LÉGENDE DE LA. PLA.NGHE XV
1. Susanne étudiant la Loi. — Sarcophage d’Arles. M. Le Blant, pl. XII, l.
2. Susanne et les vieillards. — Sarcophage d’Arles. Millin, pl. LXV, I.
3. Susanne et les vieillards — Sarcophage d’Arles. M. Le Blant, pl. VII.
4. Susanne et les vieillards. — Sarcophage d’Arles. M. Le Blant, pl. VI.
5. Susanne et les vieillards. — Sarcophage romain. D’Agincourt, t. IV, sculpture, pl. V, 4.
6. Susanne et les vieillards. — Sarcophage romain. Buonarrotti, Vetri, en tête du volume.
1. Susanne entre les deux vieillards : deux colonnes, portant le monogramme du Christ, sont aux extrémités. — Sarcophage du cimetière d’Ostrieii. Aringhi, t. II, p. 165.
8. Susanne entre les deux vieillards : deux Bons-Pasteurs étaient sans doute aux extrémités.
— Sarcophage du cimetière du Vatican. Aringhi, t. I, p. 315.
9. Susanne et les vieillards. — Sarcophage du cimetière du Vatican. Aringhi, t. I, p. 313.
10. Stèle votive de Ligurius. — Susanne et tes vieillards ? Bulletino, 1872, tav. II.
11 Susanne et les vieillards : Helcias ? Jérémie? — Sarcophage du cimetière du Vatican. Aringhi, t. I, p. 303.
12. Susanne et les vieillards? Jérémie et ses persécuteurs? — Sarcophage du cimetière du Va-
tican. Aringhi, t. I. 309.
13. Le Christ qui guérit le paralytique, venant au secours de Susanne, comme à la cappella
greca. — Sarcophage du cimetière du Vatican. Aringhi, t. I, p. 323.
14. Susanne entre le Christ qui ressuscite les morts, dans la vision d’Ezéchiel, et le Christ qui
guérit l’aveugle-né. — Sarcophage du cimetière d’Ostrien. Aringhi, t. II, 161.
15. Le Christ, qui guérit l’aveugle-né, venant au secours de Susanne. — Sarcophage d’Arles,
pl. XXII.
16. Susanne entre les deux vieillards : deux Bons-Pasteurs sont aux extrémités. — Sarcophage
du cimetière des Catacombes. Aringhi, t. I, p. 619.
17. Susanne triomphante et le Bon- Pasteur. — Sarcophage d’Arles. M. Le Blant, pl. XI, 2.
18. Susanne triomphante et les vieillards lapidés. — Sarcophage du cimetière du Vatican.
Aringhi, 1. 1, p. 333.
LA CAPPELLA GRECA
Un autre sarcophage d’Arles nous montre Susanne entre deux arbres, les regards au ciel, lisant attentivement le livre de la Loi et disant manifestement en son cœur avec l’auteur du Psaume CXYIII, l'un de ses compagnons de Babylone, semble-t-il : J’ai caché vos paroles dans mon cœur afin de ne pas pécher contre vous Derrière les arbres sont les deux vieillards faisant le guet comme des satyres ou des démons. Près de celui de gauche. Moïse reçoit la Loi de la main divine qui sort d’un nuage. Moïse à qui tourne le dos le vieillard qui a détourné sa face de Dieu
Un troisième sarcophage d'Arles, parmi six sujets évangéliques, la résurrection de Lazare, l’hémorrhoïsse, la multiplication des pains, le changement de l’eau en vin, la guérison de l’aveugle-né et celle de l’aveugle de Jéricho, assis sur le bord du chemin, présente, au milieu, Susanne entre les vieillards, élevant les yeux et les mains au ciel L Susanne, entre les vieillards qui ont chacun un rouleau à la main, est au milieu d'un quatrième sarcophage d’Arles offrant la résurrection de Lazare, la guérison de l’aveugle-né, le changement de l’eau en vin, le Christ disant à Pierre : Tu me renieras trois fois, et Moïse frappant le rocher L Elle est sur un cinquième, au milieu toujours, la multiplication des pains, le sacrifice d’Abraham et la guérison du paralytique étant à gauche, l’hémorrhoïsse guérie
1 Ps. CXvm, 11.
2 Millin, Atlas, pl. LXVII, 4. — M. Le Blant, pl. VIII. — Ici pl. XVI, 5. — M. Le Blant reconnaît ici Susanne. « Susanne, dit-il, lisant un volumen, est de- « bout entre deux arbres derrière lesquels se cachent les vieillards qui l’épient » (P- 15).
® Millin, pl. LXV, 1. — Ici pl. XV, 2. — Nous donnons ce dessin comme échantillon des dessins de Millin, qui ne sont que substantiellement exacts. Mais Millin a eu l’avantage de voir les monuments moins endommagés qu’ils ne sont aujourd’hui. Le dessin de M. Le Blant est pl. V. Il dit simplement du sujet : « Une « Orante entre deux personnages dont l’un tient un volumen » (p. 9) Plus loin, cependant |p. 15, note 4), il reconnaît Susanne dans cette Orante.
* M. Le Blant, pl. VIL — Ici pl. XV, 3.. — M. Le Blant écrit sur ce groupe (p. 22) ; « Une Orante, qui se détache sur une draperie, est debout entre deux « saints, Pierre et Paul, selon toute apparence. C’est un sujet dans lequel on « s’accorde à reconnaître la figure de l’âme reçue au ciel par les bienheureux au a sortir de cette vie. » La similitude, ou plutôt l’identité de ce groupe avec d’autres dont le sens est reconnu évident par Buonarroti et Bottari, ne nous permet pas d’hésiter dans notre interprétation.
LA CAPPELLA GRECA
et Moïse lisant le Deutéronome, à droite Elle est sur un sixième enfin, où la zone supérieure déroule, en commençant à gauche, ces sujets : Caïn et Abel offrant leurs présents à Dieu le Père, derrière lequel le Christ, tenant un volume, est debout, Pierre arrêté par les agents de Caïphe, l’aveugle-né guéri. Moïse recevant la Loi; puis, de l’autre côté du bouclier en coquille où sont les bustes des deux époux : le sacrifice d’Abraham, la multiplication des pains et des poissons, Moïse lisant la Loi au peuple. A la zone inférieure, on voit Susanne et les vieillards, le miracle de Cana, Daniel offrant le gâteau mortel au Dragon, Jonas jeté au monstre et, vomi par le monstre, reposant sous l’ombrage, Adam et Eve avec le Serpent, Daniel aux lions avec l’ange et Ilabacuc. 11 a les bras en croix comme Susanne. Susanne est entre deux arbres et porte au ciel sa prière d’alarme ; un des vieillards vient à elle ; l’autre, comme à la fresque du cimetière d’Ostrien, semble partir pour la dénoncer L
Susanne tentée se rencontre à l’autre extrémité méridionale des Gaules.
Le musée de Toulouse possède un sarcophage en marbre blanc, venu de l’église de Saint-Oreris d’Auch, et connu sous le nom de Tombeau de S. Clair. 11 présente ces six sujets : Adam et Eve aux côtés de 1 arbre et du Serpent, la résurrection de Lazare, Susanne élevant les mains au ciel, et ayant derrière elle les deux têtes des vieillards tournées vers elle, pareilles à des têtes de médaille, la multiplication des pains, le sacrifice d’Abraham, Daniel et ses deux lions ^
* M. Le Etant, pl. lit. — s Une Orante, debout entre deux personnages dont « l’un semble lui soutenir le bras », dit simplement M. Le Etant p. 5.
® M. Le Etant, pl. VI. — Ici, pl. XV, 4. — M. Le Elant écrit ici : « Une femme a en prière, les bras en croix, entre deux arbres, et à laquelle il est difficile d’as- « signer un nom avec quelque certitude; un homme est à sa droite ; celui de « gauche parait faire partie du tableau suivant « (p. H). Ce dernier personnage est réclamé, comme second vieillard, par le sujet de Susanne. Il serait superflu dans le sujet suivant, à la suite d’un personnage qui, étant devant le Christ, a près de lui les urnes de Cana.
3 Catalogue, 1865, in-8®, p. 302. — P. 332, je relève ce passage : « Nous lisons « dans les Chroniques ecclésiastiques du diocèse d'Auch, de Dom Erugelès : « On voit encore, joignant l’église Saint-Orens, du côté de l’orient, un grand tom- « beau de pierre qu’on dit être celui de saint Clair. On se recommande à ce saint
Voyons maintenant la tentation de Susanne sur les sarcophages romains.
Je la trouve d’abord sur un fragment de sarcophage dessiné par d’Agincourt, qui ne nous a malheureusement pas indiqué sa provenance Un des vieillards, tenant un rouleau de juge de la main gauche, met la main droite sur le bras de Susanne, qui le regarde avec dignité et pitié, tenant, elle, la loi de Dieu comme un trésor dans ses mains. L’autre vieillard, serrant des deux mains son rouleau vertical, contemple Susanne avec le sang-froid d’un scélérat émérite. Le groupe a une beauté antique; et un groupe semblable du quatrième siècle ^ fait bien sentir la différence de l’art. C’est peut-être la plus ancienne sculpture de Susanne.
La tentation de Susanne nous apparaît ensuite sculptée sur un grand sarcophage de marbre, qu’on voyait au palais du cardinal Carpegna, au moment où Buonarruoti l’a gravé en tête de ses célèbres Observations sur quelques fragments de vases antiques de verre ornés de figures, trouvés dans les cimetières de Rome. Ce monument est celui de deux époux, dont un bouclier offre les bustes au milieu de la zone supérieure. Sur cette zone, on voit, d’un côté, la multiplication des pains, la prédiction du reniement de saint Pierre, Moïse recevant la Loi; de l’autre, le sacrifice d’ Abraham, la guérison de l’aveugle-né, la résurrection de Lazare. A la zône inférieure est Susanne résistant aux deuxvieillards, saint Pierre arrêté par les émissaires de Caïphe ou de Néron, les Saisons au nombre de trois seulement, Daniel entre les deux satrapes et les deux lions, le miracle de Cana, le paralytique emportant son lit. Moïse frappant le rocher. Buonarruoti décrit ainsi la scène de Susanne ^ :
« contre le mal aux yeux. » — L’auteur du Catalogue ne désigne le groupe assez évident de Susanne et des vieillards que par ces mots ; « quelques figures de « transition. »
* D’Agincourt, t. IV, sculpture, pl. V, 4. — Ici pl. XV, 5. — D’Agincourt se contente d’écrire, t. III, p. 4, relativement à ce monument : « Trois figures dont « le sujet est inconnu, partie d’un bas-relief sculpté sur un sarcophage. »
^ Ici pl. XV, 16. Je ne puis croire que ce soit le même avec des différences dues au dessinateur. Le second groupe est le premier retourné. Or, ni d’Agincourt ni Bosio ne retournent les sujets. Il paraît donc y avoir deux originaux différents.
® Osservazioni, etc., p. 5. — Le dessin de cette scène est reproduit ici, pl. XV, 6.
LA CAPPELLA GRECA
« En tête de la zône inférieure, est, entre les deux vieillards calomniateurs, Susanm* dans l’acte de la prière, qu’on peut prendre pour le symbole de la résurrection, puisqu’elle fut délivrée de la mort par Daniel, et pour le symbole de l’Église sauvée intacte de la persécution des Pharisiens. Susarine est représentée, sur un sarcophage du cimetière du Vatican, dans Aringhi qui a omis d’expliquer que c’est elle ; et. sur un autre du même cimetière du Vatican, elle a été figurée ayant sur la tête le voile dont on la dépouilla au tribunal, comme l’observe Tertullien (De corona IV). »
Le premier sarcophage dont vient de parler Buonarriioti ’ présente Susanne avec un simple disque ou béret sur la tête, tenant de la main gauche le rouleau de la Loi, et faisant de la droite le geste de l’orateur. Un des tentateurs, barbu, fi.xe les yeux sur elle en lui mettant la main sous le coude droit : l’autre, imberbe, la regarde avec passion, la tête penchée et la main droite sur son cœur. Il rappelle l’un des tentateurs de la cappella greca, et lève toute objection tirée de la jeunesse de celui-ci contre son identité. Ce groupe est au milieu du sarcophage, orné de strigiles. A l’extrémité de gauche, est le Bon-Pasteur portant sa brebis et regardant du côté de Susanne ; il était répété, sans doute, à l’extrémité de droite qui est perdue. Un sarcophage du cimetière des Catacombes, qui est à peu près identique, en fournit la preuve L Le Christ garde Susanne à droite et à gauche comme les méchants l’assiègent.
Sur le second sarcophage, le groupe de Susanne, qui est au centre, est précédé, à gauche, de Moïse frappant le rocher, du Christ guérissant l’aveugle de Jéricho, du miracle de Cana, et suivi, à droite, du Christ guérissant Uaveugle-né, multipliant les pains et les poissons, ressuscitant Lazare. Susanne voilée, en robe longue, prie, les mains étendues, au milieu des deux vieillards barbus, dont l’un est chauve à demi, qui la sollicitent avec des airs, hardis et doucereux à la fois, de tartuffes '. Bottari a décrit et apprécié ainsi ce groupe du sarcophage :
t Vient ensuite (Daniel cap. XIII) Susanne tentée par les deux vieillards. Elle est vêtue comme il convenait à une matrone pudique, c’est-à-dire avec une tunique qui la couvre jusqu’aux pieds, et a sur la tunique la stola telle que la décrit S. Isi-
‘ Aringhi, t. I, p. 315. — Ici pl. XV, 8.
2 Aringhi, 1. 1, p. 619.-Ici pl. XV, 16.- Cf. Aringhi, t. II, p. 165.- Ici pl. XV, 7. ® Aringhi, t. I, p. 313. — Ici pl. XV, 9.
LA CAPPELLA GRECA
dore (Orig. XIX, 25) : Stola malronale opcrimenlnm, quod cooperto capile et scapulaa dexlro lalcre in lævinn humernin millilur (iette miimèro de porter ce vêtement iippai-oît exaclement seniblalile en la Susanne représentée coimmi ici sur le sarcopliage du cardinal Carpegna (Huonarr. Üsserv. vetr., tav. XIV, n. 1), et n’est guère ddlérente en la sainte Agnès figuiée sur un verre antique. Susanne montre qu’elle est en jugement entre les deu-t vieillards qui l’accusent, |)uisqu’elle est debout, la tète couverte d’un voile dont ces hommes avides de la contempler la firent dépouiller, ainsi ijue le rapporte l’Histoiie sainte (Unnielcap. XlII, vers. 32) On peut dire que cette si ulpture fait allusion à la résurrection, puisque Susanne par la sagesse de Daniel passa de la moit à la vie. Elle peut encore désigner accidentellement l'Eglise sauvée de ro|)pression df^s Pharisiens, comme fut sauvée rinriüce.ite femme de l’oppression des vieillaids^.
Nous avions depuis longtemps la pensée, la conviction même, que c’était Susanne et les vieillards qu’il fallait voir sur ces sarcophages romains où Bosio, Severano, Aringhi, n’ont pas soupçonné son existence, quand nous avons trouvé que Buonarruoti et Bottari l’avaient déjà signalée deux fois. Le lecteur trouvera donc naturel que nous reconnaissions Susanne sur des monuments nombreux où elle n'a pas été remarquée, ces monuments étant plus ou moins semblables, j'allais dire identiques aux précédents, et portant maintes fois des indications plus lumineuses encore de la présence de Susanne.
C’est ainsi que nous reconnaissons Susanne et les deux vieillards qui la tentent dans un groupe de l’Orante et de deux hommes occupant le centre d’un sarcopuage déjà cité du cimetière des Catacomhes ou de Saint-Séhastien, qui, orné de strigiles, a le Bon-Pasteur aux deux extrémités et de même sur un sarcophage du cimetière d’Ostrien ou de Sainte-Agnès, avec la variante du monogramme constantinien du Christ inscrit sur une colonne^ au lieu du
‘ « Stola, vêtement de matrone qui, couvrant la tête et l’épaule, est rejeté « du côté droit sur la partie supérieure du bras gauche. »
^ Il est bien plus naturel de voir en ce groupe la tentation de Susanne que Susanne en jugement. Les arbres qui, parfois, accompagnent le groupe (ici, pl. XV, 3) tranchent la question. A la cappella greca, les vieillards, levant le voile de Susanne, montrent « qu’elle est en jugement ». Ils ne font pas ce geste ici, et le jugement n’est indiqué par aucun signe spécial.
® Spiegazione délia tavola XXX, t. I, p. 120.
^ Aringhi, 1. 1, p. 619. — Ici pl. XV, 16. Le sarcophage est au Musée du Latran.
LA CAPPELLA GRECA
Bon-Pasteur, aux extrémités du sarcophage Blanchini l’a déjàrecounue : (c Susaiine entourée par les vieillards prie, dit-il, Susa7ina « a senioribua circxmwenta orat ^ »
Nous reconnaissons le même sujet au centre d’un autre sarcophage du cimetière d’Ostrien, avec Moïse, frappant le rocher, le Christ changeant l’eau en vin et Pierre arrêté, à gauche, la multiplication des pains et la guérison de l’hémorrhoïsse, à droite ^ Un sarcophage du cimetière de Saint-Calixte ou de celui de Domitille, présente, à gauche, le Christ ressuscitant Lazare, multipliant les pains et les poissons, changeant Peau en vin; au milieu, Susanne Orante entre les vieillards qui lui font leurs propositions ; à droite, l’hémorroïsse guérie, Pierre arrêté. Moïse frappant le rocher L Ces deux sarcophages ne diffèrent que par une simple variante.
Six autres sarcophages déposés au musée du Latran, nous montrent Susanne entre les deux vieillards. Sur l’un on voit, à gauche, la multiplication des pains et le reniement de Pierre, à droite, le miracle de Cana et celui de l’aveugle-né ; sur un second, d’un côté. Moïse frappant le rocher, Pierre arrêté par les Juifs, le miracle de Cana, et, de l’autre, les trois guérisons de l’aveugle-né, du paralytique, de riiémorrhoïsse ; sur un troisième, celui de Sabinus, jeune époux de quinze ans. Moïse frappant le rocher, Pierre arrêté parles Juifs, le miracle de Cana, puis la guérison de l’aveugle-né, la multiplication des pains et la résurrection de Lazare ® ; sur un quatrième, qui est un sarcophage d’enfant, la multiplication des pains à gauche, la résurrection de Lazare à droite® ; sur un cinquième, là, les pains multipliés, ici, le miracle de Cana, et un personnage, le Christ, ce semble, montrant un palmier à une personne assise
1 Aringhi, t. II, p. 165. — Ici pl. XV, 7.
® Bernomtralio historiœ ecclesiasticæ quadriparli'æ comprohaiæ monumentis, 1752-4, tav. II, sæculi II, p. 501.
* Aringhi, t. II, p. 163. — Ici, pl. XVI, 6.
* Aringhi, t. I, p. 615. Le sarcophage est au Musée du Latran.
^ Des deux vieillards tentant Susanne, l’un est ici jeune comme sur la fresque de la cappella greca (ici, pl. II et pl. XIV, 1), sur celle de Sainte-Sotère (ici, pl. XIV, 6) et sur le sarcophage de notre pl. XV, 8.
* L’Orante de ces deux sarcophages, femme adulte, ne représente évidemment pas le défunt, un jeune homme, un enfant.
LA CAPPELLA GRECA
au pied ( — est-ce le Christ prêchant la résurrection des morts à la Judée, dont le palmier est le symbole en même temps que celui de la résurrection?) ; sur un sixième, enfin, qui est le troisième sarcophage que nous trouvons ainsi composé, aux deux extrémités^ le Bon-Pasteur portant sa brebis. A ces six sarcophages du musée du Latran, j’enjoins un septième du cimetière de Saint-Calixte qu’on voit aujourd’hui dans une de ses chambres. Il a deux zones. A la supérieure, Noé dans l’arche et le buste du défunt tenant un volume sont au coté du cartouche central qui a reçu l’épitaphe, et aux extrémités sont deux têtes, souvenirs classiques du soleil et de la lune; à l’inférieure, figurent, de gauche à droite, Daniel entre les lions, Susanne entre les vieillards, le Christ qui change l’eau en vin en regardant Susanne, et le Christ encore qui ressuscite Lazare,
N'achevons pas l’examen de la tentation de Susanne sur les sarcophages romains sans signaler un monument unique en son genre qui réclame peut-être une interprétation différente de celles qu’on a laborieusement proposées. C’est une stèle votive du IV® ou du V® siècle dont M. de Rossi vient de nous donner le dessin, sans qu’il en ait pu découvrir la provenance Une Orante, tenant un livre ouvert qu’elle montre et regardant le ciel, est entre deux hommes âgés qui lui parlent : elle se penche en arrière devant l’un d'eux, comme saisie d’effroi. Le groupe rappelle tout à fait les deux groupes de Susanne et des vieillards des sarcophages mentionnés du cimetière du Vatican ; c’est l’Orante de l’un, ce sont les vieillards de l’autre. Toute autre interprétation est difficile, sinon impossible, autant que celle-ci est naturelle. Derrière chacun des vieillards, est un ciste contenant les rouleaux de la Loi; un de ces rouleaux lié est, en outre, devant l’un d’eux. Ces symboles conviennent aux juges d’Israël, qu’on trouve tant de fois ailleurs le rouleau à la main ^ : ils rappellent la Loi et les Prophètes du langage consacré des Juifs L La stèle est un ex-voto sur lequel on lit : «LYGYRIVS VOTVM « SOLVIT, Ligurius a acquitté son vœu. » 11 est naturel à l’innocence
1 Bulletino, 1872, tav. VI. — Ici, pl. XV, 10.
^ D’après le dessin fait sur la photographie, les cistes paraissent contenir des pierres, qui seraient celles de la lapidation dont les vieillards menacent Susanne. Mais on affirme que l’original présente non des pierres mais des têtes de rouleau.
3 Matth., V, 17,
LA CAPPELLA GKECA
calomniée de songer à Susanne. Nous verrons S. Léon III le faire, au temps de Charlemagne, un prêtre de Bordeaux, au XY® siècle. Il semble que c’est le cas de Ligurius. Le triomphe de Susanne dont il apporte le tableau, pour l’acquit de son vœu, nous montre qu’il a été dans le péril de Susanne. C’est au tombeau de la martyre Susanne que S. Léon III laissera le splendide monument de sa délivrance. Je ne serais pas étonné que la stèle de Ligurius ne vînt de là : ou du premier tombeau de la martyre, sur la voie Salare, non loin du cimetière de Priscille, ou du second tombeau, c’est-à-dire de la basilique de Sainte Susanne, près les Thermes de Dioclétien.
De la tentation de Susanne passons à sa condamnation.
IL Deux sarcophages du cimetière du Vatican ’, dont la donnée très complexe est en somme identique, nous offrent deux tableaux particuliers des plus remarquables. Aringhi a passé le premier sous silence, et le second lui a paru réclamer un Ædipe : tribus figuris... divinandis . . . Ædipo opus est conjectore. Tentons ce rôle d’Ædipe, à la lumière des Saintes Écritures et des Pères. Mais faisons connaître d’abord la composition générale des deux sarcophages.
Leur face antérieure présente le sujet si célèbre de l’abside des basiliques romaines. Le Christ est debout sur un monticule, celui de son ascension au ciel, ou plutôt la sainte Sion du ciel même, au milieu des douze Apôtres. Les deux apôtres de Rome sont à ses côtés. S. Pierre, apôtre des Juifs et chef de l'Église est à gauche, recevant le rouleau de la Loi évangélique, l’infaillibilité du doctorat et la plénitude de l’autorité, et portant généreusement l’étendard du Christ, son monogramme, qui est sa croix : comme le labarum de Constantin, il resplendit ici de gemmes enchâssées dans l’or. S. Paul, apôtre des Gentils, est à droite. Du côté de ce grand prédicateur de la résurrection, est le palmier, une fois surmonté du phénix, symbole avec lui de la résurrection, le Christ donnant aux Apôtres, par un geste éclatant de sa droite, la mission d’annoncer au monde qu’il est la résurrection et la vie. La main du Christ se déploie entre le phénix et Psyché, l’âme, que l’Amour, l’Esprit-Saint du Christ, le Christ animé du Saint-Esprit, ressuscite de son flambeau. Sur le premier sarcophage, Pierre, Paul et quatre Apôtres sont devant six
Aringhi, t. I, p. 301-305; p. 307-309. — Ici, pl. XV, 11, 12.
LA CAPPELLA GRECA
portes^ crénelées occupant tout le champ aux côtés du Christ, et rappelant que les douze portes de la Jérusalem céleste sont marquées des noms des douze Apôtres ; et on voit en effet les quatre fleuves du Paradis, non terrestre, mais céleste, sortir de l’éternelle Sien sur laquelle s’élève le Cbrist. Sur le second sarcophage le champ est occupé par une vigne, symbole du Christ dont les Apôtres sont les rameaux. Le Christ est une seconde fois figuré au bas delà montagne, en Agneau, de grande taille, distributeur ici-baS; de laigrâce et des sacrements divins^ vers lequel viennent douze agneaux moindres, sortant de Bèthléhem, la cité de la naissance du Christ et de l’appel des jGentils en la personne des Mages, et de Jérusalem, la cité de la mort du Christ et de l’appel des Juifs, au Sinaï de la Pentecôte. Sur les deux sarcophages, le Christ a à ses pieds deux époux, les deux défunts déposés dans le monument. Ils s’approchent, ils r adorent j ils tiennent pieusement ses pieds *, ils élèvent, vers lui leurs yeux pleins d’espérance.
ILu’y a pas de sculpture sur la face postérieure du second sarcp7 phage. Le premier offre, au milieu, le Bon-Pasteur entre deux brebis dont il caresse l’une, et aux extrémités, devant deux portes r crénelées, deux personnages qui l’acclament comme les Apôtres. Est-ce de nouveau un double symbole des . deux Églises des Juifs et des Gentils, et leurs apôtres spéciaux Pierre et Paul? Serait-ce S. Sixte et S. Laurent qui ailleurs accompagnent ou remplacent ks princes des Apôtres? Ce ne sont pas les deux époux, tout autrement costumés ici-même.
Les deux côtés des deux sarcophages offrent les mêmes scènes. A droite, c’est Élie montant au ciel sur son quadrige de feu, près du Jourdain représenté par un vieillard étendu à terre, qui appuie- le bras gauche, portant un roseau, sur une urne d’où le fleuve s’épan-. che, et tient le bras droit élevé en signe d’admiration ; plus loin, c’est Moïse recevant du ciel la Loi que lui tend la main divine. A gaur che, c’est, Abraham qui'va frapper du glaive Isaac agenouillé. sur l’autel, la main divine qui l’arrête, et le bélier qui apparaît dans les broussailles pour servir de victime. En pendant de ce tableau, le
* « Illæ autem accesserunt et tenuerunt pedes ejus et adoraverunt euro, t> est-il dit des saintes femmes rencontrant le Christ ressuscité. Matth., XXVIII, 9.
LA CAPPELLA GRECA
sarcophage de Junius Bassiis montre le Christ entre deux soldats romains, qui est condamné au tribunal de Pilate. Sur le premier de nos sarcophages, c’est Siisanne à qui S. Maxime compare le Christ en sa passion, Susanne entre les deux vieillards qui viennent de faire décréter son supplice et qui l’y conduisent déjà, Susanne qui sera délivrée comme Isaac. Puis-je hésiter à la reconnaître ?
Une femme sans voile, caractérisée par l’ensemble de ses traits délicats et notamment parla frisure artificielle, nattée — sans analogue sur les vingt autres figures viriles du sarcophage, — mais simple et modeste, selon le précepte de l’Apôtre : Mulieres habitu in ornato... non in tortis crinibus ', tient de la main gauche un livre ouvert et parle, au moins dans son cœur, en le montrant de la droite. Deux hommes imberbes, mais d’un âge mûr ^ sont à côté d’elle, la joignant de près et semblant la faire marcher devant eux. L’un, qui tient des deux mains un rouleau de magistrat, la suit ; l’autre lui indique un lieu en avant où elle doit se rendre. Si ce n’est pas là Susanne et les vieillards, quel groupe biblique ce peut-il être? Je dis biblique, car tous les autres groupes du sarcophage étant pris de la Bible, comment supposer que celui-ci ne l’est pas? Et si Susanne est ici, n’est-ce pas l’innocente traînée au tribunal, je me trompe, au supplice, à la sortie du tribunal, par les vieillards, comme on la voit sur la cassette de Brescia ^ et dès lors justement rapprochée d’isaac qui est à cote sur l’autel et sous le glaive? N’est-ce pas enfin la mise en scène de la condamnation de Susanne ?
Entre Isaac et l’un des vieillards, est un homme âgé appartenant par la direction de sa pose et de son geste au groupe de ceux-ci. 11 tient de la main gauche les extrémités d’un rouleau qui tombe, et fait de la droite le geste de l’orateur. Est-ce Moïse avec sa Loi? 11 n’a rien des traits de Moïse qu’on voit jeune et imberbe sur l’autre face latérale du sarcophage. Est-ce le mari de Susanne, Joachin, symbole du Christ, comme elle de l’Eglise? L’Écriture ne le nomme pas parmi ceux qui assistèrent à la condamnation de sa fidèle épouse. La
’ I Tim., II, 9. — Cette frisure, que présente le marbre du Louvre, n’a point été accusée par le graveur de Bosio.
’ Celui qui est à gauche de la femme n’a pas sur l’original les traits juvéniles que lui donne la gravure.
s Ici pl. XVI, 4.
LA CAPPELLA GRECA
figure, pareille à celle d’ Abraham qui est à côté, convient mal à l’époux qui devait être jeune encore ; et on no s’expliquerait pas ce rouleau dans ses mains. Est-ce Jérémie que S. llippolyte donne pour frère à Susanne? 11 ne figure pas à ce titre dans l’Écriture ; elle ne montre pas de frère de Susanne présent à sa condamnation ; un frère aurait-il ces traits d’un âge avancé ? Si on voit ici Ilelcias, père de Susanne, tout s’explique. Susanne vint au tribunal avec ses parents ' ; ses parents sont mentionnés comme ayant élevé leur fille selon la loi de Moïse ^ ; et S. llippolyte dit en particulier du père : « Susanne était fille du prêtre Ilelcias qui trouva le livre de la Loi « dans la maison du Seigneur, quand le roi Josias ordonna de puri- « fier le Saint des Saints L » Le rouleau, rappelant la Loi, paraît caractériser Ilelcias ; il est auprès de sa fille, protestant qu’elle a été fidèle à cette loi de Dieu dans laquelle il l’a élevée, comme, sur la fresque du cimetière de Priscille, on le voit dans sa chaire sacerdotale enseignant la Loi à sa fille ; et l’on retrouve ainsi toute la suite des textes de l’Écriture : Susanne vint avec ses parents... Les iniques ordonnèrent qu’on lui découvrît le visage... Les siens donc pleuraient... La multitude crut aux accusateurs comme à des vieillards et à des juges du peuple, et ils la condamnèrent à mort. Et Susanne s’écria d’une grande voix et dit : Dieu éternel, vous savez qu’ils ont porté faux témoignage contre moi. Susanne proteste de son innocence, la loi même de Moïse à la main, et en prenant en quelque sorte à témoin cette Loi trois fois sainte.
C’est ainsi que j’expliquerais ce tableau dont l’interprétation n’a point été tentée encore. La présence d’ Ilelcias m’y parait bien plus probable que celle de Jérémie ; mais je ne puis hésiter qu’entre les deux ; et la composition du tableau et toutes les analogies m’y font voir Susanne.
Il a pour variante sur le second sarcophage un sujet bien plus difficile à expliquer, celui pour lequel Aringhi réclame son Œdipe. En pendant d’Isaac sur le bûcher, au lieu de Susanne, on voit un homme tenant des deux mains le volume roulé de juge ou de prophète, et exactement vêtu comme celui des vieillards qui tient ce
1 Dan., XIII, 30.
» Dan., XIII, 3.
* Pair, grœc., t. XI, col. 689.
LA CAPPELLA GRECA
volume sur le premier sarcophage, c’est-à-dire ayant, par-dessus la tunique relevée par une ceinture, la chlamyde agrafée sur l’épaule 'droite : costume unique dans toute la série^des personnages bibliques des deux sarcophages, et que, sur les deux, porte l’époux qui, avec sa femme, saisit dévotement les pieds du Christ glorieux. Deux 'hommes âgés, dont l’un tient les extrémités d’un rouleau déplié, pareil à la Loi, lèvent sur lui la main droite avec un geste qui pourrait être celui de l’acclamation, mais qui est bien plutôt celui de l’anathème. Lui regarde du côté d’isaac que va frapper Abraham, et semble reculer d’épouvante devant cette image de la mort qui l’attend. Est-ce un des vieillards sur qui le peuple, éclairé par Daniel, prononce la peine du talion, en attendant l’autre? Mais l’Ecriture dit qu’elle fut portée à la fois sur les deux vieillards : Et consurrexerunt adversus duos 'presbyteros [convicerat enim eos Daniel ’...) Celui qui est anathème paraît bien d’ailleurs assimilé à Isaac sur qui ses deux yeux sont fixés, et attendre cette main divine qui écarte le glaive de la tête du fils unique d’Abraham. C’est pourquoi il faut chercher ici, ’en équivalent de Susanne, un personnage en rapport avec elle et ayant passé par son heure de suprême angoisse. Quel peut-il être sinon Jérémie que S. Ilippolyte lui donne pour frère, pour compagnon dans l’étude de la loi de Dieu enseignée par leurs parents, pour second dans la fidélité jusqu’au martyre à celte Loi? S. Hippolyte ne dit-il pas qu’en prophétisant il fut lapidé en Égypte comme Susanne devait l’être à Babylone? Mais avant cette lapidation il avait échappé à la mort comme Susanne. Et il arrivia, dit l’Écriture, que Jérémie ayant achevé de dire toutes les choses que le Seigrmur lui avait ordonné '^de dire à tout le peuple, les prêtres et les faux prophètes et tout le 'peuple le prirent, disant Que tu meures de mort. Il défendit sa sa cause, disant à ces furieux : Sachez, sachez bien que si vous me tuez, vous mettez sur vous et sur cette ville et sur ses habitants un sang innocent; et cette fois, il fut délivré de la mort comme Isaac et ^ Susanne. Les archontes et tout le peuple dirent aux prêtres et aux ^faux prophètes : il n'y a pas lieu à une sentence de mort contre cet homme, car'' c'est au^ nom du Seigneur Dieu" qu’il nous a parlé
‘ Dan., XIII, 61.
® Jerem., XXVI, 8-16. Septante.
LA CAPPELLA GRECA
Parmi ces faux prophètes se trouvaient sans doute Achah et Sédécias, à qui Jérémie annoncera que Nahuchodonosor les fera frire dans une poêle ardente, à Babylone, aux yeux du peuple, rendant à jamais leur malédiction proverbiale Les rabbins ont vu en eux les vieillards de Susanne. Ce ne sont que leurs pareils ; et c’est à ce titre qu’ils f.gurent, je pense, aux cotés du remplaçant de Susanne, Jérémie. Le bûcher les attend au lieu de la lapidation ; et la délivrance d’Tsaac est assurée aussi pour cette fois, à Jérémie, comme à Susanne que Rome a appris de S. Ilippolyte à appeler sa sœur L
La composition, qu’on peut appeler unique, des deux sarcophages du cimetière du Vatican forme un tout admirable. Sur les côtés, Isaac, Susanne ou Jérémie représentent la passion et la résurrection du Christ, et Moïse sur le Sinaï, Élie sur le char de feu, son ascension, A la face principale, le Christ règne au ciel, épanchant sur la terre les quatre fleuves de sa grâce, qui sont spécialement les quatre Évangiles, et il établit son Eglise sur les fondements des douze Apôtres, Pierre étant en tête avec sa loi et l’étendard de son nom et de sa croix, et Paul étant sous l’image du palmier et du phénix, c’est-à-dire prêt à faire retentir le dogme de la résurrection du Christ, prémices et gage de la nôtre.
Le second des sarcophages est aujourd’hui enseveli dans la basilique vaticane. 11 contient les restes des quatre saints papes qui, les premiers, ont porté sur la chaire de Pierre le grand nom de Léon L
Passons à la délivrance de Susanne.
III. Sur le devant d'un sarcophage du cimetière du Vatican *, où l’on trouve, à gauche. Moïse frappant le rocher, Pierre arrêté par deux agents de Néron, le Christ guérissant le paralytique, à droite le Christ multipliant les pains et les poissons et ressuscitant Lazare,
> Jerem., XXIX, 22.
* Malgré toutes sortes d’indices contraires fournis par la gravure de Bosio, il se pourrait à la rigueur que le principal personnage du groupe fut une femme, c’est-à-dire Susanne. L’examen du monument original est malheureusement impossible. Toujours est-il que si ce n’est Susanne, c’est une variante du drame de Susanne que présente ce groupe du sarcophage.
* Aringhi, t. 1, p. 406.
* Aringhi, t. I, p. 323.
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est une Orante devant ce voile d’honneur que Léon d’Ostie appellera ûossalia Guillaume Durand Dorsalia Le Christ, guérissant le paralytique, la regarde dans la même attitude et avec le même geste exactement qu’il a plus loin vis-à-vis de Lazare qu’il ressuscite L Bottari voit dans cette Orante la défunte L Je ne puis hésiter à y voir Susanne. Avec une variante de position du paralytique, la sculpture me paraît répéter simplement une partie de la peinture de la cappella (jreca. Le Christ, qui doit relever le paralytique, vient soutenir Susanne et l’arracher à la mort. Susanne avec ses larmes fait descendre du ciel Celui qui, en versant des larmes, ressuscitera Lazare : je rappelle les belles paroles de S. Ilippolyte. Le voile d’honneur devant lequel apparaît Susanne témoigne de son triomphe.
Un sarcophage du cimetière d’Ostrien offre des variantes du précédent, qui sont du plus haut intérêt. A gauche Moïse frappe le rocher, Pierre est arrêté, et le Seigneur — le Christ — vivifiant, dans la fameuse scène d’Ézechiel, les os desséchés, dit au prophète : Fils de l’homme, ces os, c’est toute la maison d’Israël... prophétise et dis : Ainsi parle le Seigneur : Voici que j'ouvrirai vos tombeaux et vous relèverai de vos tombeaux et vous introduirai dans la terre d’Israël Ce tableau est répété sur un sarcophage du cimetière du Vatican, à côté de l'Adoration des Mages, où cette terre d’Israël se révèle en effet dans les splendeurs et les joies du règne du Messie A droite de notre sarcophage, le Christ guérit l’aveuglené, multiplie les pains et les poissons et fait son entrée triomphale à Jérusalem, Zacharie disant à la fille de Sion : Voici que ton Roi vient à toi plein de mansuétude ' . Au milieu est une femme tenant un livre ouvert qu'elle semble montrer en parlant, absoJument semblable, le voile à part qu’elle a en plus, à la Susanne du sarcophage du Louvre, et, avec un autre mouvement de tête, à l’ Orante de la stèle de Ligurius. Le Christ la regarde en met-
* Chron. Cassm., 1. III, cap. X.
’ Ration. Divin. Offlc , I. I, cap. III, 23.
’ Ici pl. XV, 13.
‘ Ezech., XXXMI, 11, 12. Septante.
• Aringhi, t. I, p 327.
’’ Zachar., XIV, 9; Matth., XXI, 5.
LA CAPPELLA GRECA
tant les doigts sur les yeux qui vont s’ouvrir de l’aveugle-né Ce miracle est une variante de la résurrection de Lazare et en a été le prélude, les Juifs disant devant le tombeau : Ne pouvait-il pas, lui qui a ouvert les yeux de l’aveuyle-ucp faire que celui-ci ne mourût pas' 1 « La résurrection universelle de la chair, dit Rottari \ « était symbolisée par ce miracle, d’après l’interprétation de « S. Irénée {Hæres., 1. V, cap. 15), de S. Augustin {Tract. 4i, m « Joan.) et selon l’observation do Sedulius [Carm. Paschale, 1. III) « qui dit de cet aveugle :
hi cvjus liimina C’Iiristus Expuil, et speciem simulalx mortis ademit »
Moi qui dois ouvrir ces yeux à la lumière, je ferai sortir ton innocence des ténèbres de la calomnie et ta vie des ombres du trépas, dit manifestement le Christ à Susanne.
Cette intervention du Christ en faveur de Susanne n’est pas moins représentée sur les sarcophages des Gaules. Un sarcophage d’Arles nous la montrera tout à l’heure au milieu de tout l’ensemble de l’histoire de l’héroïne juive. Sur un second qui représente, à gauche, la résurrection de Lazare et la multiplication des pains et des poissons, la prédiction du reniement de Pierre, point de départ de la confirmation de ses frères, la guérison du paralytique et Moïse frappant le rocher, Susanne est au milieu, Crante non voilée, entre deux palmiers et les deux vieillards ^ Le Christ, tel absolument qu’il guérit plus loin le paralytique, le rouleau de l’Évangile à la main, vient à Susanne, et passe devant un des vieillards. Une main d’en-
^ Aringhi, t. II, p. t6l. — Ici, pi XV, U.
5 Joan., XI, 37.
* « Le Christ mit de la salive sur ses yeux et en fit disparaître l’image symbo- « lique de la mort. »
* M. Le Blant, pl. XXII. — Ici, pl. XV, 15. — Voici le commentaire de M. Le Blant : « Au milieu et sous deux palmiers formant arcade, est un homme en « prière ; deux personnages barbus sont placés à ses côtés ; c’est, comme on s’act corde à le reconnaître, une image du défunt accueilli par des bienheureux sous « les ombrages du Paradis. Par un fait dont la raison n’apparaît pas encore bien « clairement, la figure ainsi représentée est presque toujours féminine. » — Nous avons trouvé la raison, ce me semble.
LA CAPPELLA GRECA
faut qui, sur la tunique du Christ, reste de la sculpture ici fracturée, montre que le Sauveur vient en guérissant l’aveugle-né. C’est donc d un seul coup la réplique des deux sarcophages romains.
Nous avons vu plus haut que trois sarcophages romains offrent au centre Susanne entre les vieillards, et aux extrémités le Bon- Pasteur rapportant sur les épaules la brebis au bercail. Sur deux de ces monuments ', le Bon-Pasteur regarde des deux côtés vers Susanne. Si le Diable, par les deux vieillards, est à droite et à gauche de la vertueuse femme, le Bon-Pasteur y est pareillement. Un Bon- Pasteur pour un Méchant! et toujours la brebis pour Susanne! L’Écriture qui nous présente les Anges assistant Dieu « à droite et à gauche » ne nous fait-elle pas voir Dieu assistant ainsi les siens par sa puissance? Mo7itrons-nous, dit S. Paul en toutes choses comme des ministres de Dieu... dans la vertu de Dieu, par les armes de justice à droite et ù ijauche É Les païens connaissaient ces attentions divines. Dans une scène sculptée sur le temple d’Ammou de Medinet- Abou, à Thèbes, Ramsès 111, qui harangue ses fils et les chefs de son armée, leur dit : u Ammon-Ra (soleilj était à ma droite comme « à ma gauche ; son esprit a inspiré mes résolutions ; Ammon-Ra « lui-méme préparant la perte des mes ennemis, a placé le monde « entier dans mes mains *. » C’est ce que Susanne, avec une modestie inconnue des Pharaons, dit ici du Bon-Pasteur.
Je suis, en conséquence, entrainé à voir, au premier sens du moins, une image du triomphe de Susanne sur un sarcophage d’Arles ainsi sculpté ^ A gauche, Moïse frappe le rocher, Pierre, le nouveau Moïse, est arrêté par les Juifs ; à droite, le Christ, touchant de sa verge plus puissante que celle de Moïse les pains marqués du X, son monogramme et sa croix, les multiplie, et fait ensuite tel autre miracle dont la présence d’un Apôtre est le seul vestige. Au centre, le Bon-Pasteur, qui porte triomphalement sur les épaules sa brebis retrouvée et la rentre au bercail, regarde en face de lui une Orante, qui, entre deux arbres où deux oiseaux la fêtent, élève ses yeux au
‘ Voir ici pl. XV, 8, 16. Le troisième sarcophage est au Latran. — Cf. pl. XV, 7.
* A dexlns tt a sinùtris, III Reg., XXII, 19; II Paralip., XVIII, 18.
=> II Cor., VI, 4, 7.
V Brugsch, f^isto/re d’Égypte, t. I (1859),: p;. 86.
‘ M. Le Blant, pl. XI, 2. — Ici pl. XV, 17.
LA CAPPELLA GPECA
ciel dans l’extase de la félicité. Ce tableau a été interprété ainsi par le savant éditeur des sarcophages d’Arles ;
« Femme en prière entre deu.x arbres, symbole bien connu du paradis, et sur lesquels sont posée.s deux colombes qui se penchent vers elle comme pour lui faire accueil. J’ai déjà signalé un certain nombre de monuments où sont figurés les élus recevant le mort dans le séjour céleste, et souvent nous voyons d’ailleurs b‘S saints, les apôtres surtout représentés par des colcnibes. Ceux que nous retrouvons ici semblent être, d’après leur attitude, l’image symbolique des bienheureux accueillant, dans le paradis, la personne défunte *. «
Mais — en songeant, que tous les autres sujets étant bibliques, il est naturel de voir ici un sujet biblique aussi ; qu’à côté de l’arrestation de S. Pierre, on trouve ailleurs Susanne au milieu des vieillards^; qu’ailleurs aussi elle reçoit entre deux arbres l’assistance du Christ que deux fois le Bon-Pasteur portant sa brebis se montre aux deux côtés de Susanne en son angoisse * — on aimera sans doute à reconnaître ici le Bon-Pasteur qui répond à l’appel de Susanne s’écriant : J'ai erré comme une brebis perdue, cherchez votre sei'vitenr, car je n'ai pas oublié vos commandements qui lui apparaît avec sa brebis sauvée sur les épaules, qui lui dit ; Je suis ton salut et Susanne qui entonne le cantique de la délivrance en son paradis où les oiseaux se réjouissent avec elle, symbolisant la joie des Anges dans le ciel. C’est la prophétie de la délivrance du juste à celte seconde naissance que le monde appelle la mort et le Christ le passage de la mort à la vie ; et nous en avons l’heureuse image sur ce sarcophage. Mais, avant le sens mystique, reconnaissons le sens littéral, le sens historique, et voyons Susanne d’abord dans l’Orante de ce fameux groupe, problématique jusqu’ici, le Bon-Pasteur et l’Orante.
Un sarcophage d’Aire, celui dit de Sainte-Quitterie répond au
' M. Le Blant, p. 22.
® Aringhi, t. II, p. 163. — Ici pl. XVI, 6.
3 M'. Le Blant, Sarcoph d'Arles, pl. XXII. — Ici pl. XV, 15.
^ ^ Aringhi, t. L p. 31.5j 619. Ici:pl. XV,i 8, 16.
® Ps. ex VIII, 176.
8 Ps. XXXIV, 3.
Lithographié dans la Revue de l’Art chrétien, t. XIX, p. 137, et reproduit par M. Grimouard de Saint-Laurent, Guide de VAri chrétien, t. VI, '^1875, p. "^6.
LA. CAPPELLA GRECA
sarcophage d’Arles. Sa face antérieure offre deux rangs de sujets. A l’étage supérieur, deux têtes représentent aux extrénaités le soleil et la lune, ce semble, à l’ordinaire ; à gauche du cartuuche, contenant l’épitaphe, est le sacrifice d’Abraham et la guérison du paralytique; à droite, Jonas vomi par le monstre et Tobie portant son poisson. Au-dessous, à gauche, c’est la l’ésurrection de Lazare et Daniel aux lions ; à droite, Adam, Ève et le Serpent, puis le baptême du Christ ; au milieu, le Bon-Pasteur portant sa brebis et l’Orante tournée vers lui, c’est-à-dire le Christ et Susanne. Ils sont sous le cartouche du défunt; et Susanne figure, à n’en pas douter, son âme bienheureuse admise au Paradis.
Mais c’est sur un sarcophage du cimetière du Vatican qu’il faut voir, traduite de la manière la plus piquante, toute la conclusion de l’histoire de Susanne *. Au côté gauche est Daniel au milieu des lions. Le côté droit a été omis par le sculpteur ou n’a pas été dessiné par Bosio. La face antérieure offre cinq sujets : d’un côté. Moïse qui se déct'ausse avant d’aller au buisson ardent, et le Christ qui donne la vue à l’aveug!e-né ; de l’autre, le Christ qui fait emporter son lit au paralytique, puis guérit l’hémorrhoïsse touchant à genoux le bord de sa robe ; au milieu, une Orante devant une draperie qui garnit magnifiquement une niche aux colonnes torses, au fronton triangulaire.L’Orante est Susanne qui dit son cantique d’actions de grâce. Jahel, chantée par Débora, était moins triomphante. Entre ses pieds, Sisara est tombé, il a défailli, il est mort ; il était étendu entre ses pieds, il gisait glacé et misérable ® : les deux vieillards impudiques et assassins sont exposés ainsi, mais au-dessus de Susanne. Sur les pentes du toit de sa niche et des niches attenantes, voici étendus deux corps d’hommes, nus depuis la poitrine, tronqués du mollet gauche et peut-être du bras, lapidés en un mot et brisés par le milieu, selon le terrible jeu de mots de Daniel à propos des deux arbres auxquels ils ont rattaché leur calomnie contradictoire. Un vêtement rond, entourant le cou, leur tombe sur la poitrine et les épaules. C’est le voile des condamnés, qui couvrit leur tête au moment où ils furent précipités de la roche fatale ou livrés aux pierres des lapida-
‘ Aringhi, t. I, p. 333. — Ici, pl. XV, 18.
* Judic., V, 27.
leurs. « Lictor, colliga manus, verberato, CAPUT OBNUBITO, arhori « infelici suspendito, va licteur lie les mains, flagelle, couvre la tête, « suspends à un arbre fatal », disait la loi romaine pour le supplice de la pendaison Ce triste cérémonial devait, quant au voile funèbre, s’étendre à la lapidation même. Se peut-il des traits plus caractéristiques de l’histoire de Susanne et des mœurs romaines? Bien qu’ils n’aient pas été remarqués jusqu’ici, leur évidence nous semble saisissante. Des figures ornementales n’eurent jamais cet air et cette pose non symétrique. En un seul tableau, nous avons donc la double conclusion de Thistoire de Susanne, le pilori des gémonies et le théâtre de gloire ; Toute V assemblée d’Is7'aël s’insurgea contre les deux vieillards... et ils leur firent le mal qu’ils avaient voulu faire à leur prochain, pour accomplir la loi de Moïse, et ils les tuèrent... Et Helcias et sa femme louère^it Dieu pour leur fille Susanne avec Joachim, son mari et tous leurs parents^. Susanne loue ici Dieu pour elle-même et pour toute sa famille.
Trois coupes vont nous représenter encore ce triomphe de Susanne et nous montrer sa place bien certaine dans le cycle des anciens sujets de l’art chrétien, l’une d’elle nous faisant lire son nom. Commençons par celle-ci, bien qu’éloignée de Rome d’où le type classique de Susanne est parti.
Une grande tasse de verre blanc^ du lY® ou du Y® siècle, qui retrace, burinées en creux, les principales des scènes ordinaires des peintures ou des sarcophages des catacombes, a été trouvée de nos jours à Podgoritza. C’est l’antique Doclea qui, dans l’Illyrie orientale, fait, de l’autre côté de l’Adriatique, vis-à-vis à Brindes et à l’Italie. « Les scènes bibliques représentées sur ce verre de la ré- « gion orientale, dit M. de Rossi, leur choix, leur sens symbolique « sont exactement semblables aux types et au système symbolique « des verres et des fresques des cimetières romains : fait d’une « grande importance dans la science de l’archéologie chré- « tienne ’
* Rosini, Antiquitates romance, 1. IX, cap. XXXI.
^ Dan., XIII, 61-63.
® Bulletino, 1874, p. 153. — La tasse était en 1874 à Scutari, chez M. Perrod, consul italien. M. de Rossi l’a publiée sur son dessin, ibid., tav. XI; et d’après
LA CAPPELLA GRECA
Au centre domine le sacrifice d’ Abraham. Le bout du manche de son couteau, rond comme un pain, est marqué du X, monogramme du Christ et image de sa croix : c’est au nom du Christ et pour figurer sa croix qu’Abraham va verser le sang d’Isaac sur l’autel. Autour se déroulent sept scènes bibliques, nombre mystique, peutêtre intentionnel. Au-dessus d’ Abraham est la légende de Jonas. Il est englouti par le monstre marin, pendant que ses compagnons qui l’ont jeté sur sa demande à la mer, ayant paré la poupe de leur navire d’une couronne et le mât de festons, rendent grâce de la cessation de la tempête qui a suivi cet acte héroïque ; vomi par le monstre, il repose sous l’ombrage, ayant à son côté un pain marqué du monogramme cruciforme du Christ : le tout est sous la légende, en lettres carrées comme toutes les légendes suivantes, une exceptée ; « DIVNAN (Jonas) DE VENTRE QYETI [ceti] LIBERATVS U EST, Jonas a été délivré du ventre du monstre marin. » A gauche du navire, au-dessus de la main divine qui arrête Abraham, est Susanne Orante, les bras parfaitement en croix, coiffée magnifiquement, ayant une dalmatique à bandes de pourpre et à franges. Elle rend grâces. On lit aux côtés de sa tête :
SVSANA DE FALSO CREMINE.
« Susanne, d’un faux crime». Après elle, cesont lestroisHébreux chantant leur cantique, en élevant les mains, et sur eux ces mots : « TRIS PYERI DE EGNE {igné) CAMl {ni), les trois enfants du feu de « la fournaise. >> Daniel au milieu de deux lions, vêtu, contre l’ordinaire, vient ensuite : « DANIEL DE L.\C0 {lacu) LEONIS {leonum), « Daniel de la fosse des lions. » Puis, ç’est Moïse frappant le rocher auprès duquel est l'arbre de vie que nous avons vu à la cappella greca ■’ l’arbre est confondu avec le rocher même et semble verser l’eau de la vie. Mais Moïse est ici Pierre, et la légende écrite cette fois, vu sa longueur, en caractères cursifs, est expresse : « Petriis « virga perquodset (percussit), fonds ciperunt quorere (fontes cœp.e-
l’original, et de même grandeur — de diamètre — en 1877, tav. V. M. Le
Blant l’a donnée de même à la fin des Sarcophages d’Arles, pl. XXXV. Une réduction du second dessin de M. de Rossi est ici, pl. XVI,' 1. L’original, appartenant à M. Basilewski, figurait, au palais du Trocadéro, à l’Exposition de 1878.
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rünt currere), Pierre frappa de la verge, les fontaines commence cèrent à couler »
Vient ensuite Lazare ressuscité : « DOMNVS LAIARVM suscitât, le <( Seigneur ressuscite Lazare. » A l’autre extrémité du diamètre, Lazare fait vis à vis à Susanne. Enfm, c’est Adam et Eve aux côtés du Serpent et de l’arbre fatal : ABRAM {sic) ET ET {sic) EVAM, Ils connaissent la honte : le voile des feuilles d’arbre a remplacé celui de l’innocence. Mais avec la chute, ils représentent la promesse ; et les sept autres sujets et les six autres inscriptions nous montrent qu’il faut entendre ce huitième sujet selon la sentence du Sage et de l’Esprit-Saint : La Sagesse garda celui qui fut formé le premier par Dieu pour être le père du globe des terres, alors qu’il était créé seul et le tira de son péché ' . Le Seigneur a tiré de péché Adam et Ève : Eduxit a delicto suo — ADAM ET EVAM.
On voit le rôle de Susanne sur ce monument; on voit sa place parmi les sujets scripturaires. Si son nom n’était là, qui eût osé le donner à l'Orante? Il le fallait cependant : rien n’était plus naturel, plus logiquement commandé. Parmi tous les personnages bibliques, l’Orante seule, sans avertissement spécial, ne peut pas être extrabiblique. Mais qui est l’Orante dans la Bible, l’Orante surtout associée par son salut miraculeux à Jonas, à Daniel, aux trois Hébreux, à Lazare, pour ne citer que ces noms, si ce n’est Susanne? L’Orante est ici Susanne et ne pouvait être qu’elle.
Cet exemple péremptoire écartera de nous, assurément, le reproche de témérité et de parti-pris qui a pu venir à la pensée du lecteur
' Moyses... percussit petram virga bis, et exiit aqua multa, dit le texte des Septante. Ainsi tombe notre conjecture du chapitre XIII, fondée sur le tracé fautif du premier dessin donné. Elle ne perd rien, toutefois, de sa vraisemblance. Sur d’autres monuments, nous voyons les Hébreux accourant à l’eau que fait jaillir Moïse, la recevant dans leurs mains, et la portant non seulement à leur bouche, mais encore à leurs yeux, comme l’aveuglè-né, pour recouvrer la vue, lava ses yeux à la fontaine de Siloé. Moïse étant maintes fois Pierre, les Hébreux doivent être spécialement les Juifs de la Pentecôte à qui il ouvrit les sources de la grâce et du Baptême, ou Illumination, ces^Juifs qui furent trois mille croyants et voyants en ce premier jour de l’Église. L’aveugle-né, recouvrant la vue à la fontaine de Siloé, est, d’ailleurs, sur les anciens monuments chrétiens, un symbole certain du Baptême ; et c’est par là qu’il est le symbole de la résurrection.
>> Sap., X, 1, 2.
LA CAPPELLA GRECA
en nous voyant reconnaître, avec une certitude plus ou moins décidée, Susanne sur tant de monuments où l’on n’avait vu que la simple Orante, diversement et toujours difflcultueusemeat interprétée. Il nous dit bien ce qu’il faut penser de l’Orante des deux autres coupes que nous avons annoncées.
La première est romaine '. A.u centre sont, avec leurs noms gravés, les bustes de S. Pierre et de S. Paul, ayant le monogramme constantinien du Christ entre leurs fronts qui se regardent. Autour sont six sujets dont le choix me semble indubitablement inspiré par l’Épître de saint Paul aux Hébreux. C’est son énumération des héros qui ont vaincu par la foi ^ Moïse frappe le rocher et “place le serpent d’airain en signe de salut devant le peuple, fide reliquit Ægyptum ; Isaïe est scié, secti sunt ; Susanne rappelle la tentation, tentati sunt ; Isaïe fait reculer le soleil de dix degrés sur le cadran d’Achaz, signe que la mort va reculer de quinze ans devant Ézéchias, convaluerunt de infirmitate les trois Hébreux triomphent des flammes de la fournaise, extinxerunt impetum ignis. Susanne, qui est audessus du monogramme du Christ et des têtes de S. Pierre et de S. Paul, apparaît entre deux arbres que vont toucher les bouts flottants de sa large ceinture ; elle est splendide de vêtement; ses bras étendus prient, mais sa prière est l’action de grâces : elle semble embrasser le monde dans sa gloire On lit autour de la coupe : « DIGiNIÏAS AMICORUM YIVA(tis felic)ITE(r... in pa(CE BEI ZE(zes).
Dignes amis, vivez heureusement... dans la paix de Dieu. Vis! » Un des plus beaux emblèmes de cette paix sur la coupe fraternelle est assurément Susanne.
L’autre coupe estune patène de verre trouvée à Cologne. Elle est
‘ R. P. Garucci, tav. 1, 3.
2 Hebr., XI, 23-37.
’ C’est ce qu’a bien reconnu le R. P. Garucci : « Isaia. .. mostro il sole retro- « cedente di sei gradi ad Ezechia (p. 7) ».
Ici, pl. XVI, 2. — Le R. P. Garucci voit dans l’Orante la Vierge annoncée par Isaïe. Riais il n’y a aucune connexion entre l’Orante et Isaïe du cadre voisin : chaque cadre contient un sujet isolé. Cinq des sujets de la coupe étant pris de l’Ancien Testament, il est naturel de lui demander le sixième; et il semble vraiment indiqué par S. Paul dans son énumération. Je ne nie pas cependant que Susanne entre deux images d’Isaïe ne fasse aussi penser à la prophétie d’Isaïe sur la Vierge,
LA CAPPELLA GRECA
toute parsemée de petits disques ou médaillons, de vérre aussi, Venus probablement de Rome, où on trouve leurs pareils, et soudés dans le verre en fusion. Les plus petits de ces médaillons représéntent chacun une étoile ; les plus grands offrent en totalité ou en partie quelques-uns des sujets du cycle de Tart chrétien antique. Sur les deux fragments qui nous restent de la patène on trouve Moïse frappant le rocher *, Daniel sur un disque et un de ses lions sur un autre, l’histoire de Jonas sur cinq disques, Adam et Eve, un des trois Hébreux de la fournaise et, à côté, Susanne Orante entre deux arbres ^ Elle est richement ornée et à l’état de glorification, comme sur la coupe précédente. C’est dans cet état même que Daniel apparaît ici entre deux arbustes. Il est représenté dans le Paradis comme Susanne. A l’histoire se joint le symbolisme, sur lequel nous allons avoir à disserter ^
Ce monument romain n’est point sans analogue dans nos Gaules. Nous décrirons dans un instant un sarcophage d’Arles dont M. Le Blànt a dit : « On y voit les accusateurs amenés devant Daniel, près « duquel Susanne est debout tenant le vohimen foulé ; le premier « vieillard est garotté, et l’homme qui le mène le frappe avec une « pierre ; le second suit, également prisonnier, mais les mains
* Le rocher ne paraît pas ; mais des arbustes indiquent que Moïse est dans cette scène et non le Christ changeant l’eau en vin ou multipliant les pains. Gf. Vetri, VU, 6-15. Severino a vu ici Moïse. Bosio, p. 505, IX.
* Bulletino, 1864, p. 89. — Ici pl. XVI, 3. — Un disque pareil (R. P. Garucci, Vetri, tav. IX, 9) me parait représenter aussi Susanne.
® M. de Rossi, interprétant la patène de Cologne, écrit : « Notre Crante est-elle « ici la Vierge, mère du Rédempteur, prophétisée par Isaïe, comme sùr 1e verre « insigne expliqué par l’illustre P. Garucci (2® édit., tav. I, n» 3); ou la chaste « Susanne en proie aux embûches des deux vieillards, comme sur la belle cassette c d’ivoire de Brescia (Odorici, Monumenti di Brescia, tav. V), et sur d’autres « monuments ; ou absolument la Vierge MÎère, Marie, type de l’Église, comme « j’ai dit dans la Rome souterraine (t. I, p, 348)? J’incline à l’une des deux pre- « mières interprétations, observant que les disques arrivés jusqu’à nous retracent « tous des histoires de l’Ancien Testament, symbolisant des dogmes du Nouveau. » Bulletino, I86i, p. Ôl. Une autre patène montre la diffusion du christianisme sûr iés bords diû Rhïh dès la fin du III® siècle. C’est celle de Trêve « de fabrique « indigène », dit M. de Rossi, Bulletino, 1873, p. 142. Dans la cavité de la tasse, on voit le sacrifice cTAbraham. On lit autour : « VIVAS IN DEC Z(ezes), vis en « Dieu, vis! » Isaac figure évidé'mment le Christ.
LA CAPPELLA GRECA
« libres *, » M. Le Blant ajoute en note ; « Je reconnais le même « sujet sur le couvercle mutilé d’un sarcophage de Narbonne. Deux « personnages garottés y figurent poussés vers un homme près « duquel une femme est debout. Si mes notes, déjà vieilles de près « de trente ans, ne me trompent pas, le sujet suivant représenterait « encore une scène tirée du livre de Daniel : le prophète emprison- « nant le dragon des Babyloniens »
C’est ainsi que nous retrouvons toute l’histoire de Susanne illustrée sur les monuments chrétiens. 11 en est deux qui, à eux seuls, nous la donnent tout entière, le premier avec de beaux développements, le second dans un précieux résumé.
J’ai nommé la célèbre cassette aux bas-reliefs d’ivoire de Brescia. Elle date de Constantin, à en juger par le style, et paraît être venue de Rome, où elle aurait été ciselée, au bord des Alpes. Est-ce la corbeille de noces offerte par un époux noiqmoins opulent que chrétien à sa jeune épouse? Le choix de certains sujets semblerait l’iudiquer. Toujours est-il qu’elle offre en tableaux une vraie encyclopédie théologique et toute une divine épopée. C’est une merveille unique de l’art chrétien. Sa splendeur éblouit, et M. de Rossi l’appelle s?w- /)e«rfa.Décrivons-la sommairement à cause de son importance, et pour y bien voir la place de Susanne. Nous avons sous les yeux la photographie faite sur l’original et envoyée à M. de Rossi, qui a bien voulu nous en gratifier au jubilé pontifical de Pie IX L
La passion du Sauveur est exposée sur le couvercle en deux rangs de tableaux. On voit le Christ au jardin des Oliviers et Judas indiquant aux sbires des Princes des prêtres et des Pharisiens qu’ils doivent arrêter celui qu’il va baiser ; le Christ annonçant à Pierre son re-
1 P. 15. — Ici, pl. XVI, 5.
* « Le sarcophage dont je parle, ajoute M. Le Blant, porte le n® 522 dans le ( Catalogue publié en 1864 par le regrettable M. Tournoi. »
* La cassette a Û“315“ de longueur, de largeur, 0“210™ de hauteur.
Elle a passé du monastère de Sainte-Julie au Musée de la ville. On en peut voir les dessins dans Odorici, Monumenti o'istiani di Brescia, 1845, fol., tav. I-VI. Mais ils ne donnent qu’une idée sommaire du monument. Quelques interprétations du docte éditeur sont à rectifier. Nous avons publié, dans le Monde des 11-13 sept. 1873, deux articles La cassette de Brescia que nous résumons, en les rectifiant, et surtout en les complétant, sur divers points.
LA CAPPELLA GHECA
niement et ainsi sa conversion et la confirmation de ses frères ; le Christ devant Caiphe ; le Christ devant Pilate. Une frise étroite offre au-dessus cinq fois la fontaine de vie où viennent boire deux colombes, l’Kglise des Juifs et celle des Gentils. Les quatre faces ont une frise plus large où des cercles bordés de perles contiennent les bustes du Christ, à l’éternelle jeunesse, des douze Apôtres et de deux personnages adjoints à leur collège, S. Paul, sans doute, et S. Barnabé. Le Christ est à la face de devant entre quatre Apôtres. Au grand tableau central, on le voit ressuscité, apparaissant à Madeleine dans le jardin et donnant leur mission aux Apôtres, puis Bon-Pasteur, à la porte de la bergerie où il arrête le loup, pendant que le mercenaire s’enfuit. Un coq est à côté sur une stèle, symbole de la vigigilance. 11 a pour pendant, à côté de l’apparition à Madeleine, un poisson suspendu, ce poisson eucharistique que le Bon-Pasteur servit à ses disciples après sa résurrection. Jonas jeté au monstre marin, puis vomi par lui, d’une part. Moïse sauvé des eaux, puis tuant l’Egyptien, et les Hébreux mangeant la manne et la faisant cuire, non sans miracle ’, pour le sabbat, d’autre part, complètent en haut et en bas l’encadrement du tableau centra’ ^
Les côtés lui servent de complément. A gauch:, c’est, au grand tableau parallèle, la résurrection de la fille de Jaïre. On voit, audessus, David abattant Goliath avec sa fronde, l’homme de Dieu, qui prophétisa contre l’autel sacrilège érigéàBéthel par Jéroboam et le fendit en morceaux à sa parole, tué par un lion pour une infidélité de détail à sa mission, puis ce prophète, comment en douter? montrant l’autel et s’écriant : Autel 1 autel l Ainsi dit le Seigneur : Voici qiCil naîtra à la maison de David un fils nommé Josias, et il immolera
‘ « Nix autem et glacies sustinebant vim ignis, et non tabescebant... Quod enim ab igné non poterat exterminari, statim ab exiguo radio solis calefactuna tabescebat. » Sap. XVI, 22, 27.
® Au lieu de la petite tablette présentant Moïse sauvé des eaux, Moïse tuant l’Égyptien, et les Hébreux mangeant la manne, l’arrangement actuel, fait au Musée de Brescia, a la tablette qui offre Susanne tentée par les vieillards, pois traînée par eux au tribunal de Daniel, et Daniel aux lions. Il y a un intervertissement, dont on ne peut guère douter, des deux tablettes. Toute l’iiistoire de Susanne doit être sur une même face. Nous faisons le rétablissement sur notre reproduction pl. XVI, 4. Quoi qu’il en soit, elle réunit tout ce qui a trait à Susanne sur la cassette de Brescia.
sur toi les prêtres des faux dieux On voit, au-dessous, les Hébi'eux dansant et faisant festin devant le veau d’or. Chute de Goliath, chute de l’autel de Jérohoam, chute, qu’on voit venir, du veau d’or, triple image de la chute de l’idolâtrie sous Constantin! A droite, c’est, au centre, la guérison de l’aveugle-né et la résurrection de Lazare ; à la bordure supérieure. Moïse se déchaussant pour aller au buisson ardent. Moïse recevant la Loi et, entre deux, au lieu des trois Hébreux dans la fournaise, les sept Machabées dans les flammes qui symbolisent d’un trait général leur martyre; à la bordure inférieure, Racliel avec les brebis de son père qu’elle pait, et Jacob levant la pierre du puits pour les faire boire, puis le même Jacob luttant contre Dieu qui donne à ce vaillant le nom d’Israël. L’échelle des anges, au pied de laquelle il doit dormir, est dressée à côté avec un ange sur les échelons.
La face postérieure est consacrée à l’Église que nous venons d’entrevoir en Rachel; et Susanne la remplit presque entière de samystique histoire A la bordure supérieure, Susanne, richement drapée, est, à gauche, en Orante, entre deux arbres, contemplant Jonas qui, au milieu, rep^^e, grandiose et gracieux, dans l’innocente nudité d’Adam, sous le miraculeux ombrage que Dieu lui a improvisé. Il me semble que le sculpteur chrétien a voulu faire passer là quelque chose de la poésie divine du Cantique des cantiques. Susanne est l’Église, Jonas est le Christ : c’est l’apparition de l’Épouse et de l’Époux dans le Paradis du céleste épithalame. Le Serpent qui nous a ravi l’Éden se voit ici à l’opposite de Susanne. Mais Daniel tient le gâteau qui le doit tuer. La beauté théologique de ces trois scènes combinées en un seul tableau est sublime. A la bordure inférieure, on voit, à gauche, Susanne entre deux arbres et les deux vieillards venant par derrière ; à droite, Daniel lui fait pendant entre ses deux lions, meilleurs que les deux vieillards ; au milieu, les deux vieillards traînent Susanne devant Daniel qiii va les confondre et les exterminer. Cependant, dans le tableau central qui est encadré en haut et en bas par ces bordures, Susanne apparaît avec les deux vieillards sur une légère éminence, au bord de laquelle l’un a les pieds.
1 III Reg., XIII, 1-5, 24.
* Ici, pl. XVI, 4, d’après la photographie prise sur l’original.
LA CArrELLA GRECA
Il me semble qu’ils sont là pour la précipiter, en qualité d’accusateurs, selon l’usage des juifs consigné dans laMischnah. Ils lui parlent; ils semblent montrer le ciel qu’ils représentent et dont ils se déclarent les vengeurs ; elle leur répond en tournant aussi sa main vers le ciel : et voici qu’une grande main répond à son geste, en apparaissant près de sa figure. C’est le signal du jugement de Dieu que Daniel rend plus bas, après avoir surgi, lui simple enfant, en prophète devant les iniques et tout le peuple, non moins terrible que cette main qui apparaîtra au festin de Balthasar, et dont il doit interpréter l’écriture et la sentence. Devant Susanne etles vieillards, sur un plan inférieur^ le Daniel de l’Évangile, Pierre est assis, ayant sous les pieds un escabeau d’honneur — que je ne trouve pas à Daniel— et jugeant Ananie et Saphire. Une grosse bourse, le corps de leur délit, est aux pieds de Pierre, qui ne regarde pas l’or, mais qui voit le mensonge de ces indignes chrétiens. Il dit à la femme : Pourquoi vous êtes-vous enteyidus pour tenter l’Esprit du Seigneur? Voici à la porte les pieds de ceux qui ont enseveli ton mari, et ils t’emporteront. Et le texte sacré se réalise : Aussitôt elle tomba devant ses pieds et expira '. Oïl voit le cadavre du mari emporté par quatre hommes, et la femme, dont les bras s’abattent, est penchée en avant sous la foudre de la mort. Devant le groupe du mari, la bordure, qui fait l’encadrement à droite, présente Judas pendu ; celle de gauche a comme pendant, derrière un des vieillards de Susanne, une tour de briques, au sommet inachevé et ruiné, la tour de Babel, indiquant Babylone.
Quatre « listels ou petites briques, listelle o latercoli ^ », qui étaient probablement aux angles présentent la croix, contenant le monogramme du Christ, signe du chrétien ; la lampe du chrétien, image de sa foi; la balance, au-dessus d’une colonne, devant un laurier, c’est-à-dire la justice du chrétien portée par sa fermeté, et gage de sa victoire ; le laurier enfin proclamant sa victoire même.
Telle est cette merveilleuse Cassette de Brescia qui, avec la cappella greva, est le principal monument de Uantiqüîté chrétienne relatif à Susanne.
‘ Act., V, 9, 10.
^ Odorici, Ihià.
LA CAPPELLA GRECA
Son histoire est en abrégé, mais complète, sur un de nos précieux sarcophages d’Arles, dont on l’a justement rapprochée C’est le lit mortuaire et plein d’espérance destiné à deux époux chrétiens, quels qu’ils soient, dont les bustes, laissés inachevés à dessein par le sculpteur, sont placés au contre dans le bouclier, clypeus, ordinaire. Il y a deux rangs de sujets. En bas, ce sont les trois Hébreux refusant à Nabuchodonosor d’adorer sa statue, Daniel aux lions, le passage de la mer Rouge. Au-dessus, c’est la délivrance de Susanne par Daniel, le sacrifice d’Abraham, Moïse recevant la Loi, la tentation de Susanne, le Christ devant Pilate, dont le tribunal fait pendant à celui de Daniel, à l’autre extrémité du tableau. Susanne, entre deux arbres, médite la loi du Seigneur que la main divine a donnée à Moïse; et les deux vieillards apparaissent derrière les arbres, vrais fils de l'antique Serpent. Los deux infâmes juges sont voisins du triste Pilate; Susanne est voisine du Christ. De l’autre côté, elle est pareillement voisine d’Isaac. Son voile remis sur sa tête, la loi de Dieu toujours dans ses mains, elle est à côté du tribunal rustique, mais élevé où est assis Daniel. Un des vieillards vient d’être condamné par lui. Déjà il a les mains liées derrière le dos, la tête baissée ; et, devant Daniel même et Susanne, on lui jette la première pierre. L’autre vieillard arrive, et on lui montre ce supplice et son juge. Derrière lui la main divine, qui va le frapper, arrête le glaive d’Abraham. Isaac et Susanne apparaissent ensemble sauvés de la mort, comme deux fois nous les ont montrés les sarcophages du Vatican ; et la passion de Susanne fait pendant à celle du Christ,
* M. Le Blant, pl. 'VIII-. — Ici, pl. XVI, 5. — M. Le Blant dit en parlant de la cassette de Brescia ; « Notre sarcophage d’Arles porte les mêmes sujets de l’histoire « de Susanne, mais avec quelcjues variantes v (p. 15). Il ajoute un peu plus loin : « Les représentations que je signale m’amènent à penser que parfois les Orantes, « si souvent figurées sur les sarcophages, et auxquelles il est difficile d’assigner « un nom, doivent offrir l’image de Susanne, rappelée d’ailleurs dans la liturgie « comme un type de la préservation que l’Église demande pour les morts; celui « de nos bas-reliefs où figurent la sainte femme et les vieillards, montre qu’il ne « faut pas toujours se hâter de voir dans les arbres un symbole du paradis. » — « Même observation, ajoute-t-il en note, pour un autre sarcophage d’Arles » (pl. V. — Ici, pl. XV, Pj. Le terme parfois semblera bien faible au lecteur, après les documents que nous avons produits. Mais on voit combien l’illustre auteur s’approche à son insu de notre thèse.
LA CAPPELLA GRECA
comme dans S. Maxime. Le sculpteur d’Arles a-t-il inspiré l’évêque de Turin ou s’est-il inspiré de lui? Il est probable qu’ils ont puisé à la même source courante de belle théologie. On a signalé le parallélisme plastique des deux tribunaux de Daniel et de Pilate comme étant pour le seul coup d’œil, et il a semblé que l’agencement des scènes venait de là ou plus ou moins du hasard. S. Maxime ne nous permet pas de douter que le sculpteur n’ait tiré de bien plus haut sa conception.
Nous avons achevé de montrer la Susanne historique sur les monuments. On a vu quel’Orante qui y figure parmi les personnages de l’Ancien et du Nouveau Testament est un personnage biblique aussi. A moins de vouloir changer pour Susauno les règles naturelles admises pour les autres personnages, qui sont avant tout historiques et restent foncièrement tels^ il faut admettre qu’en principe, en général et sauf indice contrairej l’Orante c’est Susanne. Mais assurément ce n’est pas Susanne toujours. De cette Orantefondamentale il y a des dérivations diverses, il sort d’autres OranteS; Des preuves nous l’attestent, des signes nous l’indiquent. C’est ce qu’il nous faut examiner maintenant. Après la Susanne historique, étudions la Susanne symbolique.