‹ Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella greca du cimetière apostolique de PriscilleChapitre 67 sur 99 · CHAPITRE XXXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIII

CONCLUSION. — LES CIMETIÈRES ANTIQUES DE l'oRIENT ET LE ClMETiÈRE BB

prisalle avec sa chapelle. — susanne de la cappella greca et l'éguse de nos jours.

Celte étude sur Téglise du cimetière apostolique de Priscille, la plus ancienne église chrétienne qui soit debout avec sa parure théologique, offrant un point de départ si naturel et si heureux pour une étude sur toutes les antiquités chrétiennes, ne serait pas complète, ce semble, si nous ne jetions un coup d'œil sur les principaux cimetières qui, dans l'histoire du genre himiain, ont précédé et préparé, nous Talions voir, le cimetière des hôtes de S. Pierre et des compagnons de S. Paul, le cimetière par excellence de TÉglise romaine à son berceau. Il nous restera à dire adieu à cette église si chère, en lui demandant les enseignements et les espérances qu'elle nous offre en ces grands jours d'épreuve où Dieu a fait entrer rÉglise. C'est le double sujet qui va servir de conclusion à ce livre.

I. Les études orientales viennent de nous révéler les conceptions primordiales des tombeaux. Les catacombes de la Chaldée, de l'Egypte et de la Palestine, incessamment fouillées et interrogées comme les catacombes romaines, nous ont dit dès à présent ce qu'il est essentiel d'en connaître pour bien comprendre les tombeaux chrétiens. Nous allons brièvement l'exposer.

D'anciens Pères, Tertullien, S. Cyprien, Origène, Eusèbe, S. Basile, S. Jean Chrysostome, S. Épiphane, S. Jérôme, S. Augustin *, ont cru que le corps d'Adam, sauvé dans l'Arche, avait été déposé par Noé, que dirigeait l'esprit de prophétie *, sur la montagne du

* Gretser, de Cruee, \. I, c. XVIH ; D. Calmet, Dictionnaire de la Bible, art. Adam, éd. de 1845.

« Apoc, XIX, 10.

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Calvaire où devait s'élever un jour le nouvel arbre du Paradis. L'auteur du poème contre Marcion, Tertullien peut-être, a écrit :

Hic paiitur Christus, pio sanguine terra madescity Pulms Adx ut possit veteris, cum sanguine Chrisli Commixtus^ stillanti4 aqux virlute kvari.

c C'est ici que soulTre le Christ, que la terre est mouillée de son sang pieux, aûn que la poussière du vieil Adam, mêlée au sang du Christ, puisse être soulagée par la vertu de la rosée distillée ^ »

Quoi quUl en soit de cette tradition, une tradition chaldéenne, assurément des plus anciennes, et qui, enveloppée dans une légende, vient de nous être rendue par la bibliothèque de Ninive, aux pages d'argile, aux textes cunéiformes, place la sépulture de Noé à l'embouchure de l'Euphrate et du Tigre réunis, dans la terre que Moïse nous montre comme ayant été celle du Paradis terrestre. Noé, appelé Hasisadra, le Xisuthros de Bérose, en achevante Isdubar, — est-ce Nemrod? — ce héros de la légende qui, épouvanté de la mort, vient lui demander le secret de Timmortalité, en achevant, dis-je, le récit du déluge, dit de Dieu qu'il nomme Bel, le Seigneur :

c II fit une alliance, il établit un pacte et donna sa bénédiction, en la présence de Hasisadra et du peuple ainsi : f Quand Hasisadra et sa femme et le peuple, c pour être semblables aux die^x, auront été enlevés, alors Hasisadi^, dans un « lieu écarté, demeurera à l'embouchure des rivières. » Ils me prirent et, dans un lieu écarté, à l'embouchure des rivières ils me placèrent '. »

Ce qui est certain, c'est que cette terre du Paradis terrestre était tellement regardée par les habitants des bords du Tigre et de l'Euphrate comme leur cimetière obligé, et la condition pour eux, en quelque sorte, de cette immortalité qu'ils poursuivaient par dessus tout, que du haut Tigre même on y transportait à l'unanimité les morts.

c II parait avoir existé pour eux, dit, en parlant des Chaldéens, M. Vigouroux, qui analyse Loflus, une espèce de lieu sacré pour les sépultures, auquel leur piété attachait des idées religieuses, car le^s débris humains, amoncelés dans les

^ Incerti auctoris, adversus Marcionem, lib. IL TertuUiani, Opéra, éd. RigalllL * George Smith, Transactions of the Society of Biblical Archœology, 1874,

p. 587. Cité par M. Vigouroux, La Bible et les découvertes modernes en Palestine,

en Egypte et en Assyrie, 2« édit., 1879, 1. 1, p. 24i.

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Tilles de la Basse-Chaldée, et surtout à Wnrka, Tancienne Érech du temps de Nemrod, sont incalculables. On avait été d'abord très surpris de ne point trouver en Assyrie, de sépultures assyriennes. Depuis on a découvert que la nécropole de r Assyrie, c'était la Chaldée. Les cadavres paraissent avoir été transportés par le Tigre et TEuplirate, dans ce dernier pays, comme dans une terre sainte ^. •

Les cadavres, enduits de bitume et enveloppés de bandelettes, étaient enfermés dans de petits cercueils d*argile séchée au feu. La tète restait libre, ainsi que les mains, posées sur la poitrine. Tune et Fautre tenant une masse d'armes, à tête circulaire, pour repousser les ennemis d* outre-tombe. Des joyaux, des briques écrites et scellées, des vases avec des aliments apparaissent souvent dans ces cercueils. La plupart ont à l'extérieur des séries d'ornements en relief, parmi lesquels est plusieurs fois répétée limage d'un guerrier, la main droite appuyée sur la hanche et ayant à la main gauche une courte épée. Comme les Chérubins, avec leur glaive flamboyant, gardaient l'entrée du Paradis, ces guerriers mystérieux semblent faire la garde du défunt.

Les Égyptiens, dont l'empire apparaît dans ces vieux âges, à la suite de celui de Nemrod, qu'il doit un jour subjuguer, ne pouvaient songer à la terre de l'ancien Paradis terrestre pour le repos des morts. Ils leur établirent chez eux un autre a lieu sacré. » C'est à Héliopolis, sans doute, qu il faut chercher la première nécropole de ce genre, puisque c'est le premier foyer de* la religion et de la civilisation égyptienne, et que, dans le Rituel funéraire, la Ville-du-Soleil est toujours assignée aux défunts comme le terme de leur pèlerinage dans l'autre vie. Là est le sanctuaire du Phénix « paré du titre de roi de tous les dieux, lorsqu'il symbolise la résur-

* T. II, p. 407. — Travels and Researches in Chaldœa and Stisîana, wilh an Account of Excavations at Warka^ by W. K. Loftus. Londres, 1857. — t Depuis c sa fondation jusqu'au moment de l'occupation Parthe, dit M. Menant, Warka c paraît avoir été une immense nécropole où sont venus reposer les différents ff habitants de la Mésopotamie. Les anciens Chaldéens enfermaient leurs morts « dans des sarcophages en terre cuite qui dessinent, comme les caisses des momies c égyptiennes, la forme des corps qu'elles renferment. Ces débris humains s'élèc vent autour de Warka, à plus de soixante pieds d'épaisseur, et dans cette épaisc seur on trouve, à c6té des morts des différentes époques, les restes de la civilic sation à laquelle ils ont appartenu. » Babylone et la Chaldée, 1875, p. 67.

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« reelion d'Osiris \ » personoiflcation des morts, roi des morts, dont tous les morts portent le nom et qui, soleil sous Thorizon, s'appelle « vénérable soleil, As-Ra. » Mais Memphis, devenant la capitale de rÉgyple, avec rétablissement de la première dynastie par Menés, un cimetière, retrouvé de nos jours au village de Saqqarah, se fonde à côté. Un taureau, aux puissantes cornes, autre image du soleil, adoré avec le Phénix à Héliopolis sous le nom de Mnévis, et qui a pris à Memphis celui d'Apis, sert à ce cimetière de centre et de génie tutélaire. Manéthon, qui écrit d'après les annales des tempies égyptiens, dit d'Ouénéphës, le quatrième roi de la première dynastie ; « 11 éleva les pyramides qui sont autour de Ko-Komé. » Ko-Komé, c'est Ka-Kem, le taureau noir *, Apis mort, dit Osiris-Apis et, par abréviation, Sérapis, qui, symbole solaire, rappelle à la fois la mort et la résurrection. Une de ces pyramides est la fameuse pyramide à degrés de Saqqarah, la plus ancienne qui soit debout au monde, rappelant, avec ses cinq étages, les sept que devait avoir la tour de Babel, « le temple des Sept Lumières de la terre, » les sept planètes. C'est le tombeau d'Ouénéphès ou de quelque Pharaon plus ou moins voisin de Nemrod, qui se plaisait à voir dans la plus grossière des divinités, et sous ses couleurs funèbres, la force, la lumière et la vie. Un second cimetière apparaît, à une lieue environ

* M. Pierret, Essai sur la mythologie égyptienne, 1879, p. 7.

' Isambert, Itinéraire de VOneni, 1878, t. I, p. 395. — On ne peut douter que cette pvramide n^ait été primitivement, comme les autres, un tombeau. Elle offre, à la partie centrale, le puits funéraire bien connu, où débouchent, dit M. Isambert, c de nombreux couloirs, formant un véritable labyrinthe... Quelques uns c s'enfoncent profondément et aboutissent au sol même de la chambre du sarcoa phage ... La chambre du tombeau . . . forme le noyau de la pyramide. > Mais « si la pyramide a été à Torigine un tombeau de roi, § elle parait bien avoir été plus tard a utilisée pour la sépulture des Apis et même pour celle des particac liers. t> Les os de bœuf et les momies en grand nombre qu'on y a trouvés l'indiquent, et aussi cette légende royale très mystérieuse inscrite sur une porte de la pyramide : Nuter-Ka, divin corps, divine substance, et, d'antre part, gravée sur une stèle du Serapeum de la xxiv« dynastie (n^ 281 de la salle historique du Louvre; M. Pierret, Dictionnaire d'archéologie égyptienne, 1875, p. 377). M. Mariette incline à croire que la pyramiiie recouvre le plus ancien tombeau des Âpis. Les Apis, toutefois, n'ont pas eu d'abord de tombeau commun, de Serapeum.

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au nord de Saqqarah, sur le prolongement de la chaîne lybique, au village actuel de Gizeh, fondé sous la troisième dynastie probablement. Il contient, parmi cent autres, ces trois tombeaux des Pharaons de la quatrième dynastie, Chéops, Chéphren, Mencherès, qu'on appelle les Grandes Pyramides. L'Apis mort, s'est ici transformé. Son nom était BoruS'de-Kffkem, Le-Seigneur-du-Taureaunoir *; il est devenu Hu-en-Hor emchu, F Homme-lion-d* Horus-dansla-splendeur, THorus-Armachis des Grecs, image, non plus du soleil couchant, mais du soleil levant. Ce n'est pas un taureau, même ce taureau blanc qu'on oppose ailleurs au taureau noir et dont les monuments de ce temps mentionnent les prêtres : c'est un lion à face humaine, accroupi, paré des diverses couleurs du prisme solaire^ tourné vers ce soleil levant dont il est l'image ' : c'est le Sphinx de dix-sept mètres de haut, de trente-neuf de long, taillé dans le sommet de la colline de calcaire, la plus vieille comme la plus gigantesque des idoles connues, et « qu'il faut peut-être rap- « porter jusqu'aux temps antérieurs à Mena '. » Avec son temple d'albâtre et de granit, et les temples d'Osiris et d'Isis dont Horus est dit le flls^ le Sphinx a servi de noyau au cimetière. Les tombeaux sont venus se grouper autour de ces divinités symbolisant la résurrection des morts, et devant, disait-on, l'opérer un jour. La stèle, érigée en l'honneur de Chéops par sa fille H'ent-Sen, porte :

c L'Ilorus vivant (celui qui écrase ses ennemis ?), le roi d^Ëgypte, Khoufou (Chéops) viviacateur, a trouvé le temple dlsis, rectrice de la pyramide qui est près du temple du Sphinx, au nord-ouest du temple d^Osiris, seigneur du Rosta (PHadès égyptien) ; il a construit sa pyramide près du temple de cette déesse, et a construit la pyrandde de sa royale fille H*ent-Sen près de ce temple ^. §

^ c Apis mort^ désigné sous le nom de Horu$ de Ka-Kem, près de la pyramide ff de Ka-Kem. » M. Isambert, p. 395.

* « 0 bienfaisant Râ-Harmakhis!... Grand lion*qui se défend soi-même et qui « ouvre les voies de la barque Sekti (la barque solaire), » dit V Hymne à Ammon- Ra, de la XVIll* dynastie environ, après Joseph, avant Moue. Papyrus de Boulaq, t. II, pi. XI. La traduction de^cet hymne a été donnée par M. Giébaut. Paris, 1875,

' M. Maspero, p. 61.

^ M. Mariette, Notice des principaux monuments du Musée de Boulaq, 6* éd., p. 215 ; De Rougé, Recherchée sur les monuments qu'on peut attribuer aux six

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La pyramide de Chéphremest en relation frappante avec le Sphinx dans le temple duquel on a trouvé les statues de ce Pharaon. Quant à Monchérès, le couvercle de son cercueil en bois de sycomore, qui est au British-Museum, porte Tinscription suivante :

€ Osiris, roi des deux Égyptes, MENKAURA, vivant pour l'éternité, enfanté par le ciel, porté dans Nout {la déesse de la spMre céleste supposée liquide)^ rejeton de Seb {le dieu du sol fécond de la ierre)^ ta mère Nout s'étend sur toi en son nom d'abyme du ciel, elle te fait dieu en mettant à néant tes ennemis, roi des deux Égyptes, MENKAURA, vivant pour Féternité * ! >

Nout s'incorporait au sycomore qui renfermait le défunt. Sur les coffres, les vases à libation, qui servaient aux funérailles, et sur les vignettes du Rituel, on la voit distribuant Feau céleste du haut de son sycomore *. Une de ces vignettes présente le disque solaire audessus du bel arbre pyramidal ^ et identifie Teau céleste de Nout avec la lumière céleste d'Osiris : le défunt implore ensemble ces deux principes, qui n'en font qu'un, de son immortalité.

Toutes les pyramides et les nombreuses tombes de ce cimetière ont leurs quatre faces exactement tournées aux quatre points cardinaux. L'entrée des pyramides est régulièrement au midi : c'est le soleil en son midi vers lequel se tourne le défunt du fond de sa demeure. La même loi règle les pyramides votives. « Le principal « personnage, dit M. de Rougé, est ordinairement figuré en adora- « tion, la face tournée vers le midi *. » Le soleil, image de la divi-

premières dynasties de Manelhon, p. 46-50; M. Maspero, p. 71; M. Brugscb, Histoire d'Egypte, 2" éd., 1875, p. 57. Bien que la gravure de cette importante stèle, où figure presque tout le panthéon égyptien, à l'époque des Grandes- Pyramides, paraisse être du temps des Psamméîique, le teïte est considéré avec raison commo authentiqué. CPest une inscription de temple rétablie, ainsi que V ersle sixième siècle a été rétablie, dans le cimetière de Saint-Calixte, Tinscription damasienne du pape S. Eusèbe. M. de Rossi a été assez heureux pour pouvoir placer en regard de la copie, des fragments de Toriginal brisé. Voir les deux, Rom, sott,, t. II, tav, II, III.

* De Rougé, p. 65; M. Maspero. p. 75.

' Rituel funéraire, chap. 57, 154. — Ici, pi. VI, 4.

' Papyrus du Louvre, 3092, vignette du ch. 64 du Rituel; M. Guieysse, Rituel funéraire égyptien, chapitre 64«, 1875, pi. IV.

* Monumentê égyptiens du Louvre, 1860, p. 56.

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nilé, confondue, hélas ! avec elle, préside au cimetière, à ses tombes, et aux cénotaphes mêmes qui en rappellent le souvenir.

Quant à la chambre sépulcrale, il faut consigner ici Tobservalion faite par M.Mariette sur les monuments primitifs, ceux de la P" à la III* dynastie. « Le plan de la chambre, dit-il, a la forme d'une croix *. » Ce sera le plan même de la cappella greca ; et il est plus que probable que les Égyptiens y attachaient un sens mystique puisqu'on les voit, dès cette époque, faire de la croix aussi le signe de la vie.

Des feuilles de papyrus, rappelant les tablettes d'argile de laChaldée, vont être déposées, si elles ne le sont déjà dès ces temps antiques, dans les cercueils auprès des défunts. Elles contiennent plus ou moins les textes des hymnes récitées par les prêtres aux funérailles, dont le Rituel funéraire doit offrir la collection. La légende du cercueil de Menchérès donne le ton de ces hymnes. C'est toujours en somme la déification du défunt, devenu Osirls ou le soleil nocturne, qui, en dépit des génies des ténèbres, ennemis deThomme, est enfanté dans Tabime céleste à la lumière du jour éternel. Les chapitres XVII et LXIY du Rituel, dont nous avons cité des fragments, en traitant du phénix, sont les plus anciens et les plus importants du recueil et en contiennent toutes les principales idées. Des images accompagneront les textes dans les tombes. Elles représentent le pèlerinage d'outre-tombe de Tàmo unie à Osiris, ses luttes contre les mauvais génies, sa justification au tribunal d'Osiris, le bassin des flammes purificatrices où les bons génies la font passer, les Champs-Elysées où elle goûte les délices de la terre nouvelle, les formes qu elle revêt à son gré comme les esprits, les dieux dont elle contemple les demeures, son absorption finale dans le soleil de la divinité. A tout ce culte des morts voués à l'immortalité, on ajoute, à une époque très reculée, l'embaumement qui, perpétuant les corps, est la proclamation spéciale de cette immortalité même. On garde entier le corps et on le tient ainsi prêt pour l'âme qui doit le ranimer.

Ne quittons pas ces Égyptiens sans dire que la religion qu'ils font si scrupuleusement et si solennellement présider aux tombeaux n'est,

^ Les tombes de V Ancien Empire que Von trouve à Saqqarah. Revue archéologique, 1869, t. XIX, p. 19.

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en dernière analyse, que celle d'un orgueil suprême et de l'apothéose humain. Tout défunt est le soleil, comme le soleil est Dieu. « On « voit, écrit M. de Rougé, à propos de Tinscriptiou du cercueil de « Menchérès, que Tabsorption de Tâme justiûéeen Osirîs était déjà « la doctrine nationale, dont le Rituel funéraire devint Texpression « complète \ » La pyramide même du défunt est déifiée avec lui : c'est son corps de gloire : ils auront ensemble leur sacerdoce et leurs prophètes appelés de leurs noms sacrés. La merveille des pyramides et Tune des merveilles du monde, le tombeau de Chéops, s'appelle Eou-t , laSplendeur, Kou-UKou-Jou , la-Splendeur-de- Chéops, Ce nom, la Splendeur, s'écrit par l'image du phénix *. C'est le phénix que Chéops en sa pyramide, montagne éblouissante de blancheur, quadruple miroir de la lumière aux quatre faces du ciel, dieu d'en bas qui regarde le dieu d'en haut, se plonge en lui et devient lui-même ! Maintes fois un obélisque, portant le disque d'or du soleil, termine la pyramide ', et nous dit expressément son sens audacieux. La fameuse piété funéraire des Écryptiens aboutit donc à un impiété titanesque. Les catacombes seront la contre-partie des nécropoles égyptiennes ; et le doux et humble phénix chrétien consolera Dieu et les hommes de l'insolence de ce Phénix qui n'est autre que la plus grande des Grandes Pyramides *.

* Recherches, p. 65.

« nid., p. 42, 50; M. Brugsch, p. 52.

• De Rongé, Recherchas, p. 79; Notice des monuments exposés dans la galerie d^anliquités égyptiennes, salle du rez-de-chaussée et palier de l'escalier du sud' est, au musée du Louvre, 2« supplément, § tl, note.

^ Il est inuiile d'insister sur cette preuve monumentale de rextréme antiquité de la légende, plus ou moins développée, et de Tidolâtrie du Phénix. On suit cette légende tout le long de l'histoire d'Egypte. Les trois cercueils de la xv dynastie — antérieure de plusieurs siècles à Abraham — que possède le musée de Berlin, portent une première rédaction du chapitre XVII du Rituel funéraire où on lit : f Je suis le Bcnnou, ce grand qui est dans Ou. • (Lepsius, Aelteste Texte des Todtenbuchs, Berlin, 1867, p. 31.) Le phénix est peint avec la tète rouge, le corps blanc, les ailes bleues rayées de noir, sur le magnifique Rituel de Neb-qed (Louvre, salle funéraire, 3058), de la xvni« dynastie environ, un pea antérieur à Moïse, ou son contemporain. Il est gravé sur une stèle de la xixe dynastie, dédiée au prînce d'Élhiopie, Setaou-an (Louvre, l'^ salle), avec ce galbe du faisan doré qui est si prononcé sur le petit obélisque du Caire. (V. notre pi. XllI, 9.) Voici la traduction, due à Tobligeance de M. Pierret, de l'inscription où il figure id :

LÀ GÂPPEIXA 6RECA 715

C'est ainsi que les ÉgjTitiens comprenaient la sépulture et établissaient leurs cimetières. On retrouve plus ou moins leurs pensées et celles des Chaldéo-Assyriens, chez les nations païennes de l'antiquité, au milieu desquelles les deux empires rivaux de TEuphrate ou du Tigre et du Nil ont si longtemps représenté la puissance et la sagesse comme la primogénituro. Qu'il suffise de dire, que chez les Romains, continuateurs des usages religieux des Étrusques, les sépulcres étaient consacrés par les Pontifes avec un « rituel » et des « cérémonies » spéciales ; que la divinité prenait d'abord possession du lieu où devait reposer le défunt; que c'était un lieu sacré et religieux, locus sacer et religiosus; que les tombeaux s'appelaient « chambres à coucher sacrées, cwôïcw/a sacra,» la demeure des morts « maison éternelle consacrée, domus œtema « consecrata; » que ces morts, devenaient des dieux, des « ombres « bienveillantes, Mânes, » C'est à eux aussi qu'était consacré le lieu: locus Dis Manibus consecratus *. Le défunt qui reposait sous la garde d'Osiris, d'Isis, d'Horus, était transformé chez les Égyptiens, en nouvel Osiris, en nouvel Horus : ainsi, chez les Romains, étant déposé dans le lieu consacré aux dieux infernaux, il se trouvait l'un d'eux. C'est aux morts eu!^-mèmes qui occupaient les tombeaux, et non aux dieux qui en étaient les gardiens que s'appliquait

« L'approuvé, qui réjouit le cœur, d'Amraon-Ra, — Le Fils du Soleil, — Nekht- « har-heb (Nectanébo le), — Vivant comme le Soleil. — De Thot, — Deux fois f granJ, — Seigneur — de la Ville-des-huit (llerraopolis), — Seigneur — Des c divines paroles, — Protecteur des hitelligents — Image du phénix, — Aimé. « — Donnant toute vie. » Ce dessin du phénix est postérieur d'un siècle seulement à Hérodote qui nous a marqué les couleurs que lui donnaient les Égyptiens. On trouve donc à la (ois, pour ainsi dire, dans le phénix égyptien, le dessin et les couleurs du faisan doré. C'est bien à lui que les prêtres égyptiens appliquaient la légende merveilleuse qu'ils ont racontée à Hérodote

L'image du phénix ûgure, gravée en creux, sur des tablettes de pierre calcaire accompagnant le^ momies. Elle se rattache au sceau que les sarcophages nous montrent imprimé par Isis et Nephtys, sur le sol, avec l'hiéroglyphe d^iterum incrusté au-dessous, pour exprimer l'idée de renouvellement, de rénovation, et la résurrection du défunt du sein de la terre (M. Pierret, Diction, d'arch. égypt,, p. 358, 495). C'est un prélude complet aux images et aux sceaux du phénix que • nous présentent les tombes chrétiennes.

* Voir Bl. de Rosd^B^m. êùU., t. IIJ, p. 433.

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la déclaration solennelle de consécration afûchée aux portes des sépulcres ou en tête des épilaphes : « D M S, Dis manibus sacrum, ;< consacré aux Dieux Mânes. » Osiris, d'ailleurs, et les Dieux Mânes n'étaient à Torigine — les monuments égyptiens, où Osiris figure tout d'abord en mort plutM qu'en dieu, l'indiquent, et la Bible, visant spécialement l'Egypte, le déclare — que Vhommp mort qu'une douleur acerbe, telle que celle d'un père pleurant son fils à lui ravi, avait commencé à honorer comme un dieu *.

Le peuple do Dieu, issu d'Abraham, en écartant ce qu'il y avait d'idolâtrique et de superstitieux dans les sépultures des peuples profanes, devait conserver tout ce qui s'y trouvait de vénérables traditions et d'heureuses inspirations.

Abraham était d'Ur {U-ru, la demeure du frère, la ville), ville des Chaldéens, rivale do Babylone en antiquité et en grandeur. Située sur l'Euphrate, non loin de son embouchure qui depuis a reculé, elle se trouvait dans l'ancien territoire du Paradis terrestre. Ses forêts de palmiers, son froment produisant deux et trois cents pour un, son millet et son sésame d'une hauteur incroyable en rappellent encore les enchantements. Considérée comme terre sainte, c'était une nécropole pour tout le bassin de l'Euphrate et du Tigre. « La ville, dit M. Vigouroux, paraît avoir été aban- « donnée, vers l'an 500 avant Jésus-Christ, mais elle continua à être « un lieu sacré où se faisaient enterrer Chaldéens et Assyriens. La « multitude des tombeaux, qui environnent au loin la cité, est în- « calculable '. » Un des rois qui y avaient régné avant la naissance d'Abraham, Urkham, en construisant l'enceinte de la ville, y avait élevé le temple du dieu Sin ^ la Lune, monument appelé par son successeur Doungi, qui l'acheva, le Haut-Lieu, le temple du Ciel *. C'était, comme la tour de Babel, le temple des Sept Lumières de la terre, un édifice quadrangulaire, à étages, exactement orienté, et

« Sap., XIV, 15.

' Des briques trouvées à Ur portent ces deux inscriptions : c Urkham, roi du c pays de Ur, a construit le temple du dieu Sin. — Au dieu Sin Ron roi, c Urkham, roi de Ur, a construit le temple et la forteresse de Ur. > M. Menant, Babylone et la Chaldée, 1875, p. 74.

* Tablettes du Louvre. M. Lenormant, Reo. archéoL, 1873, t. XXV, p. 25.

LA CAPPELLA GRBGA 717

ainsi conjugué avec le soleil, la lune et les étoiles. Ses ruines, formant deux étages, ont encore soixante-dix pieds de hauteur; les larges briques qui ont servi à sa construction n'ont guère été moins nombreuses que celle du temple d*Érech, cité voisine, qu'on porte à trente millions. Ce culte de la lune à Ur ne devait point être assurément sans relations avec les tombeaux dont cette ville était le campO'Santo : ce dieu Lune rappelle bien le dieu Soleil-nocturne, Osiris, des Égyptiens. Abraham qui, avec son aïeul Nachor et son frère Tharé, avait adoré ici les dieux étrangers^ comme le dira Josué aux Hébreux \ quittant sa terre, sa famille et la maison de son père^ et allant dans la terre que lui montrait le vrai Dieu *, quitta aussi toutes ces aberrations, et n*eut garde, dans ses pérégrinations en Mésopotamie, dans la terre de Chanaan, en Egypte, de rien prendre de celles plus ou moins semblables qu*il y trouva. Mais il observa la règle de sagesse que devait donner son petit-flls, S. Paul : éprouver tout^ retenir ce qui est bon '. Voici donc ce qu'il lit pour sa sépulture.

Lui qui, par esprit de foi, demeura dans la terre promise à lui et à sa race, dont il pouvait justement déjà se considérer comme le seigneur, ainsi que datis une terre étrangèrCy habitant sous des tentes, car il attendait la cité qui a des fondements, dont Dieu est l'architecte et le constructeur, ne voulant, en fait de cité, que la cité d'en-haut *, et tenant à n être ici-bas qu'un pèlerin, fit une acquisition, cependant, dans cette terre, l'acquisition d'un tombeau. Ne songeant plus à la fausse terre sainte d'Ur, où reposaient ses ancêtres, répudiant ce paradis terrestre répudié de Dieu, il adopta pour son lieu de repos dans la mort la terre qui devait s'appeler à jamais la Terre-Sainte, cette terre bonne, très bonne, sans pareille, ruisselante de lait et de miel •, qui semblait le Paradis terrestre retrouvé et était l'image du Paradis céleste. Abraham acheta là d'Éphron, Tim des enfants de Heth, second flls de Chanaan, Macpelah, la Caverne-double, située à

* Jo8., XXIV, 2.

* Gen., XII, 1.

» I Thés., V, 21.

* Hebr., XI, 9, 10.

•Peut., 1,25, 35îV, 22, 22; VI, 3.

718 * LA CAPPELLA GREGA

rextrémité du champ d'Ëphron, avec ce champ et toas les arbres qui Teatouraient *. Taillée dans le roc, elle était composée de deux étages, comme les tombeaux égyptiens, la chambre supérieure servant de vestibule et de station aux visiteurs, la chambre inféTieure contenant les tombes. La Caverne-double regardait Mambré^^ c'està-dire le midi, comme l'entrée des pyramides d'Egypte. C'était la direction que lui avait donnée le chananéen qui la vendait et qui adorait probablement, avec la plupart de ses compatriotes, le soleil sous le nom de Baal, comme les Chaldéens ou les Égyptiens sous tant d'autres noms. Abraham, en réprouvant cette adoration sacrilège, pouvait fort bien accepter ce symbolisme précieux de la résurrection. En fait, lui et ses fils l'adoptèrent, d'une seconde manière, on ne peut plus libre et en même temps plus expresse.

Quand, vers la fin du VIP siècle, l'ovêque Arculphe visita dans la Cavertie-double les tombeaux d'Abraham, d'Israël et de Jacob, et de leurs épouses Sara, Rebecca et Lia, « les pieds des patriarches « étaient tournés vers le sud et leurs tètes vers le nord '. » Un architecte piémontais, M. Pierotti, attaché au service du Sultan, vient de confirmer cette observation faite il y a douze siècles. « Le « 25 août 1859, je vis, dit-il, ouvrir et élever la porte horizontale << qui ouvre le passage à la caverne, situé dans le portique (de la < mosquée d'Hébron).. Je réussis à descendre la cinquième marche « et à me courber de manière à voir la caverne dans la direction «( du nord, à voir des sarcophages de pierre blanche, et enfin à « remarquer que du côté nord, à proximité de l'escalier, existait la « paroi de roche, devant une ouverture qui met en communication « la caverne supérieure avec Tinférieure, au moyen de marchefi basce ses taillées dans le roc ^. Chaque jour donc le soleil, en son midi» projetait sa lumière à rentrée et comme dans la profondeur de la Caverne dont Abraham avait fait le cimetière ou dortoir de sa famille ; les défunts, tournés en face de l'astre du jour, semblaient saluer en

* Gen., XXIII, 9, 17.

«Gen., XXIII, 19.

' Adamnanus, ex Arculfo, II, x ; M. Guérin, Description de la Paleêiine, la Judée, t. m, p. 224.

^ Mapila. Lausanne, 1869, p. 93.

LA CAPPELLA GRBCA 749

lui le jour éternel qu'ils attendaient; et c'est ainsi que les Juifs devront doublement comprendre cette parole du Christ : Abraham^ votre père, a désiré avec ardeur de voir mon jour *.

Le pelit-flls d'Abraham, Jacob, mourant en Egypte, demandera à son fils Joseph, ministre de Pharaon, et à ses autres fils de porter son corps en la Terre Promise, dans la Caverne-double d'Abraham et d'Isaac ; et là aussi ses pieds et son visage seront tournés vers les splendeurs mystiques du soleil. Joseph, à son tour, dira à ses frères : Après ma mort, Dieu vous visitera et vous fera monter de cette terre dans la terre au sujet de laquelle il a fait serment à Abraham, à Isaac et à Jacob.,. Dieu vous visitera : transportez mes os avec vous hors de ce pays ^ Et il reposera dans la Terre Promise, en ce champ que Jacob lui avait donné en propre, à Sichem, au milieu de la tribu du fils de la droite de Jacob, Ephraïm. Abraham avait déjà acheté là à prix d'argent un sépulcre ^

Joseph avait embaumé le corps de Jacob, à la manière des Égyptiens; il fut ainsi embaumé lui-même *. Abraham, Isaac avaient reçu des honneurs analogues, sinon lés mèm^s. Les dépouilles des patriarches étaient religieusement conservées et comme parées dans l'attente de la résurrection. Nous en aurons quelque jour sans doute, à la chute du fanatisme musulman, la preuve émouvante. « Il est non seulement possible, mais très probable, vient d'écrire « M. Porter, que les restes des patriarches, spécialement le corps de « Jacob, embaumé à la manière égyptienne, sont encore dans leurs «tombeaux... Peut-être le jour n'est pas éloigné où le mystère « sera éclairci \ »

» Joan., VIII, 56.

* Gen., L, 23, 24.

» Act., vn, 16.

* Gen., L, 2, 25.

* Hanhook for Syria and Palestine, iSlh, Ajoutons ici ces lignes intéressantes du juif Benjamin de Tudèle, qui visita Hébron et la Caverne-double au XIP siècle : c S'il se présente quelque jui^ qui offre un salaire au garde de la caverne, on lui c ouvre alors une porte de fer qui a été faite du temps de nos patriarches (à qui c soit le salut!), et, accompagné d*un homme qui tient dans sa main un flambeau c allumé, il descend dans une première caverne, où rien ne frappe ses regards, c II descend ensuite dans une autre caverne qu'il trouve également vide ; enfin c il pénètre dans une troisième, où six tombeaux s'offrent à ses yeux : ce sont les

Quand les fils d'Abraham eurent occupé la Terre Promise et que fut mort le chef, nouveau Moïse, qui leur en avait fait la conquête et devant qui non seulement le Jourdain, mais Iç soleil luimême avait suspendu sa marche, ils lui érigèrent un digne tombeau, à Thamah-Saré, son héritage, dans la montagne d'Ephraîm. M. Guérin Ta retrouvé de nos jours *. Il offre sa double caverne comme le sépulcre d'Abraham, avec ces différences que la chambre mortuaire est double elle-même, quatorze tombes occupant perpendiculairement les deux côtés et le fond de la première pièce, Josué étant seul dans la seconde, au fond, en regardant l'entrée, et que le tombeau a sa façade au nord au lieu du midi. Mais, en n observant pas, comme Abraham etises fils, Torientation chananéenne et égyptienne, soit par le fait de l'exigence des lieux, soit intentionnellement, de crainte de fournir un prétexte au penchant des Hébreux si enclins à l'idolâtrie de leurs prédécesseurs, restés leurs voisins, le tableau présente sous une autre forme la même pensée de la résurrection.

« D'après les traditions juives, écrit M. Smith, il y avait un soleil « sculpté sur le tombeau de Josué en mémoire de la bataille de Betho- « ran *. » Ce soleil qui, sommé par Josué, ne s'était pas couché pour éclairer jusqu'au bout sa victoire sur les Chananéens, était la figure de celui qui devait accomplir sa victoire sur la mort. Josué n'avait

« tombeaux d'Abraham, d'Isaac, de Jacob, de Sarah, de Rebeccah et de Léah; ils c sont placés les uns vis-à-vis des autres, et tous poi1:ent upe épitaphe gravée sur « la pierre. On lit sur le tombeau d'Abraham : Ceci est le tombeau (TAI'rahctm f notre père (à qui soit le salut!}. Le tombeau dlsaac et celui de Jacob portent c également une inscription ; il en est de même de tous les autres. Une lampe, a suspendue au-dessus des tombeaux, veille nuit et jour dans cette caverne. On y c voit aussi de grands tonneaux remplis d'ossements; ces ossements sont les f restes d'hommes Israélites, car anciennement les Israélites avaient coutume da c transporter leurs morts dans ce lieu, et chaque famille venait y déposer les c ossements de ses pères, ossements qu'on y a laissés jusqu'à ce jour. > J/tVierarium, p. 23.

* M. Guérin a découvert le tombeau de Josué, le 31 août 1863. — Voir les plans dans sa Description de la Palestine^ Samarie, t. II, p. 232, et dans Âurès, Revue archéologique, oct. 1866.

* Dictionary of th$ Bible, t. III, p. 4501 ; M* Tigouroux, t. III, p. 21.

LA CAPPELLA GREOA lâl

pas reçUj comme dit S. Paul, en parlant de cet homme de foi, la rédemption du grand ennemi qu'on nomme la Mort, mais c'était joowr trouver une meilleure résurrection que celle de quelques jours icibas '. Il attendait dans sa tombe le divin soleil, et son monument en présentait Timage avec celle du soleil de la nature qui lui avait donné un si bon gage de salut. Le vestibule, éclairé par devant de toute la lumière du jour, est perforé sur ses parois latérales et sur la paroi du fond de 288 petites niches à lampes qui n'ont pu servir qu'à une illumination à certaines époques solennelles *. Marque d'honneur exceptionnel, en rapportavec le soleil glorieux de Josué, mais symbole aussi de ce jour du Christ, qui fut l'objet de ses désirs ardents comme de ceux d'Abraham I

La lampe allumée sur les tombeaux des patriarches nous en dit assez clairement le sens. Au commencement du quatorzième siècle, le rabbin Isaac Chelo écrira dans son livre Chemins de Jérusalem : « Aima... possède une sainte association juive. Trois tombeaux « d'autant de sages d'Israël, qui portent tous les trois le nom de « Rabbi Eléazar, font la gloire de cet endroit. De beaux grena- « diers ombragent ces tombeaux antiques. Les Juifs et les Musul- « mans allument tous les vendredis soirs des lumières sur ces tom- « beaux '. » Ces lumières, à l'entrée du sabbat, ou jour du repos, réalisaient, même aux yeux, ces paroles de Daniel relatives à la venue du Messie : Et grand nombre de ceux qui dorment dans la terre et la poussière se réveilleront, les uns pour la vie éternelle... Et les hommes d'intelligence resplendiront comme la splendeur du firma^ ment, et ceux qui en rendent justes un grand nombre comme des étoiles dans l'éternité, à jamais ^. Elles commentaient ces paroles de S. Paul, citant David et déclarant aux Hébreux que le repos que leur a donné Josué dans la Terre Promise n'est point le repos final et véritable : C'est pourquoi ce sabbat {le repos de Dieu) est réservé au

* llebr., XI, 29, 35; I Cor., XV, 28.

' M. Guérin, Note lue à T Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, le 28 octobre 1864.

* Publié par Carmoly, p. 263 ; cité par M. de Saulcy, Voyage en Terre-Sainte^ 1865, t. II, p. 229.

* Dan , XII, 2, 3.

7â2 LA CAPPELLA GRECA

peuple de Dieu \ Voilà ce quo signifiait le soleil et rUlumination solaire du tombeau de Josué.

Nous comprenons maintenant les sépultures des Hébreux dans la Terre Promise. Quand la mère des Macchabées, poussant ses sept fils au martyre, leur aura dit : Le Créateur... vous retidra de nouveau l'esprit et la vie, comme vous vous sacrifiez vous-mêmes pour ses lois^ que le septième à la suite des autres sera mort pur, se confiant en tout au Seigneur, et qu'enfin après ses fils la mère aura souffert aussi la mort*, de nouveaux Macchabées recevront du ciel un glaive d'or* pour venger les martyrs. Mais eux aussi seront de ceux qui attendent une résurrection meilleure que le rétablissement du royaume d*Israêl. Judas Macchabée envoya à Jérusalem douze mille drachmes d'argent afin d offrir un sacrifice pour les péchés des morts, tombés dans le combat, pensa?it bien et religieusement au sujet de la résurrection ^. Le tombeau do ces Macchabées conquérants, que vient de reconnaître celui qui avait retrouvé le tombeau de Josué, dressait sur la montagne de Modin, en regard de la mer, sept petites pyramides sur les sept tombes. Ces pyramides ou obélisques que FÉgypte consacrait au soleil et qui rappellent ses rayons, pareils à des flèches, symbolisaient, je n'en puis douter, la résurrection, dont chaque jour le soleil est Tcmblème. j allais dire le prédicateur : « la lumière... avec le soleil mettant à mort sa mort qui est la nuit, « brisant sa sépulture qui est les ténèbres, interficiens mortem suam, « noctem, rescindens sepuUuram suant, tenebras, » d'âpre Ténergique Tertullien *.

Les serviteurs de Dieu *, qui vivaient au sein de la Gentilité, tel que Job, tout en repoussant comme un crime énorme et le retiiemeni

* Hebr., IV, 1,9. — Les ûdèles de Romo aimaient à entretenir des lampes sur les tombes au cimetière. Le soir, le cimetière de Saint-Laurent en était constellé comme un autre ciel. CTest un des souvenirs ineffaçables de Rome pendant le concile du Vatican.

MIMaa,VII,23, 40, 41.

» II Mac, XV, 15.

* II Mac., Xn, 43.

• De resurrectione camis, XII.

• Job, XLU, 7, 8.

lA CAPPELLA GBECA 723

du Dieu Très-Haut, radoration du soleil et de la lune *, n'en invoquaient pas moins cette lumière divine dont le soleil est Temblème et qui, servant de guide aux vivants, doit ressusciter les morts. Au sein de son martyre, dont Satan en personne ^tait le bourreau. Job, souffrant mille morts, sans pouvoir mourir, disait :

. . . L'enfer est ma demeure, Dans les ténèbres j*ai disposé ma couche *.

Mais il venait de dire :

A cette heure même, voici que dans les cieux est mon témoin, Et mon défenseur dans les hauts-lieux ^.

Et il ajoutait cette solennelle profession de foi et d'espérance qu'il voulait qu'on gravât sur une impérissable stèle, celle, à n'en pas douter, de sa tombe :

Qui me donnera maintenant que mes paroles soient écrites,

Qui me donnera que dans un livre elles soient consignées.

Qu'avec un stylet de fer et du plomb

A jamais sur le roc elles soient gravées !

Oui, moi, je le sais, motn rédempteur est vivant,

Et à la fia sur la poussière il se lèvera ;

Et, après que de ma peau on aura entouré ceci,

Et de ma chair, je verrai Dieu.

C'est lui que moi je verrai, moi !

Et mes yeux l'ont vu, et non un étranger.

Mes reins ^ se consument daas mon sein '.

Et il disait encore, à la iln de ses discours :

Qui me rendra tel qu'aux années d'auti*efois Aux jours où Dieu me gardait.

Quand brillait sa lampe sur ma tête :

* Job, XXXI, 20-28.

« Job, XVI r, 13.

» Job, XVI, 19.

♦ Dans l'Écriture, les reins sont le siège des aifections, comme le cœur Test de l'intelligence.

» Job, XIX, 23-27.

7t4 LA CAPPBIXA 6RECA

Qu'à sa lumière je marchais dans les ténèbres ? Tel que j'étais aux jours de mon automne. Quand le Tout-Puissant était encore avec moi. Et tout autour de moi mes enfants, etc. *.

Au moment de la venue du Messie, que Jacob a appelé Y attente des nations comme le salut d'Israël *, le père du Précurseur, le prêtre Zacharie, chantera donc sur le berceau de son fils :

Béni soit le Seigneur {Jéhovah), le Dieu dlsraël, Car il a visité et racheté son peuple, Et il nous a dressé une corne ' de salut Dans la maison de David son serviteur...

... Il nous a visités d'en haut Pour illuminer ceux qui sont assis dans les ténèbres et Tombre de

[la mort

Pour conduire nos pieds dans le chemin de la paix ^.

Il est difficile de ne pas voir dans ces paroles une allusion aux tombeaux d'Abraham et de ses fils, à la profession de foi de leur ar-

* Ses fils et ses serviteurs tout ensemble. Job, XXIX, 2-5. -*- Nous avons suivi (chap. XXVIl) sur la famille et Tépoque de Job, la tradition hébraïque consignée dans le texte des Septante. Elle a été acceptée par Origène, S. Jean Chrysoslome, S. Augustin, S. Gré;;oire-le-Grand et le commun des interprètes. Il faudrait de graves raisons pour la rejeter. 11 semble bien que Moïse, en mentionnant parmi les descendants d*Âbraham ou de son frère Nachor, Hus; Bus, Schuah, Elîphaz, Theman, dont on trouve précisément les noms dans le livie de Job, et Jobab que les Septante identifient avec Job lui-même, ne Ta point fait sans songer à ce grand serviteur de Dieu. La tradition des Juifs, consignée dans le traité Baba Balhra du Talmud^ et suivie par Origène, fait Moïse auteur du livre de Job. Il a dû au moins connaître l'histoire de Job, que tout indique avoir vécu avant lui. Comme la fille d'Edom que Jérémie nous montre habitant dans la iert^ de Hu8 (Thren., IV, 21), Job plantait ses tentes près de la route de la Ghaldée en Egypte, non loin du Jourdain (XL, 18), un peu à Test du lac de Génésareth, dans le voisi* nage d'Âsturoth-Gamaim, Astarté-aux-deux-cornes, ville de la Batanée, consacrée, comme Ur des Chaldéens, à la Lune. Il avait sa maison dans la ville, son tribunal à la porte de la ville. Eusèbe et S. Jérôme nous montrent la maison de Job vénérée de leur temps à Âstaroth-Carnaim. » Gen., XLIX, 10, 18.

* Un instrument puissant.

♦ Luc, I, 68-79.

LA CAPPELLA GRBGA 725

chitecture et de leurs oroements, et à la profession de foi même de Job. Le Christ , révélé au monde, après avoir ressuscité la fille de Jaïre, prince de la Synagogue, et le fils de la veuve de Naïm, dira aux Juifs : Si quelqu'un garde ma parole, il ne verra pas la mort de l'éternité. . . , Abraham, votre père^ a désiré ardemment voir mon jour, il l'a vu et il a tressailli de joie *. Puis, après la résurrection de Lazare, précédée de cette déclaration : Je suis la résurrection et la vie *, il répondra aux Sadducéens qui disent qu'il n'y a pas de résurrectio?i : Au sujet de la résurrection des morts, n'avez-vous pas lu ce qu'a dit Dieu, en parlant à vous : Je suis le Dieu d'Abraham, et le Dieu d'Isaae et le Dieu de Jacob ^ // n'est point le Dieu des morts, mais des vivants ^. Dans la même semaine, il mourra au sein des ténèbres du ciel et de la terre, et, ressuscité, il apparaîtra à ses disciples « soleil plus beau, sol formosior » que celui qui chaque jour porte les feux de son midi dans la Caverne-double d'Abraham, d'Isaae et de Jacob, rencontre sa propre image au front du tombeau de Josué, et fait resplendir jusque sur les flots où le Grec et le Romain naviguent vers la Terre Promise, les sept pyramides des Macchabées.» Mais le Dieu d' Abraham, d'Isaae et de Jacob, le Dieu des vivants, non des morts, le Bédempteur vivant de Job, n'apparaîtra point seul. Les tombeaux s'ouvrirent, dit TÉvangéliste, parlant de Finstant de sa mort, et beaucoup de corps des saints qui s'étaient endormis, se levèrent, et sortant de leurs tombeatix après sa résurrection, ils titrèrent dans la Cité sainte et se montrèrent à un grand nombre de personnes *.

C'est dans ces circonstances que deux fils d'Abraham, Pierre et Paul, princes des apôtres du Christ, chargés d'enseigner au monde sa résurrection, celle du genre humain, et destinés à être les apôtres particuliers de Rome, y fondèrent pour les hôtes de Pierre, Priscille etPudens, pour les compagnons de Paul, Prisca ou Priscille et Aquila,

« Joan., Vin, 51, 56.

* Joan., XI, 25.

» Exod., III, 6.

* Matt., XXII, 23, 31, 32.

•Matt., XXVII, 52,53.

736 lA CAPPELLA 6REGA

et pour leurs frères dans la foi le cimetière de Priscille. Sa disposition générale sera celle des cimetières juifs dont le tombeau des patriarches et celui de Josué offrent le modèle en Terre-Sainte, et dont les exemples déjà ne manquent pas à Rome ^ Le noyau de cette nécropole est son église, notre cappella greca. Aquila et Prisca, morts très probablement avant Pierre et Paul, Priscille et Pudens, lem's filles Pudentienne et Praxède ont reposé auprès, comme Noé, les Chaldéens et les Assyriens dans la terre d'Éden, comme les premiers Pharaons aux côtés de Tidole d^Apis, taureau-soleil, mourant et renaissant, ou près d'Horus, homme-lion-soleil, idole semblable, comme Abraham et ses fils sous les rayons mystiques du soleil du monde, image orthodoxe ici du soleil de la divinité.

La chapelle n'est pas orientée, étant souterraine et construite sur le bord du grand couloir do Tarénaire préexistant. Le pontife en priant regardait à peu près vers le nord, pôle de notre hémisphère, où rÉcriture place le trône de Dieu *, et les fidèles priant devant lui avaient la face au midi. Mais il n'est pas douteux que rorientation des tombes se transmettait dès lors des disciples de Moïse à ceux du Christ. C'est des cimetières qu'elle passera aux basiliques romaines et de là à nos églises du Moyen-Age.

' C'est ici la place de ce paragraphe intéressant de la Conférence de la Société romaine d'Archéologie chrétienne, du 25 nov. 1877 :

f M. le clianoine Fabiani a parlé ensuite de la forme architectonique des cimec tières juifs* et il a montré quelques dessins du cimetière de Birajub, au confluent c des vallées de Cédron et de Libon, près de Jérusalem, dont la forme est sem- « blable à celle des cimetières juifs de Rome, c'est-à-dire présente àe» ambulacres c et de petites chambres (cubicoli) taillées dans la roche avec des sépulcres prati- < qués dans les parois. Il dit que cette forme est prescrite par la Mischnah, et « que le décret remonte à une époque antérieure à la destruction de Jérusalem. Il t ajoute qu'une disposition semblable fut probablement adoptée dans les sépulcres « mêmes des rois de Juda, et que dans les Livres saints on trouve parfois des fl allusions aux cubicoli et aux corridors taillés dans le roc vif aux divers étages « de l'hypogée, et aussi à Taire du sol à ciel ouvert qui garantissait la propriété a du sépulcre souterrain. Et de là il conclut que les chrétiens, en construisant c leurs cimetières souterrains à Timitation des cimetières juifs de leur temps, c reproduisirent et développèrent grandement le type des tsès anciens sépulcres « du peuple élu. » Bulletino, 1879, p. 23.

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