‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella GrecaChapitre 94 sur 129 · AIM'EN'DICE · texte numérisé non relu

AIM'EN'DICE

Une brique à l'empreinte de Mare-Aurèle ferme un loculus en H 3. Audessous, une épitaphe gravée en belles lettres, « non cependant du type carré priscillien, mais de celui imitant l’écriture allongée et serrée faite au pinceau, » présente une .Tulia Herniiorip et sa fille Publia Hermione ; et audessous do cette épitaphe latine sont les restes d’une épitaphe grecque du type à peu près priscillien. En H 2 est sur un marbre, aux lettres grêles et pressées, l’épitaphe : DOMITIAE MARCIAE, et celle en morceaux, du type priscillien en décadence, de Pollius Afrodisius, faite par sa femme Peregrina. La voie céméteriale H 1, ajoutée par les fossoyeurs à la région primitive, est toute semée de fragments de bricjues avec lettres peintes de la plus ancienne famille. Une d’elles et deux restées encore en place sont des Oceanæ majores ex præd.. Ang. Auguste qui paraît être Marc- Aurèle. Cette voie offre en place, peinte en rouge sur trois briques, l’épitaphe : ZOSIME FAX TECVM — ancre droite ’, et celle-ci : ancre renversée, SILVINO, qui rappelle les frères martyrs Silvin... et la sœur Silvina voisins d’ici. Un fragment en lettres allongées, ramassé à terre, fait lire : PETR.... dulcissl^O . . . . Avons-nous ici le nom de famille Petronius ou le surnom Petrus ? Le premier ne s’est jamais rencontré dans cette très ancienne région ; le second s’y trouve six ou sept fois. 11 est donc très probablement ici. Ce serait le quatrième Pierre relevé sur nos inscriptions.

V. — Arrivons à DEFG, dernière des quatre artères parallèles, allant en s’allongeant de plus en plus. En D', la paroi 1 portait gravée, du type priscillien le moins élégant, l’épitaphe latine d’un nouveau Pierre : A Aurelius Petrus, fils très-doux qui a vécu... années, VII mois, vierge, Aurelius m... Elia Donata ses parents [du collège) des Pelagii. Ce collège Pelagiorum, rencontré ailleurs au revers d’une épitaphe païenne, était une association funéraire chrétienne du cimetière de Priscille, pareille à celle Eutychiorum du cimetière de Sotère, attenant à celui de Calixte. Qu’on remarque ce titre d’honneur VIRGO donné au défunt. C’est sous les Antonins, auxquels nous réfèrent ces noms de famille Aurelius, Elia, qu’on honorait ainsi la virginité et, avec elle, S. Pierre qui avait quitté son épouse pour s’attachera l’Église, Épouse du Christ. Un petit fragment porte : PACS, qu’on retrouve une autre fois ici, comme on lit : PAXS sur les monnaies de Galba. Deux autres fragments ont rendu l’épitaphe de .... Marcellina, de XII ans, fille très-suave, très-innocente, et de Marcella qui a vécu 1 an, X mois faite par... et Lucretia Ariagne (forme grecque d’Ariadne, Ariane) ses parents. Le nom de famille Lucrèce, trouvé quatre fois en cette région de la Vierge, est celui qui, sous son image, en marque le plus insigne loculus. Enfin, trois fragments de brique présentent l’empreinte üornitiana major, que deux autres présentent à côté en G, empreinte des briques les plus anciennes de Priscille.

En 2 ont été gravées, avec la parfaite calligraphie priscillienne, les épitaphes de Papiria Procla, de Turcia Sabina et Venulius Charitonianus, époux très-aimants, et de Basilica ; et ont été peintes sur briques, celles de Félicité — ancre droite, et de Lycentinus. En 3 est gravée de même l’épitaphe de

' Fac-similé, Bullet. iSSi, tav. VIII, 3.

APPENDICE

Timothée faite par son père Timocrate, et est peinte, celle de Marcianète — > ancre droite. I,es fragments d’une épitaphe brève, mêlée de grec et de latin, avec l’ancre droite erraient en 2 et 5. Le cuhiculum 4 présente sur marbre, en belles et grandes lettres gravées, Aurélia Secunda épouse incomparable ; sur briques, Calpurnia Primitwa et Euthyces, l’officine Domitiana ma jor offrant ici son cachet sur deux des trois briques ; sur la chaux ayant clos un loculus maintenant vide, l’exclamation peinte : SPIRIfus tnn.ç REQVESQVAT, que ton esprit repose; enfin un Agaihanqelus {Bonange), aimable nom, vu déjà, un Jidius, un EY<ï>PATA, Euphratas, les trois gravés. En D .5 je lis : DEO DOLENTE FELIX AMPLIATVS, à la volonté de Dieu, Félix Ampliatus, ou Ampliatus felix. sain et sauf, c’est-à-dire vivant et prêt à répondre à l’appel de Dieu. Sous cette épitaphe gravée en lettres priscilliennes, est celle-ci gravée de même ; Carminea Victoria à Carmineus Liberalis son alumnus ; entre les deux, en grec, sur brique : Agapet en paix. Ailleurs, une ancre est couchée sur une des deux briques fermant le loculus, et le nom manque sur l’autre. En D 6 voici : MODESTINA A Q, citation dé l’Apocalypse, vers l’an 123, une date va le prouver, et Signe du Christ proclamant sa divinité ; MOYaa, Muse, avec l’ancre couchée, sur trois briques. Entre D 2 et D 6 ont été recueillis les fragments d’une brique portant foYAIANOC, Julien, une brique des Domitianæ majores, et une autre datée de l’an 123 ; en D 5, 6, ces fragments d’une inscription gravée en grandes et belles lettres imitant celles peintes : « SALVIAc FILIAE dulcissimae AVRELL Vlcto RieVS ET MANSVETA PARENTES, A Salvia, fille très-douce. Aurelius Victoricus et Aurélia Mansueta ses parents. « Le nom de famille Salvia, rare dans l’épigraphie chrétienne, est remarquable chez une fille de deux Aurelius; il doit dériver du nom du grand-père qui le tint peut-être de l’empereur Salvius Othon, » qui régna trois mois en 69. Cette Mansueta est probablement la Mansueta d’une inscription du même type trouvée à peu près là : aureliaE MATS.suetae.

En D 7 l’épitaphe : MARCIANVS HIC DORMIT IN PACE, d’un style plus récent, se trouve être peinte en effet en lettres non rouges, mais noires, allongées et extraordinairement serrées ; elle est postérieure à ses voisines. Le surnom Marcianus, trouvé déjà dans cette galerie D, va s’y rencontrer encore. En D. 9 : A^ICTORINA ; et sur la chaux et les restes de briques de deux loculi ouverts, ici, l’ancre droite, là, l’ancre droite et la palme ensemble. En D 10, en lettres grecques peintes : Aurélia Eliodora, avec l’ancre couchée, et la date très rare en cette région du jour de la mort ou de l’inhumation. En D 12 : CAELESTINO PAX *. En D H : ?n«RCIANE, dont nous avons rencontré probablement deux parents dans la galerie.

Cette galerie D tournant à gauche en E, puis à droite en F, pour reprendre sa direction du nord au midi en G, le cuhiculum E 2 gravée, offre l’épitaphe faite à PR DIOGENETI, enfant de trois ans par sa mère Euporia, et celle faite à sa femme par Probus Fyrminus, double surnom, indice d’une moindre antiquité, en rapport avec l’éloignement du point de départ. L’enfant Diogène s’appelait-il aussi Probus avec le double surnom ? Des fragments de

‘ Fac-similé, Bullet. 1831, tav. VIII, 4.

APPENUICE

pieiTü cémétériale, gravée en lettres non priscilliennes, bien que peintes en rouge, ont été recueillis devant ce cuhimJum, et ont donné : B. M. ulP PETRO . . . YEcerunl C. VLP .... et .... ?>?,aTER, A Ulpius Pelrm, leur fils bien méritant C. Ulpius son père et .... sa mère ont fait : sixième ou au moins cinquième Pierre trouvé dans cette région. Ce couloir E a fourni une tuile des Dornitianæ majores ; l’épitaphe peinte d'un Augurius faite par Augurius à son fils très-doux, ces deux noms écrits en grec, bien qu’en lettres latines, avec tocolo pour ; pax TECVM,Pfl/j; à toi, salut au défunt A.... ; et enfin, l’épitaphe gravée en belles lettres, pareilles aux lettres peintes, do Fiilvie [Fe lie) ité fille douce, sainte qui a vécu treize ans trois mois, faite par ... A Secundina et Fulvius Ideus ses parents, avec l’image à droite d’un agneau sur une cognée. Serait-ce une martyre ?

Le couloir suivant F était plein d’épitaphes peintes au minium sur des briques. Les fragments de ces briques nous offrent un exemplaire à l’enseigne du chien, de l’un des Antonins ; six exemplaires des Dornitianæ majores, à l’empreinte de la pomme de pin, bien plus rares dans la partie primitive que les briques de la Domitiana major; et un cachet entier portant la date consulaire de l’an 110. En F 2, des fragments ont permis de recomposer cette inscription gravée en lettres priscilliennes de la décadence ; A Septimius Augurius, Septimius Augurius son fils et Companus et Victorinus ses frères et Julia Chrysis son épouse ont fait ; ces Augurius étant certainement de la famille de ceux rencontrés en E. Une partie d’épitaphe latine gravée, dont la seconde ligne est grecque en lettres latines, porte : . . .. S à Facunda,. . . dont le souvenir est éternel, a fait. En F 4, des briques en place font lire, en grec, et suppléer : Profutura incomparable {Paix !], et à côté, en latin, d’un style, comme d’un type d’écriture, plus YQCQni ■. {Kafinierus, Paix à toi de la part de Dieu ;

puis, en latin toujours : . . . estinus. Paix à toi : ancre droite — C ; Paix à

toi Paix; Paix à toi.... — ancre droite; Félicité — ancre couchée.

Un loculus encore fermé conserve sur marbre gravé, en belles lettres priscilliennes, ce petit titre en trois lignes : A Novicia, son épouse, bien méritante. Avant de continuer en G, le couloir F a un appendice, qu’on voit à droite sur notre plan, fermé par un mur qui n’existait pas à l’origine. Ce mur a été fait pour soutenir un escalier descendant du dehors, mais sans communication avec l’étage inférieur. Sa construction a laissé en place des fragments

de brique où on lit en grec : Irene ; Philo ; Ce na, Sophro. . . et Phi-

landros ; Castor — ancre droite; en latin : Mile [sius?]; Severa. Des fragments gisants ont donné : Justina; palme; >1< Ter{entius?) C’est la

seconde fois que ce monogramme Christ-Jésus nous apparaît « dans les dernières épitaphes de cette très ancienne famille priscillienne » : monogramme composé, nous faisant entrevoir évidemment sur les premières le monogramme simple Christ, le Signurn Christi primitif, le chi, X- Une tuile porte, sous la forme -| — | — les initiales certaines, I H, du nom de Jésus h

La galerie G était, comme les précédentes, riche en épitaphes peintes au minium sur briques. Voici ce qui reste de ces épitaphes et de celles gravées sur marbre. Vers G 1, des fragments d’inscription gravée, non en lettres priscilliennes, donnent : A Primilla alumna bien méritante Ur....s a fait.

1 Bulletino, 1886, p. 171.

APPENDICE

En G 2, est en place, gravée en lettres pareilles à celles tracées au pinceau, l’inscription : Emilius Auspicalis a fait à Emilia Augurina sa fdle — ancre couchée : Augurina parente probable des Augurii voisins. En G 3, un fragment de brique à terre a offert FAX au-dessus de l’ancre couchée ; je lis : Paix du Christ, notre espérance. Un loculus intact, en G 4, a sur trois briques : EYEAniCTOC — EVELPISTOS — ancre couchée ‘ : Bonne-espérance (en grec et en latin) dans le Christ notre espérance. Evelpiste, Bonne-Espérance, serait-il le compagnon de martyi’e de S. Justin dont la tombe est voisine en h 2‘1 En g, à l’extrémité de l’arénaire et du cimetière primitif, Victoria est en grec sur une brique en place. Les fragments de brique trouvés en G, ont donné ces noms : Agathe ; [Félicitas] ; I C. — ancre couchée au-dessus ; Cornelia G G [deux Cornélie, germanæ, jumelles) ; Ermogyne [Hermogenes). . ils ont donné l’acclamation gréco-latine : ACYNKpite BEIBHC, Incomparable, tu vivras [vives] ; enfin, sur une même brique, deux ancres, l’une droite, l’autre couchée. Une brique a le cachet Bomitianæ majores et la pomme de pin ; une autre ; EX Prædiis EL TITIANI qu’on croit être le Flavius Tizianus qui a vécu sous Marc-Aurèle et Lucius Verus.

VL — Pour achever cette section, il nous reste à voir le couloir C, terminant vers la section de la Cappella Greca, mais sans communication avec elle, l’artère H, hi" qui, partie de l’escalier, tourne de l’ouest à l’est et sert comme de base aux artères K, 1, H, D-G dirigées parallèlement du nord au midi. Ce couloir, très riche en inscriptions sur marbre ou briques, démontre l’antiquité de la galerie, qui rivalise avec celle de la galerie K. Trois briques, fermant encore un loculus, font lire en lettres mêlées d’alphabet grec et d’alphabet latin : EVHNOR (Ejrjvwp, Vaillant), avec le cachet entre l’H et l’N, de la Domitiana major, « trouvé si souvent sur les tuiles de la région la plus antique de Priscille. » Un fragment tombé : ... IME a le même cachet. Un autre a celui des fabriques Caniniennes de Domitia Lucilla, des années 108-123. Deux briques, en partie adhérentes au loculus, portent :... AIKINIA ... XPIICIMH... A Licinia ... obligeante..., et; XARAAAMII... A Charalampus ou Charalampa (B rillant-de-joie), surnom très rare. Des briques tombées à terre nous donnent peintes au minium, ces épitaphes simples et primitives : AEPIC (pour ’^ypto;), Aerius : ôNECIMOC, Onésime, nom rencontré en h"' et H 7, du néophyte à Rome de S. Paul ; OnniOC AIOPENHC, Oppius Diogène, le nom de famille Oppius étant des plus rares dans l’épigraphie chrétienne; GELSVS ; PERTINAX; MARINA ; SECVNclinus ? ; lANVA... ; INGEnVA. Deux plaques de marbre cipollin, peintes aussi en rouge, portent : GERON FELICISSIMVS — SOTER. Trois plaques fragmentaires de marbre ordinaire, aux lettres gravées et teintes en rouge, font lire : ANTONI... — ^aTVRNIN.... /'oNTEIO — L. LICINîO ... INCONPAmln’ii. L. Licinius a ici une sœur et une parente, COGNATa: ils sont de la famille Licinia dont le nom se présente à nous pour la quatrième fois. Une petite plaque de marbre africain porte, en lettres priscilliennes, sur trois lignes : IVL CALPVRNIA — AGRIPPINO AIVMNO (src)— POS. «Le smnom Agrippinus chez un esclave ou affranchi [alumnus] d’une Julia Calpurnia peut être dérivé de l’appellatif Agrippinus

' Fao-simile, Bull. 1881, tav. VIII, 2,

APPENDICE

OU Afjrippianus et Aqrippianns Germanicus, propre à beaucoup d’esclaves des Jules et à leurs familles, au premier siècle de l’Empire. » Mais voici deux épitaphes plus intéressantes encore, toutes deux gravées sur marbre en caractères priscilliens et appartenant « au groupe des plus anciennes inscriptions. »

La première, que j’ai rencontrée le 22 mai 1875, sur le sol auquel elle semblait attachée — j’étais avec S. Éminence le cardinal Pitra, qui a tressailli à sa vue, — porte en lettres d’un module un peu au-dessus de l’ordinaire :

nETPOG

C’est le septième, ou au moins le sixième Pierre, trouvé en cette région antique de si peu d’étendue. Voici la seconde inscription, avec le nom de famille Lucretius qui trois fois déjà s’est offert à nous :

LVCRETIO PAV/o wFANTl DVLCIS SIMO QVI BIXIT AnNO VNO MENS (sic) H1 DIES XVI LVCRETIVS EVTYCHES ET LVCRETIA MAXIMILLA PARENTES

A Lucretius Paulus enfant très-doux qui a vécu un an, huitÇt) mois, seize jours, Lucretius Eutyches et Lucretia MaximiUia ses parents. « Notons dit M. de Rossi, le surnom de Paul imposé par ses parents à cet enfant. Le surnom grec du père, Eutyches, indique un affranchi ou un étranger d’origine ; le surnom romain Paul peut avoir été imposé à l’enfant non à cause de son grand-père, mais en souvenir de l’Ajoôti’e. » Ne sommes nous pas à côté d’un souvenir pareil de S. Pierre ?

Et puis, n’a-t-on pas trouvé sur cette voie Salarc qui conduit au cimetière de Priscille, non loin de la ville, dans un groupe de sarcophages du temps environ des derniers Antonins, celui de la jeune Publia Œlia Proha qui, au rebord du couvercle, poi'te en lettres différentes de l’épitaphe de la défunte, mais en lettres anciennes, cette épitaphe d’un défunt inhumé au pied du monument : PETRO. LILLVTI. PAVLO * ? Ce Pierre-Paul, esclave ou affranchi de Lillutus, fait voir combien il est naturel, étant à côté du nom de l’apôtre Pierre, de reconnaître dans un Paul le nom de l’Apôtre des nations. Ce nom de Pierre, se trouvant une huitième, ou, si l’on veut, une septième fois dans les catacombes romaines, se rencontre précisément sur le chemin du cimetière des hôtes de l’apôtre, des Pudens. Qui ne sent en tout cela cette ombre de Pierre si célèbre dans l’Église, et son passage si bienfaisant et si désiré ^ ?

Une autre raison nous invite à voir dans Lucretius Paulus un nom de baptême pris de S. Paul et donné à l’enfant. Dans ce petit couloir C une tombe placée sous le pavé nous présente en lettres moins belles que celles des épi-

1 Bullet. 1884-85, p. 84.

* Act. V, 15.

appendice

taphes des parois, mais « non de liasse époque,» cette épitaphe d’une « diction très élégante, » et par conséquent ancienne encore :

ALLIVS METHIVS PAter de CEPTVS AB ALLIO AQVlLo fi LIG Q. V. AN XXXV. M. VIII. t/....

Allius Melhius trompé par Allias Aquila son fils, qui a vécu trente cinq ans, huit mois, . . . jours. Cé jeune liomme, dont la mort prématurée a trompé 1 affection de son père s’appelait Aquila — je dis Aquila plutôt q\i' Aquilinus, la mesure de l’espace vide appelant la première leçon. « Le nom de famille Allias, dit M. de Rossi, est très rare après le premier siècle ; le surnom Aquila ou Aquilinus est notable dans le cimetière de Priscille, » où ont été trouvés les restes des compagnons de S. Paul, Aquila et Prisca et le præpositus taberuaculorum, faiseur de lentes, comme eux et l’apôtre. Déjà, à quelques pas d’ici, près de la Cappella Greca, nous avons rencontré un Aquila ou .\quitinus. Il est bien difficile de ne pas supposer ici d’autre lien que le voisinage avec V Aquila de S. Paul. Et dès lors, Lucretius Paulus, inhumé dans ce milieu, ne se réclame-t-il pas naturellement de S. Paul pour patron ?

Ce Lucretius Paulus se trouve ici, d’ailleurs, avec deux Lucretia et le Lucretius Cresces, rappelant le Crescenl de S. Paul, dont le loculus, par la splendeur de ses peintures, prime tout en cette section. Les Lucretii ne doivent-ils rien à S. Paul de leur place si éclatante au cimetière de Priscille ?

En finissant l’examen do cette section, ajoutons qu’avec les noms des apôtres du Christ, Pierre et Paul, nous y avons rencontré non seulement cette variante si hautement divine, A O, de son nom, et ces dérivés de son monogramme X, l’Ancre, le Poisson, la sigle joignant l’initiale de Jésus à celle de Christ, mais ce monogramme X lui-même nombre de fois. Le 14 décembre 1881, étant avec M. de Rossi, qui achevait de prépai’er son plan de la partie primitive de Priscille, je l’ai vu peint en rouge sur le mur en H 4 environ, non loin de la tombe de S. Justin ; en h”, au-dessus des fragments de brique offrant Lancianus el la palme; en E, vers les fragments lapidaires d'Ulpius Pclrus. Je l’ai vu là et de tous côtés peint en blanc sur les murs ; et la preuve que ce n'est point un signe quelconque, mais bien le monogramme du Christ, c'est que, non loin de la célèbre fresque de la Vierge on trouve, peint de même en blanc, ce Monogramme constantinien. Je l’ai vu aussi plusieurs fois gravé au trait sec. Ces monogrammes X sont de grande et saisissante dimension. Aucun, à ce qu’il m’a paru, n'est tourné de manière à figurer, avec ce qu’on appellera la croix grecque, -j-, une image plus ou moins rapprochée du tau, T, c’est-à-dire de la croix attribuée au Christ par la tradition. L’image ignominieuse de la croix n’affronte pas encore ici, même de loin, les regards. Le Christ ne paraît qu’avec son nom glorieux d’Oint divin et éternel, ou bien en Bon-Pasteur, Seigneur des Saisons, Rédempteur de l’humanité. Roi du Paradis céleste.

INIentionnons encore deux épitaphes tirées du cimetière de Priscille, de la section où nous sommes, sans doute, mais de points non indiqués. Voici

APPENDICE 823

l’une, peinte au minium sur quatre briques, qui, à la fin du dernier siècle, a été portée au musée Borgia de la Propagande :

Palme. SEP TIMI VS-MA XIMVS

iN PAGE ancre ancre

Septimius Maximus dans la paix du Christ notre espérance, du Christ notre espérance

L’autre est celle trouvée au même temps, et qui est du même type sur trois briques, de sainte Philomène :

Palme PAX TE CVM FI LVMENA

ancre ancre

La paix du Christ notre espérance, du Christ notre espérance, à toi, Philomène. Peut-être, avons nous dit ailleurs, l’ancre placée sous le nom de Philomène, cache-t-il ce jeu délicat d’esprit ; Philomène {Bicn-aimée) du Christ.

Bidtet. 1880, p. 16.

L’hypogée des ACILIÎ GLABRIONES,

M. de Rossi qui pensait encore, en 1885, « que les cryptes insignes... les plus antiques » de Priscille étaient « entièrement découvertes » à l’étage supérieur, « la dernière et la plus minutieuse exploration en ayant été accomplie en 1883 \ » ne devait pas tarder à éprouver une ravissante surprise. « Explorant, écrira-t-il au commencement de 1887, ce cimetière dans les parties non encore creusées ni retracées sur le plan que nous parcourons [noire Planche xvii), j’ai pénétré dans un ambulacre grandiose, semblable à l’ambulacrc K, tout i-evétu de stuc peint avec des bandes et des étoiles; et tout encombré de débris de sarcophages dont on voit le long des parois les niches arquées. Cet ambulacre est voisin de l’escalier qui descendait à la galerie principale K, dont il est la continuation... C’est un lieu insigne qui donnerait de belles espérances si les barbares ne l’avaient pas dévasté *.»

Au commencement de 1888 ces espérances se réalisaient au-delà de l’attente. A la deuxième réunion de l'Académie d’archéologie chrétienne, tenue à Rome le 8 janvier, surlendemain de l’ouverture de la prodigieuse Exposition des dons offerts à Léon Xlll à l’occasion de son jubilé sacerdotal, M. de Rossi faisait d'importantes communications. M. Le Blant, qui ôtait présent, entretenant l’Académie des Inscriptions de Paris des fouilles opérées à la catacombe de Priscille, rappellera d'abord que « jusqu’ici elles étaient demeurées infructueuses : aux dévastations antiques étaient venues s’ajouter, pour la partie récemment abordée, celles de Boldetti, qui, en explorant ce grand hypogée, en a achevé la ruine, rejetant au hasard avec des masses de terre, dans les galeries qu’il avait déblayées, des débris pour lui sans intérêt, mais qui, rencontrées en place par M. de Rossi, auraient été autant de jalons précieux pour la topographie et pour l’histoire de ce lieu vénérable. » Puis il ajoutera : « M. de Rossi a déjà retrouvé, au bas d'un escalier, plusieurs grandes chambres, offrant dans leurs parois des niches destinées à recevoir des sarcophages. Le 5 janvier, on a signalé une vaste crypte, autrefois entièrement plaquée de marbre, avec plafond orné

' Pullct., 1884-85, p. 59.

’ Ballet. 1886, p. 137. — L’ambulacre est la continuation de la galerie K, en passant à l’e.xtrémité de la galerie H.

APPENDICE

de mosaïques » Un autre compte-rendu de la séance donnait ces détails aux lecteurs de VUniüers : Dans un grand amliulacre du premier étage, on

a retrouvé les niclies ornées de mai'bre et de mosaïques dont d'Agincourt, qui avait eu le lionlieur de les voir intactes, avait pris des dessins qui existent encore à la bibliothèque vaticane... Ccl ambulacre mène à une porte de vaste chapelle de sept mètres de long sur quatre de large, que l’on est en train de déblayer. En s'aidant de ses pieds et de ses mains, M. de Rossi a réussi à y pénétrer et à explorer la partie haute. U a reconnu qu’autrefois la voûte était tapissée de mosaïques et les murailles revêtues de marbre. Tant de splendeur, jointe aux dimensions extraordinaires de la pièce ne permet pas de douter qu’elle n’ait servi d’asile à quoiqu’un des plus éminents héros de la foi » C’est ce que M. de Rossi nous répétait le 2U mars, dans la chapelle même, nous faisant remarquer les débris de deux colonnes de jaune antique, cannelées en spirales, qui achevaient de donner la mesure de la très riche décoration faite, au quatrième siècle, pour honorer le martyr ou les martyrs déposés là. 11 allait envo^-er au Congrès scientifique international des catholiques, tenu à Paris en avril, la relation suivante ^ ;

« Dans la partie centrale et primitive du cimetière de Priscilla, nous venons de déblayer un hypogée qui, à l’origine, était tout-à-fait isolé et séparé des galeries de la nécropole. Plus tard, ces galeries l’enveloppèrent de tous les côtés, Les fidèles entourèrent ce lieu d’un culte affectueux, et l’ornèrent avec une splendeur inaccoutumée. L’hypogée était, à l'origine, une simple galerie, grande et large, creusée en ijamma (P), comme disaient les anciens, destinée uniquement à recevoir de grands sarcophages de marbre placés dans des niches spacieuses le long des parois. Pas un seul loculus de la forme ordinaire des cimetières souterrains. Un escalier spécial descendait du sol extérieur à l’hj^pogée. Les vestiges qui restent de l’ancienne décoration nous montrent seulement un chevreau. L’analogie entre cet hypogée et celui de l’entrée primitive du cimetière de Domitilla, sur la voie Ardeatina, est très frappante. Là aussi se trouvent des places pour les sarcophages sans loculi creusés dans les parois, lesquelles étaient toutes couvertes d’enduit blanc et ornées de peintures.

« Les peintures primitives de l’hypogée priscillien ont disparu à la suite des nouvelles décorations dont on a voulu les embellir à plusieurs reprises. La dernière forme de ces décorations a été la mosaïque. Les voûtes des niches pour les sarcophages, les lunettes du fond de ces niches, leurs façades extérieures ont été couvertes de mosaïques : le reste des parois a été plaqué de marbre. Malheureusement, tout a été dévasté à une époque inconnue. Les cubes des mosaïques ont été entièrement enlevés, les plaques de marbre détachées, les sarcophages brisés en cent menus morceaux, dont on a laissé sur place une partie seulement, ce qui ne permet pas de les recomposer. Ils étaient fort simples, cannelés en spirales, sans bas-reliefs, comme ceux du cimetière de Domitilla.

« Au fond de l’hypogée, on a ouvert la communication avec une très vaste

* h'Univers, Revue Littéraire, janvier 1883.

’ L’abbé J. Bonnet, lettre du 8 janvier, dans le n^ du 15.

» Bulletino, 1888-1889, p. 17.

APPENDICE

salle, qui paraît avoir été d’abord la réserve d’une piscina limaria de la villa on àvL prædium dans lequel a été creusé le cimetière souterrain.

Le but de la communication ouverte entre l’bypogée primitif et la grande salle en question a été de trouver une place particulièrement honorable pour 1

un tombeau probablement transporté de l’hypogée au fond de Vaula, qui I

avait près de 8 mètres de long et près de 4 mètres de large. Elle a été toute revêtue de marbre sur les parois ; la voûte a été toute couverte de mosaïques ; les morceaux de colonnes très belles en marbre numidique {fjiallo antico), cannelées en spirales, appartiennent évidemment à la décoration du seul j

tombeau dont on voit l’emplacement et la base au fond de la crypte. De même, j

dans la crypte papale du cimetière de Calliste, nous avons trouvé deux >

colonnes cannelées, qui soutenaient un epislylium devant l’autel. Excepté ces fûts brisés de colonnes de marbre numidique, tout a été enlevé de la grande aida ou crypte priscillienne, comme dans l’hypogée qui maintenant lui sert de vestibule. »

« 11 (l’hypogée), m'écrira le 26 novembre 1889 M. de Rossi, se trouve peu ^

loin de l’artère K, à droite de celui qui regarde le plan du noyau central de la catacombe de Priscilla [notre Planche xvii). » :

Voici le plan de cet hypogée, B D D, F G, dont l’escalier était en A 1 ; de j

la vaste salle ajoutée, E ; de l’appendice également postérieur I H K L, avec |

un escalier desservant aussi l’hypogée et un autre propre à cet appendice ; ,'j

d’un commencement enfin M N de galeries cémétériales ajoutées sur un des côtés, mais séparées, avec un escalier propre en A 2, la communication vei’s 12 étant moderne — les points indiquent la place du quadri-

latère de la basilique supérieure de S. Sylvestre — :

APPENDICE

Ët voici la position de cet iiypogée par rajiport à la Cappella Greca. Un petit hypogée N, MM, dont nous parlerons plus loin, (|ui a son escalier près de celui de l’hypogée des Acilii, est entre deux, ainsi qu’une longue galerie prolongeant à l’origine la nef de la Cappella Greca, mais séparée d’elle lors de la création, pour un tombeau, d’une abside qui remplacera le sanctuaire primitif. Nous recevions, le 9 décembre 1890, de M. de Rossi ce plan inédit :

Peut-on indiquer un personnage illustre, un martyr, ayant reposé ici? << A cette demande, nous disait, le 20 mars 1888, M. de Rossi, le doute répondait, il y a vingt jours encore, et maintenant c’est presque la certitude. »

Un fragment de couvercle, probablement d’un des grands sarcophages brisés, a fait lire ‘ :

ACILIO GLABRIONI FILIO

la lacune réclamant: M [anii) Acilii Glabrionis cos, ou: M (anius) Acilius Glabrio pater ; — un fragment d’inscription de loculus : AKEIA..., commencement certain du nom d'un Acilius ; — un fragment de marbre très épais, qui semble être le devant d’un sarcophage : AGI. . M' ACILIO... Acilius... à Manius Acilius; — un autre fragment : KA AKEIAIOY OTAAEPIou... v£a?NlCKOY (sépulture) de Claudius Acilius Valerius... jeune homme ?, noble personnage, la polyphonie étant une manjue certaine de noblesse ; — une plaque de marbre ayant fermé un loculus, au fond de l’hypogée, en face de la grande crypte, sur la fin du second siècle ou au troisième ;

aKIAIOC POYd*EINOC sHCIIC EN ©Ew,

> M. de Rossi, Les Nouvelles fouilles du cimetière de Priscilla. — Sépulture des Acilii Glabriones. — Congrès scientifique international des catholiques tenu à Paris, du 8 au 13 avril 1888, t. Il, Paris, 1889, p. 262. — Bulletino, 1888-1889, p. 20.

• Bulletino, p. 28, et tav. x.

APPENDICE

AcUius Bufinus, vis en Dieu, un Acilius Rufus (cognomen d’où est déduit celui de Rufinus) ayant été consul désigné l’an 106, et déjà, sous un des Flaviens, l’iiistoii-e nous pi-ésentant un Acilius Rutinus, fils d’un Acilius Rutinus. Un gros quartier de marbre, ayant appartenu à un sarcophage, a fait lire encore actLIae?... M [arcus) AClLIui ; — puis un fragment de marbre, pareil à celui de Manius Acilius, et dont les lettres sont du type exact de l’épitaphe précédente :

M' ACILIVS V...

et PRISCILLA C...

Manius Acilius Vécus clarissbnus vie {et) Acilia — nom de famille sousentendu, indiqué par Acilius — Pciscilla clarissima {femina ou puella), clarissimes, non époux, mais frère et sœur, nés du consul de l’an 152, Manius Acilius Glabrio, ou plutôt de celui de 186, et de sa femme Arria Plaria Vera Priscilla, dont la statue à Pesaro nous a donné les noms *, et passés du paganisme de leurs parents au christianisme. M. de Rossi, dont la sagacité a rétabli leur état civil *, nous donnait le 13 mars 1888, à M. le comte de Mérode, a M. Tristan de l’Héraule, deux insignes bienfaiteurs des catacombes, et à moi l’annonce de la découverte faite, le 11, de cette Priscille chrétienne, de cette Priscille acilienne, dans le cimetière de Priscille. Sans doute, elle ne descend pas de la fondatrice du cimetière, puisque sa mère est païenne; mais n’est-elle pas sa parente, puisqu’elle est venue reposer ici? Enfin, nous nous souvenons d'avoir rencontré plus haut, en h 111, un Acilius Quintus et une Acilia M... parents d'un enfant d’un an, Attalus. « Cette inscription, m’écrira, le 10 février 1889, M. de Rossi, appartient, elle aussi, à la région des Acilii, mais à une des dernières branches de ses galeries. » Pour lui, ces « deux Acilii » sont « peut-être » des <( alfranchis ou descendants des affranchis des Acilii »

Uès le 2U mars 1888, tenant six des sept épitaphes des Acilii nobles, M. de Rossi n’hésitait pas, devant nous, à placer ici l’hypogée de la famille consulaire de ce nom. « M. le Blant, ecrivait-on déjà en janvier, estime que la partie de la catacombe présentement explorée a servi de sépulture à la famille Acilia *. » Ce fait acquis, voici les lumières qu’il reçoit de l’histoire et celles qu'il projette sur elle.

Les Acilii Glabriones, d'origine plébéienne, ne s’élevèrent aux suprêmes honneurs de la République qu'au sixième siècle de Rome. Manius Acilius Glabrio, tribun du peuple l'an 201 avant J.-C., consul et vainqueur d’Antiochus l'an 191, triomphateur l'année suivante, est appelé par Tite-Live « un homme nouveau. » Mais, après quatre siècles, cette famille avait jeté un

< Olivieri. ilarm. Pisaur, p. U, no xxxn.

• Bulktino, 1S88-89, p. 21, 118.

> P. 23. M. de Rossi disait dans sa lettre du 10 février : « Les Acilii sont à peu de distance de la grande galerie K. dans le grandioso ambulacro indiqué, Bulletino, 1386. p. 137 ». Leur présence inattendue ne s'est révélée qu’à deux ans delà,

* L'Univers, 15 janv. 1888,

Al'I-KNliK.K

tel éclat qu’en 18G, Pertinax, voulant abdiquer la pourpre impériale et la céder au plus illustre et au plus digne des sénateurs, prit par la main et conduisit au trône Manius Acilius Glabi-io, alors consul pour la seconde fois, coinine étant réputé « le plus noble de tous les patriciens et descendant d’Ancliise et d’Énée » « Dardana proyenies, descendant de Dardanus, » l’aïeul d'Ancliise et le fondateur d'Ilion, c’est le titre que donnera Ausone à son collègue Acilius Glabrio, professeur de lettres à Bordeaux, en pleurant sa mort prématurée*. Manius Acilius Glabrio est consul en 91 avec Trajan, non Auguste encore ; Acilius Uufus, consul désigné en 105 ou 100 ; Manius Acilius Glabrio, fils probablement du consul de 91, consul en 124 ; le fils de celui-ci, appelé Manius Acilius Senior, consul en 152; son fils, consul substitué en une année incertaine, consul ordinaire en 186; le fils de celui-ci, Manius Acilius Faustinus, consul en 210 ; le fils de Faustinus, Claudius Acilius Cleoboles, consul substitué, en une année incertaine ; Marcus Acilius Glabrio, consul en 250 ; Acilius Severus, consul cl préfet de Rome en 325. Nous verrons encore en 438 Anicius Acilius Glabrio Faustin, consul en 438, en Occident, avec Tliéodose le Jeune, empereur et consul en Orient.

Le premier des consuls de cette liste peut être revendiqué par les gloires chrétiennes comme par les gloires romaines. Baronius l’affirme, suivi avec quelque hésitation par l'anglican Dodwel ; Tillemont le nie; l’abbé Lenglet-Dufresnoy, au dernier siècle, l’abbé Greppo, au nôtre, tiennent pour Baronius; M. de Rossi, enfin, écrira dés 1803 : « Acilius Glabrio, consul en 91, contemporain de S. Clément, fut condamné à mort par Doinitien. 11 était coupable de nouveautés, au dire de Suétone. Il était coupable du même crime cjui en avait déjà fait condamner tant d’autres, suivant Dion, qui raconte l’exil et la mort de plusieurs illustres personnages accusés uniquement de professer le christianisme. Aussi, divers savants, et avec toute raison, l’ont jugé chrétien et martyr de la foi » Ce crime capital, cause en 95 de la mort de S. Clément, cousin de Domitien et consul avec lui cette année, et de l’exil de Flavie Domitille, cousine aussi de l’empereur, était manifestement d'après Dion, celui « d’athéisme, àOsÔTrjTOff, « et d’« aberration du côté des moeurs des Juifs, èa va rûv ’louoai'üjv rfii] èÇox^Xovceî, f ce qui désigne le christianisme doublement et exclusivement. Acilius Glabrio, étant consul, avait été condamné par Domitien à combattre, dans l’amphithéâtre de la magnifique villa impériale d’Albano, un lion, d’après Dion, deux ours féroces, d'après Juvénal, et avait vaincu. Jaloux et irrité, de ce triomphe inattendu, l’empereur ne devait pas oublier Acilius dans la persécution où, quatre ans plus tai’d, il n’épargnait ni un consul, ni son propre sang. En 95, « il le fit mettre à mort, en exil, dit Suétone, comme ourdissant des révolutions, quasi molitorem novarum rerum. » La cause de sa mort, toutefois, n’ayant point eu la claire évidence de celle de S. Clément, on comprend que l’Église ii’ait point donné le titre solennel de martyr à Acilius Glabrio ; qu’aucun martyrologe ne contienne son nom ; qu’aucun pèlerin n’ait signalé son culte au cimetière de Priscille. Mais on comprend aussi que son

' Hérodien, Ilist., II, 3.

* Prof. Burdigal, 24.

8 Suéton. in Domit, X ; Dion-Cassius, Histor., lxvii. ~ Bullet., p. 29.

APPENDICE

illusLre famille ait gardé le souvenir de son martyre, appuyé par deux auteurs païens, aux renseignements desquels elle n’avait peut-être pas été étrangère, et qu’à la paix de l’Eglise, elle ait décoré le mausolée où il reposait au milieu des siens d’une manière digne de lui, digne d’elle, avec une splendeur incomparable. M. de Rossi déclare, nous l’avons entendu, que le martyre d’Acilius Glabrio et sa sépulture dans la grande crypte sont « presque » une « certitude. »

'L’Acilius Glabrio /ï/a', d’un des tombeaux de l’hypogée, est probablement le fils du consul de l’an 134, le petit-fils de celui de. 91, de la victime de Dioclétien. L’inscription pouvait donc se terminer par la première des deux lignes suivantes ou par ces deux lignes :

M' ACILl GLABRIONIS COS N M' ACILl GLABRIONIS COS

La restitution n’est qu’hypothétique. Manius Acilius Verus, homme clarissime, et sa sœur Priscille, femme ou jeune tille clarissime, sont, avons-nous dit, les enfants de Manius Acilius, consul en 152, ou plutôt les enfants de son fils, consul en 186, à qui Pertinax voulut céder la pourpre impériale. Leurs surnoms Verus et Priscilla viennent de leur mère Arria Plaria Vera Priscilla, d’une noble et riche famille d'Ostie, qualifiée fïaminica — épouse du flamine et prêtresse elle-même — sur la base de la statue à elle érigée à Pesaro. Elle eut pour tille ou petite tille Acilia Vera, inhumée dans les cryptes de Lucine attenantes au cimetière de Calixte. « Cela, dit M. de Rossi, n’exclut pas l’uftinite d’Acilia Vera avec de nobles parents des Antonins Augustes, parmi lesquels elle a reçu une digne sépulture. C’est à Vera Priscilla, sa mère ou aïeule, que se rattache sa généalogie ; son premier nom est ainsi celui de la famille Arria : or, Arrius Antonin fut l’aïeul maternel d’Antoninle-Pieux '. » Marcus Acilius fut contemporain de Manius Acilius Verus, comme l'indique la paléographie toute semblable de leurs épitaphes. Claudius Acilius Valerius vivait au troisième siècle. Le premier de ses trois noms de famille lui vient de Claudius Aci.ius, fils du consul de 210. Son surnom était probablement Severus. On le retrouvera dans un Acilius Severus, correspondant de Lactance et, ce semble, chrétien ; et dans le consul de l’an 323 qui mourra sous le règne de Valentinien l'ancien (364-375), et est inscrit par S. Jérôme au catalogue des Écrivains ecclésiastiques.

« En présence des nouvelles découvertes et des faits ci-dessus exposés, il est manifeste, conclut M. de Rossi, que les paroles de Dion, concernant l’accusation dont fut victime Acilius Glabrion, semblable à celle qui fut cause de la condamnation à mort de Flavius Clément et à l'exil de Flavia Domitilla, doivent être interprétées dans le sens naturel, comme ont déjà fait beaucoup de commentateurs et d'historiens au XVR siècle ; que cette accusation ne fut pas calomnieuse, que le soupçon du tyran ne fut pas sans fondement ; que la semence évangélique répandue dès l'ère apostolique dans la maison des Acilii Glabrioues y fructifia et s'y maintint par des générations successives, en hommes et en femmes de cette illustre lignée, depuis les temps environ de

t Bulletino> 1868-89. p. 67,

AIM'liNDlCK

8ai

Domitieii jusqu’à ceux de Constantin et du triomphe de la religion chrétienne » Chose bien remai'(|uahlo « dans cette famille réputée alors la plus noble de toutes les familles pati-iciennes, toujours restée au sommet des honneurs civils et des fonctions publicpies, et engagée dans les liens, qui en étaient comme inséparables, des dilTércnts sacerdoces et du culte idolâtrique*. ! »

Ija découverte de l’hypogée des Acilii va fournir une autre série de révélations, de premier maire comme les j)récédentes.

11 n’y a rien à faire observer sur les galeries cémétériales adjacentes M, N, desservies par l’escalier A 2, sinon que ces galeries et d’autres régnant tout autour de l’antique hypogée, sont venues l’envelopper comme pour faire honneur à ses v(';nérés défunts et obtenir à de nouveaux venus leur céleste j)atronage. Mais les galeries II, 1, K, L, postérieures comme les précédentes, nous apportent les plus surprenantes et les plus capitales lumières sur notre cimetière de Priscille.

A la paix de l'Eglise, quand ou construira au-dessus du cimetière la basilique de S. Sylvestre, où seront inhumés les papes S. Libère et S. Sirice, l’escalier A' sera fermé. Ün escalier monumental lui sera substitué, ayant un vestibule extérieur orné de colonnes de brèche coralline, dont deux de grand diamètre encadrant des cancels, et débouchant dans l’ambulacre G un peu rétréci. 11 desservira ainsi, par l’artère F, l’antique hypogée, et de plus, par une descente de trois degrés, pratiquée en rompant la paroi qui fait face à F, et par l’artère K, une crypte L, plus récente, mais l’objet d’une vénération non moindre. Cette crypte avait d’abord son escalier propre en H, petit escalier ordinaire, débouchant dans un vestibule I. Le vestibule est devenu une sorte de carrefour réunissant ces deux entrées qui seront pratiquées ensemble. Au bas du petit escalier H, dont les parois sont remplies d’exclamations et d’invocations tracées à la pointe du fer par les antiques visiteurs, comme le vestibule même tout entier, on lit, en 18, au retour du mur, ce graphite : « LIMINA SANCTORVM, Entrée du séjour des saints. » « Si l’on demande, dit M. de Rossi, quels ont été les sancli vénérés et invoqués en cet insigne lieu souterrain, les graphites, sur la paroi qui fait proprement face à celle où est écrit : LIMINA SANCTOR’VM, répondent : Priscille et Crescenlion » On lit eu effet sur la paroi 19 : DOMNAE PRISCILLE, et au-dessus : DOMN'VS CRESCENTIO. Domnus et clomna, titres donnés aux dieux, notamment à Isis, sur les inscriptions païennes, sont, avec sanctus et sancta, ou seuls, des qualificatifs spécialement employés en l’honneur des martyrs dans l’épigraphie chrétienne du IV® siècle et de la première moitié environ du V®. Le graphite relatif à la domna Priscilla porte : Cito cuncti suscipia... Que bientôt tous ceux qui viennent prier ici reçoivent l’accomplissement de leurs vœux — ou Que bientôt tous les défunts pour lesquels on vient prier soient reçus dans le Paradis, par l’intercession de la sainte et puissante dame, les arrêts du péché, [de)licti kausis, étant par elle levés pour eux.

t Bulletino, 1888-89, p. 57.

^ Ibid p. 65.

* Ibid , p. 104.

appendice

Les tombeaux de Priscille et do Cresccntion sont donc près d’ici. Il ne faut pas les chercher ici même. Crescention, nous le verrons, est dans la crypte L ; et notre vestibule 1 ne présente qu’un arcosolium du IV® siècle, revêtu d’un enduit grossier et sombre, sans aucun ornement, qui ne saurait être la tombe d’une sainte vénérée comme Priscille. Il faut chercher cette tombe, selon toutes les probabilités, au fond de la crypte G où débouche l’escalier monumental, dans l’arcosolium 17.

Cet arcosolium, comme la crypte, appartient au très ancien hypogée des Acilii La crypte, le long de ses parois plaquées de marbre, était garnie de sarcophages, dont les fragments jonchaient naguère le sol, l’un d’eux faisant lire le nom du jeune et clarissime Claudms Acilius Valerius. Un de ces sarcophages a échappé à la dévastation, sous l’escalier, au point 15. Rayé en spirales et jadis orné de grandes têtes de lion aux extrémités, il est semblable aux autres sarcophages de l'hypogée et à ceux du cimetière de Domitille, qui sont de l’âge environ des Flaviens. Une sépulture à gueule de four, où le cercueil s’enfonce dans le sens de sa longueur — rite commun à Rome chez les Juifs, rare chez les Chrétiens — , lui fait presque face, au point 16. Au fond de cette crypte si visiblement antique et qui forme une petite chapelle, est l’arcosoUum, dont la décoration primitive a été remplacée au IV® siècle par une riche mosa'ique. Des barbares modernes en ont arraché tous les cubes. Mais d’Agincourt qui, en 1780, l’a vue conservée en partie, nous en a transmis un petit dessin ’. Confrontation faite avec les indications que fournit encore l’enduit dévasté, l'identilication sur place est certaine.

Le sous-arc do l’arcosolium était tout orné de méandres d'un bon style, soutenant dans un cercle, au sommet de la voûte, le monogramme constantinien du Christ, dont l’empreinte est très visible encore. Dans la lunette dominait une grande figure de matrone, enveloppée dans un ample manteau qui descendait de sa tête, et ayant les bras élevés encrante. Elle était accompagnée de quatre figures plus petites, deux de chaque côté, dont d’Agincourt n’a trouvé et n'a dessiné que les têtes. Une telle image, en pareil lieu, a une raison d’être particulière. « Les images peintes à fresque ou en mosa’iquo, dit M. de Rossi, faites longtemps après la sépulture, pour orner davantage les cryptes et les tombeaux vénérés et rendus accessibles, par de nouveaux travaux, au concours des visiteurs, eurent un caractère non privé et de famille, mais public et sacré, et représentent toujours les martyrs et des personnages de sainte et illustre mémoire, dont le culte était la cause de la fréquentation fervente de ces lieux regardés comme des sanctuaires, litnina sanctorum. C’est le cas de cet arcosolium » Le nom de la matrone orante se présente ici ou plutôt s’impose bien vite à la pensée. La dame Priscille figurant à l’entrée de 1 hypogée parmi les saints qu’on vient y invoquer ; la sépulture présente, répondant précisément à l’époque où Priscille, la fondatrice du cimetière de son nom, a dû finir sa vie ; ces quatre

• Histoire de la décadence de l’art, t. V, pl. xiii, 16. — D'Agincourt écrit à la Table des planches, p. 13 : « Figures et ornements arabesques, exécutés en mosaïque sur un monument sépulcral que j’ai découvert en 1780, dans la catacombe du Crucifix, partie de celle de Priscille, vers le pont Salaro. »

» BuUetino, 1888-89, p. 110.

Ai'pr’A'nicE

personnages qui entourent l’orante rappelant les quatre noms, illustres entre tous, de la sainte famille d'^ Priseille, son fils — M. de Rossi dit son fils plutôt que son épo\ix — Pudens, le fils dePudens, le prêtre Pastor, ses filles, les vierges Pudentienne et Praxède, tous formant la couronne de leur mère, comme sur des compositions antiques, parfaitement semblables, les sept fils martyrs de sainte Félicité forment la couronne de la leur : tout cela porte <( au plus haut degré de probalulité » la croyance que la domna Priscilla est ici Priseille, la célèbre fondatrice du cimetière.

Nous avons vu les liens de sa famille avec les Ac/Zii au second siècle. Aux deux Priseille, l’une épouse, l'autre fille du consul Acilius Glabrio le jeune, sinon l’ancien, il faut joindre une PrwGILLA ACILIANA qui figure sur une pierre mutilée de Marine, concernant Acilius Glabrio, l’ancien, consul en 152. M. Acilius Priscus Egrilius Plarianus, consul substitué d’une année incertaine de la seconde moitié environ du second siècle, tenant ses trois premiers noms de sa famille naturelle, a tiré les deux derniers de son père adoptif A Egrilius Plarianus, de la famille des mêmes deux Priseille. Une inscription de Tivoli vient de nous révéler que l’Acilius, consul en 152, comptait dans ses noms de famille celui de Cornélius, venant de ses ascendants maternels, qui ont pu être les Cornrlii Prisci. dont l’un était consul substitué vers l’an 103, et jiroronsul d’Asie en 120-121. Un tombeau chrétien, établi dans le fond rustique des A rilü Glabriones, \ient de nous montrer enfin une M PRISCILLA sur l’épitaphe métrique d’un insigne

magistrat du IV« ou du A’’® siècle, qui paraît avoir été Anicius Acilius

Glabrio Faustus, consul ordinaire en 438, préfet de Rome et du prétoire d’Italie, Illyrie et Afrique cette année, et présidant, à ces titres, à la promulgation du code Théodosien au Sénat et dans tout l’Occident. « Rien donc,

a conclu M. de Rossi, dès avant ce dernier document, ne s’oppose, et tout, au contraire, nous engage à supposer que la Priseille, éponyme du cimetière, a été de la parenté des Acilii Glabriones: que l’hypogée heureusement découvert à cette heure est le premier noyau de cette nécropole ; et qu’en somme le cxmeterivm Priscillæ a été établi in prædio Aciliorum .. Les Acilii eurent certainement des villas et des fonds rustiques en divers lieux de la Rome suburbaine, attendu la richesse de leur très ample censive '. »

Hôtesse de saint Pierre, d’après la traddion, dans cette maison du bas de l’Esquilin qui deviendra le titulus Pudentis, Léglise Sainte-Pudentienne d’aujourd’hui, il était naturel que cette pieuse matrone, Priseille, s’occupât, comme feront ailleurs les Domitille, les I.ucine, les Cyriaque, de la sépulture dos chrétiens de son quartier, et otdint des Acilii, à qui l’unissaient des liens de parenté ou du moins de grande amitié, et à qui le christianisme est ou va n’être pas étranger, de l’établir dans leur fonds rustique de la voie Salare voisine. Divers hypogées y seront de fait créés plus ou moins en même temps par diverses riches familles, notamment ces deux hypogées de la région de la Cappella Greca et de celle de la Vierge dans un arénaire préexistant, et celui des Acilii creusé exprès, sur un plan géométrique en gamma. S’il fallait donner une priorité, il semble que ce serait aux premiers, et que la sépulture d’Aquila et Prisca, ces époux Israélites, compagnons de

APPENDICE

S. Paul, ayant eu lieu au cimetière de Priscille, dont ils ont dû être des plus anciens hôtes, c’est de ce côté qu’il la faut chercher, ainsi que certains indices nous y ont invités. Que les Acilü chrétiens s’étant fait ensuite un hypogée de famille près de ces coadjuteurs dans le Christ Jésus du grand Apôtre, qui a chargé les Romains de les saluer, eux et leur église domestique, que les Acitii aient voulu consacrer leur h3'pogée par le tombeau de la fondatrice du cimetière, de cette Marthe de Rome qui a reçu le Vicaire du Christ, comme Marthe de Jérusalem a reçu le Christ lui-même, quoi de plus vraisemblable? Et la réalité paraît s’ajouter à la vraisemblance, quand on voit un couloir partir du milieu de la branche principale du gamma pour aboutir à un tombeau, devant lequel s’étend une galerie formant la nef d’une chapelle dont il est comme le fond d’autel ; ce qu'il deviendra manifestement, avec son tableau en mosaïque, à la paix de l’Église.

D’où la juive Prisca et le juif Aquila avaient-ils pris ces surnoms latins sous lesquels ont disparu, de leur vivant même, leurs propres noms ? M. de Rossi en est arrivé à entrevoir un lien probable de clientèle entre la Priscille romaine et Prisca, entre un Acilius et Aquila : Acilius, avec l’ancienne prononciation dure du c, équivalant à Aquilius, et les deux se confondant souvent ensemble. Aquilinus dérivant d’Aquilius et d’Aquila, Ausone n’appellera-t-il pas un « Glabrion, rejeton de Dardanus par Aquilinus, Glabrio Aquilini Dardana progenies? » Les liens d'Aquila et de Prisca avec Priscille et son fils Pudens semblent se trahir d’autre part par le diplôme de bronze en l’honneur d’un noble personnage du temps d’Alexandre-Sévère, C. Marius Pudens Cornelianus, diplôme trouvé, au dernier siècle, au mont Aventin, dans une maison romaine, que ses peintures et ses monuments montrent avoir été chrétienne, près du titulus Priscæ, dit ensuite titulus Aquila; et Priscæ, l’église actuelle de Sainte-Prisque. Ce personnage, qui prit le nom de Marius de son père adoptif, s'appelait Cornélius Pudens de ses nom et surnom primitifs. Il pouvait descendre de l’Acilius Cornélius, consul en 152. D’où lui venait son surnom de Pudens, surnom aussi du fils de Priscille et de sa petite fille Pudontienne? On a trouvé ce surnom dans les fastes consulaires, aux années 155, 156, joint aux noms de famille Arrius et Servitius ; on n’en connaît pas encore d’exemple chez les Acilü. Les traits d’union du Pudens de l’Esquilin avec Cornélius Pudens de la maison voisine de Sainte-Prisque, sur l’Aventin, laissent à désirer une plus ample lumière. Il en est ainsi de la noblesse même de son origine. Mais, dès à présent, on voit ces grandes familles patriciennes, les Cornelii comme les Acilii, rapprocher leurs noms et leurs cendres des membres de sa sainte famille, même adoptive; et si le mot de Baronius, au Martyrologe romain, Sancti Pudentis senatoris, ne se trouvait pas exact au .sens littéral, il le serait toujours et au-delà, de l'aveu manifeste des plus clarissimes de Rome, au sens le plus sublime et le plus vrai. Prudence pourrait dire de S. Pudens comme de S. Laurent : « C'est l'homme que la Rome céleste s’est élu pour consul perpétuel, quem Borna cæleslis sibi — legit perennem consulem '. »

Achevons rapidement de faire connaître rii3'pogée des Acilii avant de passer à son Appendice qu’a tant illustré le nom du martyr Crescention.

' Peristephanon, III, 559.

AI'PENM'ICE

bo5

L'hypogée n'avait d'ahoi’d que quatre areosolium, en 1, 7, 8 et derrière fi. Celui en '/•, faisant face à l’escaliei-, possède encore à la cime de la lunette, sur un stuc fin peint à fresque d’un bon style, deux paons affrontés aux côtés d’un vase : symbole des Juifs et des Gentils ressuscités, allant goûter le vin céleste du Christ, qui est lui-mèmc. Eu 3, 5, fi sont des arcosolium plus récents ; de même en 10, 11. La crypte C est une dos premières additions. Sous le pavé, devant 4, est un trisômo, antérieur à l’arcosolium 5, qui l’a recouvert en partie, et qui offre en mosuique, dans de grandes proportions, le monogramme constantinien du Christ, ceint d’une couronne. Ce trisômo fait lire sur une grande plaque de marbre restée en place, cette inscription grecque, d’une belle écriture, mais non de la vraie calligraphie priscillienne : O Père de tous ceux que vous avez créés cl pris avec vous : en paix, Irène, Zoé^ Marcel. A vous gloire dans fe ^ — ancre [le Christ, notre espérance). Le Monogramme dit constantinien apparaît ici bien avant Constantin. En 12 a été trouvée, détachée d’un loculus, l’inscription : AKEIA ; en 14 dans la galerie cémétériale qui est derrière la grande salle E, détachée de môme, celle : aKIAlüC I'0'1‘'MN0C. Dans cette galerie, un loculus de la série primitive présente en place cette épitaphe, en belles lettres priscilliennes :

A |-|-| I KAPIIOC AO Y

AOC ©Y,

En Jésus-ChrisI , Carpus, serviteur de Bien. Voilà encore, avant Constantin, le monogramme . H est précédé du monogramme |-|-|i présentant les deux premières lettres de IHCOTC, comme lui présente les deux premières de XPICTOC. Ce monogramme du nom de Jésus remonte au premier siècle. L’Épître dite de S. Barnabé nous montre dans les 318 serviteurs avec lesquels Abraham a vaincu quatre rois, le nom de Jésus, dont le monogramme, |-|-|. représente le nombre 18, comme la Croix, dont le T est la figure, représente le nombre 300. Venons à S. Crescention.

C’est un pauvre aveugle, guéri par S. Laurent, et compagnon de son martyre, un peu après la seconde moitié du troisième siècle. Une addition a été faite à l’hj'pogée des Acilii pour sa sépulture, qui a eu lieu dans la chambre L. Spacieuse et ornée d’un ample lucernairc, elle a été appelée de là cubicvlum clarum. L’auteur du Liber Pontificalis écrira que le pape Marcellin, martyr do la persécution de Dioclétien, voulut être enterré près de ce martyr « dans le cubiculurn [clarum), qui est visible jusqu’à ce jour. » Les dévastations ne nous ont malheureusement laissé aucune trace du tombeau de S. Marcellin. Celui de S. Crescention était sans doute dans l’arcosolium qu’on voit au fond de la chambre, à la place d’honneur. Les parois de cette chambre offrent de précieux lambeaux, permettant de reconstituer leurs fresques. A droite, c’est Nabuchodonosor assis sur un escabeau, commandant aux trois jeunes Hébreux d’adorer son buste dressé devant lui sur une colonne ; et les trois Hébreux, préférant le martyre à l’apostasie, s’enfuient avec un geste unanime d’horreur. Ce buste rappelle bien celui de la Cappella Greca, dont une ouverture dans le mur a supprimé la colonne. A gauche, c’est, dans un cadre, la résurrection de Lazare, avec Marthe prosternée aux pieds du Christ, au

appe>:dice

milieu d'une foule de graphites parmi lesquels on lit ; Laurentii Deus, et oïl trouve divers monogrammes constantiniens du Christ c’est, dans un second cadre, la résurrection de la fille du chef de la Synagogue. On voit assez dans ces trois fresques, comme dans le graphite Laurentii Deux, des allusions au généreux martyr à qui la rétribution est assurée clans la résurrection des Justes. Dès le 10 février 1889, M, de Rossi m’écrivait : « La crj'pte de Crescention est au premier étage, à un niveau peu inférieur à celui de l’h3'pogée des Acilii avec lequel cette cr^'pte a été mise en communication, à l’époque surtout de la Paix et des pèlerinages. »

Contiguë à l’h^^pogée des Acilii, entre cet hypogée et la Cappella Greca, est une courte galerie MM, dont l’escalier A part du même point que celui des Acilii même (Voir les plans ci-dessus, pages 826, 827). Cette galerie a été flanquée à l’origine, de sept niches pour des sarcophages, quatre d’un côté, trois de l’autre, et depuis occupée par divers tombeaux, dont un, au commencement environ du troisième siècle, de L. Petronius Secundus. Aucun indice ne nous révèle à quelle famille appartenait cet In’pogée privé. Une des niches, offre au haut de la lunette, la trace de deux paons aux côtés du vase my.stique que nous avons vus dans l’arcosolium faisant face à l’escalier de l’hj-pogee des Acilii. Au-dessous, le sujet de gauche aA'ant péri, on voit à droite le Christ guérissant un aveugle, l’aveugle-né probablement. Dans la voûte de l’arc, le sujet de gauche a péri. A droite, Jonas repose sous l’ombrage : Eve est à sa droite, cachant sa nudité, et, devant elle, le Serpent qui se dresse, et l’arbre fatal ; Adam, cachant sa nudité aussi, était à sa gauche. C’est l’image de la résurrection et de l’immortalité bienheureuse entre les images de la chute et de la mort : c’est le nouvel Adam au milieu de nos premiers parents pécheurs, dont son expiation doit effacer la faute et si grandement restaurer la race. Belle et profonde composition sans exemple ailleurs ! Elle paraît être antérieure à la seconde moitié du troisième siècle *.

A droite de l’hypogée des Acilii et de la ciypte de S. Crescention est le grand escalier, descendu par Boldetti, qui traverse tous les étages du cimetière. Il aboutit à une extrémité de l’immense artère rectiligne du second étage, au milieu de laquelle descend le grand lucernaire K 6 de notre planche xvii. Parlant de cet escalier « très ample et très profond, » M. de Rossi dit : « .Vrrivé au second étage, il s’enfonce par un bras latéral de quarante deux degrés jusqu’au niveau des eaux souterraines où il finit dans une sorte de bassin rectangulaire. Le bassin n’est pas très profond et il n’aurait pas été suffisant pour l’immersion. Mais anciennement l’eau fut probablement beaucoup plus abondante qu’aujourd’hui; et son niveau s'éleva sur les derniers degrés de l’escalier, si bien qu'ils servaient à descendre et à s’immerger, comme au cimetière de Poniien, dans une véritable piscine baptismale. Ce bras de l’escalier n’a pas de loculi creusés dans les parois et il ne donne pas accès à des galeries cémétériales : le but de cette descente parait avoir été uniquement d’atteindre le niveau de l’eau et de desservir le susdit bassin ou piscine *. »

Voilà donc le baptistère du cimetière de Priscille ! le baptistère de son

* Bulletino, 1888-€9, tav. IV, VIII.

* Bulletino, 1888-89, tav. III,

* Bulletino, 1887, p. 17.

APPENDICE

église primitive, la Cappella Greca ! Avor* celui du cimetière de Pontien, celui du cimetière de S- Alexandre, au septième mille de la voie Nomontane, et celui, dont on n’a c[ue la mention, du cimetière d’Ostrien, où Pierre baptisait, c’est le quatrième connu dans les catacombes romaines. Remontct'il à S. Pierre? La proximité du cimetière d’Ostrien et la création vers la fin seulement du .second siècle des galeries cémôtériales du second étage ne sont assurément pas des raisons pour le nier. Il parait difficile d’admettre que l’église d’un cimetière aussi important, dès les temps apo.stoliqucs, que celui de l’église de Priscille, fut sans baptistère. Les fresques delà Cappella Greca, avec l’eau jaillissant du rocher sous la verge de Moïse, figure de la croix du Christ, avec le paralytique sortant plein de vie de la prscine où apparaît le Christ, semblent bien nous dire aussi que l’eau salutaire, la piscine salutaire, n’est pas loin.

En janvier 1888, dans une chambre située à gauche du grand escalier, au premier étage, M. de Rossi a reconnu la scène de S. Pierre fini reçoit du Christ, debout sur le globe et montant au ciel, le rouleau de sa Loi, pendant que S. Paul reçoit la mission d'évangéliser les nations. Cette fresque du l'y" siècle paraît être une imitation de la composition des ab.sides des basiliques constantiniennes de S. Pierre et de S. Paul. La scène est à la voûte de l’arcosolium. A la lunette est Orphée, charmant avec sa cithare non plus les bêtes féroces, comme on le voit deux fois au cimetièi’e de Domitille, selon la légende païenne appliquée au Christ, mais bien « les troupeaux et les oiseaux». Cest l’Orphée-pasteui', comme on le voit une fois au cimetière de Calixte, et comme S. Damase et S. Jérôme célèbrent le Christ dans leur dialogue en l’honneur de David '. S. Pierre et S. Paul reparaissent aux côtés du Christ, à la lunette d'un arcosolium orné de mosaïques, dans la grande artère du second étage. Une orante est à la voûte entre l’Adoration des Mages et la comparution devant Pilate du Christ nimbé, c’est-à-dire prêt à la résurrection. Le voile étant donné aux vierges à l’Epiphanie et à Pâques explique ces deux tableaux. L’orante est sans doute la. bienheureuse vierge dame Theodora, à qui son frère Alexandre a fait ce magnifique tombeau Pouvions-nous ne pas signaler, bien que plus récents, ces deux nouveaux témoignages du souvenir particulier qu’ont laissé au cimetière de Priscille les Princes des Apôtres, Pierre, l’hôte de Priscille et de Pudens, Paul, celui d’Aquila et de Prisca ?

Nous achevons ici notre Appendice. Voilà dans quel milieu de monuments et de dates antiques se trouve encadrée la chapelle du cimetière de Priscille, dite Cappella Greca. M. de Rossi avait donc raison de dire, le 22 mai 1885, au cimetière de Priscille, à M. le Blant et à moi, qu’il démontrerait partout un ensemble d’indices que la partie primitive de ce cimetière représente le siècle chrétien qui va de l’an 60, du vivant de S. Pierre, à l’an 160. Il avait raison d’écrire au commencement de 1887, un an avant les dernières découvertes : « L’époque qui domine ou prévaut dans les tombes du noyau primitif des cryptes de l’arénaire... est antérieure au temps de Marc-Aurèle et de Commode, à la fin du second siècle, et doit remonter du milieu environ de

' Inscript- Christ, t. II, p. 449. — Bulletino, 1887, p. 23-35. — L’Univers, 15 janv. 1888.

’ Bulletino, 1887, p. 9-16; tav, I, II.

ce siècle dans le cours des longs règnes des Éliens Antonin et Adrien (117-161), et peut-être plus loin encore jusqu’aux Flaviens et aux Claudes ‘.» Il peut écrire enfin en 1890, en achevant l’étude de l’hypogée propre des Acilii : « Rien ne s’oppose, tout, au contraire, nous invite à supposer que la Priscille, éponyme du cimetière, a été de la parenté des Acilii Glabriones qu’en somme le cœmeterium Priscillœ a été établi in prœdio Aciliorum ; et il peut ajouter : « Les révélations inattendues faites dans le cimetière de Priscille non seulement ne m’invitent pas à rétracter les conjectures émises longtemps avant les nouvelles découvertes touchant Aquila et Prisca, mais fournissent, au contraire, des dates et des indices qui semblent les confirmer^. » La Cappella Greca, pour conclure, se trouve bien être au foyer d'une Pompéï apostolique ayant son développement au premier siècle de l’Église romaine.

Pour nous, la découverte de la crypte de S. Grescention nous ramène, avec une base fondamentale devenue précise, à nos conjectures sur les tombeaux de la Cappella Greca et de la petite basilique, voisine comme elle de l’escaliei' qui débouche dans la grande eglise souterraine, rendez-vous des pèlerins à la paix de l’Église. Le pèlerin qui, en l’une des quatre années 625-628, a visité les sanctuaires de notre voie Salare, range ainsi, dans son Itinéraire, ceux du cimetière de Priscille. Tournant le dos à Rome, et venant du cimetière des Jordani placé à l’endroit où un chemin quitte à angle droit la voie Salare qui va vers le nord, pour aller vers l’orient à la basilique de Sainte- Agnès — cimetière où « à une grande distance, dans une crypte intérieure, lonçje in inlcriore speluncâ, i‘epo.se le martyr Alexandre », fils de sainte Félicité — , il continue en ces termes ;

<i Ensuite vous montez par la même voie à l’église de S. Sylvestre. Là, repose une multitude de saints. D'abord, S. Sylvestre, pape et confesseur, et, à ses pieds, S. .Sirice, pape, et, à droite, Célestin, pape et Marcel, évêque; Philippe et Félix, mai-tyrs(H;s de sainte Félicité), et une multitude de saints sous l’autel majeur. Puis, dans une crypte, in speluncâ, Grescention, martyr ; et dans une autre, c/ in allerà, sainte Prisque martyre, et Symetrius reposent dans une chambre près de la sortie, in cubiculo quando e.veas, et dans une autre, el in allern, sainte Pudentienne martyre et Praxède. Ensuite vous allez a l’orient jusqu’à ce que vous parveniez à sainte Émérentienne, qui repose dans l'église sur-terre; et deux martyrs sont dans la crypte sousterre, Victor et Alexandre »

La leçon du second et in allerâ paraîtra justement suspecte à qui sait combien abondent les fautes de transcription dans cette copie, où on vient de voir ascendrns pour ascendi^, Fimilis pour Symetrius, Praxidis pour Praredes. L’auteur qui met ailleurs : Et in uno loco... et in altéra... el in tertio, et encore: Et in altéra loco... et in tertio aurait pareillement mis ici : et in tertià, s'il s’agissait de speluncâ II s'agit donc très probablement de cubiculo; et il faut lire: et in allero. Ainsi Pudentienne et Praxède sont

' Bulletino, 1887, p. 117.

’ Bulletino. 1888-89, p. 120, 133. Ces n»® du Ballet, n’ont paru qu’en août 1890. ' Itinerarium Salisburyense. — Borna Sotteiranea, t. I, p. 176,

AITENDICE

« dans une autre cliambro », in nltcro cuhicnln, voisine aussi « de la sortie. »

Et la sortie ici représente l'entrée, comme le pèlerin dira plus loin, parlant do « la grande église » des SS. Abdon et Sermon, au cimetière de Pontien : Deinde inlrabis in ecclpsinin mntjnnm... deinde p.xras '. Puisqu’il s'agit d’une crypte, qunndo cxcax est l’escalier de qunndo inlres. Chaque crypte avait à l’origine son escalier, un seul, un second n’ayant pas de raison d’être. Plus tard, les pèlerins no descendant pas dans les catacombes pour y circuler, mais pour aller prier à tel ou tel sanctuaire, il n’y avait pas de communication souterraine, au moins pratiquée, d’un sanctuaire à un autre, ni par conséquent d’escalier d’entrée et d’escalier de sortie. Quand, au quatrième siècle, on créa un escalier monumental à une extrémité do l’iiypogée des Acilii, on ferma l’escalier primitif à l’autre extrémité. C’est par un seul couloir qu’on arrive à la crypte de S. Crescention et qu’on en revient. Encore une fois, le qiiando exenx paraît bien indiquer l’escalier unique de cette crypte majeure où, dans une chambre voisine dudit escalier, le pèlerin du septième siècle a vénéré Prisca et Symetrius, et dans une autre chambre, Pudentienne et Praxéde. Mais où est cette crv[)te? Voici le plan sommaire des lieux pris sur terre

La voie Salare allant du midi au nord, on ne peut placer la crypte du quando exeas au midi d'où vient le pèlerin ; il y serait descendu avant de descendre dans la crypte de S. Crescention. On ne peut la placer à l’orient de cette crypte, qui, de ce côté, touche à la voie Salare. Serait-elle à l’occident? Mais alors le pèlerin l’aurait sans doute visitée d’abord, pour n’avoir pas à revenir sur ses pas; car il nous dit que de là il est allé à l’orient, vers Sainte-Émérentienne. Reste le nord. Là, à quelque soixante-dix mètres de l’escalier de S. Crescention, se trouve un escalier descendant dans une grande église souterraine de près de 20 mètres de long. Presque vis-à-vis

* Je dois ce plan à l’obligeance de Mgr Battandier et de Mgr Grimaldi.

APPENDICE

du bas de l’escalier, sur la gauche et à l’extrémité de l’église qui, par une ouverture, débouche sur une sorte d’ample atrium, est la Cappella Greca. Ne répond-elle pas bien au quando exeas, soit que ce terme désigne l’escalier de descente, celui de sortie, soit qu’il désigne peut-être une sortie vers l'atrium? Du côté opposé, à l’autre extrémité du rectangle de la grande église est une basilique remar([uable par sa dimension, sa riche décoration d’autrefois, ses tombeaux pressés, dont deux sont déjà sous le sol à la fin du second siècle. La grande église, n’est-ce pas la crypte majeure, spelunca, que nous cherchons, avec ses tombeaux des martyrs Prisca et Symétrius d’un côté, des saintes Pudcntienne et Praxède de l'autre?

On ne peut douter que le pèlerin, qui était à quelques pas de notre grande église, n’y soit descendu. Cette église comprend, disait en 1886 M. de Rossi, « le groupe des cryptes les plus insignes connues jusqu’ici de la région primordiale du cimetière de Priscille », cryptes dont « les nobles décorations en stuc, les fresques et les marbres démontrent la dignité », et dont les transformations au IV« siècle et depuis, pour faire converger leurs entrées vers l’église, « sont un argument évident de la fréquentation du lieu à l’époque des pèlerinages aux tombeaux des martyrs '. » Comment le pèlerin, ayant ces fiuneuses cryptes devant lui, ne les aurait-il pas visitées? Et s’il l’a fait. Ce sont donc bien elles qu’il a couchées sur son itinéraire, en indiquant, ici, près de l’escalier, ou d’une issue de plain-pied de la grande église, le satictuaire de Prisca et de Syaietrius, ià, d’un autre côté, celui de Pudentionne et de Praxède.

Les trois invocations aux Martyrs, trouvées dans cette grande église, nous disent enfin que c’est bien là qu’étaient Prisca, Symétrius et Pudentienne, vénérés comme martyrs par le pèlerin.

N’avons-nous pas dès lors le droit d’entrevoir, dans une chambre très antique de cette église, la sépulture, au moins probable, d’Aquila et de Prisca ?

On croyait, il y a quinze ans, que la partie primitive du cimetière de Priscille étaii entièrement découverte. C’est là-dessus que nous avions assis notre opinion qui, dans l’hypothèse, s’imposait. De nouveaux noyaux du cimetière, qui viennent d’étre découverts, la confirment, loin de l’infirmer. Ces noyaux sont-ils les derniers à découvrir? Les galeries cémétériales postérieures i|ui les enveloppent semblent le faire croire, d’autant plus qu’elles nous éloignent des galeries de l’arénaire, point de départ des hypogées primitifs. Quoi qu’il en soit, il est plus qu’invraisemblable qu on rencontre jamais une crypte comparable à la grande église et à ses deux si importantes cliapelles, s’adaptant si bien à la description faite par le pèlerin du septième siècle, une crypte, dis-je. qui rejetterait au rang des cryptes vulgaires un monument presque sans égal dans les catacombes

' Bulletim 1SS6, p. 150, 151.

- Le 9 avril 1876, M. le Commandeur Michel de Rossi, à la suite des articles parus dans Le Monde, les 2, 5, 8 janvier, voulait bien me dire que mes preuves donnaient toute la certitude possible, sauf la certitude mathématique qui ne peut résulter que du déblaiement complet de la région centrale du cimetière. A cette heure, il semble que la certitude morale touche à cette certitude mathématique

APPENDfCE

HU

Les tombeaux des filles de Pudens, ceux des martyrs Symetrius et Prisca, seraient tout près d'ici au lieu d’être ici même, que ce que nous avons écrit sur la Cappella Greca et toutes les Antiquités clirêtiennes rapportées à ses antiquités, n’en serait pas, d'ailleurs, modiliô avec quelque importance. Notre livre resterait eu somme ce qu’il est. Mais encore une fois, il nous semble que nous avons mis la main sur ces précieux tombeaux dont les barbares, j’allais dire l’enfer, se sont tant acharnés à effacer les noms et à faire perdre toutes les traces.

Finissons cet Appendice par deux mots que le lecteur aura, croyons-nous, pour agréables.

Le 4 mars 1888, à la Conférence d’archéologie chrétienne, M. de Rossi nous faisait part de la decouverte d’un précieux sarcophage d’enfant, du second siècle, trouvé à côté de la grande chambre de l’hypogée des Acilii ; et, le 20, je le voyais encasti’é au bas de la paroi d’une galerie. A gauche de l’épitaphe, il offre, gravée, l’ancre droite, traversée d’un trait horizontal ; à droite, de même, cinq pains, en forme d’X, dits deciissali. L’ancre rappelle le chi, -p, l’initiale du nom du Christ, et sa croix, et de toute manière désigne le Christ noire espérance. Les cinq pains, où les deux traits, X, présentaient aux chrétiens l’initiale du nom du Christ, sont l’image certaine de l’Eucharistie, la multiplication des cinq pains avant la Pâque, ayant été accompagnée du discours du Christ sur l’Eucharistie même, avec cette déclaration : Je suis le pain vivant, qui suis descendu du ciel '. L’enfant qui, avec le Baptême dans le sang du Christ, et le signe du Christ à la Confirmation conférant la plénitude des dons de son Esprit, a reçu, selon l’usage d’alors, le corps et le sang du Christ dans l’Eucharistie, s’appuie donc, au sein de la mort, sur cette autre déclaration du divin Rédempteur : Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle et je le ressusciterai au dernier jour. Il dit ici, d’un côté, par l’ancre : le Christ est mon espérance; de l'autre, par les cinq pains : le Christ eucha^ ristique. Aussi, le 20 mars, près de ce sarcophage, M. de Rossi — rappelant l’épitaphe d’Abercius, à Hiéropolis, en Phrygie, et celle signée de Pectorius à Autun, deux conquêtes de Son Eminence le cardinal Pitra, qui, au second siècle, concordent si explicitement avec le monument romain — insistait-il avec raison sur le sens eucharistique du Poisson qu'on voit apparaître à la suite de l’Ancre, vers le troisième siècle, sur les tombes chrétiennes. S’il proclame Jésus-Christ, Fils de Dieu, Sauveur, c’est tout particulièi’ement comme viatique des défunts, devenu « le gage de la future gloire, » ainsi que le chantera l’Ange de l’École, prêtant sa voix à l’Église. Poisson,... pain qu’on doit manger tous les jours, dit Abertius; Poisson,... lumière des morts, dit Pectorius.

Le 13 mars, en nous faisant part de la découverte, faite le 11, de la Priscilla Acilia dans l’hypogée des Acilii Glabriones, M. de Rossi nous réjouissait d’une autre communication. Il avait demandé au Sultan pour le Très-Saint-Pêre, à l’occasion de son jubilé sacerdotal, trois pierres non moins précieuses que le diamant, offert par le successeur de Mahomet, qui a jeté un si merveilleux éclat, parmi les dons des souverains, à l’Exposition vati-

' Joan. VI, 41, 51,

Hi2

appendice

cane ; et il avait bon espoir de les obtenir. Ce sont trois épitaphes, plus ou moins fragmentaires, découvertes en Asie-Mineure. La première est celte de S. Abercius, évêque d’Hiéropolis, dont la partie centrale et principale est, parmi des matériaux de construction, à Osroum ; la seconde, celle d’un Alexandre Antoine, à Kélendres, près d’Hiéropolis, reproduisant, à la date de l’an 210, sur un cippe de marbre, six vers altérés de la précédente, et, par les différences paléographiques, d’accord avec les données historiques, la reportant un demi-siècle en arrière h La troisième, est une épitaphe

* liullet. 1882, p. 77 ; Gard. Pitra, Analecta Sacra, t. II (1884), p. xxvi C’est un jeune Anglais, M. \V. Kamsay, qui a fait ces découvertes, annoncées par lui, en 1882, dans le Bulletin de Correspondance hellénique de l’École française d’Athènes, t. VI, p. 518. C’est lui qui devait aller con([uérir sur les lieux, à la prière de M. de Rossi, ces insignes monuments pour les offrir au .Souverain Pontife. — Voici l’épitaphe de S. Abercius, selon l’édition donnée, en 1888, par M. de Rossi, t. II, p. xv-xvm de ses Inscripliones Christianæ, d’après les manuscrits et le fragment de l’original, qui « leur a donné raison, » m’a-t-il dit :

Citoyen d’une ville distinguée, j’ai fait ce monument

De mon vivant, pour avoir là publiquement la place de mon corps.

Mon nom est Abercius : je suis le disciple du Pasteur chaste,

Qui pait des troupeau.x de brebis sur les montagnes et dans les plaines, tjui a de grands yeux regardant de haut partout ;

Car il m’a enseigné de la vie les Écritures fidèles.

Il m’a envoyé à Rome contempler la Cité reine.

Et voir la Reine à la robe d’or, à la chaussure d'or.

J’ai vu là un peuple ayant un sceau resplendissant.

J’ai vu aussi les champs et toutes les villes de la Syrie, Nisibe,

Par delà l’Euphrate. Et partout j’ai trouvé des confrères.

Ayant Paul, je (le) suivais, et Pistis {la Foi) partout allait devant ;

Et partout elle a servi en nourriture un poisson de source.

Très grand, pur, qu’a pris une Vierge chaste (V Église) ;

Et celle-ci l’a donné aux amis pour le manger tous les jours.

Ayant un vin e.xcellent, iiue, mélangé, elle donnait avec le pain.

Ces choses, moi .-Vbercius, présent, j’ai dit de les écrire.

Quand j’accomplissais exactement ma soi.xante-douxiéme année.

Que tout ho, urne à l’unisson avec moi, les comprenant, prie pour Abercius. Que, d'ailleur.s, personne ne place un autre tombeau sur le mien, binon il paiera leux mille pièces d'or au fisc des Romains,

Et à mon e.xcell.mte patrie Hièropolis, mille pièces d’or.

De ces spirituels hexamètres, que les païens comprenaient obscurément dans le sens de leur mythologie, et les chrétiens très clairement dans celui de leurs mystères, voici l imitation faite en 212 par un chrétien (Ibid., p. xiii-xviii) :

Citoyen d’une ville distinguée, j’ai fait ce monument

De mon vivant pour avoir publiquement la place de mon corps.

Mon nom est Alexandre (fils) d’Antoine; je suis le disciple du Pasteur chaste. Que personne, d’ailleurs, ne place un autre tombeau sur le mien.

Sinon il paiera deux mille florins d’or au fisc des Romains Et à mon excellente patrie, Hièropolis, mille pièces d'or.

Écrit l’an 300, le sixième mois, de mon vivant. Paix aux passants et à ceux qui

[se souviendront de moi !

A l’épitaphe d’ Abercius joignons, transcrite par nous, avec le plus de soin possible, sur la photographie de l’original et sur l'original même, celle composée, vers ce

APPENDICE

chrétienne de la Bitliynie, datée de quelques années après la fanaeuse lelue où Pline, gouverneur, écrivait à 'l'rajan, au milieu des poursuites et des supplices pour cause de christianisme : « Un très grand iiomijre de [)crsonnes de tout âge, de tout ordre, de tout sexe, sont et seront tous les jours impliquées dans cette accusation. Ce mal contagieux n’a pas seulement infecté les villes, il a gagné les villages et les campagnes. » Pline venait de dire que des chrétiens, après avoir renoncé, « aftirmaient qu’en somme leur faute ou erreur consistait en ceci, (qu’ils avaient coutume, à un jour marqué, do s’assembler avant le lever du soleil et de dire entre eux, tour à tour, un chant au Christ comme à un Dieu, carmenque Christo quasi Di>u dicere secum invicem, etc. » Un de ces chrétiens qui, après la cène des Agapes et de l’Eucharistie, improvisait, sous l'action de l’Esprit-Saint, son

temps, à Autun par l^ectorius. L'auteur se présente ici, ce nous semble, comme un évé(|ue ou un prêtre catéchiste, faisant, au sein d'un baptistère (jui sert de mausolée, son homélie au peuple, célébrant les saints mystères, se communiant, disant d’avance le Lux æterna de la Postcommunion de notre Messe des défunts, et consignant enfin, dans ses hexamètres et pentamètres, en même temps (que le vivant tableau d’une messe de Requiem dans les Gaules au second siècle, un merveilleux et complet Credo :

IX0YOC Oupaviou aY?ION PENOC HTOPI SEMNQ XPHSE • AABQv Zier) ? v AMBPOTON EN BPOTOIC ©ESriESIÜN TA.VTON ■ TIIN SUN «hlAE ©XAUEG 'FY/rjv YAASIN AENAOIC UACYTOYAOTOY SO'hlIIS • SÜ'niPOC APIÜN MEAIIIAEA AAMBANE Bpoj^iv *

EC0IE niNAQN, IX0YN EXÜN UAAAMAIC.

IX0I XEIP APAPA, AIAAIQ, AECIIOTA SQMA.

EY EYAOI MHTHP, SE AITAZO.ME, «hÜS TO 0ANONTQN- ASXANAIE IIATEP, 'fü Mü XEXAPICMENE 0YMÜ,

SYN Mr,-p( *** xai aosX'psio-?ICIN EMOICIN,

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