KAT OP ' IB KAL MAPI
« Déposition li’Attiénodore le XII avant les calendes de mars^. »
L’épitaphe, trouvée non loin du tombeau de sainte Cécile, est du milieu environ du troisième siècle. 11 est bien vraisemblable qu’elle nous montre un dessin du phénix pareil à celui que Cécile venait de faire graver sur la tombe de S. Maxime. 11 n’y a probablement à changer que le nom et la date pour avoir ici sous les yeux l’épitaphe du martyr et un texte illustré de sainte Cécile elle-même.
C’est un faisan-phénix aussi que je crois reconnaître dans ce magnifique oiseau, ayant le port du coq, le plumage rouge et or, semé d’yeux, pictam avem, dont la fresque des Cinq-Saints, au cimetière de Sotère, touchant à celui de Saint-Calixte, nous offre encore tout le buste, moins la tête. L’oiseau est unique dans ce tableau incomparable du Paradis ; il se promène en bas parmi les plantes fleuries et trois grands vases, d’où jaillit l’eau fraîche, où viennent boire les colombes ; deux paons, des oiseaux divers, y compris le coq, perchent ou voient plus haut : lui est à part, royal et vraiment grandiose L N’est-ce pas le phénix unique, unica Phoenix, comme l’appelle l’auteur du poème du Phénix, disant qu’en
* Les deux lettres sont réunies en un seul sigle sur l’original.
2 M. de Rossi, Rom. soit., t. II, tav. XLVII, 24 ; t. II, p. 273. — Ici pl. XIII, 13.
'■* Rom. soit., t. III, tav. I-II.
LA CAPPELLA GRECA
son Éden d’Orient l’oiseau, au lever de l’aurore « immerge douze « fois son corps dans les ondes pieuses, et douze fois goûte l’eau « du courant vif? »
Ter quater ilia pius immergit corpus in undas ;
Ter quater e vivo gurgite lihat aquam^.
Le second caractère pour reconnaître le phénix est le palmier. Portant le même nom, ayant la môme renommée^ inégalement fondée, de longévité et de renaissance spontanée^ l’antiquité s’est complu à les associer. Ovide place le nid du phénix sur un palmier et le montre emportant, dans sa résurrection, des palmes avec son tombeau devenu son berceau : ramas levât arboris altæ. La palme est donc l’attribut classique de cet oiseau comme le rameau d’olivier est l’attribut biblique de la colombe. C’est le signe spécifique qui, sauf indice contraire, doit les faire reconnaître. Je dis sauf indice contraire. 11 n’est pas impossible, en effet, surtout avec la théologie profonde, subtile, intarissable en rapprochements, de l’art chrétien des premiers siècles, qu’on ait prêté la palme à la colombe. Prudence ne parle-t-il pas d’une « colombe venue des astres» qui «met « en fuite les aigles farouches » , ajoutant : « Tu es pour moi, o Christ, « la colombe puissante, à qui cède l’oiseau repu de sang ^ ? » Le rameau d’olivier, même porté par le phénix, ne m’étonnerait pas, puisque le Christ ressuscité est venu dire à ses Apôtres : « Paix à vous! » Mais enfin il faut se reconnaître dans le symbolisme ; et si le nom écrit, si une forme caractéristique du corps, au lieu de la forme généralement vague des oiseaux aux catacombes, si telle autre circonstance ne vient pas nous avertir que, contre l’indication naturelle, l’oiseau portant la palme n’est pas le phénix, on doit dire sans hésitation : c’est lui. L’artiste qui a peint ou gravé a voulu se faire comprendre : il faut l’entendre ainsi, ou il est inintelligible. Aussi le nom de l’oiseau qui porte la palme étant écrit nne fois, ce nom est il FENIX; et personne ne doute que l’oiseau qu’on voit si souvent sur le palmier, à la paix de l’Église, ne soit toujours le phénix. Nous pouvons donc formuler cette seconde règle : la palme est le déterminatif du phénix, en thèse générale.
^ Cathemerinon, 111, v. 163-7.
LA CAPPELLA GRECA
De cette règle et de la précédente que l’oiseau semblable au faisan est le phénix, résulte à double titre une interprétation neuve et du plus haut intérêt d’une fresque, du troisième siècle environ, qu’on voit dans une chambre voisine de la cappella greca.
La chambre présente sous le cintre de la porte, Jonas vomi par le monstre; en face, une Orante et deux sujets où nous verrons, je l’espère^ Susanne et son histoire ; à gauche, le sacrifice d’Abraham ; à droite les trois Hébreux dans la fournaise; à la voûte, le Bon Pasteur portant sa brebis. Mais sur les trois Hébreux, chantant, au milieu des flammes et de leurs longs jets innocents, le cantique de la délivrance^ plane un immense oiseau tenant un très petit rameau au hec. Le dessinateur de Bosio en a fait une colombe ; du rameau il a fait un rameau d’olivier L A la vue de la photographie^, l’idée d’une colombe est insoutenable. L’oiseau a amplement la grosseur d’un gallinacé. C'est manifestement une sorte de faisan en qui le phénix, et le phénix seul, se trahit. Le très petit rameau, d’ailleurs, qu’il tient au bec, ayant cinq brins en éventail, est un bout de palme, fort semblable à celui qui est au bec de l’oiseau au-dessus duquel on lit : FENIX. Ayant fait cette découverte sur la photographie, j’étais certain d’avance de la voir non démentie mais confirmée par la peinture. Comme elle l’a été heureusement ! Dans mes visites avec mes amis au cimetière de Priscille, durant le mois des anni- ' versaires de Pie IX et de Léon XHl, en février et mars 1879, ce grand oiseau nous est apparu à tous avec le cou et la poitrine rouges, des traits tirant sur le jaune, et le reste du corps bleu. En somme, c’est le phénix dont Pline a écrit : Aquilæ narratur magnitudine , auri fulgore circa colla, cætereo purpureus^ cæruleam roseis caudam pennis distingiientibus Le peintre avait, à n’en pouvoir douter, le naturaliste sous les yeux, et Foiseau a été porté du livre sur la muraille. Mais qui est ce phénix sinon le Christ qu’on voit en figure humaine à la cappella greca, domptant les flammes de la fournaise et faisant entonner l’hymne de jubilation à ses fidèles?
Un diptyque d’ivoire du V’ siècle le présente avec des ailes d’ange,
* Aringlii, t. II, p. 31 L
^ M. Parker, n° 1471. — Ici pl. XIII, 14. La photographie montre autour du bec de l’oiseau un ovale blanc, bien accusé, qui fait songer au nimbe du phénix.
^ Ui$t. nat , X, 11.
LA CAPPELLA GRECA
abaissant vers les flammes son sceptre terminé par son monogramme + et figurant sa croix Le phénix de notre fresque est l’original de cet ange. L’un et l’autre répondent à cette antienne antique que nous chantons à au temps pascal, à la fin du
cantique des trois Hébreux : « Le Christ est ressuscité du tombeau, « lui qui a délivré les enfants de la fournaise du feu ardent. « Alléluia l »
En face on voit le feu d’un sacrifice. Abraham qui le montre, résolu à lui livrer son fils, et Isaac apportant le bois sous lequel il se courbe comme sous une croix. Avant les trois Hébreux, Isaac a été délivré du bûcher par le divin Phénix du Calvaire dont il est la prophétie. On dirait que ce Phénix est ici unique, surmontant une scène et faisant face à fautre, pour qu’on sache bien que c’est le même qui a vaincu les flammes du bûcher et celles de la fournaise.
Le cimetière de Priscille n’a pas offert un second exemple aussi splendide du phénix. Il est unique même, jusqu’ici, dans l’antiquité chrétienne. Mais d’autres exemples notables ne manquent pas autour de la cappella greca. Citons l’épitaphe de « Respectus qui a vécu « un an huit mois » et « dort en paix : RESPECTVS QVl YIXIT ANNV « MENSES VIH DORMIT IN PACE. » L’enfant est à mi-corps en Orante dans une couronne de laurier, à gauche de l’inscription ; à droite est un oiseau tenant la palme ^ : c’est le phénix. Ml est gravé ainsi sur un autre marbre, à côté de SCAMNATIVS IN PACAE L II semble bien que c’est une palme qui est dans les serres de l’oiseau gravé à droite de l’inscription de Prima « qui a vécu 51 ans, 5 mois, « (?) jours, » sous laquelle est le chi, X, flanqué à droite d’un poisson ayant à la gueule une palme tournée en couronne, à gauche d’une palme étendue*. Nous avons entrevu plus haut et nous verrons plus loin, parmi les monuments du siècle de Constantin, le phénix au haut du palmier, dans une grande composition gravée sur un marbre du cimetière de Priscille.
* Gori, Thésaurus veterum dyptichorum. Florentiæ, 1859, t. III, tav. VIII. — Ici pl. XIII, 15. — Une pyxide d’ivoire de la collection Basilewski offrait à l’Exposition de 1878 ce sujet si rare.
^ Aringüi, t. II, p. 259. — Ici pl. XIII, 16.
® Aringhi, ibid.
'* Ibid. — Voir ici pl. XI, 28.
LA CAPPELLA GRECA
De ce cimetière passons à un cimetière voisin, celui de Saint- Hermès. On y voit trois oiseaux portant la palme aux serres, trois phénix. Deux sont sur les tombes de Cœsonius Salvius, mort âgé de vingt ans et de Lendonius, mort âgé de dix-huit, tombes marquées du monogramme constantinien du Christ’. Le troisième accompagne le dauphin sur une tombe plus ancienne, portant au-dessus du phénix ce seul mot grec : AMIANOC ^ L’oiseau a de plus ici au bec un bout de rameau d’olivier. Si ce détail est bien de l’original, n’est-ce pas le Christ, vainqueur de la mort, annonçant la paix à ses Apôtres? Il est peu probable que le phénix représente le défunt, bien que gravé sous son nom. Il doit figurer le Christ comme le Poisson qui est à côté ; et peut-être le Poisson — Jésus-Christ Fils de Dieu Sauveur — n’est-il que le phonétique du phénix?
Les images du phénix caractérisé par la palme sont très nombreuses dans les divers cimetières chrétiens : Moltissime imngini, dit bien M. de Rossi \
Boldetti nous montre cette image sur les tombes de Yulpius \ d’Eulia ” ; de Léon et Maximilianète ” ; de Dolutia Poppea Capra, k\iY[elia) et Januarius ^ ; deCacia, KACIA, avec l’ancre®, d’Irène®, les deux aux cimetières de la voie Appienne, vers Saint-Calixte ; de Populonius de Leontia, au cimetière de Cyriaque d’Augentiès, AlTfNTIHS, à celui de Saint-Urbain, c’est-à-dire de Prétextât de Venerusus à celui de Pontien ; de Léla à celui de Saint-Hippolyte ; de Salvius ; de Yictorinus Cette tombe-ci, avec l’oiseau portant la palme, à gauche de l’inscription, a l’oiseau portant le rameau d’olivier, à droite. Il paraît évident que l’un est le phénix, l’autre la colombe.
A son tour Marangoni nous signale l’oiseau portant la palme au bec sur la tombe antique de Quintianus, ancre
couchée séparant les deux moitiés du nom, — au cimetière de Thrason, vis-à-vis de celui de Priscille Là même, l’inscription
* Aringhi, t II, p. 326.
2 Ibid., p. 327.
3 Rom. soit., t. II, p. 314.
” Acta S. Vidorini, p. 75.
LA CAPPELLA GBECA
de Léla est flanquée des deux cotés d’un phénix portant la palme tout à la fois au bec et aux serres Le phénix est ainsi en double, mais avec la palme aux serres seulement, sur la pierre tombale de Titus, d’un cimetière de la voie Appienne \ Il y a un seul phénix avec sa palme sur la pierre de Primitiva trouvée par Marangoni dans la même région ^ L’oiseau flanqué de deux palmes, sur le nom de PENTVRYS, qui est toute l’inscription, n’est-il pas un phénix aussi *?
Une cornaline, publiée par M. Perret, présente le phénix au vol, tenant la palme aux serres. La double aigrette droite rappelle celle du paon, que le poème du Phénix apparente avec le phénix ^
M. de Rossi a trouvé au cimetière de Saint Calixte trois phénix, l’un portant la palme au bec, fort semblable à celui sur lequel on lit ailleurs FENIX ® ; l’autre ayant devant lui une palme, séparée maintenant par une fracture du marbre, mais qu’il a dû tenir aux serres’ ; le troisième au nimbe radié Il en a entrevu un quatrième, à la disposition de la palme sur un fragment de marbre. « La palme, « dit-il, tracée au poinçon sur le fragment tav. XLIX, 10, ne fut pas « isolée, à mon avis, mais jointe à un phénix »
L’oiseau portant la palme, le phénix, a devant lui, mais à distance, une grappe de raisin sur les tombes de Léontia et d’Augentiès, aux cimetières de Cyriaque et de Prétextât Sur un marbre inédit qui est dans la grande galerie des inscriptions chrétiennes du Vatican, près la porte de la bibliothèque, le phénix, la palme aux serres, becquète la grappe ”, comme font ailleurs les colombes tenant le rameau d’olivier. Le P. Lupi a donné un groupe semblable, d’un marbre qu’il a trouvé encastré dans un édifice rustique, sur la voie Appienne. 11 est au-dessous de cette inscription :
^ Acta S. VicCorini, p. 99. — ^ P. 132. — ® P. 117. — ''P. 105.
T. IV, pl. XVI, n» 68 ; t. VI, p. 1 15.
« T. II, tav. XLV, 6; p. 314.
Tav. XLIX, 23. — M. de Rossi ne signale pas dans son texte ce phénix, dont l’identité est frappante.
® P. 314. — M. de Rossi voit aussi avec probabilité un phénix dans l’oiseau qui, sur la tombe de Macaria, va becqueter un raisin. T. II, tav. LVII, 32.
Boldetti, p. 369, 370.
“ Ici pl. XIII, 17. — Le dessin, gravé au trait, a 0“265“ de largeur.
LA CAPPKLLA GRECA
DATIBO FILIO QYI YIXIT ANNOS TRES MENSIBYS QY ATTOR (sic) SAL DESA MATER FILIO
Il A Dativus son fils, qui a vécu trois ans, quatre mois, Salvia Desa ~ La mère, à son fils, »
Dativus qui est donné, c’est-à-dire Dieu-donné, comme l’entend un chrétien, c’est le nom du petit enfant repris par Dieu à sa mère. Desa affecte ce nom de mère et prononce avec redondance celui de fds, comme David pleurant Absalon : Mon fils Absalon, Absalon mon fils ! Mais ce fils n’est point mort pour elle. Il est baptisé dans le Christ et comme lui vainqueur du démon, de la mort, de l’enfer. Son âme, en attendant son corps, c’est le phénix qui emporte loin du tombeau la palme, et va goûter le nectar éternel.
Le palmier est l’arbre de vie dont les feuilles servent au triomphe des élus et dont le régime peut leur fournir aussi les ivresses du vin mystique. Mais ce vin, c’est par excellence le fruit de la vigne, le Christ ayant dit à la dernière Cène : Je ne boirai plus de ce produit de la vigne jusqu’à ce que je le boive de nouveau dans le royaume de mon Père et après la Cène : Je suis la vigne vraie. ..,je suis la vigne i La grappe de raisin, rapportée par Caleb et Josué, fut le symbole de la Terre promise : c’est le symbole naturel du Paradis. La vigne dis- , pute donc au palmier le titre d’arbre de vie. On les voit l’un et l’autre, à ce titre, aux catacombes; et une fois la vigne s’y dresse comme un palmier Ces deux images de l’arbre de vie sont réunies sur la
‘ Dissertatio et animadversiones ad nuper invsntum Severœ martyris Epitaphium. Panorrai, 1734, p. 121. — Ici pl. XIII, 18. •— On trouve un Dativus près de la cappella greca. Son épitaphe, peinte au minium sur des briques de terre cuite, porte ce salut archaïque :
PAX TECVM DATIYE
Ancre couclice.
Deux défunts, trouvés « dans ce groupe de sépulcres, » doivent, d’après M. deBossi, « être à peu près contemporains des célèbres vierges Pudentienne et Praxède. » Bullelino, 1869. p. 16.
2 Rom., VI, 3.
Matt., XXVI, 29.
Joan., XV, 1, b.
Inscript, christ., t, I, p. 201. An. 398.
LA CAPPELLA GRECA
tombe de Dalivus et sur l’autre tombe anonyme. Il me semble que dans ce phénix, portant la palme de la victoire^ et allant s’enivrer à la grappe, l’artiste chrétien a voulu traduire précisément ces paroles du Christ parlant du haut des deux : Au victorieux je donnerai de manger de l’arhre de vie Traduction heureuse et que je dirais volontiers incomparable de ce beau texte!
Le tableau est abrégé sur le marbre de Successus, que Boldetti tient pour un mart}"!’. La palme est simplement croisée avec la grappe de raisin
L’oiseau qu’on rencontre sur les tombes chrétiennes, isolé et sans attribut spécial, surtout s’il marche comme fait d’ordinaire le faisan, au lieu de voler comme la colombe, me semble probablement le phénix L Le rameau d’olivier est trop le signe biblique et habituel de la colombe pour qu’on ait pu songer à elle en ne rencontrant pas ce signe. C’est sur le phénix que la pensée devait se porter alors, et sur l’article du Credo « la résurrection de la chair, » dont il est si éminemment la représentation.
A la paix de l’Église, le phénix prend pour ainsi dire son essor. Il est le symbole de l’ère nouvelle. Eusèbe ne manque pas de citer les vers du poète Ézéchiel sur la prétendue apparition du phénix à l’Exode des Hébreux, durant leur marche vers la Terre promise. Constantin, sur des monnaies où il a le titre de MAXIMES que le Sénat lui conféra en 315, offre à Rome accompagnée de sa louve, un globe surmonté d’un phénix radié; et la légende porte : GLORIA SAECVLI VIRTYS CAESARYM L C'est le siècle de gloire qui commence par la vertu des Césars, à l’enseigne du phénix. Quand on songe que c’est à son divin labarum, portant le monogramme du Christ et dessinant sa croix que Constantin attribuait, sur l’inscription même de sa statue au milieu de Rome, la délivrance de Rome et son rétablissement en sa splendeur, on entrevoit assez que le phénix cache ici le Christ. Une autre monnaie de Constantin, portant l’exergue : « FEL TEMP « REPARATIO, heureuse réparation des temps, » est ainsi décrite par
^ Apoc., II, 7.
* Ainsi dans Marangoni, A. S. Victor., p. 94, 118.
‘ Banduri, t. II, p. 217, 242. - Ici pl. XIII, 19, 20.
LA CAl’l’L’LLA GRlîCA
Du Gange : « L’empereur debout en habit militaire sur un vaisseau « tient de la main droite un globe surmonté d’un phénix, de la gau- « che le labarum où est le monogramme du Christ : au revers est (( une Victoire conduisant un vaisseau »
Une monnaie de Constance, avec la même exergue, présente « l’empereur en habit militaire, la tête nue, debout sur un vais- « seau, tenant de la droite un globe surmonté d’un phénix radié, do « la gauche le labarum où est le monogramme du Christ : à la proue « de la trirème est une Victoire qui rame ^ ». Des monnaies de Constant, de Magneuce, de Constance Galle offrent le même type ^ Le phénix manque, et Constance tient de la droite le labarum, portant au drapeau le monogramme constantinien du Christ, sur une monnaie venue d’Afrique qui est à la bibliothèque de Versailles. La légende est ; FELIX TEMPORVM RESTAVRATIO. Si le phénix n’est pas dessiné, il est indiqué par la légende. Une autre monnaie de Constance montre le phénix sur le globe qui occupe tout le champ ; et le globe est croisé de deux bandes offrant à l’œil un chi, X, le signe du Christ arboré par Constantin, auquel Julien fera la guerre. * On voit sur une monnaie de Constant le phénix debout au sommet d’un haut bûcher, ayant au bec une couronne. C’est l’image de l’Empire renaissant de ses cendres sous le fils et les petits-fils de Constance-Chlore, au siècle constantien^ sæculo Constantiano . « Heureuse réparation des temps, FEL TEMP REPARATIO », dit la légende V
En même temps le phénix se dressait sur son palmier, à l’abside d’or des nouvelles basiliques dont Constantin avait donné, au Latran, aux tombeaux de S. Pierre, de S. Paul, de S. Laurent, de Ste x\gnès et par tout l’empire, le signal. On le voit à celle du Latran, élevé sur la palme centrale de l’arbre de vie, qui monte, au milieu de la Jérusalem céleste, bien haut par dessus ses murailles. La composition de la mosaïque — sauf la grande tête du Christ offerte à la vénération du peuple par Constantin et respectée jusqu’à nous par le
' Banduri, t. II, p. 271. On voit le premier sujet sur une médaille, p. 217. Le vaisseau est celui de la République.
" Banduri, t. II, p 368, 377. - Cohen, p. 263, 302. — Ici pl. XIII, 21.
® M. Martigny, 2« édit., p. 522; Banduri, t. II, p. 231.
Banduri, t. II, p. 231. — Ici pl. XIII, 22.
LA CAPPELLA GRECA
temps — date de Nicolas IV, qui siégea de 1288 à 1294. Mais elle dérive de la mosaïque primitive et suit assurément ses traditions.
Le phénix apparaît à l’extrémité des palmes du palmier mystique sur la fresque absidale de la chapelle de Sainte-Félicité, près les Thermes de Titus, œuvre du V'’ siècle environ ‘ ; sur^la mosaïque absidale des Saints-Côme-et-Damien due à Félix IV, l’an 530 ^ ; sur celle de Sainte-Praxède due à Pascal I, l’an 818 sur celle de Sainte- Cécile, due au même pape, l’an 820 L Le phénix des Saints-Cômeet-Damien paraît tout or aujourd’hui ; celui de Sainte-Praxède a la tète et le cou or, le reste du corps rouge ; celui de Sainte-Cécile est tout rouge avec l’auréole d’or. On continue en somme à suivre Pline. Faut-il s’étonner qu’on l’ait suivi six siècles auparavant au cimetière de Priscille, et avons-nous eu tort de reconnaître l’oiseau à ses couleurs? La mosaïque de Saint-Marc de Rome exécutée par Grégoire IV, l’an 828, olfre aux pieds du Christ glorieux, le phénix sortant de l’incendie de son nid d’aromates. Aussi, par exception, est-il entièrement blanc comme la lumière A Des fresques de la catacombe de Saint-Nazaire à Milan ® et de la catacombe de Syracuse ’ ont aussi le phénix, ici associé au palmier, là à la vigne dont le sarment déposé en terre ressuscite. Enfin divers monuments présentent d’autres imitations de cet ornement favori de Fabside des basiliques. Le plus remarquable de tous est peut-être le marbre célèbre décrit plus haut qui a clos un loculiis au cimetière de Priscille Malgré les incorrections d’un dessin tracé à la hâte, il nous a transmis d’une manière saisissante le style grandiose des mosaïques de l’époque constantiuienne ; et je ne serais pas éloigné d’y voir
’ A peu près invisible aujourd’hui, la Bibliothèque Vaticane en possède une copie. V. Mai, Disc, préliminaire des miniatures du Virgile du Vatican. Rome, 1835.
^ Ciampini, t, II, tab. XVI. — Nous parlons plus loin du phénix qu’on voit sur la robe de sainte Agnès, à la mosaïque absidale de sa basilique, mosaïque faite par Honorius !«“■, vers 625.
® Ciampini, t. II, tab. XLVII. — T. II, tab. LU,
® Ciampini, t. II, tab. XXXVII. — Ici pl. XIII, 27.
® Polidori, Sepolc. crist. scop. a Milano, p. 58, tav. I, n. 1.
César Boccella, Pragmalog. catholica, t. XVI, n. 7, p. 116.
** Ici, d’après l’original, pl. XIII, 23.
LA CAPPELLA GRECA
une certaine copie, placée au cimetière de Pudens, de la mosaïque absidale de la basilique de Saint-Pierre
A l’extrémité d’une des branches du palmier qui est derrière saint Paul, du côté où le Christ fait de la main droite un geste ample et sublime de démonstration, dont nous n’avons encore bien pu préciser le sens, apparaît la tète, ornée de rayons, du phénix. Quatre monuments nous révèlent le rôle que joue ici Poiseau mystique, et livrent enfin à l’archéologie la clef de cette grande composition sacrée, la plus capitale de l’antiquité chrétienne, à partir de la paix de l’Église.
La bibliothèque vaticane possède un célèbre fond de coupe de verre, dont le sujet offre de simples variantes de celui du marbre de Priscille. Sur le rouleau que le Christ donne à Pierre on lit : DO- MINVS, de la formule bien connue : « Dominus legem dat, le Sei- « gneur donne la loi. » Les deux cités, marquées par deux tours, sont appelées « lERVSALE, REGLE, Jérusalem, Bethléem »; le fleuve, aux quatre courants ou nouveaux fleuves, est nommé « Jourdain, lORDANES »; l’Agneau est sans nimbe, ni monogramme; et la scène qui contient ces détails est séparée de la supérieure par une bande, et forme un tableau distinct, mais conjugué avec elle. Un palmier s’élance derrière S. Paul. Un phénix nimbé est droit au milieu de ses palmes, à la naissance de son régime. Le Christ tourné vers lui, et le montrant avec un ample geste de la main droite ^ dit manifestement à Paul, le prédicateur futur et par excellence de la résurrection, instruit par le Seigneur du haut du ciel, ce qu’il disait à Marthe devant le tombeau de Lazare : Je suis la résurrection et la vie ^ ; je suis le vrai phénix.
^ Une des absides du mausolée de sainte Constance présente en mosaïque une composition qui a des rapports frappants de style avec celle de notre marbre, et qui semblerait une autre copie d’un même original (Ciampini, t. III, tav. XXXII, l). Il n’y a pas de phénix sur le palmier qui ombrage S. Paul de ses longues palmes tombantes et vers lequel le Christ étend la main. Son image, sommaire comme sur notre marbre, aurait-elle disparu dans les restaurations qu’a subies le monument? On lit sur le rouleau que le Christ donne à Pierre ; DOMINVS PAGEM DAT. Il y avait d’abord, je n’en puis douter : LEGEM, comme on lit toujours ailleurs.
2 Buonarroti, Fetn, VI, 1; Garucci, Yetri., X, 8. — Ici pl. XIII, 24.
* Joan., XI, 25.
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LA CAPPELLA GREC A
Cette interprétation est merveilleusement confirmée par deux sarcophages du cimetière du Yalican. Au centre de la face antérieure du premier qui offre à gauche l’entrée du Christ à Jérusalem, à droite sa comparution devant Pilate, le Christ est debout sur lamontagne céleste. Il a près de lui l’Agneau, qui est son image, portant sur la tête le s,ujne du Dieu vivant, le -f-, son monogramme et l’image de sa croix. Sous ses pieds et ceux de l’Agneau les cjuatre fleuves du Paradis s’échappent ; et, sortant des deux tours de Jérusalem et de Béthléem, les brebis, conduites par Pierre et Paul, y viennent boire la vie. Le Christ est entre deux palmiers, arbre de vie, qui e.st son image encore et celle de son Église. Sur le palmier qui est du côté de S. Paul et en avant, un phénix à aigrette de paon repose au milieu des palmes en éventail ; et le Christ le touchant presque du geste le montre à Pierre, pendant que Paul le considère dans le ravissement. Regardez le phénix : le phénix, c’est moi ! dit-il visiblement aux princes des Apôtres.
Le second sarcophage offre de précieuses variantes du même tableau. Les Apôtres, à la suite de Pierre et de Paul, occupent toute la largeur de la face antérieure, sous l’ombrage d'une vigne mystique qui est le Christ. Le Christ leur montre, en regardant Pierre, le phénix qui se dresse sur les dattes et dans la gerbe des palmes de celui des deux palmiers qui est derrière Paul. Mais sur les chapiteaux de deux colonnes portant une arcature et encadrant la personne du Christ, deux figurines apparaissent : Eros, VAiiiour, tenant son flambeau, et Psyché, près du phénix, dont la seule main du Christ la sépare, tendant à genoux les mains vers le flambeau de la vie L Son nom est VAme, et encore le Papillon, dont elle a les ailes et dont elle attend, après ses épreuves, la glorieuse métamorphose, vraie, celle-là, si celle du phénix n’est que poétique. Légende de Psyché, doublure de celle du phénix, rêve de l'imagination, dont l’esquisse est dans la nature, et dont la grâce, par la résurrection du Christ, en attendant la nôtre, a fait la plus splendide comme la plus consolante des réalités !
Enfin la mosa'ique de Saint-Marc de Rome dit expressément, et
' Aringhi, t. I, p. 295. — Ici pl. XIII, 25.
- Aringhi, t. I, p. 307. — Ici pl. XIII, 26. »
LA CAPPELLA GRECA
par une image spéciale du phénix et par les paroles du Christ qu’elle rapporte, tout ce que l’évidence nous a fait supposer sur ces trois monuments. Cette mosaïque, où on trouve le portrait et trois fois le nom de Grégoire IV, dont elle est l’offrande, est ainsi composée. Au centre, le Christ, de grandeur surnaturelle, debout sur un escabeau marqué à son chiffre A ii, nimbé avec le +, son monogramme, couronné par la main du Père céleste, bénit à la manière grecque, élevant trois doigts pour rappeler la Trinité et joignant l’annulaire et le pouce pour indiquer l’Incarnation. A sa droite est le collègue de S. Laurent, l’un des diacres de S. Sixte, le martyr Félicissime, et l’Évangéliste S. Marc, la main sur l’épaule de Grégoire IV, qui porte le modèle de son église, par lui relevée et ornée; à gauche est le pape S. Marc, le martyr Agapit, autre diacre de S. Sixte et sainte Agnès. Tous sont sur des escabeaux où on lit leurs noms. Deux plantes fleuries indiquent aux extrémités du tableau que ce lieu est le Paradis. Mais voici un nouveau spectacle unique jusqu’ici dans les antiquités chrétiennes. Dans le champ du Paradis, sous l’escabeau du Christ, un phénix apparaît, sortant de son nid d’aromates aux grains nombreux. Lumineux comme le jour, il déploie ses ailes ; son cou rayonne de flammes ; sa tète a le nimbe, mais dessiné en cône, selon le mouvement de l’oiseau qui émerge en avant ’. Placé entre le Christ représenté en personne et le Christ qu’on voit immédiatement au-dessous représenté en Agneau sur la montagne fleurie de l’Eglise, aux quatre fleuves de laquelle viennent boire les douze brebis sortant de Jérusalem et de Bethléem, il est clair que le phénix est le Christ encore. Sa bouche même le déclare. Il tient de la main gauche le livre des Évangiles sur lequel on lit :