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LE PHÉNIX CHEZ LES CHRÉTIENS

Le premier des Pères qui ait fait valoir l'argument du phénix en faveur de la résurrection, est le disciple du grand prédicateur de la résurrection môme, de S. Paul, le successeur peut-être immédiat de S. Pierre, un Romain qu’on croit parent de Tite Flavien Clément, consul avec son cousin Domitien, en 95, le pape S. Clément. Écrivant dès 79, l’année de la mort de Pline, au nom de l’Église romaine à l’Eglise de Corinthe, il disait :

« Considérons, bien-airaés, comment le Maître nous prouve continuellement le fiait de la résurrection future dont il adonné les prémices dans le Seigneur Jésus- Christ, le ressuscitant d’entre les morts. Voyons, bien-aimés, la résurrection qui arrivera à son heure. Le jour et la nuit nous montrent la résurrection : la nuit se couche, le jour se lève; le jour se retire, la nuit vient sur ses pas. Regardons les fruits de la terre, comment s’opère l’ensemencement du froment. Le semeur sort, il jette le graiii sur la terre; les germes tombés sur elle, arides et nus, se dissolvent; et de cette dissolution la grandeur de la providence du Maître les ressuscite, d’un grain en tire une quantité et produit son fruit.

Voyons ce prodige paradoxal (to Tzapdoo^o'j aripstov) qui a lieu dans les régions de l’Orient, c’est-à-dire en Arabie. 11 y a un oiseau nommé phénix, unique en son espèce, qui vit cinq cents ans. Arrivé vers la dissolution de la mort, il se fait un cercueil avec de l’encens, de la myrrhe et d’autres aromates, dans lequel, son temps accompli, il entre et meurt. Sa chair étant putréfiée, il se forme un ver qui, nourri de la substance humide de l’animal défunt, prend des plumes, et, devenu fort, porte le cercueil là où sont les ossements du défunt son prédécesseur. Chargé des ossements nouveaux, il va droit de la région arabique en Egypte vers la ville appelée Héliopolis; et, en plein jour, volant au-dessus de tous les habitants qui le regardent, dépose ces ossements sur l’autel du soleil ; puis, s’élançant, il s’en retourne. Les prêtres consultent les registres des temps, et trouvent que l’oiseau est venu après cinq cents ans accomplis.

Jugerons-nous que c’est une chose grande et étonnante que l’artisan de l’univers opère la résurrection de tous ceux qui l’ont servi saintement, avec la confiance

d’une foi courageuse, quand il nous montre même par un oiseau la magnificence de sa promesse ‘ ? »

Les Constitutions apostoliques, dont la rédaction date du IIP siècle mais dont le fond paraît remonter aux Apôtres, expliquent le terme prodige pjaradoxal de S. Clément, en présentant le prodige de la résurrection du phénix à la suite de ceux de Lazare ressuscité, des trois Hébreux sauvés dans la fournaise, de Daniel délivré des lions, avant la mention des guérisons dn paralytique et de l’aA^eugle-né, et celle de la multiplication des pains, au milieu enfin des sujets classiques des catacombes. Elles parlent ainsi de ce prodige aux Gentils qui ne croient pas à la résurrection de la chair :

« Ils disent, eux aussi, montrer une certaine résurrection, ne croyant pas ensuite aux choses qu’ils racontent eux-mêmes. Ils disent qu’il existe un oiseau unique en son espèce, fournissant une riche démonstration de la résurrection. D’après eux, il est sans compagne et unique dans le monde ; ils l’appellent phénix ; et ils racontent qu’il vient tous les cinq cents ans en Egypte, au lieu appelé l’Autel-du- Soleil, apportant quantité de cinname, de casse et de bois de baumier. Ils se tourne, à ce qu’ils disent, vers le levant, en priant le soleil, devient volontiers la proie des flammes, et est réduit en cendres. De l’amas de ses cendres naît un ver, qui, réchauffé, a la forme d’un phénix nouveau-né. Devenu oiseau, il prend la route de l’Arabie, qui est par de là le nome d’Egypte. Si donc, comme ils disent, la résurrection est démontrée par un oiseau sans raison, pourquoi nous attaquent-ils sans prétexte, quand nous confessons que Celui dont la puissance a amené ce qui n’était pas à être, peut amener de même la dissolution à la réorganisation ^ ? » ,

Au moment où siégeait S. Clément et où commençaient à s’ébaucher les Constitutions apostoliques, qu’on mettra sous son nom. Tacite, parmi les païens, allait rapporter l’histoire du phénix, avec des doutes, Martial, Dion, Celse, Plutarque, en y donnant pleine croyance. Ainsi feront au second siècle ou au commencement du troisième, Lucien % Aristide, Philostrate, Elien, Solin, en attendant, au quatrième et au cinquième, l’auteur du poème du Phénix, Lactance, ce semble, païen encore, Victor, Claudien, Nonnus, Hora-

^ Epist. I ad Corinth., XXIV-VI.

^ L. V, c. VII Pair, grœc., t. I, col. 844.

^ « Phénix, oiseau des Indes qui se brfde lorsqu’il est parvenu à une extrême « vieillesse. » Peregrimis.

LA CAri'ELLA GRECA

pollon. Une fois pourtant, le cloute de Pline et de Tacite semble atteindre Lucien

Les monuments publics ou privés confirment les écrits. « On voit, « assure-t-on, sur plusieurs deniers d’or de Trajan, l’effigie du « phénix, la tète environnée d’une espèce de nimbe, qui n"est peut- « être autre chose que le disque du soleil, et une branche d’arbre « entre les serres ^ » Une médaille d’Antonin, frappée à Alexandrie, porte un phénix au nimbe radié, avec la légende « AUÎN, siècle, » c’est-à-dire siècle d’or, ou peut-être « éternité » AETERNITAS est la légende d’une médaille de l’impératrice Faustine, femme d’Antonin, portant le phénixL L’urne sépulcrale de Marcius Hermès aura de chaque côté de l’épitaphe un phénix sur un bûcher ^ Une tombe païenne d’Ostie, faite en autel, présentera un phénix sculpté avec cette légende : « ET TAMEN Al) MANES FOENIX ME SERRAT IN « ARA QYI MECVM PROFERAT SE REPARE. — Et cependant chez (( les Mânes le phénix me garde sur l’autel, lui qui avec moi a hâte « de se réparer a

Chez les Romains, qui à Uembaumement égyptien avaient substitué pour les morts le bûcher, dont ils faisaient un théâtre d’apothéose, la légende, onle voit, s’était enrichie du drame des flammes. On disait que le phénix offrait aux rayons ardents du soleil, sur l’autel d’Héliopolis, le nid embaumé où il allait mourir, et qu’il renaissait de son mystérieux embrasement. Cet embellissementfigure dans les écrivains ecclésiastiques à la fin du second siècle. Les Constitutions apostoliques nous l’ont montré ; le voici dans Tertullien. Au traité De la résurrection de la chair, après avoir reconnu, à la suite de S. Clément, certaines images de notre résurrection dans toute la nature, dans le jour qui succède à la nuit, dans la plante qui sort de la graine ensevelie. Rajoute :

' « Je verrai ce que personne n’a jamais vu, le griffon, ce quadrupède ailé, et « le phénix, cet oiseau des Indes. » Le Navire.

^ M. Larousse, Grand Dictionnaire, t. XII, p. 774. — En citant cet ouvrage, il faut observer qu’il a été mis à l’Index, après le t. Vlll, le P’’ mars 1873.

® Zoega, Num. Æyypt. imper., tab. XI.

^ Numm. Arscot., tav. XLIII,19. Mezzabar. in Faustina. Dans Bottari, t, I, p.l07.

s Fabretti, p. 378, XXXI.

® Antologia Romana, an, 1783, t. IX, p. 3G8

LA CAITELIA GRECA

« Si l’univers ligure iiupariaitement la résurrection, si la création ne prouve rigoureusement rien de tel, parce que chacune de ses productions est dite finir plutôt que mourir, reprendre sa forme plutôt que renaître, voici de cette espérance un témoignage complet et irrécusable. 11 s'agit d’un être animé, sujet à la vie et à la mort : je veux dire cet oiseau particulier à l’Orient, fameux en tant qu’unique, prodigieux par son mode de postérité; qui, faisant volontiers ses funérailles, se renouvelle, décédant et se succédant dans une fin qui est sa naissance, de nouveau phénix où il n’y a plus personne, de nouveau en nature quand il n’est plus, autre et le même. Quoi de plus exprès et de plus rigoureux pour notre cause? A quelle autre fin se rapporte cet enseignement? Dieu dit aussi dans ses Écritures ; Et il fleurira comme Icphénix ’, c’est-à-dire du sein de la mort, des funérailles, afin que vous croyiez que la substance du coi'ps peut être rappelée même des llammes. Le Seigneur a prononcé que nous valons mieux que beaucoup de passereaux^ : si nous ne valons pas mieux aussi que les phénix, ce n’est pas grand’chose. L’homme mourra-t-il une fois pour toutes, les oiseaux d’Arabie étant sûrs de la résurrection ® ? »

Origène, avec ses habitudes de critique, est moins assuré que Tertullien de la légende du phénix. Il dit de Celse, qui a admis, au premier siècle, cette légende, sans le complément du bûcher :

fi Ensuite se faisant le champion de la piété des animaux irraisonnables, Celse montre l’animal d’Arabie, le phénix, venant en Egypte après un grand laps d’années, apportant son père mort et enseveli dans une sphère de myrrhe et le plaçant au lieu où est le temple du Soleil. C’est ce qu’on raconte, en effet; et il se peut, si c’est vrai, que ce soit un phénomène de la nature, la divine Providence voulant, même dans le.s différences des animaux, manifester largement aux hommes la diversité des dispositions qu’elle a mises dans le monde, et la rendre visible aussi dans les oiseaux. Elle a produit un animal unique en son espèce, afin de faire admirer en cela, non l’animal, mais son auteur »

‘ Ps. XCI, 13.

® Matt., X, 31.

® De resurreclione carnis, XIII. — L’auteur du poème Du Jugement du Seigneur, qu’on croit carthaginois et contemporain de Tertullien, s’il n’est Tertullien lui-méme, comme on l’a assuré, dit également ;

, Et renovata suo vivit fuligine phœnix,

Et suce mox volucris {mirum) post husla resurgit.

« Le phénix renouvelé vit de sa suie : l’oiseau, ô prodige ! ressuscite, sitôt son « cadavre consumé. »

‘ Contra Celsum, 1 IV, 98. Patr. Grœc., t. XI, col. 1177.

LA CAPPELLA GRECA

Au IV° siècle, S. Cyrille de Jérusalem, se référant à S. Clément pape ', S. Grégoire de Nazianze ^ S. Ambroise S. Zéiion S. Epiphane admettant tous quatre la résurrection du sein du bûcher, et le poète Ausone ® acceptant la merveilleuse légende du phénix, S. Augustin, à qui on l’objecte, respecte mais n’ose garantir cette croyance. « Ce que tu dis du phénix, répond-il à son ad- « versaire dans le livre De l'Ame et de son origine^ écrit en 419, « n’esl aucunement à la question. Cet oiseau marque la l’ésurrec- <( tien des corps, il ne détruit pas le sexe des âmes, si toutefois, « comme on le croit, il renaît de sa mort ’. » S. Jérôme, acceptant des Septante et des Rabbins que le chol du livre de Job est non pas le sable mais le phénix^ entend par phéiiix l’arbre, c’est-à-dire le palmier, non l’oiseau de la légende, et il fait dire au saint patriarche : Et sicut 'pabna multiplicabo dies ^ L’omission par nombre de Pères de l’argument du phénix pour justifier la résurrection de la chair, mérite aussi d’être notée. On peut dire, en somme, que les Pères, le trouvant admis à peu près sans réserve par les païens, ne s’en sont servi néanmoins qu’avec une certaine réserve. On les a blâmés à cause du phénix : il faut les louer plutôt, les uns de leur bonne foi et de leur foi pleine de simplicité et de zèle, les autres de leur prudence critique.

Cette prudence apparaît dans les catacombes et sur les divers monuments chrétiens de Ptome, On n’y a trouvé aucun trait spécial de la légende du phénix, ni l’oiseau portant le corps de son père ou le déposant sur l’autel du Soleil, ni l’oiseau renaissant du bûcher. Les fidèles ont laissé aux païens ces images chères à l’idolâtrie égyptienne ou romaine, qui n’auraient point été sans quelque péril ou scandale, et qui étaient d’une vérité contestée.

1 Catechesis, XVIII, 8.'

^ Carm. III ad Virg., v. 526.

® De excessu fratris sui Satijri, 1. II, 59, anno 379; Eexaemeron, I. V, 79, 80, an. 389 ; In Ps. GXVIII Expositio, 13.

* Lib. I. Tractatus XVI de Resurrectione, 9.

^ Ancoratus LXXXIV.

fi E'dyll. XI, V. 15.

’ De Anima, 1. IV, 33.

fi Job. XXIX, 18.

LA CAPPELLA GRECA

Le phénix n’a été reconnu jusqu’ici, dans les catacombes, à l’état de symbole isolé, que quatre fois d’une manière positivement certaine. La première nous assure simplement du fait, sans rien nous apprendre du mode de représentation. Les Actes de Ste Cécile, du commencement environ du siècle, disent que Tiburce, son beau-frère, à cette question de l’exécuteur Maxime : « Et que peut être l’autre vie? » répondit :

« Comme le corps est vêtu de vêtements, ainsi l’âme est vêtue du corps, et comme le corps est dépouillé do ses vêtements, ainsi l’âme est dépouillée du corps. Le corps qu’a fourni la semence de la terre par la concupiscence, est rendu aux entrailles de la terre, afin que, réduit en cendres, il ressuscite comme le phénix, à l’aspect de la lumière future ; mais fâme, si elle est sainte, sera transportée dans les délices du Paradis pour attendre, dans l’affluence de ces délices, le temps de sa résurrection ’. »

Maxime, ayant cru, ayant été baptisé et ayant souffert le martyre après Tiburce et son frère Valérien, époux virginal de Cécile, « Ste Cécile, ajoutent les Actes, l’ensevelit auprès de Valérien et « de Tiburce dans un sarcophage neuf, et ordonna de sculpter un « phénix sur le sarcophage pour montrer la foi de celui qui avait « embrassé de tout son cœur la croyance qu’on lui proposait, sur « l’exemple du phénix ^ »

On trouve ensuite le phénix caractérisé par un signe typique, le nimbe. Empruntant le nimbe au disque du soleil ou aux rayons des étoiles, les Égyptiens, les Grecs et les Romains le donnaient à leurs dieux, à leurs pharaons, à leurs héros, à leurs empereurs. Les Romains l’ont substitué à l’aigrette du phénix comme honneur de sa tète. On nous a signalé des deniers d’or de Trajan, à l’effigie du phénix ayant « la tête environnée d’une espèce de nimbe » ; nous avons vu le nimbe radié sur une monnaie d’xVntonin. L’auteur du poème du Phénix, attribué à Lactance, dira du phénix :

« Une couronne radiée est adaptée ii toute sa tête, rappelant dans son élévation la gloire de la tête de Phébus, »

Æquatur loto capiti rad'u.ta corona Phœbei '•efa'ens verticis alta decus^.

' S. E. le C'“' Bartolini, GU Atti del martirio délia nohilissima vergine romana S Cecilia. Borna, 1867, in-8®, p. 57.

“ Ibid., p. 6i.

5 V. 140. Pair, lat., t. yil, col. i283.

LA CAPPELLA GRECA 537

— « Sur son nid de cinname, dira Ausone, cet oiseau est radié autour des tempes, » Aies cinnameo radiatus tempora nido *.

— « Une gloire de feu, dira enfin Claudien, ceint sa tête, »

Igneus or a

Cingit honos

C’est ainsi qu’un fragment d’une grande plaque de marbre, trouvée dans les débris de l’ère seconde du cimetière de Saint-Calixte, et qui remonte au milieu environ du troisième siècle, a présenté le phénix avec le nimbe radié ^ ; et qu’une épitaphe du cimetière do Cyriaque^ datée de 383, le montrera avec le nimbe simple

Si le nimbe était le signe de rigueur pour reconnaître le phénix sur les tombes chrétiennes, nous serions réduits à ces deux exemples et au précédent. Ils formeraient avec les textes si nombreux et si solennels des Pères un étonnant contraste. Le phénix semblerait « étranger au cycle symbolique cémetérial », selon l’expression de M. de Rossi, qui se hâte d’ajouter : « C’est là, à mon avis, une « apparence trompeuse ^ » Maintes fois sur les monnaies des fds de Constantin l’oiseau qui est sur le globe n’a aucun nimbe ; et il est si semblable à l’oiseau nimbé de ces monnaies que personne ne doute que ce ne soit un phénix. N’y a-t-il pas ainsi aux catacombes et ailleurs quantité de phénix à reconnaître? M. de Rossi écrit làdessus ces lignes importantes, en montrant le quatrième phénix qui est hors de discussion :

« Dans l’épitaphe païenne citée plus haut qu’a éditée Fabretti, les deux phénix sur le bûcher n’ont aucune couronne; leur type cependant que j’appellerai jihysiologique, est semblable à celui des pliénix nimbés, principalement par le cou long et la poitrine gonflée Nous devons donc chercher si, dans la variété d’oiseaux tracés à la pointe sur les pierres cémétériales, que nous avons coutume d’appeler indistinctement colombes, il s’en trouve qui ressemble à ce type. La parfaite imitation de l’oiseau ci-dessus décrit ne se rencontre pas fréquemment sur les épitaphes

^ Idyll., XI, V. 15.

^ Idyll. de Phœnice, v. 17.

* M. de Rossi, Rom. soit., t. II, p. 313.

“ M. de Rossi, Inscript, christ., t. I, p. 155. — Ici pl. XIII, 11.

® Rom. sott., t. II, p. 313

Voir encore une inscription de la Gaule où M. Le Blant reconnaît le phénix. Inscr. de la Gaule, t. II, p. 44. Note de M. de Rossi. — L’inscription est citée vers la fin de ce chapitre.

LA CAPPELLA GRECA

cémétériales ; mais elles sont gravées négligemment d’ordinaire ; et il faut tenir grand compte de cette distinction que tels des oiseaux portent le rameau d’olivier, tels la palme. Ceux-là rappellent la colombe de Noé, ceux-ci l’oiseau ayant de commun avec la palme le nom yoîv.Ç et d’autres propriétés, qui ont fait que les anciens chrétiens ont uni le phénix à la palme. Et en effet, si j’ai pu citer un exemple capital du phénix nimbé, étant accompagné du nom, il s’en trouve un semblable du phénix sans nimbe portant au bec un petit rameau de palme, et négligemment tracé, comme il l’est sur les marbres cémétériaux. Celui-ci fut gravé sur l’architrave de l’antique porte principale de la basilique de S. Paul. Il olfi’e sur la tête de l’oiseau cette claii’e et éclatante inscription : FENIX h.. Cet oiseau est une vi’aie clef qui fait reconnaître le phénix dans une très grande quantité d’images d’oiseaux portant un rameau de palme »

Le « type physiologique », consistant dans « le cou long et la « poitrine gonflée », doit être grandement complété, à mon avis, par l’image du phénix que les Égyptiens ont montrée à Hérodote et que Pline a signalée aux Romains, une sorte d’aigle au plumage de pourpre et d’or, en qui tout nous fait voir et Cuvier a vu avec assurance le faisan doré. Les Romains ont dû peindre pour le phénix un oiseau tenant du faisan commun, celui venu du Phase, qu’ils voyaient, et qui se rapprochait le plus, bien qu’imparfaitement, du type que leur indiquait Pline. L’élégant auteur du poème du Phénix, soit Lactance, soit tel rhéteur de son temps, en fournit la preuve. 11 fait venir le phénix d’un Éden situé au fond de l’Orient, primo Oriente; il lui fait construire en Syrie son nid ou sépulcre sur le sommet d’un palmier, disant que le palmier et la Phénicie, la terre des palmiers, tirent de lui son nom ; ressuscité, sur cet arbre, de l’incendie de son corps aux rayons du soleil, il le fait apparaître à Héliopolis, sur l’autel du Soleil, avant de reprendre le chemin de sa patrie; et, le dépeignant là longuement, lui donnant à pleines mains la pourpre et l’or, mettant le nimbe de Phébus autour de sa tête, il finit par ce trait :

« Son image apparaît mitoyenne entre la figure du paon et l’oiseau au plumage peint du Phase, »

Effigies inter pavonis mixta figuram

Cernitur, et pictam Phasidis inter avem ®.

1 Ici pl. XIII, 12. — Le point qu’on voit à droite de FENIX appartient à l’inscription.

^ Rom. soit., t, II, p. 313.

LA CAPPELLA GRECA

Voilà le faisan déclaré une des deux images approchant du phénix ; le paon est l’autre. Ce dernier point mérite attention et donne lieu peut-être à se demander si le paon des catacombes ne serait pas, au moins quelquefois, une image intentionnelle du phénix. Le premier nous avertit que si nous trouvons le faisan sur les monuments chrétiens, c'est le phénix qu’il y faudra voir.

En conséquence, je n’hésite guère à voir un phénix dans ce brillant oiseau — au corps émaillé de couleurs, à la queue allongée en pointe et pareillement émaillée — dont il reste une moitié caractérisant le faisan, pictam Phasidis avem, qui fut gravé au trait sur la pierre fermant un loculus du cimetière de Saint-Calixte, de la hauteur presque de la pierre, à gauche de cette inscription :

A0HNOAOPOV

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