LA CAI'PKLLA GREC A
Daniel et que le Seigneur suscita pour délivrer Susanno et confondre ses calomniateurs et bourreaux. L’Eglise donc, en un oratoii'e appelé de son nom mémo église, no pouvait, sous des traits bibliques, offrir une plus heureuse imago d’ello-même que Susannc.
L’image était doublement heureuse dans un cimetière. Ce que la foi chrétienne tenait à y proclamer par-dessus tout, c’était la victoire sur la mort, la résurrection, l’immortalité, le paradis assuré par le Christ mourant au pécheur, et à plus forte raison au juste qui meurt on lui. Or, dans la bible des Septante, que les fidèles avaient entre les mains à home, au moment de nos peintures, l’histoire de Susanne mentionne jusqu’à neuf fois le paradis, rtapaosioo;. C’est le jardin d'agrément de l’époux de Susanne. En dehors de ce paradis, on trouve celui de la Genèse, celui promis par le Christ au bon larron, celui où fut l'avi saint Paul;, et qu’a vu saint Jean dans la Jérusalem céleste. Aucun, avec des signes distinctifs, ne figure le paradis céleste sur les monuments chrétiens. C’est sous les simples images de la béatitude pastorale qu’il apparaît d’ordinaire. Mais maintes fois aussi le jardin de Susanne ou de l’Orante qui lui ressemble, nous rappelle ou nous représente le paradis En réalité, si l’on veut retracer tout le drame de la vie chrétienne, la victoire sur le péché et la mort, le paradis reconquis qui en est le prix, l’émouvante et sublime tragédie de Susanne, avec le paradis de son époux, où elle triomphe de la tentation et où la main de Dieu l’arrache au trépas pour lui assurer la félicité de ce paradis même, est un sujet qu’on peut dire unique dans la Bible.
Le symbole avait un à-propos particulier à Rome, où saint Pierre avait écrit de l’Église ce mot rappelant Susanne, Daniel et les trois Hébreux : « l’Église qui est à Babylone ; » à Rome, la prostituée de l’Apocalyse, dont le nom est « spirituellement Sodome et l’Egypte, » mais surtout Babylone : « Sur son front un nom est « écrit : Mystère : Babylone la grande, la mère des fornications et « des abominations de la terre » C’est pourquoi saint Hippolyte, disciple de saint Irénée, qui tenait à Rome, au commencement du troisième siècle, la chaire de docteur fondée par saint Justin ^ et
* I Pet., V, 13. - Apec., XVII, 5. »
* Voir M. de Rossi, Bulletino, 1866, p. 88.
LA CAPPLLLA GRECA
récemment occupée, croit-on, par Tertullien, saint Hippolyte, le plus ancien commentateur de l’Écriture, illustre le livre de Daniel, et spécialement l’histoire de Susanned’un magnifique commentaire conservé entre tous les autres à la postérité. On y lit ces paroles, ({ui sont la plus précieuse clef de nos peintures, que le grand docteur connaissait assurément :
< Susanne préfigurait l’Église, et Joachim, son mari, le Christ. Le jardin ou paradis, marque la vocation des saints, qui, comme des arbres fruitiers, sont plantés dans l’Église. Babylone, c’est le monde. Les deux vieillards sont connus comme figurant les deux peuples qui tendent des embûches à l’Église, l’un appartenant à la circoncision, l’autre étant des Gentils. Et ce qu’on dit qu’ils furent constitués présidents et juges du peuple, signifie qu’en ce siècle ils exercent la puissance et président en jugeant injustement les justes L *
Les .luifs elles Gentils ont pour coopérateurs partout, mais spécialement à Rome, foyer de tout mal, les hérétiques, sortis le plus souvent de leurs rangs et pénétrés de leur esprit, qui, sous un vêtement chrétien pénétrent dans le sein même du christianisme, et s’acharnent à sa ruine avec toute l'intelligence et la rage que donne la haine fraternelle.
« Les hérétiques, dit saint Jérôme, sont comme Sodome et Gomorrhe... A ces vieillards désirant corrompre la chasteté de l’Église figurée par Susanne, que Daniel dise : C'est là le jugement de Dieu, race de Chanaan, et non de Juda* ! »
Mais saint Hippolyte avait dit déjà, en commentant un mot de Susanne :
« Il y a pour moi angoisses'de toutes parts. Voyez les paroles de la femme pleine de sagesse et qui a souci de Dieu : Il y a pow moi angoisses de toutes parts, dit-elle. L’Église, en effet, n’est point affligée et jetée dans l’angoisse par les Juife seulement, mais aussi par les Gentils, et par ceux qui sont appelés chrétiens et ne le sont point. Contemplant sa sagesse et sa félicité, ils emploient toutes les violences pour la corrompre ’. »
Aussi verrons-nous, ce qui a échappé complètement à Bosio et aux premiers archéologues chrétiens, et ce qui n’est point assez remarqué encore, que Susanne fait partie à Rome, et partout, des
' Patrol. græca, t. X, col. 689.
* In Sophoniam, cap. II, v. 8,9.
LA CAPPELLA tiRECA
types classiques des anciens monuments chrétiens, et que la célèbre Oranto qu’on y rencontre sans cesse est très-souvent et même ordinairement Susanne. On la reconnaîtra, nous l’espérons, dans deux peintures des plus importantes du cimetière de Priscille, où elle est restée inaperçue jusqu’ici C’est à la cappella (jreca qu’est le prototype de Susanne ; et avec quelle incroyable richesse de symbolisme et d’enseignements ! Ce n’est point tant une peinture qu’un poème.
La peinture, avons-nous dit, couvre presque en entier, le soubassement et la plinthe à part, les deux murs latéraux de la chapelle. Elle olfre à gauche, en un tableau, la tentation de Susanne ; à droite, en un second tableau, sa condamnation et sa délivrance.
« Instruite selon la loi de Moïse » par des parents restés justes au sein de la corruption de Babylone, épouse d’un homme riche et considéi'é, Joachim, dont la maison était le rendez-vous quotidien et « la synagogue » des Juifs", Susanne, douée de la plus extraordinaire beauté, portait bien son nom, qui, dans la langue sainte, est celui du lys. Jamais parole méchante n’était venue jeter une ombre sur sa vertu. Deux familiers de la maison, deux anciens du peuple, TrpEoêuTTÉpoi; to^ Xotou ^ c'est-à-dire deux chefs de grandes familles, établis juges cette année-là par le peuple, comme les Romains établissaient leurs consuls, et qui peut-être étaient aussi des prêtres, — Amid et Abid, si une ancienne version syriaque nous a bien conservé leurs noms, — rendant leurs jugements dans cette maison, détournèrent leurs yeux du ciel et les portèrent pleins d’adultère sur Susanne. L’un d’eux était un homme « vieilli dans « les jours mauvais, jugeant des jugements injustes, opprimant les « innocents et graciant les coupables » L’autre, « race de Cha- « naan et non de Juda, » était « séduit par la beauté, » et la « concu- « piscence » avait bouleversé son « cœur » ^ Tous deux, libidineux de profession et alimentant leur luxure par le terrorisme, entendront Daniel leur dire : « Ainsi vous faisiez aux filles d’Israël, et
‘ Gubiculum IV et V, de Bosio et d’Aringhi.
Ile version syriaque, v. 4. — Polyglotle de Valto i.
’ Dan., XIII, 41,
‘ Dan., XIII, 52, 53. .
LA CAPPELLA GRECA
« elles, ayant peur, se livraient à vous » Prenant Susanne pour une des « filles d’Israël » des dix tribus schismatiques, — et c’était une « fdle de Juda, » la tribu fidèle, — ils firent contre elle un complot pour deux crimes^ Le peuple se retirant l’après-midi, Susanne prenait le frais dans le jardin de plaisance attenant à la maison. Les Septante l’appellent « le paradis » de son mari, du mot consacré en Orient, qui était dans le texte original de Daniel. La Vulgate traduit le pomarmm^ le « lieu des pommiers, » cet arbre étant chez les Romains l’arbre commun des jardins et leur donnant son nom. Les vieillards, vieux de luxure, sinon peut-être d’âge, se cachent un jour dans le paradis de Joachim, comme autrefois le Serpent dans le Paradis de Dieu, el ils attendent Eve innocente pour la tentation. Elle vient se baigner, la chaleur étant grande. Ses deux servantes, sur son ordre, ferment les portes extérieures et vont par la porte intérieure chercher l’huile et les onguents qui doivent accompagner le bain. Ecoutons ici le texte sacré :
« Et il advint, aussitôt les suivantes sorties, que les deux vieillards se levèrent, coururent à Susanne et lui dirent r * Voici que les jiortes du jardin sont closes « et personne ne nous voit, et nous sommes éi>ris de toi. .\cquiesce donc à notre « désir et unis-toi à nous, sinon nous déposerons contre toi, disant qu’un jeune « Iiomme était avec toi et que c’est pour cela que tu as renvoj'é tes suivantes € d’auprès de toi >. Et Susanne poussa un profond soupir et dit : « Il y a f angoisses pour moi de toutes parts. Si je fais cela, c’est la mort pour moi; si je a ne le fais pas, je n’échapperai point de vos mains. Mais il est mieux pour moi K de tomber en vos mains, ne l’ayant point fait, que de pécher en la présence du a Seigneur. » Et Susanne s’écria d’une grande voix, v
C’est le moment qu’a choisi le peintre.
Les deux « anciens du peuple » s'élancent vers Susanne et s’arrêtent devant elle. Ils sont vêtus seulement du pallium, comme le prophète de l’image si antique de la Vierge, dans la chapelle voisine de la cappella grcca. L'uii, d’un âge mùr, mais imberbe comme un adolescent, est drapé, des genoux au cou, du pallium qu’il relève et dont il soutient l'extrémité du bras gauche. Posant le pied droit en avant, tandis que le pied gauche ne touche le sol que du bord, il tourne sa tète aux cheveux rares, aux traits doux et langoureux, vers Susanne et lui tend de son avant-bras droit, qui est nu et de
LA CAPPELLA GRECA
ses doigts mollcmenl arqués vers la terre, une pincée de Heurs C’est la tentation du Serpent dans toute son élégance. L’autre, presque entièrement caché par le premier, a la jambe gauche devant lui, la droite en arrière, tant sa course est ardente ou son pied retenu par un puissant obstacle ! Pareillement drapé, il avance le bras gauche nu au-dessus du bras droit nu qui oll're des fleurs ; et qu’offre-t-il à Susanne ? Une pierre, la pierre de la lapidation, si elle ne dit oui à la sollicitation infâme. Sa tète, qui se porte en avant de la première tête, garnie d’une courte barbe, hérissée de cheveux, a le profil d’un vieux dogue : on croit voir un brigand do la forêt. Ces deux hommes, dont le peintre a voulu ne faire qu’un, semblent murmurer ensemble les paroles des impies matérialistes dans le livre de la Sagesse :
« Venez donc, jouissons des biens présents, usons des créatures avec rapidité comme dans la jeunesse. Emplissons-nous d’un vin de prix et d’onguents, et que la fleur du printemps ^ ne nous échappe pas. Couronnons-nous des calices des roses avant qu’elles ne se fanent. Qu’il n’y ait point de pré où ne passe notre luxure... laissons partout des signes de notre joie; car c’est là notre sort et c’est notre partage Opprimons le juste pauvre, n’épargnons pas la veuve et ne respectons pas les cheveux dès longtemps blanchis du vieillard. Que notre force soit la loi de justice, car ce qui est faible est convaincu de ne rien valoir »
Ce n’est point sans intention que l’artiste, par une combinaison de dessin des plus hardies, a mis les fleurs de la volupté dans la main droite d’un des misérables et le caillou de la lapidation dans la main gauche de l’autre. Outre que la main gauche est la main sinistre, ce dernier rappelle ces monstres de luxure, renouvelant Sodome, les habitants de Gabaa, de la tribu de Benjamin, qui, poulie plus horrible des forfaits, furent passés au fil de l’épée par les onze autres tribus et firent presque anéantir leur tribu propre. La Bible dit de ces gens de Gabaa : « Ils étaient sept cents hommes
' La photographie montre nettement au bout des doigts autre chose que les doigts mêmes. A cette heure, l’original, sans être aussi déterminé, permet difficilement de contredire. L’objet vague ressemble à des têtes de fleurs et ne peut êtt e évidemment qu’un objet de ce genre.
® sapoî. Ainsi porteiit des manuscrits, dont l’alexandrin. Le Vatican porte àspo;, qui ne donne pas de sens commode.
® Sap., II, 6, 11.
LA CAPPELLA ORECA
(( d’élite, ne se servant point de la main droite; tous lançaient avec « la fronde une pierre à un cheveu et ne le manquaient pas ‘ »
Mais l’artiste s’est permis de tout autres hardiesses, et nous touchons aux détails les plus étonnants.
« De même, écrira saint Hippolyte, qu’ autrefois le Diable se « cacha au paradis dans le Serpent, ainsi se cache-t-il maintenant « dans les vieillards... 0 archontes criminels et pleins d’énergie « diabolique “ ! » Eh bien ! ce Serpent ténébreux est ici à découvert ; et, derrière les vieillards, sur un grand cube de pierre que leurs corps cachent en partie, voici de nouveau le buste de Satan.
La photographie le montre clairement. Nous l’avons reconnu en substance encore sur l’original. « Tête horrible derrière les vieillards, » ai-je écrit sur mes tablettes, d’accord avec mes amis. Un d’eux me disait à quelques jours de là ; « Il est incontestable qu’il y a derrière les deux vieillards tentant Susanne une figure épouvantable. »
Le buste de Satan est d’un géant. Le cou, mince comme une barre, porte une tète osseuse comme un crâne, où une immense bouche offre une herse de dents d’émail et deux yeux de hauteur inégale qui épanchent, semble-t-il, deux sources d’eaux. « Là il « y aura des pleurs et des grincements de dents », a dit sept fois le Sauveur parlant de l’Empire où Satan règne L II porte un diadème évasé^ comme on en voyait aux rois d’Orient Une large bandelette plate lui fait un tour de cravate au cou et pend par les deux bouts sur son sein. L’un se prolonge et finit brusquement en une sorte de longue corde à nœuds (jui descend sur l’épaule gauche au-dessous du buste ; l’autre qui, dès sa retombée sur l’épaule droite, n’a qu'une demi-largeur, s’arrête sur la poitrine. L’identité avec le tœnia ou ver solitaire ne paraît pas douteuse. Comme Laocoon et ses deux fils furent enlacés par les deux serpents, Satan l’est ici par le grand ver ; et comme Prométhée a le cœur déchiré par le vautour immortel, Satan porte sur le cœur ce
' Judic., XX, 15.
^ In Susan.f v. 18, 19.
3 Matth., VIII, 12, etc.
* La Perse, par L. Dubeux, 1841. pU 2U.
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ver, dont le Christ, parlant des réprouvés, a dit trois fois : « Leur « ver ne meurt pas '. » Et c’est pourquoi Dante, identifiant Satan à son ver, a appelé « l’antique Serpent» attaché au centre de l’abîme : « le ver criminel qui traverse le monde,
Vermo reo che’l mondo fora »
Avec ses dents de tigre irrité, avec ses yeux de braise qui louchent hideusement, avec .je ne sais quel ricanement sarcastique d’une tête penchée à gauche, Satan rappelle bien le personnage peint à Rome par saint Pierre : « Votre adversaire, le Diable, « comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui il dévorera ^ » Les juges d’Israël sont déjà dévorés : ils sont sous la fascination de Satan. S’ils pouvaient, eux et lui, dévorer la brebis qui s’appelle Susanne ! Affreux vieillards ! Ce sont bien ces Juifs, ces Gentils, ces hérétiques, qui ne sont entrés dans l’Eglise que pour la déshonorer ou la livrer. Apostats publics ou secrets qui faisaient dire à saint Paul écrivant aux Philippiens : « Il y en a beaucoup dont je « vous ai souvent parlé, et je vous en parle maintenant en pleurant, « qui marchent en ennemis de la croix du Christ, dont la fin est la « perdition, dont le Dieu est le ventre * ; » apostats qu’il montre aux Hébreux « crucifiant de nouveau le Fils de Dieu et le livrant à « l’ignominie ® » : apostats dont le Christ dit à saint Jean : (( Ils se « disent Juifs, ils ne le sont pas, mais ils sont la synagogue de « Satan ® ! » Le peintre chrétien a achevé de tous points leur portrait.
Ces deux vieillards dissolus, qui de leurs bras conjugués présentent à Susanne les fleurs du crime ou la pierre du supplice, avancent ensemble les pieds comme s’ils allaient fouler, le dirai-je, sur des indices au moins probables ’? la croix du Christ. Elle apparaît ici à
' Marc, IX, 43, 45, 47.
* Inferno, XXXIV, v. 108.
’ I Petr., V, 8.
* Philip., III, 18, 19.
® Hébr., VI, 6.
« Apoc., II, 9.
’ La photographie présente la forme très-claire d’une croix. Serait-ce le produit fortuit de quelque accident? Il est difficile de supposer un accident arrivé si à point. En 1876, je n’ai rien distingué de cette croix sur l’original.
LA CAPPELLA GRECA
terre, de la forme dite immissa ou croix latine, celle de nos croix ordinaires : sa dimension est celle d’une petite croix pectorale. Elle est devant les deux pieds droits presque unis du vieillard doucereux et du vieillard féroce. Fait sans exemple dans l’archéologie chrétienne, qui pourtant n’en saurait être trop étonnée !
« Les chrétiens, demande M . Martigny, eurent-ils dès les premiers temps des représentations matérielles de la croix? — Quant aux objets portatifs, répond-il, plus volumineux de leur nature, faciles à soustraire aux recherches et aux profanations des païens, tels que reliquaires, bijoux, lampes, etc., il nous paraît difficile de supposer, que les fidèles se soient abstenus d’y retracer la figure delà croix si chère à leur cœur, si vulgaire dans les rites du culte public comme dans les pratiques delà piété privée... Le martyr Procope, qui a souffert sous Dioclétien, se fit faire par un orfèvre de Scythopolis une croix moitié or et argent qu’il portait suspendue à son cou. On cite un fait analogue du soldat chrétien Oreste, qui vivait sous le même empereur ' »
Le fait est commun à la paix de l’Église. « Les anciens fidèles de « tonte condition, dit M. de Rossi, portaient des eticolpia (croix con- « tenant des reliques) et des croix d’or sur la poitrine. » Une de ces croix, qui est un reliquaire, a été trouvée de nos jours sur la poitrine d’un mort au cimetière de Saint-Laurent L Elle est déposée à la bibliothèque Yaticane. C’est un magnifique objet d’orfèvrerie du VF siècle à peu près.
La cappella greca semble nous fournir un indice qu’on portait de
' P. 185. - L’auteur d’Herculaninn et Pompéï décrit ainsi une lampe de terre cuite trouvée dans cette dernière ville, qui fut ensevelie sous les cendres du Vésuve en 79 : « Au milieu d’un cercle orné de feuilles détachées, on voit une « croix couverte elle-même de petits cercles et de boutons, et dont les quatre a branches vont en s’élargissant vers leur extrémité. Comme plusieurs autres « qui ont été décrites par les archéologues, cette lampe peut être comptée parmi « les plus anciens monuments de la religion chrétienne. » (T. VII, p. 70, pi. 53.) La croix de la cappella greca, de la forme immissa, comme celle de là lampe de Pompéï, ajouterait, si elle était bien certaine, à la probabilité du christianisme de cette lampe. Païenne, la lampe de Pompéï serait toujours la preuve que les chrétiens, au I" siècle, ne devaient pas être timides pour représenter la croix immissa, les païens eux-mêmes en faisant dés représentations ornementales.
^ BuUetino, 1663, p. 31, 32 — On voit par l’Epitre attribuée à saint Barnabé (§ X, XI| que la croix avait une importance capitale, dès l’origine du christianisme. L’auteur la met de pair avec le Baptême. Il fait allusion, croyons-nous, à la Confirmation.
ces croix pectorales, dès la fin du premier siècle. Au moins paraîtelle montrer qu’il y avait alors des misérables, pris d’une rage d’enfer, qui foulaient aux pieds la croix dont ils avaient été marqués au front avec le Saint-Ghrème, en recevant le nom et le plein caractère de chrétien, renégats dont on retrouvera la race de nos jours encore, au Japon, dans les rangs du calvinisme et du mercantilisme hollandais. On ne soupçonnait pas jusqu’à présent que ces paroles de saint Paul : « Ennemis de la croix du Christ, crucifiant » de nouveau pour eux le Fils de Dieu, » dussent être prises avec une si effrayante littéralité.
Le second vieillard a en outre sous le devant du pied un petit disque, très-distinct sur la photographie. N’est-ce point la tessère baptismale, le diplôme du chrétien que le Christ semble viser avec le pain eucharistique dans ces paroles : « Au vainqueur je doii- » nerai la manne cachée et je donnerai un caillou blanc, et sur le » caillou un nom nouveau écrit que nul ne connaît que celui qui le )) reçoit * ? » Nom nouveau qui est sans doute celui du Christ, dessiné par son monogramme !
Nous avons dit qu’un des vieillards, celui à l’aspect farouche, semble suspendu dans sa course par un obstacle qni retient son pied droit, obligé à un écart démesuré avec son pied gauche. L’obstacle est un cube long de pierre ou de métal qui est à côté du pied ou sous le pied même. Il est attaché au mollet de l’homme par une chaîne dont on reconnaît nettement sur la photographie deux anneaux vus de profil et un, entre deux, vu de face. Le bloc est parfaitement reconnaissable sur l’original. D’après la photographie, la pointe dn pied gauche de l’autre vieillard, toucherait ce bloc et semblerait lui être relié. N’est-ce pas la chaîne et le poids des iniquités de ces deux pervers ou du moins de celui à qui Daniel dira : « Homme vieilli dans les jours mauyais, tous les péchés que tu » commettais auparavant sont à présent revenus sur toi » « Malheur, avait dit Isaïe, à ceux qui tirent les péchés comme avec » une longue corde et les iniquités comme avec la courroie qui lie » la génisse^ ! » C’est la leçon du grec des Septante ayant cours à
‘ Apoc., II, 17.
* Dan., XIII, 52.
* Is., V, 18.
LA CAPPELLA GRECA
Rome au moment de nos peintures, et que Tertullien traduira : Væ illis qui delicta sua velut procero fune nectunt L’hébreu, le chaldéen, le syriaque présentent substantiellement le même sens. Notre interprétation est d’autant pins certaine que le discours de Daniel continue immédiatement par ces paroles dites au vieillard : « Jugeant les jugements injustes, opprimant les innocents, acquit- « tant les coupables, » qui sont l’équivalent des suivantes d’Isaïe, dont Daniel semble en effet viser tout le texte : « justifiant l’impie à « cause de ses présents et enlevant Injustice du juste ^ » Les iniquités accumulées par les méchants se sont attachées comme un lacet à leurs pieds, et c’est leur pierre scélérate qui les lapidera.
Cette pierre qui est au bas du piédestal de Satan semble indiquer le péché suprême, le péché irrémissible par nature que saint Paul signale aux Juifs ^ l'incorporation dans « la synagogue de Satan, » dont parle saint Jean, ce pacte, en un mot, avec le Diable, auquel on applique bien le mot qu’Isaïe reproche aux tyrans imposteurs d’Israël ; « Nous avons fait alliance avec l’enfer, cum inferno facimus il. pactum^'l C’est la pierre, j’allais dire le boulet, de Satan que traînent ces deux forçats du péché, qui, pour en jouir, se sont donnés et rivés à son triste monarque.
A côté de la pierre fatale, la photographie montre — est-ce un accident fortuit ? — une sorte de petit volcan couronné de globules de flamme. Soupiraux du feu éternel, ignis æterni fumariola dirait Tertullien. Ce serait l’image de l’enfer dont les vieillards s’inspirent en traînant leurs iniquités, et si lourdes soient-elles^ en les traînant d’un pied léger, vite à luxure, vite au sang. La fumée du puits de l’abime les enivre. « Ils ont connu les profondeurs de Satan, comme ils disent », au témoignage du Christ®. Or, voici ces profondeurs et les inspirations de ces séides de l’enfer.
Saint Hippolyte explique en ces termes le rôle des deux vieillards d’après l’expérience trop habituelle de l’Église :
’ De Pœnitentia, XI.
* Is., V, 23.
» Hébr., VI, 4.
* Is., XXVIII, 15.
’ De Pœnitentia, XI.
® Apoc., II, 24.
LA CAPPELLA GRECA
« Et ils pervertirent leur sens. Ceux, en effet, qui dressent des embûches à l’Eglise et qui se font ses corrupteurs, comment pourraient-ils juger justement ou regarder le ciel d’un cœur pur, eux qui se sont donnés au Prince de ce siècle ?
Fa ils étaient tous deux agites d’aiguillon pour elle. Il faut prendre à la lettre cette parole. Car en tout temps les deux peuples, aiguillonnés par Satan, qui opère en eux, s’appliquent à susciter des persécutions et des afflictions à l’Eglise, cherchant à la corrompre, bien que d’ailleurs ils ne soient pas d’accord entre eux.
— FA ils l’observaient soigneusement. Ceci esta remarquer. Les Gentils et les Juifs circoncis observent en effet jusqu’à présent et recherchent très curieusement ce qui se fait dans l’Eglise, voulant suborner contre nous de faux témoins, comme dit l’Apotre : c’est pourquoi il y a de faux frères introduits à la dérobée, qui se sont introduits ainsi pour explorer noire liberté, que nous avons dans le Christ...
— Et pendant qu’ils observaient le jour propice. Quel est ce jour, sinon le jour de Pâques, jour auquel un bain est préparé dans le Paradis à ceux qui sont accablés de chaleur, et où Susanne, en se lavant, est offerte à Dieu comme une épouse pure ? - Avec deux servantes seulement. En effet, lorsque l’Eglise veut prendre le bain selon l’usage, elle a nécessairement deux servantes pour compagnes. Car c’est par la foi au Christ et la charité envers Dieu que l’Eglise, professant son symbole, reçoit le bain. — Et elle dit aux servantes : Apporlez-moi l’huile, etc. En conséquence, la Foi et la Charité préparent l’huile et les liniments pour ceux qui se lavent. Quels sont ces liniments, sinon les commandements du Verbe? Quelle est cette huile, sinon la vertu de l’Espiit-Saint ? Ce sont deux choses dont, après le bain, les croyants sont oints, comme avec des onguents.»
Le bain de Susanne, c’est-à-dire de l’Église, c’est donc le bain du Baptême, et les onguents qui suivent le bain, c’est le chrême de l’Onction par laquelle sont confirmés et rendus parfaits les chrétiens, tirant de là leur nom comme le Christ. C’est la première et la dernière des trois vertus théologales, la Foi et la Charité, qui préparent ce grand don divin. Voilà ce que nous rappelle Susanne dans le jardin de son époux. Le peintre n’a pas marqué le bain sur son tableau. Il n’était pas facile ni nécessaire. On le connaît bien. Je me trompe : le peintre l’a marqué avec une adresse singulière. Audessus de Susanne il a placé le paralytique emportant son lit, qui fait songer à la piscine probatique, expressément figurée sur d’autres monuments. Cette piscine est fimage classique du Baptême. Aussi voit-on dans les peintures du <iimetière de Saint-Callixte, du commencement du IIP siècle, d’un côté de la piscine^ le fidèle tiré de l’eau sous la figure d’un poisson, par un pêcheur, successeur des douze pêcheurs apostoliques ; de l’autre, ce même fidèle s’en allant, sous la figure du paralytique plein de vie, en sa maison, qui est le
LA CAPPELLA GRECA
ciel. Le tableau du peintre du premier âge de l’Église et l’homélie de saint Hippolyte nous ouvrent le même et ravissant horizon mystique.
Suivons-le dans toute son étendue ; et continuons à lire saint Hippolyte :
« Et les servantes ne virent pas les vieillards. De même, en effet, qu’autrefois le Diable se cacha au Paradis dans le Serpent, ainsi se cache-t-il maintenant dans les vieillards en les enflammant de sa concupiscence pour corrompre Eve une seconde fois.
Et Susanne gémit. C’est ainsi que les deux peuples s’étant mis d’accord pour perdre tels ou tels de l’Eglise, observent le jour propice, entrent dans la maison de Dieu, et, pendant que tous prient Dieu et le louent, se saisissent de quelquesuns, les entraînent et les tiennent liés, disant ; Venez., embrassez nos sentiments et rendez le culte aux dieux. Si vous refusez, nous rendrons témoignage contre vous. Et ils traînent devant les tribunaux ceux qui leur résistent, et ils les accusent comme agissant contre le décret de César, et ils les condamnent à mort. ï»
C’est le sort qui attend quotidiennement l’Église « au milieu des « périls parmi les faux frères, » que S. Paul rapproche des « périls « au sein de la mer : « periculis in mari,periculis in fahis fratribus'^ .n Et quelle est, en face des faux frères, l’attitude de l’Église? Regardez Susanne.
D’une taille élancée et royale, la modestie l’enveloppe : « sa robe » a glissé jusqu’à l’extrémité de ses pieds, et sa démarche a révélé » une vraie déesse, » comme dirait Virgile Elle est vêtue d’une tunique longue, aux plis droits, légèrement ondulés, comme ceux des statues de Phidias, mais sans manches. Le pallium est jeté pardessus : entourant l’épaule gauche et formant ceinture, il laisse pendre ses bouts sur le flanc gauche. Une voilette transparente tombe sur le visage, du front au cou. Une bandelette ceint la tete, comme la vitta des « dames nées libres, sitôt après leur mariage®. » Les cheveux forment un dôme majestueux. Susanne étend ses bras nus en croix, offrant les deux arcs ordinaires de POrante et ayant les paumes des mains tommées comme des coupes vers le ciel. Son visage a le long profil grec et ses belles lignes, mais avec une sobriété de chairs qui rappelle les veilles et les jeûnes, et complète sa
> II Cor., XI, 26.
* Æneid., I, 404-5.
® Rich, vitta.
LA CAPPELLA GRECA
majesté humaine avec un reflet céleste. Elle incline un peu la tète du côté des deux tentateurs, en portant la taille en arrière ; et, faisant tomber sur eux, à travers son voile, ses regards intrépides et douloureux, son immense tristesse, l’ineffable horreur dont elle est suffoquée et l’autorité accablante de la vertu décidée à mourir, elle leur dit en vraie fdle do Juda : « Il est mieux pour moi de tomber » en vos mains... que de pécher en la présence du Seigneur. »
C’est bien l’Église, c’est bien l’Épouse du Christ, telle que S. Paul en a fait le portrait : « Le Christ a aimé l’Église et s’est livré pour » elle à la mort, afin do la sanctifier, la lavant dans le bain de l’eau » avec la parole de vie, pour la faire apparaître devant lui Église » glorieuse, n’ayant ni tâche, ni ride, ni rien de pareil, mais étant » sainte et immaculée ^
Le péché est aux pieds do Siisanne. C’est une petite idole, peinte en blanc, le sphinx de Babylone L 11 a une fine tête de femme, orgueilleusement redressée sous une large bandelette qui tombe sur les épaules. La poitrine et les deux pattes do devant sont de lion ou lionne, et rappellent le mot de Daniel sur la première des quatre bêtes de sa vision, l’empire babylonien : Prima quasi leæna \ Sous les pattes est un disque jaune-brun qui semble marquer le globe. Orbis terræ, orbis terrarum, répète souvent l’Écriture Rota, orbis, dira saint Eucher ® ; et Daniel, d’autre part, a dit à Nabuchodonosor : « Tu es le Roi des rois, et le Dieu du ciel... a mis
» La figure a sur la photographie une beauté mâle et un saint mépris que ne rend pas notre planche II. Le peintre de M. Perret l’a assez bien saisie sur l’original, moins effacé alors qu’aujourd’hui. Néanmoins il n’a pas atteint toute son énergie, qu’on peut appeler tragique.
2 Ephes., V, 25, 27.
® On ne peut nier qu’il n’y ait là une petite figure différente des plis de la robe de Susanne. Elle a été bien distinguée par le peintre de M. Perret et par celui de la copie du Latran qui, sans la comprendre, en ont marqué vaguement les deux parties. Personne n’hésitera à la reconnaître sur la photographie. La distinction, sur l’original, de la couleur blanche de la bête et de la couleur jaune-brune, soit du plateau qui la porte, soit du disque sur lequel elle appuie ses pattes, achève d’écarter tout péril d’illusion sur la présence ici d’un petit sphinx.
* Dan., VII, 4.
s Ps. IX, 9 ; XVIII, 16, etc.
® Spicü. Solesm., t. III, p. 405.
» dans ta main tous les lieux où habitent les fils des hommes, les » bêtes des champs et les oiseaux du ciel, et ton empire est sur » eux tous » Le sphinx a un corps et une queue de poisson, — je me trompe, c’est de phoque ou de pareil animal, — reposant sur un plateau devant lequel s’avancent le buste du monstre et ses pattes tenant le disque. 11 semble que le peintre s’est souvenu de Yirgile disant du devin marin, du (( verdâtre Protée, cærideus Proteus :
» Énormes sont ses troupeaux : il paît au fond de son gouffre de
» hideux phoques, turpes phocas ^ » 11 parait s’être souvenu d’Horace et de son monstre à tête de belle femme, à cou de cheval, aux membres emplumés, à queue d’affreux poisson ^ qui provoque le rire bien dù aussi à l’idole babylonienne. 11 peut s’être souvenu de Manilius, poète du règne d’Auguste, comme Virgile et Horace, qui nous montre la Diane ou Vénus persane changée en poisson en se jetant dans les eaux de Babylone :
Cum Babylonias submersa profugit in unJas .
Il s’est souvenu assurément de la Bible, où le petit poisson
chéri, à tête et mains humaines, à corps de poisson, est l’idole des Philistins de Gaza et d’Azoth, pareil à la déesse Derceto ou x\.tergate adorée à Ascalon, dont Diodore de Sicile écrit : « Elle a la face « d’une femme, et tout le reste du corps d’un poisson L » C’est l’équivalent de ce dieu marin Oannès, maître des arts et des lettres chez les Babyloniens, selon Berose, inventeur du froment et de la charrue^ selon Phllon de Byhlos, et pour ce appelé « Jupiteur agri- « culteur, Zsù; ApÔTp-.o? » On voit sur les monuments ninivites du Louvre et sur une pierre gravée romaine ’ son image, qui a bien du rapport avec celle de la cappella greca. Le peintre a complété cette image biblique du sphinx babylonien, en lui enlevant ces ailes
‘ Dan., II, 37, 38.
2 Gcorg., IV, 395.
® Ad Pisones, 1-5.
* D. Calmet, Diction, de la Bible, art. Dagon.
s Liv. II, 4.
® Gesenius, Thésaurus linguæ hebrææ et Chaldææ, p. 320.
’ Spicil. Solesm., t. III, p. 584.
LA CAPPELLA GRECA
ouvertes qu’ont les taureaux à face humaine du Louvre. « La pre- » mière bête, dit Daniel, était comme un lion et avait des ailes » d’aigle, et je la regardai jusqu’à ce que ses ailes fussent arra- » citées L »
Le corps, qui semble être d’un phoque, indique bien un animal « de turpitude » lourd, se traînant et s’agitant parterre, de la classe àQS turpes phocas, enfin. C’est au moins un poisson, symbole de luxure chez les anciens, qui, d’après Erasme, taxaient d’infamie ceux qui s’en nourrissaient : Olim vesci piscibiis p7'0 deliciis hàbebatiir et infami vocabido dicehantùr opsophagi ^ ; et ce poisson est sans écailles, c’est-à-dire est précisément de ceux que Moïse a déclarés impurs ^ La couleur blanche de tout le monstre rappelle la couleur de la Vénus grecque et romaine, candida, nivea Venus ; et, dans la circonstance, elle ne pouvait manquer de faire songer à cette déesse classique de la volupté.
Le sphinx est devant Susanne, au bord de son pied droit qui s’avance, et à côté de son pied gauche retiré sous sa tunique. Il gît entre ses pieds, comme le corps de Sisara, le Philistin d’Asor, entre les pieds de Jahel victorieuse, volvehatur inter pedes ejus et elle n’a garde, fidèle à la loi de Moïse, de toucher, même pour le fouler, cet être immonde, symbole idolâtrique de l’impure Babylone.
C’est ainsi que Susanne dit aux deux juges d’Israël en qui l’iniquité de Babylone s’est incarnée : « Il est mieux pour moi de tomber « en vos mains... que de pécher en la présence du Seigneur®. »
' Dan., VII, 4.
^ Cité par Pierius, Hieroghyphica, 1579. In-fol., p. 221, f.
* Lévit., XI, 10.
‘ Judic., V, 7.
® Le R. P. Garucci décrit et interprête ainsi ce tableau :
« Dans la scène (n® 1), que je regarde comme la première, on voit une femme en tunique blanche descendant aux talons, sans manches, et enveloppée dans un court pallium blanc en sautoir, qui, debout, la tête voilée, étend les mains en Orante, pendant que deux jeunes gens, vêtus de tuniques courtes jaunâtres et sans manches et d’un court pallium, indiquant avec leurs mains qu’ils vont vers elle, regardent autour d’eux, comme quelqu’un qui s’avance furtivement et craint d’être vu...
« Elle représente la chaste Susanne, épouse de Joachim, quand elle fut surprise par les deux juges, seule dans le jardin de sa maison... Dans cette première
LA CAPPELLA GRECA
Mais si le péché est présent avec ses menaces, le Seigneur l’est aussi avec son secours. Nous l’allons voir.
scène, les deux méchants sont sortis du lieu où ils étaient cachés, et ils vont pré-' cipitaminent sur elle (Dan., XllI, 19) : Surrexerunt duo seiies et accurrerunt ad eam,i pour lui dire : Voici que le jardin est fermé, et personne ne nous voit (v. 20) : Ecce ostia pomarii clausa sunt et nemo nos videt. Susanne est en prière et se décide à tomber innocente entre leurs mains plutôt que de pécher en présence du Seigneur (v. 23) : Sed melius est mihi ahsque opéré incidere in manus vestros qiiam peccare in conspectu Domini. >:
La couleur a blanche » de la tunique et du pallium de l’Orante, qui aurait son importance, ne nous a point paru aussi prononcée qu’au R. P. Garucci. Nous n’avons point reconnu non plus la couleur « jaunâtre » des tuniques des' deux hommes. Nous ne convenons pas qu’ils soient, surtout l’un, des « jeunes gens. » Ces détails à part, on voit que la description du savant Jésuite concorde avec la nôtre, tout en étant bien plus sommaire.