappella greca, l’apologie est pareille et la glorification plus sublime encore. Les Mages sont sous l’étoile \ accourant, les présents dans leurs mains, devant Marie, assise sur un siège d’honneur. Elle leur offre son Fils : il leur tend les bras : eux vont se prosterner. C’est bien l’Evangile : « En entrant dans la maison, ils trouvèrent l’Enfant avec Marie sa mère, et se prosternant ils l’adorèrent ; » et c’est bien la Mère de Dieu. L’Esprit-Saint descendu en elle se voit, bien qu’invisible ; et il domine tout dans cette scène, où Marie, type de l’Eglise, ainsi que la chaste Susanne qui va la représenter sur les murs latéraux

' On ne la distingue plus, mais on ne peut douter de son existence. Le peintre l’eût-il oubliée, le spectateur l’apercevrait quand même.

LA CAPPELLA GRECA

du sanctuaire, apparaît comme l’Arche de la Nouvelle Alliance et le vrai temple de l’Esprit-Saint.

Encore quelques années, c’est-à-dire à une « haute antiquité ' » toujours, l’Adoration des Mages de la cappella greca aura son complément en ce cimetière de Priscille. Une Adoration toute semblable sera gravée à la pointe sur une plaque de marbre qui fermera le loculus d’une chrétienne dont l’épitaphe ne contient que ces mots à côté de son buste : SEVERA IN DEO VIVAS ^ « Cette acclamation, (( dit M. de Rossi, est particulière au plus ancien style de l’épigra- « phie chrétienne. » Or, derrière le siège de la Vierge est un jeune homme debout qui étend la main sur sa tête et va la toucher du doigt. Ce ne peut être Joseph protégeant Marie. Ce geste est tout autre que celui de la protection. L’Esprit-Saint est ici, « la Vertu « du Tout-Puissant » ombrageant Marie, « le Doigt de Dieu ^ » posé sur la tête de la Vierge pour la merveille de l’Incarnation. On reconnaît l’Esprit-Saint sur un sarcophage du cimetière de Lucine ou de Saint-Paul qui est au Latran, dans la scène de l’Adoration des Mages. Il est placé derrière le siège de la Vierge, portant le divin Enfant, tel qu’il apparaît précisément au-dessus dans un groupe de la Trinité, derrière le Père devant qui est le Fils, tirant Eve d’Adam. Il touche seulement le siège de la Vierge ; au tombeau de Severa il étend la main sur sa tête et la touche du doigt tout-puissant. Il est donc juste de l’entrevoir planant ainsi sur Marie dans l’Adoration des Mages à l’entrée de ldi, cappella greca. Sans nul doute, les premiers chrétiens savaient bien l’y voir.

' Immagini, p. 11.

2 Maïl’a gravée le premier. Script, vet., t. V, p, 6. Nous la donnons d’après lui. Le marbre est au musée du Latran.

«Luc. XI, 20. ,

Page 1