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LE SIGNE DU CHRIST AVANT CONSTANTIN. LES MONUMENTS

Une médaille de dévotion, où sur les genoux de la Alerge apparaît l’Enfant-Dieu que viennent adorer les Mages guidés par l’étoile, présente au-dessus de la tête de l’Enfant ce signe -j- ’. C’est l’indication qu’il est le Christ : c’est le X, l’initiale de Xpur-coff, incliné de manière à rappeler la croix. En voici la preuve. Sur ce signe -f- s’étend un rameau d’olivier apporté par la colombe céleste, l’Esprit-Saint, qui est descendu sur Jésus, au sortir de son baptême dans le Jourdain, et l’a oint et fait Christ solennellement, pendant que la voix du Père céleste le proclamait son Fils bien-aimé et disait aux hommes : Écoutez-le. Une autre médaille offre, en variante, dans la scène des Mages, le signe >|< sur la tête de l’Enfant, le « Poisson céleste ^ » étant, eu variante de l’étoile, au-dessus de la tête des Mages; et ce signe est au revers de la médaille, devant le front des deux archanges IMichel et Gabriel, qui escortent le Christ b 11 faut le lire indubitablement « ’U.ffoïïir Xpiarda, Jésus-Christ, » preuve nouvelle qu’il faut lire le -f de la première médaille XpicTÔa.

Le monument qui, avec le signe -f- sur la tête de l’ Enfant-Dieu, nous donne la clef de cet hiéroglyphe chrétien, est loin d’être isolé. Un sarcophage du cimetière du Yatican nous montre le même signe au-dessus de la tête de l’Agneau divin, debout sur la sainte montagne de l’Eglise, d’où sortent les quatre fleuves du Paradis qui abreuvent à droite et à gauche les brebis du Judaïsme et de la Gentilité ; et le monogramme du Christ lui sert de variante sur un autre

' Bulletino, 1869, pl. III, 9. — Ici pl. XI, 13.

^ Inscription d’Autun. Spicileg. Solesm., t. I, p. 557. ® Bulletino, 1869, pl. III, 10.

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sarcophage Sur une lampe byzantine, la colombe, représentant manifestement TEsprit-Saint, est posée au-dessus du -f- qui est sur la tète de \ Agneau debout, comme immolé ^ et tirant la langue dans l’agonie ; et ce même signe est sur la poitrine de l’Agneau ^ L’Agneau gui a été immolé est digne, en effet, de recevoir la puissance, et la divinité, et la sagesse, et la force, et l’honneur, et la, gloire et la bénédiction en un mot, d’être acclamé et adoré comme étant le Christ. Une lampe du cimetière chrétien de Chiusi montre une croix sur la tête d’une colombe portant au bec le rameau d’olivier. Cette colombe, on l’a bien reconnu, est le Christ : la croix est donc son monogramme Une inscription romaine, dont la date flotte entre 566 et 578, offre le signe + sur la poitrine d’un paon, tenant aux pattes un rameau, le rameau d’olivier, sans doute : ce paon, n’est-ce pas le Christ ressuscité et glorieux ® ? C’est ainsi que ce signe figure sur la bulle de plomb du diacre Siricius, au-dessus -f" N

du nom du phénix F 1 dont les lettres flanquent l’image nimbée E X

de l’oiseau miraculeux, symbole du Christ sorti radieux du tombeau La belle lampe de bronze trouvée à Porto dans l’hospice, croit on, de Pammachius, l’ami de S. Jérôme, a sous la colombe, au lieu du -|-, le monogramme cruciforme posé cette fois et comme enfoncé dans la tête do l’antique Serpent L Ce nom montre bien que le -|-, en rappelant la croix du Sauveur, marque tout d’abord l’initiale de son nom et doit se lire Christ.

Ce signe, qui apparaît sur la tête du Christ, apparaît également sur le front des chrétiens. Uneprécieuse coupe de verre, trouvée au

' Aringhi, t. I, p. 295, 293. — Ici pl. XI, 14, 15. Le précieux marbre, conservé à Anagni, qui a fermé un loculus au cimetière de Priscille, nous montre aussi le signe sur la tète nimbée de Fx\gneau, dans une composition semblable. Marangoni, Acta S. Victorini, p. 42. — Cf. Bulletino, 1867, pl. AIII.

^ Apoc., V, 6.

® Mém. des Antiquaires de France, t. XXII, pl. V. — Hagioglypta, p. 46.

‘ Apoc., V, 12.

® Cavedoni, Due antic. cimit. christ, di Chiusi. Modena, 1853. — M. Martigny,

® Inscript, christ., t. I, p. 514.

"• M. de Rossi, Roma sott., t. II, p. 314.

® Bulletino, 1868, lav Y!T! ! . — La lampe est à la Bibl. vatie. — Ici pl. XII, 4.

siècle dernier^ nous le présente ainsi. M. de Rossi, après avoir rappelé Riisage barbare de graver un signe sur le front des condamnés aux mines, usage que Constantin prohiba l’an 315, écrit au sujet de cette coupe ce qui suit :

« On peut sans contredit regarder comme un insigne monument du signum Chrlsli inscrit sur le front d’un confesseur de la foi, probablement condamné ad rndcd/a, le curieux verre trouvé par Boldetti dans les cimetières souterrains de l’Appia et de l’Ardéatine, où l’image d’un bomnie porte sur son front la croix équilatérale. La tête de ce stigmatisé est rasée et le cou entouré d’une corde, ce qui dénote un condamné, sur le front duquel on aura voulu tracer la prima inscriplio du signe salutaire .à la place de la secunda inscriptio, constatant sa condamnation pour le Christ. Les lettres écrites autour de la tête lisent LIBER NICA, Liber vainc, et conviennent parfaitement à un confesseur de la foi... L’image ne paraît pas être du temps de saint Cyprien et de son biographe Pontius (qui parle de la seconde inscription)...; ]e la croirais plutôt du quatrième siècle, et peut-être est-elle le portrait d’un confesseur qui aurait survécu aux dernières persécutions L »

Ce mot NICA, rapproché de cette image de la croix où nous venons de reconnaître proprement le X, l’initiale de Christ, rappelle bien en effet le mot lu par Constantin au-dessus de l’image de la croix, surmontée du monogramme du Christ ; et il est difficile de croire qu'il n’y fasse pas allusion. Quoi qu’il en soit, voici au lendemain, au plus tard, des persécutions, le signe du Christ tel qu’il était tracé sur le front des chrétiens.

Deux pierres annulaires nous font voir ce même signe -|- entre les fronts de deux époux affichant hautement leur christianisme et proclamant le lien sacramentel de leur indissoluble union, qui est le Christ ^ Sous une inscription de l’an 460, on a gravé une colombe ayant ce signe au-dessus de la tête, qui vient boire à un grand vase à anses^ tel que le vase ministériel des saints mystères ^ C’est le fidèle lavé dans le Baptême et marqué du sceau du Christ dans la Confirmation, qui va goûter la manne ou le vin céleste de l’Eucharistie.

Ces monuments sont romains. A Lyon, nous trouvons sur le mar-

' Bullelino, 1868, p. 20 ; Boldetti, p. 60. — Ici planche XI, 16.

2 M. Perret, t. IV, pl. XVI, 63, 74.- Ici pi. XI, 17, [8. — CLBullet., 1877, p. 57. ® M. de Rossi, Inscript, christ., t. I, p. 323. — Ici pl. XI, 19.

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bre funéraire d’un fidèle deux colombes ayant ce signe sur la tête encore, qui becquettent les dattes d’un palmier, figure du Christ f C’est le même symbcle du Baptême, de la Confirmation et de l’Eucharistie ; et sur tous ces monuments, ce signe -f- est bien le signe du Christ empreint au front des chrétiens à la Confirmation.

En marquant les chrétiens, le signe -j- marquait aussi, ce semble, le pain eucharistique. Des pains ronds trouvés à Pompei dansla boutique d’un boulanger présentent, sur la face supérieure, du centre à la circonférence, des rayons ou sillons en nombre inégal, dépassant toujours du double environ le nombre quatre ^ Les pains indiquant ou symbolisant l’Eucharistie sur les monuments chrétiens, dans les scènes de la multiplication des pains, de Daniel emprisonné avec les lions qui reçoit le festin apporté par llabacuc, ou des agapes mystiques, dont un sarcophage du cimetière de Priscille nous offre un bel exemple ces pains, dis-je, sont pareillement ronds, mais avec quatre rayons seulement à angle droit, dessinant le -f- ou le X. On les appelle « pains croisés ou decussati . » Comment douter que le signe qu’ils portent ne soit celui du Christ, sans exclure celui de sa croix?

Dans \e,s,cham\)resdes Sacrements exécutées vers le temps de saint Calixte, au cimetière qui porte son nom, l’Eucharistie est représentée par le tableau suivant, auquel le sacrifice d’isaac fait pendant aux côtés d’un banquet mystique où figure le Poisson, qui est le Christ. Le prêtre étend la main sur un petit poisson qui est à côté d’un grand pain exposé avec lui sur une table. Le poisson dit que le pain, par l’action du prêtre, est devenu « Jésus-Christ, Fils de Dieu, « Sauveur. » Une Orante, représentant l’Eglise, est de l’autre côté de

’ M. Le Blant. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, 1856-65, t. I, p. 165. — Ici pl. XI, 20. — A Briord, département de l’Ain, la tombe de Boldaricus, « homme de distinction, vir honestus, » inhumé l’an 488, offre les deux mêmes colombes allant boire au vase mystique, mais avec la croix latine, f, au lieu de la croix grecque, -p. T. II, p. 8.

^ Rich, Panis.

® Aringhi, t. II, p. 267. — Les dessins de Bosio, reproduits par Aringhi, Boldetti, p. 208, et les sarcophages du Musée du Latran nous présentent nombre de ces pains.

* M. Martigny, p. 201,

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la table, près du pain, comme le prêtre est ici près du poisson. Ses mains, qui s’élancent, indiquent le saisissement et l’admiration autant que la prière en face du miracle de l’omnipotence divine. Le pain est marqué du -j- ou X Il est bien clair que si cette figure est intentionnelle — et ici qui la croira insignifiante ? — elle indique le chi, l’initiale du nom du Christ et déclare que le pain est devenu par la consécration le Christ lui-même. Le poisson est une variante explicative du + ou X ; et ce + ou X est le signe du Christ, c’est sa signature sur le pain qui est son corps.

C’est ainsi que, sur une fresque du cimetière de Thrason, voisin très-proche de celui de Priscille, j’interpréterais ce signe. 11 est sur sept pains mêlés à deux poissons devant sept hommes agenouillés, dont l’un les montre, un second indique l’auteur invisible du miracle dont ils sont l’objet, un troisième entre eux porte les mains à sa bouche en signe de désir. Sept corbeilles de pains non marqués du signe sont au bas du tableau ^ Le tableau, qui fait pendant offre les trois Hébreux nus, à l’état de ressuscités glorieux, chantant sous un berceau de flammes l’hymne d’actions de grâces. Dans le premier, c’est le miracle des sept pains et des quelques poissons multipliés par le Christ au désert, avec les sept corbeilles de fragments de pain recueillis après le rassasiement des quatre mille hommes ; et c’est aussi sa signification eucharistique et une allusion à la communion, où le pain était déposé par le diacre dans les mains du fidèle. Dès lors le -}- ou X sur les sept pains représentant le Christ, ii’est-ce pas le monogramme du Christ?

Et lie faut-il pas le voir sur les cinq pains, rappelant une autre multiplication des pains au désert — à la suite de laquelle le Christ annoncera l’institution de l’Eucharistie ^ — qu’on rencontre, avec une colombe pour pendant, sur la tombe que Julius Félix Julianus s’est faite de son vivant en ce même cimetière de Thrason ou de Saint-Saturnin Le signe a bien ici la forme de la croix grecque, + ; mais il est clair que ce n’est qu’une variante d’inclinaison du X et

' Roma soit., t. II, tav. XVI; Spicil. Solesm., t. III, tab. I. — Ici pl. XI, 21. Le dessin est tiré du Spicil. Solesm,

2 Aringhi, t. II, p. 249.

® Joan., VI.

’* Marangoni, Acta S, Viclorini, p. 87. — Icipl. XI, 22.

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qu’il faut lire Christ, si ce signe des pains n’est pas vain, et qui pourra le croire? Une preuve de son importance, de son indubitable signification, c’est un grand X faisant les diagonales d’un carré sur deux des côtés duquel les cinq pains sont placés comme sur les bords d’une sorte de nappe ou de table. La colombe, qui tant de fois ailleurs représente le Christ, me semble le faire ici et équivaloir au poisson qui, d’ordinaire, accompagne les pains, — la multiplication des cinq pains ayant, d’ailleurs, été unie à celle des deux poissons. D’un coté est l’image du Christ, de l’autre est son monogramme. Les deux vont bien avec le pain eucharistique qui est le Christ lui-même.

La tombe de Phroutea, au cimetière de Pontien, offrait semblablement, à la suite d’IN PACE, l’ancre, que nous verrons représenter aussi le Christ, la colombe avec le rameau d’olivier au bec et un vase surmonté de « pains croisés, » trois symboles du Christ, auteur de la paix, et triple sceau du Christ sur cette tombe *.

Voici enfin, pour la critique la plus exigeante, des preuves que sur les monuments chrétiens des premiers siècles le -f est l’équivalent du X, c’est-à-dire le monogramme primifif du Christ et son signe, qu’il faut traduire « le Christ » en etfet.

Rufina, déposée au IIP siècle, paraît-il, au cimetière de Saint- Calixte, a été accompagnce du souhait suivant, peint sur les briques fermant la case de sa tombe :

P0Y<hINA

EIPHNH

Ce souhait peut-il se lire autrement que « Rufine, la paix du Christ « soit avec toi? » Cette formule, issue de l’Evangile où le Christ, en son discours après la Cène, qui est son testament, laisse la paix, donne la paix à ses disciples, et où il leur souhaite la paix le soir de sa résurrection, est consacrée sur les monuments par divers exemples et illustrée par des milliers de représentations du Christ en colombe apportant au défunt le rameau d’olivier, c’est-àdire la paix.

* Boldetti, p. 208.

^ Rom. soit., t. I, tav. XVIII. — Ici pl. XI, 23.

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One gemme annulaire porte celte légende:

lOIIANNES VI VAS IN ‘

Qu’il faut nécessairement lire : « Joœmes, vivas in X, Jean, vis « dans le Christ. »

C’est la légende même d’un fond de coupe :

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