RE6INA VISAS IN DOMINO ZESU
« Regina, vis dans le Seigneur Jésus. »
Ce sont les acclamations dont s’est inspiré sur place l’auteur du graphite de la cappella greca : NAVIGI VIVAS JN
La vie nous est donnée au nom du Christ, et par son intercession perpétuelle auprèsde son Père et du nôtre, à laquelle il suffit d’avoir recours. Tout ce que vous demanderez au Père en mon nom, je le ferai. dit le Christ^ ; quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé, dit S. Pierre après le prophète Joël h On peut donner au vivas in Christo de la cappella greca ce premier sens : vivas in nomme Christi, comme nous venons d’entendre : vivas in nomine Laureti, comme les païens disaient : in nomine Eerculis... bïbatis, d’autant plus que le Christ est ici désigné par son monogramme, c'est-à-dire par son nom.
Mais ce premier sens ne suffit pas. Le Christ n'est pas seulement pour nous la cause de la vie, il en est l’auteur, il est la vie même. Je suis la résurrection et la vie...-, je suis la voie, la vérité et la vie, dit-il ^ C’est la vigne dont nous sommes les branches, recevant de sa tige, et ne pouvant recevoir que de là toute notre sève ® ; c’est la chair qui doit être notre nourriture, le sang qui doit être notre breuvage. Si vous ne mangez pas la chair du Fils de l'homme, et si vous ne buvez pas son sang, vous n’aurez pas la vie en vous. Qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle : telle est sa déclaration solennelle L Aussi S. Paul montre-t-il aux Romains les Gentils greffes sur l’arbre du Christ, et participant au suc onctueux
‘ Act,, VII, 58.
* Ariiiglii, t. II, p. 262.
2 Joan., XIV, 13.
^ Act., 11,21: Joié'., II, 32.
® Joan., II, 25 ; XIV, (3.
® Joan., XV, 5, 6.
Joan., VI, 54, 55.
LA CAPPELLA GltECA
(le cel olivier, ^ocius pirujuedinis olivæ ' ; aussi é*crit-il aux Colossiens : le Christ votre vie, Christus vita veslra aux Philippiens : ma vie à moi, c’est le Christ, mihi vivere Christus est aux Galates : je vis, non pas moi, mais le Christ vit en moi, vivo autem jam non ego, vivit vero i>i me Christus \ S. Jean, de sou côté, termine sa première Épîlre qui est la préface, la lettre d’envoi de son Evangile, par ees paroles : Nous savons que le Fils de Dieu est venu et qu'il nous a donné l’mtelligence afin que nous connaissions le vrai Dieu, et que nous soyons en son vrai Fils. Celui-ci est vrai Dieu et la vie éternelle, hic est verus Deus et vita æterna ; et, dans son Évangile, il rapporte ces paroles du Fils de Dieu : comme le Père a la vie en lui-mcme, ainsi il a donné aussi au Fils d avoir la vie en lui-même et quantité de pareilles sur la communication que le Christ nous fait do la vie de Dieu, étant notre nouvel être, notre nourriture, notre boisson. C’est pourquoi, au cimetière de Thrason, qui fait à peu près vis-à-vis à celui de Priscille, de l’autre C(jté de la voie Salare, on lit cette inscription, où le Christ est proclamé l'alpha et l’omega, c’està-dire l’Eternel ;
Meveariane (piæ vi.xit annis
^ ' monogramme \
\ constantinien .)
« Meivui’iana (jui a vécu trcntc-el-un ans. Le Cliiist, l’alpha et l’oméga, est la vie »
C’est en nous transmettant l’Esprit-Saint que le Christ est notre vio. Le Christ a la vie éternelle, il est la vie éternelle. Mais c’est l’Esprit-Saint qui est l’expansion de cette vie, qui en est le don. Le caractère constitutif de sa personnalité est d’être « le don de Dieu, » comme l’appelle le Christ comme le nomme S. Pierre®,, comme le
^ Rom.. ,\I, l /.
2 Colos., m, 4.
Philip., 1, 21.
* Gai., Il, 20.
I Joan., V, 20.
Joan., V, 26.
Marangoni, Acta S. Yiclorini. R...næ, 1740, p. 9S. « Joan., IV, 10.
« Act. VIII, 20.
LA CAPIMXLA GRECA
oélèbreiit les Pères et en particuliers. Augustin’. L’Esprit-Saiul, c’est l’amour étemel tendant librement à communiquer Dieu. 11 est donc l’agent de notre vie divine qui est le Christ. Aussi le Christ ditil : c’est l’Esprit qui vivifie-, S. Paul repète-t-il : Y Esprit vivifie l’Kglise chaute-t-ellc en sou symbole : Je crois en l’Esprit-Saint viviiiaiit, Credo... in Spiriturn Sanctum vivificantem ; et Pacte le plus éclatant de notre vie, la résurrection, est-il attribué à l’Esprit-Saint, qui l’a inauguré dans l’humanité du Christ. Celui, écrit S. Paul aux Uomains, qui a ressuscité Jésus-Christ d’entre les morts vivifiera aussi nos eorps mortels à eause de son Esprit habitant en vous *
Nous comprenons le vivas in Christo. Mais nous le comprendrons bien davantage en rapprochant cette antique acclamation d’une autre non moins antique et qui lui sert de variante sur les tombes chrétiennes, notamment au cimetière de Priscille : Pax tecum.
«Vie et paix, » c'est le fruit double et unique que S. Paul attribue à « la sagesse » qui vient de « l’Esprit, » jjrudentia autern Spiritus, vita et pax ",
La vie, sur la terre comme au ciel, atteignant la tranquille béatude de l’ordre, prend un nom qui cause le ravissement, la paix. Les Anges ont dit ce nom sur le berceau du Christ ; Pax hominihus^-, le Christ l’a dit, à sa dernière cène, en faisant devant ses Apôtres et pour eux son testament: Pacem relicqiio vohis, pacem meam do vobis ' ; il l’a dit, en venant, au sortir du tombeau, saluer ses Apôtres, le soir de sa résurrection. Au souhait ordinaire de la paix, il en a joint un second spécial et solennel, après lequel il a soufllé sur eux et leur a émis l'Esprit-Saiut : Pax vobis... Pax vobis... Accipite Spiriturn Sanctum Ce mot Pax vobis, l’ange de
' RccUssoue iSpiritus Sanctus, cum sit Dciis. voculur etiam Donum Dei
Tcsliinonia Scripluraruin coficordiler atlestanlur Donum Dei esse Spiri-
hnn Sanctuoi. S. Aug., De Trnnluté, 1. XV, 3’2, 35.
- Joan., XI, 23.
^ 11 Cor., III, 6. Cf. Rom., YIII, 1 1 ; I Pet., I, 18.
‘ Rom., VIII, II.
® Rom., VIII, G.
6 Luc., Il, U.
" Joan., XIV, 27.
* Joan., XX, 19-22.
LA CAPl’ELLA GRECA
l’Eglise, le représentant du Christ, l’évêque le dit à l’entrée et à la clôture des saints mystères. 11 a été dit ainsi par les successeurs de S. Pierre à l’église du cimetière de Priscille ; et il a passé de leur bouche sur les lombes environnantes où on suit de proebe on proche les formes de sou épanouissement jusqu’à la formule !ii pacc qui consacre aujourd'hui presque toutes nos tombes.
D’abord, c'est à côté du nom du défunt, écrit primitivement tout seul, CO simple mot en grec ou on latin : PAX. Ou le lit en latin tout prî'S de la cappella (jreca. Puis la paix est adressée directement au défunt. « PAX TECAAl FILA’MENA, la paix soit avec « toi, Philomène, » c’est l’épitaphe de la martyre Philomèno, l’un des plus anciens hôtes du cimetière de Priscille, oii elle a été retrouvée de nos jours, pour être glorifiée par toute la terre d’une sorte de pléiade de miracles ‘. L’épitaphe d'un Dativus inconnu est également : PAX TECVM DATIYEL A côté de l’épitaphe qui a le simple PAX, une autre fait lire « PAX TITU BENEDICTAE, paix à toi, « Benedicta. » Je suis ému encore en me rappelant cette épitaphe que M. de Piossi montrait sur place à S. Em. le cardinal Pitra et à moi-même, le IC mai 1871. C’est dès le second siècle la devise Fax de l’ordre de Saint-Benoît, jointe, avec la seule variante du genre, au nom même du grand patriarche. C’est la devise même de S. Em. bénédictine. Mais c’est d’abord, dans le nom propre de la défunte, une allusion, ce semble, aux paroles que le Christ, jugeant le monde, dira aux brebis placées à sa droite ; VeJiez, les BÉNIS de mon Père h L’allusion est évidente dans cette autre inscription du même cimetière, laquelle étant très-antique, est de l’entourage de la cappella greca ; « PiVFlNAE PILIAE BENEDICTAE \ à Rufine, fille « bénie. » Elle est évidente encore dans cette inscription du cimetière de Thrason ; « ANIMA DVLGIS, AYSENIA, YIRGO BENEDICTA, « âme douce, Ausenia, vierge bénie » Au IIP siècle le souhait de la paix sur les tombes devient IN PACE. GENIALIS IN PAGE, porte la tombe du martyr Genialis, au cimetière de Priscille.
> L’original est à Nôle. Une copie est au musée lapidaire du Latran.
^ Bulletino, 1869, p. 16.
3 Matth., XXV, 3i.
* Aringhi, t. II, p. 263.
“ Marangoni, Acta S. Victor., p. 88.
L\ CAPPELLA GRECA
DEPOSITYS IX PAGE, REQYIESCIT IN PAGE, telles sont les variantes par lesquelles passera cette formule, pour aboutir au RE- QYIESGAT IN PAGE consacré par la liturgie des défunts et Pépigraphie universelle.
A côte de PIN PAGE, sur la tombe de Genialis est la colombe représentant le Gbrist, auteur de la paix ; et au bec de la colombe est le rameau d’olivier, symbole de PEsprit-Saint qui est celle paix ellemême. Le Roijaume de Dieu est justice et paix^ et joie dans l'Esprit- Saint, dit S. Paul P S. Augustin écrit là-dessus ces paroles où Pou respire le Paradis :
« Mon Dieu... c’est do votre Esprit seulement qu’il a été dit qu’il est votre Don. En votre Don nous nous reposons, et nous jouissons de vous. Notre repos c’est notre Lieu. L’Amour nous y élève et votre Esprit bon exalte notre humilité des portes de la mort. Dans sa bonne volonté il est pour nous la paix : Spiritus tuus bonus... pax nobis est »
G’est pourquoi une coupe de verre, à fond d’or, incrustée pour sou image dans la chaux fermant un loculus du cimetière de Priscille, représente ce mythe de l’Amour et de Psyché c[u’on trouve, dès le IIP siècle au plus tard, à côté du vestibule du cimetière de Domitille. Les épreuves de Psyché, Vehne, sont terminées : l’Amour l’embrasse ; ce sont leurs noces dans l’Olympe. Autour de leur groupe, on lit ces paroles de l’époux à Pépouse : « ANIMA DYLGIS « FRYAMYR NOS SINE BILE ZEZES, àme douce, jouissons, nous « aulres, sans fiel : vis ^ ! » G’est une coupe nuptiale, qui, après avoir figuré aux noces temporelles de deux epoux, offre, sous une poésie innocente, l’image de leurs noces éternelles. L’amour est ici l’Amour éternel, PEsprit-Saint, et Pâme goûte son inaltérable et inénarrable paix. Mais cet Amour est rendu visible ici-bas .dans le Ghrist conçu de PEsprit-Saint, fleur de Jessé sur qui l’Esprit du Seigneur a reposé avec ses sept dons . L’àme , dans son chaste hyméiiée avec le Yerbe incarné, s’écrie ; ma vie, à moi, c'est le Christ ; et l’Esprit et l’Épouse, à qui l’Esprit est uni comme à
1 R(vm., XIV, 17.
® Confes., 1. XIII, cap. IX.
^ Buonarruoti, Osservazioni, tav. XXVIII, 3. — Le fond de coupe a été trouvé en février 1693.
LA CAPPELLA GRECA
dismt à l’Epoux m^'Vàv. ; Venez... Venez, Seirpieur Jésus ' ! C’est ce que dit ce t'oiul de coupe appliqué à une tom])c. Cclio myslérieux eu langage vulgaire ou, si l'on veut, païen, du sacré Cantique des Cantiques, de l’hymne du Paradis céleste composé par Dieu même avec les images du Paradis terrestre !
On saisit maintenant toute la signilicaliou et la porléethéologique du vœu fait pour Navigius : VIVÂS li\
11 nous reste à expliquer le monogramme du Christ. Le sujet tant étudié de ce monogramme est loin d’être épuisé encore. Puissionsnous y apporter quelques nouveaux rayons de lumière ! C'est le foyer primordial, ce nous semble, qui doit éclairer toute l’archéologie chrétienne.
Apoc., XXII, 17, 20.