Sujet détruit, La résurrection de Lazare
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Ii£k Sêfoiwrt^. Àrr€ts.
1, Le Parafyli que, au dessus au tableau de ]a tentation de Sus anne .Dessiné par M.le Com.Descemet./Tieci^.- 2,Festons et ornements au dessus du tableau delà condamnation et de la délivrance de Susanne . Inédit.^ 5,L'Eté,àundesa]i^cs delà CofptWo/jireca, à droite du Paralytique. Dessiné parM.le Com. Descemet . /necat
LA CÂPPBLLÂ GRECA 171
gauche de Susanne repoussant les propositions dés vieillards, apparaît la moitié inférieure, seule conservée, d'un homme portant im lit derrière soi et courant en avant, le pied droit appuyé sur le sol, le pied gauche ne le touchant que de la pointe. C'est le paralytique de l'Evangile . Le R. P. Garucci l'a bien reconnu, quoiqu'avec un peu d'hésitation imméritée : «La voûte du cubiculum étant détruite, « dit-il, j'ai vu seulement à gauche la moitié d'une figure et j'ai « pu induir^e de son attitude qu'elle représentait vraisembl^ement « le paralytique avec son lit sur les épaules. »
Le Christ venant au secours de Susanne semble délivrer, aAi-rdessus d'elle, cet infirme des chaînes de son mal , et dooner ain^x ua gage de la délivrance qu'il réserve à l'innocente pirise idaos lç# filets des méchants. Double tableau dont les sarcophages ro.Qicâns nous oiTrifont, nous osons Tasmirer d'avance, plu^ d'i^e piqujapte copie !
La guérison du paralytique est un des piiracies les plus insignep du Sauveur. Prudence, qui commence son Bymnede iov4ehew^ p?r ces vers :
l)a puer plcctrum, choreis ut canam fidelibus ^ Ihilce Carmen et melodum^gesta Christi insigrvia : Hune camena nostra solum pangat, hune laudet lyra.
c Donne ma baguette d'ivoire, enfant, que je ebante en trochées fid^es, avec de doux vers, de douces mélodies, les gestes insignes du ûlirist : que notre mu^ ne célèbre, que notre lyre ne loue que lui ! »
Prudence, dis-je, achève ainsi l'énumération des prodiges de la vie du Christ, avant de parler de ceux de sa mort :
Omnis «gritudo ccdity languor omnis pelliiur, Lingna fatur, quam vcterna vinxerant silentia, Gcstat et suum per urbem Mus œger kctuluin,
c Toute infirmité cesse, toute langueur est chassée : la langue qu'avaient enchaînée de léthargiques silences parle, et Tinfirrae porte joyeux son Ht à travers la vUlc'.
Sedulius termine comme Prudence la liste des miracles du Christ par celui du paralytique :
» Cathem,, IX, v. 1, 67.
172 LA CAPPELLA GREGA
Solulus omni corpore Jussus repente surgere Suis vîcissim gressibus JEger vehebat lectulum,
c L'inftrme, paralysé de tout le corps, recevant tout à coup Tordre de se lever marchait de ses deux jambes et emportait son lit ^ »
Des divers paralytiques guéris par le Sauveur*, deux s'en sont allés, emportant leur lit sur son commandement : Tun guéri à Jérusalem, au bord de la piscine Probatique, l'autre à Capharnaûm dans Tatrium d'une maison où on l'avait descendu du toit. Lequel est ici? L'eau du rocher de Moïse qui est voisine, le bain de Susanne qui est aux pieds, tournent nos yeux vers le paralytique de la piscine.
Les monuments chrétiens changent en certitude cette présomption. Une fresque de Saint-Callîxte, du commencement environ du III« siècle, nous montre un paralytique emportant son lit près du bain du Baptême, dont le rocher de Moïse fournit Teau sur une fresque voisine et du même temps ^ Ce bain fait songer à la piscine probatique qui en était considérée comme l'image, selon Tertullien *. Sur une fresque de Domi tille, le paralytique emportant son lit est au milieu de joncs : ces joncs rappellent la piscine et excluent le paralytique de Capharnaûm guéri dans une maison et s'en allant par la ville à sa maison ^ Un sarcophage du cimetière du Vatican, du IV* siècle, nous retrace toute l'histoire du paralytique de la piscine, le malade reposant sur son lit, les eaux de la piscine, les portiques et le malade emportant son lit sur l'ordre du Christ ^ Un autre sarcophage, du cimetière de Saint-Sébastien, nous présente le lit du paralytique terminé par une têtière en forme de dauphin, être aquatique rappelant la piscine'. On n'a pas trouvé sur les anciens monuments le paralytique de Capharnaûm une seule fois. Il apparaît,
* Hymne A solis ortus cardine. PatroL, t. XIX, col. 768. « Matth., IV, 24 ; VIII, 6; IX, 2; Joan., V, 5.
' Rom, soit., t. II, tav. d'aggiunta.
* De Baptismo, V.
* Arkiglii, t. 1, p. 54t.
* Aringhi, t. I, p. 329.
' Aringhi, t. II, p. 399.
vers Tan 570, sur les mosaïques de Saint- Apollinaire de Ravenne ', mais dans la série des scènes évàngéliques et en compagnie même du paralytique de la piscine. C'est donc celui-ci qu'il faut reconnaître à la cappella greca.
Voici le sujet. Il y a à Jérmalerà, dit S. Jean, une piscine des brebis, appelée en Hébreu Bethsaïda {Maison-des-brebis), ayant cinq portiques. Dans ces portiques gisait une multitude d'infirmes (à<r6evouvT(ov) , d'aveugles, de boiteux, d'hommes aux membres desséchés, attendant le mouvement de l'eau. Car tange du Seigneur descendait à certains moments dans la piscine et l'eau s'agitait ; et celui qui le premier descendait dans la piscine, après le mouvement de teau, était guéri de quelque maladie qu'il fût atteint *. » « Un infirme (otffôevwv), » un homme « privé de ses forces, » un paralytique, comme le qualifient S. Ambroise, S. Jean Chrysostome, S. Fulgence et « tous les autres auteurs, » dit Maldonat ^ malade depuis trente-huit ans et qui attendait en vain sa guérison, car il ne pouvait se jeter dans la piscine remuée par Fange et personne n'était là pour Ty jeter au moment voulu, ce paralytique fut guéri par le Christ qui se contenta de lui dire : Lève-toi^prends ton lit et marche.
Nous voyons déjà quelques-unes des raisons qui ont fait choisir un tel sujet par le peintre et Tout fait placer là. Susanne représentant rÉglise, et son bain le Baptême, le peintre qui n'a pas dessiné ce bain auprès d'elle, amis au-dessus le paralytique dont la piscine le rappelle assez bien. Le sujet était excellent, d'autre part, pour ti%duire le texte d'Isaïe et la scène évangélique correspondante. Linfirme de la piscine, c'est bien le languissant qui figure, dans le Prophète, en tête de ceux qui sont guéris quand surgissent au désert les eaux miraculeuses. Les aveugles, les boiteux se voient autour de la piscine comme auprès de ces eaux. Bref, la scène du para- Ijrtique de saint Jean est une sorte de contre-épreuve du tableau d'Isaïe ; et l'on ne trouve rien dans l'Evangile qui puisse si bien y répondre et continuer le tableau, inspiré aussi par Isaie, de Moïse firappant le rocher.
< Gîampini, t. II, tab. XXVII.
* Joan., V, 2-4.
' In Joan,, V, 5.
174 LA CAPPELLA GRECA
Aussi 8. Cyrille, évêqne de Jérusalem, dontnous avons une longue homélie sur k Paralytique gisant près de la piscine, écrit-il ces belles paroles :
fl Cet homme accablé de tout genre de misère et ne pouvant espérer aucun secours te dehors^ se voyant seul, tr<^uva pour le secourir le Fils de Dieu. ViMst-tu être guéri 2 — Oui, Seigneur, mais je n'ai personne pour me jeter dans la piscine quand l'eau sera remuée. Tu as la Source, car chez vous est la source de vie, la Source produisant les sources. Quiconque boira de cette eau, dtes fleuves couleront de son intérieur, non d'une eau qui descend en bas mais d'une eau jaillissant pour la vie étemelle, car Teau de Jésus ne se dirige pas d'en haut en bas, mais de la terre au ciel, et la source de tout bien c'est Jésus. Qu'attelids^u donc delà pîsdne ?... Regarde uniquement à la puissance de la Source, et de^ne un Dieu apparu dans la chair.. . Lève-toi, dit-il, je suis la résurrection * . »
Mais il y a d'autres raisons, d'une haute importance, prises du sujet même du paralytique emportant son lit.
Les deut paralytiques que rÉvangile nous présente ainsi, sont atteiiïts de paralysie à cause de leur péché. Aie confimwe, mon fils, dîi le Christ k celui de Capharnaûm, tes péchés te sont remis ^. — Voilà que tu es ^/uéti, dit^il à edui de Jérusalem, ne joècAe phts, de peur qu'il ne farrioe quelque chose de pire '. La paralysie est la ▼raie image âupéché>dupéché grave, appelé par excellence le péché. B doane ici-bas la mort à Tàme, en suspendant en elle la vie divine, en arrâtaniPexercice de toutes ses facultés surnaturelles, en blessant profondément ses facaliés naturelles pour le bien^et en Tacheminant enfin % la wotrt étenselAe. Mais ee n'est point cette mort encore : le retour de la vie dans râone^ tant que vit le corps, est toujours possible par là pénitettoe répondant à la grâce, Toutes les maladies figurant le péehé^ d^ott elles sont dérivées par le péché d'Adam, et â*où elles tiatesent tant de fois par les péchés propres de ses flls^ aucune, ce gidfiàble, ne figure le péohé d'une manière plus sensible et plus adêi^uaHe que la paralysie. Personne, ensuite, ne représente mieux le péchetsr que les deux paralytiques dont TÉvangile raconte Thistoire : prévMcateurs indignés, ffttppés de paralysie corporelle pour trahir à tous les yeux leur paralysie spirituelle. L'un est resté exposé
* § \II-IX. PatroL grwc, t. XXXIII, col. 1140. » Matth., IX, 2.
» Joan., V, 14.
LA CAPPÊLU GRECA i7ÎJ
treïrte-huît ailïs au bord de la pisciûe probatiqfûe, isttf sètt lit, »ô*te ié pilori unique dans TEcriture.
C'e^t pourquoi, un des mélode» grecs, exhiïméë pctf son E. Id tSÊ^ dinal Pitra, nous montre Adam pécheùi*, disant au Christ : « Hëé^ « stl^itè celtiî qm est gîsant sur irii Ut, -^ m?oij qui suis uti îfl-^ <f dtglie, 6 Sauveur f ff
tov èv xXCvTf) xÈffiievdv fXc '0; «vdlÇioç, 2wTep *.
La guérison du paralytique à la cappella grecay c'est donc la rémission des péchés de Thumamté et celle des souffrances, filles du péchés par le Sauveur du monde. C'est cette rémission de fait des péchés, et en principe, des souffrances, dans le bain du Baptême; La piscine Probatique ou des Brebis la figurait expressément, mémo au sens littéral, d'après Maldonat^ citant les Pères, Tertullien, S. Anâtfoise, S^ Jean Chrysostome. Celui-ci écrit :
€llfaà ^érû^hfn uûîipiètM^ ptohàîitiae gwi €éî ûppelèè èh kéWètê ^éikBàiâàt, etc. Qael est ce mdde dé guéfison ? qtiel mystbre nous est signifié par \k%». ht Bsptéme devbit venir, plein d'une puissanee et cl'une grftoe très-grando, qui devait enlever tous les péchés et des morts faire des vivants *. »
lié palT^ytlque représente si bien lô chrëtien ba|M^f qttè'iiUr left fresques callixtiennes la colombe, indiquant TEspril^âkit-, d^cfWWtt sur le Christ à son baptême et déjà venu en iiBage vers Noé après le biq^tême du déluge, vole vers le paralytique ^nportani son lit '. EU^ désigne la Confirmation qui suivait le Baptètoe ; et^oft la Ittmve ainsi sur utile fï^esque du second siècle, rejprésetitaint lé bai^tétbiièrdû Christ \ Nous ne pouvons savoir si la colombe acèompàghait lé paralytique à la cappella greca. Ce qui est certain, c'est que le paralytî^, étattt ïti p(ïur lës^fidëlé* rimagè dtt BttptêiÙè', lèu^ i*#pfelait iûévitaWéînéttt la Cofnflrinatiott. Il re^réfehtaiilè^ detfit sacl^ateiftt qUdSusaiiûé, att-dessousd^ ltri,ret)t^i^eôfeô atecs^nlrtdiketiseéoli'ïBfùteht», èfèîcm te rèûteriïtfe éte S. m^piAftè.
» Analecta sacra, 1. 1, p. 450.
• Homil. XXXV, in Joan., V, 1.
» Rom. soit., t. II, tav. d'agg. G D.
* Rom. sotU, 1. 1, tav. XIV.
176 LA CAPPELLA GREC A
Mais, derrière le premier baptême tout gratuit de la grâce, il est facile, inévitable même, d'entrevoir le second, le baptême laborieux de la pénitence. Est-ce que le Christ n'aurait le pouvoir de remettre les péchés qu'une fois ? Après le paralytique de la piscine de Jérusalem, n'y a-t-il pas celui de la maison de Capharnûm, monté péniblement sur le toit et descendu avec des cordes aux pieds du Sauveur? N'y a-t-il pas cette seconde rémission des péchés à laquelle fait songer la première? Avec le sacrement de Baptême, le sacrement de Pénitence était rappelé indirectement aux fidèles par la peinture du paralytique ; la victoire du Christ sur le péché avait en lui tout son trophée ; et les Romains pouvaient redire ici les célèbres paroles à eux adressées par S. Paul : Ou le péché a abondé y la grâce a surabondé ^ afin que comme le péché a régné pour la mort,, la grâce aussi règne dans la justice pour la vie étemelle par Jésus-, Christ Noire-Seigneur \
Le trophée de la victoire sur le péché est complet de tous points. Le paralytique est si bien guéri par le Christ et ^infirme qu'il était devenu si fort qu'il emporte son lit de douleur comme un jouet et retourne ainsi dans sa maison. Quelle est cette maison, sinon le ciel d'où le péché nous a bannis en nous livrant à l'infirmité, prélude de la mort, prélude de l'enfer ? C'est ce qu'a bien observé S. Hilaire de Poitiers, qui, sur les pas d'Origène, a écrit du paralytique de S. Matthieu :
c Le Christ a accordé d'abord la rémission des péchés ; puis il montre la vertu de la résurrection ; il enseigne ensuite par le lit qu'il foit enlever que Tinûrmité et la douleur seront enlevées aux corps ; enfin, par le retour du paralytique dans sa maison, il indique q^ue le chemin du Paradis va être rendu aux croyants, ce chemin d'où Adam, père de tous les hommes^ était sorti, jeté dans le désordre par la souillure du péché '. »
Le paralytique, qui est l'image du chrétien sortant du Baptême, est donc aussi l'image dm Christ, de sa mort, de sa résurrection, dont le Baptême est la figure et le fruit tout ensemble. Ignorez-vous, écrivait S. Paul aux Romains, que nous tous qui avons été baptisés dans le Christ Jésus, nous avons été baptisés en sa mort ? Car nous
«Rom., V, 20, 21.
• In Matt., cap. VRL
LA GAPPEUA GREGA 477
avons été ensevelis avec lui par le Baptême pour mourir, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire de son Père, nous marchions ainsi, 7ious, dans la nouveauté de vie, — Vous avez été ensevelis avec lui dans le Baptême et avec lui vous êtes ressuscites, écrivait-il aux Colossiens K
Circonstance digne de remarque ! Celui qui ne connaissait pas le péché et qui a été fait péché pour nous ', le Fils de Dieti qui a vraiment pris sur lui toutes nos langueurs et porté toutes nos douleurs et que nous avons, dit Isaie, considéré comme un lépreux, frappé de Dieu et humilié ^ Jésus-Christ crucifié a été appelé du nom même du paralytique de la piscine, ô aaôcvwv, tinfirme, par S. Paul écrivant qu'il est l'infirmité de Dieu, to àaôevsç tou Oeou *. La croix est le lit du divin Paralytique. Et comme il s'est levé de lui-même, comme il a emporté triomphalement son lit, comme il est remonté en sa maison du ciel ! C'est un nouveau Samson escaladant la montagne d'Hébron, avec les portes de Gaza, sa prison, sur les épaules. Aussi, le paralytique se transformera-t-il parfois sur les monuments chrétiens en Samson lui-même ^ A la cappella greca, son élan rappelle Vélan athlétique du héros de Gaza.
Ces idées ne doivent point étonner. Indiquées par TEcriture, elles sont exposées par les Pères. S. Augustin dit de Teau de la piscine et du paralytique guéri, figurant l'Eglise née du Baptême :
« Cette eau était le peuple Juif. La perturbation de Veau en ce peuple, c'est ta Passion du Seigneur. Un seul qui descendait était guéri, car le Seigneur est Tunité. Ceux à qui déplatt cette Passion du Seigneur sont des superbes. Ils ne veulent pas descendre... Si tu veux être guéri, descends ®î — Un était guéri, signifiant l'unité ; quiconque venait ensuite n'était pas guéri ; car quiconque est en dehors de T unité ne peut être guéri ''. i
Le disciple de S. Augustin, qu'on a siu*nommé « l' Augustin de
iRom, VI, 3,4; Colos., H, 12.
« U Cw., V, 2t.
» Is., Lin, 4.
' I Cor., I, 25.
» Aringhi, t. II, p. 331 ; Buonarroti, Vetri, p. 2 ; Ciampini, t. III, p. 226 ; M. Martigny,p.589.
• Sermo de Ver bis Domini, 42.
' Tract. XVII in Joan., 3.
178 LA CAPPELLA GRECA
« son siècle, » S. Fulgence, a écrit un beau passage mystique qui donne tout le symbolisme de notre peinture.Voîci que le lit du paralytique est, comme la verge de Moïse, une image de la Croix. Ecoutons S. Fulgence :
« Et le Seigneur : Lève-toi, dit-il, prends ton lit et va dans ta maisoiK Le paralytique se leva aussitôt de la piscine, et par cette fontaine de grâce, il se fraya un chemin de joie vers su demeure. Il reporte le lit de son infirmité à sa maison, c'est-à-dire qu'il entre, délivré de ce lit de langueur, dans l'Eglise céleste. L'infirme guéri porte son lit, car le Médecin a enlevé le péché du monde II a chargé ses épaules de son propre fardeau, mais l'Agneau de Dieu portait sur ses épaules le fardeau d'autrui. Et ce lit était la croix. Le lit du paralytique a été recouvert des vêtements des péchés : la croix n'a pas eu cette adjonction des vêtements, car elle n'a pas eu les liens du péché ^ »
La croix sans péché du Christ a transfiguré la nôtre que le péché avait recouvert de sa lèpre, et lui a ouvert, en la personne du bon larron, le chemin du Paradis.
Saint Cyrille de Jérusalem, faisant ses fameuses catéchèses sur le Calvaire, dans l'église de la Résurrection, avait dit avant saint Fulgence : « Celui qui ordonne au paralytique de porter sa litière de « bois, c'est le Sauveur dont il est dit (Cant. III, 9) : Le Roi s'est fait « ime litière des bois du Libcui... La litière, c'est le bois de la croix « qui a porté le Sauveur, çopeîov, to Çûàov tou oxaupou *. »
Ce mot de S. Cyrille et celui de S. Fulgence : « Ce lit était la « croix... Ille lectus crux erat.., lecttis paralytici, » ne paraissent pas avoir été sans écho dans l'art chrétien antique. Le lit du paralytique y rappelle par un certain dessin les grandes lignes de la croix. Une boîte à eulogies en ivoire du Y" ou VP siècle, qui est au musée de Cluny à Paris, nous oflre, à côté du Christ, allant, la croix à la main; ressusciter Lazare, le paralytique portant son lit, qu'on prendrait volontiers pour le Christ portant sa croix même. Le lit est sur les deux épaules, mais les deux moitiés du lit s'identifient presque sur le tableau en une seule, et je ne sais quel air de la croix en résulte ^ Il n'y a rien de cela à la cappella greca; mais le paralytique
' Sermo LXIII. Gombefis, Bibliotheca Patrum œncionatoria, 1682, t. II, p. 340.
« Homil. in Paralyt,, X, XL PatroL grxc, t. XXXIll, col. 1141-45.
» M. Grimouard de Saint-Laurent, Guide de l'Art chrétien, t. 1, 1872, pi. VI.
LA CAPPELLA GRBCA 179
rappelant le Christ, son lit figure le lit triomphal delà croix ; et les Romains du second siècle murmuraient ici d'avance, je n'en doute guère, le mot de S. Fulgence.
Si, à rentrée de la cappella greca^ nous avons vu la Nativité du Christ, au fond sa grâce, sa prédication, les sacrements qu'il a institués, du Baptême à l'Eucharistie, nous entrevoyons donc ici sa Passion et sa Résurrection, et, comme nous l'avons dit, son baptême qui les a résumées d'avance, et qui est l'image du nôtre. « Ange du Grand-Conseil, » il est descendu le premier dans la piscine des brebis humaines; il y a porté sa vertu divine; il en est sorti dans les splendeurs de l' Esprit-Saint venu sur lui des cieux ouverts. Avec le Calyaire et le saint Sépulcre nous retrouvons le mémorial du Jourdain. Tous les faits capitaux de la vie du Christ sont dès à présent représentés ou visés à 1^ cappella greca.
Et c'est pourquoi entre les miracles du Sauveur, le peintre a choisi tout d'abord celui de la guérison du paralytique.
S'il convenait si bien au lieu de la réunion des fidèles dans le cimetière de Priscille, il ne convenait pas moins au temps. Cette réunion avait lieu le dimanche qui avait remplacé le sabbat, étant le vrai jour du « repos » , le jour de la résurrection du Christ, « le jour » par excellence « du Seigneur. » Or c'est le jour du sabbat durant « la fête des Juifs, » celle des Tabernacles ou, selon quelques inter- • prêtes, celle de Pâques, qu'avait eu lieu la guérison du paralytique. S. Jean en termine le récit par ces paroles, indiquant notre tableau, et montrant son à-propos : Et aussitôt cet homme fut guéri, et il souleva son grabat et il s'en allait. Et c'était le sabbat ce jour-là * .
Mais le peintre n'a-t-il point accompagné ce miracle d'un autre ?
' Joan., V, 9.