‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 64 sur 129 · LÉGENDE DE LA PLANCHE XH · texte numérisé non relu

LÉGENDE DE LA PLANCHE XH

1. Labanitn île Coiislanlin s’élevant au-ilcssus ilc l’image du Saint-Sépulcre. — Sculjiture

d'un sarcophage du cimetière du Vatican, .\ringlii. 1. 1, p 311.

2. Dessin d’un baptistère, probablement celui du Lalran. — Sculpture d’un sarcophage du

cimetière du Vatican. Ariiigbi, t. 1, p. 319.

3. Basilique de Saint-Vital à Havennc, construite par Justinien, représentée sur la mosaïque

de l’abside. Ciampini, t. Il, tab. XIX.

4. Extrémité supérieure d’une lampe de bronze de Porto, conservée au Vatican. Bulletino,

1868, tav. VIII,

S Symboles gravés sur le marbre du loculus de Januaria, au cimetière de Saint-Calixte. Borna soUerranea, t. 111, tav. XXVlll, 22.

G. Médaille de dévotion. Bulletino, 1869, tav. 111, G.

7. Croix pectorale d’or trouvée dans un tombeau, sous le pavé de la basilique constantinienne

de Saint-Laurent. Bulletino, 1863, p. 31.

8. Ancre cruciforme gravée sur l’enseigne d’un hypogée de famille, du ou du II" siècle,

au cimetière de üomitille. Bulletino, 1874, tav. 1, 1.

9. Pierre tombale, du Vl« (?) siècle, trouvée à Vix en Bourgogne. Beviie de l’Art chrétien,

1875, t. XIX, p. 25.

10. Pierre tombale de la fin du VII" siècle, trouvée à Mandourel (Aude). Inscriptions chré-

tiennes de la Gaule, planches n“ 506.

11. Cachet de la Compagnie de Jésus, en tète de la dédicace à Sixte V du 1"'' volume des Con-

troverses deBellarmin, imprimé à Ingolstadi en 1586.

LA CAPPELLA GRECA

Au commencement du cinquième siècle, les fils de Théodose, Arcadius et Ilonorius, occupant à Constantinople et à Milan les deux moitiés de son trône qui avait réuni l’Orient et l’Occident, avaient adopté les mêmes lypes de monnaies, un moment frappées dans les même hôtels monétaires. Un sou d’or, au revers de l’image d’Eudoxie^ épouse d’ Arcadius, offre le monogramme constantinien avec cette légende : « SALYS OlllENTlS FELICITAS OCCIDENTIS, salut «de l’Orient, félicité de l’Occident ‘ ». Le monogramme fait sa première apparition sur le sceptre, avec la figure cruciforme ^ Le globe crucifère devient commun U Une petite croix grecque, qui est un chi en même temps qu'une croix, plane au-dessus des trois têtes réunies d’IIonoriiis, d’ Arcadius et de son fils Théodose-le-Jeune L Placidie, sœur d’IIonorius et d’ Arcadius, porte le monogramme constantinien ou la croix sur l’épaule. Au revers de son buste, une Victoire, assise sur une cuirasse, écrit le monogramme sur un bouclier ; mais ailleurs cette Victoire, debout, s’appuie sur une longue croix surmontée dTine étoile ^

Sous Valentinien 111, fils de Placidie, et sous Tbéodose-le-Jeune, « la croix paraît sur presque toutes les pièces dans diverses posi- « tiens, et remplace presque complètement les deux formes du «monogramme du Christ®.» Onia voit sur le bouclier de l’empereur et au centre d’une couronne de laurier V La croix-grecque, +, figure au lieu du monogramme cruciforme au haut du sceptre de Valentinien 111 monogramme elle-même, rappelant le tau. Sous ce prince, l’an 4oo, la croix fait ainsi ce qu’on croit être sa première apparition sur le diadème impérial®. Le diadème deLicinie Eudoxie,

' Sabatier, Description générale des monnaies hyzunlines frappées sous l’empire d’Oî'ient, 2 vol. in-8®. Paris, 1862, pl. IV, 25.

- Cohen, Descript. hist. des monnaies frappées dans l’empire romain, communément appelées monnaies impériales, t VI, Ilorior., n. 20. Paris, 1862, in-8®.

^ Ibtd., n. 2i. pour Honorius. Sabatier, t. I, p. 104, pour Arcadius.

^ Sabatier, t. I, pl. III.

® Ba-duri, t. II, p. 501.

® M. Martigny, p. 462.

Banduri, t. II, p. 501. — Ici pl. XI, 82.

® M. Martigny, p. 482.

® Banduri, t. II, p. 572 : Irnperator habilu consulari cum stemmate crucigero, dextram porrigit figures semigenuflexæ, sinislra ienet sceplrum crucigerum. — Nummus maximi moduli.

LA CAPPELLA GRECA

épouse de Valentinien porte également par-devant cette croix, -f, de grande dimension, sur une petite boule qui figure le globe ; et le X de la légende EYDOXIA, dessiné de même, -g, près do la croix du diadème, indique bien que la première signification de ce signe c’est le chi, la lettre initiale de Christ. Au revers de cette médaille^ l’impératrice, non plus on buste, mais assise, tient de la droite un globe surmonté d’une croix latine et do la gauche cette même croix en guise de sceptre, avec la légende « SxVLVS REIPVBLICAE, salut de « la république. » Le monogramme persévère donc toujours, mais sous sa forme primitive* de chi, confinant à la croix; et la croix proprement dite tend de plus en plus à prévaloir comme signe du Christ et signe de christianisme.

Un fait célèbre réclame à cotte époque notre attention.

L’an 421), S. Germain, évêque d’Auxerre, et S. Loup, évêque de Troye, faisant route pour la Grande-Bretagne, où ils allaient combattre le Pélagianisme, passèrent à Lutèce et de là à Nanterre. Dans la foule des villageois, accourue sur les pas de ces hommes de Dieu, S. Germain remarqua une petite fille d’environ sept ans qui sera la vierge Geneviève, l’ange de la monarchie française.

« S. Germain lui dit : Je l'en prie, n’hésile pas ù m'avouer si tu veux, dans Vêlai de sainleté el consacrée au Chrisl, conserver, comme son épouse, Ion corps immaculé et intact — Je le veux, saint père, dit-elle... Sitôt que la lampe du soleil éclaira la terre, son pèie la conduisit à S. Germain, comme il l’avait ordonné. Reconnaissant alors en elle je ne sais quoi de céleste, il lui dit ; Salut ma fille, Geneviève! Te souviens-iu de ce que tu m’as promis hier touchant l’iniégrilé de ton corps? Geneviève lui répondit ; Je me souviens de ce que je t'ai promis et à Dieu, père suint ; et en effet je désire conserver, Dieu m’aidant, la chasteté de l’esprit et du corps très-intègre jusqu’à la fin. S. Germain, ramassant à terre une monnaie de bronze marquée du signe de la croix, qui se trouvait apportée là par la volonté de Dieu*, la lui donna comme un grand présent, lui disant : Après l’avoir percée, porte-la toujours suspendue au cou en mémoire de moi. Ne souffre pas qu’aucun ornement de métal, soit d’or, soit d'argent, ou de quelque pierre précieuse ne charge même ton cou ni tes doigts. Car si la

' M. Martigny, p. 462.

^ Si vis in sanctimonio consecrata Christo immaculatum et intactum corpus, que.madmodura sponsa ejus, servare.

* Nummum æreum, Dei nutu allatum, habentem signum crucis a tellure collinges.

2ÜUS petite ptaruredu siècle a la victoire sur ion esprit, tu seras alors privée des ornements éternels et célestes. Et lui disant adieu, la suppliant de se souvenir souvent de lui. dans le Christ seulement, et la recommandant à son père Sévère, S. Germain et S. Loup continuèrent le chemin qu’ils avaient entrepris avec l’aide du Seigneur L »

Ainsi parle le biographe de sainte Geneviève qui écrivait dix-huit ans après sa mort, c’est-à-dire vers l’an 530. Un autre biographe ancien dit que S. Germain donna à la petite Geneviève la monnaie de bronze marquée de la croix « comme le gage d’un office reli- « gieux, et lui ordonna, l’ayant percée, de la tenir attachée à son <( cou U ») L’abbé de Sainte-Geneviève, Etienne, qui fut fait évêque de Tournai en 1192, expliquant le récit des biographes dira : «Notre « vierge, tant qu’elle a vécu, a méprisé les séductions charnelles, « et, au lieu de gemmes ou de bijoux d’or, a mis au-dessus « de toutes délices, de toutes richesses, une monnaie d’airain « marquée du titre de la croix que Germain, seigneur d’Auxerre, « avait suspendue à son cou, en signe et comme étant les arrhes « de ses épousailles avec le Christ U » Voilà bien le sens de l’action du saint évêque Germain et de l'objet que la main de la Providence et la sienne laissent ici en mémorial. L’évêque ratifie solennellement l’hymen virginal de la jeune fille, et suspend à son cou l’image do son divin Époux, la suppliant de se souvenir de lui auprès de cet Époux même et de lui seul, obsecram ut sui memor tantum crebro in Christo esset, auprès du Christ auquel elle est consacrée par un saint état, in sanctimonio consecrata Christo.

Or quelle imago du divin Epoux était sur la médaille suspendue au cou de l’angélique épouse? La monnaie de bronze, dit le biographe de la sainte, était marquée du « signe de la croix, minimum æreum habentem signum crucis. » Il se pourrait que le mot de croix désignât ici le monogramme du Christ, considéré, sous sa forme constantinienne, par S. Paulin et par Prudence comme une des deux formes de la croix. Sous Constantin, Magnence, Décence, Jovien, Gratien, et encore sous Livius Severus, un des derniers empereurs

' Acta $S., III jan larii, p. 138.

* Quasi quoililam {lignus ivligiosi muneris atque ut pciforatus collo ejus inhæreret iudi.\it. Acta SS., p. 143.

® Epist. CLXI. Pair, lat., t. CCXI, col. 451.

LA CAPl'ELLA ÜIILCA

d’Occidcnt, qui régnera do 401 ;i 403, ou Irouvo le monogramme constanliuien occupant, dessiné on grand, le centre du champ d’une monnaie Des médailles do dévotion, suspendues an cou, nous le montrent de même aux quatrième et cinquii-me siècles et au-delà ^ Cependant il est prol)ahlo que la croix de la médaille de Geneviève était une croix proprement dite, nue croix latine et non le monogramme, qu’on rencontre d’ailleurs, et plusieurs fois, sur les monnaies de ïhéodose-le-Jeuno, do Valentinien III et des Augustes, c’est-à-dire à notre date de 420 V Une de ces monnaies si nombreuses « de la tin du quatrième siècle et du cinquième, au revers « desquelles domino la croix, a du être trouvée par S. Germain « d’Auxerre pour être suspendue au cou de la vierge (icneviève », ditM. de Rossi U Le premier historien de la sainte, qui semble l’avoir connue, avait probablement vu à son cou sa fameuse médaille. 11 pouvait même avoir sous les j'eux cette relique on écrivant. L’abbé Etienne ravaitpeut-êtro encore au douzième siècle ; au moins les images de la sainte représentaient-elles sa médaille traditionnelle. Or le premier y a vu « le symbole de la croix, signum cnicis, le second « la marque, le titre de la croix, niimmum æreum tilulo « crucis insignem; » et ce qu'on appelait croix, au moins communément, du sixième siècle au douzième, c’est bien la croix ressemblant au tau, la croix latine. Encore une fois la croix de la médaille de sainte Geneviève semble avoir été la croix proprement dite.

Prenons bien garde, cependant, à toute la signification de cette croix. C’est un chi, +, dont la branche inférieure est plus allongée que les autres ; mais le chi est toujours là; et le prolongement de la branche supérieure et de l'inférieure à la fois n’a pas empêché que nous n’ayons reconnu le chi sur une colonne d’un sarcophage de Tusculum de ce temps ^ Une médaille de dévotion du cinquième siècle ou plus récente nous présente une croix latine dont le rapport avec le monogramme est indiscutable, puisqu’elle est accostée de

* R. P. Garucci, Vetvi, p. 253, Constantin; Banduri, t. II, p. 233, Magnence, Décence ; p. 444, Jovien; p. 451, Gratien ; p. 584, Livius Severus.

* BuUetino, 1869, tav. III, 6, 7; p. 44, 3, 6. — Ici pl, XII, 5.

® Banduri, t. II, p. 501. — Ici pl. XI, 82,

'' BuUetino, 4869, p 43.

s Pl. XI, 25, 26.

LA CAPPELLA GRECA

l’Ail, de l’adjectif « Eternel », réclamant nécessairement le substantif « Christ » : le monogramme du Christ, le ciii. H-, y est inclus dans la croix latine 7 Ainsi en doit-il être sur un revers de médaille, tout semblable, d’un des trois Clovis 7 et sur des revers de médaille des Dagobert I, II et III A Sous les Mérovingiens on voit continuellement en variantes croix latine, croix grecque, monogramme constantinien, monogramme cruciforme. Un tiers de sol d’or de Cbildebert qui régna à Paris après Clovis 1", en 511, du vivant encore de sainte Geneviève, a le monogramme constantinien, avec A ü, planté sur un petit globe % comme on voit ailleurs la croix grecque ou latine. Il est évident enfin que la croix contient le monogramme et le monogramme la croix. Ainsi la monnaie percée, suspendue au cou de sainte Geneviève par S. Germain, si elle portait la croix latine au lieu du monogramme, rappelait le monogramme nécessairement. C’est le nom de son divin Epoux que reçoit la petite fille « consacrée au Christ » ; c’est son image que dépose sur le cœur de sa virginale épouse le saint évêque consécrateur. Votre 7iom, dit l’Epouse du Cantique à l’Epoux, est un 'parfum répandu... Mon bien-aimé m'est un bouquet de myrrhe, c’est entre mes seins qu'il repose Mais si l’angélique vierge ne connaît que Jésus- Christ, l’héroïque vierge ne connaît que lui crucifié ^ \ et c’est en forme de croix qu'elle porte le chilfre de son nom. Les Césars mêmes, de l'Orient à l'Occident, lui ont, à la suite de S. Paul, dessiné l’image sublime et adéquate de son Epoux; et c'est cette image apportée par Dieu aux pieds de S. Germain, qui est placée par lui sur la poitrine sacrée de Geneviève.

Reprenons notre sujet. La croix prévaut sur le monogramme, au sixième siècle, soit en Occident, soit en Orient.

« La croix monograaimatique, depuis la fin du IV« siècle jusqu’à celle du Vc et même jusq’au VU, dit M. de Rossi, est très-fréquente sur les monuments de nos pays ; elle fait d’abord concurrence à la croix simple et nue, puis peu à peu lui

' Bulletino, 1869, p. 44, 4.

- M. Jtartigny, p. 464.

* Leblanc, Traité historique des monnaies de France, 1690, in-i“, p. 46.

‘ Leblanc, p. 58.

® Cant.. I, 1, 12.

e I Cor., II, 2.

LA CAPPELLA GUECA

cède kl place; à la fia elle devient très-rare*. A Rome le monogramme constantinien, pendant le \o et le Vk siècle, fut presque éclipsé par l’usage continuel et solennel des formes plus claires et évidentes de la croix : son emploi fut moins rare en d’autres pays surtout dans l’Italie supérieure Au temps de Charlemagne, il repi'it sa vogue, peut-être à cause de la renaissance des études, et de la mode qui s’ensuivit d’imiter les usages des siècles anciens n

On voit disparaître ensuite chez nous le monogramme constantinien. Pourtant on le trouvera encore dans un cercle porté do la main gaucho par l’ange de la prière, PUEC:VT10, qui do la main droite tient une croix ou plutôt un iau d'où pend un drapeau, sur des fresques récemment découvertes do la basilique do Saint-Laurent-hors-los-murs. L angede la demande, PETITIO, porto le même monogramme et tient la même bannière. Entre cos deux anges sont deux séraphins à six ailes chantant SCS, SCS, Sanctus, Sanctus *. M. de Rossi croit ces peintures du Xll° siècle. Elles trahissent une main ou une inspiration grecque; et c’est la raison peut-être de cette présence tardive du monogramme en Occident.

Le monogramme ne disparaîtra point ainsi en Orient. L’Orient immobilise ses types. « Ni le temps, ni le lieu ne font rien à l’art « grec, dit M. Didron, résumant les observations de M. Paul Du- « rand ; au XYIIP siècle, le peintre moréote continue et calque le « peintre vénitien du X°, le peintre athonite du V* ou du VP... En (( Grèce, l’artiste est l’esclave du théologien ; son œuvre, que copie- « rontses successeurs, copie celle des peintres qui l’ont précédé » Il nous suffira donc de signaler une médaille, frappée à Constantinople, de Théodore Lascaris, le fondateur de l’empire de Nicée qui régna de 1204 à 1222. Il est représenté le diadème sur la tête et la croix à la main en guise de sceptre. Au revers est un grand monogramme constantinien V

Mais le monogramme disparaît moins chez nous en réalité qu’en apparence. Il se conserve sous la forme primitive +, où on ne voit

* Spicil. Solesm,, t. IV, p. 529.

® Bulleiino, 1863, p. 63.

4 Bulletino, 1863, p. 46.

^ Manuel d’iconographie chrétienne grecque et latine. Paris, 1815, in-8®, p.VII.

® Banduri, t. II, p. 767.

LA CAPPELLA GRECA

ordinairement que la croix^ mais où il faut, comment en douter? voir tout d’abord le chi. Je reconnais cette initiale du nom du Christ sur tous les principaux monuments de la religion et de la vie chrétienne.

Et d’abord dans le signe tracé sur le front à la Confirmation.

« Nous signons de haut en has avec la main droite, au nom du « Christ, ceux qui ont besoin de ce sceau, /£ip'i h ovousti Xpte-

(( Tôy tcÙ; t?,; copaYtoo; OcoaÉvoi;;, » dit un auteur

syrien du Y'^ siècle '. Précieux texte qui nous montre que la formule de la Confirmation usitée à cette époque dans l’Église romaine, Sigmmi Christiin vitarn æternam, était reçue en subslance en Orient, et fait bien entrevoir son origine apostolique ! Mais on ne prononçait pas seulement le nom du Christ dans la Confirmation, on le traçait : èv ovôu.aTt XpisToîî /.aTacipaYi'î^optEv. La croix, +, était le monogramme du Christ, X, bien reconnu pour tel. Quand S. Martin apparaît à une femme de Poitiers qui est venue demander la guérison à son tombeau, comment se montre et parle le saint? « Et voici un homme à la chevelure de cygne, au vêtement de « pourpre, portant une croix à la main, qui se tenant devant elle, « lui dit ; Maintenant tu seras guérie au nom du Christ, notre Ré- « dempteur L» C’est le nom du Christ qui accompagne la croix tenue par le thaumaturge : la croix équilatérale peut-être, telle qu’on la voit entre deuxtètes de S. Pierreet de S. Paul sur une bulle de plomb de .Alunerius, MVNEIIII, du Y® ou du Yl® siècle peut-être la croix monogrammatique que nous avons vue deux fois dans la main de S. Pierre sur des monuments de ce temps. Bientôt S. Eloi, évêque de Noyon prêchant au peuple dira : « Ayez toujours le Christ dans « l'esprit et son signe sur le front... C est assurément une grande « chose que le signe du Christ et la croix du Christ : mais elle ne oc sert qu'à ceux qui accomplissent les commandements du Christ ‘.» Il distingue bien d’abord le signe du Christ de la croix du Christ,

1 S. lustini, Op&ra spuria, quæstiones et responsiones ad orlhodoxos, quæst. 118 ; Pair, grœc., t. , col. 1368.

* S. Greg. Turon., de Miraculis S. Martini, 1. II, cap. LYI ; Pair, lat., t. LXXI, col. 966.

® Bulletino, 1877, p. 56.

‘ S. Audoenus, lib. II, de S. Eligio, cap. XVI.

LA CAl’l’ELLA GRECA

Ui

slf/mm Chrisli et ceux Christi ; puis il paraît los confondre en une seule chose magna res... iUis salis etc. 11 s’agit donc du

monogramme, d’une forme ou <rune autre, qui est considéré comme une croix. C’est un proverbe : Habcte semper Christum in mente et signum ejtis infrontc, que S. Eloi commente. On le retrouve à un siècle de là, chez les Anglo-Saxons, avec celte légère variante : llabete Christum in cordibus et signum ejus in frontibus, cl commenté ainsi par le vénérable llède : « Armez-vous toujours du signe de la (( croix du Christ, sigiiaculo crucis Christi, car c’est là ce que « craignent et fuient les démons, effrayés par le signe du Sauveur, « signa tcrritisSalvataris^ . «Dans la croix qu’il recevait sur le front, le peuple chrétien voyait donc au V®, au Vll°, au Ylll® siècle, un signe distinct de la croix, le signe du Christ, son monogramme.

Le Christ est représenté dans tout le Moyen-Age, et de nos jours encore, chez les Latins comme chez les Grecs, avec le nimbe crucifère. C’est un disque de lumière dans lequel les païens, à commencer par les Egyptiens, encadraient la tète de leurs dieux. Les romains l’ont donné par adulation à leurs empereurs; et de Trajan il passera à Constantin et à Clovis môme. Les images du Sauveur sont les premières images saintes auxquelles les artistes chrétiens en aient, au IV® siècle, décerné riionneur. Ils l’ont étendu ensuite aux Anges, aux Evangélistes, aux Apôtres, à tous les saints. On a dès lors marqué d’uii signe distinctif le nimbe du Christ. Le plus ancien exemple de ce signe est offert par la mosaïque de Sainte-Agathe à Ravenne, de l’an 400 environ. La tète du Christ assis sur un trône est entourée du nimbe, où s’épanouissent les quatre branches égales d'une croix gemmée. Deux anges, Michel et Gabriel, sont debout aux côtés du trône avec le nimbe simple L Le + du nimbe du Christ est bien évidemment la marque de son nom. Tout doute est levé par la mosaïque de Saint-Aquilin de Milan, basilique construite par Galla Placidia, sœur d’Arcadius et d’Honorius, en l’honneur de saint Genest. Dans le nimbe est inscrit le monogramme constantinien, ayant entre les branches du X l’alpha et l’oméga A Enfin

' Beda, t. III in Collect. flor. et par.

® Ciampini, t, I, tab. XL VI.

® Allegranza, Alcuni sacri monumenti di Milano, In Milano, 1757, tav. I».

une piastre d’ivoire, gravée au trait vers la fin du IV« siècle et passée du cimetière deDomitille à la bibliothèque Yaticane, qui offre la plus ancienne image authentique du Christ, le présente enseignant ou bénissant de la droite et ayant sur la tête, entourée du nimbe, la croix monogrammatique. Le nimbe cruciforme apparaît à son début ; et l’on voit bien que le monogramme est l’origine de la croix et ainsi la première signification de cette illustre image.

L’autel figure le Christ dans la liturgie. C’est après l’avoir salué par le baiser apostolique que l’évêque donne sa paix aux fidèles. Un autel de Marseille, qui paraît être du Y® siècle, est marqué sur sa face principale d'une couronne contenant le monogramme constantinien du Christ avec l’A ii, accostée de douze colombes figurant les Apôtres. L’autre face offre l’Agneau debout sur la montagne du Paradis d’ou s’échappent les quatre fleuves de l’eau de la vie *. L’autel d’Auriol, près Marseille, qui est du même temps, offre pareillement sur sa face antérieure le monogramme consLantinien et r.\ ii enfermés dans un cercle, et de chaque côté six colombes®. Sur les deux faces principales de l’autel trouvé en partie à Saint- Marcel deCrussol, enYivarais, etconservéaumuséedeSaint-Germainen-Laye, autel que M. de Rossi fait remonter à la fin du 1Y« siècle \ douze agneaux et douze colombes, figurant les Apôtres, escortent le monogramme cruciforme flanqué de l’A etde l’iL Sur les deux faces latérales, six colombes vont à la couronne aux lemnisques flottants, imago du Christ à qui l'Eglise chante : Jesu corona celsior L Encore une fois l’autel figure le Christ. Mais, d’autre part, ce même autel de Crussol a aux angles de sa table à rebords quatre H- inscrits dans un cercle. N'est-il pas à croire que ce sont des variantes et des répétitions du monogramme, rappelant, ce me semble, le pain eucharistique et le denier mystique, récompense éternelle du serviteur fidèle ?Un auiel du Ylle siècle, celui dePalagues en Normandie,

* Rom. sott., t. III, p. 596; Boldetti, p. 60; M. Martigny, p. 33i. Le dessin de M. Martigny est meilleur que celui de Boldetti.

® Inscript, chrét. de la Gaule, t. II, p. 303 ; pl. 73, 438.

® M. Martigny, p. 59, d’après M. l’abbé Barges.

* Ce sont les renseignements que M. d’Acy a bien voulu me transmettre par M. le comte G. Yvert.

® Com. confes. no» pontificis, ad Laudes.

décide la question. Il présente au milieu de sa table carrée une croix grecque à crochets, avec un support distinct, qui la fait ressemblera la croix latine. Mais le signe + y est tout d’abord celui du Christ. La preuve sans réplique du fait, c’est l’inscription latine gravée au dessous en grands caractères. Elle commence par ce mot grec : « XPE, 0 Christ ' ! »

D’après le Pontiflcal romain, si plein des traditions antiques, nos autels et les pierres sacrées do nos autels, qui sont des autels abrégés, sont marqués aujourd’hui, au centre et aux quatre angles do la table, de croix grecques, L’autel du musée de Saint-Germain ollro déjà ces croix aux quatre angles. On entrevoit assez, d’après CO que nous avons dit, que ce sont dos c/ii avant d’être des croix. Et en etfet, le Pontife, après avoir tracé le 4- central, trace les quatre autres selon la üguro du chi formée par doux diagonales, d’après cos prescriptions graphiques du Pontifical :

La double onction de l’autel se fait aussi d’un angle à l’autre en forme do chi.

Les cinq croix composées d’encens et de cire, que le Pontife allume au centre et aux extrémités de ce chi, sont pareillement en forme de chi, +, désignant le Christ holocauste éternel en même temps qu’autel éternel.

Il en est de l’église matérielle, image de l’Eglise, comme de l’autel, image du Christ. Son pavé est marqué d’une croix par le bâton pastoral du Pontife. Mais cette croix, tracée sur la cendre d’un

* Inscript. chrét. de la Gaule, t. I, p. 182.

LA CAPPELLA GRECA

angle à l’autre, est un chi, X ; et les lettres de l’alphabet grec et celles de l’alphabet latin, inscrites sur les deux branches, indiquent bien que ce signe est celui du Christ, V Alpha et \ Oméga, en qui l’Orient et l’Occident sont réunis, étant pacifiés par sa croix, visible ici, d’ailleurs, avec son nom. Notre Seigneur Jésus-Ch'ist est la pierre qui est à la tête de l'angle, le noyau d’où part tout l’édifice ; c’est le fondement {\\xq j’ai posé en sage architecte, dit S. Paul, et personne ne peut pwser d’autre fondement que celui qui a été posé, qui est le Christ Jésus

iJouze croix, que le Pontife oindra du saint Chrême, sont tracées sur les murs; mais ces croix sont des croix grecques, des c/«‘, -p. Elles figurent le 7iom du Christ que les Apôtres ont porté devant les nations et les fils d' Israël-, eux dont l’ange, décrivant la Jérusalem céleste, type de nos temples terrestres, a dit à S. Jean : Le mur de la cité a douze fondements et sur les douze sont les douze noms des Apôtres de l' Agneau ^ A la cathédrale de Chartres — cette encyclopédie en pierres sculptées et en verres peints des siècles de saint Ilernard et de saint Louis — les douze Apôtres, adossés aux douze colonnes de la nef, tenaient douze croix grecques dans des cadres circulaires, semblables à ceux contenant le monogramme que portaient les anges sur les murs, peints à cette époque, de Saint- Laurent-hors-les-murs. C’est que cette croix est l’équivalent du monogramme : et Part grec qui a dirigé les peintures de Saint- Laurent à Rome a laissé bien de ses traces à la cathédrale de Chartres L La Sainte-Chapelle de Paris présente aujourd’hui, des deux côtés de sa nef, des copies ou imitations des douze Apôtres de Chartres détruits par la Révolution.

' Act., IV, 10, 11; Ephes., II, 20; I Pet., II, 6. — I Cor., III, 10, 11. •

- Act., I.\, 15.

^ Apoc.. XXI, 14. La collection Basilewski présentait à l’Exposition deux superbes Disques de comccralion en filigrane, qui ne sont que des -p encadrés.

* « En fait d’art, nous avons trouvé de singulières analogies entre la cathédrale de Chartres ou celle de Reims et les églises de Saint-Luc en Livadie, de Sainte- Sophie à Salonique, de Sainte-Laure au mont Athos. Le sceau dont les moines de l’ Athos scellent leurs décisions est peint sur une verrière de la cathédrale de Chartres d’une façon frappante. » Manuel d’iconographie chrétienne grecque et laHne, avec une introduction et des notes par M. Didron, traduit du manuscrit byzantin, le Guide de la peinture, par le D' Paul Durand. Paris, 1845, p. XXXV.

LA CAPPELLA GRECA

Toutes nos églises sont donc marquées, au pavé et sur les murs, du nom du Christ en même temps que de sa croix. Le plan de la plupart offre, en outre, le dessin de la croix grecque en Orient, de la croix latine en Occident. Cette croix grecque qui règne à Sainte- Sophie de Constantinople et qui est venue de là chez nous, à Saint- Marc do Venise, à Saint-Front do l’érigueux, à Sainte-Geneviève de Paris, est tout d’ahord le c/«’, +, le monogramme du Christ. Constantin a dessiné la croix latine à la basilique du Sauveur et à celle de Saint-Pierre. C’est la croix proprement dite, mais qui rappelle bien le monogramme, à la branche inférieure duquel elle fait une simple addition, maintes fois distincte du corps du signe. Le Saint- Pierre des papes en est une preuve éclatante, bramante et Michel- Ange l’avaient dessiné en croix grecque. Paul V l’a fait prolonger en croix latine. Mais ce prolongement, par une largeur bien moindre de l’édifice à l’extérieur, et à l’intérieur par une augmentation de largeur et de hauteur de la grande nef, laisse pleinement régner autour de la coupole la figure de la croix carrée et n'offre pas moins l’image du monogramme du Christ que de sa croix même. Nous avons dit que c’est à la cappella greca qu’il faut demander le plus ancien exemplaire, ce semble, de ce plan d’église dessinant le nom du Christ et sa croix tout ensemble, que l’Ürient et l’Occident doivent adopter avec une variante qui trahit les deux sens.

La croix figure à chaque instant dans la liturgie. Elle est toujours tracée, comme sur l’autel et les murs de l’église, à branches égales. C’est un chi en même temps qu’une croix ; et le sens des paroles qu’elle accompagne demande souvent qu’elle désigne précisément le nom du Christ. Le canon de la messe va nous en donner des preuves frappantes. Il commence : « Père très-clément, nous vous « prions et vous demandons en suppliant par Jésus-Christ, votre « Fils, Notre-Seigneur, d’avoir pour agréables et de bénir ces -j- « dons, ces -F présents, ces + saints sacrifices etc. » Le + ne veut-il pas dire que la bénédiction est donnée par le « Christ, » et n’estce pas le Christ plutôt que sa croix qu’il rappelle tout d’abord? Quand on demande que le pain et le vin deviennent le corps et le sang du Christ, le + est fait sur le pain au mot corpus, sur le vin au mot sanguis : n’est-ce pas l’indication du Christ même et de la transsubstantiation ? Ces mots « hostie pure^ hostie sainte, hostie

LA CAPPELLA GRECA

« immaculée, pain sacré de la vie éternelle, calice du perpétuel « salut » sont accompagnés d’un + qui a évidemment la même signification. Peut-on lui en donner une autre dans ce passage relatif au Christ : par lui+ même, et avec lui + même, et en lui -f

même, » et dans cet autre : a que la paix 4- du Seigneur soit + (( toujours avec + vous ? »

C’est en forme de croix grecque, +, avec deux lignes égales coupées à angle droit, que nous faisons le signe de la croix du front à la poitrine et de l’épaule gauche à l’épaule droite, en invoquant les noms du Père et du Fils et du Saint-Esprit. J’ai de la peine à croire que ce signe de la croix ne soit pas aussi celui du nom du Christ, par qui nous connaissons le Père et par qui nous recevons l’Espi’it-Saint. C’est la croix de la liturgie dans laquelle nous venons de reconnaître en effet le monogramme.

Il faut remarquer aussi que les croix dites stationales qui se portaient en avant des processions, en allant aux lieux appelés stations, où se célébraient à certains jours les saints mystères, présentent souvent un -h au-dessus d’une hampe dont il est parfaitement distinct. La magnifique croix d’argent de Ravenne, contenant en quatre fois cinq médaillons les bustes de vingt personnages nimbés, que l’on croit être la série des saints évêques de cette ville jusqu’à l’époque de la confection de cette croix, est une croix grecque parfaitement terminée et ornée aux quatre extrémités, qu’une tige spéciale élevait en l’air ‘. Nous allons voir des croix de ce genre sur une tombe mérovingienne ^ Une autre figure entre les bustes des SS. Pierre et Paul sur une très-ancienne lame de plomb et de même, sur le sceau de Pascal II qui tint le Saint-Siège de 1099 à 1118 fi On la trouve sur une médaille de Michel Ducas, empereur de Constantinople de 1071 à 1078 C’est cette croix qui servira de bâton pastoral au pape. Le diptyque envoyé par S. Grégoire-le-Grand, avec d’autres objets pieux, à Tbéodelinde, reine des Lombards, où, depuis, l’un des deux consuls représentés a été trans-

' Ciampini, t. II, tab, XIV.

5 Ici, pl. XII, 10.

^ Borgia, Vaticana confessio Beati Pétri. Roinæ, 1776, frontispice et p. 116.

^ Mabillon, De re diplomatica. p. 447.

® Banduri, t. II, p. 751.

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formé en S. Grégoire lui-même, SC GREGR, l’autre consul ayant été changé en roi David, DAVID REX, a le -i- sur le bâton du consul devenu celui du Pontife Nous avons vu ce bâton pastoral dans la main de Pie IX, debout sur son trône au milieu des Pères du concile du Vatican. C’est le monogramme du Christ arboré et formant, avec la hampe qui leporte, une croix;. Aussidaus la liturgie romaine, quand la croix s’élève pour le départ de la procession et que le diacre s’écrie : « Marchons en paix, » le peuple répond-il: « Au nom du Seigneur, Amen. » L’image du Christ crucifié est sur la croix grecque, au dessin spécial, aux riches ornements, qui surmonte le bâton, plus ou moins uni, du labarum stalional ; mais cette croix grecque est un vrai chi; et ainsi le nom du Christ, joint à son image, resplendit en tète des fidèles : Procedamus in nomine Domini.

Les empereurs de Constantinople traçaient la croix avant leurs noms ou leurs titres sur les médailles ^ Les évêques font ainsi avant leur nom de baptême pour leur signature. L’évêque de Narbonne signe en 456 sur l’autel qu’il offre à Dieu: + RÜSTICVS celui de Ravenne, ordonné en 453, signe sur une chaire revêtue d’ivoire sculpté : + SERVVS XPI AGNELLVS EPSC \ C’est toujours la croix grecque qu’on trouve dans ces signatures sur les monuments. Il n’est pas douteux qu’elle soit tout d’abord le chi, le monogramme du Christ. Le mot de S. Jean Chrysostôme suffit à trancher la question : « Nous mettons en tête de nos lettres le nom du Sei- « gneur ^ » C’est ainsi qu’il entend sa signature qui, à quinze siècles de là, éclaire celle, trop peu comprise encore, de ses collègues dans l’épiscopat.

L’en-tête et la conclusion du testament de saint Perpétue, héritier du siège de saint Martin où on le trouve assis en 461 et en 465, expliquent à merveille cette signature. In nomine Jesu Christi. Amen. Ego Perpetuus peccator, Turonicæ Ecclesiæ sacerdos. . , — Benedic Domine; Veni Christe Jesu. Ego Perpetuus in nomine tuo. Amen “ :

‘ Gori, Thesaur. diptych., t. II, tab. “VI ; M. Martigny, 2e édition, p 255.

- Voir, pour exemple, Banduri, t. II, p. 741, 754, 777.

^ Inscript, chrét. de la Gaule, t. II, p. 428; voir p. 466.

* Spreti, de Origine el amplitudinc urbis Ravennœ. 1742, tab. IX.

^ In Coloss., III.

® Patrol. lat., t. LXXI, col. 1049-52.

LA CAI'PELLA GKECA

c’est au nom du Christ que S. Perpétue écrit son testament. Et certes il est digne du Christ. Peu de monuments ecclésiastiques nous causent une telle impression. Tout le feu apostolique, toute la tendresse divine de S. Paul sont là; et on dirait que Pâme de son disciple S. Denys, dont Perpétue lègue une relique dans une croix d’argent à l’église de Saint-Denys d'Amboise, a passé dans ce successeur de S. Martin. Voilà un de ces évoques qui ont sauvé les Gaules perdues et fait la France !

Dès le temps même de S. Jean Chrysostôme, on a du sens de la croix, commençant ou accompagnant les écrits, les témoignages monumentaux les plus certains. Les deux Bibles grecques^ sinaïtique et vaticane, contemporaines de Constantin, présentent chacune quatre fois le monogramme cruciforme p. Sur la première, il est deux fois à la fin d’Isaïe, une fois à la fin de Jérémie, et dans le mot (( ECTAYPÜ0H, il a été crucifié d du chap. xi, vers. 8 de l’Apocalypse : ce signe tient la place des lettres TP, qu’il figure en ce mot écrit par abréviation, et il rappelle en même temps le tau. Sur la seconde, on le voit à la fin des Lamentations, d’Ezéchiel, de l’Évangile de S. Jean et des Actes des apôtres. Le manuscritde Cambridge le présente également à la fin du IF livre des Rois. 11 est à remarquer que ces trois manuscrits, les plus anciens qu’on ait delà Bible des Septante, viennent d’Alexandrie. C’est pourquoi, au lieu du monogramme constantinien, ils présentent toujours le monogramme cruciforme, analogue à la croix ansée, signe de la vie chez les anciens Egyptiens. Les célèbres évangéliaires latins de Vérone et de Brescia ont le monogramme, le premier une fois, le second deux fois, en tête de l’Évangile de S. Luc ; ce dernier l’a deux fois aux pieds de l’Évangile de S. Jean ; et c’est, paraît-il bien, le monogramme cruciforme. On le trouve sur divers manuscrits ecclésiastiques du VF ou du VIF siècle. Au temps de Charlemagne il semble disparaître des manuscrîts bîbliques ou liturgîques dont les ornements rappellent plutôt l’ancien monogramme constantînîen.Le Codex aureiisà.Q Trêves, donné aumonastère de Saint-Maxîmîn par Ada, sœur de Charlemagne, est marqué en tête du premier canon des Évangiles d’un monogramme complexe, où on reconnaît à vue d’œil le tau, T, le chi croisé du rho, XP, la croix latine; et peut-être, en suivant les traces de S. Paulin, faut-il lire tous les signes de cette sigle : «x-PsToc, Christ. »

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C’est à une note de M. de Rossi que nous empruntons l’indication de tous ces monuments Us ne peuvent pas nous laisser de doute sur le sens primitif de la croix, +, comme marque des écrits. Elle indique tout d’abord que l’écrit estfait aunom de Notre-Seigneiir Jésus- Christ, selon le précepte de S. Paul pour toute parole ou tout acte du chrétien ^

Yoici d’ailleurs des preuves positives du fait. Au lieu du +, un manuscrit du YI® siècle, contenant une collection de canons ^ présente le monogramme antique signifiant « Jésus Christ, » et, comme variante et redoublement de cet en-tête, le + à la suite des trois mots du titre :

>]< Incipivnt -g 7iomina -[- apostolorvm +•

Les évêques des Gaules, assemblés en Concile à Pistes, à trois lieues de Rouen, en 861 , et, l’année suivante, à Soissons, font précéder leur signature du ^ ou du + indifféremment. Trois seulement sur vingt-cinq tracent la croix grecque, à Pistes : tous les autres tracent le monogramme constantinienL Lacroix est donc l’équivalent du monogramme; son sens est « Christ» : elle indique que c’est au nom du Christ que l’évêque appose sa signature.

Un sceau de Sergius I", pape de 687 à 701, a sur une face : -h SERGll autour du monogramme constantinien, sur l’autre PAPAE faisant cercle avec le monogramme cruciforme ^ Ce monogramme répond au + de l’autre face et en précise le sens. Le-t- n’est qu’une variante du monogramme constantinien.

Mabillon observant, dit Boldetti, « que ce signe commença à « être employé par les chrétiens sur les murailles, sur les voiles et « sur les objets consacrés au culte et qu’il passa de là aux lettres et « diplômes, puisque les évêques avaient coutume de le tracer en tête « de leurs lettres , apporte encore,, en exemple , les diplômes « d’Alphonse, roi d’Espagne, et d’autres rois^au commencement des- « quels ce signe est tracé avec les lettres A et aux côtés, tandis

* Btillelino, 1863, p. 62, 63.

2 Coloss., III, 17.

^ Mabillon, De re diplomatioa, p. 357.

‘ Ibid., p. 454, 459.

“ Ibid., p. 437.

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« qu’à la fin, pour signe et cachet matériel, se trouve la croix \ « Sur un de ces cachets nous voyons liieu poindre dans le monogramme la croix qui doit le remplacer à la fin, et qui, à cette date, l’a presque déjà remplacé partout. C’est celui d’Alphonse X, roi de Léon et de Castille, dans un diplôme donné à Jean, archevêque de Compostelle, l’an 1254. Le monogramme constantinien flanqué de Y Alpha et Oméga est dans un cerdo; mais la ligne verticale du P est traversé vis-à-vis de la boucle d’un trait horizontal formant croix, comme on voit ce trait sous la boucle dans le monogramme cruciforme A Ce sceau d’un roi contemporain et cousin de S. Louis nous amène à parler du sceau du plus grand roi de France, et à faire en quelques mots la généalogie de la principale des acclamations guerrières des chrétiens, qui de leurs lèvres a passé sur leurs étendards, leurs monnaies, leurs monuments.

Nous avons vu Ensèhe appeler le monogramme du Christ (desym- 0 bole du cri de guerre salutaire, Tr,; crwTripdu iTCoyoptai; ® », et Honorius tracer sur son labarum celte légende explicative du « toùtoj vtxa, « par ceci vaincs » de Constantin :

IN NOMINE XPI YINCAS SEMPER,

« Par le nom du Christ sois toujours victorieux A » De là une formule à jamais célèbre. Un fragment de marbre qu’on voit à Saint- Laurent-liors-les-murs présente le monogramme cruciforme planté au milieu d’un N Allegranza a bien lu ce sigle : « Xp'ffToi; NixS « le Christ vainc. » M. de Rossi l’a trouvé en latin, gravé sur la

* Boldetd, p. 336; Mabillon, De re diplomatica,\. II, c. X, p. 110; 1. I, c. II,

^ Allegranza, de Momgrammale D. N. Jcsu Chri-ti. Mediolani, 1773, in-i®, ad init. — Le sceau appartenait en 1773 à Cliarles Tiaviilce, patrice de Milan. L’image est identique en soiutae, le trait horizontal à part, à celle de la médaille reproduite ici pi Xil, 6.

® De vita Conslautini, 1. I, cap. XXXI.

'*• Diplôme d’ivoii’e de l’an 405. — De titulis carth,, p. 518.

Aringlii, t. II, p. 131 ; De tiiulis, p. 518. — La collection de M Basilewski, à l’Exposition universelle, vient de nous montrer ce groupe sur la tête d’u.ie brebi.s poitée par le Bon Pasteur, Voir la fm de notre chap.tre XXIV.

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chaux fraîche, au cimetière de Cyriaque. Le V suit le monogramme constantinien :

et la lecture Clu'islus vincit est évidente L’épitaphe de Postumius du cimetière des SS. Gordien et Epimaque, aux cinq lettres IXBTC, ajoute un N. La lecture : « Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, « vainc » est évidente encore L La formule est explicite sur les monuments byzantins. Une croix grecque, +, dont les branches, s’épanouissant aux extrémités, commencent à former ce qu’on appellera la croix de Malte, est accompagnée entre les branches, en haut, de ces lettres : IC XC, en bas, de celles-ci : Kl KÂ signifiant ; « Jésus- « Christ vainc L » On trouve exactement les mêmes lettres entre les branches d'une croix grecque gravée sur une médaille de Jean Zimescès mort en 975 L Dans ces deux exemples, il est clair que le + est traduit « Christ » ou plutôt « Jésus-Christ, » l'initiale 1 de Jésus étant censée identifiée graphiquement à Lune des deux branches X de Christ. Le +, le signe du Christ, est en toute hypothèse le sigle de XPICTOC, et marque le nom du Christ avant de figurer sa croix. C’est une preuve sans réplique à ajouter à celles que nous avons données de ce fait capital pour l’archéologie .chrétienne.

Cette formule : « le Christ vainc » va prendre une illustre extension. A la victoire on ajoutera le règne, durant la paix, et le commandement, durant la guerre. On arrivera ainsi à cette acclamation que je transcris d’une monnaie d’or de saint Louis, où elle fait couronne autour d’un grand -H terminé aux quatre branches par un fer de lance tourné en lys : ce chi, initiale du nom du Christ rappelant sa croix, est répété et traduit au commencement de l’inscription :

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