‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 74 sur 129 · VM RE · texte numérisé non relu

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« Moi, le Christ, je suis la lumière — moi, je su,is la vie — moi, je suis la résurrection.»

La troisième parole, qui a été prononcée par le Christ avant la seconde ^ a été transposée pour être en rapport immédiat avec le phé-

' Ici pl. XIII, 27.

’ Joan., XI, 25.

LA CAPPELLA GRECA

nix qui est sous le Christ. L’image traduit l’oracle. On voit dans le phénix qui ressuscite, le Christ qu’on entend dire : Je suis la résurrection. Le mot seul manquait aux trois tableaux précédents : il est ici. Je suis le phénix, c’est-à-dire la résurrection : voilà bien ce que le Christ, avec son geste vers le palmier surmonté du phénix, déclare entre l ierre, l’apotre des Juifs, et Paul, celui des Gentils, sur la composition classique des mosaïques absidales. Voilà ce qu’il dit sur notre magnifique marbre du cimetière de Priscille.

Une médaille romaine de dévotion, en plomb, du YP siècle au plus tard, qui a, d’un coté, le monogramme cruciforme, de l’autre, dans une couronne de laurier, le Christ entre deux palmiers, tenant de la main gauche l’Évangile près du palmier qui porte le phénix, et faisant de la droite le geste de la proclamation est une esquisse anticipée de la mosaïque de Saint-Marc et une certaine copie, accentuée à sa manière, des trois autres monuments romains. Le sens en est à présent bien limpide.

Il en est ainsi pour trois sarcophages de Vérone % de Saint-Maximin ^ d’Arles V pareils, non sans une heureuse liberté, à ceux de Rome. Sur celui de Saint-Maximin le graveur a placé un coq sur le palmier; mais il est évident que son mot d’ordre ou son dessin portait un phénix. Celui d’Arles présente aux extrémités, en parallèle, deux scènes delà Passion, le Christ lavant les pieds à Pierre, le Christ comparaissant devant Pilate. Au milieu est en abrégé le tableau du second sarcophage romain que nous avons décrit, deux apôtres, l’un derrière Pierre, l’autre derrière Paul, représentant toute la suite du Collège Apostolique. Le phénix trop proéminent sur le palmier a été mutilé; mais on le reconnait; et c’est bien lui que montre le Christ. La Résurrection resplendit devant ses témoins entre deux scènes de la Passion.

Ainsi, l’Égypte ayant fait dire à ses défunts identifiés avec Osiris, Rédempteur de ses rêves ; « Je suis le Bennou, le Grand, qui est

‘ Bulletino, 1871, tav. IX, p. 150.

* Maffei, Muséum Veronense, p. 484; R. P. Garucci, Monumenti, tav. 333.

’ Rostan, Monuments iconographiques de l’église de Saint- Maximin, fig. VIII; R. P. Garucci, Monumenti. tav. 334.

* M. E. Le Etant, Étude sur les sarcophages chrétiens antiques de la ville d’Arles, 1878, pl. IX.

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« dans An (la V ille-du-Soleil) , » le Christ, vrai Rédempteur, dit ; Je suis le Phénix, qui est dans la Jérusalem céleste, dont l’Arpieaii est la lampe ’ ; et le chrétien uni par la foi, au lieu d’ètre identifié par l’orgueil, à l’Osiris divin, pourra s’écrier en regardant le symbole de la résurrection qui lui est montré : Et moi aussi je suis le phénix! C’est le dernier mot de cet incomparable tableau qui, du 1V“ siècle au IX”, prime à l’abside des basiliques, et dont une tombe placée auprès de la cappella cjreca, l’église du cimetière de Priscille, nous offre dès l’origine un dessin gravé sur le marbre. En réalité, le tableau émane originaii’emeiiL de cette église apostolique où on voit, au sommet de Eabside, le Christ en Moïse, l’eau de la vie éternelle qu’il fait jaillir du rocher mystique qui est lui-même, elle palmier, Earbre phénix, symbole comme l’oiseau phénix, mais avec plus de fondement naturel, de l’immortelle résurrection.

Le plus souvent, comme aux mosaïques absidales de Saint-Pierre et de Saint-Paul, qu’a renouvelées le XIIP siècle, et sur tant de sarcophages du IV® siècle au YP, le palmier seul de la cappella cjreca représente cette résurrection immortelle que proclame le Christ et dont il est l’exemplaire.

Le phénix était gravé, d’ailleurs, avec la palme au bec et son nom, le nom même de la palme, FENLX, sur l’architrave de la porte principale de la basilique de Saint-Paul.

Si je ne me trompe, ce tableau typique, consacré aux absides des basiliques, est une inspiration ou plutôt une traduction du récit qui couronne l’Évangile de S. Pierre, appelé du nom de son secrétaire, S. Marc :

« Une dernière fois les onze étant à table, il (Jésus) apparut et leur reprocha leur incrédulité et leur dureté de cœur parce qu’ils n’avaient pas cru à ceux qui l’avaient vu ressuscité d’entre les morts. Et il leur dit : Allez dans tout le monde et prêchez la bonne nouvelle à toute créature. Qui ci’oira et sera baptisé sera sauvé, et qui ne croira pas sera condamné... Et le Seigneur Jésus après leur avoir parlé fut enlevé au ciel »

C’est la traduction encore de ce passage des Actes parlant des apôtres, à quelques jours de là :

‘ Hebr., XII, 22; Apoc., XXI, 23.

= Marc, XVI, 14-19.

LA CAPPELLA GRECA

« Les prêtres et le magistrat du temple et les Sadducéens survinrent courroucés de ce qu’ils enseignaient le peuple et annonçaient en Jésus la 'résurrection d’entre les morts *. »

Quand donc on dit que le phénix est « le symbole de l’immorta- « lité et de la résurrection ^ le symbole de la résurrection bienheu- « reuse ^ » on peut préciser davantage. Le phénix est spécialement le symbole du Christ ressuscité; et le P. Garucci ne s’est pas trop avancé en écrivant : « Le Christ ressuscité dont la palme avec le phé- « nix est le signe L » A qui ne serait pas convaincu par tant d’exemples frappants que nous venons d’offrir, nous pouvons fournir enfin même des textes positifs.

On lit dans le Vhjsiol)rjue des Gnostiques, qui n’ont eu aucune raison de s’écarter ici de la tradition catholique : « Le phénix repré- « sente la personne de notre Sauveur^ 'O yàp 'ÿ'.îvi^ toî;

« y,;jiü)v XcraSâvci \ » « S. .leaii Clirysostome, dit S. E. le cardinal Bar- « tolini % compare le Christ ressuscité au phénix :

« Après des emprisonnements cruels et de durs liens, après les moqueries et les fouets, après la boisson du vinaigre et du üel mêlé, après les supplices et les douleurs de la croix, api ès la mort enfin et les enfers, il est ressuscité de ses funérailles, chair nouvelle, phénix ivajeuni, que le soleil expirant et les aromates de la piété avaient consumé de leurs ardeurs. La vie latente revient de l’Occident, et le salut conservé dans la mort reparaît et retourne plus beau de ses funérailles »

En parlant du signe du Christ, nous avons mentionné une bulle de plomb du diacre Siricius Cette bulle a deux types. Sur l’un, au revers de SIRICI, on voit le phénix au nimbe radié ; sur l’autre, au revers de SIRICI LXÜIGNI RIACONl, le phénix au nimbe radié encore est accompagné de l’inscription + FENIX, que nous croyons devoir lire nécessairement « X (le Christ) phénix. » Le Christ, qui,

' Mt., IV, i, î.

- « La Fenice simbolo délia Immortalità e délia Resurrezione. » Boldetti, p. 230.

^ « La fenice, simbolo délia beata risurrectione. » M. de Rossi, Bulletino, 1871, p. loi.

* Vetfi, p. 85.

^ Spicileg. Solcsm., t. III, p. 3i5.

’’ Gli Atti d<’.l marlirio d. n. v. r. S- Cecilia, p. 67.

' flomil. de Rcsurrecl., VIII. — Nous n’avons pas trouvé ce texte dans S. Jean Cbrj'sostome. 11 est toujours de quelque ancien écrivain ecclésiastique.

® Cb. XXII. — Rom. soit., t. II, p. 314. — Ici pl. XIII, 28. ,

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aA'cc son monogramme, ou sous le symbole du poisson, de l’ancre ou tel autre, marque ailleurs les sceaux des fidèles, marque ici, avec son monogramme et le phénix à la fois^ le sceau de Siricius.

Un intéressant et mystérieux monument s’éclaire, ce me semble, à la lumière de ces divers textes.

Une pierre trouvée par Severano au milieu des ruines du mausolée de sainte Hélène, près des martyrs ^farcellin et Pierre, sur la voie Lavicane, nous présente une chaire vide, aux côtés de laquelle pendent des voiles d’honneur. Un oiseau, ceint du nimbe est posé sur la cime '. I.es anciens interprètes, auxquels se rattache M. de Uossi % voient là une chaire épiscopale et la colombe du Saint-Esprit ceinte, par une exception dont il n’y aurait que cet exemple, du nimbe du phénix. Pourquoi la chaire ne serait-elle pas celle du Christ, que nous trouvons ainsi vide avec des voiles d’honneur, portant au milieu du dossier le monogramme du Christ, une fois le ^ dans un cercle sur un sarcophage de Tusculum % une autre fois le -f sur la mosaïque du baptistère de Ravenne de Pan i.al % la chaire étant accompagnée ici des deux ambons ecclésiastiques, et alternant avec quatre autels portant les quatre Evangiles ? Et pourquoi l’oiseau .nimbé ne serait-il pas alors comme toujours le phénix, c’est-à-dire le Christ ressuscité qui s’est montré au monde sur sa chaire divine, on peut le dire, pendant quarante jours, chaire où les Apôtres et leurs disciples le montreront jusqu’à la fin des siècles?

Désignant le Christ, le phénix désignait naturellement le chrétien. Lui aussi, uni au Christ, est le phénix. 11 me semble reconnaître au phénix cette signification particulière en certains cas. La tombe d'une «vierge consacrée » nommée Furia, surnommée Elpis, Espérance, offrait cet aspect “ :

1 Aringhi, t. II, p. 55; Bulletino, 1873, tav, IX. — Ici pi. XIII, 29, Le n° de rappel a été omis sur la planche. L’oiseau est en haut, à droite.

* Ibid., p. 134.

® Bulletino, 1872, tav. VI.

Ibid., tav. VIII, p. 137; Gi.unpini, t. I, tab. XXXVIl.

^ Aringhi, t. II, p. 309.

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