X.«piv
Obrimos à Nestoriané,
Bienheureuse, très-douce {•Epouse ? Femme ?) En souvenir.
Obrimos, l’auteur de ces deux épitaphes, nous est inconnu. C’est sans doute le mari de Nestoriané. Le titre de celle-ci qui commençait la troisième ligne et qui n’offre plus que la seconde lettre Y et un fragment, A, de la troisième, un M ou un N — faisant lire ougêttp, compagne de vie, épouse, comme propose M. de Rossi, d’après le style courant des épitaphes, ou ^uvaisa', femme, comme a proposé le R. P. Gai’ucci ‘ — ce titre est celui d’une épouse, même avec la seconde lecture. En la supposant vraie, le R. P. Garucci conclut qu’ « il serait ainsi certain que Nestoriané fut la femme « d’Obrimos ^ » Obrimos devait être un personnage considérable dans l’église romaine puisqu’il a possédé une des absides de l’église du cimetière de Priscille, l’ayant probablement fait construire, et y a mis deux fois sa signature.
* Storia délia Arte christiana, vol. II, tav. LXXX^».
® 4 ... La terza lima delé épigraphe era del tutlo perita quando io la trascrissi : soltanto rimanevano degli avanzi di lettere, che mi parve poier supplice yuva'.x: }Avyj{j(.riî yaptv, onde sarebbc certo che Nesioriana fu nioglie di Obrimo. s Ibid.
LA CAPPELLA GREC A
La première épitaphe a été consacrée par Obrimos à son cousin, son cousin germain, probablement, selon la signification ordinaire du mot grec. Palladios est appelé « très-doux », comme Nestoriané « très-douce » : ce qui veut dire très-agréable, très-cher. Mais une épithète extraordinaire vient ensuite pour Palladios. Obi’imos le qualifie de ^uvcr/oTacT-/-?. Cet adjectif ne figure pas dans les lexiques. On n’y trouve que le mot simple, de ce mot composé. Les
lexiques grecs devront désormais un nouveau mot à la cappella greca. Palladios est dit à la lettre vacant avec Obrimos. A quoi ? Ce ne peut être qu’à l’étude des Saintes Lettres, ou à la prière, ou aux deux ensemble. La prière et l’étude s’harmonisent si bien ! Afin que vous vaquiez à la prière, dit S. Paul aux époux chrétiens, avec le terme même qu’on lira à la cappella greca : iva L De son
côté S. Jean Climaque appelle c/oXaffTvi; celui qui, renonçant aux affaires du monde, s’applique à l’étude de la vie éternelle : De iis qui negotiis mundanis se ahdicantes vitæ æternæ student L Les clercs ou les religieux, exclusivement consacrés au service divin, nommeront les jours de la semaine des fériés ou vacances. Palladios et Obrimos étaient donc deux cousins qui, au sein du monde, s’adonnaient tout entiers aux choses divines. Ils étaient compagnons d’étude et de prière, en un mot, de contemplation, et ainsi bien nommés co-scholastiques .
Si on ne voulait voir dans Palladios qu’un simple condisciple ou compagnon d’école d’Obrimos, il faudrait toujours convenir qu’ils fréquentaient ensemble l’école chrétienne. Cette école, qu’on dit fondée à Rome par S. Justin, était une école de philosophes chrétiens, revenant bien à celle des hommes de science sacrée et de prière dont nous venons de parler. Ces scolastiques romains étaient du genre de ces thérapeutes alexandrins dont le juif Philon a tant fait honneur à la Synagogue et que l’Eglise aime à revendiquer pour les fils spirituels de S. Marc, disciple de S. Pierre.
La formule « MNHMHC XAPIN, en souvenir, » est celle des épitaphes grecques païennes et rappelle le MEMORIAL AETERNAE des épitaphes latines. XAPIN MNHMHC se lit ailleurs sur un monument
1 I Cor., VII, 5.
® Henri Etienne, Thésaurus lingues grœcde.
LA CAPPELLA GRECA .
chrétien et un marbre chrétien d’Arles, du III® siècle au plus tard, dédié par un mari à sa femme, .donne la traduction même de la formule de la cappella greca : MEMORIAE CAVSA FECI ^ Cette formule désigne le mémorial consacré à une personne distinguée ou chère ; et c’est ainsi qu’on appellera Mémoire, Memoria, d’un martyr, son tombeau, son oratoire, sa basilique.
Nestoriané est le sujet de la seconde épitaphe. Elle est appelée « douce » comme Palladios, mais tout d’abord « bienheureuse. » Cette expression paxapio; est toute chrétienne et s’appliquera d’une manière spéciale aux défunts. Leur cimetière ou dortoir est appelé « le lieu des bienheureux, Maxapov /wpoc, » dans l’épitaphe suivante du cimetière de Priscille, née de la même inspiration que la nôtre, si elle n’a été inspirée par elle :
EN0AAE HAÏAEINA
REIÏAI MARÂPON ENI XQP12
HN KHAEYE HAKATA EHN 0PEOTEIPAN FAYREPHl^
APIAN EN
« Ici repose Paulina dans le lieu des bienheureux. Pacata a rendu « les derniers devoirs à celle qui fut sa nourrice douce, sainte dans « le Christ \ » Paulina « douce » et « sainte » nourrissait Pacata du lait du Christ en même temps que du sien, pareille à cette nourrice d’Agnès du sein de laquelle la jeune fille, au bi’uit de la trompette du héraut proclamant la persécution, s’élancera pour voler au martyre L » Sur le sarcophage de Paulina, Pacata a fait sculpter, d’un côté de l’épitaphe, le Bon Pasteur rapportant sa brebis, paissant
‘ M. Martignj’-, p. 173.
* M. Le Blant, n° 533; Bulletino, 1873, p 53.
® Aringhi, t. II, p. 267.
* Fama refert sanctos dudum reiulisse parentes Agnen cum lugubres cantus tuba concrepuisset,
Nulricis gremiuin subito liquisse puellam,
Sponte trucis calcasse minas rabiemque tgranni, etc.
Inscription daniasienne dont l’original est à Sainte-Agnès-hors-les-Murs.
256 LA CAPPELLA GRECA
ses brebis, allant traire ses brebis, ainsi que la martyre Perpétue l’a vu dans le ciel, et, de l’autre, une forte brebis reposant sous un grand arbre ^ C’est le tableau du « lieu des bienheureux » dont le cimetière de Priscille, le cimetière chrétien, est comme le vestibule et l’image. C’est ainsi qu’en compagnie de Paulina et probablement avant elle, Nestoriané a été qualiüée de «douce » et «bienheureuse. ))
L’origine de cette expression appliquée aux défunts est
dan.s l’Apocalypse. Ecris : Bienheureux les morts, ceux qui meurent clans le Seiçjneur. Oui dorénavant, dit l'Esprit, qu’ils se reposent de leurs travaux, car leurs œuvres les suivent et sont avec eux * : ainsi disait la grande voix venant du ciel qu’entendit S. Jean après celle de l’ange qui s’écriait : Elle est tombée, elle est tombée la grande Bahylone, après les tourments aux siècles des siècles dénoncés aux adorateurs de la Bête, après la patience exaltée des saints qui gardent les commandements de Dieu et la foi de Jésus. Cette expression « bienheureuse » sera appliquée spécialement aux martyrs. BEATISSIMO MABTYBI JANYABIO, écrit S. Damase sur le marbre qu’il consacre au martyr S. Janvier®; SANCTIS ALYRTYBIBVS ET BEATISSIMIS, portait l’inscription de la basilique des martyrs de Porto, Eutrope et ses sœurs Bouosa et Zosina Nestoriané futelle martyre? Cet indice n’est point suffisant. Mais Nestoriané fut assurément une de ces fidèles des commandements de Dieu et de la foi de Jésus dont l’Esprit-Saint a proclamé du haut du ciel la béatitude.
Le Christ l’avait déjà proclamée sur la terre. M.YKAPI A rappelle le Maxdpioi de l’Évangile \ dont les béatitudes semblent projeter ici leurs reflets . Nestoriané a été humble , endurante , versant de saintes larmes, ayant faim et soif de la justice, miséricordieuse, d’un cœur pur, pacifique, persécutée pour la justice, « bienheureuse » en un mot, selon la règle du Christ. On dit d’un mot toutes ces vertus. Ce mot est accompagné heureusement d’un autre.
’ Aringhi, t. II, jp. 267.
- Apoc , XIV, 13.
^ Bulletino, 1863, p. 16.
» Bulletino, 1866, p. 47.
^ Matt., V, 3.
LA CAPPELLA GRECA
Los vertus divines engendrent les vertus humaines. Nestoriané fut l’épouse (( très-douce », c’est-à-dire très-agréable et de tous points très-chère fXuxijTaro ; mais c’est qu’elle était d’abord « 1 ’ aheureuse » au sens chrétien, et comme le dira d’un ton divin notre langue, tant qu’elle sera la vraie langue française, « béate. » Ce terme, qui, en Auvergne, désignait naguères encore une des plus utiles et dos plus ravissantes créations de la civilisation chrétienne, la femme pieuse juge do son peuple en son village, comme Dél)ora sous son palmier, remonte aux: catacombes. « Béate et très-douce, » c’est une certaine auréole souveraine descendue du ciel, sur les traits d’Kve régénérée par le Christ, laquelle a commencé avec Marie à s’écrier : « Toutes les générations m’appelleront « bienheureuse. » Nestoiâané a imité les vertus de Marie; elle a marché sur les pas de ses suivantes, les vierges romaines, Pudentionne et Praxède ; elle a été proclamée « bienheureuse » par Rome, et ce titre est inscrit sur sa tombe, près de celle des saintes vierges, au cimetière de Priscille.
Le « MNHMHC XAPIN, en souvenir, » tracé par Übrimos sur la tombe de sa femme se retrouvera, avons-nous dit, sur l’antique tombe d'une arlésienne. Simplicius souhaitant la paix à Vibia, « épouse incomparable », avec qui il a fait, c’est-à-dire vécu quatre ans : PAX TECYM SIT YIBIA, ajoutera : MEMORIÆ CAYSA FECl L
Palladios, occupant le fond de la niche, Nestoriané la place de droite, il est probable que la place vide de gauche a été occupée par Obrimos, ou du moins lui a été destinée. Une « bienheureuse » et deux hommes, son mari et le cousin de son mari, « vaquant ensemble » à la contemplation des choses divines, avaient cette place d’honneur au cimetière de Priscille. Ce sont des ancêtres que peuvent revendiquer les religieux. En attendant que les fondateurs de leurs divers ordres, depuis le prophète Elle jusqu’à S. Yincent de Paul, soient rangés par les papes en garde noble autour du tombeau de saint Pierre, on les voit dans la personne de Palladios, de Nestoriané et peut-être d’Obrimos, primer tout avec les martyrs, dans l’église du cimetière de Priscille, où sont venus reposer les hôtes de S. Pierre et les compagnons de S. Paul.
’ M. Le Blant, ri» 333.
LA CAPPELLA GRECA
Les trois noms de cette abside sont grecs : Obrimos, le fort, le hardi, Palladios, Y homme de Pallas, Nestoriané, la femme de la 'parenté ou de la clientèle de Nestor. A lire ces noms, on se croirait dans Homère. « Ce ne sont point là, à coup sùr^ des Latins, dit le « U. P. Garucci, mais des gens venus à Rome de quelqu’une des pro- « vinces romaines où la langue commune était la langue greccjue L» Cette famille grecque est bien en harmonie avec les fresques si grecques do la chapelle ; et peut-être ne fut-elle point étrangère à ces peintures, et le peintre ou les peintres ne furent-ils point sans relation avec la famille. Il est toujours bien picj[uant de voir les Romains donner rendez-vous, dans l’importante église du cimetière de Priscille ou dans l’entourage, aux Juifs et aux Grecs tout ensemble, comme pour rappeler les paroles de S. Paul : Les juifs demandent des miracles et les Grecs cherchent la sagesse. Pour 7ious, nous 'prêchonsle Christ crucifié, scandale pour les Juifs, folie pjour les Grecs, inais pour les élus, Juifs et Grecs, le Christ, puissance de Dieu et sagesse de Dieu ^ Au cimetière de Saint-Callixte, Rome honorera les martyrs que lui a envoyés la Grèce, cpios Cræcia misit. Ici, c’est un philosophe chrétien, c’est une sainte femme, dont elle permet à leur digne parent de consacrer la mémoire. Les Occidentaux sont reconnaissants et gracieux aux Orientaux. Que l’Orient s’en souvienne ! Encore une fois si le hasard a fait que la plus ancienne chambre des catacombes romaines et la plus belle, au moins pour la théologie, s’appelât la cappella greca, le hasard a été heureux.
A quelle date faut-il faire remonter ces deux épitaphes ? On ne peut hésiter qu’entre le second et le troisième siècle. L’absence de symbolisme chrétien et la formule « en souvenir » continuée des païens pourraient nous reporter vers le second siècle. Palladios et Nestoriané seraient-ils deux des compagnons martyrs de Symétrius ? A ce compte la qualification de « bienheureuse » appliquée à Nestoriané s’expliquerait à merveille. Ce serait une expression détachée de la huitième béatitude : Bienheureux ceux qui sont pei'sécutés pour la justice, car ci eux est le royaume des cieux^ ! Mais
‘ Tav. LXXX».
* I Cor., I, 22-24.
^ Matth., V. 10.
LA CAPPELLA GHECA
alors Palladios et Nestoriané auraient été avec Symétrius l’objet d’un culte public dont on no trouve aucuns trace. Disons seulement, ce qui paraît incontestable, qu'ils ont été des personnages impor'ants dans l’Eglise romaine ; et ajoutons qu’ils ont été rattachés par les liens du sang ou de l’amilié à la famille de Piidens ou à celle d’Aquila et Prisca, sur le terrain desquelles nous sommes, familles, dont l’une est représentée à la cappella (jreca par le martyr Symétrius, l’autre par la martyre Prisca. A défaut de l’auréole du martyre ces deux noms semblent rayonner comme ceux d’Aquila et Prisca, de Pudens, Pudentienne et Praxède, do l’auréole de la sainteté. On comprend bien ainsi qu’ils aient été placés, comme sur de solennelles dypliques, dans l’abside de la cappella cjreca faisant face à l’entrée ; et qu’avec leurs titres de vaquant à l’étude des Saints Livres et à la prière et de bienheureuse^ leurs noms aient été les premiers offerts aux yeux des fidèles qui venaient ici s’instruire, prier et se sanctifier.
111. — La troisième abside de la nef, formant le pendant de l’abside de Palladios et Nestoriané, n’existait pas dans le plan primitif. Avec ses deux murs latéraux, c’était simplement le couloir de l’entrée, offrant quelques places aux fidèles pour l’assistance aux saints mystères. L’entrée a été fermée par un mur droit, un peu oblique, comme l’exigeait la direction du couloir et qu’on distingue parfaitement aujourd’hui de la construction primitive. 11 en est résulté une petite chambre presque carrée et un peu inclinée sur l’axe de la chapelle ‘. L’entrée de celle-ci a été transportée alors au fond du sanctuaire ; et l’église a été retournée en conservant toujours et en accentuant de plus en plus sa forme de croix. Elle s’est rapprochée des futures basiliques. Son dessin par terre rappelle à la fois le Saint-Pierre de Constantin et celui des papes, le bras gauche étant du premier, le bras droit du second. Le sanctuaire est devenu la nef ; l’abside ronde du fond, où reposait, croyons-nous le martyr Symétrius, s’est trouvée le sanctuaire ; l’abside ronde du bras droit a offert les sarcophages de Palladios et de Nestoriané ; l’abside carrée du bras gauche a reçu le sarcophage pour lequel elle a été créée, celui, nous paraît-il, de la martyre Prisca. Le pèlerin du
y Planche X, 2. — Voir planche I, 2.
LA CAPPELLA GRECA
Yll® siècle a trouvé son tombeau avec celui de Symétrius, près de l’escalier, dans une chapelle qu’un examen attentif nous dit être la cajjpella greca.
Sous le second Claude, dit ie Gothique^ qui tînt l’empire de 268 à 270, la vierge Prisca, de la descendance, on n’en doute pas ’, des juifs Aquila et Prisca, obtint, première Agnès, la palme du martyre à treize ans. C’est ce que portent ses Actes, qu’on ne rencontre, il est vrai, qu’au X'-’ siècle’^ mais que rien n’oblige à contredire pour l’essentiel, et que l’Eglise suit dans la légende liturgique de la sainte. D’après ces Actes, Prisca, après avoir souffert des tourments effroyables, fut décapitée sur la voie d’Ostie, à dix milles de Rome. A quelque temps de là, le pape S. Eutychien, qui siégea de 275 à 283, transporta son corps à Rome, où on le trouve, à côté de celui de Symétrius, au commencement du VIP siècle, dans une chambre du cimetière de Priscille, aux données de laquelle la cappella greca répond admirablement. C’est pour elle qu’a dû être construite l’abside carrée de cette chapelle.
Cette abside, indubitablement surajoutée, porte divers indices du Hl® siècle finissant ou environ. Son mur de clôture est assez grossièrement construit; ses ornements de stuc, d’un dessin antique et tout pareil à ceux du sanctuaire de la chapelle, sont d’une pâte beaucoup moins fine ; les lourds ornements à fresques exécutés aux côtés de la porte ouverte au fond du sanctuaire, lors de la création de cette nouvelle abside, et la peinture des trois Hébreux refaite ou rafraîchie avec des tons relativement durs et criards trahissent la décadence de l’art qu’on rencontre au IIP siècle. Il y a, en un mot, une coïncidence frappante entre l’époque assignée à la martyre Prisca par ses Actes, l'indication du topographe du YIP siècle nous faisant voir Prisca au lieu où est la cappella greca et la physionomie de l’abside de cette chapelle et des remaniements auxquels sa création a donné lieu. Tout nous montre ici Prisca et la translation de son corps au cimetière de Priscille par le pape S. Eutychien, selon la tradition consignée dans les Actes de la martyre. La transformation de la cappella greca paraît bien être le mémorial de sa canonisation.
‘ Bulletino, 1867, p. 45.
^ Ibid.
LA CAPPELLA GRECA
Le stuc du mur vertical fermant l’abside carrée est tombé aujourd’hui, et il n’y a aucun indice de l’ornementation qui apparaissait en arrière du sarcophage déposé là et lui faisait fond. 11 no reste rien non plus de l’ornementation do la von te cylindrique, l’ancienne voûte du couloir du cimetière et de l’entrée de la cappella rjreca. Mais une largo bordure, offrant des enroulements de feuillage en stuc, orne à l’intérieur l’extrémité do cette voûte, du côté de l’église, au devant de l’oratoire. Cette bordure est toute pareille aux deux qui ornent l’entrée et le fond de l’ancien sanctuaire de la cappella ‘, et semble avoir eu pour intention d’indiquer aussi un sanctuaire. Le nom do la martyre Prisca revient encore à la pensée. On comprend que la rencontrant dans de telles conditions d’honneur et à côté d’elle, a l’abside voisine, Symétrius, dans des conditions un pou moins frappantes, le pèlerin du septième siècle ait déposé sur ses tablettes ses impressions dans cet ordre et en ces termes : « En une autre crypte, Ste Prisquo et Fimitis (Symétrius) repose « dans une chambre à coucher. Et in altéra S. Prisca martyr et « Fimitis pausat in euhiexdo. »
Telles sont les trois absides occupant le fond et les côtés du nouveau sanctuaire de la cappella greca. Nous avons vu la nef de la chapelle, qui est l’ancien sanctuaire, et montré la seconde croix du plan géométral de la chapelle succédant à la première. Nous avons étudié, d’autre part, toutes les peintures du sanctuaire primitif. Notre description de la cappella greca est finie. En l’achevant, qu’il nous soit permis d’y jeter encore un regard pour en résumer tout l’ensemhle sous une form.e nouvelle de synthèse théologique.
Le lecteur intelligent n’aura pas manqué d’observer que les peintures de cette « crypte merveilleuse » sont un exposé, sous forme historique ou allégorique de tous les dogmes fondamentaux de notre foi et une sorte de mise en tableau des douze articles du Symbole des x\pôtres. On fait remonter la composition de ce Symbole aux jours qui précédèrent la dispersion des Apôtres de Jérusalem dans l’univers. Il est donc bien naturel d’en retrouver la substance sur les murs d’une église à côté de laquelle reposaient les hôtes de S. Pierre et les compagnons de S. Paul, et qui était un des princi-
' Planche X, 3. — Voir pl. I, 3. Cf. pl. IV, l.
LA CAPPELLA GRECA
paux lieux do réunion de l’Église romaine. Il n’est pas difficile de l’y retrouver en effet, articles par articles.
<( La loi do la prière établit celle de la foi » dit l’axiome catholique ’. Il est bien clair, d’abord, que les Romains entrant à la cappella greca, y adhéraient d’avance aux enseignements de l’Église ; que ces Orantes dont on reconnaît trois encore à l’entrée sont des fidèles, c'est-à-dire des croyanis ; et qu’ainsi le premier mot qu’on sent palpiter sur leurs lèvres est Credo.
In Deum Patrem omnipotcntem, Creatorem cœli et terræ. Dieu le Père n’est aucunement représenté à la cappella greca ; et c’est, on peut le dire, sa représentation la plus parfaite. On l’entend trois fois dans l’Évangile, au Baptême du Christ, au Thabor, avant la Passion : on ne le voit jamais. uPerson7ie n’a jamais vu Dieu : Le Fils unique gui est dans le sein du Père et celui ciui Va fait connaître, dit S. Jean -. Personne, avait dit le Christ, n’a connu le Père que le Fils et celui à qui le Fils Va voulu révéler ^ ; et S. Justin ne manquera pas d’alléguer ces paroles aux Juifs et de leur soutenir que c’est le Yerbe et non le Père, comme ils le prétendent, qui a conversé avec Moïse Sur les sarcophages le Père sera parfois représenté par une figure humaine, qui, avec deux autres, compose le groupe de la Trinité ^ Sur le sarcophage de Junius Bassus ® et sur les mosaïques des basiliques, on le reconnaît dans une main souveraine émergeant d’un nuage et donnant le livre de la Loi à l’x^gneau ou la couronne au Christ. Le silence absolu de la cappella greca semble plus éloquent et plus rigoureusement théologique. Il n’était pas besoin, d’ailleurs, de représenter le Père pour le rappeler aux fidèles. N’est-ce pas à lui que le Bon Pasteur, qui est à la voûte, rapporte sa brebis, disant : Père, ceux que vous m’avez donnés, je n’en ai pas perdu un seul ’ ? Et, dans cette église, n’est-ce pas au Père que s’adresse la prière : y ous prierez ainsi ; LVotre Père qui êtes aux deux ® ? « On offre, dit
‘ Legem credendi statuai lex supplicandi.
* Joan., L 18.
Matth., XI, 27.
ApoL, I, 63.
® Sarcophage de Saint Paul. M. Martigny, p, 597.
« Aringhi, t. I, p. 277.
’ Joan., XVIII, 9.
« Matth., VI, 9.
LA CAPPELLA GRECA
« S. Justin, parlant à Rome de la réunion dominicale, le pain et la « coupe d’eau et de vin à celui qui préside les frères, et lui, les pre- « nant, adresse louange et gloire au Père de toutes choses, au nom « du Fils et du Saint-Esprit : il fait avec elTusion X Eucharistie (l’ac- « tion de grâces) pour les dons reçus de lui : et quand il a fini les « prières et l’Eucharistie, tout le peuple présent dit cette acclama- « tion : Amen » Amen est l’équivalent de Credo ; et, c’est ainsi qu’à la cappella greca où rien ne l’appelle aux yeux « Dieu le Père », tous les échos redisent à l’esprit : Credo in Deum Vatrem omnipotentem Creatorcm cœli et terræ.
Et in Jesurn Christum, Eilium ejus unicum Dominum nostrum. Ce second article du Credo était bien figuré par le Bon Pasteur apparaissant à la voûte de la chapelle comme dans le champ du ciel et présidant aux Saisons.
Qui conceptus est de Spiritu Sancto, natus ex Maria Virgine. C’est le tableau du dessus de l’entrée de la chapelle, l’Adoration des Mages.
Passas sub Pontio Pilato, crucifixus, mortuus. C’est le rocher mystique touché par le bois, qui s’entr’ouvre et verse au peuple l’eau salutaire : c’est le Christ sur la croix qui de son côté ouvert épanche l’eau et le sang dont naît et va s’alimenter l’Église.
Et sepultus, descendit ad inferos, lertia de resurrexit a mortuis. C’est le paralytique se levant et emportant son lit à sa maison. Daniel, sortant vainqueur des lions dans la fosse, était ici aussi, ce semble, figurant le Christ vainqueur de la mort. Lazare y était peutêtre ou n’était pas loin, et peut-être même Jonas, symbolisant, avec la résurrection des morts, celle du Premier-né d’entre les morts.
Ascendit ad cœlos, sedet ad dexteram Dei Patris omnipotentis. Le Bon Pasteur représentait bien le Christ remonté au ciel d’où il est descendu pour nous sauver.
Inde venturus est judicare vivos et mortuos. Le Christ, venant au secours de Susanne et châtiant Babylone, Daniel sauvant Susanne et montrant aux infâmes vieillards le lieu de leur supplice, nous mettent sous les yeux le jugement final du monde que doit faire le Christ.
' Apob, I, 65.
LA CAPPELLA GRECA
Credo in Spiritum Sanctum. L’eau jaillissant du rocher frappé par Moïse, n’est-ce pas l’effusion de l’Esprit-Saint?
Sanctam Ecclesiam catholicam, sanctorum communionem. Susanne sainte, c’est l’Eglise sainte. Fille de Juda à Babylone, elle représente l’unité et la catholicité de l’Eglise. Susanne et le Christ, Susanne et Daniel, les trois Hébreux, les trois Mages, c’est, sous toutes les formes, la communion des saints.
Remissionem peccatoriim. Le paralytique est le type de la rémission des péchés.
Garnis resiirrectionem. La résurrection de la chair était figurée par Lazare peut-être, peut-être aussi par Jonas, à coup sûr par le paralytique.
Vitam æternam. L’image de la vie éternelle, c’est le Bon Pasteur avec toutes ses brebis ramenées par lui au Paradis.
Ce Credo peint de la cappella greca se retrouvera dans une quantité de chambres des catacombes romaines et sur une infinité de monuments chrétiens. Mais le plus souvent, il n’y a que des articles détachés du Symbole, des scènes prises ou inspirées de la composition générale et en tenant plus ou moins lieu. On se rappelle les feuillets du Lwre des morts dont chaque tombe égyptienne contient quelques-uns, le livre entier ne se rencontrant guère nulle part. A la cappella greca le Credo est complet, et plus qu’ailleurs, ou je me trompe. Jamais^ en dehors de cette chapelle, je n’ai retrouvé un tel ensemble de tableaux^ si bien choisis, si bien liés, si absolus dans leur enseignement, si parfaitement adaptés à une église chrétienne : église placée ici dès l’origine, comme elle le sera partout jusqu’à nos jours où les morts ne trouvent point grâce devant l’impiété, au centre d’un cimetière ou « dortoir » des morts, attendant dans la paix du Christ le réveil de la résurrection. Comme la cappella greca est la plus ancienne des églises qui soit venue jusqu’à nous avec sa décoration, c’est-à-dire sa théologie murale, c’est aussi l’église modèle ; et on peut l’appeler l’église unique des premiers siècles.