VII
‘ Ibid.
‘ « Beth-schahar, domus portæ (porticus) in quo etiam erectum erat solium judiciale sive tribunal ad jus dicendum, » dit bien Buxtorf, Lexicon Chaldaicum , col. 2488.
* III Reg., VII, 7.
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et le Christ en sort pour intervenir dans la cause de Susanne, et à son appel.
A l’extrémité de ce premier tableau est le tribunal de Dieu ; à l’extrémité du second qui est en face, nous trouverons avec Daniel, le Jugement de Dieu. C’est le nom môme do Daniel, qni apparaîtra ainsi justifié.
Le jugement de Dieu commence dès présent.
Le Verbe de Dieu que Daniel et saint Jean ont vu sous les traits du « Fils de l’homme », et qui a pris ce nom dans l’Évangile, apparaît ici devant le ciel, comme étant « le Dieu du ciel » môme. « Le Dieu du ciel, » n’est-ce pas le nom sous lequel Jonas a invoqué le vrai Dieu parmi les marins infidèles de Joppé ', sons lequel l’invoquent Daniel et ses compagnons à Dabylone % et sous lequel doit le glorifier Nabuchodonosor ^ ? Et ce vrai Dieu, Jéhovah, l’Eternel, le Dieu des Hébreux, ne prend-il pas sans cesse le titre de « Dieu des armées, » soit angéliques, soit sidérales, Jéhovah sabaoth, c’est-à-dire de Dieu du ciel ? Les Babyloniens ne connaissent que le Dieu de la terre : un de leurs livres sacrés est un livre d’agriculture \ C’est (( le Dieu du ciel » qu’a imploré Susanne, c’est « le Dieu du ciel » qui se montre à sa voix ; et l’on voit combien le peintre chrétien est fidèle à la Bible et à la couleur locale.
Deux ombres allongées semblent porter le Fils de l’homme qui ne les touche que de la pointe de ses pieds nus. Ne doit-il pas venir « sur les nuées du ciel avec une grande puissance et majesté ? » 11 est vêtu d’une courte tunique, rappelant celle du « Fils du charpentier : » il la relève de la main gauche, en s’élançant comme un géant ou comme le soleil de sa tente nuptiale. Il s’arrête. Sa main droite fait le geste de l’orateur et du commandement; son regard magistral, passant devant Susanne, se fixe au loin sur les
‘ Jon., I, 9.
^ Dan., II, 18, 19.
’ Dan., IV, 34.
'' Celui qui a servi de noyau à V Agriculture nabatéen?ie, si ce livre même n’est pas babylonien.
* Math., XXIV, 30; XXVI, 64. — On ne voit aucune trace d’ombre sous les pieds des trois autres personnages du tableau. Comment douter que le peintre n’ait voulu, avec ces deux ombres, réveiller le souvenir des textes de saint Matthieu ?
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vieillards et scrute leurs cœurs et leurs reins. Ils ne veulent pas voir le « Dieu du ciel : » il les voit. « Je suis juge et témoin, ego sumjiidex et testis, » semble-t-il leur dire, comme il disait jadis, par la bouche de Jérémie, à leurs devanciers Achab et Sédécias, faux et impurs prophètes h Et n’est-ce pas « d’eux » en personne qu’a parlé le Seigneur, disant : « L’iniquité est sortie de Bahylone par des « vieillards établis juges qu’on voyait juger mon peuple » Le Seigneur prononce sur eux cet anathème d’Isaïe auquel Daniel va faire allusion et que le peintre a si expressément traduit en image : « Mal- « heur à ceux qui tirent les péchés comme avec une longue corde « et les iniquités comme avec la courroie qui lie la génisse, Væ trait. hentibm peccata quasi funiculo lonrjo et quasi jurji corrigiâ vitulæ « iniquitates ^ ! » Les joues du Seigneur sont enflées du divin courroux ; il souffle avec majesté : « il tuera du souffle de sa bouche et « il détruira par l’éclat de sou avènement l’inique » qui « s’est ré- « vélé » C’est vraiment ici « le Seigneur Jésus, » dont saint Paul décrira l’avéuement ; c’est le Verbe qui déjà prélude à son incarnation et à son jugement final : c’est le Christ qui apparaît en face d’un double précurseur de l’Antéchrist.
Je n’ai pas trop dit. L’allégorie submerge l’histoire. Susanne n’est plus Susanne, c’est l’Eglise. Le » Roi du Ciel, » c’est l’Epoux de l’Église, le Verbe de Dieu fait chair, glorifié, maîti-e des sept sceaux des destinées, « Roi immortel des siècles : » c’est le Christ. Avec les deux vieillards de Bahylone, il juge Babylone même, mais « Babylone-la-Grande, » cette Rome qui a hérité de Babylone le sceptre de la terre pour l’élever à une hauteur incomparable, et qui s’acharne à corrompre ou à exterminer la mystique Susanne. Voici le jugement ; voici la sentence; voici, sous les pieds du Christ, les plus grandes scènes de l’Apocalypse.
A la pointe du pied droit du Christ est la lune, au vaste disque, auquel manque un quartier. Sa face est rougeâtre ^ comme saint
‘ Jerem., XXIX, 23.
* Dan., XIII, 5.
® Is., V, 18. Septante.
* II Thess., II, 8.
® Je crois me rappeler parfaitement bien cette teinte. Le disque, très-net sur la photographie, était encore ainsi sur l’original en 1871 ; et je ne pouvais m’ex-
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Pierre, après Joël, la montre à la fin de la Jérusalem déicide : « la « lune sera changée en sang » C’est ainsi qu’on la voit dans l’Apocalypse, à l’ouvertm-e du sixième sceau des destinées de la Babyloiie romaine, quand la « grande voix » des âmes des martyrs du Verbe de Dieu s’est fait entendre sous l’autel du ciel où ils reposent : « Jusqu’à quand. Seigneur, saint et fidèle, attendrez- « vous pour rendre le jugement et venger notre sang de ceux qui « habitent la terre ^ ? » « La lune est devenue tout entière comme « du sang, » dit saint Jean ^ A coté de la lune, au bas du tabernacle céleste, est le soleil noirâtre. « 11 sera changé en ténèbres, » dit saint Pierre L Un grossier tissu, aux fils croisés et clairs, le voile. « Le soleil, dit saint Jean, est devenu comme un sac de poil ^ » Entre le soleil et la lune on voit, ce semble, un petit globe sombre rappelant la suite du texte. : « Et les étoiles tombèrent du ciel sur (( la terre, comme le figuier jette ses figues non mûres quand il est « secoué par un grand vent »
Au-dessous est une large et haute montagne, dont la copie du musée du Latran marque avec soin le contour. Elle dresse uue pointe et conune une corne vers le ciel. C’est sur elle que le Christ paraît lancer du pied la lune et les étoiles. Le reste de la peinture à cet endroit est perdu. Un morceau de l’enduit du mur a été remplacé par du ciment. Des traits en creux, tracés sur la pâte fraîche avec une tige à pointe arrondie, présentent toutefois des formes dont le caractère semble intentionnel. Un petit cercle produit sur la photographie l’image assez claire d’un astre. A cèté, au bas de la montagne se voit un sphinx en miniature pareil à une statuette
pliquer alors la présence d’un pareil disque au pied, et en partie sur le pied, du personnage incompris. En 1876, nous n’avons plus vu que le commencement du rond de l’astre cachant le bout du pied qui est manifestement coupé par un objet superposé.
‘ Joël., II, 31; Act., II, 20.
* Apoc., VI, 10.
3 Apoc., VI, 12.
Act., II, 20.
® Apoc., VI, 12.— Le disque et le treillis du tissu se reconnaissent parfaitement sur la photographie. Nous n’en avons pas retrouvé de trace en 1876.
® Apoc., VI, 13.
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idolâtrique. Assis à la façon d’un chat, il paraît debout ; ses pattes de devant sont démesurément longues et offrent la roideur des barres de fer ; il dresse une tête qu’on dirait ceinte du diadème. Devant lui est une sorte de fournaise antique, en pyramide, à triple assise. Les linéaments donnent sur la photographie un tableau en miniature si net qu’il semble impossible de l’cittribuer au hasard. Â-t-on consigné sur le ciment un souvenir de l’ancienne peinture? V-a-il ici le puits de l’abyme, l’étoile tombée du ciel qui a la clef du puits de l’abyme ', la Dête qui remonte de l’ab)-me Serait-ce sous la figure de la Bête, l’image de l’empire romain dont saint Hippolyte a dit : « les jambes de fer, la Bête étonnante et terrible, ce « sont les Romains qui ont maintenant l’empire » 11 n’est pas besoin de ces données problématiques pour reconnaître sur notre tableau cet empire et Rome sa capitale « assise sur sept montagnes ^ » La montagne, accompagnée des signes apocalyptiques, suffit. Elle désigne assez la terre et le grand empire terrestre, l’empire romain qu’il n’était pas prudent de caractériser avec trop de précision ; et ce texte de Jérémie est là pour tout éclaircir : « Et je rendrai à Ba- « bylono et à tous les habitants de la Cbaldée tout leur mal, celui « qu’ils ont fait à Sion sous vos yeux. Me voici à toi, dit Jéhovah, « mont corrupteur, corrompant toute la terre, et j’étendrai ma main « sur toi et je t’arracherai de tes rochers et je te changerai en mont « de combustion, et l’on ne prendra plus de toi la pierre de l’angle « ni la pierre du fondement, car tu seras en désolation pour les « siècles, dit Jéhovah L
Ne possédons-nous pas ainsi, avec certitude, les éléments essentiels de la vision de saint Jean à l’ouverture du sixième sceau et ne semblet-il pas manifeste que le peintre de la cappella greca a traduit en abrégé sur la muraille le tableau suivant :
i Et voilà qu’il se fit un grand tremblement de terre, et le soleil devint noir comme un sac de poil, et la lune toute entière devint comme du sang. Et les
> Apoc., IX, 1.
* Apoc., XI, 7.
® Fragmenta in Danielcm, III. G. f. L ‘ Apoc., XVII, 9.
® Jerem,, LI, 24-26. C. f. Spicilegium Solesmense, t. II, p. 142.
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étoiles du ciel tombèrent sur la terre comme le figuier jette ses figues non mûres quand il est secoué par un grand vent. Et le ciel se retira comme un livre plié et toutes les montagnes et les îles furent ébranlées de leur place ' »
A l'effusion de la septième coupe, saint Jean voyant un autre tremblement de terre, sans exemple jusque-là, qui brise en trois la grande cité et fait crouler les diverses cités des nations, dira : « La « grande Babylone vint en mémoire devant Dieu, pour que le calice « de l’indignation do sa colère lui fut donné et toute île s'enfuit et « l’on ne trouva plus les montagnes » Il nous apprendra ensuite que « la grande Babylone », c’est la femme, c’est-à-dire la cité, (( assise sur sept montagnes, mère des fornications et abominations « do la terre, ivre du sang des saints et des martyrs de Jésus" », que c’est Rome enfin. En attendant, la vision de l’ouverture du sixième sceau finit par les acclamations des élus des douze tribus d’Israël et d’une foule innombrable prise de toutes les nations du globe, et par les acclamations des anges, à Dieu et à l’Agneau, c’est-à-dire au Christ. C’est l’annonce de son triomphe temporel et éternel qui doit couronner l’Apocalypse. Ce triomphe n’est-il pas bien évident dans son attitude à la porte du ciel, sur la peinture de la cappella greca ?
C’est ainsi que du vivant des Apôtres ou au lendemain de leur mort, le jugement de Rome, son jugement dernier, pareil à celui de Jérusalem, ce jugement dénoncé par le Christ du haut du ciel, comme il avait, la semaine de sa Passion, dénoncé celui de Jérusalem du haut du mont des Oliviers, était peint aux portes de Rome même. Le tableau en était exposé sur les murailles d’un sanctuaire souterrain, comme autrefois, à Babylone, le Mane, Thecel, Phares sur le mur du festin de Balthazar. Il l’était aux jours do Dioclétien
‘ Apoc., VI, 12-14. — La photographie présente vers le bas du tableau, dans l’alignement du Christ, cinq ou six petits disques bruns, ayant au milieu un point blanchâtre. Ils ne peuvent venir de la peinture, car l’un d’eux au moins est manifestement hors du champ du tableau. La montagne large et comme calcinée qu’on voit à côté est un effet d’un autre quartier de ciment, mis pour boucher une nouvelle rupture faite à l’enduit du mur. Le dessin du contour du ciment ne paraît point intentionnel. Nous avons vérifié ces détails sur place.
Apoc., XVI, 19, 20.
" Apoc., XVI, XVII.
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et de Julien 1’A.postat. Si les Césars l'avaient su ! Et c’est ainsique l’Eglise persécutée par les tyrans et se cachant dans les catacombes y retraçait et y contemplait d’avance l’histoire de ses persécuteurs et la sienne propre, et qu’écrasée par le monde elle disait : Le monde est à moi ! Est-il une page de peinture historique comparable à cette page sublime?
Cependant cette histoire, exposée d’avance aux regards, va se dérouler.
« Ces paroles, dit l’Apôtre bien-aimé, qui vient de sortir de la chaudière bouillante où Rome l’a plongé à la Porte-Latine, ces paroles sont très fidèles et vraies. Et le Seigneur, Dieu des esprits des prophètes, a envoyé son ange pour montrer à ses serviteurs ce qui doit arriver bientôt. Et voici que je viens promptement... Que celui qui nuit nuise encore, qui est souillé se souille encore, qui est saint se sanctifie encore. Voici que je viens promptement, et ma rétribution est avec moi, pour rendre à chacun selon ses œuvres. Je suis l’alpha et l’oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin ‘. »
Ninive s’arrêta dans les emportements de ses iniquités à la voix de Jouas. Rome s’arrètera-t-ello à la voix du Fils de Dieu, des cieux qui s’ébranlent, do la terre en convulsion et de trois siècles de coups de foudre?» La grande Babylone » ne s’arrêtera pas. Les vieillards de Babylone poursuivront leur œuvre d’enfer contre 8usanne. Le peintre chrétien va nous retracer sa condamnation.
' Apoc., XXll, 6-13.
Fresque du côté droit du sanctuaire de la Cappella. Greca. , d'après le dessin du P, Garucci. rectifié par M’! le Coin. Descemet , sur la copie du Musée de Latran . Hauteur de l'Orante de gauche 0,59'"™'^