‹ Les antiquités de l'église anglo-saxonneChapitre 10 sur 40 · CHAPITRE m · texte numérisé non relu

CHAPITRE m

Revenus du clergé. — Donations de terres. — Offrandes volontaires. — Dîmes. — Redevance de l'Eglise. — Droit d'asile. — Trêve de l'Eglise. — Denier de S. Pierre.

C'est un principe d'équité naturelle consacré par la pratique uniforme des nations les plus sages et même par les moins civilisées que l'homme dont la vie est dévouée au service public soit soutenu aux dépens du public : comme les ministres de la religion exercent les fonctions les plus importantes pour la société ils peuvent avec justice réclamer des secours sufusans pour les mettre à l'abri des inquiétudes de l'indigence, et qui leur permettent de se livrer sans trouble à l'accomplissement de leurs devoirs ; mais la manière dont ces secours doivent être assurés est un objet de discussion politique qui a toujours varié suivant le besoin des circonstances , les mœurs des peuples et le mode de l'instruction publique. Ce chapitre a pour but de rechercher les principales sources d'où dérivèrent originairement les moyens de subsistance du clergé anglo-saxon. Les révo-

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huions civiles et religieuses de plus de dix siècles ont amené beaucoup de changemcns importans ; cependant on laisse encore aujourd'hui subsister les anciennes institutions les plus lucratives : quoique les premiers réformateurs montrassent une grande horreur pour les doctrines des papistes ils ne firent pas la guerre à leurs revenus, et leurs successeurs veulent bien encore devoir leur subsistance à la libéralité de leurs ancêtres catholiques.

L Comme des donations de terre étaient la récompense ordinaire dont les princes saxons payaient les services de leurs partisans ils durent naturellement pourvoir de la même manière aux besoins de leurs instituteurs : ainsi dans chaque royaume de l'Eptarchie on choisissait parmi les domaines de la couronne les meilleures propriétés , qui en étaient détachées et que l'on assignait irrévocablement à l'Eglise. Ethelbert de Kent, de même qu'il fut le premier de ses prosélytes royaux , est aussi le premier dans le catalogue de ses bienfaiteurs : il transporta sa cour de Cantorbéry à Reculver, et fit présent aux missionnaires de la première de ces deux villes avec ses dépendances. C'est avec une égale munificence qu'il fonda le siège épiscopal de Rochester ; et aussitôt que Saberct, roi d'Essex, eut reçu le sacrement de baptême il assigna, de concert avec ce prince,

un ample territoire pour le soutien de l'évêque Mellitus et de son clergé, (i)

Les autres monarques saxons rivalisèrent de libéralité avec Ethelbert , et les historiens ecclésiastiques par reconnaissance en ont transmis la mémoire à la postérité. Kinegils de Wessex donna la ville de Dorchester à son instituteur Birinus ; et l'église de Winchester reçut de Coinwalch , son fils et son successeur, la donation de toutes les terres situées à la distance de sept milles des murs de cette capitale. (2)

L'île de Selsey, contenant quatre-vingt-sept hides avec deux cent cinquante esclaves, fut concédée par Edihvach de Sussex au missionnaire S. Wilfrid; (3) et les richesses des anciens prélats northumbriens attestent la munificence d'Oswald et de ses successeurs : leur libéralité ne se borna pas aux églises épiscopales seulement; à mesure que le christianisme s'étendait on établissait des paroisses et on érigeait des monastères. Dans chaque paroisse une certaine portion de glèbe était assignée à l'entretien du bénéficier , et chaque monastère possédait des biens proportionnés au nombre

(1) Bède, L I, c. 33; 1. Il, c. 3.Monast., vol. I, p. 16. Ang. sac, vol. I , p. 333.

(2) Ang. sac., vol. I, p. 190, 288.

(3) Bed.,1. IV, c. i3.

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de ses sujets. Comme les propriétés en terres étaient chez nos ancêtres un grand objet de distinction civile les principaux du clergé marchaient de pair avec les thanes séculiers , étaient admis au grand conseil de la nation et investis d'une autorité qui les faisait respecter même de ceux qui tenaient encore à la religion de leurs ancêtres.

La piété des convertis se bornait rarement à la donation de leurs propriétés ; la valeur du présent était généralement rehaussée par les privilèges qu'il, y attachaient. La tenure des terres chez les Anglo-Saxons avait été établie à peu près sur les mêmes principes que chez les autres nations du nord : chaque bien fonds astreignait son propriétaire à différens devoirs envers son seigneur ; mais la plupart des possessions cléricales et monastiques furent bientôt affranchies de toute obligation servile et non nécessaire; (i) par une transition naturelle à l'esprit humain on les considéra comme la propriété non de l'homme mais de Dieu , et les grever des charges imposées aux vassaux par les supérieurs eût été regardé comme une profanation et un sacrilège. Cependant on sut faire une juste distinction entre les droits privés et les droits publics; et tandis

(i) wiik., p. 57, r»o.

qu'on abandonnait volontiers les premiers on exigeait les derniers aussi strictement de l'ecclésiastique que du propriétaire laïque. Réparer les routes et les ponts , contribuer à l'entretien des fortifications, et fournir un contingent proportionnel de troupes en temps de guerre étaient des services si essentiels à la prospérité nationale qu'on n'en accordait aucune exemption. Telle fut la déclaration formelle d'Ethelbald, roi de Mercie : (i) mais les autres princes ne furent pas toujours guidés par la même politique , et à moins que quelques chartes d'ancienne date n'aient été fabriquées dans des temps plus modernes il faut croire que divers monastères étaient exempts de toute espèce de service séculier, et pouvaient jouir de la protection de l'état sans contribuer à ses charges, (a)

Les chefs des corps ecclésiastiques et monastiques jouissaient outre ces privilèges d'autres droits également honorables par euxmêmes et plus avantageux au public ; le roi qui fondait une église ou yn monastère était poussé par la dévotion , quelquefois par la vanité, à déployer en cette occasion sa munifi-

(1) Wïlk., p. 100. Spcl., p. 537. Lcl. Collect., vol. II, p. 54.

(2) Voyez les chartes d'ina. (Wilk., p. 80. ) de Witlaff, (Ibid, p. 177. ) de Bertulf, {Ibid, p. i83. ) et d'Edward le confesseur. (lbidt p. 3i80

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cence, et les distinctions qu'il prodiguait aux moines ou aux desservans semblaient jeter de l'éclat sur la réputation du fondateur : le supérieur était très souvent investi par la munificence de son bienfaiteur de la juridiction civile et criminelle; c'est à dire que dans toute l'étendue du domaine annexé à son église il exerçait le droit de lever des péages sur le transport des marchandises , d'exiger des amendes pour la violation de la paix, de décider les procès civils et de juger les délinquans dans ses cours, (i)

Ces grands privilèges augmentaient en même temps ses richesses et peuplaient son district. L'autorité des thanes ecclésiastiques s'exerçait $vec plus de modération que celle des thanes séculiers : les hommes apprirent bientôt à préférer l'équité des premiers dans leurs jugemens aux décisions précipitées de nobles guerriers et ignorons; et cette perspective de tranquillité et de justice encourageait les artisans et les marchands à se placer sous leur protection. Ainsi tandis que les propriétaires séculiers régnaient dans une grandeur solitaire sur leurs domaines vastes , mais stériles , les terres du clergé étaient cultivées et améliorées, leurs villages surabondaient d'habitans; et ainsi

(i) Gale, p. 3 18 , 3ao, 323, 49° > ^I2«

se formèrent dan» leur sein plusieurs des principales villes d'Angleterre.

Cet esprit de libéralité qui distingua les premiers convertis se transmit à la plupart de leurs descendans ; il est même à remarquer que chaque siècle enchérit progressivement sur les premières donations de la dynastie saxonne, et les annales de différentes églises ont soigneusement conservé les noms de leurs bienfaiteurs et les motifs de leurs libéralités. Le grand objet de plusieurs d'entre eux était de soutenir les ministres de la religion , et de contribuer par ce moyen au service du Tout-Puissant; d'autres désiraient soulager l'indigence de leurs frères , et dans cette vue ils confiaient au clergé, gardien légitime du patrimoine du pauvre, la distribution de leurs charités. Il existait une classe nombreuse, composée de thanes , qui, ayant acquis de l'opulence par une succession de crimes heureux , avaient différé à s'acquitter du devoir de la restitution jusqu'à ce que les victimes de leur injustice eussent disparu; on les engageait souvent sur le déclin de la vie à conférer à l'église , comme une expiation tardive, une partie de leurs propriétés, et lorsqu'ils avaient négligé ce devoir la piété de leurs enfans et de leurs descendans venait généralement suppléer à leur négligence, (i)

(l) Voici le sens des expressions qui se rencontrent souvent dans

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Ajoutez à cela le défaut d'héritiers , l'espoir d'un secours spirituel à obtenir par les prières du clergé , la reconnaissance pour la protection que l'Eglise offrait toujours aux infortunés , et le désir de déjouer la rapacité d'un ennemi puissant : telles étaient les causes qui contribuaient à accroître les possessions ecclésiastiques. Si le revenu qui provenait de ces différentes sources eût été abandonné à la discrétion ou au caprice des bénéficiers ils en auraient fréquemment abusé , et l'abus aurait probablement refroidi le zèle de leurs bienfaiteurs ; mais ce mal avait été prévu et en quelque sorte prévenu par la sagesse de Grégoire-le- Grand : d'après une constitution que ce pontife envoya aux missionnaires le fonds général devait être partagé en quatre portions égales, (i) dont l'une était accordée à Pévêquè pour le soutien de sa dignité ; l'autre était destinée à l'entretien du clergé , une troisième aux réparations de l'église et auxornemens du culte religieux ; la dernière était consacrée aux devoirs de la charité et de l'hospitalité. Elle composait un fonds sacré auquel tout homme accablé sous le poids du besoin ou des infirmités pouvait avoir recours sans craindre le refus ni le déshonneur.

les anciennes chartes : « Pro remedio, solide, redtmptione animœmear et jtriorum, antecessorum meorum.n

(i) Bcdc, I. I, C 27.

En évaluant les richesses du clergé saxon l'observateur inconsidéré adoptera les calculs les plus exagérés; mais s'il se trouva plusieurs circonstances qui favorisèrent leur accroissement il s'en rencontra aussi plusieurs qui le retardèrent, et l'énumération des bienfaits peut être balancée à peu près par celle des pertes et des spoliations. i° La libéralité des amis du clergé était restreinte par les lois. Comme les biens ecclésiastiques étaient exempts des charges dont étaient grevées les tenures séculières, et appartenaient à un corps dont l'existence était perpétuelle, chaque donation de terre à l'église, devenant une perte pour la couronne, était considérée comme nulle jusqu'à ce qu'une charte de confirmation eût été obtenue de la piété ou achetée de l'avarice du prince, (i)

2° Les concessions trop faciles des premiers rois parurent souvent déraisonnables à leurs successeurs, dont les besoins étaient plus pressans , ou dont la vénération pour l'église était moins indulgente : tantôt sous le prétexte de la justice , tantôt sous un autre ils s'emparaient des manoirs les plus riches appartenant au clergé, et sûrs de leur pouvoir dans ce monde ils méprisaient les vengeances futures

(1) Voyez Gale, p. 3aa, 3a6, 3a7.

dont leurs prédécesseurs avaient menacé quiconque violerait leurs chartes. Les premiers qui envahirent ainsi le patrimoine de l'église furent Céolred de Mercie et Osred de Northumbrie. Celui-là mourut subitement, celuici tomba dans les mains de ses ennemis : quoique leur sort fût attribué au courroux du ciel il n'empêcha pas toujours les princes qui succédèrent d'imiter leur exemple, (i)

3° La rapacité du monarque excitait celle des nobles, qui voyaient d'un œil jaloux les richesses du clergé , et considéraient les donations de leurs ancêtres comme autant d'injustices faites à leurs familles. Toutes les fois que la faveur du souverain, ou l'anarchie dans laquelle les gouvernemens saxons se trouvèrent souvent

manquèrent rarement d'extorquer par des menaces ou de saisir par la violence les terres qui étaient l'objet de leur avarice. (2)

4° Les prélats eux-mêmes contribuaient souvent à la spoliation de leurs sièges : ils usurpaient le droit d'accorder à leurs amis et à leurs partisans une portion de terres pour être tenues par eux et leurs héritiers pendant un certain nombre d'années , et après cette époque

(1) Voyez Wilkins , tom. p. 89, 93.

(a) Ibid, p. ioo, 144.

elle» devaient retourner à l'Eglise ; mais leurs successeurs éprouvaient toujours quelque difficulté à rentrer en possession des biens qui avaient été ainsi aliénés , et ils étaient presque tous contraints de renoncer à leurs prétentions , ou de continuer la première donation dans la même famille, (i)

5° La guerre lut une autre source de malheurs pour l'Eglise : ses propriétés il est vrai étaient protégées par les excommunications les plus terribles ; mais au milieu du tumulte des armes on méprisait les menaces spirituelles, et si quelques princes respectaient les terres du clergé d'autres les ravageaient sans pitié, et réduisaient les bénéficiers sans défense à un état de pauvreté absolue. Le siège de Rochester fut tellement épuisé par les dévastations d'Edilred , roi de Mercie , que deux évêques se démirent successivement de leur dignité, et allèrent chercher dans la charité des étrangers un appui qu'ils ne pouvaient trouver dans leur propre diocèse. (2) Il paraît d'après toute l'histoire des royaumes saxons que la prospérité temporelle de l'Eglise dépendait du caractère du prince qui portait le sceptre : se déclarait-il

(1) On trouve dans le Bède de Smith plusieurs chartes curieuses dece genre, (Jpp. XXI) et VVanley en a conservé un catalogue. (AnL litt. Septen, p. a55.)

(2) Bède, Hist.,L IV, C. 2.

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son protecteur, on voyait constamment les richesses affluer dans ses coffres ; était-il pauvre et avide , elle lui offrait les moyens les plus faciles et les plus prompts de satisfaire son avarice. Durant les révolutions de chaque siècle elle éprouva alternativement ces vicissitudes de fortune; et le clergé d'un même monastère se voyait tout d'un coup plus riche que ses plus riches voisins, et tout d'un coup privé des commodités, peut-être même des choses les plus nécessaires de la vie. (1)

II. Outre le produit de ses terres le clergé tirait un revenu considérable des offrandes volontaires du peuple : pendant les trois premiers siècles de l'ère chrétienne l'Eglise n'eut pas à se glorifier de l'étendue de ses possessions ; mais la ferveur des plus riches de ses enfans y suppléa, et leur libéralité journalière la mit en état de soutenir ses ministres, d'entretenir la décence du culte religieux et de soulager les besoins des indigens. Quelque suffisante que fût cette ressource dans un temps de persécution il était naturel que le clergé songeât a se pourvoir d'un revenu moins précaire, et sur lequel il pût compter lorsque la ferveur de ses disciples se serait affaiblie : ses vœux furent en peu de temps réalisés par les nombreuses posses-

(1) Voyez-en un exemple remarquable dans Ingulf, p. II.

sions qu'il reçut de la bienveillance dék empereurs chrétiens. Ce changement important put diminuer, mais non faire entièrement disparaître les offrandes du peuple , qui continua de présenter à l'autel le pain et le vin pour le sacrifice, et des dons précieux de toute espèce venaient souvent enrichir le trésor de chaque église, (i)

Les convertis saxons ne le cédèrent point en libéralité à leurs frères des autres pays; les offrandes volontaires passèrent en coutume dans les provinces du sud à la recommandation des missionnaires romains ; dans celles du nord les moines écossais l'y introduisirent. Quoique cette coutume ne paraisse avoir été prescrite par aucune autorité législative on la conserva dans son ancienne vigueur jusqu'à la fin du dixième siècle ; à cette époque le chrétien fervent (ainsi que nous l'apprend l'archevêque Aelfric ) « avait l'habitude de se rendre à l'église tous les dimanches avec son offrande pour attirer par ses prières et ses aumônes la bénédiction céleste sur tout le peuple de Dieu. » (2) Il est évident qu'un revenu qui dépendait ainsi des moyens et de la disposition du peuple était d'une nature très incertaine; car tandis que les offrandes des pauvres n'étaient

(i) Bingham, vol. I, p. i85.

(a) Wilk., t. I, p. î73.

considérables que par leur nombre celles des riches l'étaient souvent par leur valeur : dans les inventaires de différentes églises nous rencontrons à chaque instant des vases d'or et d'argent, les soies, les vêtemens, les pierreries et les tableaux les plus riches , et l'étalage de ces ornemens dans les fêtes solennelles ilaitait la piété et réveillait l'émulation des spectateurs.

III. Mais la principale ressource du clergé paroissial fut l'institution des dîmes : sous la législation de Moïse il était ordonné au fidèle Israélite de distribuer le dixième de ses revenus annuels aux ministres de l'autel ; les plus dévots des laïques chrétiens suivirent spontanément cet exemple, et lorsqu'en considération du rapide accroissement du clergé on réclama un secours légal rétablissement de la dîme fut adopté comme le mode le moins oppressif par lequel on pût le lever. Dans le sixième et le septième siècle cette offrande , qui dans l'origine avait été volontaire, commença à être exigée comme une dette dans presque tous les pays chrétiens , et l'on crut justifier ce droit parla pratique des âges précédens les plus fervens. Si nous en croyons un législateur royal la dîme chez les Saxons était aussi ancienne que la connaissance de l'Evangile, et avait été introduite par S. Augustin avec les autres pratiques

communes aux chrétiens de cette époque, (i) Toutefois le motif seul du devoir n'est pas assez puissant pour engager les hommes à des sacrifices pécuniaires , et comme le clergé était peu nombreux, et que la munificence des princes suppléait largement à ses besoins, il est probable que pendant plusieurs années ses prétentions furent en général éludées ou faiblement satisfaites ; (2) cependant l'institution des églises paroissiales requérait impérieusement l'augmentation des pasteurs , et afin de pourvoir à leur soutien le paiement des dîmes fut avant la fin du huitième siècle sévèrement ordonné dans le concile de Calcuith par les autorités civile et ecclésiastique. (3) Les règlemens qu'on adopta alors à la requête des légats du pape reçurent plusieurs améliorations de la piété ou de la politique des législateurs qui succédèrent : on déclara que l'obligation s'étendrait sur toute espèce de produit annuel , même sur les profits des marchandises et du service

(1) Voyez la neuvième loi d'Edward le confesseur. (Wilk., p. 3i I.) Je pense que cela seul ne suffit pas pour faire rétablissement des dîmes aussi ancien crue celui du christianisme dans ce pays ; mais c'est un fait appuyé sur le témoignage de S. Boniface de Mentz, et d'Egbert d'Yorck, cjui daus le cours du huitième siècle en parlent comme d'un ancien règlement. (Voy.Wilk, p. 92, 102, 107, et la note o à la fin du volume. )

(2) C'est ainsi qu'Aicuin dissuada un missionnaire de l'Allemagne, placé dans la même circonstance, d'exiger le paiement des dîmes. (Aie, cp. apud M ah il. <vet Analec., p. 4oo.)

(3) Wlk., p. 1^9.

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militaire; (i) et pour que l'avarice ne pût alléguer le prétexte d'ignorance on eut soin d'assigner pour l'époque du paiement la fête de la Pentecôte pour la dîme du bétail, et celle de S. Michel ou de tous les Saints pour la dîme du blé. On porta des censures et des peines contre l'homme qui oserait frustrer l'Eglise de son droit : dans ce cas sa récolte de l'année était partagée en dix parties égales, dont Tune était donnée au curé, quatre étaient adjugées au propriétaire de la terre et quatre à Tevêque. L'exécution de cette loi sévère était confiée à la vigilance de ceux qui devaient en profiter, le curé, le lord du manoir, le bailli de Pévcque et celui du roi. (2)

IV. Soit que cette ressource ne fût pas suffisante , soit que le clergé ne voulût pas laisser échapper les avantages qu'il tirait de la piété des fidèles quantité d'autres offrandes furent converties en obligations et imposées par les canons de l'Eglise et les lois du prince : i° pendant quinze jours après la fête de Pâquc on exigeait, sous le nom de plough-alms , une offrande d'environ un sou d'argent pour chaque hide de terre labourable , comme pour montrer que l'ordre des saisons est dans les mains du Tout-Puissant , et pour attirer sa bé-

(1) Wilk.,p. 107, 278.

(*) Idem, p. 288, 3oa.

nédiction sur la moisson future; (i) 20 à la fête de S. Martin on ofFroit sur l'autel une certaine quantité de froment ou d'autres graines pour remplacer les oblations du pain et du vin que faisaient autrefois les fidèles lorsqu'ils assistaient aux mystères sacrés. Cette offrande s'appelait hrlc-shot , et était taxée selon la valeur de la maison habitée par chaque individu à la fête de Noël précédente. Par les lois d'Ina quiconque refusait de la payer était soumis à une amende de quarante shellings pour le roi , et de douze fois la valeur de la taxe pour l'Eglise. Durant les trois premiers siècles, quoique la dernière de ces amendes restât invariable, celle qu'on payait au trésor royal s'accrut progressivement, jusqu'à ce qu'elle monta au triple de la première somme. (2) 3° Trois fois l'an, à la Chandeleur, à la veille de Pâques et à la Toussaint, on payait le leot-shot , ou une certaine quantité de cire , de la valeur d'un sou d'argent pour chaque hide de terre. Le but de cette institution était de fournir des lumières à l'autel, pendant la célébration du service divin. (3) 4° Les seuls honoraires qu'il fût permis au

( 1 ) Wilk., p. 2o3 , 288 , 295 , 3o2.

(2) Idem, p. 5c) , 3o2. A Noël , on la payait quelquefois en volaille. ( Spel. (jlos., p. 1 35.)

(3) Wilk., p. 2o3, 288, 3o2. Le wax-shotquc, selon Inett, (vol. I,

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clergé paroissial d'exiger pour l'exercice de ses fonctions était une rétribution en argent, appelée soul-schot t pour les prières dites en l'honneur des morts; différentes lois ordonnaient qu'on la payât, tandis que la fosse était ouverte, au clergé de l'église à laquelle le défunt avait autrefois appartenu, (i) La réunion de tous ces émolumens composait dans chaque paroisse un fonds appelé le patrimoine du monastère, et qu'on destinait à peu près au même but que les revenus des églises cathédrales. Après qu'on en avait prélevé les deux tiers pour l'entretien du clergé et les réparations de l'église le reste était réservé au soulagement des pauvres et des étrangers. Dans un pays qui n'offrait aucune commodité aux voyageurs on avait souvent recours à l'hospitalité du curé : à côté du presbytère se trouvait pour les recevoir une maison toujours ouverte, où durant trois jours on leur donnait la table et le logement aux frais de l'église. (2)

p. 1 a l ) on paie encore dans quelques parties de l'Angleterre est probablement un reste de cette ancienne coutume.

(1) Wilk., p. 288, 3oa.

(a) Iden, p. 10a, i o3, a53. On nous dit souvent qu'à cette époque le clergé était si attentif a ses propres intérêts qu'il paraissait avoir renfermé toutes les parties pratiques du christianisme dans le paiement exact et fidèle de la dimc et des autres redevances de l'Eglise. (Hume, Hist.t c. 3 , p. 5^ i Mosbcim, Hist. soc., VU, p. a, c. 111.) U est souvent plus aisé de mal rapporter des instructions que de les recueillir. Le clergé saxon parait avoir également connu et enseigné la morale pure

Les princes saxons en dotant l'Eglise d'un revenu considérable avaient aussi soin de l'honorer des privilèges dont elle jouissait dans tous les autres pays chrétiens , et dont le principal était le droit d'asile, institution qui, quelque préjudiciable qu'elle puisse paraître sous un système plus parfait de législation était d'une grande utilité dans les siècles d'anarchie et de barbarie. Son origine se perd dans les ténèbres de l'antiquité la plus reculée. L'homme qui pouvait se soustraire au ressentiment d'un plus puissant que lui apprenait par le sentiment de sa faiblesse à recourir à la protection des autels des dieux; et le législateur des Hébreux désigna par l'ordre de Dieu même six villes de refuge où l'homicide involontaire trouvait un abri contre la vengeance et les poursuites. Aussitôt que Constantin-le-Grand se fut inscrit parmi les disciples de l'Evangile la coutume populaire fit transférer le droit d'asile des temples païens à ceux des chrétiens : les empereurs sanctionnèrent peu à peu cette innovation par leur silence; et le code de Théodose étendit ce

de l'Evangile : ses prédicateurs faisaient soigneusement comprendre que le premier des devoirs est l'amour de Dieu, le second l'amour du prochain. Il serait trop long de citer les passages originaux ; mais quiconque connaît les ouvrages de Bède, deBoniface et d'Alcuin avec les homélies saxonnes et le Liber Legum ecclesiasticarum , (Wilk., p. 370.) reconnaîtra qu'il serait difficile au philosophe le plus instruit d'aujourd'hui de perfectionner les principes de la morale qu'on enseignait à nos aïeux. Voyez la note B-

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privilège sur tout édifice destiné à Fhabitatii.11 et à l'usage du clergé. (1)

Les convertis saxons respectèrent cette décision de la loi impériale, et les nombreux avantages qu'ils en retirèrent furent le prix de leur obéissance : quoique la religion eût adouci l'ancienne férocité de leur caractère cependant elle ne l'avait pas encore éteinte ; ils continuèrent d'être attachés à ce préjugé barbare qui arme du glaive de la justice la main de tout individu, et l'autorise à punir son ennemi sans attendre la vengeance tardive des lois. (2)

Comme leurs passions les entraînaient fréquemment à des actes de violence ce système de représailles amenait toujours les plus fatales conséquences : les amis de chaque parti s'associaient pour sa défense; on voyait se liguer famille contre famille , et dans la poursuite de ces haines invétérées et héréditaires l'innocence essuyait trop souvent le sort que méritait le

(1) Le motif tle cette extension fut l'inconvenance de permettre au fugitif de rester plusieurs jours et plusieurs nuits dans 1 église. H anc autem spatii latitudinem ideo indulgemus, ne in ipso Dei templo et sacrosanctis altaribus conjùcjientium quemquam mane vel vesperê cubare vel pernoctare liceat. Cod. Théod. 1. IX, lit. 45.

(a) Ce préjuge était si invétéré chez quelques-unes des nations du nord que par la loi salique chaque membre d'une famille qui refusait de te joindre à ses frères dans la poursuite de la vengeance était privé de son droit d'héritage. Hénault, Abrêg. chvon., vol. I, p. 108.

crime. En de telles circonstances l'Eglise offrait sa protection aux faibles et aux infortunés; dans ses limites ils trouvaient un abri contre le ressentiment de leurs ennemis en attendant que leurs amis vinssent prouver leur innocence, ou payer à l'offensé les dédommagemens qu'exigeait la loi. (i)

Il faut cependant observer que le droit d'asile en différant la punition du coupable ne l'en affranchissait pas; (2) après un certain laps de temps le privilège expirait : les trois jours accordés par les lois d'Alfred s'étendirent successivement jusqu'à une semaine entière, jusqu'à neuf jours, et enfin jusqu'à une époque indéfinie, qui pouvait être abrégée ou prolongée à la discrétion du souverain ; mais une fois le terme expiré le fugitif, à moins qu'il n'eût auparavant satisfait aux demandes légales de ses adversaires , était livré aux officiers delà justice. (3)

Les églises n'étaient pas ouvertes à tous les criminels sans distinction; cette protection accidentelle était restreinte avec discernement , selon la gravité du délit : le voleur qui par la récidive avait abusé du bienfait d'asile le perdait à la fin, et l'homme qui avait mis endan-

(1) Wilk. Leg. sax. p. i5, V, 35, II, III.

(a) Templorum cautela , dit Justiuien, non nocentibus, sed lœsU datur a lege. Novel. 17, c. 7.

(3) Wilk. leg. sax., p. 35, II, 36, V. 1 10.

DE L'EGLISE ANGLO-SAXONNE. î I <)

ger la sûreté deTétat, ou violé la sainteté île la religion , pouvait être légalement arraché du pied de l'autel pour recevoir la punition de son crime, (i)

11 y eut cependant quelques églises qui à cet égard soutinrent avec hauteur leur prééminence sur les autres : leurs bienfaiteurs leur avaient accordé le privilège extraordinaire de protéger la vie de tout fugitif, quelque énorme que pût être son crime , et de forcer son persécuteur d'accepter au lieu de sa téte une satisfaction pécuniaire; dans ce nombre on peut compter les églises d'York , de Béverley , de Ramsey et de Westminster ; (2) mais aucune d'elles ne pouvait se vanter d'avoir des privilèges égaux à ceux de l'abbaye de Croyland ; le monastère, l'île et les eaux qui l'environnent jouissaient du droit de refuge, et une ligne de démarcation tirée à la distance de vingt pieds de la rive opposée du lac arrêtait la poursuite des officiers, et mettait en sûreté le fugitif : il prêtait aussitôt serment de fidélité à l'abbé, et l'homme de S. Guthlakc pouvait braver avec sécurité la rage impuissante de ses ennemis. Mais si sans une permission écrite il osait dépasser les bornes magiques, le charme s'éva-

(1) Wilk, p. 198, VI.

(2) Gloss. de Spelmati. voce Frtdstol. Mooaftt. Ang. vol. l,p do ,

nouissait; la justice reprenait ses droits, et il était livré à la sévérité des lois. Lorsqu'on rebâtit ce monastère après que les Danois l'eurent détruit Edred offrit de remettre en vigueur les anciens privilèges en faveur de son chancelier Turketul ; mais ce ministre vénérable s'y refusa, considérant le droit ordinaire d'asile comme moins susceptible d'abus et non moins utile au public, (i)

La trêve de l'église était une institution d'une nature semblable, qui fut adoptée par le clergé saxon afin d'adoucir la férocité de ses compatriotes. Dévouer à l'œuvre de la vengeance les jours que la religion avait consacrés au culte du Tout-Puissant, voilà ce qu'on apprenait à regar* der comme la plus horrible profanation. A la sollicitation de l'Eglise on proclamait la trêve, tous les dimanches , les jours de fêtes et durant les temps pénitentiels de carême et de Pavent: aussitôt les querelles étaient suspendues, et les ennemis les plus acharnés pouvaient se voir et converser entre eux sans danger sous la protection de la trêve. La même faveur s'étendait à l'homme qui laissait sa maison pour assister au culte public , pour obéir aux ordres de son évêque , ou pour se rendre au synode épiscopal ou concile national : couvert de cette égide invisible il pouvait continuer son voyage avec sé-

(i) Wilk, con., p. 176, iSi;lDgulf, p. f[0.

curité , ou si son ennemi osait le harceler l'audace de Paggresseur était sévèrement châtiée par la rigueur des lois. (1)

Sensibles aux bienfaits qui dérivaient de ces institutions les personnes faibles et sans défense se tournaient naturellement vers la protection de l'église : on chérissait, on révérait ses ministres, et des donations de grande valeur témoignèrent souvent la reconnaissance de ses cl i en s. (2)

Cependant l'Angleterre ne lut pas le seul théâtre où les rois saxons et les nobles se signalèrent par leurs respects envers les ministres de la religion; dans leurs fréquens pèlerinages aux tombeaux des apôtres ils avaient soin de visiter les églises les plus célèbres du continent , et de laisser derrière eux de nombreux témoignages de leur libéralité. Avant la fin du huitième siècle le monastère de Saint-Denis , aux environs de Paris , possédait des biens considérables sur la côte de Sussex ; (3) plusieurs des

(1) Leg. sax. , 109, 110, 197.

(2) Cette particularité a porté quelques écrivains à attribuer ces institutions à l'avarice du clergé; mais la cause réelle qui les a fuit adopter fut leur utilité. Non seulement les églises , mais encore les palais des rois et les maisons de leurs officiers possédaient le droit d'asile, la trêve du roi comme celle de l'Eglise étant accordée à tous ceux qui s'engageaient à son service , ou voyageaient sur les quatre grandes routes, ou étaient occupés sur les rivières navigables. (Leg. sax.,

(3) Duhlet Ant. S. Dion. Apud. Alf., tom. 11, p. G5o, 656.

églises originairement établies en Armorique par les Bretons fugitifs furent redevables de leur soutien aux présens des princes saxons, (i) La munificence d'Alfred a été citée avec reconnaissance par Parchevêque de Reims; celle de Canute par les chanoines et les moines appartenant aux deux grands monastères de Saint-Omer; mais Rome fut le principal objet de leurs libéralités. La ville impériale n'était plus la maîtresse du monde ; plus d'une fois les barbares l'avaient saccagée ; les provinces d'où elle tirait autrefois sa subsistance s'étaient soumises à leurs armes ; ses murs étaient assaillis par les fréquentes irruptions des Sarrasins , et les papes avec le peuple nombreux confié à leur autorité paternelle étaient souvent réduits à la détresse la plus déplorable. Les princes saxons conservaient avec reconnaissance le souvenir de l'affection que S. Grégoire avait témoignée à leurs pères : ils trouvaient honteux que le chef de leur religion éprouvât les incommodités du besoin , et chaque nouveau roi s'empressait par de riches donations de manifester son respect pour le successeur de S. Pierre, et de contribuer d'une partie de ses biens au soutien du gouvernement de l'Eglise universelle. Anastase, témoin oculaire, a spécialement décrit la mu-

(i ) Malm. de Pont. , 1. V, p. 363.

(?.) Asser. de Wi«C , p. i j Encom. Emma, p. 173.

ni licence d'Ethelwulf : pendant l'année de «on séjour à Rome il répandit autour de lui avec profusion les trésors qu'il avait apportes d'Angleterre; il donna au pontife Benoît III une couronne d'or pur du poids de quatre livres sterling, deux coupes et deux images de ce précieux métal , une épée avec son baudrier en or, quatre plats saxons en vermeil, un surplis de soie avec des agrafes d'or, plusieurs aubes en soie blanche avec de la dentelle et des agrafes en or, et deux vastes rideaux de soie brodés d'or. Dans la basilique de Saint-Pierre il distribua des présens en or au clergé et à la noblesse de Rome, et ses largesses se répandirent aussi sur le peuple en monnaie d'argent, (i) Mais ces charités n'étaient qu'accidentelles; le denier de S. Pierre était perpétuel; pendant une longue période antérieure à la conquête des Normands un sou d'argent fut payé annuellement par chaque famille qui possédait des terres ou du bétail d'un revenu annuel de trente sous , et la somme totale était envoyée exactement au pontife romain. L'origine de

(i) Anast., Biblioth.de vitis Pontif., V, 1, p. 4°3. Pour connaître les noms et la destination de ces présens et d'autres semblables voyez Domcnico Georgi, de Liturgia romani Pontipcis , vol. i. La couronne

suspendues sur le tombeau de Saint- Pierre; (Idem, p. a43) les plats (gabathat) furent destinés à recevoir les offrandes à la messe; (Idem, p. 91.) les rideaux ( vela de fundato) brodés d'or furent employés à la décoration de 1 église aux jours des grandes fêtes. (Idem, p. 37a.)

cette taxe est enveloppée d'épaisses ténèbres : si nous en croyons le récit d'historiens modernes elle fut d'abord établie par Ina , roi de Wessex , vers le commencement du huitième siècle; Offa , roi de Mercie , l'étendit ensuite sur tous les comtés de cette nation populeuse ; et enfin par l'ordre d'Ethelwulf on la leva dans toutes les provinces des Saxons.

Mais ce système si bien coordonné s'évanouira aux yeux de la critique : si Ina fut le premier auteur du denier de Saint-Pierre il sera difficile de rendre compte du silence absolu et de Bède, qui parle particulièrement de la dévotion de ce prince pour le siège romain , et des autres historiens, qui écrivirent pendant les cinq siècles suivans. Les droits d'OfFa et d'Ethelwulf sont plus plausibles : Offa , qui avait coutume d'attribuer le succès de ses armes à l'intercession de S. Pierre, avait promis pour lui-même et pour ses successeurs une pension annuelle de trois cent soixante mancuses à l'église de l'apôtre , et il confirma cette promesse par un serment solennel en présence des légats du pape (i)

(1) Voyez la lettre de Léon III in Analia sacra (vol. I, p. 46» •) L'argent devait servir au soulagement des pauvres et au luminaire de l'église ; car les papes se plaignirent souvent du manque d'huile. Cum neque olcum tit nobis pro lummaribus ecclesiœ juxta debitum Det honorent. (Ep. Steph., VI, Basil, imp. apud Walker, p. 7.) Un mancuso valait trente pences ou six shellings saxons.

de l'église anglo-saxonne.

Qu'il ait rempli avec fidélité sa promesse c'est ce que nous apprennent les autorités les plus dignes de foi ; qu'elle ait été négligée graduellement par ses successeurs , c'est ce qui nous paraît très probable. Sous Kenulf, à qui il laissa le sceptre de Mercie , cette taxe semble avoir été diminuée d'un tiers; (i) et après sa mort on ne peut plus découvrir de traces d'un nouveau paiement avant le pèlerinage d'Ethelwulf. Ce prince pendant son séjour à Rome remit en pratique avec quelques modifications la donation pieuse d'Offa , et l'on accorda au pontife une annuité perpétuelle de trois cents mancuses pour être également partagés entre l'église de Saint-Pierre, celle de Saint-Paul et le trésor du pape. (2) Pendant les conquêtes des Danois on l'oublia probablement; mais Alfred n'eut pas plus tôt subjugué ces ennemis formidables qu'il songea à exécuter la dernière volonté de son père : les aumônes royales (telle est l'expression de la chronique saxonne) furent transportées à Rome tous les ans, et bientôt après , sous le règne d'Edward, nous trouvons la première mention du denier de S. Pierre comme un règlement existant. (3) On pourrait sans témérité conclure de là que

(1) Wilk., Cor»., p. 164,

(2) Asser. , p. 4-

(3) Ltg Sax. , p. 5a.

le denier de S. Pierre doit être attribué à la politique d'Ethelwulf ou à ses successeurs immédiats , qui par cet expédient cherchaient à s'approprier l'argent qu'ils s'étaient engagés de remettre au saint siège. Quoi qu'il en soit des législateurs plus modernes font mention de ce tribut, et en ordonnent avec rigueur le paiement. L'époque du paiement est limitée aux cinq semaines qui s'écoulent depuis la fête de S. Pierre jusqu'au premier août, et l'on condamnait à une amende de trente sous pour l'évêque, et de cent vingt shelling pour le roi, celui dont l'avarice cherchait à éluder la loi. (i) 11 paraît, d'après une cédule curieuse extraite du registre de Saint-Jean de Latran par l'ordre de Grégoire VII , que la perception de la taxe était confiée aux soins des évêques de chaque diocèse, et qu'à cette époque la somme entière s'élevait à un peu plus de deux cents livres sterling de monnaie saxonne. (2)

(i) Jpud Selden, Analect., p. 73.

de l'église anglo-saxonne. 127

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