‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella greca du cimetière apostolique de PriscilleChapitre 61 sur 99 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

SUSANNE DANS l'ANTIQUITÉ CHRÉTlENNe. — LES SARCOPHAGES. — LES MONUMENTS DIVERS.

C'est à Rome seulement que Susanne est apparue jusqu'ici sur les fresques chrétiennes des premiers siècles. Il n'en est point ainsi des sarcophages et autres monuments : Tltalie, les Gaules, la Grèce nous y montrent Susanne, comme Rome. Les sarcophages sont pleins de Susanne. Pour l'y étudier, nous suivrons un autre ordre que Tordre topographique. L'intérêt y gagnera sans que la lumière archéologique y perde. Tous ces sarcophages, ou peut s'en faut, appartiennent à la période uniforme de la paix de l'Église, et l'origine de plusieurs ne peut être précisée. C'est l'histoire de Susanne que nous allons faire ou plutôt illustrer pas à pas d'après les sarcophages. Yoyons sa tentation, sa condamnation, sa délivrance.

I. Le livre de Daniel nous dit de Susanne que ses parents, étant à Babylone, instruisirent leur fille selon la loi de Moïse, et il nous la montre se promenant l'après-midi dans le paradis, ou lieu planté d'arbres, de son mari. Un sarcophage d'Axles, dessiné par le Père Arthur Martin, nous la présente ainsi. « On y voit, dit le R. P. Garucci, <c en premier lieu, à gauche, le Christ changeant l'eau en vin; en « second lieu, Susanne, type de TÉglise (v. S. Hippol., in Danvl^ «( V, 7. p. 274, éd. Fabric,); en troisième lieu, le Christ monté sur ce une ànesse \ » Susanne occupait, ce semble, comme tant de fois l'Orante, le centre du sarcophage. Elle est entre deux arbres, se promenant, et tenant des deux mains le rouleau de la loi de Moïse qu'elle lit et médite. Yétue d'une double tunique comme Joseph, le front couvert d'un voile qui lui sert de manteau, sa figure a une

' Hieroglypta^ p. 246.

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beauté religieuse, pudique et touchante ^ Cette statuette est une des plus heureuses, pour la composition, que nous ait léguée Tantiquité chrétienne. Phidias y applaudirait, et aussi le sculpteur du XIIP siècle qui a placé sainte Modeste au portail de la Vierge, à la cathédrale de Chartres.

On peut se demander si un sarcophage, unique en son genre, dont Bosio a orné le frontispice de son immortel ouvrage, ne représenterait pas le mariage de Susanne. A gauche du portrait de la défunte est Moïse frappant le rocher et montrant les tables de la Loi au peuple ; à droite, deux époux se donnent la main par devant un témoin, près d'une table destinée, ce semble, à dresser le contrat de mariage, et on voit Jonas, vomi par le monstre marin, qui embrasse un arbre et la terre *. Est-ce la traduction du texte de Thistoire de Susunne, si souvent mêlée sur les monuments à Moïse et à Jonas : Joackimprit une épouse nommée Susanne, fille d'Helcias,,. Ses parents, étant justes, avaient élevé leur fille selon la loi de Moïse ^^ Il me semble, pour moi, que le texte sacré qui répond le plus précisément au groupe sculpté est celui de Thisloire de Tobie : Alors Raguel dit (à Tobie et à l'Ange)... Je crois que Dieu vous a fait venir chez moi pour que celle-ci fût unie à son parent selon la loi de Moïse... Et prenant la main droite de sa fille, il la mit dans la main droite de Tobie, disant : Que le Dieu d'Abraham et le Dieu disaac et le Dieu de Jacob soit avec vous, qu'il vous unisse lui-même et qu'il répande pleinement sa bénédiction sur vous. Et ayant pris une charte, ils dressèrent îacte de leur mariage *. Jonas est à sa place ici comme Moïse, puisque Tobie rappelle Ninive, dont Jonas fut l'apôtre.

» M. Le Blant, Sarcophages d'Arles, pi. XII, 1. — Ici pi. XV, l. - M. Le Biant écrit : c Une femme debout entre deux arbres et tenant un volumen; c'est la dé- « funte, sans doute, lisant les Livres saints, car nous voyons au Musée de Saint- € Jean de Latttin, une figure semblable, à côté de laquelle est son nom : CRISc PINA. et dont le livre est marqué du monogramme ^ » (p. 24;. Mais Crispina n'est pas. comme notre Orante, entro les deux arbres rappelant le jardin de Susanne ; et le sculpteur, craignant, malgré cela, qu'on ne la prit pour Susanne ou qu'on hésitât sur son identité, a gravé à côté d'elle son nom en toutes lettres.

* Aringhi, frontispice.

» Dan., XIII. 2, 3.

\ * Tob , Vn, 13-16.

LÊGCNDE DE L.A. PL.A.NCIIE: XV.

1. Smtine étodiant la Ui. ^ Streopbâge d'Ari«. M. U Blattt, pi. EU, t.

3. Susaoûe et les fiaillarda. ^ SareoplMge d'ArlM. Hillhi, ^. LX?, I. 3* Soaaoïie e| lea îialllaid» — Sareopbage d'Arlaa. M. Le Blaùt, pi. YIL

4. Saumie et lea ? îeiHardtf. ^ Sarcaphage d*Arles. M. ÏA BUnt, pi. TL

5. Sosaooe et tes rieillarda. — Sarcophage romaii. D'Àgitteoort, t. IV, icolpttre, pi. T, 4.

6. SusaSM et les fieillarda. -^ Sareopkage romain. Bdènarrètti, Vitri, eo tête du tèlame.

7. SataDDa entre les deux Tiaillards : dem eoloanes» portant le monograianie du Christ, sent

aui extriaiités. -^ Sareophage da dmetiëré d'Ostrieo. Aringbi, t. II, p. 165.

8. Sasanne entre les deox tieillards : denx Boos-Pastenrs étaient sans doute au elitréBitéa.

— Sarcophage du cimetière du Vatican. Aringhi, 1. 1, p. 315.

9. Susanne et les ? ieillards. — Sarcophage du cimetière du Vatican. Arioghi, 1. 1, p. 313.

10. Stèle Totire de Ligurius. — Sasanne et les vieillards ? Bulletino, 1872, tar. II.

11. Susanne et les fieillards : Helcias? Jérémie? — Sarcophage du cimetière du Vatican.

Arioghi, 1. 1, p. 305.

12. Susanne et les fieillards ? Jérémie et ses persécuteurs? — Sarcophage du cimetière du Va-

tican. Aringbi, 1. 1, 309.

13. Le Christ qui guérit le paralytique, Tenant au secours de Susanne, comme à la cappella

^raM. ^ Sarcophage dn cimetière du Vatican. Aringbi, 1. 1, p. 323.

14. Sisanne entre le Christ qui ressuscite les morts, dans la Tlsion d'Ézéehiel, et le Gbriat qii

guérit rafe«gle-né. — Sarcophage du cimetière d'Ostrien. Aringbi, t. Il, iHi,

)5. Le Christ, qui guérit rareugle-né, venant au secours de Susanne. — Sarcophage d'Arles, pi. XXIL

16. Susanne entre les deux rieillarda : deux Bons- Pasteurs soirt aux extrémités. -^ Sarcophage

da cimetière des Catacombes. Aringhi, 1. 1, p. 619.

17. Susanne triomphante et le Boa- Pasteur. -« Sareaphage d^Arlas. M. La Blant, pi. XI, 2.

18. Susanne triomphante et lea fieillards lapidés. •— • Sarcophage dn cimetière du Vatican.

AHnghi, 1. 1, p. 333.

U GAVffSVU ORBCâ €08

Un autre fiarcophage d'Arles nous moDtf e Susanue entre deux arbres* les regards au ciel, lisant attentivement le livre de la Loi et disant manifestement en son cœur avec Tauteur du Psaume CXYIII, lun de ses compagnons de Babylone, semble-t41 : J'ai caché vos paroles dans mon cceur afin de ne pas pécher contre vous *. Derrière les arbres sont les deux vieillards faisant le guet comme des satyres ou des démons. Près de celui de gauche, Moïse reçoit la Loi de la main divine qui sort d*un nuage, Moïse à qui tourne le dos le vieil«lard qui a détourné sa face de Dieu *.

Un troisième sarcophage d'Arles, parmi six sujets évangéliques, la résurrection de Lazare, rhémorrhoisse,la multiplication des pains^ * le changement de Teau en vin, la guérison de Taveugle-né et celle de Vaveugle de Jéricho, assis sur le bord du chemin, présente, au milieu, Susanne entre les vieillards, élevant les yeux et les mains au ciel '. Susanne, entre les vieillards qui ont chacun un rouleau à la main, est au milieu d'un quatrième sarcophage d* Arles ofifrant la résurrection de Lazare, la guérison de Taveugle-né, le change*» ment de l'eau en vin, le Christ disant à Pierre : Tu me renieras trois fois, et Moïse frappant le rocher \ Elle est sur un cinquième, au milieu toujours, la multiplication des pains^ le sacrifice d'Abraham et la guérison du paralytique étant à gauche, Thémorrhoîsse guérie

* Ps, CXVIII, 11.

* Millin, Atlas, pi. LXVII, 4. — M. Le Blant. pi. Vm. — Ici pi. XVI, 5. — M. Le Blant reconnaît ici Susanne. c Susanne, dit-il, lisant un volumen^ est de- € bout entre deux arbres denière lesquels se cachent les vieillards qui Tépient » (p. i5).

* Millin, pi. LXV. 1. ^ Ici pi. XV» 2. -^ Nous donnons ce dessin oonme édiânfillon des dessins de Millin. qui ne sont que substantiell^nent exact«. Mais Blillia a eu l'avantage de voir les monuments moins endommagés quMs ne sont aujourdliui. Le de^isin de M. Le Blant est pi. V. Il dit simplement du sujet : c Uns f Orante entre deux personnages dont Tua tient un volumen » (p. 9) Plus loin, cependant ip. 15, note 4), il reconnaît Susanne dans cetta Orante.

* M. Le Blant, pL VU. ^ Ici pi. XV, 3. — 11 Le Blant écrit sur ce groupa (p. 22) : c Une Orante. qui se détache sur une draperie, est dd)out entre desx c saints, Pierre et Paul, selon toute apparence. C'est un sujet dans lequel on < s'accorde à reconnaître la figure de l'àme reçue au ciel par les bienheureux au % sortir de cette vie, » La similitude^ ou plutôt l'iiiaiitîU dsi ce groupe avec d'autres dont la «SOS ast recomm é^dent par Biioaarroti et Bettari» na nous penoei faa d'béwtvr dans Mbre iokrprétation.

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et Moïse lisant le Deutéronome, à droite ^ Elle est sur un sixième enfin, où la zone supérieure déroule, en commençant à gauche, ces sujets : Caîn et Abel ofiFirant leurs présents à Dieu le Père, derrière lequel le Christ, tenant un volume, est debout, Pierre arrêté par les agents de Caïphe, Taveugle-né guéri, Moïse recevant la Loi; puis, de l'autre côté du bouclier en coquille où sont les bustes des deux époux : le sacrifice d* Abraham, la multiplication des pains et des poissons. Moïse lisant la Loi au peuple. A la zone inférieure, on voit Susanne et les vieillards, le miracle de Cana, Daniel offrant le g&teau mortel au Dragon, Jonas jeté au monstre et, vomi par le monstre, reposant sous Tombrage, Adam et Eve avec le Serpent, Daniel aux lions avec Tange et Habacuc. Il a les bras en croix comme Susanne. Susanne est entre deux arbres et porte au ciel sa prière d'alarme ; un des vieillards vient à elle ; l'autre, comme à la fresque du cimetière d'Ostrien, semble partir pour la dénoncer *.

Susanne tentée se rencontre à l'autre extrémité méridionale des Gaules.

Le musée de Toulouse possède un sarcophage en marbre blanc, venu de l'église de Saint-Orens d'Auch, et connu sous le nom de Tombeau de S. Clair, Il présente ces six sujets : Adam et Eve aux côtés de 1 arbre et du Serpent, la résurrection de Lazare, Susanne élevant les mains au ciel, et ayant derrière elle les deux tètes des vieillards tournées vers elle, pareilles à des têtes de médaille, la multiplication des pains, le sacrifice d'Abraham, Daniel et ses deux lions •.

* M. Le Blant, pi. III. — c Une Orante, debout entre deux personnages dont a Tun semble lui soutenir le bras i, dit simplement M. Le Biant. p. 5.

• M. Le Blant, pi. VI. — Ici, pi. XV, 4. — M. Le Blant écrit ici : « Une femme c en prière, les bras en croix, entre deux arbres, et à Inquellc il est difficile d'as- « signer un nom a?pc quelque certitude; un bomme est à sa droite; celui de c gaucbe parait fiire partie du tableau suivant » (p. 11). Ce dernier personnage est réclamé, comme second vieillard, par le sujet de Susanne. Il serait superflu dans le sujet suivant, à la suite d'un personnage qui, étant devant le Christ, a près de lui les urnes de Cana.

8 Catalogue, 1865, in-8*, p. 302. — P. 332, je relève ce passage : t Nous lisons c dans les Chroniques eccléaiastiqueê du diocèse d^Auch^ de Dom Brugelès : c On voit encore, joignant Téglise Saint-Orens, du c6té de l'orient, un grand tom- • beau de pierre qu'on dit être celui de saint Clair. On se recommanda à ce saint

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Voyons maintenant la tentation de Susanne sur les sarcophages romains.

Je la trouve d*abord sur un fragment de sar^^ophage dessiné par d^Agincourt^ qui ne nous a malheureusement pas indiqué sa provenance ^ Un des vieillards, tenant un rouleau de juge de la main gauche, met la main droite sur le bras de Susanne, qui le regarde avec dignité et pitié, tenant, elle, la loi de Dieu comme un trésor dans ses mains. L'autre vieillard^ serrant des deux mains son rouleau vertical, contemple Susanne avec le sang-froid d'un scélérat émérite. Le groupe a une beauté antique; et un groupe semblable du quatrième çiècle * fait bien sentir la différence de Fart. C'est peut-être la plus ancienne sculpture de Susanne.

La tentation de Susanne nous apparaît ensuite sculptée sur un grand sarcophage de marbre, qu'on voyait au palais du cardinal Carpegna, au moment où Buonarruoti Ta gravé en tète de ses célèbres Observations sur quelques fragments de vases antiques de verre ornés de figures, trouvés dam les cimetières de Rome, Ce monument est celui de deux époux, dont un bouclier offre les bustes au milieu de la zone supérieure. Sur cette zone, on voit, d'un côté, la multiplication des pains, la prédiction du reniement de saint Pierre, Moïse recevant la Loi; de l'autre, le sacriûce d'Abraham, la guérison de Taveugle-né, la résurrection de Lazare. A la zone inférieure est Susanne résistant aux deuxvieillards, saint Pierre arrêté par les émissaires de Caîphe ou de Néron, les Saisons au nombre de trois seulement, Daniel entre les deux satrapes et les deux lions, le miracle de Cana, le paralytique emportant son lit. Moïse frappant le rocher. Buonarruoti décrit ainsi la scène de Susanne ' :

a contre le mal aux yeux, i — L^auteur du Catalogue ne désigne le groupe assez éyident de Susanne et des vieillards que par ces mots : « quelques figures de c transition, t

* D'Agincourt, t. IV, sculpture, pi. V, 4. — Ici pi. XV, 5. — D*Agincourt se contente d'écrire, t. III, p. 4, relativement à ce monument : c Trois figures dont « le sujet est incounu, partie d'un bas-relief sculpté sur un sarcopbage. »

* Ici pi. XV, 16. Je ne puis croire que ce soit le même avec des différences dues au dessinateur. Le second groupe est le premier retourné. Or, ni d'Agincourt ni Bosio ne retournent les sigets. Il parait donc y avoir deux originaux différents.

' Otfiervazioni^ etc., p. 5. — Le dessin de cette scène est reproduit ici, pK XV, 6«

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€ Kn télé de la xône inféneure, est, entre les deux vieillards ealoiaiialtura< 6asanne dans l'acte de la prière, qu'on peut prendre pour le symbole de 1» réeuFrection, puisqu'elle fut délivrée de la mort par Daniel, et pour le symbole de l'Église sauvée intacte de la persécution des Pharisiens. Susanne est représentée, sur un sarcophage du cimetière du Vatican, dans Âringbi qui a omis d'expliquer que c'est elle ; eU sur un autre du même cimetière du Vatican, elie a été figurée ayant aur la tèle I4 voile dont oa la dépoaUla au tribunal, comme Fobserve Tertullîeo- (De coronalV). »

Le premier sarcopbage dont vieDt de parler Buanarruoti ^ pré^ sente Susanoe avec un simple disqoe ou béret sur la tête, tenant de la main gauche le rouleau de la L^i, et faisant de la droite 1& geste de Toraleur. Un des tentateurs^ barbu, fixe les yeux sur elle en lui mettant la main tous le coude droit : Vautre, imberbe, la re^ garde avec passion, la tôte penchée et la main droite stir son ccrar. H rappelle V\m des testateurs de la cappeUa greca, et lève toute ol^ection tirée de la jeunesse de celui-d contre son identité. Ge groupe est au milieu du sarcophage, orné de strigiles. A Textrémité de gauche, esl le Bon-Pasteur portant sa brebis et regardant dit côté de Susanne ; il ét^ît répété, sans doute, à Féxir^ité de droite qui est perdue. Un sarcophage du cimetière des Catacombes, qui^ est à pou près identique, en fournit la preuve '. Le Christ garde Susanne à droite et à gauche conmie les méchants l'assiègent.

Sur le second sarcophage, le groape de Susanne, qui est au centre, est précédé, à gaudie, de Moïse frappant le rocher, du ChrM guérish sant l'aveugle de Jéricho, du miracle de Gana, et suivi, adroite, du Christ guérissant TaveugleHié, multipliant les pains^et les poissons, ressusoitanit Lazare. Susanne voilée, en robe longv^ prie, les mains étendues, au milieu des deux vieillards barbus, dont Tun e9l chauve à demi, qui la sollicitent avec des airs, hardis et doucereux à la fois, de tartuffes ', Bottari a décrit et apprécié ainsi ce groupe du sarcophage:

f Vient ensuite (Daniel cap. XUI) Susamie tentée par les deux vieillards. Elle est v6tue comme il convenait à une matrone pudique, c^est-à-dire avec une tunique qui la couvre jusqu'aux pieds, et a sur la tunique la stola telle que la décrit S. Isi-

* Aringhi, t, I, p. 315. — loi pi. XV, 8.

« ArifDghî, 1. 1, p. «9.- Ici pi. XV, 16.- Gf : Aringbi, t. lï, p. f 89.— fti pi. XV, T.

• Aringhi, ti I, p^ 3ia — ki pi. XV, 9;

LA GARPSLLA GRBCA 609

doie (Off^. XIX, 25) : Stola matronale operimentum, quod coap^ta ot^te et «ca* pula (f^ dextro l€tere inUevum humer nm miititur ^ Cette maDièra de porter ce vêtement apparaît exactement semblalile en la Sasaniie représentée comme ici sur le sarcophage du cardinal Carpegna (Kuonarr. Osserv. vetr.y tav. XIV, n. 1), et n*e8t guère différente en la suinte Agnès figurée sur un verre antique. Susanne montre qu^elle est en jugement entre les deui vieillards qui l'accusent, puisqa'eHt est debout, Ut tète couverte d'un voile dont ces honunes avides de la conteiaplef U firfnt dépouiller, aujia^ %i|^ io n^porte rHistoiie suintie (Daniel cap. XUI, vers, 32) *. Ou peut dire que cette sculpture ûût allusion à la résurrection» puisque Susanne par la sagesse de Daniel passa de la mort à la vie. Elle peut encore désigner accidentellement TÉglise sauvée de Toppression des Pharisiens, comme Ait sauvée l*imioce:ite femme de l^oppression des vieillards *.

Nou9 avions depuis k)ngtempa la pensée, ta conviction méne> qiie« c'était Susanuo et les vieiUards qu'il ftdlait voir sur cesi rarcopba^ ges Fomains où Bosio, Severano, Aringhi^ n'ont pas soupçonné son existence, quand nous avons trouvé queBuonarruoti et BottarlTa^ ▼aient déjà signalée deux fois. Le lecteur trouvera donc naturel que nous reconnaissions Susanne sur des monuments nombreux où elle n'a pas été remarquée, ces monuments étant plus ou nsioins seo^ blables, j allais dire identiques aux précédents^ et portant maintes fois des indications plus Itimineuses encore de la présence de Su-** San ne.

C'est ainsi que nous reconnaissons Swanne et les deux vieillards qui la tentent dans un groupe de TOrante et de deux hommes oc^ cupant le centre d*un sarcopù^ge déjà cité du cimetière des Cat»*combes on de Saint-Sébastien, qui, orné destrigiles^ a le Bon^Pa»^ teur aux deux extrémités ^ ; et de même sur un saroopbage du cimetière d'Ostrien eu de Sainte-Agnès, avec la variante du mono^ gr^mune constantinien du Christ inscrit sur une colonne^ au lieu du

^ « Stola, vétesoent de matrone qui^ couvrant la tète et Tépaule, eal rejeté « du c6té droit sur la partie supérieure du bras gauobe. »

* n est bien plus naturel de voir en œ groupe la tentation de Sosanne que Susanne en jugement. Les arbres qui, parfois, accompagnent le groupe (ici, pi. XY, 3) tranchent la question. A la cappella §reca, les vieillards, levant le voile de Stisanne, montrent c qu'elle est en jugement ». Ils ne font pas oe geste id,^et le jugement n'est indiqué par auoiiR signo spécial*

' Spiegazione dslla iavûla XXX, t, I, p. 120.

* Aringbi, 1. 1, p. 619. — Ici pi. XV, 16. Le sarcophage est aiLMuséedu Latran.

608 LA CAPPELLA GRBGA

Bon-Pasteur, aux extrémités du sarcophage *. Rlanchini Ta déjàreconnue : c Susanne entourée par les vieillards prie, dit-il, Susanna « a seinoribus circumventa oral '. »

Nous reconnaissons le même sujet au centre d'un autre sarcophage du cimetière d'Ostrien, avec Moïse, frappant le rocher, le Christ changeant Teau en vin et Pierre arrêté, à gauche, la multiplication des pains et la guérison de Thémorrholsse, à droite '. Un sarcophage du cimetière de Saint-Calixte ou de celui de Domitille, présente, à gauche, le Christ ressuscitant Lazare, multipliant les pains et les poissons, changeant Teau en vin; au milieu, Susanne Orante entre les vieillards qui lui font leurs propositions ; à droite, rhémorroîsse guérie, Pierre arrêté, Moïse frappant le rocher *. Ces deux sarcophages ne diffèrent que par une simple variante.

Six autres sarcophages déposés au musée du Latran, nous montrent Susanne entre les deux vieillards. Sur Tun on voit, à gauche, la multiplication des pains et le reniement do Pierre, à droite, le miracle de Cana et celui de Taveugle-né ; sur un second, d'un c^té, Moïse frappant le rocher, Pierre arrêté par les Juifs, le miracle de Cana, et, de Tautre, les trois guérisons de Taveugle-né, du paralytique, de rhémorrhoïsse ; sur un troisième, celui de Sabinus, jeune époux de quinze ans, Moïse frappant le rocher, Pierre arrêté par les Juifs, le miracle de Cana, puis la guérison de Taveugle-né, la multiplication des pains et la résurrection de Lazare ' ; sur un quatrième, qui est un sarcophage d'enfant, la multiplication des pains à gauche, la résurrection de Lazare à droite ^ ; sur un cinquième, là, les pains multipliés, ici, le miracle de Cana, et un personnage, le Christ, ce semble, montrant un palmier à une personne assise

« Aringhi, t. II, p. 165. — Id pi. XV, 7.

* Demotiitratio hùtoriœ ecclenasticœ quadriparli'œ comprobatœ monumtn" tu, 1752-4, tav. Il, saeculi U, p. 501.

» Aringhi, t. II, p. 163. — Ici, pi. XVI, 6.

* Aiinghi, t. I, p. 615. Le sarcophage est au Musée du Latran.

* Des deux vieillards tentant Susanne, Tun est ici jeune comme sur la fresque de la cappella greca (ici, pi. II et pi. XIV, 1), sur celle de Sainte-Sotère (ici, pi. XIV, 6) et sur le sarcophage de notre pi. XV, 8.

* L'Orante de ces deux sarcophages, femme adulte, ne représente évidemment pas le défunt, un jeune homme» un en&nt.

LA CAPPELLA 6RECA 609

au pied ( — est-ce le Christ prêchant la résurrection des morts à la Judée, dont le palmier est le symbole en même temps que celui de la résurrection?) ; sur un sixième, enfin, qui est le troisième sarcophage que nous trouvons ainsi composé, aux deux extrémités^ le Bon-Pasteur portant sa brebis. A ces six sarcophages du musée du Latran, j'en joins un septième du cimetière de Saint-Calixte qu'on voit aujourd'hui dans une de ses chambres. Il a deux zones. A la supérieure, Noé dans l'arche et le buste du défunt tenant un volume sont au côté du cartouche central qui areçul'épitaphe, et aux extrémités sont deux tètes, souvenirs classiques du soleil et de la lune; à l'inférieure, figurent, de gauche à droite, Daniel entre les lions, Susanne entre les vieillards, le Christ qui change l'eau en vin en regardant Susanne, et le Christ encore qui ressuscite Lazare. N'achevons pas l'examen de la tentation de Susanne sur les sarcophages romains sans signaler un monument unique en son genre qui réclame peut-être une interprétation différente de celles qu'on a laborieusement proposées. C'est une stèle votive du IV* ou du V« siècle dont M. de Rossi vient de nous donner le dessin, sans qu'il en ait pu découvrir la provenance *. Une Orante, tenant un livre ouvert qu'elle montre et regardant le ciel, est entre deux hommes âgés qui lui parlent : elle se penche en arrière devant l'un d'eux, comme saisie d'effroi. Le groupe rappelle tout à fait les deux groupes de Susanne et des vieillards des sarcophages mentionnés du cimetière du Vatican ; c'est l'Orante de l'un, ce sont les vieillards de l'autre. Toute autre interprétation est difficile, sinon impossible, autant que celle-ci est naturelle. Derrière chacun des vieillards, est un ciste contenant les rouleaux de la Loi ; un de ces rouleaux lié est, en outre, devant l'un d'eux. Ces symboles conviennent aux juges d'Israël, qu'on trouve tant de fois ailleurs le rouleau à la main ' : ils rappellent la Loi et les Prophètes du langage consacré des Juifs \ La stèle est un ex-voto sur lequel on lit : «LYGYRIVS VOTVM « SOLVIT, Ligurius a acquitté son vœu. » Il est naturel à l'innocence

* Bulletino, 1872, tav. VI. - Id, pi. XV, 10.

* D'après le dessin foit sur la photographie, les cistes paraissent contenir des pierres, qui seraient celles de la lapidation dont les vieillards menacent Susanne. Mais on affirme que l'original présente non des pierres mais des tètes de rouleau.

» Matth., V, 17,

6lO là CA)P^ËtLA G'KfeCA

calomniée Se Songét îi Susainne. Nous verrotiis S. Léon III le ffilre, au temps âe th&rlemagne, un prêtre de Bordeaux, au ÎV^ siècle. Il semble que c'est le cas deLîgurius. Letriemplre de'Susanne dont il apporte le tableau, pour l'acquît de son vtBU, nous montre qu'il a été dans le péril de Susanne. Cest au tombeau de la martyre Susanne que S. Léon III laisBéira le splendide monument de sa délivrance. 7e ne serais 'pas étonné que la stèle de Ligurïiis ne vtùt de là : ou du premier tombeau de la martyre, 'Sur la voie Sadare, non loin du cimetière de'Prïscille, ou du second tombeau, c'ost^à-dke de la basilique de Sainte Susanne, près les Thermes de Dioclétien.

l)e la tentation de Susanne passons à sa condamnation.

II. Deux sarcophages du cimetière du Yatican \ dont la donnée très complexe est en somme identique, nous ofifrent deux tableaux particuliers des plus remarquables. Aringhi a passé le premier sous silence, et le second lui a paru réclamer un -ffldipe : tribus fignris,.. divinandis... Mdipo opus est conjecture. Tentons ce rôle d'JEdîpe, à la lumière des Saintes Écrituï*es et des Pères. Mais liaisons connaître d'abord la composition générale des deux sarcophages.

Leur face antérieure présente le sujet si célèbre de l'abside des basiliques romaines. Le Christ est debout sur un montîaile, celui de son ascension au ciel, ou plutôt la sainte Sion du ciel même, au milieu des douze Apôtres. Les deux apôtres de Rome sont à ses côtés. S. Pierre, apôtre des Juifs et chef de l'Éiglise est à gauche, recevant le rouleau de la Loi évangélique, l'Infaillibilité du doctorat et la plénitude de l'autorité, et portant généreusement l'étendard du Christ, son monogramme, qui est sa croix : comme le labarum de Constantin, il resplendit ici de gemmes enchâssées dans l'or. S. Paul, apôtre des Gentils, est à droite. Du côté de ce grand prédicateur de la résurrection, est le palmier, une fois surmonté du phénix, symbole avec lui de la résurrection, le Christ donnant aux Apôtres, par un geste éclatant de sa droite, la mission d'annoncier au monde qu'il est la résurrection et ta vie. La main du Christ se déploie entre le phénix et Psyché, l'âme, que l'Amour, l'Esprit-Saint du Christ, le Christ animé du Saint-Esprit, ressuscite de son flambeau. Sur le premier sarcophage, Pierre, Paul et quatre Apôtres sont devant aix

' Aringhi, 1. 1, p. 301-305; p. 307-309. - Ici, pi. XV, 11, 12.

LA CAPP^IM 6BEGA ^ii

ppa:t0B crénelées occupant tout le champ aux côt^s .du Christ, et rappelant que les douze portes de )a Jérusalem céleste sont marquées des noms des douze Apôtres ; et on voit en effet les quatre fleu^ve^ du Paradis, non terrestre, mais céleste, sortir de l'éternelle Sion sur laquelle s'élèye le Christ. Sur le second sarcophage le champ est occupé par une vigne, symbole du Christ dont les Apôtres Bont Les rameaux. Le Christ est une seconde fois â^ré au bas de la montagpe, en Agneau, de grande taille, distributeur ici-ba5 dela.gràce et des sacrements divins, vers lequel viepnent douze agnaaux qioindres, 9ort^nt de Bethléhem, la cité de la naissance du Christ et de l'appel des Gentils en la personne des Mages, et de Jéruaalem> la cité de la mort du Christ et de l'appel des Juifs, au Slnal de la Pentecôte. Sur les de^x sarcophages, le Christ a à ses pieds deux époux, les deux défunts déposés dans le monument. Ils s'apprêchent y ils r adorent, ils tiennent pieusement ses pieds \ ils élè^vent vers lui leurs yeux pleins d'espérance.

11 n'y a pas de sculpture sur la face postérieure du second sarcophage. Le premier ofOre, au miilieu, le JBon-Pasteur entre d^ux ^rebÎB dont il Qaresse l'une, et aux extrémités, devant deux pojçtes crénelées, deux personnages qui l'acclament comme les Apôtres. Est-ce de nouveau un double symbole des deux Églises des Juifs et iies Gentils, et leurs ^apôtres spéciaux JPie^re et Paul? $erait-ce S. Sixte et S. Laurent qui ailleurs accompagnent ou remplacent les princes des Apôtres ? Ce ne sont pas les deux époux, tout autrem^ent x^ûslumés ici-méme.

Les deux côtés des deux sarcophages offrent les mêmes scènes. A droite, c'est Élie montant au ciel sur son quadrige de feu, prèB du, Jourdain représenté par un vieillard étendu à terre, qui appuie le bras gauche, portant un roseau, sur une urne d'où le fleuve s'épanche, et tient le bras droit élevé en signe d'admiration ; plus loin, c'est Moïse recevant du ciel la Loi que lui tend la main divine. A^auxhe, c'est Abraham qui va frapper du glaive Isaac agenouillé sur l'autel, la main divine qui l'arrête, et le bélier qui apparaît dans les ibcoussaiUes pour servir de vklime. En pendant de cetablioau, le

^ a niœ autem accesserunt et tenuerunt pedes ejus et adoraverqnt oum, > est-il dit des saintes femmes rencontrant le Christ ressuscité. Matth., XXVIII, 9.

612 LA CAPPELLA 6RBCA

sarcophage de Junius Bassiis montre le Christ entre deux soldats romains, qui est condamné au tribunal de Pilate. Sur le premier de nos sarcophages, c^est Susanne à qui S. Maxime compare le Christ en sa passion, Susanne entre les deux vieillards qui viennent de jEaire décréter son supplice et qui Vy conduisent déjà, Susanne qui sera délivrée conune Isaac. Puis-je hésiter à la reconnaître ?

Une femme sans voile, caractérisée par Tensemble de ses traits délicats et notamment parla frisure artificielle, nattée — sans analogue sur les vingt autres figures viriles du sarcophage, — mais simple et modeste^ selon le précepte de l'Apôtre : Mulieres habitu in omaio... non in tortis crinibus *, tient de la main gauche un livre ouvert et parle, au moins dans son cœur, en le montrant de la droite. Deux hommes imberbes, mais d'un âge mûr ', sont à côté d'elle, la joignant de près et semblant la faire marcher devant eux. L'un, qui tient des deux mains un rouleau de magistrat, la suit ; Fautre lui indique un lieu en avant où elle doit se rendre. Si ce n'est pas là Susanne et les vieillards, quel groupe biblique ce peut-îl être ? Je dis biblique, car tous les autres groupes du sarcophage étant pris de la Bible, comment supposer que celui-ci ne Test pas? Et si Susanne est ici, n'est-ce pas l'innocente traînée au tribunal, je me trompe, au supplice, à la sortie du tribunal^ par les vieillards, comme on la voit sur la cassette de Brescia ', et dès lors justement rapprochée d'Isaac qui est à côté sur l'autel et sous le glaive ? N'est-ce pas enfin la mise en scène de la condamnation de Susanne ?

Entre Isaac et l'un des vieillards, est un homme âgé appartenant par la direction de sa pose et de son geste au groupe de ceux-ci. 11 tient de la main gauche les extrémités d'un rouleau qui tombe, et fait de la droite le geste de l'orateur. Est-ce Moïse avec sa Loi? 11 n'a rien des traits de Moïse qu'on voit jeune et imberbe sur l'autre face latérale du sarcophage. Est-ce le mari de Susanne, Joachin, symbole du Christ, comme elle de l'Eglise? L'Écriture ne le nomme pas parmi ceux qui assistèrent à la condamnation de sa fidèle épouse. La

^ I Tim., II, 9. — Cette frisure, que présente le marbre du Louvre, n'a point été accusée par le graveur de Bosio.

' Celui qui est à gauche de la femme n'a pas sur Toriginal les tnûts juTéniles que lui donne la gravure.

» Id pi. XVI, 4.

LA CAPPELLA 6RECA 613

figure, pareille à celle d'Abraham qui est à côté, convient mal à répoux qui devait être jeune encore ; et on ne s'expliquerait pas ce rouleau dans ses mains. Est-ce Jérémie que S. Hippolyte donne pour frère à Susanne? 11 ne figure pas à ce titre dans TÉcriturc ; elle ne montre pas de frère de Susanne présent à sa condamnation ; un frère aurait-il ces traits d'un âge avancé? Si on voit ici Helcias, père de Susanne, tout s'explique. Susanne vint au tribunal avec ses paretUs * ; ses parents sont mentionnés comme ayant élevé leur fille selon la loi de Moïse ' ; et S. Hippolyte dit en particulier du père : « Susanne était fille du prêtre Helcias qui trouva le livre de la Loi « dans la maison du Seigneur, quand le roi Josias ordonna de puria fier le Saint des Saints ^ » Le rouleau, rappelant la Loi, parait caractériser Helcias ; il est auprès de sa fille, protestant qu'elle a été fidèle à cette loi de Dieu dans laquelle il l'a élevée, comme, sur la fresque du cimetière de Priscille, on le voit dans sa chaire sacerdotale enseignant la Loi à sa fille ; et l'on retrouve ainsi toute la suite des textes de l'Écriture : Susanne vint avec ses parents,,. Les iniques ordonnèrent qu'on lui découvrît le visage,,. Les siens donc pleuraient.., La multitude crut aux accusateurs comme à des vieillards et à des juges du peuple, et ils la condamnèrent à mort. Et Susanne s'écria d'une grande voix et dit : Dieu étemel, vous savez qu'ils ont porté faux témoignage contre moi, Susanne proteste de son innocence, la loi même de Moïse à la main, et en prenant en quelque sorte à témoin cette Loi trois fois sainte.

C'est ainsi que j'expliquerais ce tableau dont l'interprétation n'a point été tentée encore. La présence d'Helcias m'y parait bien plus probable que celle de Jérémie ; mais je ne puis hésiter qu'entre les deux ; et la composition du tableau et toutes les analogies m'y font voir Susanne.

Il a pour variante sur le second sarcophage un sujet bien plus difficile à expliquer, celui pour lequel Aringhi réclame son Œdipe. En pendant d'Isaac sur le bûcher, au lieu de Susanne, on voit un homme tenant des deux mains le volume roulé de juge ou de prophète, et exactement vêtu comme celui des vieillards qui tient ce

* Dan., XIII, 30.

» Dan., XIII, 3. '

» Pair. grœe.y t. XI, col. 689.

614 IX ckVfkvLk cmEtÂ

volutne sur ïe premier sarcophctge, c'est-à-dire ayant, par-ifesîms la tuniqne relevée par une ceinture, la chkmyde agrafée sur l'épaule droite : costume unique dans toute la série d^s personnages bibliques des deux sarcophages, et que, sur les deux, porte l'époux qui, avec sa femme, saisit dévotement les pieds du Christ glorieux. Deux hommes âgés, dont l'un tient les extrémités d'un rouleau déplié, pareil à la Loi, lèvent sur lui la main droite avec un geste qui pourrait être celui de l'acclamation, mais qui est bien plutôt celui de l'anathème. Lui regarde du côté d'Isaac que va frapper Abraham, et semble reculer d'épouvante devant cette image de la mort qui Tattend. Est-ce un des vieillards sur qui le peuple, éclairé par Danfel, prononce la peine du talion, en attendant l'autre? Mais l'Écriture dit qu'elle fût portée à la fois sut les deux vieillards : Et consurrexerimt adversUs duos presbyteros [convicerat enim eas Daniel *...) Celui qui est anath^me parait bien d'ailleurs assimilé à Isaac sur qiïl ses deux yeux sont fixés, et attendre cette main divine qui écarte le glaive de la tête du fils unique d'Abraham. C'est pourquoi il faut chercher ici, en équivalent de Susanne, un personnage en rapport avec elle et ayant passé plar son heure de suprême angoisse. Quel peut-il être sinon Jérémie que S. Hippolyte lui donne pour frère, pour compagnon dans l'éttide de la loi de Dîèu enseignée par leurs parents, pour second daiis la fidélité jusqu'au martyre à celte Loi? S. Hippolyte ne dit-il pas qu'en prophétisant il fut lapidé en Egypte comme Susanne devait l'être à Babylone? Mais avant cette lapidation il avait échappé à la mort comme Susanne. Et il arriva, dit l'Écriture, que Jérémie àyùnl achevé de dire toutes les choses que le Seigneur lui avait ordonné de dire à tout le peuple, les prêtres et les faux prophètes et tout le peuple le prirent, disant : Que tU meures de mort. Il défendit sa sa cause, disant à ces furieux : Sachez, sachez bien que si vous me iuez, vous mettez sur vous et sur cette ville et sur ses habitants un sang innocent; et cette fois, il fut délivré de la mort comme Isaac et Ôusanne. Les archontes et tout le peuple direiU aux prêtres et atix fàuùc prophètes : il n'y a pas lieu à une sentence de mort contre cet homme, car c'est au nom du Seigneur Dieu ^Utl nous a pttrlé *.

« Dan., Xm, 61.

> Jerem., XXVI, 8-16. Septante.

LA CAPPELLA GRECA 615

Panot ceafaux pirophètes se trouvaient sans doute Achab et Sédécîas, à qui Jérémie aunoneera que Nabuchodonosor les fera frire dans une poêle ardente, à Babylone, aux yeux du peuple, rendant à jamais leur malédiction proverbiale *. Les rabbins ont vu en eux les vieillards de Susanne. Ce ne sont que leurs pareils ; et c'est à ce titre qu'iU f.|ïurent, je pense, aux côtés du remplaçant de Susanne^ Jérémie. Le bûcber les attend au lieu de la lapidation ; et la délivrance d*Isaac est assurée aussi pour cette fois, à Jérémie, comme à Susanne que Rome a appris de S. Hippolyte à appeler sa sœur '.

La composition, qu'on peut appeler unique, des deux sarcophages du cimetière du Vatican forme un tout admirable. Sur les côtés, Isaac, Susanne ou Jérémie représentent la passion et la résurrection du Christ, et Moïse sur le Sinaî, Ëlie siur le char de feu, son ascensioiv* A la face principale, le Christ règne au ciel, épanchant sur la terre les quatre fleuves de sa grâce, qui sont spécialement les quatre Évangiles, et il établit son Église sur les fondements des douze Apôtres, Pierre étant en tète avec sa loi et l'étendard de soi\ nom et de sa croix, et Paul étant sous l'image du palmier et du phénix, c'est-à-dire prêt à faire retentir le dogme de la résurrection du Christ, prémices et gage de la nôtre.

Le second des sarcophages est aigourd'bui enseveli dans la basilique vaticane. Il contient les restes des quatre saints papes qui, les premiers, ont porté sur la chaire de Pierre le grand nom. de Léon ^

Passons à la délivrance de Susanne.

IH. Sur le devant d un sarcophage du cimetière du Vatican *, où l'on trouve, à gauche, Moïse frappant le rocher, Pierre arrêté par deux agents de Néron, le Christ guérissant le paralytique, à droite le Christ multipliant les pains et les poissons et icessuscitant Lazare,

» Jerem., XXIX, 22.

' Malgré toutes sortes d^indices contraires fournis paie la grayure de Bosio, il se pourrait à la rigueur que le principal personnage du groupe fut une femme, c'est-à-dire Susanne. L'examen du monument original est malhei^rejasement impossible. Toujours est-il que si ce n*est Susanne, c'est une variant^ an drame de Susanne que présente ce groupe du sarcophage.

» Aringhi, 1. 1, p. 406.

* Armghi, 1. 1, p. 323.

616 LA CAPPELLA GREC A

est une Orante devantce voile d'honneur que Léon d'Ostie appellera Dossalia \ Guillaume Durand Dorsalia '. Le Christ, guérissant le paralytique, la regarde dans la même attitude et avec le même geste exactement qu*il a plus loin vis-à-vis de Lazare qu*il ressuscite '. Bottari voit dans cette Orante la défunte ". Je ne puis hésiter à y voir v Susanne. Avec une variante de position du paralytique, la sculpture me parait répéter simplement une partie de la peinture de la cappella greca. Le Christ, qui doit relever le paralytique, vient soutenir Susanne et Tarracher à la mort. Susanne avec ses larmes fait descendre du ciel Celui qui, en versant des larmes, ressuscitera Lazare : je rappelle les belles paroles de S. Hippolyte. Le voile d*honneur devant lequel apparaît Susanne témoigne de son triomphe.

Un sarcophage du cimetière d'Ostrien offre des variantes du précédent, qui sont du plus haut intérêt. A gauche Moïse frappe le , rocher, Pierre est arrêté, et le Seigneur — le Christ — vivifiant, dans la fameuse scène d'Ézechiel, les os desséchés, dit au prophète : Fils de l'homme, ces os, c'est toute la maison d'Israël... prophétise et dis : Ainsi parle le Seigneur : Voici que /ouvrirai vos tombeaux et vous relèverai de vos tombeaux et vous introduirai dmis la terre d'Israël '. Ce tableau est répété sur un sarcophage du cimetière du Vatican, à côté de l'Adoration des Mages, où cette terre d'Israël se révèle en effet dans les splendeurs et les joies du règne du Messie •. A droite de notre sarcophage, le Christ guérit l'aveuglené, multiplie les pains et les poissons et fait son entrée triomphale à Jérusalem, Zacharie disant à la fille de Sion : Voici que ton Roi vient à toi plein de mansuétude '. Au milieu est une femme tenant un livre ouvert qu'elle semble montrer en parlant, absolument semblable, le voile à part qu'elle a en plus, à la Susanne du sarcophage du Louvre, et, avec un autre mouvement de tête, à rOrante de la stèle de Ligurius. Le Christ la regarde en met-

» Chrùn. Cassin., 1. m, cap. X. •

« Ration. Divin. Offic , 1. I, cap. III, 23. •Ici pi. XV, 43.

» Eïech., XXXVU, 11, 12. Septante.

• Aringhi, 1 1, p. 327,

' Zachar., XIV, 9; Matih., XXI, 5.

LA CAPPELLA GRBGA 617

tant les doigts sur les yeux qui vont s'ouvrir de Taveugle-né *. Ce miracle est une variante de la résurrection de Lazare et en a été le prélude, les Juifs disant devant le tombeau : A^^ pouvait-il paSy lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle-ne', faire que celui-ci ne mourût pas '? « La résurrection universelle de la chair, dit Bottari % a était symbolisée par ce miracle, d'après l'interprétation de € S. Irénée {Hœres., 1. V, cap. 15), de S. Augustin [Tract, 44, in « Joan.) et selon l'observation de Sedulius [Carm, Paschale, 1. III) « qui dit de cet aveugle :

In cujus lumina Christus Expuit, et speciem simulatx mortis ademit ^. t

Moi qui dois ouvrir ces yeux à la lumière, je ferai sortir ton innocence des t^^nèbres de la calomnie et ta vie des ombres du trépas, dit manifestement le Christ à Susanne.

Cette intervention du Christ en faveur de Susanne n'est pas moins représentée sur les sarcophages des Gaules. Un sarcophage d* Arles nous la montrera tout à l'heure au milieu de tout l'ensemble de l'histoire de l'héroïne juive. Sur un second qui représente, à gauche, la résurrection de Lazare et la multiplication des pains et des poissons, la prédiction du reniement de Pierre, point de départ de la confirmation de ses frères, la guérison du paralytique et Moïse frappant le rocher, Susanne est au milieu, Orante non voilée, entre deux palmiers et les deux vieillards ^ Le Christ, tel absolument qu'il guérit plus loin le paralytique, le rouleau de l'Évangile à la main, vient à Susanne, et passe devant un des vieillards. Une main d'en-

* Aringhi, t. II, p. 16i. — Ici, pi XV, 14. « Joan., XI, 37.

^ c Le Christ mit de la salive sur ses yeux et en fit disparaître l'image symbot lique de la mort. »

* M. Le Blant, pi. XXII. — Ici, pi. XV, 15. — Voici le commentaire de M. Le Blant : a Au milieu et sous deux palmiers formant arcade, est un homme en c prière ; deux personnages barbus sont placés à ses côtés ; c'est, comme on s'acc corde à le reconnaître, une image du défunt accueilli par des bienheureux sous • les ombrages du Paradis. Par un fait dont la raison n'apparatt pas encore, bien m clairement, la figure ainsi représentée est presque toujours féminine. > — Noos avons trouvé la raison, ce me semble^

618 LAi CAPPELLA ORBCA

faut qui, rav la taiiiqtie du Ghrisi, reste de la sculpture ici iractorée, montre que le Sauveur vient en guérissant raveugle*né« Cest dwc d'un seul coup la réplique des deux sarcophages ronwns.

Nous avons vu plus haut que trois sarcopheget romains olûreiii au centre Susanne entre les vieillards^ et aux extrémités le BoBr Pasteur rapportant sur les épaules la brebis au bercail. Sur deux de ces monuments \ le Bon-Pasteur regarde des deax côtés vers Susanne. Si le Diable, par les deux vieillards, est à droite et à gauche de la vertueuse femme, le BoD-Pasteur y est pareillement* Ua> Bon- Pasteur pour un Méchant I et toujours la brebis pour Susanne ! L'Écriture qui nous présente les Â.nges assistant Dieu « à droite et à gauche ', » ne nous fait-elle pas voir Dieu assistant ainsi les siens par sa puissance? Jfon/rons-tuno, dit S. Paul en touit$ choses. comme des ministres de Dieu... dans la vertu de Dieu, par les armes de justice à droite et à gauche '. Les païens connaissaient ces atlentions divines. Dans une scène sculptée sur le temple d^Ammon de Medinet- Afoou, à Thëbes, Ramsès III, qui harangue ses flls et les chefs de son armée, leur dit : i Ammon-Ra (soleil) était à ma droite comme « à ma ganche ; son esprit a inspiré mes résolutions ; Ammon-Ra c( lui-même préparant la perte des mes ennemis, a placé le nK>nda « entier dans mes mains ^. » C'est ce que Susanne, avec une modestie inconnue des Pharaons, dit ici du Bon-Pasteur.

Je suis, en conséquence, entraîné à voir, au premier sens du moins, une image du triomphe de Susanne sur un sarcophage d*Arles ainsi sculpté '. A gancfae. Moïse frappe le rocher, Pierre, le no«rf eau Moîse,est arrêté par les îmh ; à droite, le Christ, touchant d^ sa verge plus puissante que celle de Moïse les pains marqués du î, son monogramme et sa croix, les multiplie, et fait ensuite tel autre miracle dont la présence d'un Apôtre est le seul veslige. Au centre, le Bon-Pasteur, qui porte triomphalement sur les épaules sa brebis retrouvée et la rentre au bercail, regarde en face de lui une Orante, qui, entre deux artMreu où deux oiseaux la fêtent, élève ses yeux au

* Voir Id fL XV, 8, 16. Le troisième sarcophageest an Latran. -- Of. pi. XV, 7.

^A doÉris fi a amUMsi. El Reg., XJdl, 19;^ II Paralip., XVUI» 18.

»nOor.,VI,4,7.

"Brogacb, rnsM^^d^Égyp^^t. I (186^, p; 88.

> M. Le Blant, pi. XI, 2. — Ici pi. XV, 17.

LA CAPPELLA GïlECA 6t9

ciel dans Textase de la félicité. Ce tableau a été interprété ainsi par le savant éditeur des sarcophages d'Arles :

« Femme ea prière entre deux arbres, symbole bien connu du paradis^ et sur lesquels sont posées deux colombes qui se penchent vers elle comme pour lui faire accueil. J'ai déjà signalé un certain nombre de monuments où sont figurés les élus recevaTit le mort d'ans le séjour céleste, et souvent nous voyons d'ailleurs les saints, les apôtres surtout représentés par des colombes. Ceux qwe nous retrouvons ici semblent étire, d'après leur attitude, rimag<e symbolique des biettbeiireux «deueiUitit, dans le paradis, la personne défunte ^ t

Mais — en songeant, que tous les autres sujets étant bit)Iî(iues, il est naturel de voir ici un sujet biblique aussi ; qu'à côté de l'arrestation de S.Pierre, on trouve ailleurs Susanne au milieu des vieillards * ; qu'ailleurs aussi elle reçoit entre deux arbres Tassistance du Christ ' ; que deux fois le Bon-Pasteur portant sa brebis se montre aux deux côtés de Susanne en son angoisse * — on aimera sans doute à reconnaître ici le Bon-Pasteur qui répond à Tappel de Susanne s'écrîant : Tai erré comme wie brebis perdue, cherchez votre serviietir, car je n'ai pas oublié vos commandements *, qui lui apparaît avec sa brebis sauvée sur les épaules, qui lui dit : Je suis t07i salut *, et Susanne qui entonne le cantique de la délivrance en son paradis où les oiseaux se réjouissent avec elle, symbolisant la joie des Anges dans le ciel. C'est la prophétie de la délivrance du juste à celte seconde naissance que le monde appelle la mort et le Christ le passage de ta mort à la vie ; et nous en avons rhcureuse image sur ce sarcophage. Mais, avant le sens mystique, reconnaissons le sens littéral, le sens historique, et voyons Susanne d'abord dans TOrante de ce fameux groupe, problématique jusqu'ici, le Bon-Pasteur et l'Orante.

Un sarcophage d'Aire, celui dit de Sainte-Quitterie ', répond au

' M. Le Blant, p. 22.

« Aringhi, t. II, p. 163. - Ici pî. XVI, 6.

8 M. Le Blant, Sarcoph tJtArles, pï. XXII. — Ici pi. XV, 15.

• Aringbi, 1. 1, p. 31.% 6t* - Ici pî. XV, 8, 16. » Ps. CXVUI, 176.

• Ps. XXXIV, 3.

"^ lithographie dans la Revue de i'Àrt chtélîèn, t. XIX, p. 137,. et reproduit par M. Grimouard de Saint-Laurent, Guide de VArt ^rétien^ t. VI, 137^, p. ZS6.

620 LA CAPPELLA GRBGA

sarcophage d'Arles. Sa face antérieure offre deux rangs de sujets, k l'étage supérieur, deux têtes représentent aux extrémités le soleil et la lune, ce semble, à l'ordinaire ; à gauche du cartouche, contenant l'épitaphe, est le sacriQce d'Abraham et la guérison du paralytique; à droite, Jonas vomi par le monstre et Tobie portant son poisson. Au-dessous, à gauche, c'est la résurrection de Lazare et Daniel aux lions ; à droite, Adam, Eve et le Serpent, puis le baptême du Christ ; au milieu, le Bon-Pasteur portant sa brebis et l'Orante tournée vers lui, c'est-à-dire le Christ et Susanne. Ils sont sous le cartouche du défunt; et Susanne figure, à n'en pas douter, son àme bienheureuse admise au Paradis.

Mais c'est sur un sarcophage du cimetière du Vatican qu'il faut voir, traduite de la manière la plus piquante, toute la conclusion de l'histoire de Susanne ^ Au côté gauche est Daniel au milieu des lions. Le côté droit a été omis par le sculpteur ou n'a pas été dessiné par Bosio. La face antérieure offre cinq sujets : d'un côté, Moïse qui se déchausse avant d'aller au buisson ardent, et le Christ qui donne la vue à l'aveugle-né ; de l'autre, le Christ qui fait emporter son lit au paralytique, puis guérit l'hémorrhoisse touchant à genoux le bord de sa robe; au milieu, une Orante devant une draperie qui garnit magnifiquement une niche aux colonnes torses, au fronton triangulaire.L'Orante est Susanne qui dit son cantique d'actions de grâce. Jahel, chantée par Débora, était moins triomphante. Entre ses pieds, Sisara est tombé, il a défailli, il est mort ; il était étendu entre ses pieds, il gisait glacé et misérable ' : les deux vieillards impudiques et assassins sont exposés ainsi, mais au-dessus de Susanne. Sur les pentes du toit de sa niche et des niches attenantes, voici étendus deux corps d'hommes, nus depuis la poitrine, tronqués du mollet gauche et peut-être du bras, lapidés en un mot et brisés par le milieu, selon le terrible jeu de mots de Daniel à propos des deux arbres auxquels ils ont rattaché leur calomnie contradictoire. Un vêtement rond, entourant le cou, leur tombe sur la poitrine et les épaules. C'est le voile des condamnés, qui couvrit leur tête au moment où ils furent précipités de la roche fatale ou livrés aux pierres des lapida-

* Aringhi, 1. 1, p. 333. - Id, pi. XV, 48. «Judic.,V, 27.

LA CAPPELLA GREGA 621

leurs. « Lictor, colliga manus, verberatOy CAPUT OBNUBITO, arbori « infelici suspendito, va licteur lie les maîus, flagelle, couvre la tête, « suspends à uu arbre fatal », disait la loi romaine pour le supplice de la pendaison '. Ce triste cérémonial devait, quant au voile funèbre, s'étendre à la lapidation même. Se peut-il des traits plus caractéristiques de rbistoire de Susanne et des mœurs romaines? Bien qu'ils n'aient pas été remarqués jusqu'ici, leur évidence nous semble saisissante. Des ûgures ornementales n'eurent jamais cet air et cette pose non symétrique. En un seul tableau, nous avons donc la double conclusion de ITiistoire de Susanne, le pilori des gémonies et le théâtre de gloire : Toute rassemblée d'Israël s'insurgea contre les deux vieillards... et ils leur firent le mal qu'ils avaient voulu faire à leur prochain^ pour accomplir la loi de Moïse, et ils les tuèrent... Et Helcias et sa femme louèrent Dieu pour leur fille Susanne avee Joachim, son mari et tous leurs parents*. Susanne loue ici Dieu pour elle-même et pour toute sa famille.

Trois coupes vont nous représenter encore ce triomphe de Susanne et nous montrer sa place bien certaine dans le cycle des anciens sujets de l'art chrétien, l'une d'elle nous faisant lire son nom. Commençons par celle-ci, bien qu'éloignée de Rome d'oîi le type classique de Susanne est parti.

Une grande tasse de verre blanc, du IV' ou du V« siècle, qui retrace, burinées en creux, les principales des scènes ordinaires des peintures ou des sarcophages des catacombes, a été trouvée de nos jours à Podgoritza. C'est l'antique Doclea qui, dans l'IUyrie orientale, fait, de l'autre côté dfe l'Adriatique, vis-à-vis à Brindes et à l'Italie. « Les scènes bibliques représentées sur ce verre de la ré- « gion orientale, dit M. de Rossi, leur choix, leur sens symbolique <c sont exactement semblables aux types et au système symbolique « des verres et des fresques des cimetières romains : fait d'une a grande importance dans la science de l'archéologie, chré- « tienne ' ».

^ Rosini, Antiquitates roman(6, 1. IX, cap. XXXI. « Dan., XIH, 61-63.

' Bulletino, 1874, p. 153. — La tasse était en 1874 à Scutari, chez M. Perrod, consul italien. M. de Rossi l'a publiée sur son dessin, ibid., tay. XI; et d'après

$23 LA CAPPBUA GRECA

Au cenire domine le sacrifice d* Abraham. Le bout du manche de son couteau, rond comme un pain^ est marqué du X, monogramme du Christ et image de sa croix : c'est au nom du Christ et pour figurer sa croix qu'Abraham va verser le sang d'Isaac sur Tautel. Autour se déroulent sept scènes bibliques, nombre mystique, peutêtre intentionnel. Au-dessus d'Abraham est la légende de Jonaa. Il est englouti par le monstre marin, pendant que ses compagnons qui Font jeté sur sa demanHo à la mer, ayant paré la poupe de leur navire d'une couronne et le mât de festons, rendent grâce de la cessation de la tempête qui a suivi cet acte héroïque ; vomi par le monstre, il reposerons Tombrage, ayant à son côté un pain marqué du monogramme cruciforme du Christ : le tout est sous la légende, en lettres carrées comme toutes les légendes suivantes, une exceptée : « DIVNAN (Jonas) DE YENTRE QVETI {ceii) LIBERATYS (1 E$T, Jonas a été délivré du ventre du monstre marin. » A gauche du navire, au-dessus de la main divine qui arrête Abraham, wt Susanne Orante,, les bras parfaitement en croix, coiffée magnifiquement, ayant une dalmatique à bandes de pourpre et h franges. ËUe rend grâces. On lit aux côtés de sa tête :

SYSANA DE FALSO CREMTNE.

(c Susanne, d'un faux crime». Après elle, ce sont les trois Hébreux chantant leur cantique, en élevant les mains, et sur eux ces mpts : « TRIS PYERI DE EGNE {igné) CAMI (m), les trois enfant^ du ieu de « la fournaise. >» Daniel au milieu de deux lions, vêtu, contre l!cuv dinaire, vient ensuite : « DANIEL DE LACO (lacu) UEONIS [le^num)^ « Daniel de la fosse des lions. » Puis, c'est Moïse frappant le rocher auprès duquel est Tarbre de vie que nous avons vu à la cappella greca : Tarbre est confondu avec le rocher même et semble verser l'eau de la vie. Mais Moïse est ici Pierre, et la légende écrite cette fois, vu sa longueur, en caractères cursifs, jast esy^res^e : « Pe(rus i< virga perquodset (percussit), fontis ciperunt quorere ((ontes,cç^o-

l'original, et de même grandeur — 0°*âl<^ de diamètre — en 1877, tav. V. M. Le Blant Ta donnée de même à la fin des Sarcophages d'Arle$,,^. X£KV. Une, réduction du second dessin de M. de Rossi est ici,. pi. XVI^ 1. Uoijginal, appartenant h H. SasUewski, figurait, au palais du Trocadéro, à<rÇYpo8ition de 1878.

LA CJMOâîk GfRECA :623

c< tiint coni&re), Pierre^firappa de la verge, les {onàmneu ^mmneii- « «ferent à couler \ n

Vient ensuite Lazare Tessuscké : « DOMNYS LAiAAVM ^W5tftte/, le u 'Seigneur ressuscite Lazare. »> A Faulre extrémité du diaoïèlre, Lazare fait vis à vis à Susanne. Enfin, e*est Adam et £ve «nx oôtés du Serpent et 4e Tarbre fatal : ABRAM <i9ic) ET ET ^V;) EVAH. Ils connaissent la honte : le voile desifeuillesd'irtoe.a remplacé celui de rinnocence. Mais avec la chute, ils représenient la;prome8&e ;et les sept autres sigets et les six autres insoriptions nous montretnt qu'il faut entendre <;e huitième sujet selon la sentence du Sftge et de TEsprit-Saint : LaSuffesse garda ctini qui fut formé le. premier fètr Dieu pour étire fe père du globe des tenres, alors ^'il iiaU enéé ^eui et le tira de son péché ^. Le Seigneur a *Xir£ de iem péché Addm et Eve : Eduxit u delicto suc — ADAM ET EVAM.

On voit le rôle de Susanne sur ce monument ; on voit sa place parmi les sujets scripturaires. Si son nom n'était là, qui eÀi osé le donner àTOrante? lUe fallait ^cependant : rien^n*étaât.pteis naturel, plus logiquement <^mmandé. Parmi tous las personnages bibUquiSS, rOrante seule, sans avertisseinent «pécial, ne peut pas ^tire exiarabiblique. Mais qui est TOrante dans la Bible, TOrante surtout 'ftsdo- «iée par son salut miraculeux à Jonas, à Dsaniel* aux trois.fiébreux, à Lazare, pourne citer que ces noms, si ce n'est Susanne? L*Orante est ici Susanne et ne pouvait être qu'elle.

Cet exemple péremploire écartera de nous, assuréOMnt. le reprodie de témérité et departi-rprls quiapu venir àla^pensée du leateur

^ Jâcywu.., percuisit petram wga kU, ût<^»vU aqvM .mulio» ^dit le ftexte des Septante. Ainsi tombe notre conjecture du chapitre XIII, fondée sur le tracé fautif du premier dessin donné. Elle ne perd rien, touiefeiA, de sa vraisemblance. Sur d'autres monuments, nous voyons les Hébreux accourant à T.eaa que fait jaillir Moïse, lareeevant dans leurs mains, et la portant non seulement à leur bouche, mais encore à leurs yeux, comme l'iivel>gl«-ilé, pour recouvrer la vue, hiva ses yeux à la fontaine de SiUéi Molfseétanrt maintes ibis Pierre, les Hébreux doivent être 'Spédalement >es Juî& de la Pentecôte à ;qar il ouvrit les sources de la grâce et du Baptême, tMi . JHun»irt a tton^. ces Juifs qui lui>ent troia «ulle cr4^yant8 et voyants en ce premier fOur de l^Égiise. L'aveugle-né» recouvrant la vue à la fontaine de "Silûé. est, d*aHieurs^ aor les anciens iBftfRimetttS'Chrétiens, un symbole certain du Baptême; et c'est par là qiii'il est le âymbole de bréaurrection.

« Sap., X, i, 2.

624 LA CAPPELLA GREGA

en nous voyant reconnaître, avec une certitude plus ou moins décidée, Susanne sur tant de monuments où Ton n'avait vu que la simple Orante, diversement et toujours dif&cultueusemeut interprétée. Il t nous dit bien ce qu'il faut penser de TOrante des deux autres coupes que nous avons annoncées.

La première est romaine ' . Ac'u centre sont, avec leurs noms gravés, les bustes de S. Pierre et de S. Paul, ayant le monogramme constantinien du Christ entre leurs fronts qui se regardent. Autour sont six sujets dont le choix me semble indubitablement inspiré par TÉpltre de saint Paul aux Hébreux. C'est son énumération des héros qui ont vaincu par la foi *. Moïse frappe le rocher et place le serpent d'airain en signe de salut devant le peuple, fide reliquit Mgyptum ; Isaie est scié, ^ec/t 5un/ ; Susanne rappelle la tentation, tentait sunt ; Isale fait reculer le soleil de dix degrés sur le cadran d'Achaz, signe que la mort va reculer de quinze ans devant Ézéchias, convaluerunt de infirmitate '; les trois Hébreux triomphent des flammes de la fournaise, extinxerunt impetum ignis. Susanne, qui est audessus du monogramme du Christ et des tètes de S. Pierre et de S. Paul, apparaît entre deux arbres que vont toucher les bouts flottants de sa large ceinture ; elle est splendide de vêtement ; ses bras étendus prient, mais sa prière est l'action de grâces : elle semble embrasser le monde dans sa gloire *. On lit autour de la coupe : « DIGNITAS AMICORUM YIVA(tis felic)ITE(r... in pa(CE DEI ZE(zes). « Dignes amis, vivez heureusement... dans la paix de Dieu. Vis ! » Un des plus beaux emblèmes de cette paix sur la coupe fraternelle est assurément Susanne.

L'autre coupe est une patène de verre trouvée à Cologne. Elle est

* R. P. Garucci, tav. 1, 3.

« Hebr., XI, 23-37.

' C'est ce qu'a bien reconnu le R. P. Garucci : c Isaia... mostro il sole rétroc cedente di sel gradi ad Ezechia (p. 7) t.

^ Ici, pi. XVI, 2. — Le R. P. Garucci voit dans FOrante la Vierge annoncée par Isaïe. Mais il n'y a aucune connexion entre l'Orante et Isaie du cadre voisin : chaque cadre contient un sujet bolé. Cinq des sujets de la coupe étant pris de l'Ancien Testament, il est naturel de lui demander le sixième; et il semble vraiment indiqué par S. Paul dans son énumération. Je ne nie pas cependant que Suzanne entre deux images d'Isaie ne fiisse aussi penser à la prophétie d'Isaîe sur la Vierge,

LA CAPBBIXA GREGA rfiSlH

tonte parsemée ^ petits disques ou médaillons, de yerre anssi^yo^ nus probablement de Ropie, où on trouve leurs pareils, et soudés daqs le verre en fusion. Les plus petits de ces médaillons représentent chacun une étoile; les plus grands offîrent en totalité ou en partie quelques-uns des sujets du cycle de l'art chrétien antique.^Siur les deux fragments qui nous restent de la patène on tsouve Ifolse frappant le rocher \ Daniel sur un disque et un de ses lions sur un autre, l'histoire de Jonas sur cinq disques, Adam pt Eve, un des trois Hébreux de la fournaise et, à côté, Susanne Orante entre deux ar|)res ^ Elle est richement ornée et à Tétat de glorification, comme sur la coupe précédente. C'est dans cet 4tat même que Dasiel i^parait ici entre deux arbustes. Il est représenté dans le Paradis comme Susanne. A l'histoire se joint le symbolisme, sur lequel nous allons avoir à disserter •.

Ce monument romain n'est point sans analogue dans nos Gaules. Nous décrirons dans un instant un sarcophage d'ArlciS dont {A. Le Blant a dit : « On y voit les accusateurs amenés dpvaht Daniel,, près « .duquel Susanne est debout tenant le vabtmen rovié ; le premier « .vieillard est garotté, et l'homme qui le mène le frappe avec une « pierre ; le sjacond suit, également prisonnier, mais les .mmfi

^ Le rocher ne pai^t.pas; mais des arbiji^tes indiq^uent ^i^e ,|foï9e est dfu^ cette scène et non le Christ changeant l'efiu en ^ ou niultipU^t les jpains. 6if. Vetri^ VII, 6-15. Severino a vu ici Moïse. Bosio, p. 505, ÏX.

^ BulUtino, 1864, p. 89. — Ici pi. XVI, 3. — Un disque pareil (R. P. Garucd, Vetri, tav. IX, 9) me parait représenter aussi Susanne.

'' M. de tlo^i, interprétant la patène de Cologne, écrit : « Notre Orante eat^Ue c }ci la.V^^e, m^re du B^dçng^teqr, prophétisée p^r I^ïe, çcm^^e^gur l0 vejre « insigne expliqué par Fillustre P. Garucci (2" édit., tav. I^ n^ 3); ou la chaste c Susanne en proie aux embûches des deux vieillards, comme sur la belle cassette c d*ivoire de Brescia (Odorici, Monumenii di Brescic^^ tfiv. V), et sur .d'autres c monuments ; on abpplument la Viei^^ère, Maije» . fype de FËglise, comme c j'ai dit dans la Rome souterraine (t. I, p. 348)? J'inoUne à TaiM des deux pre- « miÀres interprétations, observant que les disques arrivés jusqu'à nous retracent c tous 468 histoires derAncien Testament, symbolisant des dogmes du Nouveim. » BulUtinOy\S6\j p. 91. Une autre patène montre la 4i£[t»ibn du christianisme sur (es bords (lu. Rhm dèa la fin du Ul* siècle. Cetft oell^ de^ Trêve • 4e iilbiifve c mdîgène i, dit M. de Rossi, BulMino^ 1873., p. 142* Dans la cavité do la tasse, on voit le sacrifice d'Abraham. On lit autour : c VIVÂS IN SEO Z(eMi), tis en c Dieu, vis 1 » Isaac figure évidemment le Christ*

826 LA CAFPBUA GRBGA

<c libres *. » M. Le Blant ajoute en note : « Je reconnais le mime a sujet sur le couvercle mutilé d'un sarcophage de Narbonne. Deux <f personnages garottés y figurent poussés vers un homme près « duquel une fenmie est debout. Si mes notes, déjà vieilles de près « de trente ans, ne me trompent pas, le sujet suivant représenterait « encore une scène tirée du livre de Daniel : le prophète emprisou- « nant le dragon des Babyloniens *. »

C'est ainsi que nous retrouvons toute Fhistoire de Susanne illustrée sur les monuments chrétiens. Il en est deux qui, à eux seuls, nous la donnent tout entière, le premier avec de beaux développements, le second dans un précieux résumé.

J'ai nonmié la célèbre cassette aux bas-reliefs d'ivoire de Brescia. Elle date de Constantin, à en juger par le style, et parait être venue de Rome, où elle aurait été ciselée, au bord des Alpes. Est-ce la corbeille de noces offerte par un époux non]moins opulent que chrétien à sa jeune épouse? Le choix de certains sujets semblerait Fiiidiquer. Toujours est-il qu'elle offre en tableaux une vraie encyclopédie théologique et toute une divine épopée. C'est une merveille unique de l'art chrétien. Sa splendeur éblouit, et M. de Rossi l'appelle stu^j9«yMbi.Décrivons-la sommairement à cause de son importance^etpour y bien voir la place de Susanne. Nous avons sous les yeux la photographie faite sur l'original et envoyée à M. de Rossi, qui a bien voulu nous en gratifier au jubilé pontifical de Pie IX '.

La passion du Sauveur est exposée sur le couvercle en deux rangs de tableaux. On voit le Christ au jardin des Oliviers et Judas indiquant aux sbires des Princes des prêtres et des Pharisiens qu'ils doivent arrêter celui qu'il va baiser ; le Christ annonçant à Pierre son re-

« P. 45. — Id, pi. XVI, 5.

* c Le sarcophage dont je parle, ajoute M. Le Blant, porte le n« 522 dans le c Catalogue publié en 1864 par le regrettable M. Tournoi. »

* La cassette a 0"315*> de longueur, 0»2i8" de largeur, 0"2i(h de hauteur. Elle a passé du monastère de Sainte-Julie au If usée de la vUle. On en peut Toîr les dessins dans Odorici, Monymenti erUtiani di Brescia, 1845, fol., tav. I-VI. Mais ils ne donnent qu'une idée sommaire du monument. Quelques interprétations du docte éditeur sont à rectifier. Nous avons publié, dans le Monde des 11-13 sept. 1873, deux articles La easutte de Breecia que nous résumons, en les rectifiant, et surtout en les complétant, sur divers points.

LA CA^PBLU 6RËGA 62^

niement et ainsi sa conversion et la confirmation de ses frères ; le Christ devant Calphe ; le Christ devant Pilate. Une frise étroite offre au-dessus cinq fois la fontaine de vie où viennent boire deux colombes, r Église des Juifs et celle des Gentils. Les quatre faces ont une frise plus large où des cercles bordés de perles contiennent les bustes du Christ, à Téternelle jeunesse, des douze Apôtres et de deux personnages adjoints à leur collège, S. Paul, sans doute, et S. Barnabe. Le Christ est à la face de devant entre quatre Apôtres. Au grand tableau central^ on le voit ressuscité, apparaissant à Madeleine dans le jardin et donnant leur mission aux Apôtres, puis Bon-Pasteur, à la porte de la bergerie où il arrête le loup, pendant que le mercenaire s'enfuit. Un coq est à côté sur une stèle, symbole de la vigigilance. Il a pour pendant, à côté de Tapparition à Madeleine, un poisson suspendu, ce poisson eucharistique que le Bon-Pasteur servit à ses disciples après sa résurrection. Jonas jeté au monstre marin, puis vomi par lui, d'une part, Moïse sauvé des eaux, puis tuant l'Egyptien, et les Hébreux mangeant la manne et la faisant cuire, non sans miracle \ pour le sabbat, d'autre part, complètent en haut et en bas l'encadrement du tableau centra'. ^

Les côtés lui servent de complément. A gauch3, c'est, au grand tableau parallèle, la résurrection de la fille de Jaîre. Ou voit, audessus, David abattant Goliath avec sa fronde, l'homme de Dieu, qui prophétisa contre l'autel sacrilège érigea Béthel par Jéroboam et le fendit en morceaux à sa parole, tué par un lion pour une infidélité de détail à sa mission, puis ce prophète^ comment en douter? montrant l'autel et s'écriant : Autel! autel I Ainsi dit le Seigneur : Voici qu'il naîtra à la maison de David un fils nommé Josias, et il immolera

' c Niz aatem etglaciessustinebantvimignis, etnontabescebant... Quod enim ab igné non poterat exterminari, statim ab eziguo radio solis calefisictum tabescebat. » Sap. XVI, 22, 27.

* Au lieu de la petite tablette présentant Moïse sauvé des eaux, Moïse tuant l'Égyptien, et les Hébreux mangeant la manne, Parrangement actuel, fait au Musée de Brescia, a la tablette qui offire Susanne tentée par les vieillards, puis traînée par eux au tribunal de Daniel, et Daniel aux lions. D y a un intervertissement, dont on ne peut guère douter, des deux tablettes. Toute l'histoire de Susanne doit être sur une même &ce. Nous faisons le rétablissement sur notre reproduction pi. XVI, 4. Quoi qu'il en soit, «lie réunit tout ce qui a trait à Susanne sur la cassette* de Brescia.

G28 LA CAPPEllA 'GftSCA

siur toi les prêtres des faux dieux *. On voit, au-dessous, les Hétnreux dairiiant et faisant festin devant ^le veau d'or. Chute de Goliath, chute de Tautel de Jéroboam, chute, qu'on voit venir, du veau d'or, tiriple image de la chute de Tidolâtrie sous Constantin I A droite, c'est, au centre, la guérison de Taveugle-né et la résurrection de Lazare ; à la bordure supérieure, Moïse se déchaussant pour aller au buisson • ardent^ Moïse recevant la Loi et, entre deux^ au lieu des trois Hébreux dans la fournaise, les sept Màchabées dans les flammes qui symbolisent d'un trait général lèurmartyre ; à la borddre inférieure, Rachel avec les brebis de son père qu'elle pait, et Jacob levant la pierre du puits pour les faire boire, puis le même Jacob loitant contre Dieu qui donne à ce vaillant le nom d'Israël. L'échelle des anges, au pied de laquelle il doit dormir, est dressée à côté aveâ un ange Sur les échelons.

La face postérieure est èonsacrée à VÉglise que nous venons d- entrevoir en Rachel; et Susanne k remplit presque entière de sa mystique histoire *. A la bordure supérieure, Susianne, richement éuapée, est, à gauche, en Orante, entre deux arbres^ contemplant Jouas qui, au milieu, ^ose, grandiose et gracieux, dans l'innocente nudité d'Adam, sous le4biraculeux t»mbrage> que Dieu lui a improvisé. Il mesemble^ que le sculpteur chrétien a voulu faire passer là quelque chose de la poésie divine du Cantique des cantiques. Susanne est l'Église, Jonas est le Christ : c'est Tapparition de l'Épouse et de l'Époux dans le Paradis du céleste épithalame. Le Serpent qui nous a ravi l'Éden se voit ici à l'opposite de Susanne. Mai& Daniel tienile gâteau qui le doit tuer. La beauté théologique de ces trois scènes combinées en un seul tableau est sublime. A la bordure iuférieui^^ on voit, à gauche, Susanne entre deux arbres et les deux vieillards venant par derrière ; à droite, Daniel lui fait pendant entre ses deux lions, meilleurs que les deux vieillards ; au milieu, les deux vieillards traînent Susanne devant Daniel qui va les confondre et les exterminer. Cependant, dans le tableau central qui est encadré* en haut et en bas par ces bordures; Susanne apparaît avec led deux vieillards sur une lég^ère éminence, au bord de laquelle l'un a les pieds.

* ni Reg., XIII, 1-5, 24.

* loi, pi. XVI, 4, d'après la photographie prise sur Toriginal.

LA, CAPPEtU.GJlBCA, C^^.

n mo^ aeQ^e qu*iU. sont I& pour la précipiter, en qualité d*accusateurs, selon Tusage des juifs consigné dans laMischnah. Ils lui parlent; ils semblent montrer le ciel qu'ils représentent et dont ils se déclarent les vengeurs ; elle leur répond en toip^nant aussi sa main vers le ciel : et voici qu'une grande main répond à son geste, en apparaissant près de sa figure. C'est le signal du jugement de Dieu que Daniel rend plus bas, après avoir surgi, lui simple enfant, en prophète devant les iniques et tout le peuple, non moift? terrible que cette main qui apparaîtra au festin de B^lthasar, et dont il doit interpréter récriture et la sentence. Devant Susanne et les vieillards, sur un plan inférieur, le Daniel de TÉvangile, Pierre est assis, ayant sous les pieds un escabeau d'honneur — que je ne trouve pas à Daniel— et jugeant Ananie et Saphire. Une grosse bourse, le corps de leur délit, est aux pieds de Pierre, qui ne regarde pas l'or, maia qui voit le mensonge de ces indignes chrétiens. Il dit à la femme : Pourquoi vous ête&^vous entendus pour tenter l'Esprit du Seigneur? Voici à la porte les pieds de ceux qui ont enseveli ton mari, et ils t'emporteront. Et le t^xte sacré se réalise : Aussitôt elle tomba devant ses, pieds et expira \ On voit le cadavre du mari emporté par quatre hommes, et la femme, dont les bras s'abattent, est penchée en avant sous la foudre de la mort. Devant le groupe du mari, la bordure, qui fait Tencadrenvent à droite, présente Judas pendu ; celle de gajuche a comme pendant, derrière un des vieillards de Susanne, ufte toiu* de briques, au sommet inachevé et ruiné, la tour 4e Babel, indiquant Babylone.

Quatre « listels ou petites briques, listelle o latercoli * », qui étaient probablement aux angles présentent la croix, contenait, le monogramme du Christ, signe du chrétien ; la lampe du chrétien, image de sa foi; la balance, au-dessus d'une colonne, devant un laurier, c'est-à-dire la justice du chrétien portée par sa fermeté, et gage de sa victoire ; le laurier enfin proclamant sa victoire même.

Telle est cette merveilleuse Cassette de Brescia qui, avec la cappella greca, est leprincipaj monurnent de ^antiquité chrétienne relatif ^ Suzanne.

> Act., V, 9. 40.

' Odoricî, IMd,

LA CAPPELLA 6REGA

Son histoire est en abrégé, mais complète, sur un de nos précieux sarcophages d'Arles, dont on rajustement rapprochée \ C'est le lit mortuaire et plein d'espérance destiné à deux époux chrétiens, quels qu'ils soient, 4ont les bustes, laissés inachevés à dessein par le sculpteur, sont placés au centre dans le bouclier, clypeus, ordinaire. Il y a deux rangs de sujets. En bas, ce sont les trois Hébreux refusant à Nabuchodonosor d'adorer sa statue, Daniel aux lions, le passage de la mer Rouge. Au-dessus, c'est la délivrance de Susanne par Daniel, le sacrifice d'Abraham, Moïse recevant la Loi, la tentation de Susanne, le Christ devant Pilate, dont le tribunal fait pendant à celui de Daniel, à l'autre extrémité du tableau. Susanne, entre deux arbres, médite la loi du Seigneur que la main divine a donnée à Moïse ; et les deux vieillards apparaissent derrière les arbres, vrais fils de Tantique Serpent. Les deux infâmes juges sont voisins du triste Pilate; Susanne est voisine du Christ. De l'autre côté, elle est pareillement voisine d'Isaac. Son voile remis sur sa tête, la loi de Dieu toujours dans ses mains, elle est à côté du tribunal rustique, mais élevé où est assis Daniel. Un des vieillards vient d'être condamné par lui. Déjà il a les mains liées derrière le dos, la tête baissée ; et, devant Daniel même et Susanne, on lui jette la première pierre. L'autre vieillard arrive, et on lui montre ce supplice et son juge. Derrière lui la main divine, qui va le frapper, arrête le glaive d'Abraham. Isaac et Susanne apparaissent ensemble sauvés de la mort, comme deux fois nous les ont montrés les sarcophages du Vatican ; et la passion de Susanne fait pendant à celle du Christ,

* M. Le Blant, pi. VIII. — Ici, pi. XVI, 5. — M. Le Blant dit en parlant de la cassette de Brescia : « Notre sarcophage d'Arles port« les mêmes sujets de ThUtoire « de Susanne, mais avec quelques variantes i» (p. 15). Il ajoute un peu plus loin : <L Les représentations que je signale m'amènent à penser que parfois les Orantes, € si souvent figurées sur les sarcophages, et auxquelles il est difficile d'assigner c un nom, doivent offrir l'image de Susanne, rappelée d'ailleurs dans la liturgie c comme un type de la préservation que l'Église demande pour les morts; celui c de nos bas-reliefs où figurent la sainte femme et les vieillards, montre qu'il ne a faut pas toujours se hâter de voir dans les arbres un symbole du paradis, t — « Même observation, ajoute-t-il en note, pour un autre sarcophage d'Arles » (pi. V. — Ici, pi. XV, 2). Le terme parfois semblera bien faible au lecteur, après les documents que nous avons produits. Mais on voit combien l'illustre auteur s'approche à son insu de notre thèse.

LA CAPPEUA GRECA 631

comme dans S. Maxime. Le sculpteur d'Arles a-t-il inspiré Tévéque de Turin ou s*est-il inspiré de lui ? Il est probable qu'ils ont puisé à la même source courante de belle théologie. On a signalé le parallélisme plastique des deux tribunaux de Daniel et de Pilate comme étant pour le seul coup d'oeil, et il a semblé que Tagencement des scènes venait de là ou plus ou moins du hasard. S. Maxime ne nous permet pas de douter que le sculpteur n'ait tiré de bien plus haut sa conception.

Nous avons achevé de montrer la Susanne historique sur les monuments. On a vu que TOrante qui y figure parmi les personnages de l'Ancien et du Nouveau Testament est un personnage biblique aussi. A moins de vouloir changer pour Susanne les règles naturelles admises pour les autres personnages, qui sont avant tout historiques et restent foncièrement tels^ il faut admettre qu'en principe, en général et sauf indice contraire^ l'Orante c'est Susanne. Mais assurément ce n'est pas Susanne toujours. De cette Orante fondamentale il y a des dérivations diverses, il sort d'autres Orantes. Des preuves nous l'attestent, des signes nous l'indiquent. C'est ce qu'il nous faut examiner maintenant. Après la Susanne historique, étudions la Susanne symbolique.

CflArtTRÏl XXil.

SUSANNE STMBOUQUE. — TYPE DE L*ÉOLISB MILITANTE. -^ DE L*ÉGLI8E TRIOltPHAIfTE.

<c Susanne était le type anticipé de TÉglise, 'H Sotxrocvva irpotTuiro^nro « tU -djv ExxXTidtocv, » nous a dit S. Hippolyte. Nous avoAs assez vu, sur les fresques de la capella greca et dans les textes de cet ancien docteur romain qui y répondent avec un si remarquable accord, corn* ment Susanne est le type de TÉglise militante. Les fresques des catacombes romaines, les sarcophages et les monuments divers de Rome et des Gaules nous ont montré, avec une abondance trop peu soupçonnée, des représentations de ce type capital.

A XxûX de preuves textuelles et à Tévidence qui frappe à simple vue tout œil un peu sagace et théologien, j'ajouterai une observa^ tion. S'il est certain que ces figures historiques des catacombes, Noé et sa colombe elle-même. Moïse, Isaac, les trois Hébreux de la fournaise, Daniel de la fosse aux lions sont des figures symboliques du Christ, comment la figure féminine, qu'on trouve unique d'abord parmi ces figures viriles, Susanne, ne figurerait-elle pas l'Église? Comment cette Orante qui fait un groupe reconnu classique avec le Bon-Pasteur ne serait-elle pas son aide semblable à lui \ l'Épouse de l'Époux du divin Cantique, l'étemelle Sulamite de l'éternel Salomon ?

Précisément une des chambres des sacrements du cimetière de Saint-Calixte présente, sur une fresque du temps environ de ce pape, une Orante, pareille à Susanne, devant la table où le prêtre consacre l'Eucharistie ^ C'est l'Église, l'assemblée des fidèles personnifiée, personne n'en doute. La mosaïque du dessus intérieur de la

* Gen., n, 18.

* Bxm. sotL, t. n, tav. XVI.

LÀ CAPPBUA GRECA 633

porte de Sftinte-&tbme, exéeolée vers Fan 424, par S. Célestiti I^, nous lAontre, afhdessoiis de S. Pierre, sur la tète duquel une mam céleslfe porte rÉvimg^e, à côté des symboles des quatre Évangélistes, uïie' femme, pareille à la Susatme que nous avons vue sur deu!s: sàrooplmw geâ romains \ tenant un livre de la main gauche, et faisant le geste de la profession de foi ou de l'enseignement de la main droite. . On lit sous ses pieds : ECCLE8IA EX CIRGVMCISIONE : c'est TÉglise des Juifs, avec son apôtre spécial, S. Pierre, à droite de l'entrée dé réglise. De l'autre côté est une femme pareille : ECCLESIAEX6EN- TIBYS, l'église des Gentils, spécialement enseignée et dirigée par St Paul. Les deux forment TÉglise catholique^ qu'on voit en sa dot(blè' et identique iitiage ^

L'antique porte de Saint-Zénon de Vérone ira plus loin que cette précieuse mosaïque du mur de la façade de Sainte-Sabine. « L'un des « compartiments fait voir, entre deux arbres couverts de feuilles, <c deux femmes allaitant,rune deux poissons.l'autre deux enfants. On (c peut voir là encore l'image des deux Églises '. » Clément d'Alexandrie, qui appelle les chrétiens des <^ poissons chastes », ne les ap«* peUe-t-il pas aussitôt <( de petits enfants, tendrement élevés par « leurs tendres bouches, et remplis de l'Esprit coulant en rosée de la <t mdmelle spirituelle *f » Un rouleau du XP ou du XIP siècle, contenant YExultet pour la bénédiction du eterge pascal, nous présenter enfin cette Orante avec son nom simple et net sur la tète : ECCLESIA. Elle accompagne cette parole du cantique : « Lmtetur Mater Eccle- <4 rià, que FÉglisé Mère se réjouisse *! »

f ajouterai une preuve tirée de rapprochements non signalés encore et qui vraiment s'imposeflrt* Sur le sarcophage d' Arles qui codh tieût l'histoire de Susanne eil résumé, on ne voit i la zone supérieure que cette histoire et la passion du Christ : il comparait atf tribunal de Pilâte comme Susanhe à celui de Daàiel^ les deux tribonaux faisant parallélisme et étant en vis-à-vis aux bords de la zone. Se peut-il que Susanne ne soit pas ici l'Église, le Chfiftt disaùt

«Ici, pi. XV, 11,14.

» Ciampini, t. I, tav. XLVIII.

* M. &ràt t^tij, article Poiésonj 2* éêil, p. 658.

* PcBdag,, 1. III, Hymne au Christ Sauveur, t. VIÏI, col. 6W, 684. > Eom. êott., 1. 1, p. 348.

634 LA CAPPELU GRECA

à ses Apôtres, la veille de sa passion, en parlant de ceux qui sont du monde : S*iis m'ont perséciUé, ils vous persécuteront *, et le grand Apôtre écrivant :/e complète dans ma chair ce qui manque des souffrances du Christ pour son corps qui est l'Église *? Sur un autre sarcophage d'Arles, déjà cité, le Christ Bon-Pasteur, qui a à sa gauche rOrante Susanne entre deux arbres et deux oiseaux lui faisant fête, a à droite Pierre arrêté par les deux Juifs de Calphe oud'Uérode ' : n'est-ce pas TÉpouse du Christ en regard de «on Vicaire, TÉglise et le Chef de TÉglise? Sur deux sarcophages, Tun du cimetière d'Ostrien *, l'autre d'un autre cimetière romain *, Susanne, entre les deux vieillards, est à côté de Pierre, entre les deux sbires de Calphe carac^ térisés parleurs bérets juifs. Sur un troisième de la voie Appienne*, les deux groupes sontaux côtés du Christ guérissant Thémorrholsse et regardant du côté de Susanne. Le parallélisme saisit le regard; et, maintes fois répétés ailleurs, les deux groupes des persécuteurs de Susanne et des persécuteurs de Pierre ont un air de famille, et, si j'ose dire, de rhytme, qui les rapproche forcément dans l'imagination pour les unir dogmatiquement dans la pensée. Pierre tient à Susanne comme Susanne et Pierre tiennent au Christ. Pierre est la pierre qui porte l'Église du Christ, Susanne est cette Église elle-même.

L'Église, ici-bas, a des triomphes dont celui de Susanne est le type cent fois célébré, depuis la cappella ^^ca jusqu'à la coupe de Doclea, où on lit SYSANA DE FALSO CFlEBilNE {liberata est) sur la tête de rOrante splendidement parée et chantant l'hymne de la jubilation. Mais ces triomphes ne sont que des haltes au sein des batailles. L'Église militante, c'est le nom de l'Église en ce monde : c'est ailleurs qu elle s'appelle l'Église triomphante.

Triomphante aussi bien que militante, l'ÉgUse a pour type Susanne.

C'est dans le paradis^ ht x& m^Minp ' , qu'après Eve vaincue Susanne

* Xoan., XV, 20.

» I Col., I, 24

» Ici, pi. XV, 17.

* Aringhi, t. Il, p. 163. — Id, pî. XVI, 6.

' Buonarroti, O^sêrvazioni, p. 1, 5. — Le groupe d« Sutnnnt^ ett Ici, ni. XV, 6.

* Aringhi, 1. 1, p. 615.

' Dan., Xm, 8, 15, 35.

LA CAPPELLA GRECA 635

a été victorieuse. Or ce paradis de l'époux de Susanne, qui était au bord de TEuphrate comme le paradis même qu'avait planté Dieu, ce paradis terrestre, u'est-ce pas la meilleure image, celle précisément que les Livres saints ont consacrée, du Paradis céleste ? Je sais, dit S. Paul, parlant de lui-même, un homme.., ravi au troisième ciel... et je sais de cet homme qu'il a été ravi au Paradis *. Et le Christ parlant du ciel, au sein du ciel même, ne dit-il pas : le Paradis de mon Dieu *? Aussi Susanne que nous avons vue au milieu dos arbres da paradis, soit en face du Bon-Pasteur, soitseule, et alors sous des vêtements de gloire, nous a-t-elle fait entrevoir non plus seulement rÉglise des aînés, des privilégiés, de la race élue ', Ecclesiam primitivorum, qui est pèlerine sur la terre, mais rÉglise des aînés qui sont inscrits dans le ciel *. Remettons sous nos yeux tel sarcophage d'Arles, la coupe de Podgorilza, tel fond de coupe romaine, la patène de Cologne, la cassette de Breseia : n'est-ce pas en Susanne Tapparition de VÉglise triomphante? Faites attention au paradis de la cassette de Breseia. Il n'y a plus de serpent dans ce paradis. Susanne, entre les arbres, contemple à Taise le mystique Jonas couché, magnifique et radieux, sous Fombrage. Daniel, qui fait pendant à Susanne, tue le serpent. « Le serpent à son tour périra, Occidet et « serpens » , chantait Virgile, écho de Tantique Orient qui se souvenait bien des promesses faites au Paradis où périt le genre humain *. S. Jean écrit de même, en parlant de la victoire de Michel et de ses anges sur le Dragon et les siens, qui a commencé avec le Christ, aux jours mêmes de Virgile: Leur place ne se trouva plus dans ie ciel, et il fut jeté bas ce grand Dragon, cet antique Serpent qui est appelé le Diable et Satan *.

Mais nous allons, c'est notre espérance, reconnaître trois images plus spécialement expresses, et dans des conditions pleines de charme et de bel enseignement, de Susanne type de l'Église triomphante.

* II Cîor., Xfl, 2-4.

* Apoc., II, 7.

» l Petr., Il, 9.

' Ilebr., XII, 23.

•Eclog..IV V. 24.

* Apoc., Xir, 8, 9.

UÈOENDi: D£ LA PL^^NCHB JL:VÏ.

h Coupe de Terre grarée de O" 24* de diamètre, troayée à Podgoritza» ea Albanie, représeataat Susaone, Orante triomphante, avec la légende : Svsana de falso cremine, BtUktino, 4877, ta?. ?.

2. Sasanne triomphante, gur an fond de eoupe de verre Tenant de Home. R. P. Gtraeeî, Feiri, ta?. I, «.

d. Sasanne triompbaite, sur une patène de Terre trourée à Ceiegoe. Bulkàkw, 4864, p. 89.

4. Face postérieure de la Gaasetto deBreeoiâ, consacrée a i* Eglise et représentant <[aatre scènes de l'histoire de Sasanne. -^ D'après une photographie prise sur l'origin&l.

5t Sareophage d'Arles représentant la tentation et la délÎTranee de Susanne. M. Le Blant, pi. VIII.

6. Susanne entre les deux Tieillards, è côté do S. Pierre entre deux Juifs qui l'arrêtent. —

Sarcophage du cimetlëre d'Ostrien. Aringhi, t. II, p. 168.

7. Orante entre deux brebis, gravée sur une pierre tombale d*une nécropole du II* siècle,

faisant partie du cimetière de Saint-Calixto : elle noua paratt représenter l'Église. M. de Rossi, R&m, iott., t. IL, ter. XLIX, 14.

8; Gemme annnlsire représentant l'Église seoe la forme d'une colonne entre deux brebis. R. P. Garucci, Hagioglypta; p. 222.

9« lebeeca, coodnisant son troupeau. 6gure de l'Eglise, |ur la Cassette de Brescia. — D'après une photographie prise sur Toriginal.

10. Le sarcophage de la Gayole, du II* siècle. — D'après M. Le Blant, Sarcophagei d'Arles^

pi. xxxir.

11. Le buste du défunt entre le Bon-Pasteur et TÉglise sur un sarcophage d'Arles. M. LeBlant^

pï. XVL

Id. Damel, nouvel Adam, dans le Paradie.-» Médaillon de la patèoe de Cologne. R. P. Garucci, F««rr,laT 1,7.

l^ SutaiNie, nourelle Êfo, dAus le Paradis. — CQraaline du musée Kircher. R. P. Garruoci, VitH, Ut. m, 7.

14. Daniel priant à Babjlone ; Nabuchodonosor, grand arbre brisé« et bœuf couché dans la prairie. — Food de coupe de verre. R. P. Garucci, Sloria délia ÀrU Crist, Pitture, Vetti, tar. €Lïir, 4.

18. Orante entre deu» oNviers Sur la pierre tombale de Gœaidius Faustinus, figurant l*âmo du défunt, ou peut-être Susanne, c'est-^-dire TÉglise triomphante. BuUfitmo, 1378« ta?. U, 3.

16. Eres et Psyché, au centre du sarcophage du chrétien Zacinius. D'Agincoort, t. W, Sc«lpi«M, pLIV,3,5.

47. Sarcophage du cimetière de Prétextât. Le char Tainqueur au cirque. La Tendange. Deax époux au milieu de leur famille, chantent les louanges du Bon-Pasteur. Rottari, t. I, p. m, 125.

XA CAPPBtXA GRBCA -637

I. La première a été appelée par M. de^Roesi, au moment <yù 41 Fa produite dans le second volume de la Roma sotterranea, (c une sir^ffe image ^ ».

Dans une petite nécropole, attenant aux cryptes antiques de^'Ludne, du cimetière de Saint-Calixte — nécropole dont <« les premières a origines, dit M. de Rossi, me semblent ou du même temps, ou peut- « être encore plus anciennes- que celles de Varea prima CallwH que « J'ai fixées à l'époque environ de Commode, vers la fin Aa secead « siècle * — sur une plaque cémé tériale. . . TOrairte apparat! au miMeu « de deux brebis comme le Pasteur '.» L'image est tracée au poinçon seulement. Symbolise-t-elle Tâme du défunt ou de la défunte, oubien rÉglîse, la Mater EcclesiafVïiX}i%\XQ archéologue romain dit de ce groupe symbolique : « Étant ici propre à une tombe, i) me pai^dt « faire allusion à la défunte comme fait une image senriblable, «ne « Orante viriïe, mentionnée plus haut. » Il parle d'ime Orante virile, du !¥• siècle avancé, qu'il a décrite ainsi :

« La figure Orante viriladu défunt (...) ORIVS ett a(X)ompagQéede,be^HCi^p de symboles : la couronne orncc de lemrii^rques prèft de la tête, la colombe volant au défunt avec le rameau d'olivier, un stylet, un ustensile que j^appellends un pugillaire, si le trou de la serrure ne m'y fai«^t reconnaître une ciste, un agneau aux pieds'. Des s}'mbole8 pareils devaient être représemés sur i'autre o6téf pei^u >d6 la figure Orante. Il est rare, mais ce a' est (»a8 chose nouvelle, que desiagaeaux soient représentés aoi' pieds de» figorea Offuntea féo^iaes ou vipiles ; et ici U.^st très clair queTOrante est le défunt arrivé à lacouronnede Téternelle vie ; ^fg^e|tu qui est à ses pieds signifie, à mon avis, qu'il fut du troupeau mystique du Christ ^. i

Ainsi, la « si rare image » de TOrante féminine* ne seFidt queeéHe d^unedéftinte anonyme. Le maître me permettra-t41 de propMer l'explication sur laquelle il a hésité si longtemps et de revendiquer pour rÉglise une de ses représentations ^merdiales^^alement grandiose et ravissante?

Le groupe de TOrante et de Tagneau ne signifie pas toujours, loin de là, que le défunt soit une des brebis du Christ, choisie pour

«T.II,p. 32^.

» T. Il, p. 324 ; tav. XLIX, 14. - Ici pi. XYI, 7.

638 LA CAPPELLA GREGA

son bercail éternel. Les parents de sainte Agnès, faisant des veilles à son tombeau « voient une armée de vierges qui passaient, toutes t vêtues de robes traînantes tissues d*or, au sein d'une immense lua mière ; et parmi elles ils voient la bienbeureuse Agnès, brillante <c sous une robe pareille, et à sa droite un agneau debout plus <c blanc que la neige ^ » Cet agneau n'était pas un symbole d'Agnès. C'était V Agneau de Dieu, suivi du corps d'élite de ses élus, comme S. Jean Ta contemplé dans sa vision : lis sont vierges, ik suivent r Agneau partout où il va * ; c'était c^ « Jésus couronne des Vierges » à qui l'Église chante : « Partout où vous allez, les Vierges suivent « et vont après vous, chantant et faisant entendre de doux hymnes'» . C'était celui à qui chaque année^ au tombeau de sainte Agnès, pour la bénédiction des agneaux dont la laine deviendra le pallium du Vicaire du Christ et des archevêques participant à son honneur, l'Église dit cette antienne : « Un agneau plus blanc que la neige, le « Christ, se tenant à la droite d'Agnès se la consacra pour épouse « et martyre^. » Ainsi un fragment de marbre, qui paraît avoir appartenu à l'autel d'une église de Milan, vers le V^ siècle, présente ces premiers martyrs de la cité, dès les jours de Néron, Nazaire et Celse, en buste, chacun avec un agneau devant soi^ qui est en marche ; et, avec les deux noms des martyrs en grec, on lit deux fois : ce 0 ARNOC 0 r(ui) OC Tor êf , rAgneau, le Fils de Dieu \ » En conséquence, l'agneau qui est sous une ancre cruciforme, avec une colombe tenant le rameau d'olivier aux serres, sur l'inscription de FAVSTINIANVM, dos cryptes de Lucine •, me paraît être le Christ — l'ancre, qui dessine un cAt, désignant le Christ encore en mênfe temps que la croix, et la colombe désignant l'Esprit-Saint qui a ressuscité le Christ, ou plutôt le Christ ressuscité lui-même. L'agneau qui est entre deux monogrammes constantiniens du Christ sous l'épitaphe :

• Actes, XIV.

• Apoc, XIV, 4-

' Hymne de l'office des IHerges du Bréfiaire romain.

^ Stans a dextris ejus agnus nive candidior, Christus sibi sponsam et martyrem consecravit.

» Bugati, Memorie storico-crilichi intomo le reliquie ed U ctUto di S. CeUo martire, in Milano, 1782, p. 1, p. 78 sqq.

• Roma soit., t. I, tav. XX, 1; p. 345.

UL CAPPEtXA GRBCA 639

<c Januarius, très innocent, en paix, » trouvée dans un cimetière voisin ', doit être pareillement le Christ. Je ne nie pas que l'agneau ne rappelle Tinnocence d'Agnès ou de Januarius, puisque deux épitaphes romaines portent ailleurs : « Florent, heureux petit agneau, « Feux agneglvs, de Dieu * — Laurent, âme innocente, innox, agneau « sans tâche ' ; » et Tagneau fait peut-être allusion au martyre de Nazaire et de Celse. Mais, dans les deux premiers cas au moins, c'est positivement le Christ qu'il représente.

L'agneau peut désigner aussi l'élu à la béatitude céleste. Le Christ, parlant des élus, disait la semaine de sa mort : Le Fils de F homme.,, placera 1rs brebis à sa droite *. Prudence fait dire de luimême au Christ par le martyr Romanus, auquel il a consacré s^ vers : « Qu'il soit un agneau à la droite, qu'on le revête de la toi- « son, sit dexter agnfis, induatur vellere^ » Florent et Laurent sont de ces élus; et ainsi un Dextrianus d'Aix-en-Provence dont l'épitaphe du commencement du YI^ siècle contient ces lignes :

+ DEXTRIANVSN0M1NE VOCITATAVS (sic) IN VITA NEC. INMERITO. NAM TVO

SIC. BiVNERE. CRISTE.

DEXTRIS. TIBI. NYNC FIDE ADSISTIT. IN AGNIS iETERNYM, SPERANS. TE DNNE. LARGIENTE DONVM

4 4~ DeztriantiB (homme de droite)^ appelé de ce nom durant sa ?ie, et non à tort, car, par votre faveur, 6 Christ, sa foi Ta ainsi placé maintenant à côté de voos parmi les ugiieaox de droite, espérant de votre largesse, Seigneur, le don étemel, t

^ Boldetti, p. 365, sous l'indication : nel cimitero di CalUtOf e di Pr$te$tato, p. 360.

^ « M. Perret, t. VI, p. 49.

» Boldetti. p. 408.

^ Matth., XXV, 33.

• Perielephanon, X, v. 1140.

• M. Le Blant, Inscript, chrét., t. II, p. 489,

610 LA CAPPELLA GRECA

Le /défunt dira donc au Sauveur dans la «équence Dies irm, du . XUI® siècle : « Donnes^moi.place parmi les brebis et séparezrmoi des « boucs, me plaçant au côté droât. »

Mais Fagneau à la droite du Chrifit ne prouve pas abscdument ridentité de Fagneau et de TOrante groupés ensemble. Je. ne trouve. aucune preuve directe et décisive de celle identité. Deux exemples certains, saps parler des probables, nous ayant monteé dans un groupe de ce genre le. Christ ^et le défunt, il faudrait :<biea •plutôt voir, au lieu du défunt, le Christ dans Tagneau qui. est debout à droite.de FOrante... ORIYS, comme le Christ étc^it sqiparu -en effet à droite d* Agnès. Et peut*être n'est-ce là qu'une réminiscence d'une vision si célèbre dans l'Église romaine qu'elle en fait encore, , et tout l'univers avec elle, ia fête, dite Sanctm Agnetis secundo.

Quoi qu'il en soit, près de rjOrante...ÛIUYS, il parait n'y avoir au que le seul agneau que nous voyons : toute L'épitaphe est de son côté, et l'Orante semble bien terminer le tableau de l'autre. Ainsi, sur une fresque du cimetière d'Ostrien, il n'y a qu'une colombe près d'une Orante féminine, placée entre les cinq Vierges sages, d'un côté arrivant au festin nuptial, de l'autre y étant penchées sur des divans S soit que la colombe désigne la défunte, soit qu'elle désigne l'Esprit-Saint ou le Christ, comme il est écrit : Et r Esprit et PÉpouse disent : viens*.

Le cas de l'Orante qui nous occupe «st différent. La brebis n'est pas unique. L'Orante est entre deux brebis, comme on voit d'ordinaire le Bon-Pasteur.

Or, précisément, nous trouvons sur une gemme annulaire, portapt. 1^ léjsende : JANVARI VIVAS, l'Église, représentée par une , colonne ^i)nno>ntée de rAgn,fiaj;4iyin, ^etfife deux brebis, sur la tè^ de chacune desquelles vient la colombe de l'Esprit-Saint, souvenir du baptême du Christ, image de celui des chrétiens ' ; et la mosaïque ,4e l'église de Sainte^Pudentienne noua présente, à la an du lY^'siècle, Pierre, chef et type de l'Église, enseignant dans sa chaire, entse

* Aringhi, t. H, p. 199.

« Apoc., xxn, 17.

» R. P. Garucd, Hieroglypta, p. 222. — Ici, pU XVI^ 8.

LA CAPPELLA GRECA 641

deux brebis également *. Ces exemples ne sont pas cdnteàtés. J^en' signalerai un autre qui ne me semble guère contestable et'qui touche d'infiniment près notre « si rare image ». La Voûte d'une chambre da cimetière de Sainte-Agnès présente, vers les angles, à' la place primitive dés Quatre-Saisbns escortant le Bon-Pasteur, à cette place où les cryptes de Lucinê montrent deux féiis le Boh-Pasteur et deux fois TOrànte, c'est-à-dire TÉglisé, son Épouse, lui faisant vis-à-vis *, la voûte, dis-je, présente, se faisant face, deux Orantes viriles et deux Orantes féminines, escortées chacune de deux birebis *. L*Orante virile est une réminiscence frappante du Bon-Pasteur : et qu'est l'autre qu'une réminiscence aussi de rÉgîîse ?

L'Église est bergère, comme lé Christ est pasteur. Le bercail du Christ est le bercail de TÉglise ; et c'est le troupeau dU Christ que l'Église paît. Pais mes agneaux^ paie rhes brebis, lui a dit le Christ* en la personne de Pierre.

f Les autres ÂpôtreR. dit saint Gyprien, étaient absolument ce qu'a été Pierre, gratifiés avec lui du même honneur et du même pouvoir; mais Texorde part de l'unité, et la primauté est donnée à Pierre pour que l'Église du Christ soit démontrée une, et une sa chaire. Et tous sont pasteurs, et lé troupeau apparaît un, tous les Apôtres devant le paître d*un consentement unanime, pour que l'Église du Christ soit démontrée une... Mère unique, considérable par les succès de sa fécondité... Épouse du Christ, incorruptible et pudique... C'est elle qui nous garde à Dieu, elle qui transmet au Royaume les fils qu'elle a engendrés... Il ne peut, dès maintenant, avoir Dieu pour Père, celui qui n'a pas TÉglise pour Mère ^. »

Aussi saint Justin, qui enseignait à Rome, parlant de Rachel, dont on lit dans la Bible : Voici que Rachel, sa fille (de Laban), vient aveé son troupeau. . . Voici que Rachel venait avec les brebis de sonpère,car elle-même paissait un troupeau, avait-il dit au juif Tryphon : « Lia est « votre peuple, c'est la Synagogue ; mais Rachel, c'est notre Église ^ » ; et, sous Constantin environ, la Cassette de Brescia, dans un de ses tableaux les plus charmants, présentera ainsi FÉglise en Rachel

* Bulletino, 1867, tav. IV, 4.

« Bom. 8ott,, 1. 1, tav. X.

' Aringhi, t. II, p. 183.

* Liber de unitate Ecelesiœ, 4, 5, 6.

» Dialog. cum Tryph.. 134; Gènes., XXIX, 6, 9. Cf. Clem. Alex., Pœddg,,X.

6*42 LA CAPPELLA GRECA

bergère, Jacob pasteur figurant le Christ '. Origëne, parlant de TËpouse des Cantiques qai paît les troupeaux comme TÉpoux* Tenait de dire : « Ce discours s'applique (^pao^tt) aussi à TÉglise '. » Saint Augustin dira pareillement : « L'Église du Christ inter- « pelle ainsi son Époux : Apprends-moi donc où tu pais tes trou-- « peaux, quelles brebis t'appartiennent, quelle bergerie est là a que tu m'ordonnes d'aimer, à laquelle je dois m* associer ' ». L'Église, c'est a la Vierge » rendue féconde par « l'Esprit » dont parle saint Hippoly te ^ ; « la Vierge-Mère » que célèbrent les fidèles de Vienne et de Lyon, compagnons des martyrs ^ ; « la Mère » dont S. Damase signale « les pieuses entrailles, pia viscera Matris* » ; la Jérusalem d'en haut, qui est notre Mère, comme l'a qualifiée tout d'abord saint Paul \ Mais ses enfants sont des agneaux, remontant du lavoir * du Baptême, comme V Agneau de Dieu qu'a enfanté la Vierge-Mère, type de l'Église, Marie ; et le chef de l'Église, Pierre, les dénomme bien des brebis, oves '.

Ici donc, sur notre pierre tombale, où il y a deux brebis aux côtés de rOrante comme aux côtés du Bon Pasteur; ici où l'Orante a une grandeur et une beauté vi*aiment divine, où, dans sa marche de céleste pèlerine, elle rappelle, mais avec une ineffable sainteté, Vet vera incessu patuit Dea du poète romain ^^ ; ici, où les brebis ne sont pas à côté d'elle, comme ses compagnes ou ses images, mais derrière, comme des enfants pressés au bord de sa tunique maternelle ; ici, où elles lèvent vers sa tète de matrone auguste des tètes si attentives, si dociles, si aimantes; ici, où elles sont si visiblement les brcr bis dont parle le Christ qui écoutent la voix du Pasteur et le suivent *\ qui ne reconnaîtrait l'Église ?

* Id, pi. XVI, 9.

• Patr. grœe., t. XVIlï, col. 257..

» Sermo CXXXYIIl, 10. - Edit. Bened.

♦ De Christo et Antechristo, 45 ; PairoL grœc, t. X, col. 764. » Patrol. grœe., t. XX, col. 425,

« Rom. sett., t. II. p. 26.

' Gai., IV, 26.

» Gant., VI, 5.

• I Pet., II, 25.

*• iEneid., I, 409.

" Joan., X, 3, 4.

Il y a d*autant moins à hésiter que ces brebis sont au nombre de deux et en pendant, comme on les voit sans cesse aux c6tés du Bon-Pasteur, et une fois aux côtés du cippe et du vase de lait figurant Tautel eucharistique \ comme on voit les deux colombes aux bords du vase eucharistique ou auprès du monogramme du Christ, comme on voit les deux poissons se jouant autour de Tancre, image du Christ et variante de son monogramme, comme on voit enfin les deux Orantes aux côtés du Christ *, ou lui faisant vis-à-vis '. Ces deux brebis représentent ainsi « l'Église de la Circoncision » et « rÉglise des Gentils », ainsi que nous avons lu sur la tête de deux Orantes parallèles. Et alors que peut être cette Orante entre deux brebis, les dominant d'une hauteur comme d'une majesté surhumaine, et semblant les conduire comme des disciples, sinon l'Église, l'Épouse du Bon-Pasteur, dont elle occupe si parfaitement la place? Nous faisons les fonctions d'ambassadeurs pour le Christ^ disait S. Paul *. C'est ce qui parait en l'Orante. Si la colonne de l'Église portant l'Àg^neau divin, de l'Église du Dieu vivant^ colonne et soutien de la vérité^, comme l'appelle S. Paul, se voit ailleurs entre nos deux brebis, notre Orante n'est-elle pas cette mystique colonne?

Il est vrai que l'épouse de Januarius, au cimetière de Domitille, est entre deux Orantes, accompagnées chacune de son agneau, et qu'aux cimetières d'Ostrien et de Sainte-Sotère nous trouvons le buste du défunt entre deux Orantes \ C'est l'indication, à mon avis, que le défunt est au milieu des deux Églises des Juifs et des Gentils^ qu'il est reçu dans l'Église du Christ, plutôt que ce n'est la double image du défunt en Orante. Mais, quoi qu'il en soit, la grande Orante qui s'élève au-dessus des deux brebis ne peut nullement être rapprochée de ce défunt représenté entre deux Orantes par son épitaphe ou par son buste. Les deux sujets sont tout à fait dissemblables.

Ainsi tout nous porte à croire que la magnifique Orante, qui

> Rom. sott., t. I, tat. XII.

« Aringhi, 1. 1, p 579, 581, 585.

»Ibid, p. 577.

* Il Cor., V, '20.

» I Tim., m, 15.

• Aringhi, t. II, p. 211; Rom. soit., t. III, tav. XXXIX.

644 LA CAPPELLA GRECA

apparaît saule et sans nom de défunt sur une olôture de tombe, dajQS la petite nécropole contemporaine et voisine du noyau du cimetière de Saint-Calixte, vers la fin du second siècle, est Timage de rÉglise. L'Église sert de marque distinct! ve à la tombe ; la tombe est à renseigne de rÉglise, au milieu des deux brebis typiques des Juifs et des Gentils : c'est la réalisation vivante de cette parole dite par le Bon-Pasteur aux Juifs de Jérusalem et si particulièrement accomplie par eux chez les Gentils de Rome : Et foi (T autres brebis qui ne sont pas de ce bercail, et il faut que je les amène; et elles entendront ma voix et il n'y aura qu'un bercail et un pasteur *. L'Église romaine, par son évèque qui «est le pasteur suprême de rÉglise, est le centre de ce bercail ; et il est naturel de rencontrer une image caractéristique de TÉglise près du berceau de ce cimetière qui va être celui des papes du III'' siècle, consacré du nom du plus grand d'entre eux, saint Calixte.

C'est elle, l'Église, qu'une fresque de cette époque et de ce lieu nous a présentée deux fois Orante, en face de deux Bonsj^asteorst portant ces deux brebis que le marbre gravé offre aux pieds de notre unique Orante ; ce sont les deux brebis que nous avons vues en même temps aux côtés d'un cippe portant le vase de lait et représentant l'autel eucharistique de l'Église, c'est-à-dire aux côtés de l'image encore de l'Église elle-même '.

Le Bon-Pasteur au milieu de ses brebis qui, régulièrement et symboliquement, sont deux, apporte au défunt, sur la tombe duquel il parait, l'assurance de son admission à l'éternel bercail. C'est ce que fait, au milieu des deux brebis, l'Orante, c'est-à-dire l'Église. De militante, elle est devenue ici triomphante ; et une épitaphe romaine, composée un peu après le milieu du IY« siècle avec des lambeaux de S. Cyprien, nous explique bien son attitude et son rôle :

f Magus, enfant innocent, tu as commencé déjà à être parmi les innocents. Qu'elle est stable pour toi, cette vie où, revenant du monde, tu es reçu joyeux par rËglise-Mère I Que Ton comprime les gémissements des poitrines 1 que Ton rentre les larmes des yeux '. i

* Joan., X, 16.

' Cryptes de Lucine^ Rom, soit., 1. 1, tav. X, XII.

>M. de Rossi, De titulis christianis carthaginiensibus, -^.Spicil S^^em,^ t. m, p. 536.

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