LA CAPPELLA GREC A
Mais combien le sarcophjage gaulois dépasse en intérêt le sarcopbage romain ! il embrasse en quatre scènes la théologie tout entière, de Ja piscine baptismale au Paradis céleste. Tout y est nouveau poumons ^t plus ou moins mystérieux. Une Orante, semblable à Susanne, apparaît entre deux arbres où perchent des colombes, au milieu d'un troupeau de brebis. Un pêcheur est près d'elle. Le Bon-Pasteur lui fait pendant. Il est debout, pdrtant sa brebis, en face d'un homme de taille surhumaine, qui siège en dieu, ayant une brebis à côté de lui : un arbre, pareil à ceux de l'Orante, les sépare. Cette page, des plus considérables mais des plus énigmatiques de la Patrologie, réclame de nous une étude approfondie.
Peirçsc n'y a vu ou entrevu que des images païennes, Jupiter, ^erapis, l'oiseau Picus Martius. Non satisfait de cette explication, M. Le Blant a donné la suivante :
c Le pêcheur prenant à Thameçon le poisson mystique, une ancre près de lui, rOrante debout entre les arbres du paradis où se posent des colombes, les brebis et le Bon-Pasteur, voilà ce que présente la plus grande partie du centre du tableau. Ce qui demeure entier du reste nous Jette dans le paganisme : à gauche, c'e^t le buste du soleil orné d'une couronne semblable à celle que nous lui voyons sur une statuette d*argent doré publiée par Caylus * ; à droite, un personn:ige assis, tenant une lance, et qui parait être une de ces figures fréquentes sur les monuments antiques, bas-reliefs ou vases peints et qui symbolisent le lieu où se passe la scène ; puis, comme pour achever la confusion des types, une brebis est près de ce personnage, comme on en voit une auprès du Bon -Pasteur.
Les anciens violateurs de la tombe, qui l'ont fracturée par le milieu, ont fait disparaître le buste d'une figure assise, la personne morte, sans doute, devant laquelle une autre plus petite, celle d'un en&nt, était debout. R'.en dans les monuments chrétiens ne rappelle ce groupe, et c'est chez les païens que nous retrouvons au contraire l'image de maîtres ou de parents assis de la sorte et enseijgnant.
Je ne sais donc aucune œuvre antique qui, plus clairement que noire marbre, porte l'empreinte de l'époque de transition où plus d'un esprit flottait indéds entre la foi du Christ et les anciennes croyances, où, selon la parole d'un Père témoin de ces écarts étranges, les artistes, même convertis, travaillaient indifféremment pour les adeptes des deux cultes '.
* Recueil d'antiquités, t. Vil, pi. LXXI. Voir, sur cette statuette, de Witte, Gazette archéologique, 1877, p. 8^,
* Revue des Sociétés savantes^ p. 167. Cette appréciation est répétée et abr^e dans V Étude 9ur les sarcophages d'Arles, p. IV.
LA CAPPELLA GRÇGA 649
Je ne puis, jç Tavoue, me décidqr à voir ce « singulier mélange « d'images chrétiennes et païennes », comme dit M. Le Blanjt un peu plus haut , sur un monument dont .assurément un chrétien a fourni la conception, quel qu'ait été le ciseau qui Tait exécutée. L'Église luttait, au temps des persécutions^ avec une sainte jalousie contre tout ce qui ressentait le paganisme. Rien ne nous oblige à admettre ici une confusion dont on ne citerait pas, ou je me trompe, un second exemple. Ces bas-reliefs me paraissent trouver une explication convenable et même facile dans les textes du Nouveau-Testament, ei en offrir une piquante et admirable illustration. J'y vois rEnseigncment chrétien, le Baptême, la Confirmation, l'Euchaii&tie, l'Église sur la terre, TÉglise dans le ciel, la Trinité. Mo fais-je illusion?
Au centre du sarcophage, un enfant est debout devant un maitr^e assis qui enseigne. Deux sarcophages chrétiens nous préspntent à la même place un groupe semblable. Un docteur assis tient un }ivre ; une femme debout écoute, en soutenant, sur l'un des oioauments^ sa tête de la main droite *. Ces deux femmes, cet enfant sont, comment en douter ? le défunt déposé dans le sarcophage. Mais pourquoi cette figure d'enfant quand le cercueil est d'une personne adulte? Il n'y a pas trop à s'en étonner. Le Christ, dans la scène de son baptême, est représenté en enfant ou adolescent sur un sarcophage romain ^ sur plusieurs monuments d'Arles ', sur le dyptique d'ivoire de Milan *, sur un des bas-reliefs d'ivoire de la chaire de Ravenne ', pour ne citer que ces monuments. S. Pierre écrit à ses chrétiens d'Asie : Comme des enfants nouveaux-nés rechercher le lait spirituel et pur^; et Clément d'Alexandrie, dans le Pédagogue ou Instituteur des enfants, nom qu'il donne au Christ, l'appelle « Christ, conducteur des enfants. » et c( petits enfants, v/.tc^x^i, » ses disciples ' Tel est le chrétien de notre sarcophage.
* R. P. Garucci, Storia délia Arte eristiana, tav. 370', 370*. « Aringhi, t. II, p. 355.
» M. Le Blant, pi. I, XIÏ, XV, XXIX.
^ Bugati, Memorie di S. Celso, tav. II.
« Agnelli, Liber Pontificalis^ Mutinae, 1708, App. tab. F.
• I Pet., II, 1.
^ Pair, grœc, t. VIII, col. 681-4. Cf. Hom. soit., t. II, p. 339; *ay. tf^giunta G, D.
650 LA CAPPELLA 6REGA
Il semble que Tenfant reçoit de la main du docteur une tablette ou un livre, pareil au livre de la Loi que, sur les sarcophages, la main divine donne à Moise. On peut y voir le Symbole des Apôtres et rOraison dominicale dont la tradition ét^it solennellement faite au catéchumène quelques jours avant son baptême. C'est- la loi du Seigneur, que si souvent, sur les monuments, le Christ donne à Pierre, chef de son Église, et dont fait mention expresse la lampe baptismale de Valerius Severus, baptisé probablement sous le nom d'Eutrope {l'homme aux bonnes mœurs) : « DOMINVS LEGEM DAT VALERIO <c SEVERO EVTROPI VI VAS , le Seigneur donne la loi à Valerius Sève- « rus : Eutrope vis * I » C'est en abrégé l'Évangile que la jeune vierge Cécile M portait toujours sur la poitrine '. », et sur la page sainte duquel S. Jérôme voulait que le sommeil surprit Eustochium '. Nous désirions avec ardeur, écrivait S. Paul aux Thessaloniciens, vous /»vrer non seulement l'Évanr/ile de Dieu, tradere vobis Evangelium Dei^ mais encore nos âmes *. S. Pierre, parlant de TÉvangile trahi par les apostats, disait : Ce saint mandat qui leur a été confié, eo, quod illis traditum est, sancto mandato *. C'est la tradition du saint mandat que je crois reconnaître dans la scène centrale de notre tableau.
Quel est le docteur assis qui en fait le dépôt? C'est évidemment révêque, peut-être le prêtre, le diacre, la diaconesse, agissant en son nom. A Tévêque appartenait cette chaire qui est le symbole de l'Église. Il me semble impossible de ne voir ici que le siège d'un père ou d'une mère instruisant leur enfant, comme il se voit sur les sarcophages païens. La scène peut dériver de là, mais elle est plus élevée. Au cimetière de Priscille, nous avons reconnu Helcias, que S. Hippoly te qualifie « prêtre » , assis sur la chaire de Moïse * et enseignant la loi de Moise à sa fllle Susanne. La tradition du sacré dépôt révèle ici l'Église et son représentant, l'évêque. Et qui représente l'évêque sinon le Christ? « Il est évident, écrit S. Ignace aux Ephé-
* Bellori, Lucerne, part. III, tav. XXXI, p. il. ' Pasaio, ad init.
' Epist, XIII. Cf. E. Revillout, le Concile de Nicée d'après les textes coptes, 1873, p. 62. (Exti-ait du Journal asiatique, février-mars 1873.)
* I Thés., II, 8.
» U Pet, n, 21.
* Matth., XXm, 2.
LA CAPPELLA tiBEGA 651
<c siens, qu'il faut envisager Tévéque comme le Seigneur lui-même. « Vous n'écoutez personne autre que Jésus-Christ qui parle en vé- « rite ^ » Le Christ est le Pédagogue du « petit enfant» ; « le Sei- « gneur » lui « donne la loi » ; et ainsi est réalisé sa parole : // est écrit dans les Prophètes : et ils seront tous dociles à Dieu *.
A gauche, comme en tète du sarcophage, est l'image des trois sacrements de Tinitiation chrétienne.
Un pécheur, tenant son panier d'osier, lire de Teau un grand poisson pris à l'hameçon. On trouve, au vestibule du cimetière de Domitille, les restes d'une fresque du commencement du second siècle représentant ce pécheur \ Il ûgure, à un siècle de là, dans une des chambres des sacrements, au cimetière de Saint-Calixte ; et un petit enfant est plongé par un homme dans l'eau même d'où le poisson est tiré *. Au quatrième siècle, on le voit sur un sarcophage du cimetière du Vatican qui a plus d'un rapport avec le nôtre ^ ; et une gemme de ce temps environ, éditée par Vallarsi *, le présente tel à peu près qu'il est sur notre sarcophage même. C'est là évidemment ce que Tertullien, au premier mot de son traité du Baptême, appelle « l'heureux sacrement de notre eau, où, lavés des péchés de notre « ancienne cécité, nous sommes rendus libres, » et dont il dit quelques lignes plus loin : « Nous petits poissons, nos pisciculi, nous nais- « sons dans l'eau, à l'exemple de notre Poisson {lyOZy^, Jésus-Christ. »
Le pêcheur de notre sarcophage est tout d'abord le Christ. Il a le même costume que porte un peu plus loin le Bon-Pasteur, une simple tunique, courte, sans manches, laissant l'épaule à nu. S. Grégoire de Nazianze ' et S. Basile de Séleucie ' nous montrent le Christ pécheur de poissons, c'est-à-dire d'hommes ; et ce dernier, • S. Cy-
* § VI. Pair, grœc, t. V, col. 649. — Cf. Tarcosolium de Zosimianus, au dmetière de Cyriaque. Bulletino, 1876. tav. VIII, IX, p. 145 sq.
«Joan.,VI, 45;l8., LIV, 13.
• J'ai reconnu encore ces restes en février 1879.
* Rom. sotU, t. II, tav. XVI.
» Aringhi, t. I, p. 335.
« S. Hieron., Opéra, t. 1, 18; R. P. Garucd, Hieroglypta, p. 111. ^ Orat XXXI.
• OraU XXIL » Orat. XXin.
682 LA CAPPELLA GRECA
jiUe de Jérusalem, * et avant eux, ClémeBt d*ÂIexaadrie, * Je montrent péchant les poissons humains à l'hameçon soit de sa «parole»., soit de sa « douce vie ». Ce dernier mot est de Clément, le premier de S. Basile. Mais le pécheur est aussi le ministre du Christ, le Christ baptisant quand Pierre ou Paul baptise, selon le mot de S. Augustin, et le Christ ayant dit au pécheur Pierre, en l'instituant chef du ministère sacré : Dorénavant tu seras preneur d'homme *.
Le poisson, c'est toujours Fhomme: Nospisciculi. Ici c'est le défunt, sans doute. Comme à l'une des chambres des sacrements^ on voit le fidèle d'un côté en poisson, de l'autre en enfant. Mais avec les « petits poissons» TertuUien nous fait voir « notre poisson »par excellence, leur typé dans leur naissance au sein de l'eau, « Jésus- Christ. » C'est le Poisson « grand de toutes manières, -Ki^ikéfi^ni^ » comme l'appelait avant TertuUien, S. Abercius, évèqued'Hierapolis *. Et en effet, c'est un grand poisson que notre sarcophage présente tiré de l'eau, Le Christ est ici avec le chrétien, et avant le chrétien lui-même.
Au-dessus de ces eaux baptismales d'où sort le poisson mystique, on aperçoit dans le ciel le buste classique du soleil, couronné de rayons et paré de la chlamyde. Sur un sarcophage du cimetière du Vatican, du quatrième siècle environ, il apparaît ainsi dans un grand nimbe, qui est son disque, faisant vis-à-vis à la Tempête personnifiée par un Génie saisi d'effroi à son aspect. 11 est au-dessus du naviie d'où on précipite Jonas dans la mer, mer baptismale d'où le pécheur mystique tire à la ligne les mystiques poissons \ Le Baptême est appelé par les Pères « illumination, (pb)Tt«fib;, ^MnafiA ^ » ; les baptisés sont dits « illuminés, (p(oti!;d(Mvot ^, illuminati ^ » ; et déjà
» Procatech., IV.
« Pœdag., 1. III, ad fin., col. 681.
» Luc, V, 10.
* SpiciL Solesm., t. III, p. 533.
* Aringhi, t. I, p. 335; Buouarroti, Vefrî, p. 7.
> S. Justin, I Apol , I, 61; Clem. Alex , I Pœdag., VI, col. 285; S. Greg. Nâ2., Orat, XL, ad init.
^ Constit Apost., 1. VIII, cap. 7, 8, 35; S. Cyril. Hier., Procathniê, I^ et alibi ; etc.
* « Isti albati, illuminati, audiunt verbum tuum. > S. Aug., Svtlà. CXX, 9.
LA câppblla gheca 65^
s. Paul a donné deux fois ce nom aux néophytes \ Les Septante ayant employé ce terme « illuminer » pour signifier « instruire « dans la Loi *, car le précepte du Seigneur est plein de clarté et il illumine les yeux ', et S. Paul ayant écrit : l'illumination de l'Évangile de gloire du Christ *, et : les illuminer tous pour leur apprendre la dispensation du mystère caché depuis des siècles en Dieu \ la tradition des dogmes chrétiens, qui précédait et accompagnait le Baptême oti le Saint-Esprit survenait efScaeement comme le docteur suprême, faisait donner au Baptême et nom d'Illuminatiom « Ce bain, dit S. « Justin, est appelé illumination, ceux gui apprennent ces choses' « étant illuminés dansTint^lligenee S). C*estpourquoilaguérisonde Taveu^e-né à la piscine de Siloë est sur les monuments chrétiens Tun des principaux symboles du Baptême. Le soleil de notre sarco^ phage représente donc Yillumination de l'Évangile,
Précisons davantage. S. Paul dit aux Corinthiens : VEvtmgile de gloire du Christ-Jésus — tillumination de la science éclatante de Dieu qui est sur la face du Christ-Jésus ' ; et aux Ephésiens : Vous êtes maintenant lumière dans le Seigneur... C'estpourquoi rEcrilure dit : Lève-toi, toi qui dors et surgis d entre les morts et le Christ f illuminera '. S. Jean écrit du Yerbe, du Christ : // y avait une vraie lu-^ mière qui éclaire tout homme venant en ce monde *. En conséquence le monogramme du Christ sera identifié, au siècle de Constantin, avec rétoile des Mages plus resplendissante que le soleil ; et sur les monnaies même du César chrétien, le soleil sera accompagné de la légende païenne rendue au Maître des Césars : « SOLI INVICTO, au « Soleil invincible. » L'Église à son tour chantera, au Christ, avec S. Pie V : « Christ, soleil de justice », avec Urbain VIII : « 0 soleil « du salut, Jésus '®, o ou encore avec Prudence : « Nuit, ténèbres et
»Hebr, VI, i; X. 32.
« IV Reg., XII, .2; XVII, 28; Eccli., XLV, 17.
» Ps. XVIII, 9.
• II Cor., IV, 4,
» Ephes., III, 8, 9.
• I Apol., 16.
' II Cor., IV, 6.
• Ephes., V, 8, 14.
• Joan.,1, 9.
'^ Laudes, Hymne du Carême.
654 LA CAPPELLA GRECA
ce nuées confuses et désordonnées du monde, la lumière entre, le « pôle blanchit, le Christ vient, retirez-vous :
Nox et ienehras et mihila Confusa mundi et turbida, Lux inlrat, albescil polus Christus venit, discedite*.
Le soleil enûn ne s*est-il pas éclipsé sur la terre quand le Christ mourait au Calvaire, et un « soleil plus beau, sol formosior ', » n*est-il pas apparu au monde avec le Christ ressuscité? N*est-ce pas au lever du soleil, après une nuit dHnfructueuse pèche, que le Christ s'est montré sur la mer de Tibériade, commandant à Pierre et aux apôtres la pèche miraculeuse? N'est-il pas le feu nouveau, éclairant le monde, que TÉglise, à Ventrée de la sainte nuit pascale, de la nuit de Y Iliumination, on tous les voiles des prophéties vont achever de se déchirer aux yeux des initiés, où ils seront admis au Baptême, à la Confirmation, à TEucharistie, acclame en fléchissant trois fois le genoux et en s'écriant trois fois ; « La lumière du Christ, lumen « Christi? » N'est-il pas la colonne de lumière qui guida les Hébreux dans la nuit, à travers les flots de la mer où ils furent baptisés par la nuée^y et nous guide au Baptême dont elle sanctifie les eaux en y entrant la première, columna,.. illuminans noctem *?
C'est donc, je n'en puis douter, le Christ en soleil qu'il faut voir dans ce buste couronné de rayons qui plane sur les eaux du Baptême, en tète de notre sarcophage. Pêcheur au bord des eaux. Poisson dans les eaux, le Christ est Soleil dans les cieux.
Sur le sarcophage romain qui est en rapport avec notre sarcophage provençal, on voit dans le navire d'où on précipite Jonas, 7^52^5 debout à la poupe, commandant, comme dans l'Évangile, aux vents et à la mer y et produisant la grande tranquillité *, pendant que dans le ciel il est le soleil dissipant les nuages.
Mais le Christ, Yerbe de Dieu, est la splendeur de gloire du Père
* Cathemerinon, II, v. 1-4. — Laudes du mercredi.
^ OfBce des Apôtres, Hymne des Laudes au temps pascal. » I Cor., X, 2.
* Exod., XIV, 19, 20.
» Matth., Vin, 26.
LA CAPPELLA 6RBCA 655
dont il est écrit : Dieu est lumière *; et le Christ a bien dit : Qui me voit^ voit mon Père '. Le disque du soleil divin révèle donc ici son foyer, la première personne de la Trinité sainte. Devant cette image le fidèle intelligent dit avec Clément d'Alexandrie : « Renonçant « au péché, épurés par les eaux baptismales, nous nous tournons en « haut vers Téternelle Lumière, enfants vers notre Père '. »
Et les rayons de ce soleil ne représentent-ils pas spécialement TEsprit-Saint,qui est descendu sur le. Christ, baptisé dans le Jourdain, au sein d'une « grande lumière » d*après S. Justin, S. Épiphane et d'anciens textes de TÉvangile *, V Esprit-Saint, dont le baptême devait être de feu, et qui s*est en effet reposé en langues de feu sur les Apôtres * ?
C'est donc la lumière aussi de TEsprit-Saint qu'il faut voir sur notre sarcophage ; et dans le Christ s'y révèle la Trinité tout entière.
Avec le Baptême, on y trouve ainsi la Confirmation, où a lieu la plénitude d'effusion de l'Esprit-Saint, le parfait accomplissement de la parole de Jean-Baptiste : Vous serez baptisés dans t Esprit- Saint et dans le feu. Mais le troisième des grands sacrements de la vie chrétienne, l'Eucharistie, serait-il absent ?
Ne faut-il reconnaître dans le poisson tiré de l'eau que le Christ ou le chrétien sortant du bain de la purification et recevant le Saint-Esprit? Des indices certains, urgents, nous y font reconnaître en outre le Christ eucharistique. La gemme de Yallarsi, qui nous montre un poisson tiré de l'eau par l'hameçon du pêcheur, comme sur notre sarcophage, nous fait lire à côté : « IX0ÏG, Jésus-Christ, « Fils de Dieu, notre Sauveur; » et il s'agit assurément du Christ sacramentel puisque l'inscription d'Autun termine son acrostiche sur riXOïC par ces deux vers :
Prends la nourriture, douce comme le mie], du Sauveur des Saints : Mange, étant afEEimé ", ayant le Poisson dans les mains.
*IHebr.,I,3;IJoau., 15.
« Joan., XIV, 9.
» PcBdag., 1. I, cap. VI, col. 288.
* Tischendorf, Novum Testamentum, editio VII», 1859; Matth., III, 15, 17.
» Bfatth., III, 11; Act., H, 3.
J La leçon nx^im (nctvgKov) me parait certaine. M. de Rossi a fini par l'adopter,
656 LA CAPPELLA 6RBCA
L'inscription â*Autun est voisine de temps comme de lieu de notre sarcophage. L'épitaphe de S. Abercius, contemporaine anssi, mai«$ asiatique, est expresse snr lo sens eucharistique du poisson tiré de TeaU. Parlant de son voyage à Rome, le saint évêque dit :
Depuis les lieux de Taurore,
J'ai eu des hommes concordant avec moi. La foi a présenté Et servi en nourriture le poisson venu d*une fontaine divine ^, Grand de toutes manières, pur, qu'une Vierge sans tache a pris Et a livré à ses amis pour être mangé tout entier, Âjant un vin excellent, donnant ce mélange avec le pain '.
La « Vierge sans tache, > c'est l'Église, dispensatrice des mys* tères de Dieu '. Après l'avoir vue en Pêcheur, nous allons la voit*, sur notre sarcophage, en Pasteur.
Derrière le divin Pêcheur, près de l'eau régénératrice, esf uûe montagne; Elle porte au sommet un arbre où perche une colombe. Trois brebis couchées s*étagent sur ses flancs, dont une regarde vers le Pécheur. L'ancre du Pêcheur est en' bas, droite, les crochets à terre, adossée à la déclivité du terrain. Vis-à-vis s'élève du niVeau de la plaine un second àrbre^ portant dans son feuillage une seconde colombe. Une brebis debout est au pied, derrière le tronc, tournant la tête vers une Orante dont elle semble toucher la robe. Vêtue de la tunique' et du pallium, les bras presque nus comme Susànne de la cappella greca, cette Orante dont les mains élevées arrivent soùs les deux colombes, a les yeux au ciel. Que représente cette montagne? quelle est cette Orante?
Une montagne semblable, avec les trois brebis étagées, mais sans arbre et sans ancre, se voit sur le sarcophage de Pauline, du cime* tière de Priscille *. Pauline est dite être « dans le lieu des Bienheu^ « reux, ATAKAKÛN ENI XÎ2PÛ. » Clément d'Alexandrie, sur lés pes de David, de S. Paul, de S. Jean, disant que « les brebis du bercail » du Seigneur « reposeront sur la montagne Sainte de Dieu, dans l'é- « glise d'en haut ^ » il est clair que cette montagne figure l'Église *.
* Je lis volontiers 6et7)$ pour le spondée ou Tanapeste qui manque au texte. « Spicil. Solesm., t. III, p. 533.
» I Cor., IV, 1.
* Aringhi, t. H, p. 267.
» Strom., l. VI, col. XIV; PairoU grwc, t. IX, col. 32& ; Ps. XV, 1; Gai., IV, 26 ; Hebr., XII, 22 ; Apoc, XIV, 1.
* Cf. Rom, 80tU, t. II, t. XV; Aringhi, t, I, p. 335.
LA CAPPELLA GRECA $S3
Mafo(elk rappeUe tout spécialemeat le Chirisi. Le baMÎ* iiù l» pè-*cheur jette le hameçon, est à côté de la monta^oi^ et ^v^l^ e» recevoir ses eaux, comme on le voit ailleurs recevoir led eeuic du mont frappé par Moïse. Or S. Paul écrit de ce naont: J^a pifrre ^(ait ie €Arist\ u Le moDt, c'est le Sauveur, »> diilaClefdB Méliton; « l# H mont, c'est le Christ, » dit S. Grégoire-le-Grand ^. L'aocre i^ccoléf aitt moQt semble le dire expressément, car elk figure le Chmt ; .elle <6st une variante du cAi, son monogramme ; et quand^ puAre \e$ crochets dessinant le chi, elle a comme ici une barre taraosversato dessinant Yiota, les monuments nous ontdit fiie c'esi un Jhiérogly«p phe qui doit se lire : «X, I, Christ, Jésus, » ou « 1, 2^ Jé&ustGbrist '. i» La montagne «st oouponuée par un grand a^rbre. Ce poorrûit^tn» im kmrier ; mais le tronc gros et rugueux, très caractérisé sur deux autres exemplaires de Tarbre que présente le sarcophage, conviant mieux à Tolivi^. G*est Tolivier que le sujet rédamo. A côté .cl09 eaux du Baplème on s'attend i trouver Tartire de la ConOroa^rtiQn. C'est lui que nous voyons sur le sarcophage roimain ofTraai le soleiLat le pèeheur de notre sarcophage : il est dans l'avche de Noé qui flotta sur les eaux et il rappelle sa colombe. Ailleurs il est sur la mootagM d^o{ï Moise, ayant les traitfi du Christ, fait jaillir r,eMi ée la vie ^. DeUiX épitaphes le présentent aux deux o6tés de TOranie ^.iPmi^skoenoM le montre dans le jardin, dit paradis, de rairiutm d» La basUiqiie yatÂcane : il « porte le chrême » au milieu des courants de reau destir née à la régénération. Une colombe est sur notre arbre. Elle peut désigner, les monuments le disent, TEsprit-Saint, le Christ, les Apôtres, les fidèles. Elle désigne ici les fidèles, et Tuoe des deiix ÉgUsejs 4^3 Juifs et des Gentils^ une autre colombe lui faisant vis-à^vis sur un autre arbre, de l'autre côté de l'Orante, et désignant l'autre Église*. Les deux oliviers désignent ces deux Églises pareillement. Ce sont les deux oliviers, les deux témoins et prophètes du Seigneur, que Z^arie nous montre ^.u;x côtés du candélabre d'or, aux sept
'ICor., X,l.
' Spicil. Solesm., t. II, p. 142.
» Ici, pi. XI, 45-51.
* Aringhi, t. I, p. 319.
» Bulletino, 1868, p. 13. - Ici, pi. XVI, 15.
«Cf. ici, pi. IX, 2; XI, 3'4; XVI, 8.
6S8 LA CAPPELLA aftBCA
lampes, qui est Timage du Seigneur '. Les deux palmiers leur serviront de variante *.
Entre les deux oliviers, entre les deux colombes, davant la montagne, marquée de Tancre, qui représente le Christ et T (église elle-même, est debout la plus majestueuse des Orantes. N'est-ce pas tout spécialement TÉglise du Christ, son Église unique?
L'Orante occupe, au milieu des brebis, la place ordinaire du Bon- Pasteur ; elle est entre les arbres comme Susanne dans le paradis de son époux : il est naturel de voir en elle TÉpouse du Bon-Pasteur, la Susanne symbolique, la divine Bergère. Trois brebis sont devant elle, le long de la montagne ; une est à ses côtés, rappelant la brebis favorite du pauvre pasteur, dont Nathan disait à David : // l'avait élevée et elle avait grandi de compagnie avec lui et ses fils '. Comme aux côtés de la colonne, qui est indubitablement TËglise, sur la gemme de Yallarsi, deux colombes, tournées versTOrante, accompagnent les brebis, à sa droite et à sa gauche, représentant le Judaïsme et la Gentilité venus à TÉglise qui porte le grand nom du Christ. Nous avons ici, comment en douter ? un des tableaux les plus célèbres d'Isaie. Le soleil, qui est le Christ, illumine cette scène, une avec la précédente ; le grand astre, monté dans le ciel, fait vis-à-vis, par-dessus la montagne de demi-hauteur, au visage de rOrante ; et ces paroles du prophète sont en image devant nos yeux :
c Resplendis, resplendis, Jérusalem, car ta lumière est venue et la gloire du Seigneur s* est levée sur toi. Voici que les ténèbres couvriront la terre et que l'obscurité sera sur les nations, mais sur toi apparaîtra le Seigneur, et sa gloire rayonnera sur toi. Les rois marcheront à ta lumière et les nations à ta splendeur. Lève autour de toi les yeux, et vois tes fils rassemblés. Tous tes fils viendront de loin et tes filles seront apportées sur les épaules... Et toutes les brebis de Gédar seront rassemblées, et les béliers de Nabaioth viendront, et des hosties acceptables seront offertes sur mon autel, et ma maison de prière sera glorifiée. Qui sont ceux qui volent comme des nuées et comme des colombes avec leurs petits vers moi ^ ? »
* Zach., IV, 2, 3, « Ici, pi. XIII, 25, 26.
' II Reg., XII, 3. Septante. ^ la., LX, 1-8. Septante.
LA CAPPELLA GRECA 659
Voilà bien les colombes, les brebis, le soleil divin de notre sarcophage. L'Orante, encore une fois, doit être l'Église. Un tableau d'Ezéchîel achève de le démontrer. Il présente la montagne d'Israël, quon voit ici, ses arbres, sa plante de paix, ses brebis autour de la montagne, leur tranquille sommeil, le nouveau David qui les patt. Qui est-il sinon le Christ représenté par sou Église à qui il a dit en remontant au ciel : Pais mes agneaux, pais mes brebis?
« Je les tirerai du milieu des nations, je les rassemblerai des régions diverses, je les conduirai dans leur terre, je les pattrai... sur la montagne élevée d'Israël. Leurs bercails seront là et ils dormiront et se reposeront là dans des délices excellentes. . . Et je susciterai sur eux un pasteur qui les paîtra, mon serviteur David... Kt j'établirai pour David une alliance de paix et je ferai disparaître de la terre les b^tes féroces, et ils habiteront dans le désert, et ils dormiront dans les forêts. Et je les mettrai tout autour de ma montagne, et je vous donnerai la pluie, la pluie de bénédiction. Et les arbres qui sont dans les champs donneront leurs fruits... Et je leur susciterai une plante de paix... Et ils connaîtront que c'est moi le Seigneur, leur Dieu, et qu'ils sont mon peuple. Maison d'Israël, dit le Seigneur... vous êtes mes brebis et les brebis de mon bercaU, et moi je suis le Seigneur votre Dieu *. »
Il serait étonnant que TÉglise ne figurât pas sur un monument qui est une vraie synopse théologique, une profession de foi chrétienne vraiment splendide. C*est dans TÉglise comme dans le Christ que les plus anciens Pères voyaient le fidèle. S. Justin écrivait ces lignes en harmonie si parfaite avec notre sarcophage :
c Écoute, ma fille, et vois, incline ton oreille et oublie ton peuple et la maison d€ ton père, et le roi sera épris de ta beauté» car lui est ton Seigneur et tu Vado» reras (Ps. XLIV). Ces paroles .. déclarent... manifestement que le Verbe de Dieu s'adresse à ceux qui croient en lui comme étant dans une seule âme, une seule synagogue, une seule église, qui est sa fille, l'Église, née de son nom et participante de son nom '. •
S. Irénée disait pareillement, en parlant de la foi :
ff Ce don de Dieu a été déposé dans l'Église, comme un souffle sur sa créature, afin que tous les membres qui le reçoivent soient vivifiés... Où est l'Église, là est l'Esprit de Dieu, et là où est l'Esprit de Dieu, là est l'Église et toute grâce. L'Esprit
« Ezech., XXXIV, 13-31. Septante.
* Dial. eum Tryphone, 63; Pair, grcec,, t. VI, col. 021.
660 EA «»^PtabL3L OUfeCA
ettYérifté. O^Nt fbu^Mèi mttt qui ne partidp^tlt |M» t e«fl 'B^Ht lib sisfctt pu nounis des itianiellée 46 la Mèrepotir la We... lU sont (les Mardo^ité^ hors du royaume de Dlea ^ 9
€ès lignes M gtand dcMftew de Lyoû, écrites vers le temps o4i iMttë iMiTCèphage était seulpté en Provence, peuvent lai servir dis cdmftiëntaire. Mbrcion dogmatisait, térsl*an 156, à Rome. Dès lors, en ce midi dés Gaules, si exposé an^s hérétiques, il était bon d'afficher sur un insigne monument Timage de TÉglise.
Mais rOrante ne serait-elle pas simplement le défunt ou la défunte reposant dans le sarcophage, et qu'on voit au milieu des brebis parce qu'il fait « partie du troupeau du Christ » , comme on trouve^ sur une ft*esqtte du cimetière de Domitiile, deux femmes OranleS, escortées chacune d'une brebis, aux côtés du Bon-Pasteur ' ?
Supposé qu'ici ces brebis ne soient pas de pures doublures des Orantes, figurant avec elles les deui^ Églises du Judaïsme et de la GéiHUité, dont Vtmique PuUeur a fait son unique bercail ', TC^ranta d^ notre savcophëge est dans des conditions tout autres. Elle pait des brebis ; elle tient la place du Bon-Pasteur qui, au milieu de ses brebis, lui fait pendant de l'autre côté ; aucun indice ne donne à croire qu*eUe n'est rien de plus qu'une des brebis de ce troupeau qui l'entoure. Cette identification subtile n'est point en harmonie avec les origines de l'art chrétien^ où tout est dérivé sans raffinement des saintes Écritures. Une des absides de la basilique ronde dédiée, à Milan, au martyr S. Genest, par Galla Placidia, fille de Théodose-le- Grand, nous présente, d'ailleurs, un Pasteur et une Pastourelle où tout nous invite à voir le Christ et l'Église, l'Épouse du divin Cantique disant à l'Époux ces paroles ou de semblables : Indique» moi, Bien-aimé de mon âme, où, tu fais paître tes troupeaux, où tu reposes sur le midi, pour que je fie sois pfis comme une femme voilée {errante) parmi les troupeaux de tes compagnons ^. Notre sarcophage avec son Pêcheur qui est un pasteur aussi, dont Tancre est aU milieu des brebis, et vers qui une brebis toiurne la tête, avec son Bon-Pas-
> Centra Umreset, 1. in, ca^. XXIY; 1. IV, oap. VUI.
* BulUtino, 1877, p. 50.
' Joan. , X, 16.
* Gant., I, 6. — R. P. Garucci, Storia delfù Ai^tê Mit., IfiUiâèi, iav.l89%. — L'église porte aujourd'hd le nom de ^aint-Aquilita.
lA OAPPEI.LA 6RBCA Q((|
leur, ayee son Orante-Bergëre, est un prélude de cette myati^e et nviasanle composition.
Le défunt se trouve ainsi au centre du monument, entre Timage de rÉglise et celle du Bon-Piaateur. Des sarcophages, dont nous parlerons, et sur Fcin desquels on n*a pas hésité à reconnaître daia l^Oranle • Timage de TÉgUse ', » nous offrent oe même ensemble \ Rs achèvent d'expliquer noire sarcophage et de nous dire qui eat son Orante.
Je suis )oin, cependant, d*écarter toute identification du défiait avec les brebis au milieu desquelles il apparaît. La brebis qui est comme accotée à la robe de l'Orante pourrait bien l^ètre avec un» intention particulière. Je verrais facilement en elle et dans une autre accroupie de Tautre côté, en face du Bon-Pasteur, auprès d*un grand personnage mystérieux, une certaine image du défiant, brebis élue de TÉglise et du Christ.
Passons de cet autre côté de Timage du défunt. Toicd le Bbn- Pasteur faisant pendant à TËg^se-Orante. C'est le monde de la gloire après celui de la grâce.
Le Bon-Pasteur est vêtu, identiquement comme le Pécheur^ d'uae simple tunique de travail, laissant à nu Tépaule gauche au lieu de répaule droite. Une brebis est sur ses épaules, une autre debout à son côté. Devant lui est un artère, dont Tovant^torps de la brebis cache le tronc. Ce groupe est la réplique, avec des variantes seules de position, du groupe de TOrante ; et celle-ei est en parallèle évident ave«*. le Pasteur. Le Bon-Pasteur se présente devant un grand personnage assis et terminant le tableau.
Assis, ce personnage a la hauteur du Pasteur debout. H est drapé d*un simple manteau qui, reposant sur Tépaule et }e bras gauche, laisse à nu la poitrine et la ceinture et couvre jusqu'aux pieds le reste du corps. H porte de la main gauche un sceptre — rien n'indiqua me Iraeç-n-, et de la droite il faii ta Bl^nrPa«tattF 16 geatd de la^ueU, Ï9ilm dire de raUooutîon. Il rappaUe le Jii|dtw éH monuments païens, et en particulier celui d'une médaille décrite ainsi par Montfaucon :
* M. Le Blant, Sarcoph. d^ Arles, pi. XVI, p. Î8.
' Ypir îd, pi. XVI, il. Taa de en saréoj^uigM, c#lui dflpl vièat le parier M. Le Blaat.
662 LA CAPPELLA 6REGA
c Après Tient Jupiter assis, qui tient la pique à la main gauche et tend la droite à la Foilune, reconnaissable par la corne d'abondance et le timon. Entre eux sont le soleil et le croissant *.
Mais c'est un sceptre court et incliné qui est tenu ici par le milieu, au lieu du sceptre long et droit vers le haut duquel s* appuie Jupiter ; et, au pied du siège, au lieu de Taigle et des foudres, une douce brebis est couchée. Elle lève la tète près du bout du sceptre, sous lequel elle semble comme abritée. A la vue de ce personnage dont la majesté et Tair d'autorité priment tout sur le sarcophage, qui ne songerait au Père céleste, au texte de l'Apocalypse : Ei voici qu'un siège était placé dans le ciel et sur le siège un homme assis *, et au Te Deum de l'Église : € Nous vous louons^ 6 Dieu... Père «c d'une immense majesté? »
Trois sarcophages du quatrième siècle ou des premières années du cinquième nous présentent Dieu le Père assis. Sur l'un, ayant à côté de lui le Fils debout, derrière lui le Saint-Esprit debout, il bénit Eve sortie d'Adam '; sur les deux autres il reçoit l'agneau d'Abel, sans regarder aux présents de Caïn *. S'il ne tient pas le sceptre comme le grand personnage de notre sarcophage, il a la même attitude, et il fait une fois le même geste. Pourquoi ne pas voir ici, avec des souvenirs classiques naturels, le Père et le Fils Bon-Pasteur, et ne pas reconnaître sur ce monument chrétien la traduction des oracles du Christ et des Apôtres les plus solennels et les mieux appropriés à un tombeau?
c Les œuvres que je fais au nom de mon Père, disait le Christ aux Juife« ren> dent témoignage do "moi. Mais vous ne croyez pas que vous n^ôtes pas de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix ; et moi je les connus et elles me suivent. Et je leur donne la vie étemelle ; et elles ne périront jamais, et personne ne peut les ravir de la main de mon Père. Mon Père qui me les a données est plus grand que tous; et personne ne peut les ravir de la main de mon f'ère. Moi et mon Père nous sommes un *. •
Mon Père est plus grand que tous, c'est la leçon commune des manuscrits grecs, reçue ou du moins connue en Provence au second
I VAntiquiié expliquée, 1 1, pi. XVI, p. 49.
• Apoc., IV, 2.
' M. Blartigny. art. Sarcophages.
* Aringhi, t. II, p. 167 ; Revue de VArt ehi-étien, t. XXI, p. 145 — Gen., IV, 4. » Joan., X, 25 30.
LA CAPPELLA GRECA 663
siècle. Notre sarcophage en parait une reproduction frappante ; et cette brebis sur les épaules du Bon-Pasteur, et cette autre sous le sceptre de celui qui est plus grand que tous, et qui, mieux que le Grand-Roi, peut étendre son sceptre d'or sur Esther *, répondent bien aux déclarations sacrées : Mes brebis,., personne ne les arrachera de ma main,., personne ne peut les ravir de la main de mon Père.
Limage du Paradis qu'on voit sur ce tableau montre que le Christ n^a point dit en vain de ses brebis : Je leur donne la vie étemelle. Mais ce Paradis, il Ta appelé maintes fois le royaume de mon Père*\ et au d3rnier jour il dira aux brebis, qui seront à droite : Venez, béîiits de mon Père, posséder le Royaume qui vous a été préparé dès la * fondation du monde ^, Quoi de plus évangéiique donc que de trouver ici le Père avec le Fils, le Père avec les brebis du Fils, le Père avec ses bé7iis à lui-même ?
Le Christ a dit ensuite la veille de sa mort :
t Et maintenant, mon Père, glorifiez-moi en vous-même de la gloire que j'ai eue en vous, avant que le monde fût. J*ai uianifest' voti's nom aux hommes que vous m'avez donnés du monde. Ils étaient à vous et vous me les avez donnés, et ils ont gardé votre parole. Ils savent maintenant que tout ce que vous m*avez donné vient de vous. . . Maintenant Je viens à vous. . . Père, je veux que là où je suis ceux que vous m'avez donnés soient aussi avec moi, afin qu'ils voient la gloire que vous m*avez donnée avant la création du monde ^. »
N'est-ce pas ainsi que sur notre sarcophage le Bon-Pasteur se présente au Père et présente la brebis humaine récupérée, la brebis du Père?
S. JPaul écrit à son tour :
c Par un homme vient la mort, par un homme aussila résurrection des morts... dans le Gbribt tous revivront. Ce sera la ûu, quand il aura remis la royauté au Dieu et Père. . . Alors, lui, le Fils, sera soumis à celui qui lui aura tout soumis, afin que Dieu soit tout en tous '^. »
* Esth., V, 2.
* Matth , XXVI, 29; Marc, XIV, 25; Luc, XII, 32. •Matth., XXV, 31-34.
* Joan., XVII, 5-24.
» I Cor., XV, 21-28.
m LA CAPPELLA GREC A
N'eM'^ee pas oef taMeau de rApôtre qui a fourni au sculptear Fîdée du sièw? Et n'avons-nous pas sous les yeux le Bon-Pasteur re* Tenant an ciel de la mrssloa que son Père lui a donnée ici-bas, se présentant à Itti vainqueur de la mort et de Tenfer, portant eu triomphe br brebis perdue qu'il a rendue immortelle, et remettant Tempire à ediui à qui seul appartient Tempire ? A lui gloire et empire : c'est racclamation au Père, des Apôtres et des premiers chrétiens \ Il ftrudtail être bien difficile pour ne pas reconnaître, dans le sceptre dvt personnage qui siège en face du Bon-Pasteur et l'accueille» Vimperium du Père céleste.
le ne puis me faire à la pensée d'aller prêter le soeptre de ce peraonhage éiâinetit par*4essus tous ceux du sarcophage, y compris le Bon-Paéteur, à je ne saiâ quelle divinité de lieu, froide et banale, sur laquelle on n'ose risquer aucune conjecture. On peut reconnaître ailleurs, à des indices certains ou à leur nom, le Jourdain, le désert du Sinaï, le mont Hebal, TÉgypte, Jéricho, Gabaon, la fontaine de Nachor, la Tempête, le Soleil, la Lune, le Ciel '. Ici, rien de tel ou d'analogue. Renonçons donc à demander à la fable ou à la poésie l'interprétation de cette grande Qgure et recevons-la de l'Écriture, qui la donne limpide et à pleines pages.
ï^'ttdétice, ansâi bien, semble trancher la question. Ne dit-il paé dil Cbriist dans le Noël déjà cité :
c II revêtit un corps mortel, pour que, ce corps ressuscitant, lui-même rompit la èhatne de la Uoft et portai l'hoinme au Père ^? i^
Hominemque portaret Patri: ce vers apparaît, deux siècles avant Prudence, sculpté sur notre sarcophage.
S. Augustin nous prête un semblable appui. Commentant le passajje d'Ezéchiél sur le Pasteur tiouveau, le Bon-Pasteur, il dit :
k Pasteur est Id Ohriet^ Pasteur est aussi le Père^ Pasinr est et Pat&t. Le nté a, avec le Fils, la commisération de pasteur, HabéL.. Puièr pàseêrtdi niiièrati&» nem *, •
' IPet. V, 11; ITim., VI. 16; Apoc., I, 6; Jud., 25.
• Pour ces personnifications, voir Buonarroti, Velri^ p. 7.
* Cathem., XII, v. 46-48.
*ScrmoXLVn,21.
LA CAPPBLLA GBECA Mi
Voilà bien les deux Pasteurs de notre sculptare ; et, encore hm^ fois, comment douter que celui qui est assis ea lEace du Bon-Pasieiii ne soit le Père ?
ie bâton pastoral, cette brebis à côté, c'est bien ce qui lui.con^ vient. Ne sommes-nous pas les brebi» qu'il fait paître^ tes brebis de sa tfitiin * ; et David ne dit-il pas : Voire houlette ei votre bâton êont ce qm me console ' ? Il semble même que la brebis dont la tète se porte vers le bout inférieur de la houlette est une réniinisceace du Psafume, et un certain indice que c*est la boulette de Dieu.
Mais se peut*il que Dieu le Père soit ainsi représenté dans une attitude qui rappelle celle de Jupiter ? — Pourquoi non, s'il n'y avait là aucun inconvénient, mais de sérieux avantages? Le bu^e du soleil de notre saroophage, figurant le Christ et la divinité même, n'est-il {>as le buste psaen rappelant Apollon ? Le Bon-Pasteur li*est-il pas en somme le pasteur du type antique, fixé, pense-trOit, à la plus belle époque de Tart grec, par la main dé Calamis, qui fit, dît Pausanias, une stattie de Mercure portant un bélier sur les épaules '? Quel mal y avait-il à dérober aux divinités païennes ces symboles i&afurels et gracieufx pour les rendre au Christ, vrai Dieii, eh écartant toute confusion et toute profanation possible ? Ici le sce|ytre spécial, la brebis, le Bon-Pasteur, lu colombe sur Tarbre, . Tarbre nième qui évidemment n'osrt pas le ehène de Jupiter, ne permettent pas de voii^ Jupiter dans le m;>Jestueiut personnage qui trône. C'est Jupiter, mais, Zeii; «iT^^p^ S>em pûter, dont S. Paul a dit aux Athéniens, en citant le m^ de leur poète Aratus> sur Ztb« même : Nous sommes sa race * ; c'est Dieu le Paires dent TApôtre écrit aux Ëphésiens : le Père de Notrt^Seigneur Jésus-Cbrist, de ^ui toute paternité tir'e son nom au ciel et sur la terre '. S. Tbéophilet éréque d'Antioche, eontinuera, au second siècle^ les mêmes liardie^ mais justes reprises, en remontant jusqu'au chantre par excellence
« Ps LXXVIII, 13; XCIV, 7. Septante.
* Ps. XXII, 4. Soptante.
' KoXajiiç eno^Tjaev fi^oXf^a *Eo{jio3 ^^povta xpwJv iiCi TtSv ciSficuv. PattUllias, U IX, 22, 2- — Cf. Raoul-Rochette, Mémoire» de VAcad. des Inscript., t. XIII* p. iOl. M. Mai tigny, 2« édit, p. 585.
*Act..XVlI, 28.
* Ephcs., III. 14, 15.
666 LA CAPPELLA GRECA
de Jupiter, Homère '. Faut-il s'étonner de retrouver vers ce temps ces revendications sur notre sarcophage ?
J'ai dit que la brebis qui est couchée à côté du Père céleste et lève la tète vers le bas de son sceptre, me parait comme celle qui de Tautre côté touche la robe maternelle de FÉglise, faire allusion au défunt. Le Bon-Pasteur semble dire au Père, en parlant de la chère brebis : Père saint, C07iservez en votre nom ceux que vous ni avez donnés.,^ je les ai gardés et pas un deux n'a péri*] et la brebis . semble dire au Père : le Seigneur est mon Pasteur , je ne manquerai de rien '. Aujourd'hui, au jour de Téternité, il est avec le Bon- Pasteur en Paradis *. Le vrai Grand-Roi, assis sur son trône, à étendu vers Esther sa verge d*or, et lui a ofFort la moitié de son royaume *.
Chose digne d'attention ! Cette brebis et les six autres du sarcophage sont ornées de cornes en volute, comme les huit, d'ailleurs, du sarcophage de Pauline, à notre cimetière de Prrscille. Il est rare que les brebis femelles aient des cornes, et toujours ces cornes sont petites. Nos brebis sont donc toutes mâles. Elles rappellent ces paroles du livre d'Enoch, où S. Jude a puisé la plus ancienne des prophéties : « Des agneaux furent mis bas par les brebis blanches... « etje vis en vision des corbeaux s'abattre sur ces agneaux... et je vis <f aussi des cornes croître sur ces agneaux, et les corbeaux essayaient « d'abattre ces cornes • ; » et le mot aussi de la martyre Perpétue, transformée en athlète, dans sa vision: «Etje devins mâle, et facta « sum masculus \ » Elles font songer enfin à cette corne de salut suscitée de Dieu pour nous, qu'a chantée Zacharie, à la vue du berceau prochain du Christ ^
Un arbre est entre le Bon-Pasteur et Dieu le Père ; un oiseau apparaît dans le feuillage ; il est tourné vers celui qui trône, et voisin de sa main. L'arbre parait être, comme les deux autres du sarcophage,
* Ad Autolycum, l. Il, 8. - Pair, grœc , t. VI, col. 1060. •Joaii.,XVIMl, 12.
'Ps.XXII, t.
* Luc, XXlll, i3
* Esther, V, 2, î^'.
* Enodu liber, cap. LXXXIX, 8-12. Stuttgardi», 18iO. ' Âcla, 10.
» Luc, 1, 60.
LA CAPPELLA GREGA 667
un olivier; Toiseau est uae colombe. Comment douter que ce ne soit TEsprit- Saint, S. Paul disant du royaume de Dieu qail est justice et joie et paix dans le Saint Esprit ^ ? L'olivier marque la joie et la paix; le Saint-Esprit est figuré par la colombe qui est son symbole, avant de recevoir tout autre symbolisme. Que pourrait représenter, sinon le Saint-Esprit, cette colombe unique placée entre le Père et le Fils dans le Paradis? Elle est sur l'arbre de vie qui est au milieu du Paradis ' ; et « ce héraut primordial « de la divine paix », cette « figure du Saint-Esprit >/, comme rappelle Tertullien ', n'apporte point seulement le rameau d'olivier, il est installé dans Volivier même, donnant la pleine douceur de la paix. Tout nous dit qu'il faut voir l'Esprit- Saint en cette colombe.
Nous avons donc devant nous une des plus expresses et certainement la plus ancienne représentation de la Trinité offerte par les monuments chrétiens. Le buste du soleil sur les eaux du Baptême, avec son foyer de lumière, son disque, ses rayons, nous a fait songer à la Trinité en même temps qu'à Tunité divine, dans le tableau de gauche du sarcophage. A celui de droite, voici la Trinité avec ses trois personnes, le Bon-Pasteur, la Colombe, le Père Tout-Puissant. Le Père est représenté plus grand que le Fils et siégeant, et le Fils est debout allant vers le Père, comme, en effet, le Fils, se déclarant le subordonné du Père, bien que son égal, et montrant dans le Père le principe de la hiérarchie et le représentant de l'autorité au sein de la divinité, a dit très précisément: Je vais au Père, car le Père est plus grand que moi \ L'Esprît-Saint est entre le Père et le Fils, lui qui procède des deux ; et il va du Fils au Père^ car Jésus conduit par F Esprit *, la veille de sa mort comme au lendemain de son baptême, disait et répétait : Je vais au Père • ; et l'Esprit-Saint, par qui a été conçu et oint le Fils de l'homme qui s'appelle le Fils de Dieu % est
• Rom., XIV, 17.
*Gen., II, 9; Apoc.,XXII,2.
» Advers. Valent., II.
* Joaii , XIV, 28.
»Matlb.,IV, 1.
«Joan.,XIV,28;XVl, 10, 17,28- 'Luc, I, 35; Act,X, 38.
lA CAPP«UJk ChRBCA
aussi celui par qui il a été res$u$^ki '. C^est dans eeite apo^éoee d^ Christ que se préseale à im)us la Trinité ; et c'est l*apotl|éose même de rhumanité qu'avec sa brebi» sur les éfaulea le v brist « poria au « Pèee », eomme dit Prudence, TEaprit-Salat marquant entre eux deux la voie, et faisant, comme dit S. Paul, dans son tableau modèle du nôtre, que Dieu soii tout en tous '.
Si Ton trouve qudque rapport entre cette apothéose et celles lér vées par les païens, Tapothéose d'Auguste, par exemple, reçu au ciel par Jupiter et les dieux, dans Ovide ', je ne m'en effraierai pas, loin de là. Au mensonge, encore une foie.» le christianismra devait faire succéder la vérité, en lui reprenant, même ostensiblement, sas usurpations. U n'y avait qu'à s'inspirer des paroles de S. Jean, à la fin de l'Épltre qui sert de préface ou lettre d'envoi à son Évangile : Nous savons que le Fils de Dieu est venu et nous « donné l'intelUr gencepour que nous connaissions le vrai Dieu et que nous soyons en son vrai Fik. C'est lui qui est le vrai Dieu et la vie éternelle- Mes peiiis-enfantâ, çardez-vous des idoles ^.
Nous avons terminé cetto étude sur le sarcophage de la Gayole, non moins ancien et plus admirable encore que la célèbre inscrip^ tion grecque d'Autun, le plus précieux sarcophage chrétien comme la plus belle inscription chrétienne appartenant jusqu'ici à noa Gaules. On y a vu la mystique Susanne, l'Église, dans toute I41 grandeur et la richesse de son symbolisme. N'était-ce pas à celle qui s'appellera la Fille ainée de l'Église que l'art chrétien devait l'un des premiers et l'un des plus magalfiques portraits de at Mère?
III. — Le troisième monument dont nou$ avons annoncé l'étude réclame seulement quelques lignes. C'est un sarcophage d^A^e^ qui est une variante abrégée de celoi de la Gayole, dont il aehèvefia ruiustration. La éescriplien et l'interprétatîoi^ e^ sept domiéef ainsi par M. Le Blant ' :
'Rom., VIII, II.
M Cor., XV, 28.
* Metamùrph., XV, v. 86i-70.
' l Joan., V, 20, 21.
» P. 28. PI. XVI. Voir ici la monoment, pi. XVI, 11.
% Sctftdp^ftgts It9 marbré grossier. Au ceiltre. b btisie tlu nmrt tinns on eadtiB arrondi, au-dessous duquel est une tessère vide ' . Des df4it 4tU^ ornements en forme de strigtles. A gauche, une femme lerant la main ^ea signe dHuMiam»iion. Peut-être s'agit-il d^une image de TÉglise triomphante accueillant le défunt, comme le dit une épitaphe d'Afrique'; tel est. en effet, le geste d'une figure de sainte Pétronille recevant une chrétienne dans le t^aradis ^. A la droite, le Bon- Pasiteur pottant, comme on 4e voit parfois, un bélier sur les épaules ^. »
La cMaposition de ce sat^i^piiage est reproduite eur deux autres dBtisppOFt eoeoreplus immédiato a^ee ceDui de ta Gayole. Sur les deuiL, la défttote esl au 4ealre« éèoulatit le decteor : l'un ofiVe eux extrémités leBon-Patsteur et ufBé Orante ; Tautre, utt^homme tenant uu livi>e et une femme ayant une colombe à ses pieds *. C'est le Christ ^t rËgHse, au moins dans le piramier tableau ; et le second, «»ez obscur en lui-même, reçoit du premier sa lumîëre. Le défnnt, oMeigné irar l'ÉgliBe, est admis dans le del 'par cette divine ttèf e et son divin Époux.
fl meisembte qu'H Vaut rapprot^er du isatcop/faage d^Aïles un c(Uatrième Mhjophage, venu dû cîmetifere du Vïitican, celui dw fils anonyme de Saturniuus et de Musa ^ k gauche de 1 épitaphe otrupanl la place du buste, on volt, dans toute la hauteur, une Orante entre deux arbres où perchent deux petits oiseaux, trois autres petits oisreaux étant à terré. A droite, le Bon^Pasleur portant sa%tebis est entre deux arbres ; quatre brebis isont autour de lui. L'Ol^ttte n'est poiUt le défunt, «*est une matrone voilée. Ce d'est point Musa pleutant son ffls^ : elle aurait, naturellement, pour pendant, àia place du Bou-Pasteur, Saturniuus ; et, au Tait, elle n'est point dans les pleurs, mais visiblementdans les joie^ du Paradis. Cest réponse dn'Bôn^Pasteur, l'Église, la mystique Susanue dans le Pïiradis de sbtt Ëptmx, dont on a ainsi deux vues. 'Entre ces deux vues du
' Le nom du défunt a dû y ôire peint.
*OUAM TE LETUM ÉXCiPET MATER TOLESÏA DE OC MtJNDO REVER- TENTËM. De Rossi, de Christ, titulis Carlhag., p. 40. < De Rossi, Bull, arch., 1875, tav. I.
* Hartigny^ Dict., art. Bélkr; Ado, flfaffyr.,1M fd).*étc.
* R. P. Oarucci, SUnia dklla Àrte cristiana, tav. 370, S, 4.
* Aringhi, 1. 1, p. 327.
^ M. Martignj admet cette hypothèse.
670 LA CAPPELLA GRECA
Paradis, est Tépitaphe du défunt. Comme Pauline, il apparaît « dans • le lieu des Bienheureux. »
Trois sarcophages sont semblables à celui du ûls de Saturninus. L*ua, offrant, à gauche, le Bon-Pasteur, qui, près d'un arbre, se repose sur sa houlette, à droite, une femme qui étend la main droite, porte, au milieu, dans un bouclier sous lequel deux béliers sont accroupis, cette épitaphe : « JANYARI IN PACE DOM,Januarius, sois « dans la paix du Seigneur ^ » Le second présente le buste de la défunte dans le bouclier ; dessous, une colombe et un lapin se jouent au milieu des fruits ; le Bon-Pasteur, portant sa brebis et ayant une brebis aux pieds, est à l'extrémité droite ; une Orante, avec un livre à côté d'elle, est à l'extrémité gauche devant une draperie ^ Le troisième a le champ rempli de quatorze brebis et de bœufs labourant ; le Bon-Pasteur, chargé de sa brebis et accompagné de son chien,' est à gauche ; TOrante est devant une draperie, à droite ; au milieu, vers le bas, parmi les brebis et près de la bergerie, deux enfants s'ébattent '. L' Orante fait-elle allusion au défunt? Il est évident, au moins en deux cas, qu'elle est l'Église. Nous reconnaissons le défunt reçu dans le Paradis par le Christ et par cette Église au chef de laquelle le Christ a dit : Je ie donnerai les clefs du royaxtme des cieux *.
On pourra nous faire observer, au sujet des trois monuments distingués auxquels nous avons cru devoir donner une si forte attention, que s'ils représentent l'Église, ils ne représentent pas Susanne. Rien ne l'y montre, en effet, directement. Mais, Susanne étant l'Église, l'Église ne rappelle-t-elle pas Susanne? N^avons-nous pas ici lOrante dont Susanne, à la cappella greca, est le plus ancien exemple, et, tout l'indique, le type primordial? N'avons-nous pas le paradis de Susanne et ses arbres? N'avons-nous pas enfin le groupe de l'Orante et du Bon-Pasteur, celui qui, à la cappella greca, est le groupe de Susanne et du Christ? Nos recherches sur Susanne symbolique nous obligeaient donc à signaler la mystique Susanne, l'Église, sur des
* R. P. Garucci, Storia^ sarcofiagi, tav. 296, 2. « JWd., tav. 360, 2.
» Ihid,, tav. 298, 3.
♦ Matth., XVI, 19.
JJi CAPPELLA QRECA 671
monuments eu elle n'est point apparue encore, quand surtout un de ces monuments, celui de la Gayole, est un des trésors de la haute antiquité chrétienne, que Rome même peut nous envier, comme Tinscription d'Autun.
En achevant de traiter de Susanne, symbole de l'Église triomphante, nous avons à ajouter à tant d'exemples divers, donnés jusqu'à présent, deux exemples d'un genre tout nouveau, où la figure, plus transfigurée que jamais, de Susanne se reconnaît indubitablement pour être la sienne.
Susanne, personnifiant l'Église dans son état glorieux, nous est toujours apparue sous des vêtements, parfois magniflques. Daniel, son compagnon, et le symbole du Christ ressuscité, qu'on trouve çà et là au centre des voûtes, à la place même du Bon-Pasteur, n'est point ainsi. On le voit, à de très rares exceptions près, toujours nu entreses deux lions. Ce n est pas qu'il ait été jeté nu dans leur fosse; il était vêtu assurément, et de même ses accusateurs, leurs femmes et leurs enfants, qu'on y jeta à sa place. Mais c'est que, vainqueur de ces rois de la mort, qui personnifient si bien la Mort elle-même, il personnifie la résurrection du Christ et celle de l'homme, dont le seul vêtement sera la grâce de l'Éden d'innocence, la gloire de l'éternelle sainteté. Daniel a ainsi la nudité des Bienheureux dans le ciel, sur la patène de Cologne, où il apparaît, nouvel Adam, entre les deux arbres du paradis de Susanne. Il l'a également sur un médaillon détaché du cycle ordinaire des sujets chrétiens. « Cette figure « nue, debout, avec les bras ouverts dans l'acte de la prière, » c'est bien Daniel, dit le P. Garucci ; c et ici on voit adjoints deux arbres « dans un sens certainement mystique * ». Daniel s'est rapproché de Susanne. Susanne, à son tour, va se rapprocher de Daniel.
Deux monuments nous la présentent dans des conditions toutes nouvelles. Le P. Garucci dit du premier, qui l'amène au second : « Buonarruoti en a eu un dessin qu'il a gravé, pi. II, 3, et qu'il a ex- « pliqué, p. 18, par un Daniel. Mais la copie que j'en donne *, d'après « l'original actuellement à la bibliothèque vaticane, prouve, par les « formes féminines, que c'est une Susanne. Sur une petite corna-
* Vetri, tûv. I, 7, p. 18. - Ici, pi. XVI, 12. «Tav. ni,7. — Ici, pi. XVI, 13.
êlî LA CAPFSLLA aRBGA
€ lîne, que J'ai donnée av musée Kircher, on voit pareillement mprè- « sentée devant une courtine une femme nue en attitude d Orante ' j) . C^-est rétat surnaturel des élus revêtus de la splendeur du Dieu trois fois saint: c*est la traduction ferme et chaste des paroles du Christ auK Sadducéens : Votu errez, ne sachant pas les Écritures, ni la vertu de Dieu. Car dans la résurrection on ne prendra m femme ni mmi^ mais on sera comme les anges de Dieu dans le ciel '. Susanne est une nouvelle Eve dans le Paradis.
Nous n'avons rien dit, dans ce chapitre, de Susanne, type de rÉglise souffrante. C'est que rien, en effet, ne la caractérise ainsi sor les monuments. Maie il est évident que Susanne, entre les deux Tieillards, agents du démon, étant le type de TÉglise militante, et, au milieu des artKtes du paradis, celui de TÉglise triomphante, elle a dû nécessairement^ dans les cimetières chrétiens, auprès de Daniel dans la fosse aux lions, des trois Hébreux dans la fournaise, faire penser à rÉgUseeouffrante. L'antique liturgie romaine des défunts, ponr^n'alléguer que cet argument, ne dit-elle pas, en parlant des âmes du'Ptttgaioire : « Seigneur, Jésus-Oinrist, Roi de gloire... délivrez^ « les de la gueule du lion... que votre porte-étendart saint Michel « les fasse entrer dans la lumière sainte qu'autrefoi« vous avez pro^ « mise à Abraham et 4 sa race ' ? »
C'est asaaz parler de Sosanne comme type de TÉglise. Terminons ce sujei en inc^quant rapidement les transformations de ce type, et en rappelant d'autres variétés mieux connues de l'Orante.
« Matlh., XXIÎ, 29, .%.
' Offertoire de la messe. — M. Le Blant, Sarœphages d'Arles, p. 15, dit que c Susanne » est • rappelée... dans la liturgie comme un type de la préservation cque l^Ëgiise demande pour les morts. • Il s*agit, en réalité, nous le verrons, des.ottki&eajou jdtsagsniaâQls. Mais ils touchant de près aux défunts.