‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 86 sur 129 · PL XVI · texte numérisé non relu

PL XVI

6 Pl. XVI, 1.

LA CAPPELLA GRECA

FEglisetriomphante. Cependant, l’Orante étant certainement quelquefois Fâmé bienheureuse, et ces paroles «bonne âme en paix » répon-’ dant si précisément à l’image, il est difficile de ne pas voir l’âme en cette Orante. Pour moi, j’y verrais Susaniie devenue, par une dernière transformation, Fâme bienheureuse. Mais je n’y voudrais pas voir Fâme séparée du corps. Si Susanne, avec la nudité radieuse et consacrée de Daniel, nous a représenté deux fois la résurrection des corps, combien plus ici où les vêtements corporels forment sa parure !

Susanne, devenue Fâme glorieuse, nous engage à compléter notre sujet par quelques mots sur le symbole qui représente proprement Fâme sur les monuments chrétiens, ayant pour nom Fâme ellemême, Psyché.

IV. C’est l’idée du Bon-Pasteur et de FOrante, c’est-à-dire originairement du Christ et de Susanne, type de l’Eglise et de Fâme fidèle, qui semble avoir donné entrée chez les chrétiens au mythe païen d’Éros et de Psyché, de \ Amour et de Y Ame, ainsi que le Bon-Pasteur a introduit le mythe d’Orphée. Comment douter que le premier y ait acquis droit de cité, puisqu’on le trouve plus de dix fois daus les seules catacombes romaines?

Le cimetière d’Ostrien, frère de celui de Priscille, en otfre le plus ancien exemple, ce semble. C’est un fond de coupe de verre et d’or, dont il reste deux fragments, que m’a montrés sur les lieux Mgr Crostarosa. On les a trouvés attachés à la chaux d’un loculus. On y reconnaît l’Amour embrassant Psyché. Le style fait songer au premier siècle auquel remonte le cimetière. Que ne connaissonsnous la tombe chrétienne qui a reçu pour symbole cette mystique image !

Le sujet d’Éros et de Psyché décore, à l’exclusion de tout autre, les deux parois latérales et la paroi du fond d’une chambre mortuaire du troisième siècle ou peut-être du second, qui est à l’extrémité du vestibule du cimetière de Domitille. Il domine, identique, avec une seule et légère variante, sur les trois arcosolium qui sont en bas, autour de la chambre. Éros et Psyché, dont les épreuves sont terminées, cueillent des fleurs au sein d’une prairie, dont les hautes plantes en sont toutes constellées, lui avec un vase pareil aux vases d’albâtre, elle avec une corbeille rustique, et ils les versent dans une

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corbeille unique, symbole de leur hymen. Ils en tisseront ces festons et ces guirlandes, dont on voit les murs décorés. Un couple de deux belles colombes est posé sur la corniche du cadre des trois tableaux et répond à leur couple. Au fond d’un des arcosolium de côté, un petit paon, tout humble, et un grand dans la splendeur de son vêtement, rappellent la résurrection. Le petit, assurément, doit s’élever dans le ciel à la suite du grand, comme les catacombes de Saint-Janvier, à Naples, et celles de Saint-Nazaire, à Milan, nous montrent deux petits paons sortant de leur nid ou portés en l’air, au-dessous d’un grand, celui-ci entouré des sept étoiles caractéristiques du Christ L L’arcosolium qui fait vis-à-vis présente, si nous l’avons bien pu reconnaître, une tortue, agrément des jardins et symbole de la lyre. Cette chambre surabonde de béatitude. Dom Guéranger a écrit de l’une des trois fresques principales :

« L’Amour et Psyché sont occupés à cueillir des fleurs. Ces fleurs signifient le parfum et la pureté de leur union. Psyché porte ses ades de papillon, auxquelles on la reconnaît toujours sur les monuments de l’art antique ; mais elle est modestement vêtue, et la corbeille de fleurs qu’elle a préparée pour l’Amour est déjà remplie. Les deux autres fresques respirent la même simplicité et la même tranquillité.On sent que le peintre a voulu seulement rendre l’idée, laissant à compléter par l’âme, la vraie Psyché, ce qui manque à l’expression des sentiments qu’elle éprouve envers celui qui, étant le Roi éternel a daigné convoiter sa beauté (Psalm. XLiv). L’imperfection artistique de ces peintures saute aux yeux ; mais leur manière ne nous reporte pas moins à l’époque la plus classique

L’auteur de Sainte Cécile vient de dire : « La synthèse des pein- « tures cémétériales, autant qu’on en peut juger par les débris à « l’aide desquels nous essayons de la former, ne conserva pas ce « délicat et mystérieux sujet. Probablement l’œuvre d’Apulée, qui « dénatura et souilla ce chaste symbole dans un livre obscène, en « rendit l’usage chrétien moins convenable et moins libre. » La vérité est que, sur les monuments plastiques au moins, ce sujet est maintenu du troisième au cinquième siècle bien après l’abandon de celui d’Orphée.

* D’Agincourt, Peinture, pL II, 9; Polidori, Sopra alcuni sepolcri ant. crist. scop. in Milano. 1845, p. 57; M. Martigny, 2® édit., p. 569.

® Sainte Cécile, 1873, p. 319. La première de ces fresques est donnée p. 320.

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Sur un magnifique sarcorphage trouvé, près du cimetière de Domitille.dans la vigne Ammendola, voisine du cimetière de Saint- Calixte, si elle ne lui est en partie au moins identique, sarcophage qui paraît antérieur à Constantin, on voit trois Bons-Pasteurs, portant la brebis sur les épaules. Le Christ est au milieu; et aux extrémités il me semble reconnaître deux apôtres, Pierre, sans doute, et Paul, qui, au cimetière de Priscille, placé en Orante en face du Bon- Pasteur, est appelé Pavlvs pastor apostolvs. Ces trois Bons-Pasteurs sont dans un vaste tableau rempli de pampres et d’ Amours cueillant la vendange. Un de ces Amours est l’Amour, Bros. Assis sur un pampre, il porte la main droite à sa tête en signe de deuil et tient de la main gauche un nid vide. 11 semble pleurer des oiseaux envolés ou dévorés par un serpent : il pleure Psyché perdue et lui-même. Mais voici Ferrante Psyché qui revient à lui et lui offre une éorbeille de raisins, symbole de cette béatitude dont le sarcophage est comme enveloppé et enivré, et qui, en étant le don de Dieu, est aussi le fruit de nos mérites. « Si les Amours, dit le B. P. Garucci, qui « cueillent les raisins représentent les bons Anges qui recueillent « les œuvres des justes. Psyché est ici posée pour figurer l’âme qui « porte avec elle au tombeau les fruits cueillis par elle '. » Fruits qui réjouissent le Christ, car ils sont le produit désiré de son Incarnation et de sa Passion : il est la vigne dont nous sommes les rameaux * !

Deux sarcophages du cimetière de Saint-Calixte, remontant au troisième siècle, présentent le groupe d’Bros et de Psyché s'embrassant ; une fois ils sont au coté du Pasteur portant sa brebis sur les épaules M. de Rossi déclare cette « sculpture probablement païenne ; « et ilia montre couverte de chaux et ensevelie. Si ce scrupule a existé, il n’a été que particulier et passager. Sans sortir du cimetière de Saint-Calixte, voici un monument analogue aux deux

* Monuinenti del Museo Latevanense descritti ed illustrati da Raffaele Garucci D. C. D. G. e pubblicati per ordine délia Santita di nostro stgnore Papa Pio IX. Roma, tav. XLIX, p. 104.

- Joan., XV, 5.

® Rom. soit., t. III, p. 444, 445. — Antiquités chrétiennes photographiées par M. Ch. Simelli, cataloguées et décrites par Mgr X. Barbier de Montault. Rome, 1870, n»31.

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précédents. Il a été produit le 9 décembre 1S77 à une des Conférences de la Société d' archéologie chrétienne à Rome.

« M. Mariano Armellini, dit le procès-vet bal, présente aux associés un anneau trouvé par lui au cimetière de Saint-Calixte, dans un loculus, et précisément au doigt du défunt. Dans l’anneau est enchâssée une pierre de jaspe rouge, où est un Amour qui tient à la main gauche un (lambeau et à la droite un papillon : il semble vouloir le brûler. Cette petite figure a quelque parenté avec le mythe de l’Amour et de Psyché, représenté quelquefois mais assez rarement sur les monuments chrétiens, ce que prouve la peinture très connue du cimetière de Domitille 1)

Est-ce pour brûler le papillon, Psyché, qu’est ici le flambeau de EAmour? Sur un sarcophage du cimetière du Vatican ^ l’Amour le tient assurément pour ressusciter Psyché ; et le palmier, le phénix sur le palmier, et le Christ qui le montre, prêt à s’élever au ciel au milieu des Apôtres, nous attestent que ce flambeau est le flambeau vivifiant de l’Esprit-Saint, celui de l’éternelle vie.

Si nous passons au cimetière de Priscille, un fond de coupe, dont nous avons parlé, présente Éros et Psyché s’embrassant dans les Champs-Elysées ^ La mosaïque de la voûte latérale et circulaire du splendide mausolée de Sainte-Constance offre, dans un compartiment, des aires curvilignes, octogones et tetragones, qui alternent. « Dans les plus petites aires, dit le R. P. Garucci, sont semées des « fleurs de formes variées, et au milieu des plus grande prennent « place des Amours et des Psychés, des oiseaux et des agneaux... « Les Psychés et les Amours ont diverses attitudes et portent divers « ornements et instruments L » Le sarcophage de Zacinius, trouvé au cimetière de Sainte-Hélène, avec cette épitaphe chrétienne : « ZACINI CESQVE [quiesce) IN PACE, Zacinius repose en paix », présente, aux extrémités de la face antérieure, un homme et une femme, Zacinius, sans doute, et son épouse ; et au milieu, là où l’on voit si souvent le Bon-Pasteur avec sa brebis, le Christ glorieux, ou

' Bulletino, 1879, p. 26.

^ Aringhi, t. 1, p. .107. — Ici, pl. XIII, 26.

^ Buonarruoti, Vetri, tav. XXVIII, 3; R. P. Garucci, Vetri,ta.\. XXXV, 4. — Voir ci-dessus chap. XX.

* Un de ces oiseaux a la huppe et tient du faisan. Serait-ce le phénix ?

® Storia, v. IV, Musaici, tav. CCVI.

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Susanne qui est l’Eglise, l’Amour et Psyché s’embrassent au haut d’une colonne autour de laquelle une vigne déroule ses pampres Un sarcophage du cimetière du Vatican, nous a offert l’Amour avec son flambeau, ressuscitant Psyché qui lui tend les mains, aux côtés de la tête du Christ montrant le phénix sur le palmier et disant aux Apôtres : Je suis la résurrection ^ Encore une fois il est évident que le mythe de Psyché a été christianisé comme celui d’Orphée. Et faut-il s’en étonner?

L’Eglise récupère son bien. Le mythe de Psyché vient de la Grèce. Mais la Grèce l’a reçu de l’Orient ; et c’est bien de la Bible ou des traditions primitives qu’il dérive en dernière analyse. Il est récent dans Part gréco-romain. « Les monuments du cycle de Psyché se « répartissent, dit un criliqne, sur un long espace qui va du IP siè- « de avant J.-C, au IV^ siècle de notre ère »... du « miroir étrusque « conservé au musée de Pérouse »... aux « mosaïques de Sainte- « Constance à Rome. C'est surtout an IP siècle de notre ère que la « représentation d’Éros et Psyché paraît être en faveur » Les monuments littéraires remontent plus haut. Fulgence ^ nous apprend qu’avant Apulée, Aristophane ou Aristophonte l’Atliénien avait écrit la fable de l’Amour et de Psyché. Or cet Aristophonte est cité par Athénée et Diogène Laerce comme un poète comique qui s’atlaclia surtout à tourner en dérision les disciples de Pythagore et de Platon ; ce qui fait soupçonner « que la fable de Psyché... fut un « des secrets de l’école pythagorienne, en ce qui touchait la doc- « trine de la migration des âmes, adoptée ensuite par l’école (( platonicienne » Derrière Platon et Pythagore qui n’entrevoit l’Egypte et l’Orient?

a De tout temps chez les Orientaux, dit Creuzer, l’on se représenta le rapport entre Dieu et l'homme, la séparation de celui-ci d’avec le premier, et leur réunion finale, sous l’emblème d’un époux et d’une épouse tantôt divisés, tantôt se rapprochant ; et l’on peignit les joies ou les souffrances de ces mystiques fiancés

‘ D’Agincourt, t. IV. Sculpture, pl. IV, 3, 5. — Ici, pl. XVI, 16. Cf. le sarcophage n® 17.

2 Ici, pl. Xlll, 26.

® M. Gollignon, Rev. archéol., 1875, t. XXX, p. 204.

* Mythologicum voeum antiquurum, III, 6.

® Herculanum et Pempei, t. IV, p. 112-114.

avec tout le feu de l’imagination . . . Nous n’en citerons pas d’autres exemples que le fameux poème sanscrit intitulé Gitagovinda, espèce d’idylle composée par Djayadèva, où se remarque une frappante analogie avec la fable de l’Amour et de Psyché, et le non moins fameux Cantique des cantiques de Salomon qui offre lui-même une grande ressemblance avec le Chant de Govinda ou du Pasteur.

« Pour nous résumer, nous pensons que l’allégorie de l’Amour et de Psyché, à en juger d’après les indices épars dans ce chapitre, vint aux Grecs comme une sorte d’initiation persique, et fut transplantée par des colonies sacerdotales à Samothrace, en Thrace et en Béotie *. »

Le Gita-govinda ou Livre-du-Pasteiir paraît remonter à un siècle au plus tard avant Jésus-Christ. Le Cantique des cantiques de Salomon nous rejette quatre siècles par delà Pythagore ; et la réplique abrégée de ce divin Épithalame, le psaume Exultavit cor meiim des enfants de Coré, qui écrivaient sous Ezéchias, nous porte plus d’un siècle encore avant lui. Avant le poème indien ou la fable grecque, on trouve donc les poèmes sacrés. Dans le mythe de Psyché, pour le dire en passant, je ne serais pas étonné que la critique ne reconnût un jour, avec des traditions dogmatiques primitives, des traits même de l’Histoire sainte. 11 me semble difficile de ne pas y entrevoir des souvenirs de la chute d’Eve curieuse et de la fille de Jephté livrée par son père à l’immolation qu’il croit exigée de Dieu. Ce mythe concorde aussi avec les doctrines, dont les Égyptiens nous attestent si expressément l’antiquité, des pui ifications diverses des âmes dans l’autre monde, de la résurrection des corps, de la déification des justes après la série de leurs épreuves. Nous avions, ce semble, plus encore de reprises légitimes à faire sur le mythe de "Psyché que sur celui d’Orphée.

Aussi en a-t-on fait davantage et sans délai. A côté de Susanne et du Christ, au cimetière de Priscille, nous trouvons, au cimetière d’Ostrien. Psyché et l’Amour dès le temps ou dès le lendemain des Apôtres. S. Paul lui-même semblait ouvrir la voie aux artistes chrétiens en écrivant : Le premier Adam a été fait âme (Psyché) vivante, ek tj^u'/riv Cûitrav ; le nouvel Adam, esprit vivifiant ^ L’Apôtre rappelle ici le mot solennel de la Genèse, dans les Septante : L homme devint une

’ Beligions de Vantiquité, trad. de Guigniaut, t. III (1839), p. 406.

2 I Cor., XV, 45.

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ÜYYIC vivClïltB, £Y£V£to 0 avOpwTToç stç (|/uy)]v î^wcav *. Â.U dixièlïlô sièclô, les artistes grecs, dans ce Pentateuque en mosaïque dont ils ont décoré l’atrium de Saint-Marc de Venise, peindront le Christ, le sceptre de son monogramme et de sa croix à la main gauche, lançant de la droite une petite Psyché qu’il tient sous les ailes, une âme, à la face d’Adam, statue d’argile qu’il vient de dresser devant lui. Premier Adam de la Création, image du second de la Rédemption !

Psyché, d'ailleurs, dans la langue grecque adoptée par les Apôtres et consacrée dans les trois premiers siècles par l’Eglise romaine pour la prédication officielle de l’Evangile, ne désigne point seulement Vâme, elle désigne aussi le papillon, cet être aérien qui paraît un souffle (4'^X'c) brillant comme l’âme, et qui était son symbole chez les anciens. Mais le papillon est un ver qui se fait un tombeau de sa substance terrestre et le perce pour s’élancer comme un diamant ailé dans les deux. Il est la vérité de la fable du phénix. Quel symbole donc de la résurrection ! Et les anciens pouvaient-ils l’omettre sur leurs tombes où ils ont réuni toutes les voix de la nature comme celles des saints Livres pour proclamer la grande espérance de l’homme? C’est dans le mythe de Psyché qu’ils ont représenté la merveille de vie du papillon. Le même sarcophage du cimetière du Vatican, des abords de la tombe de S. Pierre, nous présente ensemble le Christ ressuscité. Psyché aux ailes de papillon ressuscitée par LAmour, le phénix ressuscité sur le palmier, son homononyme, au milieu des Apôtres ombragés par une immense vigne, autre image de la résurrection ^

Dante sera l’écho des anciens monuments dans la fameuse exclamation qu’il pousse, au bas des sept cercles de sa montagne du Purgatoire, à la vue des orgueilleux se traînant, la poitrine ployée jusqu’aux genoux, sous la charge de pierre qui est leur supplice :

O chrétiens superbes, misérables épuisés,

Qui, infirmes de la vue de l’esprit.

Avez confiance en des pas rétrogrades.

* Gen., II, 7.

2 Ici, pl. XIII, 26.

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Ne vous apercevez-vous pas que nous sommes des vers

Nés pour former l’angélique papillon

Qui vole à la Justice, sans que rien l’en défende ?

Pourquoi votre âme se dresse-t-elle à la façon d’un coq ?

Par là vous êtes comme l’insecte en défaut,

Comme le ver dont la formation avorte

Un demi-siècle après ces vers de Dante, une princesse suédoise, la sainte veuve Brigitte, étant à Rome, entendra en vision des paroles plus douces, qui achèvent de nous montrer combien légitime et heureux est l’usage que les premiers chrétiens ont fait du mythe de Psyché :

« Alors la Vierge dit (au diable) :« Tu es le plus méchant des ravisseurs. L’âme est l’Épouse de l’Époux, mon Fils, car il l’a rachetée par son propre sang. Toi, tu l’as corrompue et emportée avec violence. Puisque mon Fils est l’Époux de l’âme c’est à toi de fuir devant lui s

Puisque nous venons de citer Dante et sainte Brigitte et de parler encore une fois du phénix, remarquons en passant que sa légende, à la suite de tant de Pères de l’Eglise auxquels le B. Albert-le- Grand, réputé le Salomon du siècle de S. Louis, n’a pu s’empêcher d’ajouter une croyance prudente ^ que cette légende, dis-je, figure

’ O superbi cristian, miseri lassi,

Che délia vista délia mente infermi,

Fidanza avete ne' ritrosi passi :

Non v’ accorgete voi, che noi siam vermi,

Nati a formar l’angelica farfalla,

Che vola alla Giustizia senza schermi ?

Di che l’anima vostrain alto gallal Poi siete quasi entomata in difetto,

Si comme verme, in cui formazion falla.

Purgatorio, X, v. 120-9.

® Bevelat., 1. I, cap. XI.

® Voici le texte du B. Albert-le-Grand, au traité De Animalibus :

DE PHCENICE.

Phœnicem avem esse Arabiæ in Orientis partibus scribunt hi qui magis theologica mystica quam naturalia perscrutantur. Dicunt autem hanc avem sine masculo etsexus commixtione solam in sua esse specie, et convenire in orbem, ettrecentis 40 annis vivere solitariara. Est autem, ut dicunt aquilinæ magnitudinis, ca-

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comme vraie dans la Divine Comédie et dans les Révélations de celle qu’on a bien nommée « la Mère séraphique ». Dante, suivant de près Ovide et le B. Albert-le-Grand, écrit :

Ainsi par les grands sages il est affirmé

Que le phénix meurt et puis renaît

Quand il approche de sa cinq-centième année.

Herbe ni blé ne sont sa pâture en sa vie,

Mais les seules larmes de l’encens et de l’amornum ;

Et le nard et la myrrhe sont son dernier maillot *.

put habens ut pavo, fauces etiam habet cristatos, circa collum fulgore aureo purpureus est, caudam habet longam purpurei coloris, pennis quibusdam roseis interscriptam sicut interscribitur cauda pavonis, quibusdam orbibus ad modum oculorum formatis : et hæc varietas rniræ pulchritudinis. Cumque sentit se ætate gravari, constr'uit nidum in alta et abdita super limpidum fontem sila arbore ex thure et myrrha et cinamomo et aliis aromatibus pretiosis, et ruit in nidum, et se radiis ferventibus objicit solis, et illos resplendentia pennarum multiplicat donec ignis elicitur, et sic se cum nido incendit, et incinérât : dieque altero dicunt vermein in cineribus nasci, qui alis die tertia assumptis infra paucos dies in avem pristinæ figuræ commutatur : et tune avolat. Referunt etiam hic jam semel in Heliopoli Ægypti civitate accidisse, quod super compositionem lignorum sacrificiorum avis hæc aromata comportans se incendit, et ad visum sacerdotis prius dicto modo duabus generationibus vermis et avis formata est et avolavit : et, sicut dicit Plato, non sunt nobis calumnianda quæ libris sacrorum delubrorum conscripta refei untur.

Opera Lugduni 1^51, t. VI, p. 638.

‘ Coü per li gran savi si confessa

Che la fenice muore, epoi rinasce,

Quando al cinque centesimo anno oppressa.

Erha ne’ biada in sua vita non pasce, iMa sol d' incenso lagrime e d’ amomo ;

E nardo e mirra son l’ultime fasce.

Jnferno, XXIV, v. 106, 111.

Ajoutons ici un mot à ce que nous avons dit, chap, XXVII, sur le phénix. Les Egyptiens avaient identifié le Bennou non seulement avec le soleil mais encore avec la planète Vénus. Ils l’appelaient a Yennu hesiri, l’oiseau Vennou d’Osiris ». (Notes sur les noms Egyptiens des planètes, par M. le V. E. de Rougé, Paris, 1856, in-I2, 23 pages, p. 20). « Cet astre, dit M. de Rougé (ch. XVII. du Rituel, O p. 240), par ses apparitions successives au soir et au matin, était comme une « excellente expression des périodes de renouvellement ». Ce second phénix sidéral, analogue au premier, se confondait, ainsi que lui, avec l’oiseau. De là.

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Dans sainte Brigitte, le Christ lui-même emploie, comme comparaison familière à tous et eu pleine harmonie avec la puissance et la sagesse divine, la légende du phénix. Elle lui sert à expliquer les secrets mystères de sa grâce dans les âmes. Ayant dit à l’angélique veuve, son épouse, qu’il ne pouvait lui montrer les êtres spirituels, anges ou démons, que sous des images corporelles, la nature humaine n’étant pas capable de supporter la vue des esprits, « alors « elle répondit :

« O mon Seigneur, qui êtes le Fils de la Vierge, pourquoi avez-vous daigné visiter une veuve aussi vile que moi qui suis pauvre de toutes bonnes œuvres, bornée dans l’intellect de ma conscience, et consommée par une longue durée de temps en toute sorte de péché?

« Il lui répliqua : « J'ai trois choses. Je puis enrichir celui qui est pauvre et rendre capable et intelligent celui qui est dépourvu de sens et a peu d’intelligence. Je puis aussi renouveler celui qui est d’un grand âge et lui rendre la jeunesse. Comme le phénix, quand il est accablé de vieillesse, porte en un lieu creux de petites branches sèches et, parmi ces branches, celles d’un arbre qui de sa nature est sec au dehors et chaud au dedans, et que la chaleur y venant d’abord, ce bois s’enflamme aux rayons du soleil, et que par lui s’enflamment ensuite toutes les autres branches, ainsi te faut-il rassembler toutes les vertus au moyen desquelles tu pourras te renouveler en quittant le péché. Parmi elles tu dois avoir un bois chaud intérieurement et extérieurement sec, c’est-à-dire uti cœur qui soit pur étant sec extérieurement de toute délectation mondaine, et plein intérieurement de toute charité, en sorte que tu ne veuilles rien, que tu ne désires rien que moi. C’est sur ce cœur que viendra d’abord le feu de ma charité, et ainsi tu seras enflammée des vertus, et y étant consumée et étant purgée des péchés, tu ressusciteras comme un oiseau renouvelé, après avoir déposé la peau de la délectation charnelle »

ce semble, un second sens, non inconciliable avec le premier du texte du chapitre 64 du Rituel : « Il (Osiris, le soleil couchant) vient de Sekhem (qui est à « l’Occident) à An (lléliopolis, qui est à l’Orient), faisant connaître au Bennou « les choses de Hadès... Le Bennou est renversé sur le dos au-dessus des morts.

« Horus (le soleil levant) fait son œil éclairer la terre. » N’est-ce pas Vénus absorbée dans la lumière du soleil, en même temps que le phénix, type des êtres vivants, abattu, au solstice d’été, par ce soleil ardent qui va le ressusciter en donnant au Nil le signal de l’inondation?

‘ Sicut enim Phœnix, cum senio gravatur, comportât in vallem stipulas siccas, inter quas comportât stipulas unius arboris, quæ exterius est sicca ex natura et intus calida, in quam primo venit calor, et ex solis radiis incenditur. Deinde ex ipsâ omnes stipulæ accenduntur. Sic... resurges quasi avis renovata, deposita pelle delectationis. L. II, cap. XVIII,

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Une autre fois,

« Le Fils parle à l’Epouse :

« .... Je t’ai dit aussi tout d’abord que je veux être aimé avec ferveur, car je suis un certain feu de divine dilection. Dans mon feu sont en effet trois choses admirables. La première, c’est qu’il est ardent et ne s’embrase jamais; la seconde, c’est que jamais il ne s’éteint; la troisième, c’est qu’il est toujours ardent et jamais ne se consume. Ainsi ma charité pour l’homme était dès le commencement dans ma divinité ; elle est devenue de plus en plus ardente quand j’ai pris mon humanité; et elle est ardente au point qu’elle ne s’éteint jamais, mais rend l’âme fervente sans la consumer, et en la fortifiant toujours de plus en plus. C’est ce que tu peux observer dans le phénix qui, accablé de vieillesse, réunit des morceaux de bois sur une montagne très haute, et, quand ils sont allumés par la chaleur du soleil, se jette dans le feu, et, ainsi mort par le feu, ressuscite. Pareillement l’âme qui est embrasée du feu de la charité divine se relève par lui comme un phénix meilleur et plus fort L »

Après Dante et sainte Brigitte, l’Espagne, qui doit donner à l’Eglise le phénix de l’amour divin appelé Thérèse de Jésus, apparaît portant dans ses processions le phénix, en compagnie de l’aigle auquel le Moyen-Age prêtait une légende analogue à celle du phénix lui-même.

A Barcelone, le 12 juin 1424, la procession du Corpus^ c’est-àdire de la Fête-Dieu, avait lieu ainsi. A la suite des trompettes ouvrant la marche ; des gonfalons des églises ; des brandons ou torches de la cathédrale, de la ville, des aveugles et estropiés et des dix corporations; des croix de la cathédrale, des paroisses et des religieux ; des clercs de toutes les églises paroissiales ; des Frères de la Merci, du Carmel, des Augustins, des Mineurs; des chanoines et de tout le clergé de la cathédrale, on voyait des représentations de l’Ancien et du Nouveau Testament, commençant à la Création même et à l’expulsion des mauvais anges du ciel. Sept chœurs d’anges, espacés parmi ces représentations, chantaient la gloire de Dieu dans ses œuvres. On n’avait pas oublié les « juges de Susanne — Susanne, l’ange et Daniel. » Avec «Judith et sa servante — Raphaël et Tobie, »

‘ Sicut in Phœnice colligere poteris, quæ senectute gravata colligit ligna in monte altissimo, et illis ex calore solis accensis, projicit se in ignem, et sic ab illo igné mortua reviviscit. Sic anima, quæ ex igné charitatis divinæ succenditur, de eo quasi Phœnix melior et fortior consurgit. L. IV, cap. LXXVII.

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ils précédaient « l’Annonciation de la Vierge Marie. » C’est après les saintes femmes chrétiennes et les martyres qu’on voyait « le Christ «ressuscité avec la croix — ... le saint sépulcre avec tout son attirail « et la Madeleine derrière. » Venaient ensuite les Confesseurs, les Martyrs, les Apôtres et le Saint-Sacrement entre les quatre Évangélistes et une troupe d’anges jouant des instruments de musique. Les bâtons du dais étaient portés par les grands seigneurs, y compris « l’envoyé de Venise » et « le Seigneur roi » d’Aragon et de Sicile, Alphonse dit le Sage et le Magnanime. Des anges et des démons, tous armés de verges, suivaient le corps du Christ, à ses ordres, pour ses grâces ou ses justices. Devant lui, au milieu des Martyrs, s’élevait « le phénix », et au milieu des Apôtres, « l’aigle. » Les vignettes d’un Bestiaire de l’Arsenal, du XIIL siècle ', nous permettent de reconnaître leur dessin en somme et certainement leur symbolisme. Le phénix, avec son aigrette, est au sommet d’un arbre, au milieu de son nid d’aromates qui s’enflamme, et déploie ses ailes. L’aigle, vieux et aveugle, plonge dans un bassin d’eau, image du Baptême et de la résurrection, pour y renouveler sa jeunesse, ou bien émerge du bain pour s’élancer au soleil

Ces réminiscences de la légende du phénix et de celle de Psyché, qui attend le crayon de Raphaël, sont intéressantes à signaler chez les auteurs du Moyen-Age. Elles prouvent, ce que nous a déjà démontré le fait particulier de Susanne, que le symbolisme des premiers siè-

^ Le R. P. Ch. Cahier, Mélanges cV archéologie, t II, 1851, p. 75-84; Ibid., p. 182 et pl. XX, A c ; p. 164 et pl. XX, x, pl. XXIII, b v. — Le vitrail du XIIR siècle, dit de la Nouvelle Alliance, à la cathédrale de Bourges, présente à l’un des quatre côtés du tableau du Christ ressuscité, entre David qui chante la Passion et la Résurrection sur sa harpe et le pellican qui nourrit ses petits de son sang, un arbre portant un nid au sommet. Le nid touche le cadre du tableau. Je ne puis douter que ce ne soit le nid du phénix. David dit : Factus sum sicut pellicanus (Ps. CI, 7; cathédrale de Chartres, vitrail de la Nouvelle Alliance), et : Justus florebit sicut Phœnix (Ps. XCI, 13; Tertullien, de Resurrectione, XIII). En face, on voit le lion de la légende {Bestiaire, I) ranimant le lionceau mort que la lionne vient d’enfanter par la bouche. Au-dessus, le fils de la veuve de Sarepta est ressuscité par Elisée {item, cathédrale de Chartres), et fait face à Jonas vomi par le monstre. Voir Monographie de la cathédrale de Bourges, par les PP. A. Martin et C. Cahier, 1841-1844, pl. I et p. 55.

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des de l’Eglise ne cessait de s’y perpétuer, et qu’à y bien regarder, tous les siècles chrétiens, avee des différences dans le développement des arts comme dans celui des dogmes, restent foncièrement les mêmes.

De nos jours l’Eglise, dans la sainte liturgie, rappelle, avecleCantique des cantiques, le mythe de Psyché des antiques tombes chrétiennes, en disant de saint Laurent Justinien, ce patricien de Yenise qui a mérité d’en être le premier patriarche et l’un des patrons : « Invité par la divine sagesse au chaste hymen du Verbe et de Pâme, « ad castiim Verbi et animæ conmibmm ' . »

Pour achever de bien comprendre ces types consacrés de la béatitude céleste, fournis par la théologie chrétienne et auxquels la poésie païenne a si gracieusement servi de contre-épreuve, Susanne et son Époux mystique. Psyché et l’Amour, rappelons-nous la célèbre vision de la martyre Perpétue, avec ce grand Pasteur qu’elle aperçut dans l’immense jardin céleste et qui mit dans ses mains lamanne éternelle, après lui avoir dit ; « Tu es la bienvenue, ma fille ^ ! » Mais surtout lisons la vision de Saturus, qui suivit celle de Perpétue. Comme elle donne bien le ton de variété sublime et de tendresse ineffable dont tous les monuments des catacombes semblent inspirés, ce ton de Dieu avec ses enfants, des enfants de Dieu avec leur Père !

« Le béni Saturus fit connaître aussi cette vision qu’il écrivit lui-même : a Nous avions souffert, dit-il, et nous sortîmes de la chair, et nous commençâmes à être portés à l’Orient par quatre anges dont les mains ne nous touchaient pas. Nous allions, non pas couchés sur le dos et la face en haut, mais comme montant une pente molle. Délivrés, nous vîmes aussitôt une première lumière immense, et je dis ; Perpétue — elle était en effet à mon côté, — c’est ce que le Seigneur nous promettait : nous sommes en possession de la promesse. Puis, pendant que nous étions portés par ces quatre anges, un grand espace se fit devant nous, qui ressemblait à une sorte de lieu planté d’arbres verts, ayant des rosiers arborescents et toute espèce de fleurs. La hauteur des arbres était comme celle des cyprès, et il en tombait des feuilles sans interruption. Dans ce lieu planté d’arbres verts étaient quatre nouveaux anges plus brillants que les premiers. Sitôt qu’ils nous virent, ils nous donnèrent des marques d’honneur et dirent aux autres anges : Les

‘ Die V sept. Lectio IV.

^ Acta, 4.

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voici ! les voici ! avec tidmiration. Et lesquatre anges qui nous perlaient, saisis de respect, nous déposèrent, et nous traversâmes de nos pieds l’étendue d’un stade par une large voie. Au bout nous trouvâmes Jucundus et Saturiiinus et Artaxius, qui ayant souHert la même persécution furent brûlés vifs, etQuintus qui, martyr lui aussi, avait quitté la vie en prison ; et nous leur demandâmes où étaient les autres. Mais les anges nous dirent : Venez d'abord, entre:, et salue: le Seigneur.

Et nous vînmes près d’un lieu dont les murs étaient tels qu’ils semblaient construits de lumière ; et devant la porte de ce lieu quatre anges étaient debout qui, entrant, nous revêtirent de blanches tuniques. Et ainsi vêtus, nous entrâmes et nous vîmes une lumière immense, et nous entendîmes une acclamation concertante de personnes disant; AGIOS, AGIOS, AGIOS (Saint, Saint, Saint) sans interruption. Et nous vîmes au milieu de ce lieu siéger comme un homme âgé, ayant des cheveux de neige et un visage de jeune homme : nous ne vîmes pas ses pieds. Et à sa droite et à sa gauche étaient vingt-quatre vieillards, et derrière eux beaucoup de personnes debout. Nous entrâmes en grande admiration et nous nous tînmes debout devant le trône; et quatre anges nous élevèrent, et nous Le baisâmes, et de sa main il nous fit un geste transversal sur le visage. Et les autres vieillards nous dirent : levons- nous. Et nous nous levâmes et nous nous donnâmes la paix.Etles vieillards nous dirent: Aile: et joue:. Et je dis : Perpétue, tu as ce que tu veux. Et elle me dit : Grâces soient rendues ii Dieu, puisqu' ainsi que j'étais joyeuse dans la chair, je suis encore plus joyeuse ici maintenant *. »

Les conclusions de ces recherches étendues sur Susanne dans l’antiquité chrétienne paraissent être légitimement celles-ci. La plus ancienne Orante caractérisée, l’Orante faisant partie intégrante du cycle des sujets chrétiens symboliques, c’est l’Orante biblique par excellence, Susanne. En principe, et sauf indication contraire, c’est Susanne qu'il faut voir dans l’Oranle. Mais ce symbolisme primitif devait recevoir et a reçu de l’extension. L’Orante désigne des fidèles défuntes, spécialement la martyre Agnès et la Vierge Marie ; il y a des Orantes qui sont des défunts, des saints; parfois les Orantes figurent les âmes distinctes du corps, comme la Psyché des Grecs. C’est à des signes plus ou moins exprès, soit les noms écrits, soit des indications spéciales, soit la teneur des épitaphes à nous faire résoudre les cas particuliers. Ces signes doivent être clairs et faciles, car ils s’adressaient au peuple continuellement présent dans les cimetières. Quand ils manquent, reconnaissons dans la femme en prière Susanne, comme nous reconnaissons Noé à son arche, les Hébreux à leur

‘ Acta, 11, 12.

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fournaise, bien que parfois il faille voir dans l’arche et même dans la fournaise ccrlaines figures substituées. Au quatrième siècle, Agnès, r honneur des romaines chrétiennes, comme Susanne le fut des filles de Judas, remplacera presque Susanne à Home en tant que symbole de l’Église. Mais bienfôt, à Rome et dans tout l’univers, c’est à la femme bénie entre toutes les femmes, à la Yierge Mère de Dieu, à la Reine des Anges et des Saints, à Marie, que reviendra l’honneur de représenter, avec le sexe d’Ève exalté au plus haut des cieux, RÉglise de Jésus-Christ.

Il nous reste maintenant à conclure cet ouvrage. Nous ne le ferons point sans rencontrer Susanne encore.

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