SIGNUM CHRISTI IN YITAM ÆTERNAM
Cette formule était, au moins en substance, celle qui était usitée on Afrique. Les fidèles y recevaient le su/nwn Christi, à la Confirmation. Nous en avons deux preuves excellentes. L’une nous est déjà connue : c’est la réponse faite en 295 au proconsul de Nuraidie par le martyr Maximilien à qui on veut imposer le signe de l’Empereur pour le faire soldat : « J’ai déjà le signe du Christ, yam habeo « sujnum Clmsti. » L’autre est un précieux texte de S. Cyprion. 11 décritainsi incidemment et laconiquement le rite de la Confirmation : (( Ceux qui sont baptisés dans l’Eglise sont présentés aux préposés (( de l’Église, afin que par notre oraison et imposition de la main « ils obtiennent le Saint-Esprit et soient rendus parfaits par le « sceau du Seigneur : Qui in Ecclesia haptizantur jjrœpositis Eccle- « siæ off'eruntur td per noMram orationem ac manus impositionem « Spiritum sanctum conseqiiantur et signaculo dominico consummen- (( tur L II est bien clair que le signaculum dominicum de S.Cyprien, c’est le signum Christi du martyr Maximilien et de l’Eglise romaiiiB. Et y aurait-il de la témérité à conclure de la réception du signum Christi k Rome, à Carthrge, en Numidie^ à sa réception partout? Assurément, à des temps si peu éloignés des Apôtres etdans un rite aussi capital cj[ue celui qui constitue le chrétien en sa perfection et lui donne son nom même , la conclusion sera reconnue bien légitime.
Mais que veut dire « le signe du Christ ? » Le sens lexicographic[ue n’est point douteux. A coup sûr « le signe du Christ, sioniim « Christi » est toute autre chose que (c le signe de la croix, signum « crucisr'i Par celui-ci nous entendons la croix en nature ou en image, devenue l’étendart du Christ et ainsi des chrétiens. L’église chante : « Ce signe de la croix sera dans le ciel, hoc signum Crucis erit in
^ Apud Thomasium, 0pp., t. VI, p. 76, 96. — D. Martène, De antiquis Ecclesiœ ritïbus, 1. I, cap. I, a. XVIII, ordo VI. — Cf. Bullelino, 1869, p. 2i.
^ Epist. LXXIII, ad Jubaianuin.
LA CAPPELLA GREC A
*< cœlo, » et encore: « Par le signe de la Croix, per signurn Crucis,
« délivrez-nons, ô Dieu, de nos ennemis ' ! » « Le signe du Christ » est un signe indiquant le «Christ» lui-même, sa qualité et son nom de « Christ » : c’est le signe de Christ enfin. Tel signe dési- *
gmint Jésus ou <( le Fils de Dieu, » ou «Jésus-Christ, Fils do Dieu, |
Sauveur, » comme fait rîX0V2i, le Poisson, ou « Jésus-Christ » même comme fait le monogramme complexe % no serait plus « le signe |
« du Christ » proprement. Ce signe ne peut être que le monogramme j
du Christ représentant son nom ou quelque symbole figurant son onction divine. On n’a jamaisparlé d’un symbole de ce genre comme |
étant le signum Christi aux premiers siècles. Reste donc le mono- j
gramme du Christ et sous la forme qu’on rencontre seule, ou peu j
s'en faut, nous le verrons, dans les trois premiers siècles, la lettre i
initiale du nom du Christ, le chi, X. '
Le nom du Christ est donc bien le signe du Christ.
Et, en effet, dans l’antique Sacramentaire romain, à la suite immédiate de la formule de la Confirmation : SIGNUM CHRISTI, etc., on recommande aux nouveaux baptisés de ne pas manquerde recevoir ce sacrement et ce signe, « car alors ils confirment tout le baptême (( par le nom de chrétienté, » par ce nom du Christ qui les fait appeler chrétiens : qida tune omnem haptismwn christianitatis nomine confirmant . Une autre leçon porte : « Tout baptême légitime est <( conürmé par le nom de chrétienté : oynne baptismwn legitimum « christianitatis est nomine confirmatum L »
Mais, d’autre part, d’après le Sacramentaire romain, « le Pontife « récite l’oraison sur les nouveaux baptisés avec le chrême, faisant « une croix sur leur front, faciens crucem in frontibus^\ » et, eu étudiant les Pères des trois premiers siècles, on voit clairement que la croix était imprimée au front des fidèles à la réception du Baptême et de la Confirmation, sacrements d’ordinaire inséparables. Pour les Pères, la croix était le Tau, le signe du salut donné de Dieu aux
' Verset des Vêpres de l’Invention et de l’Exaltation de la sainte Croix; antienne des Vêpres de ces deux fêtes, et Commémoraison de la Croix à Vêpres et à Laudes, à l’office férial.
2 Dans Martène, 1. I, cap. I, a. XVIII, ordo VI, VIII.
Ordo VI.
LA LAl’l’ELLA (JRECA
anges pour les hommes, el était appelée simplement et par excellence le signe, tÔ c/iaeiov.
L’auteur appelé l’AréopagUe, dont les écrits respirent l’antiquité pour ceux-mèmes qui n’en ad mettent [)as avec la tradition orientale et occidentalerauthenticité, nous montreriérarque, l’évêque^, marquant avec la main d’un sceau à la tète, ettitiOvitiv t/,v /eîpa xal
crppaY"^“a-vGC7, l’infidèle qui, conduit par un parrain, demande à être chrétien et A'a devenir catéchumène. Le chrétien est de même, après le llaptème, à la Confirmation, marqué de ce sceau avec le saint chrême, « l’onguent très-opérateur de Faction divine, -(p Oeo'joy'xo'^^Aw (( p-upo) tùv «vopo a-fp'j'nr;ûiJ.zyjoG. i) Mals quel est ce sceau? Il ne le dit pas. Seulement il nous montre l’eau du Baptême consacrée « par trois « effusions, en forme de croix, de Fouguent très-saint, "piA toTi (( Tcî-ou aopo’j aTaupoEiGSGi '. » Ce sceau, « en forme de croix, » imprimé à Feau sanctiüante, ne paraît pas être sans quelque rapport avec l’être humain sanctifié. Précisément nous rencontrons un peu plus loin, à la consécration du thérapeute ou moine, le prêtre qui <( l’ayant « marqué d’un sceau en forme de croix, retranche sa chevelure, "ctp (( erraup ûEiOEÎTUTTw 'Tcppor'icrdu.cvoff aùtbv 6 lEpsu; diroxsi'pei ’. »
11 y a un témoignage plus exprès dans Fauteur de FEpître attribuée à S. Barnabé, c[ui, ne fut-elle pas de l’Âpôtre, dans la forme où elle nous est parvenue, est toujours de la fin environ du premier siècle. Cet auteur écrit : « Recherchons si le Seigneur a eu soin de « faire des prédictions sur Feau et la croix »> ; il entend Feau du Baptême et bien visiblement aussi le signe de la croix qui l’accompagnait, au moins à la Confirmation. Après avoir trouvé dansli^aïe, selon les Septante, lu pie?Te non stérile, la sainte montagne de Dieu, Sio7i ^ d’où jaillit Feau du Baptême, il montre la croix dans le geste fait par Moïse priant pour donner la victoire à Israël sur Amalec, et dans le serpent d’airain élevé par lui pour guérir les malheureux atteints de la morsure des serpents. « L’Esprit, écrit-il, dit au cœur de
« Moïse de faire la figure de la croix, wttov GTaupoïï Et de
« nouveau Moïse fit la figure, tût^gv, de Jésus en tant qu’il devait
' Hier. Ecoles., cap. II, 5, 6.
- Ibid., cap. VI, 1.
3 Is , XVI, 2.
LA CAPPELLA GRECA
<1 souffrir et donner la vie, lui qu’on pensait avoir exterminé sur le a signe, £v cï][Aefw » Il appelle la croix le signe ^ ff/,[Aâov. C’est le nom qu’a dans les Septante le thau d’EzéchieC le signe des élus, qu’il désigne ou vise évidemment. La croix est pour lui le signe indiqué par Dieu aux anges pour l’antique Israël, et que le nouvel Israël, sauvé par le Christ crucifié, reçoit sur le front.
H n’y a qu’un moyen de concilier ces textes avec les précédents, c’est do dire que le signe du Christ, la marque de son nom et le signe de la croix sont un seul et même signe.
C’est ce que nous allons voir plus ou moins clairement dans les anciens Pères et déjà dans cette Epître dite de saint Barnabé.
L’auteur signale dans les deux premières lettres I et II du nom de Jésus les valeurs numériques 10 et 8 et dans le T, image de la potence appelée croix, la valeur numérique 300 : il voit dans le total, 318, le nombre des hommes de la famille d’ Abraham, circoncis par lui en vue prophétique de Jésus et de sa croix « La croix, ajoute-t-il, est dans le T... L’Ecriture, dans cette lettre, c( montre la croix... craupôc; c'v tw T... Ari/.&i sv Ivl tôv cTTaupôv L C’est ainsi qu'il unit la croix du Christ au nom du Christ, en nous faisant entrevoir leur liaison toute spéciale dans les rites fondamentaux du christianisme. Il est vrai que le Christ apparaît ici sous son premier nom, celui de Jésus. Mais l’écrivain n’était pas libre de choisir, ayant besoin d’un nom représentant tel nombre avec ses lettres, pour aboutir au symbolisme voulu. Le fond prime ici tel détail. Le second siècle ne sera pas terminé, ni bien avancé peut-être que, marchant librement sur ces traces, l’auteur des Vers Sybillins dont Constantin donnera un jour un commentaire solennel, composera un tableau du Jugement dernier sur un double acrostiche, offrant d’abord toutes les lettres des cinq mots grecs dont les initiales forment 1X0ÏC, Poisson, et qui signifie Jéstis, Christ, de Dieu, Fils, Sauveur, et puis les lettres de GTAVPOC, Croix ‘. L’auteur de ce petit poëme semble avoir voulu le consacrer et eu quelque sorte le timbrer du signe du
‘ Epist. cathoL, XI, XII.
* Gen., XIV, 14; XVII, 27.