LES MONUMENTS DIVERS
C’est à Rome seulement que Susanne est apparue jusqu’ici sur les fresques chrétiennes des premiers siècles. Il n’en est point ainsi des sarcophages et autres monuments : l’Italie, les Gaules, la Grèce nous y montrent Susanne, comme Rome. Les sarcophages sont pleins de Susanne. Pour l’y étudier, nous suivrons un autre ordre que l’ordre topographique. L’intérêt y gagnera sans que la lumière archéologique y perde. Tous ces sarcophages, ou peut s’en faut, appartiennent à la période uniforme de la paix de l’Église, et l’origine de plusieurs ne peut être précisée. C’est l’histoire de Susanne que nous allons faire ou plutôt illustrer pas à pas d’après les sarcophages. Voyous sa tentation, sa condamnation, sa délivrance.
I. Le livre de Daniel nous dit de Susanne que ses parents, étant à Bahylone, instruisirent leur fille selon la loi de Moïse, et il nous la montre se promenant l’après-midi dans le paradis, ou lieu planté d’arhres, de son mari. Un sarcophage d’Arles, dessiné par le Père Arthur Martin, nous la présente ainsi. « On y voit, dit le R. P. Garucci, « en premier lieu, à gauche, le Christ changeant l’eau en vin ; en « second lieu, Susanne, type de l’Église (v. S. Hippol., in Danid, « V. 7. p. 274, éd. Fabric,); en troisième lieu, le Christ monté sur « une ânesse ’. » Susanne occupait, ce semble, comme tant de fois rOrante, le centre du sarcophage. Elle est entre deux arbres, se promenant, et tenant des deux mains le rouleau de la loi de Moïse quelle lit et médite. Vêtue d’une double tunique comme Joseph, le front couvert d’un voile qui lui sert de manteau, sa figure a une
IJieroglypta, p. 246,
LA CAPPELLA GRECA
beauté religieuse, pudique et touchante*. Cette statuette est une des plus heureuses, pour la composition, que nous ait léguée l’antiquité chrétienne. Phidias y applaudirait, et aussi le sculpteur du XIIP siècle qui a placé sainte Modeste au portail de la Vierge, à la cathédrale de Chartres.
On peut se demander si un sarcophage, unique en son genre, dont Bosio a orné le frontispice de son immortel ouvrage, ne représenterait pas le mariage de Susanne. A gauche du portrait de la défunte est Moïse frappant le rocher et montrant les tables de la Loi au peuple ; à droite, deux époux se donnent la main par devant un témoin, près d’une table destinée, ce semble, à dresser le contrat de mariage, et on voit Jonas, vomi par le monstre marin, qui embrasse un arbre et la terre ^ Est-ce la traduction du texte de l’histoire de Siîsanne, si souvent mêlée sur les monuments à Moïse et à Jonas : Joachim prit une épouse nommée Susanne, fille d’Helcias... Ses parents, étant justes, avaient élevé leur fille selon la loi de Moïse 11 me semble, pour moi, que le texte sacré qui répond le plus précisément au groupe sculpté est celui de l’histoire de Tobie : Alors Raguet dit (à Tobie et à l’Ange)... Je crois que Dieu vous a fait venir chez moi pour que celle-ci fût unie à son parent selon la loi de Moïse... Et prenant la main droite de sa fille, il la mit dans la main droite de Tobie, disant : Que le Dieu d' Abraham et le Dieu d'isaac et le Dieu de Jacob soit avec vous, cqu'il vous unisse lui-même et qu'il répande pleinement sa bénédiction sur vous. Et ayant pris une charte, ils dressèrent l'acte de leur mariage L Jonas est à sa place ici comme Moïse, puisque Tobie rappelle Ninive, dont Jonas fut l’apôtre.
‘ M. Le Blant, Snrcophagis d’Arles, pl. XII, 1. — Ici pl. XV, l. - M. Le Blant écrit : « Une femme debout entre deux arbres et tenant un volumcn; c’est la dé- « funte, sans doute, lisant les Livres saints, car nous voyons au Musée de Saint- « Jean de Latian, une figure semblable, à côté de laquelle est son nom ; CRIS- « PINA. et dont le livre est marqué du monogramme ^ » (p. 24\ Mais Crispina n’est pas, comme notre Orante, entre les deux arbres rappelant le jardin de Susanne; et le sculpteur, craignant, malgré cela, qu’on ne la prît pour Susanne ou qu’on hésitât sur son identité, a gravé à côté d’elle son nom en toutes lettres.
* Aringbi, frontispice.
3 Dan., XIII, 2, 3.
» Tob , VII, 13-16.