CHAPITRE XXI
LE SIGN'E DU CHRIST AVAr^T CONSTANTIN. — l’ÉCRITURE. LES PÈRES.
« Le Christ eut un signe propre, pour distinguer ceux qui sont à « lui des autres, 'proprium SIGNUM Christus hahuit, qiio siios ab (( iilüs secerncret ' . »
Chez toutes les nations, les êtres inanimés ou animés, qui sont un objet de propriété, ont porté régulièrement le signe de leur maître. Les Arabes font avec un fer rouge une croix, le plus simple des signes et le plus commun, le signe proprement dit, comme ils l’appellent, au cou ou au flanc de leurs chevaux et de leurs chameauxL Les esclaves qui, chez les anciens, étaient des choses et non dos personnes, étaient pareillement marqués du signe de leur propriétaire, et les soldats de celui de leur chef, afin quïls fussent reconnus s'ils venaient à s'enfuir ou à déserter. Au moins leur suspendait-on ce signe au cou h Les chrétiens que le Christ appelle mes brebis *, qui sont un peuple cV acquisition^ d’après S. Pierre à qui S. Paul dit ; Vous n’ètes pas à vous-mêmes^ car vous avez été rachetés d’un rjrand prix et dont les vingt-quatre vieillards, le sénat de l'humanité dans le ciel, chantent au Christ lui-même : Vous avez été mis à mort et vous nous avez rachetés pour Dieu^ dam votre satig,
‘ M. de Ros.si, De titulis chïùtianis carlhaginiensibus. Spicüegium Solesmense, t. IV, 1858, p. 519.
- Gesenius, Lexicon manuale hehraicum et chaldaicum. Lipsiæ, 1847, in-8®, p. 960.
* Jos. Laurentius, 1. I. Polgmalh., dissert. 9 ; J. Lips., 1. I. Dialog.., — Gotofredus, Cod. Theod., X, 22, 4.
^ Joan., X, 15, 27.
® I Pet., II, 9.
« I Cor., VI, 19, 20.
LA CAPPELLA GKECA
de toute tribu et langue et peuple et nation les chrétiens dont les noms sont au livre de vie de la milieo laborieuse de l'Krangile % (d qui sont armés du ccinturou de la véiâté, de la chaussuri; du zMe, de la cuirasse de la jr.slice, du bouclier de la foi, du casque du salut, du glaive de l’esprit, de la panoplie de Dieu, eiiün, c’est-à-dire de sa complète armure, pour combedtre les dominateurs de ce monde de ténèbres, les esprits de malice qui sont dans l'air ’’ et leurs suppôts à (jui appartient trop souvent l'empire de la terre, les chrétiens sont marqués du signe du Christ, leur Pasteur, leur Seigneur et leur Prince. Mais ce signe do sa propriété n'est point celui de leur servitude, c'est celui de leur souveraineté pareille à la sienne. Aussi n'cst-ce point le feu du fer qui l'imprime ; c’est le feu non moins doux qu'indélébile de l’amour inlini, c'est à- dire de l'Esprit-Saint.
Ils reçoivent ce signe, au sortir du Baplème, dans le sacrement de Confirmation,, où ils sont oints sur la tète comme des prêtres, des rois, des prophètes, mais aussi par tous les membres comme des athlètes. L'onction se pratiquait ainsi à l'origine ; les Orientaux l’ont conservée ; eC pour être aujourd’hui réduite chez les Occidentaux, elle n’en est pas moins effective et nous n'en revêtons pas moins la panoplie de Dieu, qu’a célébrée S. Paul. A ce moment où, omis comme le Christ, les chrétiens prennent de leur onction et de lui-même le titre de chrétiens, ils sont marqués de son signe. « Signe du Christ pour la vie éternelle, SIGNUM ClIRISTl IN YITAM « ÆTERNAM * : c’était la formule de la Confirmation dans l’Eglise romaine aux temps les plus reculés L C’est pourquoi le martyr Maximilien répondait, en 295, au proconsul d’Afrique qui lui disait : « Embrasse la milice et reçois le signe du soldat, milita et accipe « signaculum : — ^ Je ne reçois pas ce signe, j’ai déjà le signe du « Christ mon Seigneur, jam habeo SIGNUM CHRISTI Dominimei. » Et quand le proconsul insistait, disant : « Qu’il soit marqué du signe, signetur, » le martyr répliquait : « Je ne reçois pas le signe du « siècle, signaculum sæculi; et si tu me marques du signe, si siyna-
' Apoc., V, 9.
* Philip., IV, 3.
* Ephes., VI, 11-17; I Thes , V, 5-8.
* Sacrament, Gelas. Thomasi, t. VI, p. 76, 96.
LA CAPPELLA GRECA
« veris, je le romprai, car je no puis rien. Je suis chrétien : il ne « m’est pas pei-mis de porter au cou la bulle de plomb après le signe « salutaire de mou Seigneur Jésus-Christ, Fils du Dieu vivant,
« sifjnum salutare Bomini mei Jesu Chrisli^. »
S. Ambroise, répandant de ses mains épiscopales les fleurs de la piété et de la poésie sur le cercueil de son cher enfant, l’empereur Valentinien, espoir de l’Eglise, enlevé à vingt ans par le poignard d’un traître, sans avoir pu recevoir le baptême qu’il avait demandé au pontife, S. Ambroise disait ces paroles où le signe du Christ se dessine avec une merveilleuse clarté :
« Mon Valentinien, mon jeune homme est blanc et vermeil, a}'ant snr lui l’image du Christ; car c’est ainsi que l’Église célèbre le Christ dans les Cantiques {Gant. V, lü'. Ne voyez point là d'injure : les jeunes esclaves [servuli] portent inscrit sur leur corps le car actère de leur seigneur et les soldats sont marqués {signanlur] du nom de l’empereur. Enfin le Seigneur lui-méme a dit ; Ne touchez pas à mes christs (Ps. civ, 15), et ; Vous êtes la lumière du monde (Matth. v. 14). Et Jacob a dit : Judas, tes frères te loueront (Gen. XLix, 8) : il parlait aux fidèles et indiquait le Seigneur. Il a été dit aussi de Joseph : Mon fils qui va grandissant, mon fils qui va grandis: ant, Joseph [Ibid., 22); et Joseph désignait le Christ. Qu’il me soit donc jiermis de marquer {signare) du caractère du Christ son jeune esclave [servulum) ; mon jeune homme est blane et vermeil, il est choisi parmi dix mille [Gant, v, 10) »
J’omets les autres Pères de l’Eglise, dont les textes passeront bientôt sous nos yeux, pour citer encore ici S. Jean Chrysostome. Il parle du signe du Christ comme d’un signe proprement militaire que portent les chrétiens. « De même, dit-il, que les soldats sont « marqués d’un signe, ainsi l’Esprit marque les chrétiens d’un signe, « afin que s’ils quittent leur ordre ils puissent être reconnus mani- « festement, Spiritu consignantur »
Mais quel est ce signe du Christ reçu dans le sacrement où on reçoit le nom et la perfection de chrétien ?
La science des antiquités chrétiennes hésite entre le monogramme du Christ et sa croix. Le plus illustre représentant contemporain
’ Ruinart, ,4c<a sincera, p. 300, 301. — Voir M. de Rossi, De titulis carthaginiensibus, p. 519.
- De obitu Valentiniani Gonsolatio, 58, 59. Patrol. lat., t. XVI, col. 1376.
® Horail. III in II ad Cor.
LA CAPPELLA GRECA
do cotte science s’est prononcé il y a vingt ans ponr la croix, qu’il déclare avoir été dissimulée dans le monogramme durant les cinq premiers siècles, et avoir triomphé ensuite par tout le monde, l’Afrique donnant le signal de son dessin franc Oserai-je proposer une autre solution du problème? O’cst la ilible, éclairée par l’archéologie biblique et chrétienne et par les Pères, qui me paraît la demander; et j'avoue que je la propose avec confiance.
La plus ancienne trace du sifjne du Christ est certainement dans Ezéchiol, où l’ont vue les Pères, à commencer par Terlullien L Dieu qui avait ordonné aux Hébreux de marquer du sang de l’agneau pascal leurs maisons pour les préserver du glaive de l’ange exterminateur, ordonne à un ange de marquer au front d'un thau tous les habitants de Jérusalem qui gémissent des abominations qui s’y commettent : cet ange et cinq autres doivent mettre à mort tout ce qu’ils trouveront d’hommes, de femmes et d’enfants dans la cité non marqués du thau h « HiTHEVitha THAU, signa sirpiwn, signe le signe, « porte le texte hébreu L
Vingt-deuxième et dernière lettre de l’alphabet hébreu, le thau s’appelle ainsi en effet du signe commun qu’il représente. Ce sont deux lignes croisées : c’est cette espèce de croix qui sert de signature aujourd’hui à ceux qui ne savent pas écrire et qui fut employée par certains évêques illettrés de la campagne au concile de Chalcédoine. Dès le temps de Job déjà, le mot thau indiquait la signature ou suscription . Or le thau, suivant qu’il était droit ou incliné, se présentait indifféremment sous deux formes, la croix ordinaire, -f-, et la croix dite de saint André, X. C'est ainsi qu'il apparaît sur les monu-
* Be lit. carth., p. 520, sq. — M. Martigny dit pareillement : « Il e.st surabondamment démontré que la croix est le véritable signe du Christ, dont le.3 chrétiens se munissaient dans toutes les circonstances de la vie, et qui était employé surtout dans l’administration des sacrements, dans la Confirmation en particulier, etc..., » p. 185. — Naus verrons M. de Rossi modifier son opinion dans notre sens.
® Adversus Judœos, X; III Marcion., XXII.
» Ezech., IX. 4, 6.
‘ Les Septante traduisent (r/)p.£lov, signum; la paraphrase chaldaique lhevafi, signum; le syriaque reschoum, notam.
5 Job,, XXXI, 35.
LA CAri’ELLA GP.ECA
menls phéniciens sur la stèle de Mesa, roi de Moab, postérieur à Salomon d'un demi-siècle seulement et sur les monnaies juives du temps de Jésus-Christ Il était pareillement dessiné, sans aucun doute, dans rancienne écriture hébraïque de Moïse, conservée comme écriture ordinaire jusqu'au retour de la captivité de Babylone. De toutes parts donc il était en usage au temps d’Ezéchiel.
Par une coïncidence aussi heureuse que curieuse, ce thau hébreu, CQ signe par excellence, ce signe sauveur des élus à Jérusalem, s’ést trouvé être chez les Grecs la figure exacte de la lettre initiale du nom du Christ, son monogramme naturel, et avec cela une figure très-approchante de celle de sa croix^ instrument de supplice ayant chez les anciens la forme du tau grec^ 7', cjui est le T latin. « La lettre T est la vraie image de ce supplice, tout le monde le sait,» dit M. de Rossi L Si sur le T figurant la croix on place, dans le prolongement de la ligne verticale, une courte ligne figurant le poteau où était attaché le titre de condamnation du supplicié, et ce titre même — dessin indiqué par l’Evangile dans le récit de la crucifixion du Christ et qui est celui du crucifix blasphématoire du palais des Césars ^ — on a le thau hébreu d’Ezéchiel. L’observation de Baronius que « par une admirable concordance, les memes linéa- « ments expriment à la fois le nom du Christ et le signe de la « croix, de sorte nue la croix apparaît dans le Christ et le Christ « dans la croix, mira concinnitate iisdem elementis exprimi simul « Christi nomen et crucis sùjnum, ut crux in Christo et Christus m « criice mnnstretur ®, doit donc être complétée par l’observation de
' Gesenius, Mo7iumcnta Phœnicia. Lipsiæ, 1837, tab. 1.
- M- Clermont-Ganeau, La stèle de Liban. Paris, 1870. — Fac-similé, lignes 3,5, 16.
^ Gesenius, Ibid., tab. 3. — Voir pour le thau sur les monuments phéniciens, moabite, hébreux, la planche XI, 9.
'* Bulletino, 1863, p. 35.
® Px. P. Garucci, Il crocifisso graffito in casa dei Cesari ed il simbolismo cristiano in una coi'niola del seconda secolo. Roma, 1857, in-8®, p. 31. — Extrait de la Civilta caltoUca.
® Annal., an. 312, 25. — Gretzer, dans son beau livre De Sancta Cruce, 1. II, cap. XXXVII, répète ainsi l’observation de Baronius : « Mira autem vetustate iisdem elementis exprimebatur Christi nomen et crucis signum, ut crux in Christo
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Bosio OU de Severaiio, son éditeur, et d’Âringlii, son liadnctenr : « Le Tau est le nom même très-saint du Christ... Le nom du Clirisl, « dessillé sous la lettre Tau, qui est la figure de la croix, montre « le Christ Sauveur attaché à ce hois : TA U, hoc est ipswnmet sacro- « sanclumChristi nomen... Christi nomen,suh littera TAU qiiæ cru- « cis fujura est delineatum, Christum Salcalorem ligno af fixant « ostendit ' . »
Le Thau hébreu, f. ou X, c’est le X grec désignant phouéliqucmeiit le nom du Christ et laissant entrevoir idéographiquement sa croix. Le même caractère a ces trois sens : le Signe des élus, le Christ et la Croix ; et ces trois sens, providentiellement nuis, ne sont pas moins frappants qu'indubitables.
Il se trouve en même temps que ce caractère est chez les anciens le signe de la vie. 11 apparaît dessiné en X, sur le flanc d’Usiris et des dieux dans les vignettes du Rituel funéraire ; et de même sur le flanc du défunt étendu qui va recevoir la résurrection. L'oiseau céleste plane sur lui avec le signe de la vie qui est la croix surmontée d'une boucle servant à la porter et ainsi nommée « la croix « ansée L » Cette même croix, sous la forme équilatérale -t-, et ornée à chaque pointe d'un crocheta angle droit, servant à carrer la figure, est une « sigle très-usitée dans toute l'antiquité comme signe de « salut, » dit le R. P. Garucci L
On marquait, semble-t-il, à l'origine, du signe, X ou +, les prisonniers auxquels on devait laisser la vie, ainsi que font les anges pour les élus, avant le passage de l’ange exterminateur dans Ezéchiel ; et c’est de là que sera venue à ce signe général la signification particulière de signe de la vie. Ouoi qu’il en soit, le signe des élus dans l’Ecriture^ le signe du nom du Christ et le signe de sa croix chez
et Christusin cruce monstraretur. Per litteram enim X crux notatur licet decussata. . . » Opéra omnia fol., t. 1. Ratisbonæ, 1734, p. 245.
’ Aringhi, t. Il, p. 702, 705.
2 Bas Todtenhuch, 72, 89. — Ici pl. XI, 10.
® « Cifra usatissima in tutta l’antichita per segno di sainte. » Vetr'i, p. 242. — Le P. Garucci renvoie à Minervini, Bull, arcli. Rap. II, tav. X, et à Klaproth, Journ. asiat., 1828, p. 415. Klaproth montre ce signe sacré sur la poitrine des images superstitieuses de Bouddha. Les bouddhistes ne Pauraient-ils pas un peu emprunté aux chrétiens? — Ici pi. XI, 10, 11.
LA CAPPELLA GRECA
les chrétiens, et le signe de la vie chez les païens étaient, pour l’essentiel, un seul et même caractère.
Un caractère aussi précieux et vraiment unique s’imposait évidemment aux chrétiens, pour être « le signe du Christ. » Outre les raisons que nous venons de donner, il pourrait y en avoir une autre qu’il est de notre devoir de signaler. Sur le Calvaire, la croix du Christ oh'rait peut-être, au lieu de l’image un peu voilée du X, dans le thau, -t-, cette image du chi directe et plus ou moins éclatante.
Les anciens mentionnent deux sortes de croix. « Je parlerai, dit S. Uaulin, « du dessin de la croix et dirai comment la peinture a « coutume de la figurer de deux manières, ou avec une traverse « à deux cornes sur un l)àton droit (T), ou déployée en cinq cornes au « moyen de trois verges (/jC). Tantôt la croix présente sur un mât de « navire l’apparence d’une antenne^ c'est-à-dire la lettre T, qui chez « les Grecs a coutume de désigner le nombre 300. Tantôt elle fait <( entendre comme en son monogramme (X) le nom du Christ « Seigneur, Cri/x... eloquitur... monoqrammate Christiim' . »
Un peu plus loin il voit expressément dans le monogramme conslantinien (le X traversé du P) « le Christ qui étendant sa croix, Christum qui cruce expansà. » atteint des quatre bras les quatre parties du monde L Prudence verra de même dans le monogramme placé par Constantin sur les armes de ses soldats, et le nom du Christ et sa croix. « Le Christ, dit-il, marquait de son signe le laba- « rum,le Christ avait dessiné les insignes des boucliers, la croix « resplendissait ajoutée au sommet des aigrettes, Christus « sujnabat insifjnia Christus scripserat ardehat criix L »
La croix, outre la figure du tau, T, présentait encore celle de l'u'psilon, Y, c'est-à-dire d’une fourche. « 11 paraîtrait, dit Piich « après diverses citations, par d’autres passages (Plut. H. N. XIV, 3,
« pendere crucc, Petr. Sat. M2, 5) que les criminels étaient aussi sus- « pendus aux croix comme à des fourches ou gibets L » La Cible, à
‘ Carmen XI in S. Feliccm, v. 609-PJ.
2 Ibid., V. 639- iO.
'* I Contra Symmach., v. Ï86-8 — On trouvera plus loin les textes complets de S. Paulin et de Prudence,
^ Crux.
LA CAPPELLA GRECA
propos de la croix, chez les Egyptiens, chez les Hébreux, chez les Perses, u’indique-t-ellc pas ce mode de supplice? Maudit est tout homme qui est PENDU sur Le bois, malcdictus omnis qui pendet in liqno, dira, après Moïse, S. Paul, parlant du Christ fait malédiction pour nous « On attachait h's haTidits à une fourche, jïqebantur (( furcæ qrassatores -, » dit le Jurisconsulte Callistrate, qui, dans un texte inséi’é dans le Diqeste, ajoute : « Voici les degrés des peines « capitales : le supplice suprême parait être la condamnation à la « fourche, summum suppliciinn esse videtur ad furcam damnatio ^ » C’est ainsi que S. Justin montrant les bras de la croix aux cotés de sa tige, dit : « Des deux côtés les extrémités apparaissent comme « des cornes accolées à une corne wa xipara tw =vi /.span T.apeÇEuyjxéva... « avec elles il frappera de la corne toutes les nations ensemble jusqu’à « V extrémité de la terre * » et qu’ailleurs il donne à la croix la
figure d'une charrue, le manche et le fer formant en effet une sorte de fourche aux côtés du timon. « Sans la croix, dit-il, on ne peut « labourer la terre, es o3x àpouxai «veu aÙToù » S. Maxime de Turin dira de même : « le bon laboureur, voulant retourner la glèbe, « n’essaie de le faire que par le signe de la croix )> C’est ainsi que le graphite du palais des Césars, présentant le Christ à tète d’àno attaché à une croix de cette forme, T, met à côté ce signe Y qui parait bien répondre à la légende de la caricature paienne ; « Alexamenos « adore Dieu » et traduire ce vœu : « qu’il soit attaché à la fourche ' ! » C’est ainsi qu’au cimeC^re de Saiut-Callixte le nom grec d’un chrétien du troisième siècle, TYRANIO, sera gravé sur une tombe représentant Ulysse lié au mât de son navire — sculpture païenne utilisée pour indiquer mystérieusement le Christ attaché à la croix — qu’il sera gravé, dis-je, en un monogramme de telle sorte que les lettres, T Y dominent ainsi t le groupe. « Un œil accoutumé « aux symboles primitifs chrétiens, dit M. de Rossi, reconnaitra
' Deut., XXI, 23; Gai., III, 13.
“ In l.Capitaliam, § fumosos, ff de pænis, cité par Calepin, furca.
* Digestorum, lib. XLYIII, < \ XIX, 28.
^ Diulog. cum Trypli., lU.
^ I ApoL, 55. Rich, Orator,
® De Crucc Dom. Homil. II.
’’ R. P. Garucci, Il crocifisso, etc., p. 5. — 'Voir pl. XI, 12.
LA CAPPELLA GRECA
(( immédiatement dans oes deux lettres la figure de la croix... « Dans la lettre Y rallusion secrète à la croix est maintenant lûcn « démontrée depuis les discussions auxquelles ont donné lieu les « inscriptions tracées sur les rochers du Sinaï '. » C’est ainsi encore que, vers la fin du troisième siècle, Festus écrira : « Les fourches (( ou la fourche à quoi on suspendait les hommes,, Fitrcillæ sive Furc( cclla, quilms homines siispendebant Y » C’est ainsi que S. Romain, martyr d’Antioche sous Dioclétien, après avoir célébré la croix du Christ devant le juge, sera conduit sur le hùcher les hras en croix, c’est-à-dire attachés à une fourche :
Et. jain rcluriis brachiis fiirca eininits Roinanus actiis Ingercbatur rogo
C’est ainsi enfin qu’au cimetière de Cyriaque, sur la tomhe de Cyriacète accompagnée d’une fiole de sang, est gravée la croix en fourche : croix du Christ, plantée dans un triangle, symbole de la Trinité croix bien séante à la tomhe qu’on a reconnue être d’une martyre, selon les vers de S. Paulin “ :
Sic ubi crux et martyr ibi: qua martyr, ibl cl crux,
Martyrii sanctis, quæ pia causa fuit.
« Ainsi oii est la croix est le martyr : où est le martyr est la croix, qui fut poulies saints la pieuse cause du martyre. »
Justc-Lipse a représenté, d’après les textes des anciens, ce mode de croix offrant l’aspect dTme fourche et figurant le chi attaché au haut d'une tige, IfC L Ricb, citant les jurisconsultes Callistrate, Paul et Ulpien, vient en conséquence d’écrire sur le mot fiirca : « une « machine à infliger la peine capitale, sur laquelle ou attachait les « esclaves ou les voleurs, une fourche patibulaire, patibolo o « força. »
‘ V. Cavedoni, dans les Opuscoli di Modena, ser. II, t. î, p. 23. - Bulletino, 1863, p. 35. Cf. Roma sotter., t. I, p. 344.
- Cité par Juste Lipse, De Crtice libri très. Antuerpiæ, 1595, I. lil, cap. III.
^ Prudent., Peristephanon, X, v. 851.
* Boldetti, p. 402. — Ici pl. XI, 12 bis.
» Ep. XXXII ad Sever., 7.
8 Lib. III, cap. VI. — Ici pl. XI, 12 ter.
LA CAÏU’ELLA GUECA
La croix du Christ était-elle uu tau simple, à bras horizontaux, T, comme on la représente ordinaircmenl, ou un tau à bras élevés en haut et offrant par leur prolongation naturelle, pour des raisons de solidité et d’équilibre, le dessin plus ou moins complet d’un chi, >jC ? Les textes des anciens ne nous donnent aucun renseignement précis à cet égard. L’Ecriture avec le moti pendet, et S. Justin avec l’expression de cornes appliquée aux bras do la croix et la comparaison, adoptée par S. Maxime, de la croix avec la charrue, nous inclineraient facilement vers cette hypothèse. On n’apprendra point sans quelque intérêt quelle est présentée comme de l’histoire par sainte Brigitte dans ses Révélations qui font dire d'elle à l’Eglise : « Beau- « coup de choses cachées lui furent divinement révélées, cui... « arcana mulla fuerunt divinitus revelata ' . »
(1 La Mère (de Dieu) dit (de son Fils) : Arrivé au lieu de la crucifixion, voici le marteau et quatre clous aigus tout prêts. On lui ordonne bientôt de quitter ses vêtements ; et il met un petit linge au devant de son corps qu’il aide lui-même à lier, comme recevant de là quelque consolation. La croix était plantée en terre et ses bras s’élevaient en haut, si bien que le nœud de la croix se trouvait entre les épaules et que la croix ne pré. entait à la tête aucun point pour se reposer. La planche du titre était attachée aux deux bras qui s’élevaient au dessus de la tête. L’ordre donné, il tourne donc le dosa la croix. On lui demande sa main, il étend d’abord la main droite. La main gauche, n’atteignant pas l’autre corne, est tirée outre mesure. Les pieds sont tirés semblablement jus(]u’à leurs trous et, étant croisés et comme distincts en bas de leurs jambes l'especlives, ils sont, à l’endroit où l’os est le plus solide, at'.i hés au tronc avec deux clous comme étaient les mains. — On crucifia le pied droit et sur celui-ci le pied gauche avec deux clous, de sorte que tous les nerfs et toutes les veines étaient étirés et se rompaient -. »
L’hypothèse que la croix du Christ était un T fait en Y et présentait au sommet l’indication du X est donc très-admissible ; et, admise, on voit quel titre avait le X ou -f-, qui était en même temps l’initiale du Christ,à être adopté comme son signe. En dehors de ce titre spécial,
’ Breviar. roman., die viii oct., lectio VI.
^ « Pervento igitur ad locum crucifixionis, et ecce muUeus et quatuor clavi acuti in prompiu sunt, et n '.kv jussiis vestes ponit, parvumque linteum verendis prœtexit, quod et ipse inJe quasi consolutus adjuvit ad ligandum. Erat autem Crux fixa, et brachia ejus elevata, ita ut nodus Crucis inter scapulos esset, nec ullum capiti reclinatorium Crux prœbehat, et tabula tituli utrique brachio super caput eminenti affixu erat. Ad Crucem igitur jussus dorsum vertit. Et ma-
LA CAPPELLA GRECA
restent les précédents dont nous avons reconnu la haute, l’incomparable valeur. Aussi ce signe apparaît-il chez les chrétiens comme le signe même du Christ et le leur. C’est ce que vont nous démontrer, avec des clartés toujours croissantes, l’Écriture, les Pères, les monuments.
1. En étudiant de près le Nouveau-Testament, nous pouvons, je crois, reconnaître ces trois choses : que le nom du Christ était adopté comme le signe du Christ du temps même des Apôtres, et cela sur l’indication du Christ lui-même ; que ce nom était représenté par sa lettre initiale en grec, la langue commune de l’Église ; que dans la figure de cette lettre on se plaisait déjà à voir celle de la croix.
num 'l'oslulatus, primo dexteram exlcndit. Et vide aliu munus ad reliquum cornu non altiiujens distendilur. Et pedes similiter ad forarnina sua dialenduniur, cancellai iqiie et quasi infra a tibiis distinrti, duoLus davis ad Cruci-i slijjitem per soliduyn os, sicut et maints erant, configantur (lib IV, cap. LXX). — Bexlrura pedem crut ifixerunl, et super hune sinistrum duobits davis, ila ut omnes nervi et venœ extenderentur et rumpcrenlur (lib. I, cap. .X). »
On nous saura gré d’ajf>uter ici les deux tableaux suivants qui complètent le précédent. Les trois n’ont rien que d’au moins vraisemblable : et quel commentaire de l’Évangile fait par une Épouse du Christ, confidente des seci ets effrayants de ses douleurs et de son amour!
« Étant sur la montagne du Calvaire, accablée de tristesse et pleurant, je vis mon Soigneur nu et flagellé, conduit au milieu des Juifs qui le gardaient avec soin, pour être crucifié. Je vis aussi un trou taillé dans la montagne et les bourreaux autour, prêts à accomplir leur œuvre de cruauté. Le Seigneur, se tournant vers naoi me dit : Regarde, c'est dam ce trou de la pierre qu’a été enfoncé le pied de ma croix, au temps de ma passion. Et aussitôt, je vis comment la croix était enfoncée là par les Juifs et fortement consolidée dans le trou de pierre de la montagne, avec des coins de bois fichés vigoureusement autour par le marteau, afin que la croix se tint solidement et ne tombât pas. La croix étant donc plantée là avec solidité, on appliqua aussitôt autour du tronc des planches de bois en forme de gradins jusqu’à l’endroit où les pieds devaient être crucifiés, pour que le supplicié et les exécuteurs pussent monter par ces planches et que les e.xécuteurs pussent s’y tenir à l’aise pour le crucifier. Après quoi, ils montèrent par ces degrés, le conduisant avec des moqueries et les plus grands l eproches. Lui, gravit ces degrés comme un agneau familier qu’on conduit k l’immolation ; et quand il fut sur ces planches, sans être contraint, mais volontairement et sur le champ, il étendit le bras droit et ouvrant la main il la plaça sur la croix. Ces boiu'reaux farouches la crucifièrent horriblement en la perforant d’un clou à l’endroit où l’os est le plus solide. Puis, tirant violemment la main gauche avec une
LA CAl’PELLA GRECA
Le nom gi'oc du Christ, XPliiTO:^, est la traduction du mot héhreu I',Uischialth du mot cluildéen et jérosolymitaiu Meschihhah -, du mot syriaque MeschihJioh ^ qui désigne le Messie, l’Oint, le Lrophèle, le Prêtre, le lloi pnr excellence, l’Attente d'Israël, le Désiré des nations, le Rédempteur du monde. Saint Jean, citant le mot do saint André à saint Pierre, son frère : « Nous avons trouvé le Messie, » no manque pas d’en donner l’interprétation : « le Messie^ (( dit-il, ce qui se traduit le Christ, xov Msdaiav, Ô ecttiv jji-Oipy.r|V£U'l(;.tvov
(( XpicTo: »
Jésus lui-méme a donné son nom de Christ ou Messie comme un signe de ralliement à tous ceux qui croiraient en lui, et le proclameraient le Fils do Dieu, et comme un mot sacré, j’allais dire magique, à la prononciation duquel allaient être rattachées toutes les grâces célestes. « Quiconque, dit-il à ses disciples, vous donnera un verre d’eau en mon nom, parce que vous êtes au Christ — in nomine meo, quia Christi estis — en vérité, je vous le dis, il ne perdra point sa
corde, ils l’altiichèrent à la croix de la même manière. Étendant ensuite outre mesuie le corps sur la croix, ils placèrent une jambe sur l’autre ; les pieds ainsi joints furent fixés sur la croix.avec deux clous, et ils étendirent avec tant de violence les membres glorieux sur la croix que presque toutes les veines et tous les nerfs se rompaient. Cela l'ait, on remit sur sa tête la couronne d’épines qu’on en avait déposée en le crucifiant ; on l’ajusta à sa tête sacrée, et elle perça tellement le vénérable chef que les yeux furent subitement inondés du sang qui découlait. Les oreilles aussi en étaient obstruées, et la face et la barbe étaient comme couvertes et toutes trempées de ce sang rose. Aussitôt, les exécuteurs et les soldats retirèrent rapidement toutes les planches qui étaient appuyées à la croix, et il ne resta plus que la croix seule et haute, et sur elle mon Seigneur crucifié (1. VII, cap. XV). »
« La mort approchant et le cœur se rompant par des douleurs intolérables, tout-à-coup tous les membres tremblèrent et la tète, qui était renversée vers le dos, se releva un peu. Les yeux, presque fermés, s’ouvraient à moitié; la bouche s’ouvrait pareillement, et la langue apparaissait sanguinolente. Les doigts et les bras, qui étaient comme contractés, s’étendaient. IMais le dernier soupir rendu, la tête s’inclinait vers la poitrine )1. \, cap. XXVII). »
' Dam, IX, 26.
* Evangeliat'ium Hierosolymitanum ex Codice Vaticano Palœstino depromiisit. . . cornes F. Miniscalchi Erizzo. Veronæ, 186i, 2 vol. in-l®.
^ Version Peschito.
* Joan., I, 41 .
LA CAPPELLA GRECA
recompense En vérité, en vérité, je vous le dis, si vous demandez quelque chose à mon Père en mon nom, il vous le donnera. Jusqu'ici vous n'avez rien demandé en mon nom ; demandez et vous recevrez afin (que votre joie soit complète — En mon nom, car vous êtes du Messie, c’est-à-dire au Messie,, Deanthoun deMeschihhah, disait Notre Seigneur en sa langue
Ce qu’était pour les Hébreux le nom de Jéhovah, l'Etre, l’Infini, célébré par Eve à la naissance de son premier-né, invoqué publiquement par Enoch, adoré par Abraham, pris pour cri de guerre par Moise et David, dont Dieu dit à David : Tune bâtiras jo as une maison à mon nom... Salomon ton fds bâtira ma maison h et dont l’Ecriture dit enfin : Salomon décréta de bâtir une maison au nom de Jéhovah.., Il envoya â lliran roi de Tyr, disant : Comme tu en as ayi avec David mon père, agis-en avec moi, pour cque je bâtisse une maison au nom de Jéhovah mon Dieu Salomon dit : J’ai bâti la maison au nom de Jéhovah le Dieu d' Israël ° : ce qu’était pour l’aucien peuple de Dieu le nom de Jéhovah, le nom du Christ le sera pour le nouveau.
11 apparaît ainsi dans les discours et dans les écrits des Apôtres. Que toute la maison d'Israël sache donc très-certainement (que ce Jésus crucifié ])ar vous. Dieu l’a fait Seigneur et Christ, Christum fecit Deus ' , s’écriait saint Pierre, le jour de la Pentecôte, au milieu de Jérusalem. A quelques jours de là, montant avec saint Jean au Temple, il disait au perclus de naissance qui mendiait devant la Delle-Porte ; An nom de Jésus-Christ, le Xazaréen, lève-toi et marche; puis, au portique de Salomon, il faisait devant tout le peuple cette déclaration : Vous avez tué l’auteur de la vie cque Dieu a ressuscité d'entre les morts, et par la foi en son nom, son nom a affermi les membres de celui que vous voyez et connaissez : in fide nominis ejus hune... confirmavit nomen ejus. Le lendemain, devant tous les
‘ Marc., IX, 40.
’ Joan., XVI, 23, 24.
^ Marc., IX, 40. — Evanejeliarium lîierosolymilanum. Cf. Peschito,
" I Parai., XXVIII, 3, 5.
' II Parai., Il, 1, 3, 4.
' II Parai., VI, l, 10.
'' Act., II, 36.
LA CAPPELLA GRECA
Prêtres, les Anciens du peuple, les Scribes, siégeant au tribunal, il répétait cette déclaration en ces termes : Qu il soit connu de vous tous et de tout le peuple d’Israël que c’est au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ le Nazaréen que vous avez crucifié, (que Dieu a ressuscité d’entre les morts, en ce nom que cet homme est debout devant vous sain et sauf; in nornine Domini nostri Jesu Christi... in hoc iste astat... sanus... Et il n'y a pjoint sous le ciel d’autre nom donné aux hommes, par lequel nous devions être sauvé — Le Christ a souffert pour nous... vous avez été guéri par ses plaies. Vous étiez comme des brebis égarées, mais vous êtes retournés maintenant au pasteur et à l’évêque de vos âmes, écrira aux lidMes le prince des Apôtres (l’est le commandement de Pieu quenous crogionsau nom du Fils de Dieu Jésus-Christ ^ : Quiconque croit que Jésus est le Christ est né de Dieu Noi(S espérons également dans le Christ ^ Si quelqu’un n’aime pas Notre Seigneur Jésus-Christ, qu’il soit anathème *’/ C’est au nom du Christ que nous sommes baptisés en mourant et en ressuscitant avec le Christ Dans l’eau du Paptême et surtout par Vonction de la Confirmation qui enveloppe et pénètre tous nos membres, nous avons revêtu le Christ, le Christ est pinssant en nous ® ; nous ne vivons plus, nous, mais en nous vit le Christ Vous ii’ êtes plus
vôtres, observe saint Paul, non estis vestri, car vous avez été rachetés d’zin grand prix... mais vous appartenez au Christ, vos autem Christi Etre au Christ, qui sunt Christi dans le Christ, in Christo voilà votre condition, votre profession, votre marque. Vous appelât-on libre, dans le siècle, vous êtes l’esclave duChrist, qui li~
' Act.. III, 6, I5, 16; IV, lü, 12 1 Pet., Il, 24, 25.
[ Joan., III, 23.
'* I Jean., V, 1.
® Ephes., I, 12.
" I Cor., XV, 22.
" I Cor., I, 13, 15.
® Colos., II, 20 ; III, l .
« Gai , III, 27 ; II Cor., XIII, 3.
Gai., II, 20.
’> I Cor., VI, 19. 20; III, 23.
I Cor., XV, 23 ; II Cor., X, 7 ; Gai., III, 29.
'Ml Cor., XII, 2; III, 28.
LA CAPPELLA GKKCA
her vocatiis est, servus est C /msii ' . Esclave du Christ, Christi serviis, c’est le titre que prennent les Apôtres “ ; esclaves du Christ, servi Christi, esclaves de Dieu, servi Dei ^ c'est celui qu’ils nous donnent. Mais, esclaves par la dépendance^ nous sommes par la charité du Père les fils de Dieu de no7n et éé effet : Videte qualem charita.tem dédit nobis Pater ut filii Dei nominemur et simus La participation à ronction du Christ, nous fait une race d'élite, un royal sacerdoce ^ ; nous sommes les athlètes de Dieu et milice, ^nilitans Deo c’est l'armure même de Dieu, comprenant toutes les vertus divines qüe nous avons revêtu, armaturam Dei ’ ; tout fidèle est le soldat du Christ, miles Christi A Aussi ne portons-nous pas le nom de Jésus, ce nom de Sauveur qu’a reçu à la Circoncision, en donnant les prémices de son sang, le Fils de Dieu fait homme : nous ne nous appelons pas jésuites, comme feront les soldats de la Compagnie créée de Dieu pour la défense de l’Église dans la grande défection des derniers temps. Notre nom est le nom nouveau “ que le Sauveur tient de Vonction solennelle qu’il a reçue de l’Esprit-Saint à son baptême, des prodiges que l’Esprit-Saint a opérés en preuve par ses mains, de ce grand prodige surtout de la résurrection qui a fait dire à saint Pierre -. Ce Jésus que vous avez crucifié, Dieu l’a fait Seigneur et Christ ; on nous appelle Chrétiens.
C’est à Antioche, la première Home fidèle, la Rome de l’Orient, où Pierre va établir d’abord sa chaire, que ce nom de chrétiens a été inauguré sous Tiuspiration des Apôtres : Itaut cognonunarentur primum Antiochiæ discipuli chi'istiani Rome le recevra bientôt; il y sera célèbre déjà sous Néron ; et Jésus ne sera connu du vulgaire païen, de Tacite ou de Suétone, que sous le nom de Christ. « Hommes,
■ I Cor., VII, '?2.
- Gai., I, lU; Jac., I, l ; II Pet.. I, 1 ; !ud,. 1. » Ephes., YI, G ; I Pet., II, IG.
‘ I Joan., III, 1, 2.
I Pet., II, 9.
« II Tim., II, 4.
" Ephes., VI, 1 1 , 13.
s II Tim., II, 3.
® Apoc., III, P2.
Act,, XI, 26.
LA CAPriCLLA GUECA
« dit Tacilc, parlant des condamnas faits par Néron, à l'occasion do (( l'inccndio de Rome, que le peuple appelaient chrétiens : l’aulenr « du nom est Christ supplicié sons Tibère par le procureur Ponce- « Pilate ; christianos... auctornominis cjiis Chrislus » Ce nom qu’a poursuivi la Synagogue, n'étant pas moins poursuivi [)ar les Centils, ([ue les enfants de la Synagogue excitent partout contre lui, saint Pierre écrit de Rome, aux Eglises d’Orient : Qur formww de vous naît à souffrir comme homicide, ou voleur, ou iujurieux, ou se 7nrlant. d’affaires qui ne le reqardent pas ; mais, si c’est comme curetien, qu'il n'en rougisse pas, au contraire qu’il glorifie Dieu en ce nom . . . Ut Cliristianus non erubescat : glorificct aiitem Deum in isto nomme h
Voilà bien dos indications sérieuses que le nom du Christ est le signe du Christ; et Pou ne comprendrait gni'i'e que des hommes pour qui le Christ est touh qui sont les brebis, les esclaves, les soldats du Christ, qui portent le nom du Christ, eussent d’autre signe du Christ que son nom même. Mais voici d'autres indications plus précises encore.
C’est à la Confirmation que le fidèle du Christ reçoit son signe indélébile. Or saint Paul écrit aux Corinthiens, en faisant une allusion évidente à la Confirmation du nom de laquelle il donne la plus ancienne indication connue : Celui qui vousa confirmes avec nous dans le Christ et qui vous a oints, Dieu qui nous a marqués de son sceau et a mis dans nos cœurs les arrhes de ï Esprit ^ ; et de même aux Ephésiens : Le Christ, en qui vous aussi, apres avoir entendu la parole de vérité, l’Evangile de votre salut, en qui, après avoir également cru, vous avez reçu le sceau par l' Esprit-Saint promis Si la grâce de PEsprit-Saint est le sceau que nous a mérité le Christ, il est assez clair que le Christ ne doit pas être étranger à l’impression de ce sceau ; qu’elle estfaite en lui, dans le Christ, avec le signe de son nom ; et que, possédant par nature la forme de Dieu étant
^ An. XV, 44. — Ejus pour hujus.
2 I Pet., IV, 15, 16.
5 O SÈ êsaatorv ouv ùtiïv et' Xpiorov y.Kt yptaa; 6îOÇ, ô xai copavtcap.evo; ^)(/.a; xai oohi; xbv dppetaSva xoü -TxvîugctTo; Iv xaîî xapotaiç v^u.oyj. II Cor., I, 21, 22.
’!‘.v TCO XpiffTW, £v w . , . IccppayttrOriTE to) IIvîufjLaTi tv;: IrxyycXta; tÔj aytto . Ephes., I, 12.
* Philip,, II, 6.
LA CAri'ELLA GKECA
le Fils de Dieu comme Verbe et Verbe incarné c’est sa forme, sa filiation qui nous est appliquée par l’Esprit-Saint, avec le nommême (lu Christ, (pii réalise pleinement ainsi sa parole ; V Esprit-Saint Paraclet que le Père enverra en mon nom : Paraclitus,. . . Spiritus Sanctus... in nomine meo ^ Le nom de Christ, d’ailleurs, n’est-il pas celui qui exprime l’état même de celui ({ui reçoit la confirmation? jNc devient-il pas un christ, un oint, à l’instar du CJuûst, l’Orn^ par excellence, de manière à dire avec saint Paul : Je vis, non pas moi, mais en moi vit le Christ ’? N’est-ce pas le nom du Christ dont il accepte la profession pour porter, au besoin, ce nom devant les Gentils et les rois et les fils d’Israël * ; et saint Paul n’écrit-il pas aux Corinthiens, non sans allusion, ce semble, à la Confirmation (SîêaiWiç) et à ses fruits : La (jràce de Dieu vous a été domiée dans le Christ Jésus... Vous êtes devenus riches en lui de toutes manières... Le lémovjnacje du Christ a été confirmé (sosga-itôTi) envous Et ainsi, c’est bien le nom du Christ qui paraît être le signe du Christ reçu à la Confirmation.
Par une coïncidence qu’il n’est peut-être pas inutile d’observer, le signe naturel du nom du Christ, la lettre initiale de son nom, le X, est aussi la lettre initiale du nom de la grâce, XdptT, de celte (jriice de I Esprit- Saint qui a été répandue sur les Gentils comme sur les Juifs et dont le souhait uni à celui de la paix ouvre et clôt les Epîtres de S. Pierre, de S. Paul et de S. Jean. Avec le Christ, le X pouvait donc rappeler dans la Confirmation l’Esprit-Saint et la plénitude de ses dons octroyée dans ce sacrement ; et il ne se pouvait, en vérité, un signe plus heureux du Christ et du chrétien.
^leis l’Apocalypse va nous montrer par des textes positifs que le signe du Christ, c’est bien le nom du Christ.
« Tu conserves, y.paTcî^, mon nom et tu n’as pas renié ma foi, dit le Christ à l’ange, c’est-à-dire à l’évèque de l’église de Pergame où est le
' I Joan., III, 8; Rom., 1, -i.
5 Joan., XIV, 26.
3 Gai., II, 20.
'* Act., IX, 15.
s I Cor., I, 4-6-
® Act., X, 45.
LA CAl’l'Ll.LA GKLCA
trône de Satan 11 dit également à l’ange de Philadelphie oii csl/rt synagogue de Satan: Tu nas pas renié mon i\’esL-ce pas que le
nom du PlirisL ostia profession dosa foi et son signe? Voici maintenant ce signe imprimé sur le front, comme toute la tradition h; montre imprimé à la (lonürmation dont le lieu s'appelle consignatoriurn, le lieu où on reçoit le signe ; et ce signe, c'est bien le nom du Christ. Un ange apparaît iiS.Jean, ayant le signe du Dieu vivant, son sceau, signuni . Comme 1 ange (jui est apparu a
Ezéchiel, il doit marquer au front les justes destinés au salut, en excluant les prévaricateurs abaiulonnés aux vengeances. Marguons du sceau les serviteurs de notre Dieu sur leur front, Signemus... in frontilnis, disent les anges. Le nombre do ceux qui ont été marqués du sceau est de doxize mille dans chacune des douze tribus, nwnerum signatorum, duodecim millia signati L D'un côté sont les reprouvés, des hommes gui ?io/it pas le signe de Dieu sur leurs fronts, mais sur leur main droite ou sur leur front le caractère ou le nom de la Bête (do l’Empire romain livré à Satan) ou le nombre de son nom, ^gvcnXadorélaBète et son image et reçu le caractère de son nom, caracteremnominis ejus, elle nombre de son nom, numerumnominis ejus D'un autre côté, sont leseen? guarante guotre mille élus, autour de l’Agneau debout sur la montagne de Sion, ayant son nomet le nom de son Père écrit sur leur front.... et ils verront sa face : et son nom est sur leur front, nomen ejus in frontibus eorum Ce signe du Christ qu’ils portent ainsi dans le ciel est celui, il est bien évident, qu’ils ont reçu indélébile sur la terre, à la Confirmation, ainsi que les réprouvés ont reçu le caractère de la Bète ; et, comme le caractère de la Bète c'est le nom de la Bète, le signe du Christ ne peut être que le nom du Christ.
Buonarroti ''', Bottari C Georgi ® n'hésitent pas à reconnaitre ici
‘ Apoc., II, 13.
- Apoc., lil, 8, 9.
^ Apoc., Ail, 2-8.
" Apoc., IX, 4; XIll, 17; XIV, il; XV, 2.
° Apoc., XIV, 1; XXII, 4.
® Osservazioni, Prefazione, p. XIV.
Rom. subter. Romæ, 1737, t. I, p. 134.
® De monogrammate Christi. Romæ, 1738, p. 4.
LA CAPPELLA GRECA
son monogramme sous une forme plus ou moins semblable à celle qui sera si célèbre depuis Constantin. Yoici les paroles de Buonarroti :
« On voit encore que S. Jean dans l’Apocalypse, écrite par lui vers l’an 96 du Christ, fait allusion à ce signe, au chapitre "Vil, en parlant du signe des élus, qu’il appelle le signe du Dieu vivait. Au chapitre XIV, il l’appelle expressément le nom de l Agneau. En confrontant ces passages avec le signe prédit par Ezéchiel (cap.IX, i, 6), à savoir le caractère T, qui dans l’ancien alphabet Samaritain, tenu par plusieurs pour l’ancien Hébreu et par d’autres pour l’Hébreu profane, usuel et commun, est semblable 5 un X, on le trouvera grandement conforme au monogi anime du Christ. Primasius, eveque d’Adrumet, dans son commentaire de l’Apocalypse, croit que l’Apotre fait allusion à notre monogramme E n
Primasius, député vers ooO à Constantinople pour les intérêts de l'Eglise africaine, dit en effet, en parlant du « nom du Christ que « 1 Antéchrist désire qu’on reçoive dans une fausse imitation, quem « mper faha imitalione Antichristus accipi desiderat, » et en observant que les lettres grecques Xpicrvci du nom latin Christi donnent le nombre 1225 des jours de la persécution de l’Antéchrist : « Cela est « exprimé dans la note, c’est-à-dire dans le monogramme ainsi fait :
Monogramme composé de ces trois signes X H —
« OÙ est renfermé en abrégé tout le nom du Christ\ » Après quoi il applique à l’Agneau le mot de S. Jean sur les élus : Ils avaient son nom et le nom de son Pèj'e écrit sur leur front ^
Nous verrons plus loin, d’après les indications des monuments, comment le nom du Père a pu être uni au nom du Christ sur le front des élus. Contentons-nous d’ observer ici, à l’appui de ce qui précède, que tous les sceaux de rois dans l’antiquité ont pour légende le nom do celui à qui le sceau appartient C’est le sceau
' L. IV, cap. XllI.
Patrol, lut., t. LXVIII, col. 884. — Le monogramme comprend les trois initiales XPI de ce nom; la seconde est retournée, la troisième tracée horizontalement.
3 Col. 886.
** M. Renan, dont nous n’acceptons, même en matière archéologique, l’autorité que sous toute réserve, en lait l’observation dans celui de ses romans sur les origines du christianisme qui a pour titre V Antéchrist, 1873, p. 389.
LA CAPPELLA GRECA
du Christ que nous recevons à la Confirmation : il doit donc nous imprimer la marque do son nom.
Enfin voici quelle est la marque de la médaille d’honneur que le Christ délivre aux braves qui ont combattu pour s^i cause et qui sont victorieux par le seul fait qu’ils ont combattu, voici quelle est la marque de la colonne d'honneur que le Christ leur érige dans le temple céleste. 11 intime à S. Jean scs ordres en ces termes ;
O A l’ange de l’église de Pergame dis Je sais où tu habites ; C’est l i qu’est le trône de Satan; et tu as conservé mon nom et tu n’as pas renié ma foi.... Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises : Au victorieux je donnerai de la manne cachée et je lui donnerai un jeton blanc ' et sur ce jeton un nom nouveau écrit q ie personne ne connaît que celui qui le reçoit
A l’ange de l’église de Philadel[)hie écris :... Voici que je viens bientôt. Garde ce que tu as, et que peisonne ne prenne ta couronne. Celui qui seia victorieux je ferai de lui une colonne dans le temple de mon Dieu et il ne sortira [dus dehors ; et j’écrirai sur lui le nom de mon Dieu et le nom de la cité de mon Dieu, la nouvelle Jérusalem, qui descend du ciel d’auprès de mon Dieu et mon nom nouveau. Que celui qui a des oreilles entende ce que l’Esprit dit aux Églises *.
La manne fut donnée aux Hébreux après leur délivrance de l’Egypte et leur triomphe do la mer Rouge : elle représente bien le festin des vainqueurs. Ce festin est accompagné du mémorial do la victoire. C’est le jeton blanc, la boule blanche des anciens donné aux athlètes ou aux plaideurs victorieux L Nous ne rechercherons pas ici quelle est cette manne, quel est ce jeton, et s'ils ne seraient pas identiques dans rEucharistio. Nous le ferons à la lumière des monuments. Quand au nom nouveau de celui qui au début de l’Apocalypse est appelé le Verbe de Dieu, il a été donné là-méme, c’est Jésus-Christ : Qui testimonium perhibuit verbo Dei et testirnonium Jesu Christi^. C’est Jésus, c’est le Christ, mais c’est tout spécialement le Christ, depuis la mission publique de Jésus autorisée par tant de prodiges, depuis surtout le prodige de sa résurrection. Powr- (pioi, s’écriaient les Apôtres, élevant à Jérusalem la voix vers Dieu
' Littéralement : un petit caillou, une gemme, un disque d’ivoire, d’os, de marbre, d’argent ou de toute autre matière blanche
2 Apoc., II, 12-17; III, 7-13.
* Wolfius, Curœ philologicœ in N. T. Hamburgi, 1733-35, Apoc., II, 17. — Aristophanes, Vespæ, v. 106.
^ Apoc., I, 2.
LA CAriMîLLA GREC A
et dtant le prophète David, pourquoi les rois de la terre et les princes se sont-ils ligués ensemble contre le Seigneur et contre son Christ ? Hérodc et Ponce-Pilate, avec les Gentils et le peuple d’Israël, se sont ligués dans cette cité contre votre saint serviteur Jésus que vous avez oint S. Pierre, parlant au centurioii Corneille et à ses parents ou amis disait également : Vous savez... Jésus de Nazareth... comment Dieu t'a oint du Saint-Esprit, etc. \ C’est parce qu’ils ont reçu la participation à cette onction que les élus, dans le ciel, chantent à l’Agneaii : Vous nous avez rachetés pour Dieu dans votre sang... et vous nous avez faits rois et jjr êtres jjour Dieu et nous régnerons sur la terre ^ Ces élus sont dans le temple de Dieu comme des colonnes inamovibles, des colonnes triomphales. Une colonne de Sainte-Marie-Zn-dm-Cm//, qui a remplacé au Capitole le tem])le de Jupiter, porte sur son flanc ; A cuhiculo Augustorum. C’est une colonne transportée du palais des Césars au temple de Jupiter, et qui y représentait et y installait en quelque sorte les Augustes. Ainsi les élus, sont installés dans le temple de Dieu, ayant gravé sur eux le nom de l’Auguste incomparable, le Christ. Quant au nom de Dieu le Père et à celui de la nouvelle Jérusalem, nous verrons sur les monuments chrétiens sous quelle forme ils accompagnent le nom du Christ lui-même. Qu’il suffise de remarquer ici que sur la colonne comme sur le jeton de victoire des disciples du ChrisQ c’est son nom qui est son signe.
Il n’est nullement question dans les textes cités, qui sont tous ceux que nous avons pu tirer du Nouveau Testament sur la question, de la croix comme signe du Christ. Nous avons omis à dessein le mot du Sauveur dans son tableau du jugement final de Jérusalem et du monde ; Alors apqjaraitra le signe du Fils de l’homme dans le ciel ' . Ce moi signe ne désigne pas plus en soi la croix du Christ que son nom ; mais il désigne plutôt, à l’exclusion des deux, le Fils de l'homme lui-mème en sa gloire, qui sera le grand prodige apparaissant dans le ciel. C’est le sens littéral adopté sans hésitation par
' Ps. 11, T ; Act., IV, 26, 27.
•2 Act., X, 38.
3 Apoc , V, 9, lÜ.
* Matth , XXtV, 30.
LA CAITELLA GKECA
i'Jtt
Origène ' et de doctes commentateurs, celui que le contexte ; Et ils verront le Fils de l'homme venant sur les nuées du ciel, semble vraiment réclamer, (loncluons que le signe du Christ c’est son nom et non sa croix, dans le Nouveau Testament.
11 serait étonnant, d’ailleurs, qu'un signe aussi inattendu, aussi extraordinaire, disons le mot, aussi choquant, pour le monde qu’une potence, ait été de prime abord le signe du Christ. La Providence qui ne fait rien qu’avec mesure, a pour première mesure, en règle générale, le temps. Ce n’est qu’après le triomphe de l’Cglise sous Constantin et l’invention à Jérusalem du bois de la croix du Christ, devenu de proche en proche l’objet de la vénération de l'univers, que dans la seconde moitié du 1V“ siècle, « eu cessant toute « ambigu'ité et précaution, le dessin nu et vrai de la croix a été par- « tout et avec confiance exposé publiquement L »
Mais il parait bien aussi que dès l'origine du christianisme, h's fidèles en arborant le nom du Christ, joignaient à ce nom le souvenir de la croix sur laquelle il a racheté le monde. Pour nous, écrit S. Paul aux Corinthiens — dont les prédicateurs, soit-disaiit prudents, en évitant ce qui était un scandale pour les Juifs et une folie pour les Gentils rendaient vaine la croix du Christ et n'avaient garde d’y reconnaître la vertu de Dieu , — pour no^is , nous prêchons le Christ crucifié... je nai pas cru que je dusse savoir
' « In consumiiiatione muiidi. . . ohscurabuntur etiain iuininaiia magna. . . [fis ar.cidentibus consequens est cœloruin ralionabiles virtutes jiatientes stupoicm, comraotionem aliquaui pati et conturbari, remotas videlicct a primis t'unctionibiis suis Ita qui bæc sit iutdligit esse, adjiciet quia signuui Filii bominis iii quo cœlestia {lire omnia?) facta sunt quæ iii cœlis erant et quæ in terris, tune apparebit : utputa, viitiis quam operatus est Fiiius suspensus in ligne ; et in cœlo maxime fulgebit signum ipsius ; et homines ex omnibus tribubus qui prias non crediderunt christianitati annunciatæ, adhuc autem male de ea dixerunt, tune recognoscentes per signum illud manifestatum, plangent se, et lamentabunt propter ignorantiam suam atque peccata, quia verbum Domini figuraliter non receperunt... Sicut enim in dispensatione crucis, sole déficiente, tenebræ factæ sunt super oninem terrani, sic et signo Filii bominis apparente in cœlo, deficiet solis lumen, et lunæ, adhuc et stellarum, quasi consnmptum a multa virtute signi illius. H Origenis in Matihæum Comrnentariorum seriez, al. t. XXIll. — Patrol. grœc., t. XIII, col. 1670-1.
“ M. de Rossi, De lit. carth., p. 535.
LA CAPPELLA GUECA
parmi vous autre chose que Je'sus-Christ, et lui crucifié Et le grand Apôtre fait aux Galates^ dupes insensées des mêmes tristes rhéteurs, disciples delà Synagogue dans l’Église, cette déclaration ; Avec le Christ, je suis cloué à la croix. Je vis, non pas moi, mais en moi vit le Christ... Pour moi, à Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose cqu'en la croix de Notre-Seigneur Jésus-Christ, par qui le monde est crucifié pour moi et moi pour le monde ~. 11 semble vraiment à ces paroles que le nom du Christ et sa croix, indissolublement unis dans la profession de foi au Christ, le sont également dans son signe imprimé sur le front à la Confirmation. Parfaitement claires et limpides dans cette hypothèse, elles auraient je ne sais quoi do louche et d’emphatique dans toute autre. Toute difficulté tombe si un même signe a pu représenter à la fois le nom et la croix du Christ. Mais no connaissons-nous pas en effet un signe indiqué par l’Ecriture et célèbre par tout le monde comme le signe par excellence^ comme le signe de la vie, qui remplit précisément cette condition?
N’avons-nous pas vu que le X, l’initiale du nom du Christ et son monogramme le plus simple, rappelait aussi l’image de sa croix? Que le X soit incliné, que scs deux diagonales deviennent une verticale et une horizontale — pur accident graphique auquel les anciens, en dessinant leurs lettres attachaient fort peu d’importance — nous avons une figure, -f, très-voisine de celle de la croix et qui peut être tenue pour son équivalent. La croix dite de -Saint- André devient la croix appelée grecque, et c’est à peu près le thau hébreu ou le tau grec T, vraie figure de la croix et marque des élus dans l’Ancien Testament. Il réparait admirablement avec le chi, X, ou la croix, -f , dans le Nouveau.
Le monogramme du Christ, X, aurait donc été imprimé, à la Confirmation, sur le front des fidèles, en cette forme de croix -p, et ce serait le thau chrétien.
Les monuments nous démontreront qu’il en a été précisément ainsi. Mais éclairons d’abord les textes de l’Écriture par ceux des Pères.
' I Cor., I, 19, 21, 23; II, 2.
2 Gai., II, 19, 20; VI, li.
LA CAPPELLA GRECA
■:^oi
11. M. (le Rossi a bien observé que la formule de la Coufirmaüou usitée dans les premiers siècles, à Rome, où est la source de la tradition, est celle insérée par S. Gélase en son Sacramentaire :