I.A OAH'liU.A ÜHECA
l’enli’ée triompluilo de Couslanlin à Rome et parlant du signurn vindex, du « signe vengeur », qu’il tenait en sa main droite, fait un échange subit du monogramme du Christ en sa croix :
Christna purpurcum gemmanli textus in aura Signabal labarum, clgpcoi'um insignia CItrislus Scripserat, ardebat summis crux addila cristis.
a Le Christ, tissé en or relevé de pierreries, scellait le iabaruni de pourpre; le Christ marquait les insignes des boucliers : la croix étincelait, ajoutée au haut des aigrettes »
Los monuments nous montrent le monogramme sur le drapeau des élendards, sur le bouclier des soldats, sur le casque de Constantin. Dans le c/ii du monogramme, on voyait donc la croix, car elle n’est point autrement figurée. C’est pourquoi Prudence, par une piquante surprise de style, appelle subitement « la croix » le même ^igne qu’il vient d’appeler « le Christ ».
Comme S. Paulin, d’ailleurs. Prudence distingue expressément deux sortes de croix, celle du monogramme faite de pierres précieuses et celle formée par une longue tige, surmontée d’une traverse, en or plus ou moins massif : les deux formaient ensemble le labarum de Constantin. « Reconnais, dit le Christ à Rome,
U Reconnais, ô Reine, de bon gré, il est nécessaire, mes enseignes, où la figure de la croix resplendit ornée de gemmes, ou bien se révèle dans les longues hastes d’un or solide. »
Agnoscas, regina, libens mca signa necesse est,
In quibus effigies crueis aut gemmata refulgel,
Aut longis soUdo ex aura iiræfertur in hastis".
Nous voyons plus loin que cette croix ornée de gemmes n’est pas autre chose que le monogramme lui-même. Parlant de la victoire remportée par Stilicon sur Alaric, à Pollentie, en 403, Prudence dit :
« Pour commandant des troupes et de l’empire nous avions un jeune homme puissant dans le Christ, et son compagnon et beau-père, Stilicon ; l’un et l’autre ont un seul Dieu, le Christ. Après l’adoration faite à ses autels, après la croix
‘ Contra Symmach., I, v. 486-8. — L’ouvrage paraît à Tillemont être de la fin de l’an 403. Mémoires, t. Xi p. 562.
^ Contra Symmach., I, v. 464-6.
LA CAPPELLA GRECA
inscrite au front dos soldats, les trompettes ont sonné : une haste a couru se placer la première devant les dragona^, celle qui plus haute que les autres élève la première lettre du nom du Christ. »
.... Dux agminis imper iique,
Christi potens nobis juvenis fuit, et cornes ejus,
Atque parens Stilico : Üeus unus Christus n trique.
Hujus adoratis ultaribus et cruce fronti Inscriptû cecinere tubæ : prima hasta dracones,
Præcuri'it, (qiiæ Christi apicem sublimior offert
Prudence nous montre les soldats chrétiens d’iïonorius faisant sur leur front, au moment de la bataille, le signe de la croix. Ce n’était qu’une réitération, un rappel pieux, du signe qu’ils avaient reçu à la Confirmation. Le poète exalte ailleurs, dans son livre Des Couronnes, deux soldats de Dioclétien, deux martyrs de Calagurre, qui ont renoncé à la milice, ne voulant pas d’autre étendard que ce signe et répudiant l’image du Dragon infernal :
« Ils abandonnent l’étendard de César, ils choisissent le signe de la croix ; aux étoffes enflées de vent des dragons * qu’ils portaient, il préfèrent l’insigne bois qui a écrasé le Dragon. »
Cæsaris vexilla linquunt, eligunt signum crucis,
Proque ventosis draconum, quos gerebant, palliis,
Præferunt insigne lignum, quod Draconcm subdidit
Ailleurs, dans son Dhirnal, le poète s’écrie :
« Délie, ô mon âme, ma voix sonore, délie ma langue mobile-, dis le trophée de la Passion, dis la croix triomphale, célèbre l’étendard qui brille sur les fronts marqué du sceau. »
Solve vocem mens sonoram, solve linguam mobilem,
Die trophæum passionis, die triumphalem crucem,
Pange vexillum, notatis quod refulget frontibus
Ailleurs encore, dans son Combat de Vàme, Prudence met en scène la Sobriété qui ne veut pas de mitre d’or aux liens de pourpre,
* Les étendarts romains portant un dragon.
* Contra Symmach., II, v. 709-14.
® Les dragons des étendarts romains étaient des mannequins creux, tournant en haut des hastes, au gré du vent qui entrait par la gueule. Voir Rich, Draco.
* Peristephanon, I, v. 34-6.
Cathemerinon, IX, 82-4.
T, A CA l'I' J A MtCC A
ni (le naixl sur une diovelure virile, « après les marques du front « inscrites avec de l’huile, par lesquelles a été donné l’onguent « royal et le chrême perpétuel,
Pn.U inscripfa oleo frnntis sifjnacuJa, per ejuæ rni/uenlitin rcr/ale dnhtm est el rhri^ma percimc
On voit quels étaient ces « sceaux. » C’est la croix du Christ qu’on peignait sur le front avec l’huile sacramentelle et inelfaçahle. L’huile désignait et inoculait l’Esprit-Saint et tous ses dons de lumière, do force et de paix ; la croix rappelait le sang de l’Agneau divin d’où émane pour nous cette vie nouvelle et surnaturelle. Aussi, dans son Apothéose du Christ, Prudence, défendant sa divinité contre les Juifs, leur dit-il à propos de leur Pâque charnelle et du sang de l'agneau, simple animal, dont ils marquent le sommet de leurs portes ■ ;
Non supis, imprudens, nostrum te cfftngere pasetta,
Logis et untiquæ præductis pingere sulcis Omne sucrcanentum relinet (juud passio vera,
Passio, quœ nostram défendit sanguine fronlem Col poreuwque dornum signala co/linit ore ?
Il Tu ne comprends pas, ignorant, que c’est notre Pâque que tu représentes et (lu’avec les sillons prophétiques de l’Ancienne Loi tu peins le mystère qui est renfermé dans la Passion véritable. Passion qui avec le sang défend notre front et oint notre maison corporelle, en mettant son signe sur noire face? »
Mais ces « sillons », ces « marques », ces deux lignes dessinant w la croix » ne figuraient-ils pas autre chose? Prudence nous a mon- * tré la croix dans le monogramme : le monogramme pourrait bien être ici dans la croix. « Le monogramme, dit M. Martigny, était « souvent en ce temps-là appelé croix L » En réalité, nous savons par les monuments ^ que la croix était tracée sur le front des néophytes en cette forme -f, et que cette croix grecque ou carrée n’est autre chose que le chz, le monogramme du Christ. C’est pour-
' Psycomachia, v. 360.
- Apotheosis, v. 355-9.
' Ici pl. XI, 16, 17, 18, 19, 20.
LA CAPPELLA GRECA
quoi Prudence, bien instruit du double sens du sceau chrétien, passera sans transition de la croix au nom du Christ dans le passage cité de son Apothéose. Après avoir montré la croix sur le front des fidèles, il montre ce nom sur toutes Jes lèvres, dans toutes les langues des peuples civilisés ou barbares; et il finit par une effusion d’ardente piété dont voici le premier mot: (. 0 nom plus doux pour « moi que toute chose, O nomen prædidce mihi ' ! »
Prudence avait été chargé par Théodose-le-Grand de deux préfectures en Espagne, puis attaché de très-près, ordine proximo ^ à la personne du prince son compatriote. Ses poésies nous le montrent tout inspiré de l’esprit de Théodose ^ nouveau Constantin, à qui le paganisme ne doit pas moins sa ruine et le christianisme son établissement qu’au premier. On dirait que cet Homère du siècle de Constantin n’a fait que commenter, en tant de textes sur le signe du Christ, la précieuse médaille où Théodose apparaît portant le chi'àux un étendard et la croix proprement dite, la croix latine, sur le globe dont elle est proclamée la gloire : GLORIA ORYIS TERR L
Ce grand siècle, le plus beau, sinon le plus heureux, de l’humanité, celui où la Jérusalem céleste est apparue descendant sur la terre, « le siècle constantien, SECYLO CONSTANTIANO », comme on lit sur une brique contemporaine des fils de Constantin ^ ne pouvait finir par un monument plus complet et une plus riche escorte de vers sublimes sur le signe du Christ.
Reprenons haleine encore une fois pour terminer ce noble sujet. Reposons notre esprit en jetant les yeux sur trois exemplaires rares du signe du Christ dont l’archéologie vient de s’enrichir. Ils résument ce que nous ont présenté les monuments, ce que nous ont expliqué les Pères.
Le 30 mai 1876, le chevalier Gamurrinl apportait à la conférence d’archéologie sacrée, fraîchement fondée par M. de Rossi sous la présidence du R. P. Bruzza barnabite, la cime de bronze d’un labarum du temps de Constantin ou de ses successeurs. Sur une
‘ Apoiheosis, v. 355. — Voir ce magnifique passage à la fin du chapitre XXV.
* Prœfatio, v 21.
® Contra Symmach., 1. I, v. 6, sqq.; 1. II, v. 11, 17, sqq.
* Banduii, t. II, p. 505. — Ici pl. XJ, 79.
® Rom. soit., t. III, p. 347.
sorte de boule terminant une demi-sphère qui recouvrait l’anneau où entrait la hampe de l’étendard, s’élève le monogramme constantinieu du Christ inscrit dans un cercle de 13 centimètres environ de diamètre Cette pointe de labarum est semblable à une figure que M. de Rossi avait trouvée empreinte dans la chaux par une lame de bronze, près d’un loculus portant la date de 438, au cimetière de Saint-Calixte, et dont il n’avait pu se rendre compte-. C’est bien là en nature un labarum constantinieu.
A coté do ce bronze, voici deux piastres de marbre. Sur la première est gravé le monogramme constantinien. Elle a été trouvée au cimetière de Sainte-Sotèro, attenant à celui de Saint-Calixte. Elle était attachée à la cliaux, au milieu de la marge inférieure d’un loculus de la première moitié du quatrième siècle, la marge supérieure présentant ce graphite : CRESCENTINA IN FACE. Deux loculi voisins offrent en graphite sur la chaux le X et le +, c’est-à-dire l’ancien monogramme du Christ dont le monogramme constantinien est le développement
La seconde piastre a le monogramme cruciforme. Elle marquait, au cimetière de Saint-Calixte, une tombe de la seconde moitié du quatrième siècle. Une tombe voisine a la même piastre dessinée sur un marbre, avec l’addition de l’A et de l'ii suspendus aux bras du monogramme L Une autre tombe voisine a le monogramme constantinien dessiné dans une palme en cercle ; et sous le cercle on lit le seul mot hébreu rencontré jusqu’ici dans les catacombes chrétiennes, Schephael [abondance de Dieu). Ce n’est point là
un de ces Juifs que va gourmander Prudence. Schephael reconnaît Jésus pour le Messie ; et, enveloppant le nom du Christ de la palme, il semble lui chanter comme les Hébreux, à son entrée triomphale à Jérusalem, quatre jours avant cette Pâque qui deviendra la Pâque éternelle : Hosannah au Fils de David ! Béni soit le Roi qui vient au
' Bulletino, 1877, p. 56.
^ Biilleliiio, 1877, p, 68; Rom. soit , t. 111, p. 340-41. — On voit, p. 341, la cime (le bronze et l’empreinte sur la chaux dessinées en regard.
^ Rom. soit., t. 111, p. 175-7. — On trouve ailleurs sur un seul marbre le -|- et les deux monogrammes constantinien et cruciforme. Ibid., p. 343. — Il est clair que 4- égale X, et qu’il y a réunies ici trois formes du même monogramme.
‘ Rom. soit., t. III, p. 386, tav. XXVIII, 36.