CHAPITRE XXXII
SUSANNE SYMBOLIQUE. TRANSFORMATIONS DU TYPE. — LES FEMMES FIDÈLES, AGNÈS, MARIE, MÈRE DE DIEU : PERSÉVÉRANCE DU TYPE DE StSANNE. — LES HOMMES, LES MARTYRS. — LES AMES BIENHEUREUSES. — UN MOT SUR LE MYTHE DE PSYCHÉ. — UN MOT ENCORE SUR CELUI DU PHÉNUL. — LES VISIONS DE PERPÉTUE ET DE SATURUS.
Représentant ainsi TÉglise et en particulier TÉglise triomphante, Susanne était Timage naturelle du fidèle mort dans la paix du Christ et admis ou destiné à sa gloire. L'Orante qui, dans le cycle biblique, est Susanne, et que nous avons trouvée dans ce cycle avec son nom mème^ pouvait donc, sur les tombeaux, figurer le défunt ou la défunte. Cette attitude d*Orante était le souvenir de leur vie terrestre, dont la prière futTacte principal et satis intermission, selon le mot de saint Paul * ; c'était la révélation de leur vie céleste dans Fâme^ présentement ou prochainement, en attendant un jour le corps; c'était, sur leur dépouille mortelle destinée à Timmortalité, le cachet des bien-aimés de Dieu, appelés saints. C'est à tous ceux qui sont à Rome, élus pour être du Christ, de la maison, du bercail, du domaine du Christ, que S. Paul adresse ces dernières paroles '. C'est donc aux fidèles, à ce simple titre, qu'on pouvait étendre l'image de Susanne, la figure de l'Orante biblique. On n'y a pas manqué.
I. Comme il était naturel, l'extension s'est faite tout particulièrement aux femmes fidèles, et, sans doute, a commencé par elles. Preuve, encore une fois, que c'est bien d'une femme, do Susanne, qu'est dérivée l'expansion si multiple de l'Orante !
Une fresque du cimetière de Thrason, très voisin de notre cimetière de Priscille, nous fait saisir sur le fait la substitution de la fenmie
« I Thés., V, 17, • Rom., I, 6, 7.
674 LA CAPPELLA GRECA
DdMe à Susanne. Un serviteur, Rogatianus, a fourni le ]it du repos ici-l>as, la tombe, « à sa maltresse Grata bien méritante. » Sur le marbre fermant le loculm, il a fait graver : DOMINE SYAE GRATE HOGATIANVS. Au-dessous, une fresque, encadrée avec le loculm dans la même guirlande, offre, à Textrémité droite, entre deux bouquets de verdure, une Orante, sur la tête de laquelle on lit la suite de rinscription : GRATE BENE SfERENTI. A côté, on voit Daniel nu entre ses deux- lions, les trois jeunes Hébreux au milieu des flai&mes, une Orante de nouveau entre des bouquets de Verdure, GRATA, dont le nom est sur sa tête, et enfin le Christ ressuscitant Lazare \ Grata de la première image, c'est bien la défunte, telle qu'on Ta vue Orante en sa vie mortelle, telle qu'on la croît voir chantant le cantique d'actions de grâces au Paradis. Mais, à la seconde image, il est évident qu'elle tient la place de Susanne dans le cycle biblique des antiquités chrétiennes, telle qu'elle apparaît par exemple, sur la patère de Docléa. Ici l'Orante, qui est à côté des trois Hébreux, a la résurrection de Lazare, non à côté d'elle, mais vis à vis, et au lieu de GRATA on lit sur sa téteSYSANA. C'est toute la diffék*ence.
Un sarcophage, venud*un cimetière romain et déposé au musée du Liitran, contient au cartouche, qui est au milieu de la façade, cette inscription : w IVN IVLIAE IVLIAiNETI COxMVGI DYLCISSIME MELI- « BIVS Yll IDYS MAI, à Junia Julia Juliané, épouse très douce, Mé- « libée, le Yll des ides de mai '. » A Textrémité gauche, dans un cadre séparé le fion-Pasteur porte sa brebis ^ur les épaules. Puis, dans un seul grand Uibleau qui enveloppe l'épitaphe, on voit, d'un côté, Jonas jeté au monstre marin, de nouveau le monstre qui doit le vomir, puis, au-dessus des voiles de la barque de Jonas, la colombe Doétique, l'olivier au bec, et, en regard, une femme Orante dans Farche au lieu de Noé. De l'autre côté, six brebis reposent ou paissent sur une colline boisée, où l'on s'attendait à voir Jonas, vomi par le monstre, reposer sotis l'ombrage ; et, à l'extrémité, dans un second cadre, devant une draperie, une Orante prie étendant la main droite vers le lieU des brebis. Sur sa tête on lit : IVlIANI .
« Marangoni, Acta S, Victorini, p. 86; M. Perret, t. III, pi. VII.
* M. 4e Rossi, Il muaeo... PiO'Latera9un$e, XV; M. Perret, t. V^fA. 1L«
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G^hX Jqliai^. X'Oranto del-arche a ses trâits^t son >>ail#i 'GMdtae Juliî^né a pria la place da Noé dans rarchas ^l« a pvis «$efH# de 8ùsaope faUant peadaot au Christ. E{le demanép à>^re ddmltt^ dans' le bercail des buebid du Boo-Pastour, elle qùiest déji entrée tlai^s Tarche de TËgUse ; et ceite «ccbe appatrait non plus balldlibée Mt les flots de la mer de ce monde, mais déjà portée' dmis lé^ fetel et dé nÎKeau' avec la céleste eoliiMaibe,
Un autre sarcophage du Lalran présente suit une z6ne le âacriQfee dAbraham, raveugle^dé, le paralytique, la inulti^li<^ionilé»patna, ' rhémorrholâse, Adam et Eve, Lazare; tar iiae autre, rAdoratîèndeë Ma^B et celle dea bergers, Daniel aux lions, Tdf atite e>ûrtre deitx palaaierH, la seconde 'multiplioatton das pains; Pierre aiTèté, U&iBé frappant le «ocheir. L*Ok:ante étudie la Loi de>Di«u<^oinme>&udaBhë; mais c'est la Loi. nouvelle, car on voit dana sonJty0e«l6 monogratniiie cQnstantinien du Chriat. C'est la défante au srâii dé r^gliae^at dki Paradisi Son nom est écrit à côté d'elle : CHiSfflM.
Un.sarcophage de Saragosse vabien plus loin '^Gouvertsor trois^ faces deflgureabiUiqueftetévaingéliquefl, telles qu^AjoUnnelÊt^aitt côtéa du Serpentet eu présence de fiieuvle Christ càvactérïsé pai»imiB étoile au. front, doimaat à Adam les épis quildoit tivçTide (nirrev lt Eve Fagneau dont elle doit filer la laine, Isaac, iobf',:Molse^ Alîron, le Christ, rétoile au front toijô^u^^» guéris^aitt Tojirûugle^né, .mulii-^ pliant les pains, reasnscitant Lazare à la demande de MarUto.qiaLnat à ses pieds^ le célèbre martyr romain S. Sixte^ XV&XYS, de pattoii de réglise,où est le monument, INaRÀ/ElVS, &. Jacques, .ZAGD apôtre de TEspagne, un autre saint personoage, faisant pendant à S. Ingralius, dont le nom est écrit FACCEVS,ce sarcophage présente au milieu une Orante dont la main droite est saisie par <!ette main divine qui, sur la cassette de Brescia, descend vers Suâanne. L'Otaote n^a plus à ses côtés les vieillards de Susanne, agents de Satan, mais Pierre et Paul, dont on lit les noms : PETRYS, PAY^^YS ; 9! on lit pareillement celui de TOrante, qui est la fi^funle : tFIiPRIA* ^Ue.Açt
* Hisioria dUl subterraneo de S, Engracia dt Zaragoca, escritft j^çr^el^A* ^. Léon Benito Marton, Zaraguza, 1737, p. 59. ^ Avreliaao Ffmand^z-Citietra 7 Orbe, Mifmimento Zaragouino dit ano Sif. Madiid, 1B70L
t feo. *-< M. la Blaat A'Iiésite pas ,^r Vid^smi6m^^è* jy¥n$if^f(téf^Wion inidiU de Joh. Rev. archéoL, juillet I86O, p. 37«
676 LA CAPPELLA GREGA
tilt e iiU ciel par le Pèrecélpsle dont le Christ a dit : Personne ne peut venir à moisi mon Père qui m'a envoyé ne r attire , et moi je le res» susciterai au dernier Jour * ; elle s'y élève sous le patronage de» Princes des Apôtres qui doivent avec le Christ juger le inonde, de Pierre qui a reçu les ciefs du royaume des deux, de Paul qui, vivant, a été ravi au Paradis *.
Un fond de coupe du cimetière de Prîscîlle présente la défunte, PEREGRINA, au sein du Paradis marqué par des plantes fleuries et des rosaces, entre Pierre et Paul, PETRVS, PAVLYS, qui la montrent du doigt '. ils semblent dire comme les anges accueillant Perpétue et Saturus : « La voilà ! « Peregrina ne laisse pas de rappeler TEglise, ayant pour nom un de ses attributs spéciaux, Pèlerine. Pendant que nous sommes dans le corps, dit S. Paul, nous sommes pèlerins, loin du Seigneur, peregrinnmur a Domino *.
Deux jeunes hommes ouvrent deux rideaux, aux bords d'ua tableau, devant une Orante qui est au milieu, sur une fresque du lY siècle du cimetière de Cyriaquo. « J*afflrme, dit M. de Hossi, « quMci nous voyons la défunte introduite par deux saints dans la « béatitude du ciel. Cette interprétation sera facilement acceptée « par quiconque connaît Tantiquité chrétienne ^ » UOrante YENERANDA est de même reçue dans le Paradis par sainte Pétronille, PETRONELLA MART, sur la fresque qui orne le tombeau de la défunte, adossé au chevet de la basilique souterraine où reposait la sainte, au cimetière de Domitilie *.
Ce sont sans doute des défuntes, les Orantes à côté desquelles on
* Joan., YI, 44. — Rectifions ici une citation de S. Jean (X, 28. 29), faite dans le chapitre pn-cédeiit. p. 662, à }»ropos du sarcuihagf de lu Gayole. Il f lUt lir« : € (mes brebis») ne périront jamais et personne ne les ravira dt* ma main. Mon c Père qui me les a données est plus grand que tous et perdOnne ne peut les c ravir de la main de mon Père t.
« Mdtth., XVI, 19; II Cor., XII, 4.
* Aringhi, 1. 1, p. 265.
* II Cor., V, 6.
* Bullftitto, 1863, p. 76, 79.
'f • UuUeiino, 1875, tav. I. — M. de Roasi a Mi exécuter une splendiile chromolithographie de cette fresque pour le IV« volume de sa Roma «oltoiron^a qui est sous presse.
LA CAPPELLA GRBGA 677
trouve ces noms : EVTROPIA Ar.APETFLL.V \ VALENTINA •, AN- TIOCHIS ', FELICITAS *, MASATTA, QVINTIANETES ^ LEONITA, CALEIVCHENIS % VICTORrNA ', AUGUSTA LIBERA ', AYFENIA •, STRATONICE '\ BELLICIA '\ RYSCILL^NA '\ Rien n'indique qu'il faille rattacher ces Orantes au cycle biblique et à Susanne : elles répondent naturellement au nom qui est inscrit à côté d'elles sur le loculus. Mais leur dérivation de Susanne est assez évidente. Elles sont toutes semblables à TOrante qui porte une fois 1q nom de Susanne. Susanne se trouve peut-être avec la défunte sur Tépitaphe de Rusciliana. L'épitaphe est entre deux Orantes. L'une, à droite, est escortée de la Colombe et du Poisson, venant à elle, double symbole du Christ. C'est la défunte à qui le Christ apporte la paix. L'autre, à gauche, est tout spécialement parée et glorieuse. Je verrais volontiers en elle Susanne et l'Eglise.
Un sarcophage du Latran présente, à la façade antérieure, une Orante; à l'extrémité gauche. Moïse faisant jaillir l'eau du rocher; à l'extrémité droite, le Christ changeant Teau en vin : ce sont deux symbo'es, nous le savons, de la résurrection des morts par le Christ. Mais devant la femme voici un oiseau de grande taille, à queue courte, à aigrette droite, comme celle du paon spicifère. C'est assurément un symbole de la résurrection, associé à TOrante, comme le phénix gravé sur la tombe de Maxime par sainte Cécile, comme celui brodé sur la robe d'or de sainte Agnès, à la mosaïque absidale de sa basilique. La queue et l'aigrette même ne permettent pas de songer à notre paon commun, seul connu des Romains. La forme générale de l'oiseau revient assez bien à celle que présente le phénix sur un sarcophage du cimetière du Vatican *', sur la bulle de plomb du diacre Siricius ^^, sur la robe même de sainte Agnès ** ;
* BoldeUi, p. 329. — « P. 361. - » P. 363. - * P. 367. — » P. 372. — • P. 377. - ' P. 435. - 8 P. 458.
• Marangoni, p. 88 — '» P. 116.
»» D'Agincourt, Sculpture, pi. VII, i, 11.
<> Boldetti, p. 573. — P. 378, sous l'inscription SORORI RABILI, on voit une Orante qui ne peut être aussi que la défunte. " I. i, pi. XIII, 26.
" Ici, pi. XIII, 28.
** Ici, à la fin du chap. XXXIII et de Touvrage.
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et sur ces deux derniers monuments Taf grette e^t plus ou mfoîns atiàlogùb. Voyons donc ici, non sans probabilité, le phénix, c'esl-àdire le Christ^ avec qui rOranle s'identifle selon le mot de S. Paul : VûTO êi&s hssuscités avec lé Christ '. Cette Orante anonyme est alors la 4)éfunte. Mais elle rie laisse pas de rappeler Susanne près de q^ norus yèyo'ns le Christ à la cappella greca^ Susanne tirée par hii des ombres Ad la mort, après Taroir été du guet-apems des scéMrats.
C'est aux martyres que convenait par excellence Tassimilation à Susanne tridotfphaflfte dans Ib paradis de son époux. Grata, que nous avons vu remplacer Susamre bienheureuse, entre les trois Hébreux c^tftânt letir cantique au sein des flammes qui leur sont comme âes Courants dé fraîcheur et Lazare ressuscité, est probablement une martyre. Marangoni lui donne ce nom : Hujtts mattyris Gratêe, et ftous a^^retfâ que son corps réduit en cendres a été concédé à un tfORf^ërè cïdterclèn d^Anagni '. Sa substitution à Susanne par le pèidtre qui a décoré sa tombe était bien légitime.
yOratïtè qui, parmi les martyres, a pris d*une manière toute ipéditle la place de Susaniie sur les monuments chrétiens, c*est sahile AKtfès. An !¥• siècle elle entre efn concurrence avec Susanne pour eynabblt^r TEglise IriomphBnte. Nous la trouvons avec son nom sur quatre fonds de coiipe, en Orante comme Susanne, et aussi «othe deux arbres Ogurant èon paradis \ Sur deux autres fonds de ebupe, te Mr^âis est figuré par deux colombes posées sur des piêduataux rusttqties; et sur Tun, les colombes ^ tournent vers Agnès, ehacduë dtec Une Couronne au bec, couronne de sa virginité, (SoUronne de àon martyre * : Duplex corona est prssstita martyri, dit Prudence ^ Trois autres la montrent dans un champ de verdure ou de fleurs entre S. Pierre et S. Paul • ses introducteurs au Paradis, pareil «ux deui^^ Bpns-Pasleurs substituée parfois aux côtés de Susanne aux deux abominables tentateurs. P^mr qu'on ne puisse
1 Consurrexisliê cum Christo, Colosi, Ht, 1.
« R. P. Garucci, Vetri, tav. XXI, 2» 8 ; îtKII, S* 4.
* Vetn, tav. XXII, 1,7.
» Periiiephanon, XIV, v. 7.
• VMri, tav. XXI, l, 3, 4.
LA CAPPELLA GRBGA 679
douter qae, comme Susanne, elle représente TEglise, un autre fond de coupe la montre de taille plus que virile, parée en reine, ayant à droite le Christ qui lui parle et rappelle le Christ de la cappella yreca, à gauche S. Laurent, diacre de l'Eglise romaine, FEglise-mëre \ Ailleurs elle est sur un monticule, avec un appareil plus riche encore, les bras ouverts dans Textase du triomphe, ayant à SCS côtés et plus bas qu'elle les martyrs Vincent et Hippolyte qui semblent les fils ou les clients de cette reine '. Partout les nom^ accompagnent les personnages. Sans cela TOrante, qui s'appelle Agnès pourrait plus d'une fois être nommée Susanne. Mais oi^ n'erre point en voyant en elle comme dans Susanne le type dç l'Église.
D'Agnes, cependant, la martyre si brillante delà paix derEglisi^, Susanne passe, si j*ose dire, en se transOgurant bien plus haut, à une figure qu'on trouve à côté d'Agnès, et en variante d'Agnès,^ sur les fonda de coupe. C'est celle de Marie, la reine des martyr». Marie est le type incomparable de l'Eglise : « L'Eglise catholique » dont cette femme a été le type, Ecclesia catholica^ cujn$ l^ç, » mulier typum gessit, » dit le vénérable Bède, dont l'Eglise a, consacré la sentence en sa liturgie '. Sedulius, afOrmant qi;^ c la Vierge Mère • vint au tombeau du Christ « avec les aulr^ « matrones qui portaient en présent une moi^on d'aromates » :
Virgo parera, alixque simul cum munere maires, Messis aromaticx *,
s'était écrié à la vue du tombeau vide et de Fange resplendissant :
c Qu'elle se reUre, la Synagogue, avec son teint noirâtre ! Le Christ d'un bel amour s'est adjoint TEgli^se. Elle est radieuse dans Tinsigne honneur de Marie, qui, toujours Mère dNin nom glorieux, roste toujoura Vierge. Le Seigneur se pré* sauta tout d^ubord à ses yeux, debout, dans la lumière, maMife^te. Comme une bonne mère, divulguant les glands i^iracl^s, que eelle qui fut auti^lo'ts s^ cheiaUi quand il venait du del, soit aussi son indicateur quand il y retourne I »
« Vetri, tav. XXIÎ, 6.
* VetH, tav. XXII, 5.
' Offieium B, M. V. perlannum, lactio VIII.
^ Carmen paêehàlêf 1. V, v. 322.
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Discedat Synagoga, suo fuscala colore, Ecclesiam Christtis pulcro sibi junxit amore. Hwc est conspicuo radians in honore Maris : Qux eum clariftco semper sit nomine mater y Semper virgo manet, Hvqus se visibus astans Luce palam Dominus prius obtulit. Ut bona inater, Grandia divulgans miracula, quse fuit olim Advenientûi iter, hxc sit redeuntis et index *.
Sedulius confood-il Marie, Mère de Dieu, avec Marie-Madeleine ? Ce serait étrange. Il suit plutôt certaine tradition non consignée dans l'Evangile. On sait qu'une croyance pieuse assure que le Christ ressuscité est en premier lieu apparu à sa mère. Quoi qu'il en soit, telle est la doctrine de ce poète non moins riche de théologie que de charme, sur Marie, type de l'Eglise ; et cette doctrine est celle de l'Eglise elle-même.
Marie Orante est en regard d'Agnès Orante, ANE, MARA, sur un fond de coupe ; sur un autre, toutes deux, AGNES, MARIA, regardent l'Evangile du Christ, surmonté de son monogramme constanliuien, comme S. Luc disait do Marie : Elle conservait toutes ces choses, les méditant dans son cœttr '. Deux fois ailleurs Marie est entre Pierre et Paul ; et une fois le champ est émaillé de verdure '. Ce ne sont pas Pierre et Paul qui ont introduit Marie dans le ciel : il est clair qu'eUe personnifie ici l'Eglise entre ses deux Princes. Ailleurs encore elle apparaît entre deux colombes posées sur des colonnes et deux arbres, ou entre deux arbres seulement \ L'Orante est MARIA, MARA : elle pourrait être Agnès ou Susanne. Assurémeut il est permis d'appliquer un de ces trois noms à une Orante anonyme, placée dans un champ fleuri entre deux arbres, sur un autre fond de coupe qu'entoure l'acclamation : « DVLCIS ANIMA PIE, ZESES, « VIYAS. Douce âme, bois, vis, vis! * »
Marie apparaît en Orante, comme type de l'Eglise, dès le lendemain du triomphe de l'Église sous Constantin. Jusque-là elle ne figurait que dans l'Adoration des Mages. Son culte, qui eût offert
* Lac, II, 19. — Vetri, tav. XXII, 2, 8. » Vetri, tav. IX, 6, 7.
* Vetri, tav. IX, 10, 11.; » Vêlri, tav. IX, 8.,
LA CAPPELLA GREGA 68i
des périls en face de la malignité des Juifs et des païens et de la nouveauté du peuple chrétien, commence dès lors à se prononcer solennellement. Un arcosolium du cimetière d'Ostrien *, qui a contenu deux tombes, celles d'époux dont on voit les portraits en Orantos aux côtés de l'arc, offre au centre, planant sur les tombes, le buste du Christ dont les traits, marqués au coin de Téternelle jeunesse, rappellent que la grâce de Dieu était en lui et que Jéstis croissait en sagesse et en âge it en grâce devant Dieu et les hommes *. A la lunette, est « l'un des plus insignes monuments de Ticonogra- « phie chrétienne, » dit M. de Rossi. Il en fait ainsi la description :
c La VitTge porte un voile : son cou e^t orné «run riche collier ; elle a pardessus sa (unique, un pa lium ou siola de matroite qui. retombant symétiiquement sur ses bras, partit former deux larges manches, et elle lève les mains comme une Crante. Son Fils est assis sur ses genoux ; mais on ):*en voit que le huste, aujourd'hui à demi-eff.icé...Le monogramme du Christ est répétée gauche et à droite du tableau, et chaque to*s la courbe du P s*ar ondit vers le groupe de la femme tenant son fils, comme pour mieux marquer Tintention et le sens des deux monogrammes, (^et indice nous montre cinirenient qu'il faut voir ici Jésus- Christ et sa sainte Mère... Cette remarque, corroborée par celle du style 'le la fresque, me décide à faire dater notre image du IV« &iècle. Bien plus, je la croib du temps de Constantin même ou à peu prè^, parce que son style a une largeur et une franchise dignes de Tàge classique etqui manquent aux autres fiesques susénoncées {du IV* siècle ou des premières années du P . L'absence du nimbe autour de la tètti de Jésus détermine aussi très bien l'époque antérieure à celle où l'image de N.-S. portait cet insigne, c'est-à-dire les années q'ii ont précédé la deuxième moitié du IVe siècle '. »
Un siècle environ plus tard, une plaque de marbre, conservée dans la crypte de Sainte-Madeleine, à Saint-Maximin, en Provence, présente la Vierge Orante revêtue d'une dalmatique et yoilée, avec cette inscription, déjà citée, au-dessus de sa tête :
MARIA VIRGO MINESTER DE TEMPVLO GEROSALE \
« Aringhi. t. II, p. 207, 209.
« Luc, II, 40, 52.
' Immagini scêUe, p. 13, 20, tav VI.
^ R. P. Garucci, ffieroglypta, p. 36. — Notre ckatîon, au chap« XXIX, porte têmplo pour tempvlo, par erreur typographique.
682 LA CAPPELLA GRKCA
« Marie \ierge, ministre du temple de Jérusalem^ » — d*aprës Tantique tradition de la Présentation de la Vierge-enfant au Temple^ et de son éducation par les prêtres et les matrones, lelle qu*A.nQo la sainte veuve et prophétesse, qui, avec le vieillard Siméon, doH proclamef Tenfunt de Marie le Rédempteur d'Israël '.
Le Concile d^Éphèse venj^it de définir la maternité divine de Marie. Désormais tout s^efface devant elle. L^art byzautip^ qui dessine les saintes images en Occident comme en Orient, place Marie en Qrante au milieu des saints, où, après la paix de TÉglise nous avons vu tant de fois le Christ lui-même. La 'mosaïque de Tabside de Toratoire de Saint- Venance, attenant au baptistère de Constantin, nous la montre ainsi, vers Tan 642, entre S. Pierre et S. Paul, S. Jean-Baptiste et S. Jean TÉvangéliste, trois autres saints et le pape Jean ly, auteur de for^toire. Elle est au mili^ii ei le Chri»t eât au-dessus d'elle entre les archanges Michel et Gabriel '. On la ▼erra toujours de même au milieu des Apôtres clans les tableaux de TAscension : il sufQt d'indiquer la fresque du IX* siècle de Tégliste souterraine de Saint-Cléoient de Rome. La mosaïque de Saint-Mane-in-Dommca, de Tan 815, la représente au milieu des Anges'; sur celle de Sainte Marie-la-Neuve, aujourd'hui Sainte^Françoise elle est enlre S. Pierre et S. André, S. Jacques et S. Jean ^ : sur les deux elle trône, ayant son Fils dans son sein. IL n*y a plus de type enfin de TËglise que TÊve évangélique, la vraie ^ère des vivants, dont Susanne avec sa chasteté, dans TAncienne Loi, et la martyre Agnès avec sa virginité, dans la Nouvelle, ont été Taurore on le peOèt, la Reine des eienx, Marie.
Susanne ne sera point oubliée cependant. Il ne peut entrer dans notre plan de rechercher ses traces ^or les monuments du Moyen* Age, dérivés libres mais plus tenaces qu*on ne croirait, au premier
1 Luc, II, 36-38.
* Ciumpini, t. Il, Ub. XXXT. — On voit Gabriel à côté de Marie Vierge, dans la scène de rAnnonciation, et Michel à côté de Marie Mère, sur la mo^îque de Tabside des SaintK-Nérée-et-Achillée, faite par ordre de S. Léon 111. te ne pips douter que l'ange de cette seconde scène ne soit Michel, Gabriel le réclame.
» Ibid., tàb. XUV.
' ibid.y iab. LUI.
LA CAPPBUA GRBCA 688
abord, de rAntiquîté chrétienne. Qu'il suffise de citer, pour les monuments littéraires et les monuments plastiques, deux exemples insignes.
Les Actes des martyrs ont été souvent amplifiés au Moy«n-Age selon les idées qui avaient cours. Parmi les Àc(es venus à nous daûB ces conditions, sont ceux de S. Érasme, auquel étolt si dévot S. BenoU, et qui a, dans la basilique vatioane, son autel orné du oélèbre tableau du Poussin, reproduit en mosaïque. Avatnt de recevoir la palme du martyre à Formies en Campaoie, sous Hfl&imieo, eet évéque avait déjà souffert à Antioche, sous IMo-* clétien. Il était en prison, chargé au cou et aux mains de chaînes du poids de soixante livres, quand, disent les Actes, voilà qu*au Biiliea de la nuit, la prison resplendit, TAnge du Seigneur apparaît, le fer drs chaînes fond commo de la cire, et le confesser, debout, B^écrie :
t Béni ètes-vou8. Seigneur, qni avez fuit le ciel et la terre, près duquel se tiennent avec tremblement les Anges et Idë Archanges et les nonib eux martyrs qui ont sôutfert pour vous ! Vous qni avez fait niibéncorde à vos serviteurs et avez délivré Sidrach. Misach et Abdenago du milieu dé la fournaise du feu ardtmt et de la niam du roi Nabuchodonosor, et Daniel votre serviteur de la fusse des lions, après lui avoir tait apporter un repas pir le prophète H.ibacuc, vous qui avez délivré Su»anne du iiux crime ii^teuté cotitro elle {Et Susannam de falso crimineli' berasti}^ à moi aus>i vous avez fait miséricorde *. •
N^est-ce pas la ptihre même qui s*ékvait à Dieu, dans Fégliee du éimetiëfé de Prisciite, au milieu de ses adtiques fresques?
La prière pour les bialades, au moment en particulier de Téx* (fèiiie^onction, était semblable à celle qu'on prêtait, avec tant de raison, ktx maj'tjrrs. Un PonliQeat, du Xh siècle, de TÉglfse de Sialtboui^, dans YCfdd ad visitmâum vél unguendutn infirmum, contîèiit Ce passage :
f Délivr«z-fe, geigi^eur, coij^ipe vous ave^ d^gné délivrer ^dajn de V^rUpr^ Pierre de la prison, Paul des liens, Thècle des bètes féroce», Susanne du faux crime ISusannamde fàlso crimine). le paralytique de son grabat, Loth de Sodome, les trois jeunes hommes, Sidrack, Misach et A)>deo^go,de la founuûsa dafeu ar-
A Abêd Bê.,m II* hiïA, p. 9M.
684 LA CAPPELLA GBECA
dent, Daniel de la fo8>e des lions, David tin glai .e méchant, Marie-Madeleine des 8€|.t déiuuns : ainsi daignez le délivrer, Seigneur, de tous ses péchés et de toutes ses fautes ' ! •
La prière pour les agonisants, dans le Rituel Romain, est aujourd'hui toute semblable. Elle a en moins Adam et le paralytique, en plus, Enoch et Elie, Noé, Abraham, Job, Isanc et Moïse, dans la liste des délivrés du Seigneur. Cette prière est fort ancienne. Le Pontifical, donné au IX« siècle à TÉglise de Troyes par S. Prudence, en contenait déjà au moins le commencement : Libéra, Domine , cmimam ejus, sicut liberasU Enoch et Eliam, etc. '. Le cycle des catHcombes se perpétuait donc au Moyen-Age dans la liturgie ; et dans la chambre des malades, comme à la cappella greca, T Église montrait, avec les images de ses compagnons bibliques accoutumés, Timage de Susanne.
L*art ne pouvait manquer 'le reproduire ces vénérables types. Dernièrement Susanne apparaissait avec Daniel sur des fresques retrouvées du XI !• ou du XIII* silcle '. Citons deux exemples four-» Dis par la fin même du Moyen-Age, et tirés de deux des plus célèbres édifices religieux de notre France.
Qui n'a oui parler de la voûte de la cathédrale d'Albi, ce trophée grandiose, splendide et si poétique consacré par le midi, vainqueur de Thérésie albigeoise, à la Sûnte-Croix ei à sainte Cécile ? Cette voûte présente la plus grande fresque du monde, ayant, comme la basilique d'une seule nef, soixante pieds de large et trois cents de long. C'est une des merveilles de Part et de la foi catholique. Les artistes italiens, confrères du Pérugin et de Raphaël, Pont peinte, à partir de 1512. A la première des douze travées,point de départ de 1 œuvre, dans Pabside, le Christ est au milieu des quatre Évangélistes, des douze Apôtres présidés par la Vierge, des quatre Docteurs de PËglise latine. A la travée suivante, les quatre vertus cardinales, la Prudence, la Justice, la Force, la Tempérance, sont devant lui, avec Abraham, père des croyants d'Israël et son
' D. Martëne, De antiquis Ecclesiœ ritibui, 1. 1, p. 899. ^ Voir M. Le Blant, Sarcophages d'Àrleê, p. XXVII. « ont les souvenirs de M. le chanoine Corblet, qui n'a pu ressaisir Particle tme où a été annoncée cette découverte.
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fils Isaac, avec Sîméon qui a proclamé le Rédempteur et Ezéchîel qui a décrit son temple, escortés de Jonas, de Nabum et de deux anlres prophètes. Puis vient, à la troisième travée, la Vierge couronnée par son Fils. Elle a vis à vis d'elle les vierges sages admises aux noces célestes et les vierges folles confondues; à gauche, le sacriflce d'Abraham qui sera répété par la Vierge au Calvaire, les parents de Marie, Joachim et Anne, et son époux Joseph ; à droite, Susanne, nouvel Isaac, délivrée par Daniel qui envoie les adultères au supplice, et Jean-Baptiste à qui Marie a porté la sanctification dans le sein de sa mère, fléau lui aussi des adultères, mais destiné au martyre que Dieu a épargné à Susanne. L'histoire de Susanne est ainsi représentée sur la fresque, Daniel dominant le tableau :
c Ce personnage est placé sur un pied stal, au bas duquel sont tracées les paroles que Dieu met dans sa bouche : Deus xterne, qui absconditorum es cognitor, qui nosii omnia anteijuam fiant xin, 42 *. Au-desbous par.iissent les deux vieillards accusateurs (le l'innocence et à leuis côtés sont écrits les mots que le luèrue prophète adrobse à ^es vils détnirtcurs. Il reproche au premier son mensonge : Dixit autem Daniel : Mentitus es in caput luum v. 55 * ; et, après avoir porté la sentence de mort contre lui, il prononce contre le second le môme anathème : Angélus Domini gladium habens ut secet te médium v. 59 '. i
Voilà donc, au commencement du XVP siècle encore, Susanne à côté d'Isaac, comme sur les monuments des III**, lY*' et Y*" siècles ; la voilà à côté des vierges sages ; la voilà à côté de Marie, représentant, à sa suite, TÉglise et sa sainteté incorruptible que Susanne reprt'^senle seule, à notre église apostolique du cimetière de Priscille.
C'est aux illustres maisons de Bourbon, de Savoie et d* Autriche que la Dresse doit son église de Brou, digne rivale de notre Saint- Denis. Youée par Marguerite de Bourbon, pour obtenir la guerison de son époux Philippe H, duc de Savoie, elle fut élevée par les ordres de Marguerite d'Autriche, leur bru, fille de Tempereur Maxi-
^ Dieu élsi-nel, qui avez la connaissance des choses cachées, qui savez toutes choses avant qu'eUes arrivent,
' Daniel dit : Tu as menti contre ta propre tête,
^ VAnge du Seigneur tenant un glaive pour te couper en deux. — Monogra* phie de la cathédrale de Sainte^Cécile d'Albi, par M. Uippolyte Grozes. Albi, 1873, in.l2, p. 263.
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milien I"^. l3lo a été commencée en 1 51 i , achevée en 1 536. Le&meil^ leurs artistes d* Allemagne, de France, d'ttalie, de Flandre y ont déployé toutes les richesses de Tarchiteoture, de la sculpture et de la peinture sur verre. L^histoire de la Vierge, patronne de rÉglise, celle du chaste Joseph et celle de Susaune priment tout sut les vitraux. Susanne remplit le vitrage qui est au-dessus de la porte du transsept du midi.
c On la «oit dans le haut vêtue en criminelle, ^ntre les main9 de deux si^ljtea, et debout devant un juge assis sur son tiibunal, qui lui montre de la main les. deux impudiques veillards se:» accusateurs; derrière Susanne on remarque plu* sieurs persunnes abattues par radliction. Plus bas, lai scène est changée ; Daniel y démasque iMropostmre : un tieiltaid ûè'jk convaincu, couvert de honte et di? tristesse, e>t conduit par deux hommes dans la prison, à la porte de l^^quelle ^e pré* sente le geMier. L*autre vieillard, défendant encore sa cause, laisse apercevoir par ton embarras quMI ne pourra résister à la force de la vérité. Toutes ces figures sont parlantes et parfaitement caractéiix»ées. Elles paraissent de grandeur naturelle, malgré leur élévation ^ •
Le lecteur ne manquera pas de rapprocher la seconde de ces deux scènes de Thisloire de Susanne de la fresque de Sainte-Sotëre : elle semble nous en donner, a douze siècles de distance, la dernière expKMlion. Il «era frappé du chois de Joseph et de Susanne pour accompagner Marie et tui faire une spéciale escorte en so»4emple. Il comprendra bien, encore une fois, la succession, puis la substitution, sur tes anciens monuments chrétiens, de Marie à Susanne comme type de TÉglisetriomphanle.
H. Mais Susanne Orante ne devait pas donner naissance seuIeiM«t à des femitanies Orantee. Noé Orante dans Tarche, Daniel Otunte eu milieu des lions, les trois Hébreux Orantes dans la fournaise, si ou leS'CODSfdère au moment où ils y sont jetés, paraissent tout d- abord dériver d^eUe. L'Écriture parle de Inaction de grâces des trois Hébreux, elle ne parle pas de leur prière, enox^re moins de celle do Noé et de Daniel ; mais elle dit de Susanne : Susanne s'écria d'une grande voix et dit : Dieu étemel..., et le Seigneur exauça sa voie*.
^ Guide de»eriptifel hUlorique du voyigeur à Véglmde Bt'ûu élevée à Bourg,,. diaprés le P. Rousseiet^ A<ugU8tin réforaaé. 7* édU. Boarg-en-Bresse, 1857, p. 81. * Dan., XIU, 42, 44.
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Une fois, cependant, rÉcrîture moulie Daniel posîlîvement Oranle. C^t ûfprfes redît arhiché au rmi de 'Ôabylonô par les princes et les satrapes, pour le perdre, ou motûènt où il allait devenir leur préposé. Cet édît défendait de prier soîl Dieu, soit uti homme, hormis le Roi, pertdaul trente jours, fianiel, à soii ordinaire, ouvrait trois fois le jdtir les fenêtres de sa chahinbre haute du cSté de Jérusalem, fléchissait le^ genoux et adorait te Dieu Sa ciel. Les méchants, qui Tépiaient, trouvèrent Ùaniel priant {orànterh) fer suppliant son Ibieu^ et pour ce il fut jeté aux lions. Ce Daniel n'a été rencontré qu'une fois sur les monuments : c'est sur un fond de coupe qui semble offHr, au milieu, l'image du Bon-Pastèur, et qui montre, tout autour, le paralytique emportant son lit, la résurrection des morts d^zéchiel, Jonas jeté au monstre ûiarîn et vomi par le monstre, Daniel entre quatre lions, les trois Hébreux dans la fbûràaise, un sujet problématique, qui pafalt être la guérison de l'aveugle de Jéricho, et enfin Daniel Orante. Il est accompagné d'un piquant^ contre-sujet bien deviné par le R. P. Garucci, auquel il me semble qu'il faut en ajotkter un second noù moins piquant. L'illuistre jésuite décrit ainsi la scène qui nous intéresse :
« Un jeune hv>mme, en costun^elmby Ionien, avec la tunique retroussée, qui doit avoir de8 manchets éuroites vers les poings, omines dans le dessin livré au graveur, puis couvert du bonnet phrygien^ s*élèva d^lne grande partie de sa personne auKi ssus d'un mur tbrmé de pit'rres carrées, et étend tes bras en priant. Devani le mur, on voit un bcpuf toiii'hé à dr<iite, |»our qui regarde le tableau de face. Le ( h .mp tout autour est plaiiAé d'arbres *. •
Les Allemands ont vu dans l'Orante la Tîergo priant près du bœuf de Biîthléem. Le R. V. Garucci y voit avec raison Daniel, et dans le bœuf rimage de'Nabuchodonosor à qui Daniel a dit et une grande voix du ciel répété : Tu mangeras du foin comme un bœuf ^ Mais deTrifere la muraille, à droite de TOrante, se remarque un bel arbre, et à gauche dé TOrante où la muraille finit, trois ou x^uatre fragments d'arbre, détachés et semés en Taîr. C'est à mon avis, la traduction complète du discours de Daniel à Nabuchodonosor, don! on n a reconnu qu'une partie : L'arbre que vous avez vu kaut et
» Storia délia artecristianu, Pitturef Vetri, ta?. CLXIX, 1. — Ici, pi. XV!, 14, • Dan., IV, 22, 29,
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robuste... c'est vous, ÔRot,.. Quant au Vigilant et Saint que le Roi a vu descendre du ciel et dire : Arrachez t arbre et dispersez ses rameaux... Voici l'interprétation de la sentence du Très-Haut.... On vous chassera du milieu des hommes et vous habiterez avec les bêtes des champs et les bêtes féroces et vous mangerez du foin comme un bœuf\ L*image de l*Orante, dont on aperçoit seulement le bord des genoux sur la terrasse du mur, revient bien aussi au mot de l'Ecriture : Daniel fiée/tissait ses genoux et adorait *.
Daniel est ici en Orante, tout à fait à la manière de Susanne, en ses épreuves mortelles. Nous les avons vus Tun et lautre, se faisant pendant, comme types de la glorification angélique des élus des deux sexes dans le Paradis. Ne devions-nous pas cette page au monument unique qui nous offre le Daniel Oranle de TEcriture ?
Les Orantes viriles, représentant les fidèles, bien que relativement assez rares, ne laissent pas que de se rencontrer dans les catacombes. Deux hommes Orantes, alternent avec deux femmes Orantes, aux c6tés ou aux angles de la voûte où est le BoD-Pasteur, dans deux chambres du cimetière des Saints-Marcellin-et-Pierre. Une fois ces Orantes sont seules, une autre fois quatre colombes tenant le rameau d'olivier les séparent'. On les voit combinées de même autour du Christ siégeant et enseignant entre deux scrinia pleins de rouleaux, de Tancienne Loi, sans doute, dont le Christ est la fin^, dans une chambre du cimetière d*Oslrien. Chacun d'eux est entre deux brebis. Ces quatre sujets les séparent : Moïse se déchaussant pour aller au buisson ardent, puis faisant jaillir Teau du rocher, le Christ guérissant le paralytique, et ressuscitant Lazare". Les Orantes hommes remplacent le Bon-Pasteur, qui alterne ainsi avec TOrante femme sur une voûte des cryptes de Lucine ^ Celle-ci est FEglise, la double Eglise du Judaïsme et de la Gentilité, en face d'un double Bon-Pasteur, qui n'est pas inconnu : nous Tavons vu moulé et peint au cubiculum de la Vierge, voisin et contemporain de la cappella
« Dan., IV, 17-22.
« Dan., VI, 10.
• Aringhi. t. II, p. 63, 79.
^ Rom.. X, 4.
• Aringhi, t. II, p. 183.
• Rom. $oU., t. I, taT. X.
LA CAPPELLA GURGA
greca\ L'homme et la femme Orantes paraissent être de simples chrétiens, représentant le Christ et TEglise et répondant à ce texte de S. Paul : Vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n'y a plus de Juif, ni de Grec; il n'y a plus d'esclave, ni de personne libre ; il n'y a plus d'homme, ni de femme; car vous n'êtes tous qu'une chose dans le Christ-Jésus '. L*Orante Susaune apparaît donc sous les deux sexes ; et comme Perpétue, en sa vision, elle pourrait dire : « Je suis devenue m&le. »
Au fond d'une chambre du cimetière des Saints-Marcellin-et- Pierre dont la voûte offre Daniel, encadré par trois scènes de rhistoire de Jooas et Noé, on trouve deux Orantes avec ces noms grecs : HAIO {soleil), BOPA {nourriture). Ce dernier qui est un nom de femme répond à une figure à la tunique virile que le dessinateur a peut-être mal rendue. Deux autres Orantes hommes sont à rentrée de la chambre '. Le célèbre arcosolium du cimetière d'Ostrien, qui présente dans la lunette la Vierge ayant sur son sein le Christ-Enfant, offre aux côtés de Tare, au centre duquel est le buste du Christ à réternelle jeunesse, les bustes d'un honune et d'une femme, deux époux, sans doute, en Orantes \ Une Orante est appelée PRISCVS sur un monument donné par d'Agincourt \ Ces exemples suffisent pour nous donner une idée des Orantes hommes, simples défunts, en dehors de tout symbolisme. Le rapport avec TOrante primitivei Susanne, bien qu'éloigné, n'est point effacé cependant. Il est frappant sur une fresque insigne dont on vient de publier une admirable copie.
C'est aux martyrs de tout sexe que convenait éminemment Fassimilation à Susanne triomphante dans le paradis de son époux. Aussi trouvons-nous, au cimetière fondé par sainte Sotère, la glorieuse ancêtre de saint Ambroise, et plus ou moins l'inspiratrice d'une peinture capitale faite là de son temps, les cinq saints, trois hommes et deux femmes, DIONYSAS, NEMESYS, PROCOPIVS, ^ ELIDIORA, ZOE, dont on lit les noms — martyrs qui furent les
' Ici, pi. vni, i.
« Gai., m, 27, 28.
» Aringhi, t. Il, p. 103, 105.
^ Sculpture, ^l yil, II.
LA CAPPELLA GtlECA
compagnons peut-être de S. Sébastien — représentés en Orantea, dans Texultation, sous des vêtements superbes, au milieu du jardin Céleste. La fresque, qui est la plus vaste page des catacombes et un tàbleàti immense, est toute pleine d'arbustes ea fleurs ou chargés de fruits ; tes roses semblent y descendre du ciel en guirlandes étendues ; lés oiseaux s'ébattent de toutes parts; deux paons étalent leurs robes éblomsssantes sous les pieds des martyrs ; quatre grands vases aux eaux jaillissantes où viennent s'abreuver des oiseaux y répandent la fratcfaeur ; et un magnifique gallihacé, un faisan, ce semble, — le phénix — pfrotaiène sa splendeur et sa joie de l'un à Tautre *. MetÉx que toute peinture, même de Prà An^elico, cette fresque donne l'impression dû Paradis. C'e^t une digne traduction des violons célèbres et toutes fraîches alors de Perpétue et de Saturus. C'est une amplification épique, en l'honneur des martyrs du Christ, An triomphe de celle qui se dévoua à être le martyr de la loi de Moïse, rOrainte Susanne.