‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella greca du cimetière apostolique de PriscilleChapitre 60 sur 99 · SYSANNA VIVAS IN DEO · texte numérisé non relu

SYSANNA VIVAS IN DEO

« Susanne vis en Dieu * » comme nous avons lu, près de la cappella greca, avec reproduction, sur le marbre, de son Adoration des Mages : SEVERA IN DEO VIVAS. Cette exclamation antique montre Tantiquité du nom de Susanne dans la zone céméteriale où la cappella greca présente l'histoire de la Susanne biblique sur ses fresques, voisines, pour le moins, du berceau de TÉglise. Enfin à côté de ce cimetière, le pavé de Sainte-Agnès-hors-les-murs a donné sur une grande pierre cette épitaphe d'une femme de vingt-cinq ans déposée Tan 408 par son mari dans un tombeau construit sans doute auprès de celui de sainte Agnès :

DEPOSITA SVSANNA IN PACE.

Deux monogrammes cruciformes marquaient les angles supérieurs de la pierre ; un monogramme pareil, accosté de TA tt, terminait répitaphe.Un peigne servait de marque distinctive au monument '•

* Musée du Latran, X, 27.

* Musée du Latran, XX, 30. — Je saisis cette occasion pour ajouter un quatrième Prùcus ou Prisca aux trois indiqués, chap. XXVI, dans le cimetière d'Ostrien, et qui prouvent les relations de cette famille avec celle de Priscille du cimetière voisin. Le docte M. Annellini, dans le volume publié aux frais de Mgr Crostarosa, Seopevia d^lla eripta di santa Emerentiana e di una memoria relativa alla eripta di San Pietro nel cemeterio OstrianOy Roma, 1877, p. 89, écrit en énumérant les principales inscriptions de ce cimetière :

PRISC...

c Comme le nom de JusUnus (signalé plus haut) le nom de PrUcus se rapporte à 1 merveille au temps de Trajan. (Tétait précisément celui du père du philosophe, c comme le prouve V Apologie présentée à l'empereur Antonin. »

' Insaiinionea christianœ, t. I, p. 247. La partie épigraphique de la pierre est encastrée dans le mur du grand escalier de Sainte -Agnès.

LA CAPPELLA GREGA 573

On mentionne une Susanne, « martyre italienne, » vénérée le 12 février, différente de la célèbre martyre romaine vénérée le 11 août \ Gori ^ et Muratori ' montrent sur les inscriptions deux Susanne ; et Reinessius deux autres *. Les Grecs parlent d'une Susanne martyre différente aussi de la Susanne romaine ^ Quant à nos Gaules, Lyon seul en a deux. C'est « Susanne, SYSANE, de bonne « mémoire qui vécut vingt ans, embrassa un an la pénitence — « entendez, selon des textes parallèles ^ et le nom même du tiers- « ordre de S. Dominique, la vie religieuse, qu'accompagnait l'habit € monastique — et mourut en paix, » l'an 508. C'est une autre Susanne, mais de triste mémoire, la femme de Priscus, évêque de Lyon, successeur de S. Nizier. Blasphémant avec son mari la mémoire de l'homme de Dieu, poursuivant et mettant à mort ses familiers pour le seul crime de lui être fidèle, et ne craignant pas de pénétrer avec ses servantes dans « la maison de l'Église » et dans la cellule même où avaient pris leur repos tant de bienheureux évêques, cette affreuse Susanne fut possédée du démon et on la vit parcourir la ville en furieuse jusqu'à ce qu'elle rendit honunage au saint et lui demandât pardon à grands cris ^

il est donc bien vrai que de tous les noms bibliques portés par les chrétiens des premiers siècles « le plus répandu... est celui de... Susanna ». Et qui ne comprend dès lors le rôle considérable que Susanne devait avoir sur les monuments chrétiens ?C'est delàmême que procédait manifestement, au moins en partie, la popularité de son nom.

L'examen des fresques des Catacombes, des sarcophages et des divers monuments va bien justifier cette conclusion à laquelle nous amènent les textes des Pères et l'épigraphie.

* Bolland., Acta SS,, xn febr., p. 575. » Etr. m, 358.

* N. Thés. vet. inscript., 1854, 2.

^ Syntagma inscript ionum antiquarum. LipsifiB et Francof. 1682, XX, 196, 394.

* Martyrologium romanum, 24 maii.

* « Garvsa religiosa qui egit penetentiam annvs vigenti et dvos et vixe in pace annus sexagenta, rnnrve (quioque) »^ dit une épitaphe de Lyon de Fan 5^. M. Le Blant, t. H, p. 549. Cf. p. 5% et l'AVRORA PENETENS de Côme. dans M. de Rossi, Inacript christ.^ 1. 1, p. 490.

' S. Greg. Turon., Hiat. franc, L IV, XXXVI.

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II. Voyons d'abord les fresques du cimetière de Priscille. M. de Rossi Ta appelé « le cimetière de la Vierge » : il ne serait pas moins juste de l'appeler le cimetière de Susanne.

L'église du cimetière, la cappella greca^ nous a montré Susanne placée entre le crime et la mort par les deux infâmes vieillards, types des Juifs et des Gentils, persécuteurs de l'Église, et le Christ juge sortant de la tente du ciel pour venir à son aide; puis Susanne déclarée coupable par les deux faux témoins, allant à la mort, et Daniel, le-Jugement-de-Dieu, montrant aux misérables la roche de la lapidation d'où ils vont être précipités au lieu de la sainte femme. Nous allons, à quelques pas de la cappella greca, retrouver le Christ et Susanne ^

^ Nous redonnons, pi; XIV, 1, les groupes des tètes de la fresque du Christ, de Susanne et des vieillards en cherchant à mieux reproduire les lignes que nous parait offrir la photographie. Redisons, à cette occasion, que si nous avons fait dessiner pi. il et IV, certains détails, tels que la croix ou monogramme du Christ, +» sous les pieds des vieillards, figurant les persécuteurs et TÉglise qui sont trop souvent ses transfuges^ ou des scènes de l'Apocalypse et du Pasteur^ c'est d'après l'examen répété des photographies, mais en faisant nos réserves. Nous avons cru, vu leur intérêt, devoir tecuelllir ces fragment» de peur qu'ils ne périssent^ sur des probabilités simplement sérieuses . La réalité serait reconnue faire défaut, ici ou là, qu'il n'en faudrait rien conclure contre celle de tous les grands sujets. Les pai*ties essentielles de la théologie symbolique que révèle la cappella greca sont vraiment hors de cause.

Le sphinx que nous avons placé aux pieds de Susanne, pi. II, n'a aucunement la précision de traits que lui a donnée le dessinateur et qui est évidemment étrangère au ton de la fresque. Mais l'examen que nous avons fait ou fait faire vingt fois, durant cinq années, ne nous permet aucunement d'infirmer son existence si frappante sur la photographie.

La tète — évidemment celle de la statue de Nabuchodonosor — que j'ai découverte en 1875, au-dessus de la porte, est indiscutable, bien qu'elle devienne de plus en plus invisible. Nous l'avons vue dans toutes ses parties, à la lumière de quatre bougies, en 1876 ; et M. le com. Descemet l'a ainsi dessinée devant nous.

Le custode Valentino m'a dit avoir nettoyé à la mie de pain les deux grandes firesques de la cappella greca. Des additions sur enduit sec fiûtes aux fresques primitives ont pu ainsi disparaître. Je n'ai pas retrouvé en 1875 les deux sphères sous-^le pied droit du Christ que je me rappelle avoir remarquées en 1871 et que présente la photographie f&ite en 1868.

J'ajoute sur la cappella greca quelques observations nouvelles, recueillies en février et mars 1879.

CAPKLLA OHECA

Là est une chambre dessinée par Bosio, son cubicolo quarto^ dont la peinture légère et élégante porte le cachet du second siècle. En face de rentrée, on aperçoit encore les traces du Bon-Pasleur, peint en petit, que Bosio a soigneusement relevées. Un arbre et une brebis sont à di'oite du Pasteur et étaient répétées sans doute à gauche : il court, comme rapportant au bercail sa chère brebis. Le côté gauche, qui est un mur continuant l'entrée, n'a pas reçu de

Le graphite NAVIGI est précisément sur la frbe qui est entre la console en stuc et les panneaux peints sur le c6té -gauche du sanctuaire. Voir ici pi. IV.

La voûte de la coupole du centre de la croix a été décorée sur fond rouge d'encarpes à petites feuilles et à fleurs blanches dont il reste des traces sur les bords. A Tangle qui est entre l'abside de Nestoriané et celle du fond, on voit la partie inférieure d'un homme de demi-grandeur naturelle. De la main droite il parait tenir un volume. Sersdt-ce un des quatre Evangélistes, comme il me semble les voir entre quatre Orantes, remplaçant les quatre Saisons, autour d'une voûte dont le Bon-Pasteur, ou toute autre image du Christ, occupait le centre, sur une fresque en ruine d'une chambre des Cryptes de LM(n*nc(f{om.«off.,t.l,tav. XIV)? Une image du Christ, Orphée, par exemple, ou la tète du Christ ou son monogramme, si la décoration est postérieure à la paix de l'Église, devait servir de centre à ces quatre grandes figures de docteurs ou de personnages rendant au Christ un témoignage solennel. C'était la réplique des quatre Saisons autour du Bon-Pasteur du sanctuaire primitif de la chapelle, donnée dans le nouveau sanctuaire.

Dans le corridor tournant qui. du fond de la grande basilique souterraine où est la 9caîa, conduit au bras de croix faisant face à l'abside de Nestoriané, Mgr Crostarosa m'a fait remarr^uer sous le badigeon un revêtement de stuc de poudre de marbre et de chaux qui porte le cachet du l^'' siècle. C'est une confirmation de ce que nous avons dit de l'antiquité de la cappella greca^ et de son entrée primitive.

La petite basilique, ouvrant sur la grande basilique souterraine, où nous avons

cru reconnaître la double tombe des saintes Pudentienne et Praxède dans l'autel ,

montre une tombe placée devant et en partie dessous, qui lui est antérieure. Nous

y avons lu :

HNH TH GENNOTATH

XI ViAANAPû AOTKIG

0 CUNBRIOG.

c A Agnès (?), très vénérable et aimant son mari, Lucius son conjoint. 9 Le nom de Lucius, écrit aussi AOUKIC se lit sur une autre épitaphe trouvée là ou auprès. On lit ce nom au cimetière de Saint-Calixte, sur la tombe du pape martyr qui siégea cinq mois en 252 .

Près de la cappella greca, nous avons revu, mais non plus attachée au sol, la pierre tombale qui porte l'épitaphe laconique : IIETROG. Tout près encore, une épitaphe nous a fait lire : LVCRËTIO PAY... ^ « Locretius Eutuchès et Lucretia

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fresque. L'autre côté offre, au fond de la chambre, un arcosolium peint * . Dans la vaste lunette, Jonas repose sous Tombrage '. Aux côtés de Tare, Jonas est jeté au monstre marin, et vomi par le monstre ; et, entre deux, au sommet de Tare, est cette sublime résurrection de Lazare ^ dont nous avons parlé en examinant le sujet qui a pu faire face à la guérison du paralytique à la cappella greca *. Le Christ, à tête de César, fait au mort, ou plutôt à la Mort, figurée par une momie d'enfant qui apparaît debout à la porte du tombeau, le geste de maître qu il fait, à la cappella greca, vers la fournaise qui a englouti les trois Hébreux. Voici, de grandeur nalurelle, la tête du

Maximilla ses parents » ont fait cette tombe à leur c très doux Lucretius Paul... » Si ce fils s'appelait Paulus, ce qui est probable, voilà sur deux épitaphes voisines, et des plus anciennes, les noms de Pierre et de Paul, ces noms si singulièrement chers au cimetière de Priscille et de Pudens, d'Aquila et de Prisca.

L*épitapbe : MODESTINA A Û, voisine aussi de la cappella greca, a une ancre en &ce d'elle*. Celle de Pactumia et Olympios, avec les deux poissons allant à l'ancre, a ses fragments près de là. On touche du doigt les premiers pas, les pas fondamentaux du symbolisme chrétien. A côté de Vancre qui fait face à MODES- TINA, on rencontre, en beaux caractères, cette inscription inédite que S. Vincent de Paul eût montré avec joie à ses Filles de la Charité et dont son Hospice des enfants trouvés réclame une copie :

CARMINEA VICTORIA CARMINEO LIBERALI ALVMNO.

€ Carminea Victoria à Garmineas Liberalis, son enfant adoptif ».

* On ne voit plus que de très faibles traces de la peinture que Bodo a pleinement vue et dessinée.

* Ici pi. XIV, 2. Nous corrigeons le dessin de Bosio d'après l'original, en enlevant la baguette au Christ et en lui donnant son geste de commandement, l'index en avant de la main et arqué ; en distinguant la porte du monument de la muraille peinte en blanc; en remplaçant la palme qui est au-dessus du fronton par un acrotère pyramidal parfaitement visible sur l'original. Nous n'avons pas aperçu les fenêtres : elles sont probablement le fait du dessinateur. Ce coin de la firesque est très obscur,

^ Il se pourrait bien qu'à la cappella greca il y ait eu, comme îd, en trois cadres, la résurrection de Lazare entre deux scènes de l'histoire de Jonas. Quelques traces ou plut6t qu'elques lueurs de peinture, que j'ai aperçues (1879) dans le cadre du milieu, se rapporteraient assez à un monument à gauche et à une figure placée devant, au tombeau de Laxare et au Christ.

LA CAPPBLLA GRBGA 619

Christ, ealqaée sur roriginal, en 1879, par M. 1^ commandeur Deseemet. J'ai encore devant les yeux la sévérité supeii>e des lèvres^ et je me rappelle que les étudiants de SaintrSulpice, qui m*accom* pagnaient un jour au cimetière, se sont écriés devait la fresque : C'est la^tète de Marc^urèle au Gapitole !

A la voûte est un sujet rendu méconnaissable par le temps et les flambeaux des visiteurs, à portée desquels il s'est malb^ujrettsement trouvé. Mais Bosio l'a vu intègre et l'a dessiné ; et l'exactitude substantielle du dessin des autres fresques de la chambre nom assure que nous possédons en somme celle-ci. Un homm^ est deboi^t» ayant le même costume que le Christ ressuscitant Lasajre, la tunique or^ né^ de clavi o» bandes d'honneur, et le paUium formant ceinlure ; le corps et la main gauche retenant le paUium sont posés de même ; il fait de la main droite le même geste. Devant lui une femme est assise dans un siège à dossier haïut et carré, de bois, non de marbre \ Coiffée d^un voile qui tombe sur ses épaules et vient sur sa

*■ En 1879, nous n'avons pu distinguer sur la firesque qpiQ qn^qoiB» i^iteSt non absolument certains encore, de la tète de ThommeL el la Aoasifr te sièfe^ de la femme, peint en bleu.

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main gauche, elle n'a point de cUwi à la tunique ; ses pieds sont nus, signe de deuil chez les juifs * ; son visage paraît ofiTrirles traits de la douleur, de Taccablement, des larmes peut-être : la main droite, appuyée sur le bras du siège, elle avance la gauche au bord de son genou, comme parlant et plaidant sa cause '.

Le R. P. Garucci a vu dans cette fresque « rAnnonciation de la « Bienheureuse Vierge faite par TAnge ' », déjà soupçonnée par Bottari \ c Je suis aussi de son avis », écrivait en 1863 M. de Rossi ^/ Il vient en 1877 de maintenir cette interprétation en ces termes : « L'Annonciation de la Vierge est représentée dans un cubiculum « bien connu de Priscille : Fange sans ailes y a revêtu la tunique et « le pallium *. » Pour moi, je Tavoue, je ne puis hésiter à voir ici le Christ et Susanne connue à la cappella greca. Le Christ me parait certain. Le personnage qui est vis-à-vis de la femme est manifestement identique à celui qui, au bas de cette voûte, et dans un sujet faisant suite et comme répétition au sujet en question, ressuscite Lazare. Si ce n*est pas le Christ, le peintre nous a proposé une énigme vraiment insoluble, et il a tendu un piège inévitable au peuple. Mais si c'est le Chiîst, quelle peut être cette femme dans son siège, correspondant à Lazare dans son tombeau, sinon Susanne? Et devons-nous oublier les paroles de S. Hippolyte, contemporain, et peut-être interprète de notre peinture ou de telle semblable : « Et elle était en pleurs : « par ses larmes, en effet, elle attirait le Verbe qui descend des « cieux, lui qui devait, par ses larmes, réveiller Lazare mort '^ ? »

Un des deux textes syriaques de Thistoire de Suzanne, commentant le texte original d'après des traditions plus ou moins plausibles, dit à la suite de l'accusation impudente portée par les deux vieillards contre la vertueuse épouse : « Et les serviteurs et les servantt vantes de Susanne furent dans la confusion, car rien de pareil n'a- « vait été dit de Susanne. Et l'on mit des chaînes à Susanne, et elle

» Ezech., XXIV, 17.

* Voir pi. Xrv, 1, 4, ce sujet, en regard de la résurrection de Lazare. ' Hagioglypta, p. 245.

* T. ni, p. 144.

* Imagini suite, p. 11.

* Bùma êoit, t. m, p. 252.

^ Col. 696.

LÀ GAPPEUA GBEGA 579

« fut trois jours en prison. Et il arriva, le troisième jour, que tout « le peuple se rassembla chez son mari Joachim, pour examiner la (( cause de Susanne, afin que si elle avait commis cette action bon- « teuse et souillé le lit de son mari Joacbim, elle mourut \ » Le grec de Tbéodotion et la Yulgate de S. Jérôme, reproduisaot sans doute le texte primitif, ne mettent gu*un jour entre la calomnie intentée à Susanne et sa mise en accusation. A cela près, et aux cbaînés et à la prison qui semblent être une exagération aussi, il est certain que Susanne passa Taprès-midi le plus affreux et la plus horrible des nuits dans sa maison où la dénonciation faite parles deux juges d'Israël trouvait trop de crédit. Heures d'angoisse qui ont été, durant trois siècles, celles de TÉglise poursuivie par les calomnies des Juifs et des Gentils ! Il n'y a pas à s'étonner de voir rÉglise peindre une de ces heures et son divin Époux qui vient constamment la réconforter. C'est, à mon avis, le tableau de notre fresque.

Le Verbe fait ici à Susanne ce que l'Écriture dit qu'il fit à Joseph, son précurseur dans l'innocence héroïque : la Sagesse... est descendue avec lui (le juste vendu) dans la fosse^ et elle ne l'a point abandonné dans les fers *. Le nouveau Joseph^ plus méritant encore que l'ancien, car il était d'un sexe plus faible, n'a pas été moins soutenu que lui ni autrement. Celui qui sera le Christ est venu à son jour d'affres et d'abandon, dans sa chambre de deuil plus amère qu'une prison, si ce n'était la prison même. Le peintre chrétien a bien entendu la Bible là même où elle ne parlait pas. La cappella greca lui ouvrait l'intelligence, ainsi que les docteurs de Rome,témoin S. Hippolyte. Le Christ a été peint à la cappella venant au secours de Susanne tentée et menacée par les deux scélérats : il est peint à côté, venant la rassurer contre la honte et la mort qui l'assiègent à la fois. On Ta vu au-dessus de Susanne relevant le paralytique de son lit de douleur : on le voit retirant Susanne de sa mer d'amertume. Kn ce cubiculum où nous sommes, à la voûte de l'arcosolium qui sert d'abside, il ressuscite Lazare : à la voûte du cubiculum même, il dit à Susanne affaissée sur son siège, conune sur le tombeau qui

« Dan., XIII. 27, 28.

» Sap., X, 13, 44.

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Tattend demain, ce qu'il dira à Marthe en larmes devant le tombeau de Lazare : Je suis la résurrection et la vie * ; et le Christ, dans les deux scènes, est peint exactement semblable. Que son apparition est grandiose et répond bien, avec un art différent, à celle de la cappella grecal Le Christ et Susanne planent seuls à la voûte; ils tiennent la place du Bon-Pasteur et de la brebis sur qui, à la cappella greca, Susanne, marchant au supplice, élève les yeux ; ils sont dans un triple cercle de perles, bordé d'une guirlande de fleurs qui s'épanouit quatre fois en s'enflant, pendant que quatre colombes, symboles des âmes, volent à eux des pendentifs. C'est le cadre riant de cette image de la résurrection. Le Bon-Pasteur n*a point été oublié dans cette chambre, qui offre en abrégé une si complète variante du sanctuaire de Téglise du cimetière de Priscille. Ne Favons-nous pas vu dans un petit tableau, en face de l'entrée? Il a f$dt échange de place avec Susanne. D'en bas, en portant sa brebis, il montre qu'il exaltera Susanne aux cieux; et en haut, Susanne, consolée par le Christ, semble nous découvrir, dans le tableau du fond, ce qu'elle attend finalement du Bon-Pasteur. *

Oui ne reconnaît combien ce sujet de la délivrance, j'allais dire de la résurrection, de Susanne est mieux en harmonie avec ceux de la résurrection de Lazare, de la résurrection — on peut le dire — de Jonas, et de la brebis retrouvée par le Bon-Pasteur, qui ornent cette chamJbre, que le sujet de rAnnonciation de la Vierge? Ce dernier a quelque chose qui surprend et choque, au moins d'abord, dans une chambre funéraire où tout doit prêcher la résurrection des morts. Ce n'est [uis au début de l'ornementation des tombeaux qu'un artiste, se donnant carrière, a dû risquer à la place d'honneur un sujet exprimant d'une manière si éloignée le dogme dont il avait à faire, diaprés les saintes Écritures, la saisissante proclamation.

En passant de cette chambre du second siècle, inspiration si prochaine et si heureuse de la cappella greca, à une autre un peu postérieure que nous allons voir en dériver également, une chambre réclame de nous un regard et une observation. C'est le cubicolo terzo de Bosio ', à quelques pas du précédent, dont il parait con-

1 Joan., XI, 25.

* Aringhi, t. II, p. 291. — L'autre chambre est le cubicolo quinto. Aringhi, t. n; p. 301.

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temporain. Le Bon-Pasteur portant légèrement sa brebis, au corps horizontalement étendu, et ayant sa syrinx au côté gauche, est à la voûte, entre deux brebis et deux arbres, dans une couronne de laurier. Quatre colombes, tenant aux serres le rameau d'olivier, volent dans des couronnes pareilles, aux bords de la voûte. Elles remplacent les Saisons et présentent quatre fois le Christ, nous assurant Téternelle paix, ou quatre âmes à qui elle est assurée. Une seule branche de laurier orne en demi-cercle Tarcosolium du fond. Mais en face, au revers de la porte, voici d'un côté uneOrante, de l'autre une colombe vers qui elle est tournée, et qui, portant le rameau d'olivier aux serres, paraît voler vers elle. N'est-ce pas le Christ, qui, tant de fois ailleurs, vient en colombe vers Noé, Orante dans l'Arche, et qui, dans une chambre voisine, vient en phénix délivrer les trois Hébreux dans la fournaise ? Il semble difficile alors de ne pas voir dans T Orante Susanne à l'appel de laquelle il répond comme à la cappella greca. Une autre Orante est à une paroi latérale, mais isolée ; une autre colombe est à la paroi opposée, isolée aussi ; elles peuvent représenter le défunt ou les défuDts, priant et triomphant comme Susanne, et, avec l'innocence de la colombe, ayant la paix du Christ. Mais le groupe — il paraît bien y avoir groupe — de la colombe et de TOrante semble représenter le Christ et Susanne, c'est-à-dire l'Église, mèr^ de ceux qui reposent dans le Christ '.

Arrivons à notre chambre, le cubicolo quinto de Bosio, qu'on trouve, par delà le cubiculum delà Vierge en venant de la cappella greca, ce cubiculum étant à mi-chemin.

M. de Rossi *, parlant d' « une grande Orante très connue » qui y occupe la place principale, écrit : « C'est l'opinion commune qu'elle « est au moins antériem*e au quatrième siècle : je la crois du troi-* « sième, et la topographie du cimetière et les inscriptions rencon- « trées près du cubiculum oti elle est peinte me confirment dans « cette opinion. » Cette chambre frappe par l'ampleur et la noblesse de ses formes architecturales et par les proportions et le style de ses fresques dont toutes les parois sont couvertes. C'est une page des

^ Les deux Crantes pourraient représenter rËgUse des Juifs et celle des Gentils^ comme elles le font ma'mtes fois, si elles étaient en relation. Mais elles sont tout à fait indépendantes.

* Rom. $oU., t. m, p. 54, 55.

582 • LA CAPPELLA GBBCA

plus belles et des mieux conservées que nous ait léguées Tantiquité chrétienne. Mais c'est, pour une partie du moins des sujets, une des plus mystérieuses.

Le Bon-Pasteur apparaît à la voûte, portant, non une brebis, mais une chevrette *. Il est en son bercail, c'est-à-dire au Paradis. Deux paons — symboles d'inunortalité par leur chair réputée incorruptible et leur glorieux plumage — et deux belles perdrix rouges ornent le cercle qui l'encadre : quatre colombes avec le rameau d'olivier au bec et aux serres volent aux retombées de voûte. A la paroi de gauche on voit le sacrifice d'Abraham. Le père des croyants montre le feu de l'autel : Isaac vient portant le bois sur ses épaules. La fournaise des trois Hébreux est à la paroi de droite. Le phénix, la palme au bec, c'est-à-dire le Christ, divin Isaac, vainqueur de la mort, est sur leur tète : les flammes leur sont bénignes : ils chantent au milieu de leurs caressantes gerbes l'hymne au Seigneur. Jonas, vomi par le monstre marin, sert de clef de voûte au large cintre de l'entrée, dont les montants offrent deux colombes qui marchent en portant haut dans le bec le rameau d'olivier. Sur sa tète apparaît un des deux paons. En face de l'entrée, sous l'autre paon, est une grande Orante, magnifiquement parée. A sa droite, à distance, une jeune fille debout, à côté d'un jeune homme, est devant un vieillard assis et tient dans ses mains un objet horizontalement déroulé ; à sa gauche, de même, une jeune mère assise tient son enfant près de son sein *. Que représente cette triple composition, assez manifestement une, et dont l'unité a été reconnue par tous les interprètes ?

Plusieurs ont vu dans l'Orante Priscille qu'on suppose avoir été inhumée avec ses filles en cette chambre ; dans le groupe de gauche, Pudentienne ou Praxède recevant le voile virginal des mains du pontife,* S. Pie P' peut-être, assisté du prêtre Pastor, frère des bienheureuses sœurs ; à droite, la Vierge-Mère tenant l'Enfant- Dieu '. M. Perret s'est contenté d'écrire sous ces images : Une

* Voir ici pi. IX, 2.

« Aringhi, t. II, p. 305; M. Perret, t. Hf, pi. XVI, XVH. — Ici pi. XIV, 5. Nous reproduisons la photographie de M. Parker. La main droite de TOrante est très incorrecte et montre bien que la fresque a été peinte à la petite iumière, parfois trompeuse, d'une lampe.

* Aringhi, t. n, p. 304; M. Martigny, p« 663 ; Item, 2* édition, p. 794.

LA CAPPBIXA 6RBGA 583

Orant€y la Virginité et la Maternité. On s'est demandé enfin si le groupe de gauche ne représentait pas Marie vierge étudiant la loi de Dieu dans le temple de Jérusalem, celui de droite, Marie mère, et celui du milieu Marie reine et triomphante. Un tombeau de marbre de la crypte de sainte Madeleine à Saint-Maximin offre en effet une Orante avec cette inscription : «MARIA VIRGO MINESTER « DE TEMPLO GEROSALE, Marie vierge, ministre du temple de c Jérusalem ' ». Mais la chambre de Pudentienne et Praxède était ailleurs ; ces peintures ne sont pas de leur temps, mais du troisième siècle; ce qu'on a pris pour un voile est xmvolumen, un rouleau, un livre déployé, que la jeune fille tient par les extrémités ; la présence de la Mère de Dieu, au second plan, à côté de Priscille, en pendant d'une de ses filles, serait bien étonnante, ainsi que l'illustration, à cette date, d'un fait de la vie de Marie étranger à l'Évangile ; TEnfant-Dieu relégué à ce second plan parait impossible ; la glorification de Marie, c'est-à-dire un certain tableau de son assomption, est aussi un anachronisme. L'étude des détails soulève, d'ailleurs, contre celte hypothèse, d'insolubles difficultés. Tout s'explique bien avec Thistoire de Susaime.

Il y avait ^ dit la Bible, un homme habitant Babylone, dont le nom était Joachim, Et il prit une femme nommée Susanne, fille d'Heldas, très belle et craignant Dieu ; car ses parents étaient justes et ils avaient élevé leur fille selon la loi de Moïse. Et Joachim était grandement riche y etc. Nous voyons, sur notre fresque, un homme à barbe blanche, avec des cheveux blancs, qui forment autour de la tète une couronne pareille à celle qu'on voit à S. Pierre et même au Christ*. Yétu d'une tunique blanche, ornée de bandes de pourpre, et d'un manteau à capuchon, il est assis dans une chaire qui parait de marbre, à dossier élevé et arrondi, semblable à celle des évèques. Il instruit une jeune fille : debout devant lui, elle tient le rouleau de la Loi qu'il explique, et prête l'oreille à sa voix. Elle a la tête nue comme une vierge, une tunique d'un blanc jaunâtre avec des bandes de pourpre, des bottines aux pieds. A côté d'elle est un homme, jeune encore, pareillement chaussé, vêtu d'une tunique et d'un

* Hagioglypta, p. 36.

* Aringbi, t. I, p. 313* Sarcophage du Vatican.

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long mantetu de ponrpre. Il forme avec elle un gronpe et semide de moitié dans Tattention qu'elle donne à la leçon du vieillard docteur. Est-K^e Joachim qui va prendre pour épouse Susanne élevée selon la loi de Moïse par ses parents? N'est-ce pas plutôt Jéi^mie dont S. Hippolyte vient d'écrire : « Son frère (de Susanne) est Jérémiele « prophète ? » Et n*avons-nous pas devant les yeux la traduction frappante des paroles du docteur romain : <( Susanne était fille du « prêtre Helcias qui trouva le livre de la Loi dans le temple du Sei- « gneiir, lorsque le roi Josias ordonna de purifier le Saint des saints. . . « Des hommes religieux et zélés pour la Loi produisent dans le (c monde des enfants dignes de Dieu : Tun devenu le prophète et le « martyr du Christ, l'autre trouvée chaste et fidèle à Babylone *. »

De Tautre côté, on voit une jeune mère assise sur un siège de bois à dossier rond. Son visage est creux ; ses yeux regardent au loin du côté du vieillard qui enseigne sur la chaire de Moïse ; ses pieds nus marquent le deuil ; quoique mariée, elle est sans voile ; elle tient dans ses mains un enfant qui détourne la tète et élève un de ses bras vers le ciel. Pareilles aux mères outrées de douleur que Jérémie montre en ses Lamentations, elle ne lui donne pas un sein probablement tari *. Sa tunique est blanche, rappelant le lin blanc, les justifications des saints ^ ; mais les bandes sont verd&tres et non de pourpre. N'est-ce pas Susanne dans la nuit terrible qui suivit sa tentation et précéda sa condamnation, Susanne réprouvée dans sa maison propre, seule avec un de ses enfants à la mamelle, elle qui, le lendemain, viendra au tribunal avec ses parents et ses enfants? Ou bien serait-ce Susanne au tribunal même, sur la sellette comme autrefbis Naboth, le persécuté de Jézabel et d'Achab, mis en face de deux hommes j fils du Diable : Sedere fecerunt Naboth inter primas populi, et adductis duobus viris fiHis diaboli^ fecerunt eos sedere contra eum?\

Une sentence de mort l'attend. Mais le Dieu qui délivre ici Isaae dtt bûcher et descend en phénix avec la palme vers les trois Hébreux dans^la fournaise, a entendu la grande voixée sa protestation ; U

* Patrol. grœc, t X, col. 689, » Thren., IV, 3, 4.

» Apoc, XIX, 8.

* m Reg., XXI, 42, 13.

LA CAPPELLA 6BECA 58S

entendra la grande voix de sa prière. Deux eolombes avec le doux rameau d'olivier, autres symboles du Christ, volent près d'elle, du côté où elle étudie la Loi de Dieu sous la direction de son père, et du côté où elle est abimée dans Tangoisse. Le Christ sauveur d'Isaac et des trois Hébreux sauvera Susanne.

Aussi voyez comme au milieu du tableau^ grandie d'une manière toute surhumaine, elle chante le cantique de la délivrance ! Ses pieds sont de nouveau chaussés. Sur sa tunique blanche, aux bandes vertes, qu'on aperçoit distinctement au cou, aux pieds, au bras gauche, est une seconde tunique de pourpre. Elle rappelle la seconde tunique, la tunique d'honneur donnée par Jacob au chaste Joseph. La pourpre était l'indice de la magistrature et de la dignité sénatoriale à Rome ' ; elle est caractéristique de Rome même dans l'Apocalypse'; c'est le vêtement du riche dans l'Evangile % «le vêtement des princes et des rois *, » que S. Hippolyte appelle « la « royale pourpre ». Deux très larges bandes, clavi, d'une pourpre plus foncée et contenant un dessin en ramage, haute marque de distinction, descendent comme une étole des ('paules de l'Orante. Un court voile blanc, orné aux extrémités de deux bandes vertes transversales et de raies do pourpre faisant franges, couvre sa tête et tombe sur le sein gauche et l'épaule droite. Elle élève les yeux au ciel, et les bras déployés en croix, mais excédant le mouvement ordinaire. Tout en elle respire l'eathousiasmo et l'action de grâces. On dirait Anne entonnant YExuUavU ou Marie le Magnificat. Au ciel, c'est à dire à la voûte de la chambre, est devant ses yeux le Bon-Pasteur ayant sur ses épaules une chevrette qui s'y tient amou* reusement d'elle-même — image de Susanne, biche d'amour, cerva cariswna, comme Salomon appelle l'épouse fidèle * — , à gauche la même douce pécore, à droite une petite brebis à qui le Pasteur offre ses caresses. Deux oiseaux dans les arbres chantent sur sa tête. Des paons, des perdrix, des colombes, chargées de rameaux d'olivier, sont autour de lui dans des cercles successifs. Il apparaît sur la tète

* Rosini, p. 276.

* Apoc., XVII, 4 ; XVIII, 16.

* Luc, XVI, 19.

^ Cornélius a Lapide, in Apoc.^ XVII, 3. » Prov., V, 19.

586 LA CAPPELLA GBECA

de rOrante dans un encadrement où de toutes parts sourit la résurrection. Jonas, Isaac,les trois Hébreux la représentent vis-à-vis d*elle, à droite et à gaucbe. C'est le bel accompagnement du cantique de Susanne livrée à Textase du triomphe.

J*ose espérer que cette interprétation ne soulèvera pas d'objection essentielle, tant ses points d'appuis sont multipliés et concordants et certains sont décisifs, à conunencer par le premier d'où est sortie pour nous la révélation de tout le tableau.

Susanne étant ainsi reconnue en trois chambres des plus considérables du cimetière de Priscille, à la cappella greca et dans les deux que nous venons de décrire, deux fois assistée par le Christ visible, une troisième par le Christ invisible, qui en phénix assiste à c6té d'elle les trois Hébreux ; FOrante de ces grandes scènes, mêlées à celles de la Bible et de l'Évangile qui composent le cycle des Catacombes, étant bien Susanne; le nom de cette Orante^ compagne sur les monuments d'Adam et Eve, d'Isaac, de Moïse, de Jonas, de Daniel, des trois Hébreux, de Lazare, se lisant même — nous le verrons — sur sa tête : « Susanne délivrée d'une fausse accusation, « Susana de falso cremine, » j'incline fort, à reconnaître Susanne dans quatre Orantes que nous présentent quatre autres fresques» du cimetière de Priscille. Sur la première, TOrante est au-dessous du Bon-Pasteur portant sa brebis, entre Abraham qui va immoler Isaac et Moïse qui frappe le rocher *. Elle est, sur la seconde, en face du Bon-Pasteur, Noé dans l'arche. Moïse frappant le rocher ou montrant les sept vases de manne, Daniel au milieu des lions, Lazare ressuscité leur faisant escorte *. Elle encadre, sur la troisième, avec Isaac et les trois Hébreux, le tableau du Christ siégeant au milieu des Apôtres, tableau qu'accompagne Jonas vomi par le monstre marin et Jonas reposant sous l'ombrage '*. Enfin, sur la quatrième, elle fait face à Noé, et les deux, avec un paon à la roue splendide, ornent l'arc de la lunette où est le Bon-Pasteur paissant deux brebis et deux gallinacés *. Rien n'indiquant ici que l'Orante mêlée aux personnages de l'Écriture n'est plus de ces personnages, et représente le défunt

* Aringhi, t. II, p. 257.

* Ihid., p. 269.

* Ibid,, p. 277.

* Ihid., p. 285.

LA CAPPELLA 6REGA 587

OU quelque autre figure historique, l'analogie veut que l'on y voie Susanne. Le peuple, avec sa promptitude naïve, à laquelle les peintres dirigés par l'Église exposaient ces fresques, ne pouvait songer qu'à elle. Est-il nécessaire d'ajouter que là, comme à la cappella greca, la Susanne qui fait vis-à-vis au Christ, représente l'Église?

Le cimetière d'Ostrien, dit de Sainte-Agnès — la martyre de ce nom, de la gens Ostoria probablement, ayant été inhumée à côté de ce cimetière, dans le champ de ses parents, où il se trouvait — le cimetière d'Ostrien est voisin de celui de Priscille. Je dirais volontiers qu'ils sont frères. S. Pierre baptisait dans le premier, el on y vénérera la chaire où il siégea à son arrivée à Rome, Sedes ubi prius sedit Ses Petrus ' ; les hôtes de S. Pierre, Priscille, Pudens, Pudentienne, Praxède, et les compagnons de S. Paul, Prisca et Aquila, ont reposé dans le second. C'était le baptistère par excellence et le cimetière par excellence aussi, ce semble, de l'Église romaine, du vivant des Apôtres et dès les débuts même de leur prédication dans la ville des Césars. Les noms dérivés de ceTix des fondateurs ou premiers occupants du cimetière de Priscille, Aquila, Prisca, Priscus, Priscinus ont été trouvés par Bosio et Boldetti dans le cimetière d'Ostrien * ; Mgr Crostarosa vient d'y rencontrer un Priscus ou une Prisca, PRISC, « aux temps de Trajaa ' ». Quoi de plus naturel dès lors d'y trouver Susanne dont le rôle est si considérable dans l'église du cimetière de Prisdlle et dans tout le cimetière, Susanne dont deux défuntes, l'une du troisième siècle au plus tard, l'autre de l'an 408, portent le nom dans le cimetière d'Ostrien et dans celui attenant qui est sous l'église Sainte-Agnès !

Quand donc, dans le premier, nous trouvons à la voûte d'une chambre rOran te avec Adam et Eve, Moïse, Jonas autour du Bon- Pasteur *; l'Orante entre les trois Hébreux et Jonas, au-devant d'une lunette où une autre Orante ayant à ses pieds une colombe, symbole de sa pureté, est au milieu des cinq vierges sages arrivant à la

' Étiquette de Tampoule portée par l*abbé Jean à la reine Théodelinde, au temps de S. Grégoire-le-Grand, et conservée à Monza.

• Voir ici chap. XXVIII.

• M. Armellini^ Scoperta^ etc«, p. 89, 90.

• Aringhi, t. II, p. 195.

588 LA CAPPKLLA GEECA

porte du banquet nuptial et de ces cinq vierges assises au banquet * ; rOrante, à la voûte dont le Bon-Pasteur occupe le centre, faisant vis-à-vis à Lazare ressuscité, Moïse qui frappe le rocher faisant visà-vis à Jouas sur le rivage de la mer ou peut-être à Élie au bord du torrent * — il me semble qu'il manque à cette Orante le nom seul de Susanne qu'en pareilles circonstances on trouve précisément ailleurs.

Deux sarcophages de ce cimetière nous montreront TOrante entre deux hommes, ici faisant pendant à Pierre entre les deux émissaires des Princes des Prêtres ', là escortée, aux extrémités du sarcophage, au lieu de deux Bon-Pasteur qu'on trouve ailleurs, de deux colonnes portant au flanc le monogramme du Christ *. Sur un troisième, nous verrons TOrante, tenant le livre de la Loi, entre le Christ qui la regarde, guérissant Taveugle-né, et le Christ ressuscitant les morts dans la vision d'Ezéchiel \ Tout nous portera àreconnaître Susanne eu cette Orante.

Mais la voici indubitablement sur une fresque inédite. Les plus exigeants Vy reconnaissent sans hésitation. Une chambre du troisième siècle environ, dont Bosio a omis de donner les fresques, les trouvant, comme celles de la cappella greca, trop endommagées, présente les sujets suivants. Au-dessus de la porte est un vase, simple ornement, ou plutôt symbole du Christ eucharistique, notre vie et notre résurrection, vers lequel on voit si souvent venir les deux colombes du Judaïsme et de la Gentilité. La voûte en croix offre dans ses quatre retombées les quatre scènes de l'histoire de Jouas. À la paroi de droite. Moïse frappe le rocher ; à celle de gauche, des brebis nous révèlent le Bon-Pasteur effacé. Au fond est un arcosolium. Quatre Orantes, dont une effacée ®, étaient alignées sur le fronton de Tare. A l'intérieur de Tare, les trois Hébreux dans la four* naise sont à gauche ; les trois Mages, guidés par Tétoile, devant

» Aringhi, t. II, p. 197, 199, 201.

^ Aringhi, t. lî, p. 205.

» Aringhi, t. U, p. 163. - Ici pi. XVI, 6.

* Aringhi, t. II, p. 165. ^ Ici pi. XV, 7.

» Aringhi, t. II, p. 161. — Ici pi. XV, 14.

* Une a les mains inclinées comme celles du cimiettère de Domitille ou de Sotère. Aringhi, t. I, p. 577.

LA GAPPBLLA 6I\BCA 589

Hérode, à droite ; au sommet est une Orante regardant au ciel : c'est Daniel, sans doute, dont les lions ont disparu. À la lunette de Tarcosolium, on voit le sujet frappant de la tentation de Susanne. Un des vieillards est à gauche entre deux arbres, agenouillé à demi et pareil au tigre blotti dans le taillis : il gesticule en faisant humblement sa proposition infâme. Susanne debout et portant une haute coiffure d'où pend son voile, étend les bras avec une majesté sereine ; elle prie. L'autre vieillard, entre deux arbres aussi, s'éloigne d'elle en la regardant, et son geste semble montrer le tribunal auquel il court la dénoncer. Des deux scélérats, l'un caresse, l'autre menace^ comme ils nous ont paru faire à la cappella greca. C'est tout le tableau. Le Christ de la cappella greca n'y parait pas. Mais l'eau de la vie que fait jaillir Moïse, type du Christ, le Bon-Pasteur sauveur de la brebis perdue, Jonas, Daniel^ les trois Hébreux qu'on voit ailleurs délivrés de la mort par le Christ, et les trois Mages sauvés par l'Enfant-Dieu proclament de toutes parts en cette chambre que c'est au Christ que Susanne doit son salut, Susanne, type si éclatant ici, à la place d'honneur, de l'Église son Épouse.

Du cimetière d'Ostrien, le circuit des cimetières romains nous conduit sur la voie Tiburtine au cimetière de Cyriaque qui, ayant reçu S. Laurent, a pris son nom. Nous rencontrons là une Orante dans un jardin entre deux hommes qui portent la main à son manteau * et font songer à la femme de Putiphar saisissant celui de Joseph. Est-ce Susanne ? Sont co les vieillards ? C'est la pensée qui vient spontanément. L'idée de deux hommes soutenant les bras de la femme en prière, c( mme Aaron et Hur soutenaient ceux de Moïse durant le combat d'Israël contre Amalec, répond mal aux détails précis du groupe. Le jardin, d'ailleurs, nous dit assez que l'Orante ici est Susanne.

Le cimetière des Saints-Marcellin-et-Pierre qu'on trouve ensuite sur la voie Layicane, présente sept Orantes en qui je reconnais Susanne avec probabilité, parfois avec pleine confiance. Dans une chambre ', la résurrection de Lazare et Daniel aux lions^ par-dessus, entre deux colombes noétiques, ornent le côté de face du grand

* Aringbi, t. II, p. 137.

• AriDgbi, t. U, p. 107,109,111.

590 LA CAPPELLA 6RECA

lucemaire gui est à rentrée ; le Bon-Pasteur, les quatre scènes de rhistoîre de Jonas et quatre Orantes^ deux hommes et deux femmes couvrent la voûte ; à Tare de Tarcosolium du fond, Moïse frappe le rocher, Adam et Eve sont aux côtés de Tarbre et du Serpent, Noé dans VArche reçoit la colombe ; et,dans ce cadre, la lunette offre entre deux arbres une Orante à la coiffure élevée, d'où descend son voile, comme la Susaone du cimetière d'Ostrien, et deux hommes venant sur elle et Tinterpellant. Comment douter que ce soit Susanne et les vieillards, et ne pas voir dans cette chambre une réplique avec variantes de celle du cimetière d'Ostrien ? L'idée m'a saisi en entrant dans la seconde, à quelques jours d'une visite à la première. Une autre chambre ' offre, aux côtés intérieurs de la porte, Moïse frappant le rocher, en pendant du sujet d'Adam et Eve, et l'Adoration des Mages, en pendant du groupe d'une Orante et de deux hommes, qui saisissent la manche de sa tunique bien plutôt qu'ils ne lui soutiennent les bras. Au centre de l'arc de l'arcosolium qui est en face, Daniel est debout, nu entre ses deux lions ; à la lunette le Bon-Pasteur, entre deux arbres, a devant lui une Orante près de laquelle des courroies qui pendent, indiquent le volume de la Loi *. Qu'il y ait ici un simple souvenir de Susanne dans l'image du défunt admis au Paradis, il me semble impossible de ne pas voir dans l'autre Orante Susanne aux prises avec les vieillards. Les deux hommes ont un chi, X, sur leur manteau et dans la scène de l'autre chambre un iota, I, qu'a pareillement Moïse. N'est-ce pas le monogramme de JésuSy caché ici sous les traits de Moïse, et le monogramme du Christ? Et ne serait-ce pas l'indication que les deux vieillards, portant ces monogrammes sacrés, sont ces faux frères dont S. Jérôme écrivait au temps même où l'on peignait ces fresques : « Les hérétiques sont comme Sodome et Gomorrhe... A ces vieilce lards désirant corrompre la chasteté de l'Église figurée par « Susanne que Daniel dise : Race de Chanaan et non de Juda? ^ » Ailleurs^ l'Orante, associée à Moïse et à Lazare^ fait face à Isaac' ; ailleurs, placée sous une figure sans aucun doute biblique ou évan-

* In Sophoniam, cap. II, v. 8. 9.

' Âringbi, t. II, p. 85.

LA CAPPELLA GRECA 591

gélique dont le dessin n*a pas été relevé, elle fait vis-à-vis au paralytique qui est sous le Bon-Pasteur * ; ailleurs, dans l'arc d'un arcosolium, entre Moïse frappant le rocher et Jonas reposant sous l'ombrage, elle aide à encadrer le Bon-Pasteur qui est dans la lunette *; ailleurs encore, placée de même entre Moïse recevant la Loi et Moïse frappant le rocher, c'est le Christ ressuscitant Lazare qu'elle escorte ' ; ailleurs, enfin, faisant pendant à Moïse qui frappe le rocher et au Christ qui ressuscite Lazare, elle garnit, avec Adam et Eve aux côtés de l'arbre et le sacrifice d'Abraham, l'arc d'un arcosolium au-desssus duquel est une scène d'agape où je crois voir la Sagesse des Proverbes, à table, ayant ses pains prêts, tenant le cratère où elle a mélangé agréablement le vin, et invitant, par ses serviteurs, à prendre part au festin royal ou plutôt céleste *. Pour les raisons susdites, l'Orante placée dans ces conditions me parait être Susanne ; et nous savons que, dans ces conditions mêmes, on lit le nom de Susanne sur sa tête.

Nous arrivons aux voies Appienne et Ardéatine et au groupe immense des cimetières de Saint-Calixte, de Domitille, de Balbine, de Prétextât, dont le cimetière de Saint-Calixte occupe le centre.

L'aire troisième de ce cimetière fut créée dans la seconde moitié du III'' siècle : les papes S. Caius et S. Eusèbe y furent déposés. Elle ofTre, au sommet de l'arc de l'arcosolium de « Marguerite, fidèle, « fille unique d'Astérios (?) l^, dont l'épitaphe grecque est placée au front de l'arc, uuo Orante ayant à droite Jonas vomi par le monstre et les trois Hébreux dans la fournaise, assistés par le Christ qui vient derrière eux comme une blanche apparition, et à gauche un sujet inconnu — Jonas avalé par le monstre probablement — et la résurrection de Lazare *. L'Orante a paru être Marguerite *. Il me semble que c'est Susanne, puisque l'Orante^ en des circonstances toutes semblables, porte ailleurs son nom. Toutefois le rapprochement de l'épitaphe et de l'Orante paraît indiquer que Marguerite fut

II, p. 73.

* Aringbi, t. II, p. 97.

* Aringbi, t. H, p. 121.

: * Aringhi, t H, p. 123; Prov., IX, 1-6.

* Roma 80tt^ U UI, tav. XY.

* Ibid., p. 81.

503 I^ CAPPELLA ORBCÀ

« fidèle » comme Susanne. Aussi Tépitaphe commence^t-elle : « En a paix, Marguerite fidèle. »

Près de là, et du même temps, une Orante est daas Tare d*ua arcosolium semé de roses où, à droite et à gauche, des canards jouent dans un bassin et une chevrette bondit à côté d'un thyrse. À la lunette on voit le Bon-Pasteur, la syrinx à la main, parmi les lauriers-rose ^ L'Orante rappelle bien Susanne, les (félices du jardin de son mari, même le miroir des eaux où elle se baignait Si on voit en elle le défunt ou la défunte, enfant de TÉglise, dans le Paradis, n*est-il pas naturel d'y voir premièrement Susanne, o'estàf4ire TÉglise elle-même?

Au-dessus de la crypte des SS. Caius et Eusèbe est un célèbre arcosolium de la seconde moitié aussi du IIP siècle '. Le portrait du défunt, accompagné de deux génies ailés, occupait, semble-t-il, la lunette ^ Le Bon-Pasteur paissant ses brebis est au milieu de Tare. A gauche, M. de Rossi signale comme évidente « une scène tf de tribunal et de jugement devant le magistrat romain... ^un « martyr devant le tribunal *. » Le R. P. Garucci appuie cette int^prétation, croyant même reconnaître que le peintre a donné au magistrat « un visage qui reproduit... le caractère de Néron ^. » Oserai-je proposer une interprétation toute différente?

On pourrait, sans sortir de la Bible, ce répertoire des suj^ets des Catacombes auquel on n'a encore trouvé aucune exception du genre de celle qu'on propose, voir dans les quatre figures de la fresque : Daniel adolescent, couronné de laurier comme juge et debout sur le tribunal des vieillards à Babylone ; un des vieillards d'I^aël, non couronné, à côté du tribunal, comme un des simples assesseurs que la Bible donne en efifet à Daniel ; Susanne, la main gauche sur le cœur, la main droite tournée vers le ciel, qui prend Dieu à tésAoin

* Ibid., ta?. XIV, p. 88.

• Ibid., t. II, tav. XIX, XX, XXI, p. 219; t. III, p. 82. - Ici pi. XIV, 6.

' Ainsi au cimetière d^Ostrien, dans un arcosolium semblable. Aringhi, t. Il, p. 211. L'encadrement, qu'on retrouve aux deux sujets latéraux, se rapport» mal à une épitaphe.

♦ T. Il, p. 220.

» T. in, p. 82.

• Sioria, vol. II, tav. XVI.

LA CAPPELLA GRBGA

de son innocence ; un des deux vieillards séducteurs et calomniateurs, couronné de laurier comme juge d^Israêl, qui « part triste « et mécontent ^ » devant la sentence portée par le jeune prophète au visage terrible, au geste accablant. M. E. Cartier a le premier proposé cette interprétation dans la Revue de ÏArt chrétien *, n^hésitant pas à dire : « Le juge a la taille d*un enfant... il peut « avoir douze ans comme Daniel, lorsqu'il délivra Susanne... « Susanne est devant lui ; car ce n'est pas un jeune homme, mais M une femme, comme le prouvent la disposition de sa chevelure et c< sa longue robe à bandes de pourpre, semblable à celle des « Orantes. »

On pourrait aussi voir dans le vieillard non couronné un homme du peuple, représentant la multitude, et dans le juge couronné, au lieu d'un des deux juges scélérats qui poursuivent Susanne, Tua des juges imprudents qui viennent de la condamner. La fresque serait la traduction précise de ce passage de la Bible, dans le grec de Théodotion, suivi à Rome, S. Hippolyte en fait foi : Daniely se tenant au milieu d'eux (le peuple), dit : Etes-vous donc si insensés ^ fils d Israël? Sans juger et sans connaître ce qui est manifeste ^ vous condamnez une fille d'Israël! Retournez au jugement, car ils ont porté un faux témoignage contre elle '.

Mais l'interprétation qui me parait toucher au but est celle-ci. Susanne apparaît au tribunal de Daniel , entre les deux vieillards^ conune on la voit sur la cassette de Brescia, postérieure de peu à notre fresque et dont l'origine semble aussi romaine. Ici les vieillards traînent Susanne devant Daniel assis, les anciens du peuple ayant dit à

« M. de Rossi, t. Il, p. 220.

* 1875, t. XVIII, p. 395. On avait affirmé unanimement à M. de Rossi que la figure du prévenu était celle d*un homme : de là sa théorie conforme aux règles de son habituelle prudence La pensée n'était venue à personne qu'il pût s'agir d'une femme et de Susanne. Mais qui ne sait combien le sexe des figures est parfois difficile à distinguer dans les Catacombes? Assurément c*est le cas ici, où le copiste, qui croyait reproduire les traits d'un homme, a plutôt reproduit ceux d'une femme. U faut, dans ces cas ambigus, chercher comme nous avons fait, à éclairer la question par d'autres éléments d'instruction qui peuvent amener à une probabilité plus ou moins grande et même à la certitude.

» Dan., XIII, 48, 49.

S94 LA CAPPELLA GRECA

^ cet adolescent 2 Viens et siège au milieu de nous et instrms^ous car Dieu t'a donné l'Aotmeur de la vieillesse ^ Sur la fresque, rhistoire avait fait un pas de plus. Elle traduit la suite immédiate du texle : Et Daniel leur dit : Séparez-les ttm de Vautre à une grande distance et je les jugerai. Quand ils furent séparés l'un de l'autre, il appela^ tun d'eux et lui dit en face : Homme vieilli dans les jours mauvais^ maintenant sont revenus sur toi les péchés que tu commettais autrefois, jugeant les jugements injustes, condamnant les innocents et acquittant les coupables, alors que Dieu a dit : Tu ne mettras pas à mort rinnocent et le Juste. Maintenant donc, puisque tu as vu cette femme, dis sous quel arbre tu les as vus ayant commerce ensemble. Il répondit : Sons un Schinon (arbre qui se fend — <T/.îvov). Daniel reprit : C'est bienjustemefit que tu as menti contre ta tête. Voici en effet que fange de Dieu, preimnt tordre de Dieu te fendra {rj^ioti) par le milieu*. Un des vieillards, jeune d âge encore, part, la couronne de juge sur la tête, cette couronne qu'on voit â Daniel. Il sera jugé après son complice et la main qu'il porte au visage indique sa douleur et son tourment. L'autre vieillard, aux traits séniles, touche le pied même du tribunal, fait en estrade romaine ; et Daniel, debout comme un préteur romain, porte sa sentence, en étendant la main et l'index vers le criminel qui recule et baisse la tète sous ces foudroyantes paroles : Homme vieilli dans les jours mauvais... l'ange de Dieu... te fendra par le milieu. Condamné^ ce juge n'a plus de couronne ; il porte la main à sa poitrine ; il semble dire comme les criminels de Jérusalem, ses contemporains : La couronne de notre tête est tombée : malheur à nous, car nous avons péché! ' Susanne, en arrière, a la main gauche sur son cœur qui proteste de son innocence, et de la droite elle montre le ciel à qui elle a remi^ le soin, de sa vengeance et qui déjà l'opère si merveilleusement. C'est l'interprétation à laquelle je m'arrête, non sans quelque^ assuraBoe.

Un personnage, couronné aussi de laurier, mais «composé..., « d'une gravité tranquille » , et qui parait « asâis », dit M. de Rossi,^

« Dan,, XIV, 50.

« Dan., XIII, 51-55. Sept.

» Lament., V, 16.

LA CA^PBIXA dKkCA Stttt

occupe seul le tableau faisant, à droite, vîs-à-visau iàblGÈtdpfécêâéûi. Est-ce Daniel, le Jugement de Dieu, assis pôut jûgef, Cdmiiïé tm te voit sur la cassette deBrescia? Est-ce ïe défunt, un jtige, un doùïmandant militaire^ représenté sur sa sella, cotame V&tt Se triomphe de Trajan nous montre cet empereur *? Maris pourquoi le déftmf en parallèle avec un sujet biblique? Pourquoi Une secùttâ^ ioii Daniel dans le même rôle? En considérant quô les deux p^r^dnnages donnés par la Bible comme les types par excelfencfe de là sagesse sont Salomon et Daniet, Salomon dont It est écrit : Et DiêÛ donna la prudence à Salomon, et la sagésée éxtrêméthêiit grande^ et une largeur de cœur comme le sable qui est au bord dé la ftief, et Salomon en fut rempli par-dessus la pfudencè de tôUÉ teé àneiefié hommes et par-dessus tous les prudents d'Égyptè, et it fut Éagé pardessus tous les hommes *, Ùaniel dont Dîeu dit ait prlttce* de* Tyf i Es'tu plus sage que Daniel*?; envoyant Ce parallélîsrilë frappant du jugement de Salomon et du jugement de Daniel qui lei^ révélëreilt au monde dès leui* jeunesse, et sont restés en proverbes uniques dans tbistoire ; en remai'quant enfin qti*il estquestioû pM de vingt fois dans TÉcriture, et jusqu'à huit fois dans Un chapitre ^ dé Safomoû assis sur le trône de David ou plutôt sur le trône du SéîgrïeUr, séditque Salomon super solium Dotnini, où il ptut à tous, où tthit Israël lui obéit \ il me semble difficile de ne pas voir ici en reg^atd téÈ deux figures incomparables du Christ établi par Dieu, juge' des vivants et des morts, comme disait S. Pierre du centurion rtt^iatin^ L'archéologie qui montre tout près de là, au cimetiëfe de Dbmiiille; Daniel ayec sa fronde ^ , semble offrir Ici Salomon sur son trÔnél Ôti' le verra contînuellemejit au Moyen-Age ; lia cathédrale de' (!hstrtiré^; à la rose septentrionale, oeuvre de S. Louis, et les loges de Riscphatâ lui donnent une place solennelle : cette fresque nttui^ foiunkclit éè^ première apparition dans Tart ciirétten.

* Rîch, SelU.

^Ul Reg;, IV, 30; 81. S^^tMAe.

» Ezech,, XXVin, 3.

* m Reg., 1, 13, 17, 20, 30, 35, 37, 46, 48. » I Par., XXIX, 23.

* Act, X, 42.

^ AriDghi, 1. 1, p. 547.

596 LA CAPPELLA GRECA

Quoi qu'il en 8oit, au lieu d une scène anormale dans les catacombes^ je n'hésite pas à voir dans le premier des deux tableaux la justification de Susanne par Daniel. Cette taille si incontestable d'enfant décide à elle seule la question. Le sujet ne nous cause aucun étonnement à cette heure ; et combien de monuments vont nous montrer qu'il a droit en effet au titre de classique 1 Susanne étant le type de rÉglise, et les deux vieillards de Babylone, celui des Juifs et des Geotils, ses persécuteurs, nous avons donc ici^ au lieu d'une représentation directe d'un « martyr devant le tribunal » , une allusion générale mais vive à ce drame à peu près incessant aux prétoires dans les trois premiers siècles chrétiens. L'auteur de la nouvelle Morne souterraine a encore raison.

Au cimetière deDomitille, dans une chambre où, avec le Bon-Pasteur au milieu des quatre Saisons et le Christ au milieu des douze Apôtres, on voit Joseph, sauveur de TÉgypte, la pompe funèbre triomphale de Joseph, transporté de la terre d'Egypte dans la Terre- Promise, et les quatre scènes de l'histoire de Jonas, on trouve, comme au centre de tous ces sujets, une femme à la robe splendide, qui relève son royal manteau aux bords traînants, attaché par une agrafe sur la poitrine. Cette femme a près d'elle Moïse qui montre la manne et Moïse qui fait jaillir l'eau du rocher, deux symboles de l'Eucharistie *. C'est rÉglise, je n'en puis douter; mais cest d'abord, je crois, la femme qu on voit avec Moïse sur les monuments chrétiens, l'émule de la chasteté et de la gloire de Joseph, Susanne. Ailleurs, dans la lunette d'un arcosolium, une Oraote, au milieu des joncs, fait pendant au paralytique emportant son lit, au milieu des joncs aussi, aux côtés d'Adam et d'Eve vaincus par le Serpent*. N'est-ce pas Susanne fidèle près de la piscine, Adam et Eve rappelant par leur nudité la piscine baptismale où une sainte honte, pour parler avec les Pères, rachète leur honte criminelle et trouve la résurrection au sein de la sépulture ? Dans la magnifique chambre ' où la tête du Christ, récemment exposée par Constantin, en sa basilique, à l'adoration des fidèles, préside à la voûte, où, au fond, Michée montre Bethléhem

* Aringhi, 1. 1, p. 535.

* Aringbi, t. I, p. 541.

» Aringhi, 1. 1, p. 551-67.

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et la Vierge tenant TEnfant-Dieu, nouveau Moïse, nouvel Orphée, où on voit, à gauche, Job patient, Daniel aux lions. Moïse se déchaussant pour aller au buisson ardent, on trouve, à droite, Élie montant au ciel, Noé recevant la colombe, le Christ ressuscitant Lazare, et, lui faisant pendant, une Orante. Dans cette Orante, je ne puis hésiter à voir Susanne, compagne biblique de tous les autres personnages, type de TÉglise, Épouse du Christ. Enfin un dessin de Ciacconio, conservé à la bibliothèque vaticane, nous montre, dans le cimetière de Domitiile, une fresque représentant une Orante entre deux arbres, dont deux personnes s^approchent, Tune tenant un rouleau de magistrat à la main gauche'. Autant qu'il est permis déjuger sur un dessin d'une exactitude peu rigoureuse, c'est Susanne tentée par les deux vieillards qu'il faudrait voir encore en cette Orante.

C'est elle aussi que je verrais volontiers au cimetière de Balbine sur une fresque inédite, signalée par M. de Rossi, dans « la femme en « prière... accostée de deux figures viriles », entre les trois Hébreux de la fournaise qui n'ont point voulu adorer la statue de Nabuchodonosor, et les trois Mages qui viennent adorer le Christ : « Orante, « dit M. de Rossi, dont le stylé se rapporte parfaitement au temps de « Constantin '. »

Voici enfin Susanne avec son nom au cimetière de Prétextât. C'est sur un arcosoliimi du IV' siècle, au front duquel on lit : CELERINA

SPES CE ACE qu'on peut, ce semble, interpréter : « Célérina,

« Spes reposent {cesquet pour requiescit) en paix {inpacé), n L'arcosolium contient en effet, dans la lunette, deux tombes superposées. Sur les côtés sont deux personnages, l'un portant son nom sur la tête, PETRVS, l'autre étant assurément S. Paul, introducteur dans le Paradis, avec S. Pierre, des Romains dont ils ont été les apôtres. L'arc de l'arcosolium offre, d'un côté, Pierre et Paul avec leurs noms, ayant entre eux une tour, celle de l'Église dont ils sont les princes; de l'autre, le pape S. Sixte II, SVSTVS, si célèbre en ce cimetière de Prétextât où il fut surpris célébrant les saints mystères et décapité avec ses quatre diacres le 6 août 258 ', S. Sixte,

* No 5409 S0U8 ce titre : In alio sacello ccemeterii 8. Zepherini Papœ.

^BulUtino i867, p.5.

» Borna sott, 1. 1, p. 247; t. II, p. 89.

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diâ'je, et son inepinpari^blQ diacre S* Laurent, LA.YRENTIYS. Us Ifardent auasi, tous deux, la tour de TÉglise pour laquelle leur martyre a renouvelé celui de la gloire des Princes des Apôtres. Et, en effet, on les voit, à la place ordinaire de Pierre et de Paul, sur la p^os^îque faite Tau 81S par Pascal 1*' dans labasilique de fiominica OU CyriaguQ, la matrone chez qui S. Laurent habitait et assistait les pauvres, et qui lui donna dans son champ la sépulture. Au-dessus de ces ienm groupes et des deux tombes est le monogramme constantinien du Christ, escorté de deux colombes, TÉglise des Juifs et celle des Gentils, non sans quelque allusion aux deux défuntes. Entre les deux tombes sont trois brebis, deux qui paraissent représenter les défuntes; la troisième, celle du milieu, TÉglise : peut-être y a-t-il là rÉglise entre les deux peuples qu'elle fait un, les Juifs fidèles et les Gentils fidèles. Au-dessous, au-devant de Tarcosolium, voici sur un ponticule, une de ces brebis entre deux bêtes féroces venant à elle, deux loups, ou peut-être un loop et une hyène. Sur la tète de la brebis on Ut : SY5ANNA ; sur le dos de la bête qui tient de la hyène : « SIMORIS (seniores)^ les vieillards * ». C'est Susanne, c'est l'Église, f^yjL milieu de ses persécuteurs, non plus les Juifs et les Gentils, — nous sommes au lY^ siècle, — mais les hérétiques, Arius et Donat en tète. L'^glise,^ brebis, du Christ, mais brebis reine, rassemble à droite et ^ gauche les brebis célestes; et, des deux côtés aussi, elle est as$[aillie par le^ bêtes féroces de l'enfer. Sur elle plane le mono- ^ai^me du Christ, ce monogramme gravé au front à la Confirmatipu, par l'onction de feu de l'Ësprit-Saint, donnant la plénitude 4^ sa force, de son intelligence, de sa pai^> ce monogramme que CQUstantiu a vu resplendir dans le ciel de Rome et lui promettre, que dis-je? lui ordonner la victoire.

Il est inutile d'observer combien ce monument, auquel nous verrons s^^djoindre un monument semblable,^ confirme tout ce que QPUS avç^QS avancé dans ce chapitre sur Susanne.

ILe circuit 4e$ cimetières rçmains nous montre h Saint^Paul-hors-

« M. Perret, 1. 1, pi. LXXVIII; M. Martigny, p. 623. Une belle copie de cette fresque est aa musée dqi L^tran. — Le R. P. Qarucci^ Storia délia arie crùtiana, t. II, tav. XXXIX, a donné tout Tensemble des fresques de cette ch|UAbi:# de Prétextât.

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les-murs la Susanne chrétienne venue de Syrie, SOSANNA DE pro^ VINCIA SYRIfi, et morte à Rome. En franchissant le Tibre, et en achevant le circuit, nous trouvons au cimetière du Vatican toute une troupe de Susannes de TAncien Testament. Ce n*est plus sur les fresques du cimetière, perdues hélas ! jusqu^à la dernière, c'est sur les sarcophages de marbre dont le temps nous à conservé un grand nombre. Ceci nous avertit que nous avons à étudier maintenant Susanne sur les sarcophages chrétiens»

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