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Cesl ainsi, je le crois, qu'on béatifiait le défant et qu'on consolait les vivants, en burinant sur cette antique tombe Timage deTÉglise au milieu des joyeuses brebis du Christ : Te lœtum excipit Mater Ecclesia, C'est Timage indiquée par saint Paul lui-même, écrivant aux Hébreux pour soutenir leur défaillance : Vous vous êtes approchés... de la cité du Dieu vivant, de la Jérusalem céleste... de tÉylise des premiers-nés, dont les noms sont inscrits dans le ciel \
Susanne s'est donc transformée. Orante toujours et dans Fexaltation du triomphe, ses deux méchants acolythes ont disparu, ils ont fait place à deux aimables brebis. Les personnages symbolisés n'ont pas changé ; ce sont les Juifs et les Gentils encore ; mais de persécuteurs, ils sont devenus fidèles. Voici deux brebis pour deux loups aux côtés de Susanne. C^est TÉglise avec ses deux familles d'élus, dont S. Paul dit : Dieu a placé le Christ comme tête sur toute rÉglise qui est son corps et sa plénitude*, mais l'Église dans les deux, comme le Christ est établi par Dieu à sa droite, constituens ad dexteram in cœlestibus •. Encore une fois, c'est V Église des premiers-nés, introduits dans leur héritage. On ne lit pas que Susanne qui, sur le midi, se promenait dans le paradis de son époux, ait été suivie de brebis familières. Mais l'Épouse des Cantiques qui,5tir le midi ^, cherchait son Époux, apparaît ainsi Pastourelle à la suite du Pasteur ; Rachel est auprès du puits avec ses brebis, dans la chaleur du jour, adhuc multum diei superest ' ; et, l'innocence aimant l'innocence, Susanne tenant à Rachel avec qui on la trouve sur la Cassette dé Urescia et à la Sulamite avec qui elle semble s'y fusionner, il était naturel de donner à Susanne les brebis qui lui appartenaient comme type de l'Église. Elles étaient nécessaires, d'autre part, pour représenter en Susanne triomphante l'Église du ciel, contre-partie du Bon-Pasteur, qui, sur les tombes, est continuellement placé dans le divin bercail, et qui a été vu môme par la martyre Perpétue « au milieu d'un immense jardin, » qui est l'éternel Paradis. La
•Hebr.,XII, 22, 23. « Ephes., I, 22, 23.
» Ibid., I, 20.
* Gant., I, 6.
» Gen., XXIX, 7.
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grande Orante aux deux brebis, TOrante-Église, se rattache donc à Susanne et dérive de Susanne, si ce n*est Susanne elle-même.
Si Ton veut voir tout d'abord dans cette Orante-Église Rachel, la Rachel-Église de S. Justin et de la Cassette de Brescia, j'y consentirai volontiers. Mais alors reconnaissons que cette Rachel-Orante, inconnue à la Bible, est une dérivation de Susanne-Orante. Les brebis sont de Rachel, mais les mains suppliantes sont de Susanne. En dernière analyse, il semble que Susanne et Rachel, venant Tune et l'autre de faire vis-à-vis au Christ, se rencontrent ici fondues en un seul type représentant TÉglise qui prie Dieu et pait son peuple. Susanne a été complétée par Rachel ; et il reste vrai que le prototype de rÉglise est toujours Susanne.
Je suis loin de nier que dans notre Orante, image de TÉglise, il n'y ait une allusion au défunt où à la défunte et que les brebis du Christ ne représentent aussi leur innocence et le céleste troupeau où ils sont admis. Ce qui convient à l'Église convient à ses enfants. Mais il faut reconnaître d'abord le sens primordial, quand on a des raisons si spéciales pour le faire, et ne pas aller d'emblée an sens dérivé. Il se pourrait qu'un jour on trouvât un nom de défunt sur rOrante dans un groupe pareil au nôtre. Notre interprétation n'en serait point atteinte pour cela. Le défunt, en ce cas, aurait été substitué, mais avec une indication formelle, à l'Église. Ce n'en est pas moins elle que l'Orante a dû représenter originairement, puisque dans le répertoire biblique des catacombes, point de départ de tout symbolisme, FOrante est Susanne, et que, tout nous l'indique, l'Orante extraordinaire qui remplace le Bon-Pasteur entre les deux brebis, symboles du Judaïsme et de la Gentilité, est son Épouse, la mystique Susanne, rÉglise glorieuse^ sans tache, ni ride, ni rien de pareil, sainte et immaculée, dont S. Paul a dit que pour \ avoir telle devant ses yeux, le Christ s'est livré à la mort pour elle, ut exhiber et ipse sibi gloriosam Ecclesiam \ C'est en un mot l'Église-Pasteur, « l'Église-Mère » des Pères de l'Église marchant sur les traces de l'Écriture.
Passons au second monument bien plus important encore que le premier, et l'un des plus précieux de toute l'archéologie chrétienne.
> Ephes., V, 25-27.
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II. Il s'agit du sarcophage que Peiresc, Tami de Gassendi, a vu à la Gayole, petit prieuré dépendant de Tabbaye de Saint- Victor de Marseille. Il est maintenant à quelques kilomètres de la Gayole, au grand-séminaire de Brignoles, diocèse de Fréjus^ Il porte cette inscription que « Tindiction et la formule initiale ne permettent pas, « dit M. Le Blant, de faire remonter... plus haut que la fin du « V siècle :
HIC REQVIISCET IN PAGE BoNE MEMORIAE SYAGRIA QVI OBIET XTl KAL FEBRVARIAS INDIC VNDECEMA ^
Mais Syagria n'est certainement pas le premier défunt déposé dans le sarcophage, celui du moins pour qui il a été sculpté, a Nous « avons sous les yeux, ajoute M. Le Blant, un monument unique « jusqu'à cette heure et qui, par la perfection de son travail, par l'anti- « quité bien connue des symboles du Poisson et de l'Ancre, remonte n évidemment au milieu du troisième siècle ^ » M. deRossi, après avoir examiné avec soin, sur la photographie, le style des sculptures, n'hésite pas à faire remonter, il me l'a déclaré, ce monument au temps desAntonins. C'est, dit M. Marucchi, secrétaire des Conférences de la Société d archéologie chrétienne à Morne, « le style du second « siècle environ ou du commencement du troisième \i> Ce sarcophage prend place, avec l'épitaphe de Marseille, des frères Yolusianus et Fortunatus, sous laquelle est une ancre droite pareille à la nôtre ', et celle d'Aubagne, deVetinaEunoetus, surmontée de l'ancre couchée et flanquée de deux poissons*, parmi les titres primitifs du christianisme en Provence. C'est avec le sarcophage de Livia Primitiva, où l'Ancre et le Poisson sont aux côtés du Bon-Pasteur ^, le plus ancien des sarcophages chrétiens connus.
^ Ici, pi. XVI, 10, d'après la gravure donnée par M. Le Blant^ Sarcophages d'Arles, pi. XXXIV.
* Inscript, chrét. des Gaules, t. Il, p. 498.
' Revue des Sociétés savantes des (l^partem^nto, juiliet-aoùt 1877, p. 167. ' Séance du 28 avril 1878. Bulletino, 4879, p. 42. 5 M. Le Blant, Insc. éhréL, pi. 72, 437. •J6id.,tII,p. 311.
' Ici, pi. XI, 51'.