‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 91 sur 129 · DEPUIS LES RAVAGES DES GOTHS · texte numérisé non relu

DEPUIS LES RAVAGES DES GOTHS

Après avoir rappelé que sept papes, Marcel, Marcellin, martyrisés tous deux par Dioclétien, Sylvestre, Libère, Sirice, Célestin, Vigile, fidèles champions de la foi à la paix de l’Eglise, ont été inhumés dans le cimetière de Priscille, M. de Rossi commence ainsi le tableau de ses annales de désolation : « Les Goths, durant le siège de Rome, que dirigeait en 537 Vitigès, déchargèrent leur haine contre les Romains sur les sanctuaires suburbains et sur les cimetières des martyrs : à ce siège se rapportent les paroles du Liber Pontificalis : les églises et les corps des saints martyrs furent anéantis,

exterminata sunt, par les Goths * Les plus grands dégâts furent ceux

commis sur les monuments des deux voies Salare, car c’est de ce côté que l’armée vint contre Rome et que les assauts des Goths furent les plus fréquents et les plus vigoureux. Les tombeaux des saints étaient la proie du soldat en fureur, dit une épigraphe métrique placée précisément sur la voie Salare neuve, en souvenir de ces dévastations sacrilèges et des pieuses restaurations subséquentes Une épigraphe pareille sur la voie Salare ancienne parle des violences furibondes de l’armée ennemie dans les saints temples, quand le Gète assiégeait les remparts ceints d'un fossé^. Le pape Vigile, dans l’épigraphe connue, qui fut dictée, après le siège, probablement par le poète Ai’atus et qui, répétée à plusieurs exemplaires dans divers cimetières, l’a été dans un au moins de la voie Salare neuve, raconte les méfaits des Goths, à l’endroit des sépulcres des saints. Ils firent aux saints, dit-il, une guerre abominable ; animés d’un esprit sacrilège, ils renversèrent les sépulcres : sur quoi il déplore expressément la perte des inscriptions sépulcrales et des vers damasiens qui ont péri avec le marbre brisé. Dans la période suivante de la guerre des Goths et dans les assauts donnés à Rome par Totila, je ne trouve pas de souvenir exprès de l’hostilité contre les sépulcres des martyrs. Une épigraphe mutilée du sixième siècle, parlant des violences des barbares dans les cryptes des martyrs, fait entrevoir cependant une seconde période ; . . . De nouveau soulevée Les antres sacrés avaient perdu leur antique splen-

deur. Quant aux Lombards, le saccage fait par eux dans les sanctuaires suburbains, en 755, fut horrible. Alors Astolfe enleva, comme butin de guerre, de nombreux corps des saints qu’il porta à Ravie. L’abbaye de Nonantola prétendait avoir reçu d’ Astolfe, en 753, le pape y consentant, le corps de S. Sylvestre. La date et le consentement du pape sont faussetés évidentes, comme l’a bien démontré Tiraboschi, qui admet néanmoins que les reliques, crues de S. Sylvestre, ont été transportées de Rome à Nonantola en 756,

j * In Silverio, § V.

I * V. Gruter. 1176, 6.

I » Gruter 1170, 13.

APPENDICE

c'est-à-dire après le siège de Rome et les dévastations et vols sacrilèges de l’armée d’Astolfe l’année précédente. Cela me paraît un indice spécial que la basilique de S. Sylvestre aussi a été ravagée par les Lombards, »

« Ainsi donc, cette d estruction furieuse et barbare, dont nos yeux sont témoins, des sarcophages de marbre, mis en pièces et en petits morceaux, plus encore dans le cimetière de Priscille que dans les autres hypogées des diverses régions suburbaines, est démontrée par l’histoire et par les témoignages monumentaux. Et puisque les sarcophages de marbre furent dans la nécropole primitive de Priscille, comme dans celle de Domitille, le rite et le mode de sépulture le plus ancien, spécialement pour les tombeaux les plus nobles, il est naturel que Priscille ou Prisca, Pudens, Pudentienne, Praxède et les autres illustres fondateurs et hôtes du cimetière des Pudens, ayant été déposés dans des arches de marbre, ce soit sur ces arches qu’aient été déchaînés les premiers coups de la rage impie et sauvage, de la bestialité de ces ennemis des Romains et de tout ce qui leur était cher et saint. »

Le pape Jean P’’ (523-526) renouvela le cimetière de Priscille sur la voie Salare, écrit son biographe et contemporain, dans le Liber Pontificalis. Après le siège de Rome par Vitigès et une nouvelle dévastation des cimetières en 537, 538, le pape Vigile renouvela en gémissant ce qui avait été détruit, porte l’épigraphe citée plus haut. Et de même après la prise de Rome par Totila et sa reprise par Narsès, le pape Jean III (.560-573), dit son biographe, aima et restaura les cimetières des saints martyrs. Nous n’avons aucun renseignement particulier sur les restaurations faites par ces deux papes au cimetière de Priscille. Mais la déposition en 554 de Vigile, mort en Sicile, dans la basilique de S. Sylvestre, ad S. Marcellum, paraît être, non sans raison, à M. de Rossi, « l’indice que quand il répara les dommages faits par les Goths, il prit, avec un l’espect et une dévotion spéciale, soin de la sépulture et des reliques de son ancien prédécesseur, » de S. Marcel, dont « il fit peut-être la translation des cryptes à la basilique. » D’autre part, le pont Salare, voisin du cimetière, détruit par Totila, puis refait et pompeusement inauguré, avec une épigraphe solennelle, par Narsès, nous indique assez que le cimetière eut sa part des restaurations nouvelles. « C’est au temps de Vigile ou de Jean III, après les violations et les profanations des tombeaux faites par les Goths, qu’il me semble plus vraisemblable, ajoute M. de Rossi, d’attribuer le placement des reliques des martyrs (Félix et Philippe, et un groupe d’anonymes) sous l’autel majeur de la basilique de S. Sylvestre. » Les pèlerins topographes du VIP siècle nous montrent ces reliques transportées là des cryptes souterraines, ce qui, vu le respect des tombes, si sévère, si invétéré chez les chrétiens, vu leur inviolabilité sanctionnée par les lois civiles elles-mêmes, n’a pu être que la suite de circonstances majeures, c’est-à-dire de catastrophes.

La basilique de S. Sylvestre, qui s’élevait au-dessus du cimetière et de ses cryptes primitives, servait de rendez-vous aux pèlerins, si bien qu’au hui. tième siècle le cimetière est appelé cœmeterium S. Silvestri L En 962, on montrera encore l’église de S. Sylvestre, placée dans des lieux déserts... hors de la porte Salare *. Depuis il n’en est plus fait mention, sinon qu’à la fin du

> Lib. Pontif., in Hadriano I.

* Marini, Papiri, p, 46.

APPENDICE 785

seizième siècle, Bosio signale, dans la vigne dé Cuppeis, des ruines qu’il conjecture bien être celles de « l’église du cimetière, appelée par quelques uns de S. Sjdvestre. » Ces ruines ne laissaient pas la moindre trace, quand des fouilles, exécutées en novembre et décembre 1890, sont venues mettre à nu les fondements de la basilique et de divers mausolées ou tombeaux qui l’environnaient, ainsi que de divers tombeaux renfermés dans son enceinte même.

Suspendons un instant l’histoire du cimetière de Priscille depuis les ravages des barbares, pour contempler, au septième siècle, et au dixième encore, ces précieux monuments. Il a fallu, hélas! en enfouir de nouveau les restes. En voici le plan publié par M. de Rossi en septembre 1891 :

APPENDICE

« L’église centrale A, dit M. de Rossi, est un quadrilatère, à trois nefs. Elle paraît être construite d’une manière anormale et peu régulière, parce que 1 architecte a profité des murs d’une fabrique préexistante, divisée en chambres, dont il reste encore, sous le plan de l’église, les murs de séparation et les pavés de mosaïque à cubes de pierres noires et blanches, au fond des tombeaux que le pavé de la basilique recouvre. Ainsi la bordure a, en cubes noirs sur fond blanc, appartient à une de ces chambres, subdivisée depuis par de petits murs élevés sur le pavé antique en mosaïque, pour la construction des tombeaux de ceux qui ont été ensevelis sous l’étage du temple sacré. Les murs marqués par les traits les plus forts sont ceux de la fabrique antique, dont le plan était à un niveau inférieur du plan de la basilique. C’est pourquoi il en reste assez pour reconnaître le mode de construction, qui fut tout en briques, avec peu de chaux entre les lignes de briques, comme dans les fabriques de ce genre des bons temps de l’Empire. Les murs marqués par des traits moins forts sont ceux de la basilique, des chambres environnantes et des petits murs de séparation des tombeaux construits sous le pavé. La construction des murs principaux est très irrégulière, mêlée de tufs, de fragments de marbre et de briques ; il n’est question, toutefois, que des fondements de l’édifice et non des murs s’élevant au-dessus de terre. Les canaux b, couverts par des tuiles inclinées, qui se sont trouvés ensevelis dans le nouvel édifice, recevaient l’eau de la pluie et des gouttières de l’édifice antérieur et conduisaient cette eau à la piscine limaria (faite pour clarifier l'eau) 5, changée depuis en crypte sépulcrale, sur les murs de laquelle porte la nef de gauche de l’église supérieure. En somme, la petite basilique de S. Sylvestre fut construite en adaptant à son usage et en transformant la maison superposée à l’hypogée des Acilii. En d’autres termes, la maison rustique du domaine des Acilii Glabriones, c’està-dire le prétoire de leur villa, devint l’oratoire et l’église centrale du cimetière de Priscille *. »

Nous parlerons plus loin de ces illustrissimes Acilii Glabriones et de leur hypogée, dont la découverte a précédé et amené celle de la basilique. Achevant de parler de celle-ci, disons qu’elle n’existait probablement pas en 327 : une inscription céméteriale portant cette date a été trouvée sous un lucernaire, existant au point i de l’hémicycle de gauche, bouché lors de la construction de cet hémic3’cle et réouvert dernièrement par les fossoyeurs. Un graphite de 375, qui paraît postérieur à ces changements, nous indique qu’elle existait à cotte date. L’épitaphe d'un lector de Palacine, l'église de Saint-Marc, érigée par le pape de ce nom, successeur, en 336, de S. Sylvestre, cette épitaphe, datée de 348 et appartenant au cimetière sur-terre qui enveloppait la basilique de S. Sylvestre, semble bien indiquer que la basilique existait déjà. Le passage des Actes apocryphes de S. Sylvestre où on lit que sa déposition fut faite « par son ordre dans le cimetière de Priscille >>, mérite donc d’être pris en considération, et M. de Rossi le prend ainsi.

• Sous le pontificat de S^dvestre, dit-il, vécut et fleurit à Rome Acilius Severus, consul en 323, préfet de la cité en 325, ami de Lactance, le célèbre rhéteur chrétien, le précepteur de Crispus, fils de Constantin. Dans l’examen

‘ Bulletino, 1890, p. 107.

APPENDICE

de la généalogie des Acilü j’aî démontré le christianisme de ce Severus et sa descendance des Glabrionea inhumés dans le cimetière do Priscille, Sylvestre donc, dans les premières années de la Paix, choisissant pour sa sépulture le cimetière de Priscille, et, dans ce cimetière, l’endroit précis où les cryptes des Aci/û'et les cryptes adjacentes furent vénérées à l’égal des sanctuaires les plus augustes de Rome {limina sanctorum), sanctionna de quelque manière la vénération due à ce martyrium : et lui-même probablement, avec la coopération ou au moins le consentement d'x\cilius Severus, transforma en oratoire sacré public la domiis superposée à l’hypogée acilien, où les fidèles et les pasteurs s’étaient réunis ou retirés durant les persécutions. Il dédia la basilique que nous venons de retrouver, comme désignant le point le plus noble, le plus historique, le plus central de la très antique nécropole priscillienne. En ce même temps a dù être faite la noble décoration de mosa'iques, de marbres, de colonnes dans l’hypogée des Acilü, et en particulier dans la piscine changée en une grande crypte ; le tout ouvert à la vénération des fidèles et rendu facilement accessible par l’escalier, qui débouchait près de la tribune de la basilique et du tombeau de S. Sylvestre *. »

Ce que la Cappella Greca, l’église du cimetière souterrain de Priscille, a été durant les trois siècles de persécutions, la basilique de S. Sylvestre le sera de pair, dans le cimetière sur-terre, aux siècles atteints enfin de la paix de l’Église

Le tombeau de S. Sylvestre était sans aucun doute au chevet de la première abside de sa basilique, en c, l'autel devant être dei-rière, en face de la seconde abside occupée par le clergé. « D’abord, Sylvestre, pape et confesseur, » dit le pèlerin de 625-628, du manuscrit de Salzbourg, qui ajoute : << Et à ses pieds S. Sirice, pape. » C’est donc en d qu’était le tombeau de S. Sirice. I^e pèlerin poursuit : » Et du côté droit, Célestin, pape et Marcel, évêque. '> In dextera parte désigne-t-il la nef droite de la basilique? Il est probable, les deux mentions suivantes de Philippe et Félix et de Crescention se rattachant à elle, et la seconde même à son intérieur. Quoi qu’il en soit, le pape S. Adrien écrira à Charlemagne, en parlant du monument où il voulait reposer près des papes martyrs Marcellin et Marcel : « Le pape S. Célestin décora de peintures inspirées par le troisième saint Concile (celui d’Éphèse) son propre cimetière » Ces peintures, où Nestorius était assez visé, représentaient le Christ, vrai Dieu, vrai homme, admettant au Paradis ses témoins, ses martyrs et y appelant ses suivants, les fidèles. On y voyait un tableau de la Nativité, un de la Passion, un de l’Ascension, celui-ci avec le mot des deux Anges aux Apôtres, annonçant la descente du Christ du ciel pour le Jugement dernier. On lisait au-dessous :

Qvi natvm passvraque devra repetisse paternas Sedes atqve itervm ventvrvra ex aethere crédit Jvdicet vt vives rediens pariterqve sepvltos Martyribvs sanctis pateat qvod regia coeli Respicit interior seqvitvr si praemia Christi.

* Coocil., ed. Mansi, t. XIII, p. 801.

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« Celui qui croit que Dieu, étant né et ayant souffert, a regagné la demeure de son Père, et qu’il descendra de nouveau des régions célestes, pour juger, étant de retour, et les vivants et ceux qui reposent dans les tombeaux, voit comment, s’il s’attache aux récompenses du Christ, s’ouvre aux saints Martyrs la cour intérieure du ciel. »

« Philippe et Félix et une multitude de saints sont sous l’autel majeur, » poursuit le pèlerin . Il s’agit, avec nombre de martyrs anon^'mes, de deux des sept fils martyrs de la martyre sainte Félicité, tous transportés des cryptes du cimetière sous un autel qui, avec de pareils trésors, et sans doute avec un éclat correspondant, portait naturellement le titre de « majeur. » On pense avec raison qu’il était en f, dans l’édifice B, qui devait correspondre par une ouverture avec l’abside contiguë de la basilique A de Saint- Sylvestre. Les tombeaux dont on voit les traces dans cet édifice, montrent l’empressement qu’on avait à reposer auprès des saints martyrs. Les hexamètres suivants de S. Damase se lisaient près de l’autel ou devant, et ont été transcrits par les pèlerins à la suite des précédents, avec lesquels ils forment un seul tout dans les manuscrits :

Cvltores domini Félix pariterque Philippus Hic virtvte pares contempto principe mundi Aetheriam petiere domvm regnaque piorvm Sangvine qvod proprio XPI mervere coronas His Daraasvs svpplex volvit sva reddere vota.

« Attachés au Seigneur, Félix et Philippe, égaux ici en vertu, a3'ant méprisé le Prince du monde, sont allés dans la demeure céleste et les royaumes des pieux. Puisqu’ils ont mérité avec leur propre sang les couronnes du Christ, Damase suppliant a voulu leur offrir ses vœux. »

M. de Rossi me disait, en mars 1888 : « M. Le Blant vient d’acheter un fragment de base de colonne portant les noms de Félix et de Philippe, qui semble provenir de la base du ciborium de l’autel des Martyrs à la basilique de Saint-Sylvestre, et avoir été dérobé pendant les dernières fouilles h »

Le pèlerin qui vient d’écrire : « Philippe et Félix et une multitude de Saints sont sous l’autel majeur, » ajoute : « et dans la crypte {in speluncâ) Crescentius (lisez ; Crescention) mart^T. » L’escalier descendant à cette crypte partait de l’intérieur de la basilique, d’au-dessous de la tribune, sur le côté gauche de la nef centrale. On le voit sur le plan marqué par le chiffre 1. Les chiffres 2 et 3 indiquent un couloir conduisant de l’escalier à l’h\-pogée 4 des Acilii et à la piscine Umaria 5, transformée par eux en une splendide chambre sépulcrale, vers le temps de la construction de la basilique.

Deux des trois monuments que nous offre notre, plan, à gauche de la basilique de S. Sjdvestre, renfermaient probablement les tombeaux des papes Libère et Vigile. L’épitaphe de Libère, en cinquante-quatre hexamètres, si même nous l’avons sans lacune — étendue sans exemple — , a été retrouvée

’ Le dessin de ce fragment, où figurent encore les noms de deux autres des sept fils de sainte Félicité, a été publié en mai 1888 dans les Mélanges d’AfChéologie et d'Histoire de l'École française de Rome, p. 294.

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paf M. cto Rossi dans un manuscrit de l’abbayc de Corbie, maintenant à Saint-Pétersbourg. Document insigne qui montre combien S. Grégoire VII avait raison de restituer à Libère le titre de saint, et combien Bossuet a eu tort d’écrire: « Cliute de Libère — Liliftre... de tout son pouvoir anéantissait la foi, Omni ope inf ringebat fidem ' ! »

’ Def&nsio Declaralionh. 1. IX, c. 33. — « La chute d'un seul pape, quelque affreuse qu’elle soit..,» Deuxième Lettre pastorale sur les promesses de l’Église, 'ilOl. — L’épitaphe de S. Libère a été publiée par M. de Rossi, dans le Dulletmo de 1883, p. 8 et suiv., et dans les Inscriptiones Christianæ, t. II (1888), p. 83, 85. Voici la traduction de ce précieux monument :

« Combien grand avait été le dévouement au Seigneur des parents qui engendrèrent un tel et si puissant confesseur, saint prêtre, colombe sans fiel, maître au cœur pur de la divine Loi !

« Naissant, tu fus reçu par cette Eglise, ta mère ; elle te nourrit avec dévouement, toi fils heureux, qui devais pour elle souffrir volontiers tous les maux. Enfant, tu as commencé à prononcer de douces paroles. Bientôt, d’un ton naturel et pieux, tu es devenu lecteur des Ecritures, et ta langue a moins fait entendre les paroles de la loi que la Loi elle-même. Ton enfance appelée simple fut chérie du Seigneur. Aucune maligne tromperie n’altérait artificieusement le texte des pages en ton office exact et pur de lecteur. Adolescent, tu conservas la même simplicité de cœur, mûr d’esprit dans les ardeurs de l’âge, modeste, ami de la retraite, prudent, doux, grave, intègre, plein d’équité. Lecteur sans reproche, cette vie d’or fut la tienne.

« De là, jeune homme, tu fus, par ton mérite soutenu, créé diacre pour servir sans tromperie et d’un cœur pur et sincère Dieu dans la chasteté, l’intégrité, la pudeur, et pour être digne, après quelques années de cette vie de lévite sévère, de cette conduite juste et bienheureuse, d’être élu à bon droit et par un droit perpétuel, étant sans tache et plein de foi, à ce si grand siège où brille avec sérénité la splendeur du Christ. Tu y siégeras, avec ton âme pure. Pape immaculé, enseignant bien et saintement, toi fait Maître de par la loi céleste, la doctrine apostolique à un peuple vertueux.

« Quand tu donnais tes traités, qui ne pleurait ses péchés de nouveau? Dans un synode où tous les iniques sacrilèges sont confondus, la foi embrassée à Nicée triomphe après que, seul contre une multitude, tu as entrepris la lutte et, par la foi catholique, gagné tout le monde autour de toi. Ta voix sincère de combattant fut salutaire, disant ; Je n’ai point peur de ceci, et je ne consens point à commettre cela.

« Ce fut là toujours la ferme constance de ton âme. Déchiré, arraché de ton siège, traîné au loin afin que, prêtre, tu voilasses de quelque noirceur ta face, que ta noble main portât faussement les Clefs émules du ciel, et que tu souillasses la figure du Seigneur resplendissante de lumière, voilà qu’une seule lutte véhémente ne te suffit pas. En sus, par l’exil, tu prends, martyr, le chemin des astres ; et parmi les Patriarches et les Prophètes révélateurs de l’avenir, parmi la troupe des Apôtres et des Martyrs puissants, trouvé digne avec cette troupe et placé avec honneur au milieu d’elle, tu es justement admis comme prêtre en la' présence du Seigneur.

« C’est ainsi que par ton mérite une puissance si grande t’est concédée, qu’étant de la maison du Christ, tu tends la main à ceux qui souffrent, que tu chasses les démons, que tu purges et purifies ceux qui sont accablés de maladies, que tu •rends les hommes saints et vigoureux par le nom du Père et du Fils, à qui nous croyons tous. Et lorsque nous voyons ce trépas éminent qui est le tien, nous portons tous en nous l’espérance que nous serons tous bienheureux, nous qui avons suivi ton mérite et ta foi. »

APPENDICE

Les caveaux, formæ, g, g, sont des sépultures de fidèles qui, aux abords comme dans l’intérieur de la basilique de Saint-Sylvestre, se pressaient à 1 envi auprès des tombeaux remplis de bénédictions des martyrs et des saints.

Tel est le spectacle qu’offrait au septième siècle la basilique de S. Sylvestre, avec ses alentours. La création de cette basilique et la sépulture des Papes au cimetière de Priscille s’expliquent d’ailleurs très bien par l’histoire, pour six papes du moins sur les sept. En 303, durant la furieuse persécution de Dioclétien, les cimetières qui appartenaient à la communauté des chrétiens étant confisqués, notamment le premier de tous, celui de Calixte, où depuis un siècle on déposait tous les papes, le corps du pape martyr Marcellin fut reçu par les Acilü dans leur domaine de la voie Salare, près de leur hypogée, dans la nécropole chrétienne des temps apostoliques. Compagnon d’armes et successeur de Marcellin, Marcel voulut naturellement reposer pi'ès de lui. Très lié avec les deux, Sylvestre voulut de même reposer près d eux, et transforma la maison rustique des Acilii en basilique cémétériale. Lecteur et diacre de Sylvestre, Li’oère rejoignit pareillement Sylvestre; Sirice, ayant suivi Libère comme lecteur et diacre, d’après le début de son épitaphe, rejoignit Libère ; Célestin, d iacre de Sirice, rejoignit Sirice aussi. Quant à Vigile, mort en Sicile en 555, c’est probablement à une translation des reliques de S. Marcel qu’il doit d’avoir été déposé de S. Marcel, sur la voie Salare *.

Reprenons l’histoire du cimetière de Priscille.

En 755, Astolfe assiégeant Rome, « les cimetières, écrit le pape Paul P*', furent démolis de fond en comble par les attaques impies des Lombards, qui, creusant divers tombeaux, même ceux des martyrs, et les ravageant avec impiété, dérobèrent les corps de quelques saints et les emportèrent avec eux » Paul !«■■, désespérant de pouvoir réparer de tels désastres, prit le parti de transporter les corps des saints, des lieux ravagés, dans les églises de la cité. Le 19 juillet 761, il transporta le corps de S. Sylvestre au monastère fondé par lui dans sa maison paternelle, à Saint-Sylvestre in capile Le catalogue des reliques, en forme de calendrier, gravé sur marbre dans le portique, montre que cette église ne reçut alors aucune autre relique du cimetière de Priscille. La paix étant rendue à Rome, le pape Adrien entreprit avec ardeur la réparation des sanctuaires et des cimetières suburbains. Il restaura sur la voie Salare le cimetière tombé en ruines, de S. Sylvestre, confesseur et pontife et de plusieurs autres saints » Cette restauration générale des cimetières, qui dut concerner les églises sur-terre plus que les cryptes, ne put en arrêter l’abandon et la ruine. Peu d’années après la mort d’Adrien, nous trouvons les cryptes détruites, et les corps des martyrs continuent à en être tirés et à être transportés dans les églises de Rome. Le cimetière de Priscille est dépouillé de ses reliques les plus vénérables. Parmi les translations qu’on en fait, est celle accomplie par S. Léon IV (847-55

' Bulletino 1890, p. 119-122.

’ Ep. XII, in Concil. ed. Coleti, t. VIII, p. 446.

* Liber Pontif. in Paulo.

* Liber Pontif. m Hadriano.

APPENDICE

dans l'église des Quatre-Saints-Couronnés. Il porta là, des cimetières, beaucoup de corps des saints qui depuis longtemps gisaient sans honneur, inculta Dans le nombre, le biographe contemporain et un marbre gravé d'après lui, à la suite de l’incendie de la basilique en 1112, nous montrent un groupe de saints, jadis ensevelis dans le cimetière de Priscille, parmi lesquels sont Aquilinus, Aquila et Prisca. «J’ai exposé, dit M. de Rossi, dans le de 1867, les raisons et les conjectures qui me donnent la quasi-persuasion que ce sont là les membres de la famille d’Aquila et Prisca ou Priscilla qu’ont rendus célèbres les Actes des Apôtres et les Épîtres de S. Paul et qui ont donné leur nom au Titre de l’Aventin plus communément appelé de Sainte-Prisque. »

Là, finit pour plus de sept siècles l’histoire du cimetière de Priscille. Abandonné désormais, il va être oublié. Pomponius Lœtus et ses compagnons, les Académiciens, qui ont laissé dans une crypte du cimetière de Calixte leurs tristes preuves d’impies sectaires, y pénétrèrent sur la fin du quinzième siècle, et y écrivirent au charbon sur les murs leurs noms retrouvés par M. de Rossi, mais sans rien de plus. L’histoire littéraire moderne de cet ancien cimetière ne date vraiment que de 1590, où le flamand Philippe de Winghe en examina les restes su r-terre et sous-terre, et consigna ses observations dans un autographe que possède la bibliothèque de Bruxelles. Ciacconio et Baronius le visitèrent vers le même temps et le reconnurent bien pour le « cimetière de Priscille. » Bosio et Ugonio y firent, le 28 avril 1594, une visite décrite par ce dernier dans son journal autographe conservé à la bibliothèque de Ferrare. Bosio décrivit et fit dessiner ensuite dans sa Borna sotterranea tout ce qu’on en connaissait alors d’intéressant. Fabretti, Boldetti, Marangoni, Bottari transcrivirent, aux XVIP et XVIIP siècles, nombres d’épitaphes tirées des hypogées chrétiens des deux voies Salare, sans distinguer celles appartenant à celui de Priscille. Vers la fin du dernier siècle et au commencement de celui-ci, cette noble nécropole en vint jusqu’à perdre son nom. D’Agincourt ne la connaît que sous le nom vulgaire de Catacombe du Crucifix, pris d’une chapelle moderne voisine. Ce docte français y a dessiné de très nobles fresques oubliées par ses prédécesseurs, dont celles de la crypte appelée Cappella Greca par les fossoyeurs, et la mosa'ique d’un arcosolium ^ « représentant peut-être des martyrs inhumés là. » Nous parlerons de ce « si précieux monument, » enfin retrouvé en janvier 1888.

En 1851, M. de Rossi entreprit l’examen du cimetière et de ses monuments visibles alors. Il publia en 1863, dans les Imniagini scelle délia B. Vergine, en 1864, dans le P'' volume de ssl Borna sotterranea, divers résultats de ses études. Les fouilles faites cette année 1864 dans la grande basilique, dont fait partie la Cappella Greca, par la Commission d’archéologie sacrée et exposées par son secrétaire Profiii, dans le Giornale di Borna, et les découvertes faites près de là, de 1868 à 1870, de tombeaux primitifs intacts, protégés contre les dévastateurs par d’anciens murs de soutènement qui les cachaient, vinrent confirmer ces résultats, que M. de Rossi remit

‘ Lib. Pontif. in Leone IV.

* Histoire de l’art depuis sa décadence. Peinture, PI. IX; XIII, 16.

APPENDICE

en 1880 sous les yeux du lecteur. En 1883, considérant comme « entièrement découvertes » les « cryptes insignes les plus anciennes » du cimetière de Priscille, celles de l’étage supérieur, il appliqua l’argent qui accompagnait la médaille d’or à lui offerte par tout l’univers savant, le 24 juin 1882, pour le soixante et unième anniversaire de sa fête de S. Jean-Baptiste, aux fouilles de 1 étage inférieur. 11 rendit compte de ces fouilles dans le Bulletino de 1884- 85. 11 publiait en même temps le plan de la partie primitive de l’étage supérieur, dont il donnera toutes les inscriptions anciennes subsistantes dans le BuHelino de 188(5, paru en juin 1887. Le commencement de janvier 1888 est venu causer à l’illustre archéologue et à nous tous la plus agréable surprise. Les « cryptes insignes les plus anciennes » n’étaient point « entièrement découvertes. » Une crypte nouvelle est apparue, près de « la mosa'ique » dessinée par d’Agincourt, apportant les plus piquantes et les plus décisives confirmations des origines apostoliques attribuées par la science et la sagacité du grand archéologue romain, comme par la tradition, au cimetière de Priscille.

Le 19 mars, après avoir fêté sous le patronage de S. Joseph les noces d’argent cardinalices de Son Éminence le cardinal Pitra, avec les RR. Abbés de Solesmes, de Ligugé et de Marseille, M. de Rossi nous donnait rendez-vous pour le lendemain en ce cimetière de Priscille, où le 16 mai 1871, il avait déjà conduit l’illustre Éminence bénédictine et moi-même. Pendant une heure, il nous résumait, avec sa charmante clarté et sa verve chaleureuse, ses vues sur le vénérable cimetière dont il nous montrait les trésors anciennement ou récemment retrouvés. C’est au retour de cette visite mémorable entre tant d’autres faites depuis dix-huit ans, plusieurs fois avec M. de Rossi lui-même, et me sentant sous la main les éléments essentiels d'une conclusion, que j’ai pu achever, à part quelques détails, l’étude entreprise sur l’église de ce cimetière, dite Cappella Greca, prise pour cadre d’une étude sur toutes les antiquités chrétiennes.

Après le complément, qu’on vient de lire, des faits historiques concernant le cimetière de Priscille et intéressant aussi son église, il nous reste, pour achever l'illustration de la Cappella Greca, à tracer et à commenter brièvement le tableau détaillé des monuments funéraires formant son entourage au premier siècle de l'Église romaine, en suivant pas à pas le plan topographique que M. de Rossi a gracieusement transporté de son Bulletino dans ce livre. C’est bien VEylise des premiers-nés qui sont inscrits dans le ciel, dont nous allons, à leurs tom.bes, reconnaître les citoyens, c’est bien la montagne de Sion, la ville du Dieu vivant, de la nation sainte ,dont nous parcourrons, sur les traces mêmes de S. Pierre et de S. Paul qui parlent ainsi ‘, le réseau des voies sacrées.

La région primitive du cimetière souterrain de Priscille se divise en trois sections, contiguës mais séparées, ayant chacune son escalier particulier, et marquées par ces trois monuments insignes, la Cappella, dite Greca, la crypte de la fresque de la Vierge et du Prophète, l’hypogée des Acilii Glalrriones.

i Hebr. XII, 22, 23; I Pet. 11, 9.

La Section de la CAPPELLA GPiECA.

Nous avons, le lecteur et moi, devant les yeux, le plan topographique publié par M. de Rossi et reproduit ici, la ‘planche XVII, tirée du Bulletino m Archeologia christiana, 188i-8o :

CAPPELLA GREC A. Que le lecteur remarque dans le couloir C, à gauche, un étroit passage, près d'un mur de soutènement teinté en noir, conduisant dans la galerie B. Ce passage était fermé et n’a été ouvert que par les fossoyeurs modernes. Il séparait la vaste région occidentale où en K 1 on trouve la célèbre fresque du Prophète montrant l’étoile de l’Enfant-Dieu, en face de la Vierge qui l’allaite, de la petite région orientale où la Cappella Greca porte le n“ A^i.

La Cappella Greca était primitivement fermée du côté de la grande galerie souterraine A, et ouverte au côté opposé, au bas de notre planche, à l’abside rectangulaire qui, défoncée tout récemment, a fait reconnaître l’antique ouverture. La chapelle du cimetière avait cette entrée en face du sanctuaire; elle en avait une seconde latérale en 1, le mur, où les fossoyeurs modernes ont pratiqué l’étroit passage 1, n’existant pas. On y arrivait par l’escalier 2, débouchant dans la grande galerie A, et conduisant à la galerie B, et de là, à travers le passage 1, à une longue galerie qui avait le sanctuaire en face et lui servait de nef. La galerie B était comme une nef latérale adjacente au sanctuaire et en communication avec lui, où le pontife et les fidèles s’entendaient sans se voir durant la célébration des saints mystères. Les femmes, séparées des hommes, étaient probablement ici, et les hommes, dans la longue galerie d’où on contemplait l’autel.

Aux côtés et au chevet de l’église étaient des galeries et des cryptes pour des tombes, lesquelles consistaient généralement en des sarcophages de marbre, dont on n’a retrouvé que de menus débris. La grande galerie A, d’environ douze mètres de long et quatre de large, après avoir été le quartier central assez visible de l’arénaire transformé depuis en cimetière, et un vaste atrium pour l’église, deviendra, au quatrième siècle une grande église souterraine. Elle apparaît alors bordée de chambres funéraires et de deux églises, la basilique A', crypte à laquelle a été ajoutée une abside, et la Cappella Greca, au fond du sanctuaire de laquelle une porte a été percée. L’entrée directe a été fermée par une niche, l’entrée latérale par une autre, l’autel porté vers l’extrémité opposée, toute la chapelle retournée enfin. Parcourons une à une les parties si diverses de cette grande église, unique peut-être en importance dans les catacombes, en y recueillant précieusement

APPENDICE

les trop rares monuments échappés aux dévastations. Que ce soit en ayant toujours présentes à la pensée ces paroles de M. de Rossi : « Dans la grotte majeure {spelonca maygiore) les topographes du septième et du huitième siècle virent et signalèrent distinctement les tombeaux de Prisca, Pudentienne, Praxède, Symetrius »

I — — « En 1864, la grotte majeure (A) produisit au jour le fragment

suivant dune très noble épitaphe sépulcrale écrite en lettres antiques, grandes et fort belles : ... 71e ? RATIÆ ... AQVI la? ... feci T. C’est, paraîtil, l’épitaphe faite par un Aquila ou un Aquilinus à sa femme, sa mère ou sa sœur ; et chacun comprend combien elle est importante et digne d'attention dans de telles conditions et circonstances de lieux, de temps et de souvenirs » Plus tard, d’ailleurs, un Aquilma apparaîtra près d’ici, en C. Une autre épitaphe retrouvée en morceaux, « de belle paléographie et de style pareil à celui de la plus ancienne famille priscillienne, » est celle d'une VLPIA HELias.^ faite par son mari PRISCVS. Telle autre épitaphe du cimetière, dont les caractères et le style conviennent au temps des Jules, des Claudes. des Flaviens, des Ulpiens comme à celui des Antonins, celle d’un « affranchi d’Auguste, préposé aux faiseurs de tentes, A VG. LIB. PRAEPOSITVS. TABERNACVLO nuu doit être rapprochée des précédentes. Le métier des iahei'naculai'ii fut précisément celui d’ Aquila et de l'apôtre S. Paul lui-même. « La mention des faiseurs de tentes dans le palais des Césars, unique dans l’épigraphie des cimetières souterrains, se trouvant exactement sur une épitaphe de celui de Priscille, ne me paraît pas, dit M. de Rossi, sans quelque relation avec les premiers fidèles qui exercèrent cet art à Rome, ou avec leurs proches descendants » Qu’on se rappelle, avec cela, que parmi les saints transportés par S. Léon IV du cimetière de Priscille à l’église des Quatre-Saints-Couronnés, figurent Aquilinus, Aquila et P)'isca, ces deux-ci étant considérés comme les coopérateurs de S. Paul. Est-ce le hasard qui a pu rattacher à ce cimetière, et au point même où nous sommes, tous ces détails concordants pour nous montrer, noms, profession et traditions, les Aquila et Prisca du Nouveau-Testament? Comment douter que nous touchions de près le lieu de leur sépulture?

Un fragment de sarcophage, faisant lire : PAVLI, trouvé près d'un graphite tracé sur un fragment d’enduit qui porte cette acclamation PAVLE VI"VES, Paul, vis! nous présente un défunt portant le nom de l’Apôtre, et un souhait qui n’est peut-être pas sans allusion au mot de S. Paul ; Je vis dans la foi au Fils de Dieu ‘.

Dans cette « grotte majeure » on trouva encore en 1864 un fragment contenant en grandes lettres à pointes frisées : ... ISM .... CPR {sanctis ma}’ty)'ibus.... hoc pi ecor ?). M. de Rossi estima que c’était un fragment d'inscription damasienne originale ou restituée vers le temps du pape Vigile. Mais elle ne répond à aucune inscription damasienne transmise par les copistes. Un fragment de l’épitaphe d’un notaire, probablement ecclésiastique,

^ Bulletino, 1880, p. 48.

’ Ibid, p. 52-54.

♦ Ibid. p. 28. — Galat. II, 20.

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de dix-liuit ans, trouvée là ou auprès, faisait lire : .... N MARTVRIBVC, vis avec les martyrs, ou : paix a loi, avec les martyrs-, une épitaphe métrique : ... PETA'i’lS ... VT VIVAT IN AEVVM, iJemamlez (ô martyrs!) ... qu'il (le défunt) vive à jamais. C’est la preuve qu’on vénérait, qu’on invoquait ici des martyrs. Hélas ! aucun fragment n’a livré un seul de leurs noms. Mais ne sont-ce [>as Symetrius, Prisca et Pudentienne même, qualifiée de martyr, S. Polenliana martyr, par le topographe du VIP siècle?

Une épitapiic grecque d’un loculus, du type prisciilien, mais non primitif, a donné la formule solennelle : sv EIRIINII, en paix, non primitive non plus. Deux autres pareilles ont donné les noms de FELIX et de VALE rius, ou VALE ria ; une quatrième, en lettres grandes mais non belles, celui de Maximüla, femme de clarissimc mémot/'C, c’est-à-dire de famille consulaire: MAXIMILAE C. M. F *. Ce qui est plus important encore, trois fragments d’épitaphes grecques, se rattachant à l’épigraphie priscillienne primitive, ont présenté deux Aurelius et un Flavius, et une épigraphe latine a présenté de même un Aurelius Brac {carus?). Ajoutons que Boldetti a lu ici même, ou tout prés, cette épitaphe aux trois noms, se rattachant à l’épigraphie primitive : P. AELIVS LVCIVS On sait qu’Adrien était un Ælius, Antonin un Aurelius, Marc-Aurèle un Ælius- Aurelius.

Sous le pavé on a trouvé des tombes, non de marbre, mais construites avec des briques et à toit aigu. Trois, briques ont l’empreinte PORTu LlCmi,qui dénomme Marc-Aurèle; une d’elles porte la date de 164, troisième année de son règne; une autre celle de 159; une autre celle de 147; d’autres sont du temps environ de Marc-Aurèle et de Commode Elles nous indiquent assez qu’ici il n’y avait plus de places pour les sépultures que sous le pavé, les parois étant pleines, quelques années seulement après le milieu du second siècle.

Passons aux cryptes qui entourent « la grotte majeure, » la grande église.

IL — A' — Cette crypte A', ornée d’une abside vers le temps de la paix de l’Eglise, l’a été pareillement d’un revêtement de marbre dont on aperçoit les traces. Sous le revêtement, elle offre, placée en 1, l’inscription suivante — une cavité ronde paraissant avoir contenu un médaillon — :

KH IA O <ï»OIBH TH<FIAANAPÜ-KA niTQN-OCYNBIOC KAI-EAYTÜ

A Ceia Phæbe qui a aimé son mari, Capiton son conjoint : [à elle) et à luimême. Les lettres grandes et régulières, mais non de forme calligraphique, ne permettent pas d’assigner une date à cette épitaphe. Cependant le nom de famille Ceia, très rare, et le surnom Phæbe, d’un usage assez antique

* Bullet., 1886, p. 155; 1880, p. 31.

“ Bullet., 1886, p 157-8.

* Ibid., p. 159.

APPENDICE

chez les chrétiens et qu’on trouve même dans les Épîtres de S. Paul (Rom. XVI, 1), répété plusieurs fois dans les galeries de l’arénaire du cimetière de Priscille, rattaclient en quelque sorte cette épitaphe à celles de la famille primitive de l’épigraphie priscillienne. » Ce surnom, Phœbe, de la diaconesse de Corinthe dont S. Paul éciât aux Romains : Je vous recommande notre sœur Phœbe, ajoutant: Saluez Prisca et Aquilames auxiliaires dans le Christ, ce surnom, rencontré ici à côté des surnoms Aquila et Prisca, précisément comme dans l'Épitre de S. Paul, mérite assurément attention. Le passage de l’Apôtre jette sur lui un reflet apostolique qui saisit.

Sur le pavé et en place on lit cette épitaphe, de même diction que la précédente :

eip? IINHTII CEMNOTATH /AI fl)IAANAPÜ AollvIC O CTNBIO.C

A Prénété (?) très digne, qui a aimé son mari, Lucius son conjoint. A côté de sa femme, Lucius a placé sa fille avec cette épitaphe :

AYPIIA- AOTKIAAA TII rATKl’TATII ©VrATPI AÛTKIC O IIATHP

A Aurélia Lucilla, fille très chère, Lucius son père. « Lucilla tenant son surnom de son père Lucius, le nom de famille Aurélia a dû être commun à la tille et au père, qui fut donc un Aurelius Lucius. Le prénom Lucius est très connu pour avoir été employé comme surnom aux second et troisième siècle de l’Empire '. »

On a trouvé, épars dans la cr^-pte, trois fragments d’une inscription latine, unique dans l'epigraphie chrétienne. C’est la table des dépositions de différentes personnes d’une même famille, au moins certaines d’entre elles, avec

ces trois dates consulaires : 182, 228, 233 ou 269. On y lit M-q-FILIAE-

ElVÿ, qu'il convient d’interpréter: ... de clarissime mémoire, jeune fille (q), sa file, en se rappelant le C. M. P', ci-dessus deMaximilla. «L’album donc des dépositions, qui semble continué du second siècle au troisième, offrait les noms d’une famille et descendance presque certainement clarissima, c’esta-dire consulaire, qui avait ses tombeaux et son hypogée spécial dans un des plus nobles centies du cimetière de Priscille. Qui ne songera aux Pudens et à leurs tombeaux ? Dans les lettres AT'VS de la seconde ligne (du premier fragment retrouvé), ne devrons-nous pas peut-être reconnaitre le reste de jîOüAT'S^S, nom d’un des fils de Pudens, qui a, dit-on, donné son nom aux thermes célèbres où fut le titulus Pmfenfw sur le Viminal ? » M. de Rossi qui a pesé pendant des années ces pensées, les communiquant à ses

' Ibid. p. 157,

APPENDICE

amis, les a livrées au public en 1888, quand il a eu perdu l’espoir de découvrir d’autres lettres de cette inscription propre à les confirmer où à les infirmer. Aucun souvenir n’étant resté de la descendance de Pudens vers la fin du second siècle et au troisième, aucune base pour attribuer des fils à Novat et à son frère Timothée, dont les thermes ont aussi porté le nom, le prudent archéologue se contente de soumettre avec réserve ces conjectures aux savants h

Sous le pavé de la crypte « furent ensevelis des sarcophages de marbre, alors naturellement qu’il n’y avait plus de place pour les mettre au-dessus.» M. de Rossi en découvrit deux en 1881, et il me les montrait, le 14 décembre, l'un devant l’autre, au pied de la paroi de gauche. Le plus voisin, à cannelures droites sur la face principale, a le cadre pour le buste du défunt, clipeus, et le cartel, pour le nom, simplement ébauchés. L'autre, à cannelures en spirale, offre un buste viril dans le clipeus, deux cornes d’abondance croisées au-dessous, et, aux deux extrémités, le Génie du sommeil qui éteint sa torche. Ces deux sarcophages étaient, par l’archéologue, jugés du second siècle. Un troisième ne présente aucun ornement. Vers la fin du second siècle, cette crypte funéraire devait donc être au complet.

Au fond de la crypte, en 3, a à l’endroit que nous appellerions de l’autel isolé, était irrégulièrement construit un tombeau fermé par une table, portant l’épitaphe d’une fidèle morte en 394, » celle d’Urania Aurélia Domna, faite par Léonce néophyte. Sur les marges de la table était étendue la chaux qui scellait le tombeau. M. de Rossi y lut les restes d’un graphite : MARTVR. il eut un rayon d’espérance de trouver le nom du plus illustre martyr inhumé dans la crypte. Vaine illusion ! 11 finit par lire sur la chaux crevassée, croulante, maintenant anéantie : LOCVS MARTVRIAE d p XII... F lace de Marturia déposée le XII... C'est la simple indication de la sépulture d’une autre fidèle à côté de ce tombeau On voit cependant avec quel empressement, plus ou moins discret, on recherchait, vers latin du IVe siècle, une place dans la mort auprès du saint ou des saints vénérés à l’abside do cette crypte.

Après ces documents nouveaux, nous trouvera-t-on téméraire si nous nous sentons fortifié dans les conjectures que nous ont fait proposer les indications des pèlerins du VIP siècle, et de plus en plus incliné à voir dans « la petite basilique revêtue de marbre » la « sépulture de Pudens, Pudentienne et Praxède ® ? »

III — A" — Rien de nouveau sur cette crypte dont les restes de fresque rappellent le IP siècle.

IV — Am — Même observation sur celle-ci, où d’Agincourt paraît avoir vu à la voûte le Bon-Pasteur et les Saisons, du style du IP siècle environ, qu’il a publiés, t. VI, pl. vi, 15.

V — A*^ — Même observation. Chambre sans ornement. On y lit sur une plaque de marbre : 1864. C’est la date des fouilles et de quelques réparations.

1 Bullet. 1880, p. 30-32.

* Bulletino, 1880, p. 29 j 1868, p. 65, » P. 17.

APPENDICE

VI — Ay — Même observation encore. Petite chambre, qui parait très ancienne, toute revêtue de feuillages en stuc, dont on voit les restes. '

Vil — — Église du cimetière, dite CapppÂla Greca. Depuis 1885, M. de

Rossi a fait défoncer l’abside rectangulaire, qu’on voit sur le plan, faisant '

face à l'entrée actuelle, ouverte dans le mur qui servait primitivement de fond à la chapelle. L'entrée primitive de la chapelle était par le couloir 1, fermé depuis par un mur ; et une galerie, fermée aussi depuis par le mur du fond de l’abside rectangulaire, servait de nef principale. La galerie B formait une nef latérale.

Les fidèles, Juifs ou Gentils, mais Gentils en grande majorité, étaient bien !

représentés par ces Mages, peints à l’entrée du sanctuaire, et vis-à-vis l’autel, qu’on voit accourir, avec des présents, de Jérusalem à Bethléem vers rEufaut-Uieu qui, sur les genoux de la Viei’ge, leur tend les bras. Les trois Hébreux délivrés de la fournaise par le Christ — lequel, sur une autre fresque du cimetière, vient à leur secours en Phénix planant sur les flammes — , c’était un tableau d’autel bien naturel en cette cnapelle essentiellement funéraire, où l’Agneau de Dieu s’offrait spécialement en sacrifice pour la délivrance des âmes du Purgatoire. Ce tableau était à bon droit couronné par une lunette offrant le Christ sous les traits de Moïse, qui fait jaillir i’eau de la vie éternelle et apaise la soif ardente des âmes retenues dans les flammes de l’expiation. Susanne en butte aux poursuites des deux infâmes magistrats, c'est-à-dire l’Église continuant la passion du Christ ;

sous les persécutions des rabbins juifs et des proconsuls romains, Susanne condamnée sur leur faux témoignage, Susanne délivrée par Daniel, le Jugement de Dieu, qui les envoie au supplice qu’ils lui ont préparé ; la l’ésurrection du idirist sous la ligure de celle du paralytique, et peut-être de celle de Jouas ou de Lazare; son ascension au ciel ou, Bon-Pasteur, il reporte la brebis humaine perdue, et l'installe parmi les délices des quatre Saisons d’un eternel Parauis : c'étaient bien les sujets qu’il fallait représenter en ce lieu sacré où le peuple devait lire en images les articles de son <

Credo, et célébrer bien des foi-s dans le secret ces fêtes qui les résumaient, l’Épipiianie, Pâques, l’Ascension, la Pentecôte, jour de naissance, de gloire et déjà de combats mortels de l'Église. M. de Rossi, qui avait hésité sur le symbolisme de l’orante de la Cappeiia Greca, disait, le 20 mars 1888, devant cette orante, en présence des trois aobés bénédictins de la congrégation de France |

et de moi-méme : « On est à peu près d'accord que l’orante est Susanne. » j

Quant au style des peintures de la Cappella Greca, M. de Rossi le qualifiait ^ '

de « style le plus classique, » d’un « art plutôt grec que romain ; » et, com- j I

parant les figures de ces peintures â des statues grecques, » il finissait sur ce mot : « rien de plus beau. » Ce n'est pas a Rome, en effet, c’est à Pompéi qu’on croit être en les regardant. Les protestants sont contraints d’avouer ^

qu’elles sont du second siècle au moins ; et tel d'entre eux, chicaneur écrasé par l'évidence, leur a, de belle fantaisie, assigné, disait M. de Rossi, la date de l'an 170. C est dire combien elles reportent le cimetière de Priscille et sa |

chapelle aux temps apostoliques et au berceau de l'Église romaine. ’

Postérieurement â ces fresques insignes, et à un intervalle de temps assez notable, fut construite, en face de l’entrée de la chapelle, l’abside triangulaire, où, le long des deux côtes, Obrimos déposa dans -deux sarcophages

APPENUlCll

son cousin et condisciple Palladius et sa femme Nestoriané. Il fit peindre dans la conque les deux épitaphes gTec(iues qui feront appeler par nos fossoyeurs Cappella Greca la cliapolle tout entière.

Déjà peut-être cette chapelle a subi une transformation radicale. L’entrée, qui était latérale, est fermee par un mur et portée au fond du sanctuaire percé par une ouverture cintrée ; l'autel et la chaire quittent leur place, consacrée par tant de souvenirs augustes et que l’entourage fait exprès des admirables fresques semblait avoir tixee à jamais, pour yenir à une abside rectangulaire opposée qui coupe la galerie formant nef. Qui a pu causer cette étonnante transformation I Elle s'explique avec la tombe ü’un martyr placée ici et devenue l’autel : elle ne s’expliquerait guère autrement. Or, le pèlerin du Vll“ siècle, qui était à l’hypogee ou nous sommes, a vu, près de l’escalier de sortie, quautio exeas, d’un côté la crypte de Pudentieiine et de Praxède, qui est probablement la petite basilique ci-dessus décrite, de l’autre, celle de Symetrius et de Prisca, qui alors ne peut etre que la Cappella Greea. Le prêtre Symetrius, martyrise vers le milieu du second siecle, ayant été inhume par Pra.xède eue/ qui il avait ete saisi tenant une assemblée chrétienne, on comprend qu’elle lui ait consacre cette chapelle, en reportant l’autel à l’abside construite pour son tombeau. La vierge Prisca martyrisée près d’Ostie, entre 27o et )ü8;l, sera inüuniee en ce cimetière par le pape S. Eutychien : on comprend aussi qu’on ait ferme la seconde entrée àQ la. Cappella Greea pour y établir son tombeau non moins précieux. Symetrius se trouverait ici et Prisca là, que la raison de la transformation de la chapelle resterait la même. Le tombeau d’un martyr a pu seul, ou je me trompe, être cause de la grande transformation qui est sous nos yeux.

Le pèlerin du ViP siècle, qui a lu Simitris le nom de Symetrius, nous montre, d’ailleurs, que ce nom était écrit en grec S YAIiVlliTlilC, et conservé encore, en original, parait-il, à cette époque L

A la fin du IIP siècle ou au commencement du rV“, la Cappella Greea présentait l’aspect que nous lui avons vu avant 1885. Elle formait une croix grecque irrégulière, l’ancien sanctuaire, devenu la nef, précédant le nouveau à trois absides. Au centre des absides s’élevait une sorte de dôme, portant un lucernaire. M. de Rossi nous signalait, le 20 mars 1888, « des lemmes orantes très belles à la voûte. >> 11 écrivait l’ainiee precedente : « Le cubiculum à trois absides, fut lui aussi orné de peintures, non encore publiées. Sur un fond rouge furent tracés des ornements et des figures, dont il reste des parties notables. Au pied d’un des quatre angles de la voûte, ouverte au milieu et terminée en puits de lucernaire, on voit Noé dans l’Arche, de bon style, mais de style diffèrent de celui des peinmres insignes du cubiculum rectangulaire. Celles-ci paraissent plus anciennes que celles du second cubi-

• M. de Rossi, Bullet. 1880, p. 27. — « Je ne tiens pas compte, dit M. de Rossi, des briques sigillées déposées dans la Cappella Greca, parce que leur provenance est variée et incertaine, due au.x décombres et aux ruines des cryptes A — Avi et de leurs dépendances. Ces briques aussi, du reste, excepté un petit nomore, sont sorties des fabriques ci-dessus mentionnées (à propos de la grande église A, fabriques du IP siècle) et des Oceanæ majores {ex pned. Aug. n,, Auguste qui parait être Marc-Aurèle). » BuUet-t 188b, p. 15û.

APPENDICE-

culum à trois absides : elles n’ont même aucun rapport avec les épitaphes grecques d’Obrimos qui inhuma des personnes à lui chères sous l’abside de droite »

Ces peintures de la Cappella Greca ont été retouchées au moment du remaniement de la chapelle. Les tï'ois Hébreux dans la fournaise, détruits sans doute ou endommagés par le percement de la porte, ont été peints non plus à fresque, mais à sec, le personnage qui de l’autre côté de la porte étend la main vers eux, restant seul de la fresque primitive. Des additions de détail ont été faites à la paroi où Susanne est entre ses criminels assaillants et le Christ : un grand globe rouge, près du pied droit du Christ et d’autres moindres paraissant rouler au-dessous, que j’ai vus en 1870 et 1871 encore et que présente la photographie faite précédemment, ont disparu sous le lavage que m’a dit avoir fait le capo-fossore Valentino. Ayant cherché, pour ne rien omettre, à reconnaître et à interpréter ces additions aujourd’hui effacées; je n’ai pas entendu donner à des apparences plus de certitude que de raison.

YIII — B — « Dans la crypte B, dit M. de Rossi, nous avons retrouvé les morceaux barbarement concassés à coup de massue d’un très grand sarcophage, orné de creux en spirales, avec des figures drapées d’un art antique, mais non de celui des sarcophages chrétiens »

IX — I — Entre les chambres A‘*‘ et A*'^, au point 1, une ouverture fait pénétrer aujourd’hui à un second et plus récent étage. Parlant de cet étage, M. de Rossi écrivait en 18fi3 : « La preuve que les Pudens se sont fait inhumer dans ce cimetière m’est fournie par un titre qui s’y trouve encore aujourd’hui à son étage inférieur. C’est l’empreinte du cachet d'un Pudens Félix plusieurs fois répétée sur le ciment qui scelle un loculus. Ces deux prénoms accolés l’un à l’autre, conviennent merveilleusement aux descendants des Cornélius, puisque Cornélius Sylla fut le premier parmi les Romains qui s’arrogea le surnom de Félix et qui le transmit à sa postérité, et les Pudens chrétiens passent pour appartenir à la gens Cornelia » En 1885, il écrira, rappelant ce qu’il a dit dans le Bulletino de 1880 : « Là je démontrai que les cryptes rendues insignes par les tombeaux des martyrs historiques et des pontifes, et visitées aux siècles de la paix de l’Église, paraissent avoir occupé deux étages, les plus anciennes étant dans l’étage supérieur, les plus récentes, contemporaines de la persécution de Dioclétien, dans l’étage inférieur. Les premières sont entièrement découvertes, et j’en rendrai compte en son lieu. Elles se trouvent dans le groupe principal des galeries de l’arénaire transformées en cimetière : c'est le petit coin de sépulture très antique des fidèles primitifs de l’Église romaine. Le plan de la partie complètement déblayée de cette archaïque et très noble région de la nécropole de Priscille est tracé dans la planche Vll-Vlll (celle que notre lecteur a sous les yeux) : le groupe des cryptes que j’appelle historiques est indiqué sur ce plan par la lettre A (celle qui marque la grande église dont la Cappella Greca est devenue l’appendice Avi). Au point K, 6 de la planche un lucernaire d’une ampleur extraordinaire traverse l’étage supérieur ef éclaire l’étage inférieur., , Le lucernaire étant ouvert et les terres retirées

‘ Bullet, de 1886, paru en juin 1887, p. 154,

* Bullet. 1886, p, 150.

® Imagini scelle délia b. Virgine, p. 17,

APPENDICE

au-dessous à une grande profondeur, nous nous sommes trouvés... dans un vaste carrefour... De la ligne centrale, garnie d’une série d’arceaux construits à de réguliers intervalles, qui soutiennent la "poussée des longues et hautes parois taillées dans le tuf, partent plus de vingt embranchements de chacun des deux côtés, tous encombrés de terre ^ » Boldetti qui en 1715 descendit là par « un escalier très profond, sous une voûte de construction en grande partie détruite, » aboutissant immédiatement à gauche à une chapelle, au fond de laquelle on rencontre à droite cette voie centrale rectiligne, dit que la voie est « longue de soixante-treize cannes, » c’est-àdire de 163 mètres, 082 ^ — 22 mètres seulement de moins que Saint-Pierre de Rome.

Le 22 mai 1885, M. de Rossi nous conduisait, M. Edmond le Blant et moi, dans cette région retrouvée, où le déblai du grand ambulacre lui avait rendu deux des quinze inscriptions relevées par Boldetti de 1715 à 1720, année de la publication de ses Osservazioni sopra i cirniteri di SS. martiri. Ayant fait placer une lumière à l’extrémité de Tambulacre, il nous ménageait le merveilleux spectacle d’une galerie de 504 pieds. Il nous dit que la récente découverte de cet étage inférieur, postérieur à celui du dessus, venait fortifier sa thèse, portant sur tout un ensemble d’indices, que la partie primitive du cimetière de Priscille représente le siècle chrétien allant de l’an 60 à l’an 160. Cet étage lui apparaissait plus ancien qu’il ne le pensait d’abord ; il date du second siècle.

En octobre de cette année 1885, M. de Rossi publiera les premières notices de cette importante découverte, et 23 inscriptions appartenant à cet étage. Aucune n’est de la belle calligraphie de la partie primitive de l’étage supérieur; aucune n’est tracée, comme tant d’inscriptions là, au minium. Mais, signe d’ancienneté, l’ancre y apparaît seule, sans le poisson ; et l’épitaphe, en très belles lettres, profondément gravées en deux lignes sur une brique : EYGARPE — TN DBO, avec l’ancre debout, la pointe en bas, doit être rapprochée de l’inscription insigne, conservée au musée de Marseille, des martyrs Qui vim ignis passi sunt, dont l’ancre est absolument semblable, et dont « la nomenclature, le style, la paléographie font un monument du second siècle, » avait écrit en 1864 M. de Rossi Avec une AYrelia PRISCILLA, ces inscriptions nous présentent, d’ailleurs, l’ancre et le navire, comme marques de sépultures chrétiennes, et «sur un loculus, l’initiale du nom du Christ, qui est un signe cruciforme en même temps, X. » Voici l’épitaphe :

KAPA MNHMONEYE MOY X

que je traduirais : Cara — Souviens-toi de moi, Christ, Christ I La défunte

* Bullet., 1885, p. 59, 60. Le lucernaire, dit-il ailleurs, « centre et principal carrefour du prodigieux système de galeries de l’étage inférieur. » Bullet. 1886, p. 124.

* La canne architectonique est de 2 m., 234 mil.

’ Roma sotterranea, t. I, p. 98. — Bullet. 1884-5, p. 63.

‘ Ibid. p. 62. — « La initiale del nome di Cristo e segno cruciforme X, » c’est précisément notre théorie du Signum Christi, confirmée par ce document et les paroles de l’illustre maître, p. 67.

APPENDICE

Gara répète dans la tombe l’invocation du bon larron sur la croix. Un graphite présente ailleurs deux X, l’un sur l’autre pareillement, traversés de ri, et qu’il faut lire ; Christ Jésus, Christ Jésus. L’épitaphe de Marcianus» de l’an 268 ou de l’an 279, nous a déjà présenté cette marque chrétienne. Le Monogramme constantinien, le X traversé du P, n’a pas été rencontré dans la partie explorée de cet étage inférieur. Les tombes « vues jusqu’à présent sont antérieures au quatrième siècle et aux dernières années ou dixaines d’années environ du troisième b » Mais le second siècle se trahit, comme M. de Rossi l’indique assez en parlant de l’épitaphe d’Eucarpus, et comme il nous le disait résolument sur place.

A ce moment, vers la fin de mai 1885, il allait écrire : « Au fond d’un des côtés de la très longue voie principale, nous avons atteint déjà l’escalier par lequel est descendu Boldetti, et nous voyons les indices certains et caractéristiques des... cryptes historiques visitées par les topographes du VIP siècle » Il espérait reconnaître dans une de ces cryptes celle du martyr du IIP siècle, Crescention, visitée par un des pèlerins du VIP siècle, à sa descente dans le cimetière souterrain, et in speluncâ Crescentius martyr. Mais cela ne lui faisait point songer à voir l’escalier de Boldetti dans l’escalier de sortie du pèlerin, quando exeas, cet escalier voisin de la crypte de Prisca et Symetrius d’un côté, de celle de Pudentienne et Praxède de l’autre. Quelques lignes plus haut, en effet, visant évidemment le lieu de sépulture de Pudens, Pudentienne et Praxède, et parlant d’un plan (ici Planche xvii) qui, en comprenant la Capprlla Greca, exclut l’escalier de Boldetti il a écrit : « Le cimetière de Priscille, à l’étage supérieur, et notamment dans les galeries dont je donne aujourd’hui le plan, présente un très ancien petit cimetière {sppolcreto), avec des cryptes insignes, des peintures et une double famille d’inscriptions gravées sur marbre et tracées en rouge sur des tuiles, qui est peut-être le groupe le plus abondant et le plus important connu jusqu’à présent dans la Rome souterraine pour établir sur des bases solides la chronologie des origines et du premier siècle environ des monuments de l’Église romaine »

Il avait écrit du reste, en 1880, venant de parler de la crj^pte de S. Crescention, où le Librr Pontificalis neus montre avec d’autres martyrs, le pape S. Marcellin : « Je viens aux deux autres cr\'ptes illustres indiquées sous la basilique de S. Sylvestre par le plus précis des topographes, celui du manuscrit de Salzbourg. Ce sont Vnliera spetunca avec le cubiculum de Prisca e^ Symetrius près de l’escalier de sortie {quando exeas), et Valtera de Pudentienne et Praxède qui furent déposées près de leur père Pudens. A cette heure, c’est une chose très connue et rendue manifeste à tous ceux qui étudient et visitent la Rome souterraine que ces sépultures insignes doivent être placées dans la grande speluncâ de l’étage supérieur du cimetière, là

* « Le grand escalier qui traverse tous les étages est à la droite de qui regarde la crypte de S. Crescention et l'hypogée des .A.cilii, » m’écrivait M. de Rossi, le 12 décembre 1890. Nous verrons plus loin la place de cet hypogée et de cette crypte. Elle est approximativement vers la pointe d'un triangle ayant pour base une ligne tirée de la Cappella Greca à la petite basilique de notre planche xvii.

appendice

où sont la chapelle dite Cappella Greca, un cnbicnlum orné à l’origine do très beaux stucs en style classique, et une petite église souterraine terminée en abside, voisine de l’escalier qui servait anciemieinent pour la fréquentation du lieu. M. l'abbé Davin, dans l’ouvrage inachevé que j’ai cité, s’applique à reconnaître avec précision dans lesquelles de ces cryptes ou des cryptes voisines étaient les tonil)oaux de la famille de Pudens, et dans quelles autres étaient celles des autres martyrs et saints mentionnés par les topographes et d’autres documents. Les paroles du pèlerin du manuscrit de Salzbourg nous invitent vraiment à cette diflicile reconnaissance : je ne veux point pour moi, quant à présent, entreprendre ce subtil examen et cette démonstration topographique '. »

Que le maître de l’archéologie sacrée nous permette de le remercier sur ces paroles, non de sa trop bienveillante prise en considération de nos simples conjectures, mais de son adoption de l’opinion que nous a fait émettre le quando exeas appliqué aux lieux, à savoir que nous sommes vraiment ici auprès des tombeaux « de la famille de Pudens, » du prêtre « Symetrius » et de la martyre « Pi-isca, >■ Symetrius au moins, à défaut de Prisca, ayant des liens certains avec cette famille.

Nous en avons fini avec le petit cimetière, sepolcreto, dont la Cappella Greca fait la gloire. Il était jusqu’à ces derniers temps séparé du sepolcreto voisin par une clôture fermant, du côté de la galerie B, la galerie C. Parcourons ce second petit cimetière qu’a illustré la plus ancienne image de la Vierge-Mère, et l’une des plus belles qui soient au monde.

' Bullet. 1880, p. 27.

La Section de la VIERGE et du PROPHÈTE.

L’escalier de cette section est « à l’endroit où notre Planche est interrompue en bas, à l’angle droit de la feuille placée vis-à-vis du spectateur b »

On peut le voir dans le plan d’une partie de la région primitive du cimetière de Priscille, donné en 1864 par M. Michel de Rossi, page 32 de l’Appendice du tome Pr de la Borna sottei'i'anea de son frère. Il est à gauche au milieu de la page, vis-à-vis la lettre A. Il débouche donc, à angle droit, près du coin gauche de la courte artère verticale non fermée qui termine notre Planche.

Ce second cimetière est triple de celui de la Cappella Greca, que de proche en proche il finira par toucher, sans avoir jamais avec lui de communication souterraine. Signalons ses principaux monuments anciens. Nous en avons devant nous le plus riche trésor.

I. Entrant dans « l’artère K, » qui a son point de départ au pied de l’antique escalier*, » supprimons d’abord, afin d’avoir l’état primitif, le puits ou grand lucernaire 6, ouvert pour éclairer « le centre et le principal carrefour de l’étonnant système de l’étage inférieur^. » Interrompant l’artére, il occupe oti partie trois niches latérales destinées à des sarcophages. Cette large ^

artère tournante K, qui fut d’abord une galerie d’arénaire, et ses prochains |

appendices en M et L, ainsi que le voisinage de l’escalier, sont généralement garnis de niches destinées à contenir des sarcophages de marbre ou de grandes arches sépulcrales construites en maçonnerie pour recevoir plu- :

sieurs corps. A l’un de ces polyandres, M. de Rossi pense qu’il faut restituer l’inscription, semblable aux plus anciennes de Priscille, trouvée dans '

l’artère 1, qu’a faite pour cinq défunts, sa sœur, son aïeul (?), son père, son frère, sa sœur vivante, Chrysidis, et lui-même, « par la volonté de la même

Chrysidis, » un « affranchi de... Auguste, préposé aux tentes,.... AVG.

LIE. PRAEPOSITVS. TABERNACVLORVM. Les tabernacularii domus Augusiæ formaient, en effet, une corporation, collegium. Cet officier de la cour impériale, « faiseur de tentes, » comme Aquila et Prisca, inhumés ici, et comme S. Paul, leur hôte, n’est peut-être pas sans lien avec eux, n’étant pas loin, d’ailleurs, d’être leur contemporain. « Et peut-être, ajoute M. de Rossi, est-ce au front d’un semblable arcosoliutn, plutôt qu’à un grand loculus, que conviennent les deux tables do marbre de l’insigne épigraphe

' Buüetino, 1886, p, 133.

* <■ Dal suo priacipiofde l'artère K)a piè délia antica scala, etc. » Bw/îetmo, 1886, i

APPF.NPICK

d’Agapé, » dont le tombeau était dans cette artère K, proche de l’escalier. L’épigraphe, du type priscillien, avec les lettres teintes en rouge, est privée de l’exorde qui rapportait, je n’en doute pas, plus ou moins textuellement, ces paroles du Christ : La volonté de mon Père... est que celui qui voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; FA moi je le ressusciterai Elle continuait par ces deux strophes, où la défunte prend à la fin la parole ;

Dixit et hoc Pater omnipotens, cum (pclleret Adam) :

De terra sumptus terræ traderis hu(mandus).

Sic nobis sita filia e(s)t Agapc ; Christ(umque secuta?)

Bis de nos septem annos eme(n)sa (rcsurget) :

Hœc illi per Christum fuerat sic (plena senectus).

Eucharis est mater, Pius et pater est (mi).

Vos precor, o fratres, orare hue quando veni(tis)

Et precibus totis Patrem Naturaque rogatis,

Sit vestræ mentis Agapes caræ meminisse.

Ut Deus omnipotens Agapen in sœcula servet '.

« Le Père tout-puissant dit aussi, quand il chassait Adam : Tiré de la terre, tu lui seras rendu pour y être inhumé. C’est ainsi que notre fille est déposée ici ; et, ayant suivi le Christ, elle ressuscitera, après avoir accompli une carrière de vingt-sept ans, qui lui avait été, de par le Christ, une pleine vieillesse.

— Eucharis est ma mère. Pie est mon père. Je vous en prie, ô mes frères, quand vous venez prier ici, et que dans des oraisons en commun vous invoquez le Père et le Fils, ayez dans l’esprit de vous souvenir d’Agapé qui vous fut chère, afin que le Dieu tout-puissant sauve Agapé dans l’éternité. »

Cette inscription romaine où l’on voit si bien la raison de la représentation dans les catacombes de la chute d’Adam et d’Ève, auteurs de la mort comme le Christ l’est de la vie, et la prière publique qu’on y faisait pour les morts, prend place à côté des inscriptions grecques d’Abercius à Hieropolis, de Pectorius à Autun et de l’inscription latine d’Evelpius à Gésarée de Mauritanie, en tête des rares épigrammes chrétiennes des trois premiers siècles. Peut-être prime-t-elle, pour l’antiquité, ses célèbres rivales, celle même d’Abercius, de l’an 160 environ®.

‘ Bulletino, 1884, 5.

* On trouvera plus loin les inscriptions d'Abercius et de Pectorius. Voici, traduite, celle d’Evelpius en quasi-vers :

Cette aire auprès des tombeaux a été donnée par un partisan du Verbe,

Et la chapelle a été construite entièrement à ses frais.

A la sainte Eglise il a laissé cette Mémoire.

Salut, Frères, au cœur pur et simple !

Evelpius vous salue dans le Saint-Esprit.

L’Église des Frères a rétabli cette inscription de M. A. S. Severianus homme clarissirne, composée par Asterius — {Corpus inscriptionum latinarum. Berolini, t. VIII, pars post., 1881, n® 9589. — L’original est au musée d’Alger).

APPENDICE

Les grands sarcophages, presque tous ornés de strigiles en spirales, sans aucune trace d’art chrétien, n’ont donné que ce reste d’épitaphe élégamment gravé sur le listel TVS. IN DEO. In Deo, c’est in Chrislo qu’on rencontre à chaque instant dans S. Paul : c’est la traduction du Signe du Christ, marquant le front des fidèles, et, sous diverses formes, leur tombe. C’est le plus ancien exemple de cette formule assez ancienne, qu’aucune des épitaphes priscilliennes primitives n’a présentée encore, mais dont celle de Modestina a donné l’équivalent et l’interprétation certaine avec son A O. De petits sarcophages furent placés plus tard sur les grands. Ils nous font lire : memORI AE. C. IVLI eXVPERI. EQR. A la Mémoire de C. Julius Exupère, chevalier romain; IVLIAe MATRi dulClSSimae, A Julia, mère très douce ; DORMftioni POMP. AERentiani... SCArissbni, à la dormition [au repos) de Pom-

peius Pomponius ? Verentianus ? très cher ; r/ORMITIONI... ISIDORAE,

A la dormition d’Isidora ; rfoRMlTIoui.. . O. IVC , A la dormition de

Jucundus ? ; DISlDIo omBROSIo.... Mo FAV,çfmuS FILIVS ET

SABINVs PARENS B. M. F., A Desidius.... Ambrosius bien méritant

Faustinus son fils et Sabinus son père ont fait; ... aEMILlC... Emilicia? AVRELIA. Remarquons que la formule solennelle « A la dormition, » d’où est venu le nom de cimetière, dortoir, est d’usage sur les plus anciens monuments des catacombes.

Aux sarcophages et aux arches succédèrent les locidi. I,a paroi K 5 offre les premiers et les seuls jusqu’au carrefour K L P Elle en est toute garnie. C’est de là probablement que vient cette épitaphe en lettres du type priscillien primitif, peintes en rouge, qui avait été précipitée à l’étage inférieur par le lucernaire : « ... INIANü AAEAd>0 PAYKYTATO, A Lie (?) inianus, frère très chéri. En bas, le dernier loculus présente en place, sur une plaque de marbre, en lettres grecques bonnes, mais non du type primitif, l’épitaphe latine de Barbarene faite par sa mère BAKXYAAIC, Bacchulis, nom grec féminin très rare, rappelant Bacchus et les Bacchantes. L’avantdernier loculus conserve de sa clôture une brique marquée DOMITIANA MAIOR, cachet souvent répété sur les briques de la région la plus ancienne du cimetière. Une palme, rappelant le Phénix et proclamant la résurrection, y a été peinte en rouge. Un fragment de brique, errant dans cette galerie, offre de même la palme. Près de K 4 des fragments de tablette réunis ont donné cette épitaphe du type primitif; C. IVL. CHRYSOGONVS. P. ET. AVR. HELiAS M. C. FRVCTVOSO FIL. D. D., C Julius Chrysogonus, son père, et Aurélia Hélias, sa mère, ont donné (cette sépulture) à C. Julius Fructuosus, fils très doux. Ce genre d'abréviation, D. D. dulcissimo dédit, se retrouve dans l’épitaphe du même type trouvée entre 1 et K : .... VAL. F D .... liera ? CLES P F., à Valerius fils très doux, Héraclès ? son père a fait, et dans les inscriptions de l’épigraphie primitive, remontant au F'' siècle, du cimetière voisin, d’Ostrien. Jules Chrysogone est probablement le fils de celui dont le nom figure dans l’épitaphe suivante trouvée dans la galerie K, qui est du même type, mais en lettres plus grandes et plus parfaites : C IVLIVS

' Dans les alentours du puits K 6, M. de Rossi a pourtant trouvé, en 1851, sur un marbre à son poste, cette épitaphe latine en lettres grecques, qui ne sont pas, U est vrai, du type proprement priscillien : A Antigone, mari très doux.

APPENMCE

CHRYSOGonus CONIVX ET AELIA .... aMTCA CAECIDIAE CASTAE

¥\Tielissimae henemeré^Tl Fecerunt, C. Julius Chrysogonus son époux et Elia ... son amie ont fait à Cecidia ... chaste, très fidèle, bien méritante.

L’espace K 1, 2, 3 présente, en 2, une grande niche arquée, depuis restreinte par deux pilastres de renfort, qui contenait un sarcophage ; tout le reste est pour des loculi portant les indices d’une haute antiquité. Pre.sque en face de la grande niche, en 1, est le loculus le plus important de toute la région primitive de Priscille. Il domine toute une série de loculi étagés jusqu’au sol, auxquels des loculi nouveaux, qu’on vient de découvrir, ont été ajoutés, en prolongeant la série au-dessous du sol même, à une époque déjà très ancienne. Un arc le recouvre et ombrage en quelque .sorte tous ces étages de morts. A droite, penché sur eux, est un Bon-Pasteur entre deux arbres fleuris ; à gauche — un fragment que j’ai vu à terre me le fait croire — était un autre Bon-Pasteur : c’est le Christ rapportant au Paradis sa brebis retrouvée des Juifs, sa brebis retrouvée des Gentils, et disant : Il y aura un seul bercail et un seul Pasteur. Sur la retombée de l’arc, à l’angle de droite, on voit la Vierge allaitant l’Emmanuel, et devant elle un prophète, Isaïe, montrant l’étoile qui est au-dessus de la tête de l’Enfant, et sa lumière éclairant ceux qui sont assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort. A côté, à l’extrémité droite du loculus, est un personnage faisant un geste à une famille, père, mère, enfant, qui, à l’extrémité gauche, élèvent les mains, glorifient Dieu : c’est le Christ, à mon avis, annonçant, dans Isaïe leur délivrance aux captifs de Babylone, et symboliquement, leur résurrection aux morts. Le loculus est vide. M. de Rossi, ayant trouvé, au pied de cet insigne monument, d’un art classique et de la plus grande beauté, deux fragments d’une plaque cémétériale, donnant, avec une troisième qui errait près de là, ces deux noms : IWCRetius cre.?SCES, écrit : « les très belles et très grandes lettres (peintes en rouge), prototype de la calligraphie priscillienne, de cette épitaphe semblent tombées proprement du loculus le plus insigne, orné de peintures et de stucs. » Le nom de famille Lucretius se retrouve deux fois ailleurs dans la partie primitive de Priscille. T e surnom Cresces, qui se retrouve une fois, est la forme grecque de Crescens que présente la seconde Épître de S. Paul à Timothée (iv, 10). Un autre fragment de la même calligraphie, mais d’un module un peu moindre, a été rencontré en cet endroit. Le dernier loculus, au pied du mur, fermé, moitié par une plaque de marbre, moitié par une brique sans inscription, fait lire sur cette brique en place la marque de fabrique : ex prœd domini. n. aug , à l’enseigne du chien. Une brique pareille gît près de là. L’Auguste des domaines, prœdia, de qui elle vient, est un des Antonins. »

Pendtfint qu’on faisait un mur de renfort près de la paroi que domine le loculus de la Vierge et du Prophète, a eu lieu, vers la fin de 1887, « une découverte tout-à-fait inattendue et d’une grande importance pour la date chronologique de ce point et cette peinture insigne. Nous avons, dit M. de Rossi, trouvé que le plan primitif et actuel de la crypte, d’où l’on peut apercevoir régulièrement les petites figures peintes en haut de la paroi, près de la voûte, fut anciennement abaissé pour faire place à d’autres loculi sépulcraux. Tout ce plan fut alors transformé en un vaste escalier descendant à la profondeur de 1 mètre 50, et à des galeries creusées à ce niveau.

APPENDICE

A cette profondeur on perd de vue la peinture, qui appartient ainsi manifestement à l’état primitif de la crypte. » Or, les épitaphes des nouveaux loculi « appartiennent toutes aux deux groupes ou familles les plus anciennes du cimetière... Beaucoup sont peintes au minium sur des tuiles; d’autres sont gravées sur marbre en lettres les plus belles du type classique que j’ai appelé priscillien. Le creusement fut donc exécuté durant la première et la plus ancienne période des excavations et des sépultures dans la nécropole ; et la peinture, faite antérieurement, et assez antérieurement, comme il est probable, à ce creusement, n’est pas des derniers temps du noyau primordial et central du cimetière de Priscille et n’appartient pas aux derniers travaux qui y ont été faits. »

Donnons les inscriptions relevées dans l’escalier et les galeries. Les tuiles peintes au minium offrent les suivantes ; CAECILIANO ... — ancre renversée, PAX TECVM VALERIA, ancre couchée, palme — AVRELIA IRENE ... VICTORIA 1 — IVLIA PROFVTVRA .... - IVLIA .... virgo ANNiMA siurlex — palme, fortvnivs — ALEXojîrfcî-, ancre renversée — .... OYPBIKA — SILVINA — AAEIC (Lais) .... - GRHVFO (grypho) — oCTAVlVS .... — FOR .... — CîifYCES ^ ancre, PAX TECVM - EIPHNH, ancre couchée sous le nom — EtpijvT] COI ACz).Hnt£ ... Paix à toi Asclepius .... Une des tuiles porte la marque de fabrique : PRIMITIVI DOMITIa? iMcillæ. Un marbre en place fait lire : SYNBIO ET BENE MERENTI, A son conjoint et à lui bien méritant. Des fragments de marbre, gisant sur le sol. offrent ces trois inscriptions : FORTVNIVS FortVNatAE COIVGI CAR/^SlMAc — QVINTIANVs .... FIL? DVLCB^mae ET ?>ihi .... Quintinnus .... à sa fille très douce et à lui-même — M IVL. E — filAO ... Un dernier fragment de marbre présente la moitié d’une ancre qui était isolée.

Le système général de la nomenclature, l’archaïsme du style épigraphique, l’ancre sans le poisson, la confrontation avec les épitaphes de la fin du second siècle et celles du troisième « démontrent que ce groupe d’épitaphes et de tombeaux doit être réputé antérieur au troisième siècle et même à la fin du second. On doit prêter une attention spéciale au nom de famille Julius répété trois fois et à celui à'Octavius. » Une Octavia, trois Julius, deux Julia se voient ailleurs dans cette partie primitive du cimetière de Priscille.

(( Ce groupe, conclut M. de Rossi, de tombeaux creusés en abaissant le sol de la crypte ornée de la peinture représentant la B. Vierge, est évidemment la continuation, immédiate et sans notable intervalle de temps, de la double série de loculi et d’inscriptions du noyau primordial et très ancien

du cimetière Cette peinture nous apparaît donc, avec la preuve que

donne un fait matériel et palpable, comme étant antérieure au temps où durait encore la plus ancienne période des sépultures dans la nécropole priscillienne... Elle n’est pas des derniers temps, mais des temps moyens, sinon des origines de la période primordiale de ce cimetière : période que tant d’indices concordants et abondamment multipliés à cette heure nous disent

' M. de Rossi pense qu'il faut lire Aurélia Irene et (Aurélia) Victoria. ■ Il est probable qu'un de ces deux surnoms appartient à Octavius.

APPENDICE 809-

de circonscrire entre les trente dernières années environ du premier siècle et les dernières du second. * »

Reprenons notre parcours. Aux flancs de la niche 2 étaient des Zoewii, couverts en partie depuis par des pilastres. Celui de droite présente en place la moitié de sa plaque de marbre où fut gravée en lettres du type priscillien, coloriées en rouge vif, l’inscription latino-grecque : /uta/RlANo elprjvfl COI, A HiLarianus ? Paix a loi, une ancre couchee étant pointe en rouge au-dessous. C’est la Paix de Diea ... dans le Clu'isl Jésus, la Paix du Christ dont parle S. Paul-, l’ancre étant le Christ, notre espérance. Derrière le pilastre de gauche, un Loculus de la paroi 3 conserve en place quelques grandes et belles lettres des loculi les plus antiques. Au pied de cette paroi a été retrouvée par fragments la moitié de l’epitaphe grecque, gravee en belles lettres priscUliennes rouges, d'Antonia ou Anlonina. Commenrant par trois lignes en prose elle continue par un distique et un hexamètre, fragments, ce semble, d’une insigne epigramme inconnue. « Eiaciv aoj yà (vo? ?) eîgi. Je suis de la même race que toi, dit l'auteur à la défunte, c’est-à-dire la race élue, yevo; èxXsxvov, les chrétiens qu’exalte S. Pierre ; et il ajoute : EiaclOsov oüjpriga tp^pat;, lu as en 'partage un don qui te rend semblable à Dieu, selon le mot de l’Apôtre à ceux qui ont la même foi, laotigov tz’A-iv, que lui : les biens les plus grands el les plus précieux gui avaient été promis vous ont été donnés afin que par eux vous deveniez participants de la nature divine Ne nous étonnons pas de voir citer S. Pierre dans un milieu où nous allons retrouver si souvent son nom.

Avant de passer à la galerie 1, disons un mot de la crypte M' qu’on aperçoit sur la planche à droite de la galerie K, dont l’escalier y conduit par un détour. Ses murs paraissent être du quatrième siècle. Elle a un grand arcosolium à abside. « Aucun marbre gravé, dit M. de Rossi, n’a été trouvé là ; les murs sont nus de tout ornement ; aucun soupirail n’y a fait pénétrer la lumière. Supposé que cette crypte ait été visitée à la paix de l’Église pour y vénérer quelque insigne tombeau (ce que je ne crois pas) nous ne pourrions y reconnaître le cubiculum clarum des martyrs de Dioclétien. » Ce cubiculum de S. Crescention est ailleurs en effet. Ne nous arrêtons pas à cette crypte *.

II. L’ artère I a été radicalement transformée au IVe siècle environ. Des épitaphes du type le plus ancien y sont donc mêlées à d’autres d’un type différent. Dans les premières, signalons ces noms : ...LA’VIO, Flavius probablement .CES, cre^cenf appelant coiM'e/’üa {servant avec lui le Christ) son épouse Octavia ; 0EoSi2PA, Dieu-donnée ; niACARE, à bienheureux, exclamation adressée à un enfant; ... A0ANACI... Immortalité ; ..

* Bulletino de 1887, paru en novembre 1889, p. 109-117.

2 Philip. IV, 7 ; Colos. III, 15.

3 I Pet. II, 9; II Pet, I, 4.

* Bulletino 1886, p. 135. — Devant la crypte, en M, a été construit un petit escalier pour pénétrer dans le sol et multiplier les loculi sur la paroi du IV^ siècle environ, qui fait face. Dans les intervalles de deux de ces loculi, des graphites, tracés sur la chaux, en grandes lettres cursives du type oncial, font lire ; ■ Verecundiuno, Urbioo, Ce sont les noms des défunts de ces deux loculi.

APPENDICB

Immortel ou Immortelle : nOATNixH, souvent-victorieuse, nom extrêmement rare ; cpEIAOIlATPüC, aimant-son-père, QVINTA, <1>A1AÜ1IA1G, aimant-sonfils, sur un loculus à trois places; REnaTA,itenee dans les eaux du Baptême; trois Aurelius, près d’une bnque errante de i’an 164 ; FLAVIA DONAT A, près de BlRlClA ( Viricia) PRIMA, ma étant peint sur une brique de la l)omitiana major ; 'ViPRiA, nom très rare, qu’on lit deux lois à immpéi, et qui est ici sur une ancre couchée; ajjoLLONlVS, avec la palme ; Weoci? OPA, Theodora ? avec la colombe peinte en rouge comme le nom, exemple unique ; HlLARRa*' ; /ilLARlTAtt ; HlLAr.... ; BlBIA ( Vi/iiaj ; doMlTlA MAISYNA ; DVLCIS ;... CP [Clarissimus puer Y) ; CRRSCES. L’ancre, couchée ou droite, domine dans cette galerie : une brique l’offre couchée sous PAX TECVM DATl VL, Uonné [de Dieu Y). Vers 1 extrémité 13 de la galerie, ou Unit l’arénaire, l'ancre présente l’aspect cruciforme bien accusé ; et nous rencontrons là le monogramme )!(, le du traverse par i'iota, faisant lire : Christ-Jésus. Un signe en forme ü eloile, semolaule a ce monogramme, avau été mis par les potiers païens sur leurs briques dans les dernières années du premier siècle ; ils continuaient à le mettre au second : c’est dans la seconde moitié de ce siècle, ce semble, qu’il apparaît ici, et quhl apparaîtra encore en F, avec sa signiffeation chrétienne.

La niche en 13 semble avoir contenu un petit sarcophage rayé en spirales, dont les fragments, recueillis en face, ont donné en grec cette inscription gravée au front en sept lignes : « Artoria, patronne, à Euporia qu’etle a élevée ( 0 P L il T 11 ), très sincère, fidèle. Années C’est la preuve que les enfants recueillis, les alumni si fréquents dans la partie primitive de Friscille, et dont un... iRianwA' apparaît a coté, ayant inhumé sa, patrona ...RlDl, tSotere (?}, n étaient pas simplement des enfants recueillis par les nutritores, mais presque tous des esclaves ou affranchis ayant des patroni.

A l’entree de la voie cémeteriale partant de la galerie 1 3, une plaque de marbre teinte en rouge, aux lettres peu différentes ue celles de la table funéraire d’une famille sénatoriale trouvée dans la basilique voisine delà Cappella Greca, a fait lire en latin : A Emilie f\emme clarissime Y) sa mère..., Julie a fait. Qu’elle ait le rafraiclussernent et la paix : liN RLFR.... PACLM. C’est là qu’a ete trouvée, en deux morceaux, l'inscription du polyandre fait par le præpositus tabernaculorum. La galerie 1 ne contenant pas de grandes niches, on l’a rendue non sans raison à la galerie K. 11 ne faut pas faire de même pour une autre inscription non moins importante, dont les Iragments gisaient pareillement ici, et qui porte : ri'l'VS FLA — VlVS F’E — LlClcjSlMVS — POSIT VS, [Ici] a été posé Titus Flavius, Felicissimus. « La formule classique posiius (non depositus) a déjà été tue par nous, dit M. de Rossi, sur des épitaphes (en H) des deux familles primitives d’inscriptions, dans les limites des galeries primordiales de l’arenaire. Les tria nomina de l'itus Flavius Felicissimus conviennent a l’époque des affranchis et c..vitate donati ues Flaviens Augustes et de leui’s procnes descendants, il est probable que cette inscription sera tombée d’un loculus de l’artère droite 1, où en 1651 j’en vis les fragments dispersés et errants. » Deux épitaphes de la même pâiéograplue étaient ensevelies dans cette artère cémeteriale, l’une présentant Vin pace, l’autre le Poisson, qu’on ne trouve pas sur les monuments primitifs. En belles lettres, mais non du type prisciilien, était aussi l’inscription grecque, avec les

appendice

noms mis à l’accusatif, de Pactumia Paula et Flavianus Olympius *, surmontant une ancre droite entre deux poissons qui viennent à elle, c’est-à-dire les deux fidèles qui s’attachent au Christ, notre espérance. Les inscriptions, serait-ce un hasard? répondent exactement au lieu, et nous montrent le passage de la première à la seconde époque du cimetière.

111. Les couloirs i, i', qui joignent l’artère 1 à l’artère voisine H, petits de dimensions, sont très grands d’intérêt. Derrière le pylône i, défoncé au milieu pour découvrir les loculi, on voit une série verticale de iocwtt; les uns sont anonymes, quatre ont des épitaphes En haut, sur deux briques, on lit en lettres rouges : YERIC VNDVS. Entre les deux parties du mot, sur la chaux qui joint les briques, a été ajoutée en rouge, d'un type plus étroit et plus élégant, la lettre M, traversée du signe d’abi'éviation — , et sui-montée de « la partie supérieure de l’S finale » Elle occupe dans le nom du défunt, le centre d’honneur, la place où on trouvera maintes fois plus tard le monogramme du Christ. « Après bien des années de prudente réserve et d’examen embrassant toutes les données de la question, je prends sur moi de lire : VEUICVNDVS Martyr (Maptuç), » écrit M. de Kossi, étendant cette interprétation de la sigle M a deux autres épitaphes que nous verrons près d’ici. Au-dessous du loculus de Véricundus est un Loculus sans nom, puis un autre avec cette inscription gravée, du meilleur type :

AELIABVS SERENAE ET NORICAE Colombe FILIABVS PiENTlSSlMlS Palme

P. AEL, NORICVS PATER POSVIT

A Ella Serena et Elia Norica, filles très pieuses, Publius Elius Noricus, leur père, a posé. « Notons, dit M. de Rossi, le prénom Publius joint au nom de famille Elius, adopté et propagé par ceux qui obtinrent de l’empereur Adrien [Publius Elius Adrianus, 117-148) le titre de citoyen romain ou la liberté. » Les deux épitaphes, peintes en rouge sur tuile : MARCO F, à Marcus, mon fils — AUAININOC EY1IPA3AC, JJomninus qui a fait du bien, viennent après celle des deux Elia, ces deux colombes montant au ciel avec la palme du phénix.

Sur la paroi en face 1 2 est une série de loculi intacts, dont quatre présentent du haut en bas ces épitaphes : SILVlNA oOR, Silvina, ma sœur — ARSINOE — nETPOC . PETRVS FiLl VS A VSANONTlS * — S VSANNA. Le surnom d’Arsinoé, très usité en Egypte, assez rare dans i’épigraphie romaine, surtout chrétienne, est gravée en très belles lettres priscilliennes. Les trois autres épitaphes sont peintes sur brique, en lettres de belles formes semolables à celles des programmes électoraux à Pompei ®. Le nom de la Susanne biblique, dont l’histoire est retracée à la Cappella Greca, nom porté

‘ Bullet. 1880, tav. II, 7, 6. — Ici pl. xi, 44, page 343.

La tav I, du Bulletino de 1880, représente le pylône ouvert.

* Bulletino, 1886, p. 171.

* Non a sanctis, comme on avait lu d’abord. Bulletino, 1886, p. 17L

> Voir le faG-simile de celle de Silvina, dans le Bulletino de 1881, tav* VII, 1.

812 APPENDICE I

par une des femmes pieuses qui, guéries par le Christ, l’accompagnaient |

avec Madeleine et pourvoyaient à ses besoins, apparaît ici pour la première i

fois, et très heureusement. Il est doux et piquant de voir ce nom de Susanne de la ligure par excellence de l’Église, placé au-dessous de celui, en grec et en latin, dans la langue de l’Orient et dans celle de l’Occident, du Chef de l’Église, de Pierre! Ce nom de Pierre, dont « Rome montre à peine quelques exemples isolés sur les tombes des quatre pi’emiers siècles,» Rome va nous en offrir tout « un groupe, précisément sur les monuments de la première ou des premières périodes de ce cimetière qui servit à la sépulture de la domus Pudentis et de la paroisse des fidèles, comme nous dirions aujourd’hui, que nos traditions placent dans la plus intime relation de temps ou de souvenir avec l'âge apostolique et les premiers prédicateurs de l’Évangile à Rome »

S. Denys d'Alexandrie écrira : « Je pense que beaucoup ont porté le nom de l’apôtre Jean par amour et admiration pour lui, et par un vif désir d'étre aimé comme lui du Seigneur, de même que parmi les fils des fidèles beaucoup se sont appelés Paul ou Pierre » Un papyrus copte vient de nous révéler les anathèmes d’une païenne contre son fils qui s’étant fait baptiser avait changé son nom de Petesor [Don-d'Osiris) en celui de Piei-re Nous trouvons, pour inaugurer les homonymes du Prince des Apôtres, deux Pierre ici, car bien que le loculus ait été reconnu être d’un seul défunt, Pierre fils suppose Pierre père.

Le couloir I' off're sur des briques ces quatre épitaphes peintes au minium :

FAVIS MYRO (Fabios Myros)), avec deux palmes croisées et l’empreinte Domitiana major sur une brique — APTEM1AS.2POC, Arteinidore — aNTONI, avec l'ancre couchée — avlKilio;? Anicet? Il offre, gravée en lettres du plus beau type, l’épitaphe grecque: AIrène bienheureuse, Pamphile Theios aplacé ■ — l’épithète de bienheureuse, trouvée près d'ici sur la tombe d’un enfant, ne supposant pas le martyre ; en lettres d’un type moins parfait, l’épitaphe ,

grecque : Cornelia Juliané à Cornelia Vera, son aff ranchie, en souvenir ; en lettres du premier type, l'épitaphe latine fragmentaire : A celle qui m’a i

* Ajoutons ici la mention des représentations de Susanne que nous avons notées depuis notre travail. Susanne nous apparaît entre les deux vieillards, sur deux restes de sarcophages, vus par nous, le 28 novembre 1881, au petit musée de

S. Calixte ; sur un sarcophage de Pérouse où, à droite du Christ assis, elle repré- .

sente l’Eglise et fait pendant à Pierre qui est à gauche ; sur un sarcophage de [

Tarascon p\I. Le Blant, les Sarcophages chrétiens de la Gaule, 1886, planche ix, 3); deux d’Auch (xxv, 1; xxxv, 2); un de Bagnols (xxix, 1); un de Toulouse (xl, 2), déjà signalé ici; un de Narbonne (xliv, 1); un d’Aix (ui, Ij; un autre de Nar- ‘

bonne (xliv, 1) montre Susanne orante et les vieillards condamnés, comme fait i

un sarcophage d’Arles. Un sarcophage et une grande plaque gravée de Saint- I

Maximin présentent une orante, là entre deux arbres, ici faisant pendant à Marie ministre du temple de Jérusalem (lv, 2 ; lviii), que nous croyons être Susanne. j

C’est Susanne aussi que nous voyons dans Forante d’un sarcophage de Carthage 1

récemment découvert {ÏUnivers, Revue littéraire, février 1888), et dans celle d’un sarcophage de notre voie Sàlare qui vient d’entrer au musée du Latran, où il est !

sans rival pour Fantfquité. Butletino, 1891, tav. II-III.

* Bullet. 1884-85, p. 82. !

5 Dans Eusèbe, Hist. Eccl. VII, 25.

M. Reviilout, Cours de langue démotique et de droit Égyptien, 1883, p. 32-34,

APPENDICE

toujours beaucoup aimé? Furia.... épouse bien méritante qui a vécu et a

passé avec moi \xx ans ; enfin, en lettres peu régulières, mais d’un type ancien, une autre épitaphe latine qui, brisée en menus morceaux par les barbares, fait lire encore : Félicité, épouse incomparable. Son époux Valère lui dit : Souüiens-toi de moi, excellente (optimaj. 11 a fait cette tombe avec les très-doux parents de Félicité.

IV. — Nous voici dans l’artère H, que nous parcourrons de 12 à 1, en allant des tombes les plus anciennes à celles qui le sont moins. L’arénaire, écroulée vers l’entrée de h'^, avait probablement à ses loculi les épitaphes peintes en rouge sur tuiles : IVLIA — SABINA, et celle gravée sur marbre : 6süAÜTH, Dieu-donnée, qu’on a trouvées en parmi des fragments de diverses époques. Les Julii sont fréquents ici, et en allant de K à C par h"'. La chambre h*'' 1, avec son appendice postérieur h"^ 2, a été peinte à traits légers : le Bon-Pasteur est au centre de la voûte ; aux parois sont deux orantes, et une colombe qui vole vers l’une d’elles. Ces peintures, qui sont anciennes, le sont moins que celles du loculus de la Vierge en K 1 Cette chambre est un premier appendice à l’arônaire. Le large couloir h"* nous offre en 1, sur le loculus le plus élevé, une voûte ornée de stucs représentant de petits enfants assis et des encarpes d’un style assez antique. Les épitaphes tombées de la paroi montrent, en belles lettres de gravure priscillienne, un Publius Julius Maron et un Claudius, rappelant les premiers Césars ; en lettres irrégulières, un Mumerius Aurelius Crescentinus et une Aurélia; un ONHCIMOC, rappelant l’esclave Onésime que S. Paul convertit à Rome; un AKEIAIOC KOINToct (Acilius Quinlus) et une AKEIAIA M.... {Acilia M....) deux époux de la très illustre famille des Acilii, dont nous trouverons ailleurs l’hypogée, qui étendait jusqu’ici une de ses dernières ramifications. J’omets en grec Tryphon et Tryphainé, en latin Sotericus, Félicité, Primitivus, et Grat.... dont la moitié du nom, peinte sur une tuile, est encore à son poste. Un tombeau intact sous le sol nous fait lire dans une épitaphe, bien gravée avec lettres peintes en rouge, mais moins belle que les primitives, les noms des époux Statilius Moderalus et Statilia Phœbe C’est la seconde fois que ce nom de Phœbe, de l’Épitre aux Romains, apparaît ici. Des fragments d’une grande table de marbre, aux lettres priscilliennes les plus belles, ont permis à la sagacité de M. de Rossi d’y reconnaître une imitation partielle de l’épigramme d’Agapé, comme en 216 fut imitée en Phrygie la célèbre épigramme de S. Abercius. Le nom de Marcia, sainte âme, a remplacé celui d’Agapé, et les vers ont été transcrit ainsi comme de la prose :

DVLcESSIA ....

.... vos precor o fratres, oRARE HVC QUAncfo venitis et precibus totis Patrem Natumquo î’OGATIS SP vestrœ menTIS SA(ncfæ animœ) ?neMINwsE VT Deus omnipoteNS jiiARCIA IN sæCVLA SEruef.

Des fragments, mêlés aux précédents, de l’épitaphe métrique moins an-

1 Aringhi, t. II, p. 291, 293, Cubic. tert. cæmet . Priscillæ ; fiMPef., 1886, p. 148.

- C’est ici peut-être que Boldetti a trouvé, au cimetière de Priscille, cette épitaphe très simple et antique (p. 386) : Statilie festivae co.mvgi fideussimae.

APPENDICE

èi4

eieniie de Leoparila, font lire pareillement: PETATIS æternVM VT

VIVAT IN AEVVM.

En 12 l’artère H garde sur le pavé, côté à côte, deux tombes avec ces épitaphes de la plus belle gravure priscillienne :

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