‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 75 sur 129 · VIRGO · texte numérisé non relu

VIRGO

Vase

Oiseau (phénix), la [lalmc au bec, Vase

HELPHIS

DEYOTA

LA CAPPELLA GRECA

Ces deux vases ne rappellent-ils pas au-dessus de la Virgo dénota les paroles de Dieu à Moïse Vous oindrez le tabernacle du témoignage et l’arche dl alliance et la table avec ses vases ’ ? Et dès lors le phénix qui est au milieu ne désigne-t-il pas l’Épouse du Christ, immolée volontairement avec lui et portant la palme de son immolation? « Yase du Christ, » comme dit une épitaphe ; DlONYSl VAS elle est aussi son phénix.

Les deux phénix tenant la palme aux serres qui vont becqueter la grappe de la Terre promise, peuvent bien figurer le Christ, remontant au ciel et allant y boire le îvnxi nouveau de la vigne; mais il semblent figurer plus spontanément les fidèles ressuscités allant boire avec le Christ ce fruit nouveau de la vigne qui est le Christ luimème. Au victorieux je donnerai de manger de l’arbre de vie, a dit le Christ, dont l’oracle semble traduit en ce groupe mystique.

Le phénix gravé par les soins de Ste Cécile sur la tombe de S. Maxime, était bien le symbole de sa propre résurrection et de la foi qu’il en avait embrassée : Ad indicium fidei ejus, gui resurrectionem se inventurum, phœnicis exemplo, ex toto corde suscepit.

C’est donc l’image de son fils devant ressusciter et s’enivrer du vin béatifique de la vigne du Christ, que Salvia Desa semble avoir fait graver dans le phénix, au milieu des larmes maternelles trempées de la lumière, de l’espérance, disons tout, de la joie chrétienne.

Cette image du phénix portant la palme et allant au Christ, a consolé aussi un père, Quodvult-Deus, Ce-que-Dieu-veut, de la perte de « la très douce Elia qui a vécu un an, trois jours, » et qui est décédée dans le Clu'ist aux nones de janvier. Boldetti a trouvé au cimetière de Saint-Calixte son épitaphe ainsi disposée ^ :

DYLCISSIMAE EYLIAE QYODBYLDEYS QYAE YIXIT ANNO D. 111. DECESS -P SIT NOMS 1 lENVARlA.

Oiseau portant !a palme aux serres.

' Exod., XXXI, 26, 27.

- L’épitaphe est conservée au cloître de Saint-Laurent-hors-les-Murs. Bulletino, 1867, p. 27.

LA CAPPELLA OFtlîCA

M. Le Blant, que ne contredit pas M. de Rossi signale sur une épitaphe de Saint-Romain-en-Galle, près Vienne, deux phénix dont l’identité reconnue jetterait un beau jour sur la question. Voici l’épitaphe et le commentaire du savant archéologue :

IIIC PAVSAT EVFRA SIVS BENDICTVS IN PAGE QVI VIXIT AN LXX. MENS. II. DIES VII SYmecUiruS. DIE CAELO CVM VENERIT AVCTOR l

« Au bas de cette inscription sont gravés deux oiseaux, des phénix sans doute, puisque leur tête est ornée d’une aigrette ^ sans qu’ils aient la longue queue du paon ; au-dessous d’eux, le vase accosté de deux dauphins figurant le poisson symbolique. Par la représentation des phénix, comme par la formule finale, notre monument ouvre, dans la contrée, l’importante série des épitaphes qui témoignent de la foi en la résurrection, b

Ce vase, qui est le Christ, apparaît entre deux paons, sur des épitaphes de Vienne et de Lyon *. 11 y a à craindre que le phénix, qu’on ne rencontre guères qu’à l’état d’unité, selon sa légende, ne soit ici un paon grossièrement ébauché. Le surrecturus semble bien appeler un phénix ; mais le paon aussi est un symbole de la résurrection. L’épitaphe de Vienne, que nous venons de mentionner, porte : RESVRGIT IN CRISTO. L’exemple reste donc douteux. Il en est heureusement de certains ; et celui fourni par sainte Cécile est péremptoire.

Mais sainte Cécile me fait songer à sainte Agnès. J’allais oublier qu’elle aussi apparaît identifiée assez clairement au phénix sur la mosaïque absidale de sa basilique

Cette mosaïque, ex-voto du pape Honorius, qui y figure offrant sa

* « Voir encore une inscription de la Gaule où M. Le Blant reconnaît le phé- « nix {Inscr. de la Gaule, t. II, p. 44.) », écrit M. de Rossi, Rom. soit., t. II, p. 313.

^ « Ici repose Euphrasius, bénit, en paix, qui a vécu LXX ans, II mois, VII jours,

« devant ressusciter quand notre Auteur viendra du ciel. »

^ L’aigrette est pareille à celle du phénix égyptien et du faisan doré.

M. Le Blant, t. II, p. 584; t. I, p. 136.

® Giampini, t. II, tav. XXXIX; M. Perret, t. II, pl. I .

LA CAPPKLLA GRECA

basilique à la saiule, présente Agnès foulant aux pieds les Üammes qu’elle a vaincues sur le bûcher et le glaive qui a consommé son martyre. Sur sa robe d’oiq semée de pierreries, on remarque, près de la jambe droite, un disque d’or, bordé de pourpre ; et, dans ce disque, un phénix, à la tête blanche, à l’œil et à l’aigrette rouge, à l’aile hleue, au corps blanc rayé de rouge, aux pattes rouges. Est-ce le Christ qui lui-même porte écrit sur son vêtement et sur sa cuisse : Roi des rois et seigneur des seigneurs \ et dont l’inscription, placée au-dessous de la brillante mosaïque, après avoir comparé cette mosaïque au jour, à l’aurore, à l’iris, au paon, dit :

0 Celui qui a pu fixer les limites de la nuit ou de la lumière a repoussé le chaos des tombeaux des martyrs, »

Qui pofuit unetis vel liicis reddere finem Marlyrum e bustis reppuUt ille chaots?

Il se pourrait. Mais n’est-ce pas plutôt, la martyre elle-même, rendue ici à la lumière, du sein de son tombeau et des profondeurs de sa catacombe, la martyre qu’une vision célèbre a montrée^ ici encore, passant au milieu des ténèbres de la nuiC comme un phénix éblouissant de lumière, dans le chœur des Vierges qui accompagnent l’Agneau, leur Epoux, l’éternel phénix? Ce n’est pas seulement le Christ ressuscité qui est en phénix sur le vêtement d’Agnès, c’est Agnès elle-même glorifiée que je vois. Son signe de gloire est sur son vêtement, comme celui du Christ sur le sien dans l’Apocalypse.

En achevant ce que nous avions à dire du phénix et des autres dérivations dans l’art chrétien des sujets de la cappella greca, nous devons consigner ici une observation. C’est que tous les types consacrés dans les catacombes ou inspirés par elles, ont trait de plus ou moins près à cette résurrection des morts, inaugurée par le Christ, dont le phénix a été le symbole spécial. Les Constitutions apostoliques où le phénix des Gentils paraît avec ce rôle, nous donnent le sens fondamental bien précis des autres types antérieurs au phénix, et qui resteront toujours plus multipliés sur les monuments, comme émanant des saints Livres et non de la science ou de la poésie profane sujettes à caution. Elles font ainsi parler S. Pierre :

Apoc., XIX, U).

LA CAPPELLA GREC A

« Le Seigneur des saints, Jésus le Christ est la vie des fidèles et la résurrection des morts... C’est lui qui nous a promis un jour la résurrection. T’oiix cenj;, dit-il, ç;// sont dans les tombeaux enleiulront la voix du Fils de Dieu, et ceux qui t’auront entendue vivront. Une autre raison pour croire que la résurrection aui’a lieu, c’est la résurrection même du Seigneur. Celui, en effet, qui a ressuscité Lazare, mort de quatre jours, et la fille de .laïre, et le fils de la veuve s’est, d’après le mandat de son Père, ressuscité lui-même après trois jours, étant les arrhes de notre résurrection. Je suis, dit-il, la résurrection cl la vie. Celui qui le troisième jour a retiré Jonas vivant et intact du ventre du monstre marin, et les ti'ois jeunes gens de la fournaise de Babylone, et Daniel de la gueule des lions ne manquera pas de force pour nous ressusciter*nous aussi... Celui qui a relevé sain et sauf le paralytique, guéri celui qui avait la main desséchée, rendu par de la terre et de la salive l’organe qui manquait à l’aveugle de naissance, nous rappellera à la vie. Celui qui a rassasié cinq mille hommes avec cinq pains et deux poissons, laissant un surplus de douze corbeilles, qui de l’eau a fait du vin et qui par moi, Pierre, a tiré de la gueule d’un poisson un statère pour le donner à ceux qui percevaient le tribut, celui-là ressuscitera les morts ’ . »

Presque tout le cycle des catacombes figure dans ces lignes. On peut juger des quelques sujets absents par ceux présents avec qui on les trouve mêlés. C’est ainsi que Susanne qui manque, est placée comme type de la résurrection à coté de Lazare par S. Hippolyte, contemporain de la compilation des Constitutions apostoliques, sinon plus ancien. Nous allons la retrouver avec Lazare, Jonas, les trois Hébreux, Daniel, le paralytique, l’aveugle-né, sur tel ou tel monument qui semble la traduction ou plus ou moins l’original de notre précieux texte des Constitutions apostoliques.

Il reste une étape à notre longue course. Abordons enfin Susanne dans l’antiquité chrétienne.

^ Constitution es ApostoUcœ, 1. V, cap. VIL

Page 1