‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 8 sur 129 · DE LA PLANCHE I · texte numérisé non relu

DE LA PLANCHE I

représentant la partie centrale du cimetière de Priscille et la cappella greca

A Limite de l’arcnairc et principe de l’excavation cémétériale.

B Cubiculum où est la fresque représentant la Vierge et le Prophète,

C Grand lucernaire.

D Grande église souterraine.

E Escalier antique de l’église souterraine.

F Chapelle dite cappella greca. Sépulture de Symétrius et de la martyre Prisca ?

G Dimensions intérieures de la cappella greca prises par M. .M. de Bonald en 1876. La voûte, dans la partie de la croix où est l’entrée actuelle, c’est-à-dire dans le sanctuaire primitif de la chapelle, mesure environ 4 m. de hauteur. Au centre de la croix, elle mesure 4 m. 30. Le sol, sur ce double espace et dans le bras du fond et le bras droit, a été surbaissé de 65 c. en moyenne. Mais dans le bras gauche, où était l’entrée primitive, le sol a gardé partout l’ancien niveau. La voûte n’a là que 2 m. d’élévation.

H {La lettre de rappel a été omise sur la planche). Petite chambre revêtue de feuillage en stuc touchant, à mur mitoyen, le sanctuaire primitif de la cappella greca. Sépulture d’Aquila et Prisca ?

I Petite basilique revêtue de marbre. Sépulture de Pudens, Pudentienne et Praxède ?

K Chambre du Ile siècle, avec graphites. Sépulture de Félix et Philippe?

1 Vue de la cappella greca, dessinée par d’Agincourt en 1782 ou 4786.

2 Plan dessiné par lui. Les traits::;: indiquent les trois archivoltes ornées de feuillage en stue.

3 L’archivolte de l’entrée dessinée par le P. Garueci.

4 Une corniche en stuc dessinée par d’Agincourt. Elle est au-dessus de la plinthe de la paroi

de droite, en entrant par la porte actuelle.

5 Plan de la partie primitive du cimetière de Priscille levé par M. Michel de Rossi et inédit.

6 Entrée moderne du cimetière de Priscille.

LA CAPPELLA GRECA

cubicuhim de la Vierge est à l’ouest de la cappella greca, à quelques trente-deux mètres du sommet de la grande église souterraine, à deux mètres et demi duquel cette chapelle a son entrée. La petite basilique revêtue de marbre est à l’autre extrémité de la grande église souterraine, à 45 mètres environ de la chambre de la Vierge, Les deux pèlerins descendus dans le souterrain auprès de cette chambre ont donc rencontré la cappella greca, la première, et c’est la chambre de Prisca ; la petite basilique revêtue de marbre, la seconde, et c’est la chambre de Pudentienue et Praxède. Ils venaient d’ailleurs de la chambre de Crescention, martyr du IIP siècle, qu’il faut chercher sans doute à l’ouest de la cappella greca où le cimetière de Priscille a dù nécessairement s’étendre, la voie Salare qui est tout proche de la cappella faisant limite à l’est. Trois choses sont remarquables enfin. La première c’est que la cappella greca est précisément en face de l'escalier, comme un des pèlerins a vu la chambre de Prisca : et in altéra S. Prisca martyr et Fimitis pausat in cubiculo guando exeas ; et que l’expression de speliinca s’appliquant bien à la grande église souterraine, celle de cubiculurn s’applique bien aussi à la chapelle. La seconde, c'est que cette cappella olfre trois absides, une, celle de droite où ont reposé Nestoriané et Palladios ; celle du fond, avec sa décoration qui est d’un style antique convenant à Symétrius, contemporain de Praxède ; celle de gauche, avec ses ornements du IIP siècle, convenant de même à la martyre Prisca. La troisième, c’est que la petite basilique, à qui s’applique assez bien le nom de spelunca, comme celui de ciibiculum à la chapelle grecque,, n’otTre pour tous tombeaux qu’un autel ayant contenu deux corps saints, ce qui se rapporte justement aux deux saintes que les pèlerins ont vu seules dans leur sanctuaire^ Pudentienue et Praxède. Il y a là un concours étonnant de toutes sortes d’indices qui trahit la vérité et ne laisse guère de place à l'erreur.

Il est vrai qu'une partie des environs de la cappella greca, la partie nord, n’a pas été excavée encore. Est-ce là que se trouveraient l'escalier remonte par le pèlerin du septième siècle et les deux chambres de Prisca et de Pudentienne? L’achèvement complet des fouilles pourra seul donner une réponse définitive à la question. Disons,, cependant, que la critique fournit une réponse

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d’une probabilité infiniment grande, si l’on n’admet pas qu’elle soit d’une certitude absolue. La partie non excavée n’a pas été considérée par M. de Rossi, comme appartenant à « la région centrale et « primordiale du cimetière. » Dans la nécropole de Priscille, dit-il,

« dont l’origine remonte au premier siècle de l’Église romaine, on « a exploré dernièrement la région centrale et primordiale riche de « peintures très-antiques et do divers indices d’archaïsmes, e stata « teste esplorata la regione centrale e primordiale ' . » Certain argument archéologique qu’il tire do cette région « primordiale » ne serait pas concluant si l’excavation n’était pas complète à ses yeux. Il compte bien avoir reconnu dès à présent « les plus fa- « meuses cryptes du cimetière de Priscille..., le groupe grandiose « des cryptes historiques indiquées par nos topographes ^ » Nous trouvons, d’ailleurs, au nord-ouest et à quelques mètres de la cappella greca^ la naissance des étroites galeries cémétériales dérivant des larges couloirs de l’arénaire et datant d’une seconde époque d’excavation. Il doit en être de même tout à côté, au nord même. Si M. de Rossi eût rencontré là des indices de la « région primordiale, » il n’eût pas manqué de faire poursuivre de quelques mètres de plus les fouilles dans cette direction. Enfin il serait bien étonnant qu’on retrouvât ailleurs l’exacte répétition d’un escalier monumental et de deux cryptes historiques au bas, qui répondent si précisément ici à ce qu’a vu l’antique pèlerin. De tous ces arguments il résulte une probabilité telle, qu’elle peut être censée équivaloir à la certitude.

Cela posé, comment se rattache à la cappella greca la sépulture d’Âquila et de Prisca? Le voici. Aquila et Prisca ayant été inhumés certainement dans la (( région primordiale » du cimetière, oû est la cappella et leur descendante, la martyre Prisca, ayant reposé, comme il nous paraît, dans cette chapelle, ü est clair qu’ils étaient là avec elle, ou tout à côté dans une chambre appartenant à la même sépulture de famille. Mais s’ils avaient été avec elle dans la chapelle, les deux pèlerins auraient sans doute rencontré leurs

Bulletino, 1870, p. 56.

2 Roma soit., t. I. p. 173, 188.

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noms et celui de leur descendant Aquilinus \ et nous trouverions au moins un de ces noms sur les registres où sont consignés les noms qu’ont lus ces pèlerins dans leur tournée des sanctuaires. On ne trouve rien. C’est la preuve qu’il faut chercher Aquila et Prisca hors de la cappella greca, et tout à côté.

Une chambre répond merveilleusement aux exigences du problème^ C’est celle qui est à mur mitoyen avec le sanctuaire primitif de cette chapelle. De petite dimension, elle a été toute recouverte de stucs dont les restes dénotent une incomparable antiquité. M. de Rossi, qu’ils ont vivement frappé, a écrit sur la région centrale du cimetière de Priscille, ces paroles, qui sont, je crois, à leur adresse : « Là des moulures en stuc accusent un excellent « goût ; mais il u’y a point de figures. On voit néanmoins trois fi- « guriiies fort élégantes: ce sont des génies qui soutiennent deux « eucarpes^ » Cette décoration n’est point sans analogie avec les décoratioi\s toutes végétales des monuments et, en particulier, des tombeaux juifs à Jérusalem. Un tombeau, de nature rare, occupait le fond de la chambre. A en juger par ses restes, il n’était point taillé dans la profondeur de la paroi : il s’avançait de la paroi même, comme une sorte d’autel. C’était une table sépulcrale dont nous trouvons deux autres exemples à Home, l’un au cimetière d’Ostrien, l’autre à celui de Domitille, tous deux rivaux de celui de Priscille eu antiquité. Le défunt, embaumé et enveloppé de bandelettes, était déposé sur la table comme sur un lit. C’est la sépulture dite sémitique, celle d’ Abraham et de Sara, dans leur grotte d’IIébron, celle du Christ dans le jardin du Golgotha, celle par où on dû commencer les sépultures chrétiennes. C’est bien celle qu’ont dû recevoir au cimetière naissant de Priscille, Aquila et Prisca. En même temps ou bientôt après, sur le flanc de cette chambre sépulcrale, les premiers fidèles ont naturellement placé l'église du cimetière dont ils ont caché par prudence l’entrée du coté opposé, où un bout de labyrinthe conduisait de l’escalier de descente à la catacombe. Et c’est

' M. de Rossi dit, en parlant d’ Aquila et Prisca : « leurs fils ou petits-fils Urisca et Aquilinus. » Ihdletino, 1867, p. 45.

- Immagini, p. 18.

LA CAPPELLA liRECA

ainsi, encore une fois, que le salut cio S. Paul s’est prolongé jusque sur la tombe de ses compagnons : Paul, serviteur de Jésus-Christ, « appelle ti l'apostolat, choisi pour l'évangile de Dieu... à tous ceux

« qui sont à Rome, chéris de Dieu, appellés saints Saluez Prisca

« et Aquila,.. et leur église domestique. »

Ainsi la cappella greca est très-probablement le lieu attenant à la sépulture d’Aquüa et Prisca auxc^uels il faut joindre Aquilinus, et le lieu même de la sépulture de la martyre Prisca et du prêtre Symétrius, ^ue sainte Praxède inhuma avec ses compagnons martyrs dans le cimetière où étaient ses propres parents.

Ce qui est indubitable, c’est qu’Aquila, Prisca, Aquilinus, la vierge Prisca, le prêtre Symétrius ont reposé tout près de cappella greca, si ce n’est dedans, et de même Pudens, Pudentienne et Praxède, tous dans la partie primitive du cimetière de Priscille. Nous sommes là, il est bien certain, sur un sol apostolique, et la cappella greca date du berceau du christianisme à Rome.

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