CHAPITRE n
Etendue de la juridiction de S. Augustin. — Archevêques de Cantorbéry, d'Yorck, de Lichfield. — Nombre des évêchës.— Election des évéques. — Monastères épiscopaux. — Institution des paroisses. — Discipline du clergé ; son célibat.
L'autorité épiscopale est aussi ancienne que le christianisme : la plénitude du sacerdoce, que son divin fondateur avait communiquée aux apôtres, fut transmise par eux aux plus instruits et aux plus fervens de leurs disciples; sous le titre spécial d'évêques ces ministres présidaient dans l'assemblée des fidèles , déléguaient au clergé inférieur une portion limitée de leur autorité, et veillaient avec sollicitude aux intérêts de la religion. Partout où pénétra le christianisme il fut accompagné de l'institution épiscopale, et l'existence irrégulière d'une église sans évêque était un phénomène réservé à l'étonnement des siècles postérieurs. Fidèle à la pratique de ses prédécesseurs dans la conversion des peuples Augustin eut soin de recevoir dès la première année de sa mission la consécration épiscopale des mains des prélats
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de la Gaule ; en même temps il consulta son patron sur le gouvernement de l'église naissante. Grégoire, à qui son zèle faisait déjà augurer l'entière conversion de l'octarchie, (i) ordonna qu'on la divisât également en deux provinces ecclésiastiques , dans chacune desquelles douze évêques suffragans seraient soumis à la juridiction supérieure de leur métropolitain : Londres et Yorck , qui sous les Romains avaient eu la prééminence sur les autres villes de l'île , furent choisis pour sièges archiépiscopaux, et l'on convint que la préséance de leurs prélats dépendrait de la priorité de leur consécration. Mais le talent supérieur d'Augustin lui mérita cet honorable privilège : on y joignit en outre la direction générale de la mission , et la métropole du nord avec ses suffragans fut obligé de recevoir ses instructions et de lui obéir. (2)
Des Saxons le pontife étendit sa sollicitude pastorale jusque sur les Bretons. Les guerres longues et malheureuses qu'ils avaient eues à soutenir contre leurs farouches conquérans avaient énervé au milieu d'eux la discipline ecclésiastique , et les mœurs dépravées de leur
(1) Dans ce temps les conquêtes des Saxons étaient partagées entre huit chefs ou rois; mais comme Bernicia et Deira furent bientôt unis pour former le royaume de Northumbrie il n'y a pas de raison pour faire rejeter le mot Eptarchie comme «"tant appliqué à une époque plus rapprochée.
(a) Bèdc, 1.1, c. 1$.
clergé étaient devenue», à en croire le8 assertions virulentes deGildas, un outrage à la sainteté de leur profession : plus flattés de jouir des avantages de leur état que jaloux d'en remplir les devoirs ils achetaient les dignités de l'Eglise par des présens, ou s'en emparaient par la force; et l'heureux candidat devait plus souvent ses succès aux armes de ses parc ns qu'à la justice de ses prétentions. L'indolence avait enfanté l'ivrognerie et la débauche : le patrimoine du pauvre était le prix des plaisirs sensuels ; les sermens les plus sacrés étaient- violés sans le moindre scrupule, et le mépris des peuples pour ce que l'on appelait la chasteté ecclésiastique était devenu héréditaire, (i)
Un tableau aussi vague et aussi défavorable trouvera peut-être- des sceptiques parmi les lecteurs; mais il est tracé de la main d'un compatriote et d'un contemporain ; et , quoiqu'à travers les sombres couleurs dont il est chargé il laisse quelquefois entrevoir l'emportement d'un zèle outré, il n'y a pas lieu de douter que les principaux traits n'en soient fidèles. Grégoire se plaignit de ces désordres, chercha à y remédier , et, marchant sur les traces de Célestin, son prédécesseur, qui deux siècles auparavant avait nommé le moine Palladius au gouvernement de
(0 Ep. Giid. edit.Gale, p. a3, *4, 38.
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l'église écossaise, (i) il investit Augustin d'une juridiction qui s'étendait sur les évêques des
Bretons. (a)
La surintendance d'un prélat étranger dis-
(1) AdScotosin Christumcredentes ordinatur apapa Celestino Palladius et primus episcopus mittitur, Prosp. in Ckron. an. 43 1 . Quel est ta sens de primus episcopus ? Palladius fut-il le premier qui parut parmi les chrétiens écossais avec le caractère d'évêque, comme Fordun le suppose après Higdon, (Hist. 1. M, c. 8 ; p. 1 13, cdit. Flaminio.) ou bien fut-il le premier en autorité parmi les prélats écossais , comme telle parait avoir été l'opinion du continuateur de Fordun et des anciens évêques de Saint-Andrcvrs, qui, bien qu'ils exerçassent l'autorité, ne prirent pas le titre de métropolitains, mais s'appelèrent primi episcopi Scotorum? (Voyez le catalogue des Evêques écossais, par Keith, préf., p. 1 1 1 j GoodaH , ad Hist, Scot. introduc. , p. 65. ) Dans l'un ou l'autre sens , Célestin parait s'être cru autorisé à investir son missionnaire d'autorité sur une église étrangère.
(?) Bède , !• I, c. 27. C'est ce que l'on a regardé comme un empiétement sur les droits des églises bretonnes. La note précédente vient encore à l'appui de cette assertion. Il ne serait pas difficile de prouver que les Bretons furent toujours soumis à la juridiction du siège de Rome ; tant qu'ils firent partie de l'empire d'Occident ils doivent avoir été sur le même pied que les autres provinces, et nous pouvons conclure d'après Gildas que même après leur démembrement ils continuèrent à reconnaître la suprématie du pontife. Il nous apprend que les ecclésiastiques bretons qui n'avaient point assez de crédit chez eux pour obtenir les plus riches bénéfices traversaient les mers, et portaient en des provinces lointaines de magnifiques présens pour obtenir l'objet de leur ambition, et qu'ensuite ils retournaient en triomphe dans leurs foyers. Prcemissis ante solicite nuntiis, transnavigare maria terrasque spatiosas transmeare non tam piget quam delectat, ut talis species comparetur. Deinde cum magno apparatu repedantes sese patriœ ingerunt', violenter manus sacrosanctis Christi sacrificiis extensuri. ( Ep. Gild. , p. a 40 Gomme la puissance des empereurs était alors éteinte ce passage doit signifier que les ecclésiastiques bretons alluient porter leurs difterens devant le tribunal de quelques prélats étrangers, qui sans doute étaient évêques de Rome; car quel autre aurait eu le droit ou le pouvoir de censurer les compétiteurs qui déclinaient la juridiction ou qui en appelaient de la décision de leur propre métropolitain ? Stelbngfleeta opposé à cet argument une réfutation violente, mais évasite. ( Orig. BritU, p. 363.)
tingué par la régularité d'une conduite austère n'offrait pas une perspcclive bien attrayante à ces apôtres dégénérés ; et lorsqu'ils faisaient réflexion que reconnaître son autorité c'était soumettre leur église à la censure de la hiérarchie saxonne leur amour propre s'alarmait , et ils ne voulaient avoir avec lui aucune communication, (i) La difficulté de l'entreprise ne ralentit pas l'ardeur d'Augustin ; il agit avec une fermeté égale à la confiance que Grégoire avait en son zèle , et par l'influence d'Ethelbert il engagea quelques prélats bretons à venir le trouver sur les frontières de leur pays. Depuis le matin jusqu'à la nuit il travailla à un accommodement : il employa d'abord et vainement les exhortations, les instances et les menaces; un miracle, dit-on, triompha de leur entêtement, et toutefois ce ne fut pas sans peine qu'on obtint d'eux la promesse qu'ils reprendraient la conférence plus tard. Ils tinrent cette promesse, mais après avoir auparavant consulté un ermite voisin , renommé par sa sainteté et sa prudence. L'effet de sa réponse fut de mettre à découvert leurs craintes secrètes, et de faire reconnaître que l'indépendance de leur église était le principal objet de leurs vœux. 11 leur conseilla de
(i) Voyez les vers d'un poète saxon traduits par Wheloch; (p. 1 14-) mais voyez-les aussi dans l'original , car la version latine a été amplifiée par les préjugés du traducteur.
de l'église anglo-saxonne. 63 veiller attentivement à la conduite du missionnaire ; que s'il se levait devant eux ils pouvaient le considérer comme un homme d'un caractère doux et humble , et entendre avec sécurité ses demandes; mais s'il gardait son siège ils devaient le soupçonner d'orgueil , et opposer à l'insulte une égale fierté, (i) Au jour fixé sept évêques, accompagnés de Dinoth, abbé de Bangor, se rendirent à la conférence. (2) Augustin était arrivé avant eux ; il ne se leva pas à leur approche, et on suivit ponctuellement l'avis de l'ermite. Pour leur faciliter les voies à la soumission le missionnaire avait réduit ses demandes à trois points: i<> qu'ils observeraient la supputation orthodoxe de la pâque; 2° qu'ils se conformeraient au rite romain dans l'administration du baptême ; 3° qu'ils se joindraient à lui dans la prédication de l'Evangile aux Saxons. On refusa chaque demande, et l'on rejeta avec mépris son autorité métropolitaine. « Sachez donc , s'écria l'archevêque dans l'angoisse d'un
(1) Rède, 1. II, c. a, p. 80.
(a) Que Dinoth possédât le don des langues c'est ce dont on a raison de douter ; il est évident qu'il ne pouvait se méprendre sur le titre du métropolitain breton. Sa réponse supposée à Augustin , que Spclman et Wilkins ont honorée d une place dans leurs éditions des conciles anglais, trahit, dit-on, son origine par des expressions qui appartiennent évidemment à une époque plus moderne, et par ranacluronisme qu'elle contient, le siège de Caerleon. La fausseté fut découverte par Tubervilie, (Manuel, p. 460.) et défendue par Stillingfleet et Bingham. (Still. Orig. Brit, p. 36o; Bing., vol. I,p. 348.)
zèle déçu , sachez que si vous ne voulez point m'assister pour montrer aux Saxons le chemin du salut par un juste jugement de Dieu ils seront pour vous les ministres de la mort. » Ils entendirent la menace prophétique , et se retirèrent, (i) Augustin ne survécut pas long-temps à cette tentative infructueuse, et l'on crut voir sa prédiction se réaliser, huit ans après sa mort.(2) Edilfrid, roi guerrier et païen de Northumbrie , ayant fondu sur le territoire de la Bretagne, découvrit près de la ville de Chester l'armée de ses ennemis, qui, se défiant de leur propre courage , eurent recours aux armes spirituelles : un détachement de plus de douze cents moines du monastère de Bangor s'empara d'une éminence voisine, d'où, à l'exemple du législateur des Hébreux, l'on attendait que les prières de ces cénobites décidassent du sort des armées
(i) Comme Bède lorsqu'il énumère les demandes d'Augustin omet la reconnaissance de son autorité quelques écrivains catholiques opt soutenu qu'il n'en avait pas été fait mention , et que par conséquent elle ne fut pas rejetée. Leur opinion est cependant expressément réfutée par Bède lui-même ; ( Neque se Ulum pro archiepiscopo habituros, p. 80.) mais devons-nous en conclure de là avec les autres écrivains que les Bretons désavouaient aussi la suprématie du pontife ? La conclusion ne convaincra pas l'incrédulité de ceux qui savent combien de fois les prélats de la communion romaine ont été en opposition avec le pape en matière de discipline locale ; nous en avons un exemple tout récent dans la conduite des évêques français à l'égard du concordat entre Pie VII et Bonaparte.
(a) Il n'y a pas de doute que la mort d'Augustin ne doive être fixée à l'an 6o5 , et la bataille de Chester à l'année 6i3. (Voyez Langhom, p. i45, i49J le Bède cîe Smith, p. 81 , not. 29.)
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ennemies. Dès que le roi les eut aperçus , « S'ils
nous. » Et aussitôt il poussa ses troupes au pied de la colline. Brocmail, chargédela défendre, prit la fuite à l'approche des Saxons : les moines furent massacrés sans pitié, et sur le nombre il n'y en eut que cinquante qui purent regagner le monastère, (i)
(i) Bède, p. 8i. Environ cinq cents ans après cet événement le romanesque Geofîroi Monmouth, jaloux de rehausser le caractère de ses ancêtres aux dépens de leurs conquérons, attribua le massacre des moines aux intrigues de S. Augustin et du roi Ethelbert; et son récit fut adopte parla crédulité peu judicieuse de deux historiens obscurs, Grey et Trivet. (Langhorn,p. Les préjugés religieux prévalant
toujours sur les préjugés nationaux , les écrivains réformés exagérèrent encore cette histoire j et l'on représenta l'archevêque sortant de la conférence triste et mécontent, et exhortant les princes saxons à laver dans le sang de ses adversaires l'insulte faite à son autorité. (Voyez Baie, cent. i3, c. i f Partker, p. 48 ; God., p. 33, et une foule d'écrivains plus modernes, dont le zèle a été l'écho de cette calomnie.) Mais cette odieuse accusation n'est appuyée d'aucune preuve, et se trouve entièrement réfutée par le témoignage de Bède, qui attribue le massacre des moines à sa véritable cause, leur présence sur le champ de bataille, et déclare expressément que cet événement eut lieu long-temps après la mort d'Augustin. Ipso Augustino jam multo ante tempore ad cœleslia régna sublato. Red., p. 8 1 .) Pour éluder la force de ce passage l'évéque Godvrin a soutenu hardiment qu'il fut ajouté au texte original de Bède par quelque admirateur officieux du missionnaire. Il ne nous engage pas il est vrai à le croire, <« sans aucune preuve,» comme l'observe par inadvertance M. Reeves; (Histoire de l'Eglise chrétienne, vol. I, p. 354) m£"S il fonde son opinion principalement sur l'absence du passage dans la version saxonne du roi Alfred. (God, p. 33.) Il aurait cependant dû observer que le traducteur royal abrégeait fréquemment l'original, et omettait des lignes entières lorsqu'elles n'étaient pas nécessaires pour compléter le sens. Ainsi, par exemple, dans la phrase qui précède le passage tronqué il n'a pas traduit le récit de la fuite de Brocmail, ni dans la phrase qui la suit, la date de l'ordination de Justus «de Mellitus. ( Voyez l'édition de Smith de la version d'Alfred, p. 5o \.)
Le système de gouvernement ecclésiastique <pie Grégoire avait tracé aux missionnaires demeura toujours sans exécution. Paulinus avait été il est vrai sacré évêque pour le siège de Yorck; mais il avait été contraint de se retirer avant d'avoir achevé de convertir la nation , et les prélats Northumbriens pendant plus d'un siècle n'aspirèrent pas à un rang plus élevé que celui d'évêque. Augustin lui-même préféra Cantorbcry à Londres, et la dignité métropolitaine fut assurée à la première de ces deux villes par les rescrits des pontifes qui succédèrent.
Sa juridiction ne s'étendit d'abord que jusqu'aux églises fondées par les missionnaires romains; (i) mais à la mort de Dieudonné, le sixième archevêque, le prêtre Wighard fut choisi pour lui succéder , et envoyé à Rome par les rois de Kent et de Nort^umbrie pour recevoir le sacre épiscopal des mains du pontife , et le consulter sur les controverses qui
"Whelotk est un autre écrivain qui a essayé de défendre cette basse calomnie. (Hisfc. ceci., p. 1 1 4 -) 0 serait aisé de démontrer les inexactitudes auxquelles l'a entraîné son zèle; mais tout lecteur sincère admettra que s'il y a quelque raison de douter du vrai sens de la version d'Alfred il sera plus sage de consulter le texte original de Bède que les lommentaircs des controversistes. Quant aux latins manuscrits ils attestent tous l'authenticité du p.issage apocryphe; il se rencontre même dnns celui de More , écrit pendant les deux ans qui suivirent la mort de Bède , et probablement transcrit de la copie originale de ce vénérable historien. (Le Bède de Smith, préf. p. 8i , not. 6.)
(i) Bède, L IV, C 2.
de l'église anglo-saxonne 67 divisaient les évêques saxons. Pendant son séjour dans cette ville, il périt victime de la peste; et Vitalien , qui occupait alors le trône pontifical , saisit l'occasion favorable de placer sur le siège de Cantorbéry un prélat plein d'cnergic et de capacité; il fixa son choix sur Théodore de Cilicie , vieux moine qui aux moeurs les plus austères joignait une connaissance profonde de la discipline ecclésiastique , et l'investit d'une grande juridiction , semblable à celle que Grégoire avait conférée à S. Augustin. A son arrivée ie nouveau métropolitain prit le titre d'archevêque de Bretagne , et tous les prélats saxons le reconnurent pour leur supérieur immédiat. L'autorité qu'il réclamait était presque sans limites; maisla vénération qu'inspirait son caractère et un nouveau décret du pape Agathon en faveur du siège de Cantorbéry comprimèrent les murmures des récalcitrans. Après sa mort différens évêques firent tous leurs efforts pour maintenir leur indépendance , et les successeurs de S. Augustin eurent plus d'une fois à combattre l'ambition de leurs suffragans. Lepremier qui osa refuser d'obéir fut Egbert, évêque de Yorck, et frère du roi de Northumbrie : comptant sur l'ancien règlement de S. Grégoire, et soutenu par l'influence de son frère , il en appela au pontife , et un décret du pape sépara de la juridiction immédiate du métropolitain de
Kent tous les évêchés situés au nord de l'Humber. (1) Ses succès excitèrent les espérances d'un plus dangereux antagoniste : les grandes prérogatives de Cantorbéry furent l'objet de la jalousie d'Offa , fier et puissant roi de Mercie : il pensait qu'il était avilissant pour ses prélats de reconnaître comme leur supérieur l'évêque d'un état tributaire , et il résolut d'investir l'ancien siège de Lichfield de la dignité archiépiscopale. Janbyrht de Cantorbéry soutint son caractère dans cette controverse : les prières , les menaces, les présens, l'influence de ses amis, les décrets des anciens papes , tout fut mis en usage , et enfin il allégua la prescription de deux siècles en faveur de son église. Mais le pouvoir d'Offa était irrésistible; les prélats d'un concile anglais approuvèrent son dessein, et leur approbation fut confirmée par un rescrit du pontife romain.
Des évêques de Mercie et d'Est-Anglie reconnurent l'autorité du nouveau métropolitain; et l'archevêque de Cantorbéry, réduit à déplorer en silence la diminution de son revenu et de son autorité, se contenta à regret de l'obéissance des évêques de Roch ester, de Londres, de Selsey, de Winchester etde Sherburne.Mais le triomphe du Mercien ne fut pas de longue durée : au bout de neuf ans Kénulf monta sur
(i) Chron. sax., an. 735 ; Malm. de Pont., L III, f. 1 53.
le trône, et , animé «oit par des motifs de justice , soit par le désir de réconcilier avec son gouvernement les habitans de Kent , il exprima sa volonté de rendre à l'église de Cantorbéry cette prééminence dont elle avait joui dans l'origine. L'obstacle le plus formidable s'éleva du côté où il était le moins attendu : Léon, qui avait été élevé au pontificat, refusa de déroger à un règlement qui , conformément à la demande générale de la noblesse saxonne et du clergé , avait été établi par son prédécesseur. Pour vaincre la résistance du pontife il fallut une ambassade de la part du roi et un voyage à Rome de l'archevêque Ethelward : son consentement ne fut pas plus tôt obtenu que les prélats saxons y adhérèrent avec joie, et le métropolitain de Lichfield descendit au rang subordonné de suffragant. (1) Cette contestation fut un événement honorable et utile au siège de Cantorbéry , et établit avec tant de solidité sa prééminence qu'il a supporté depuis, sans essuyer aucune atteinte grave, les révolutions de plus de dix siècles. (2)
(1) Pour* cette controverse consultez Wharton (Ang. sac, vol. I, p. 429, 43°, 46°; 1* Chronique saxonne, an. 785, et "Wilkinss, p. t5a, 160, 164-167.)
(a) Par les donations primitives il est évident que la grande autorité conférée à S. Augustin et à Théodore devait finir <*vec eux j (Bède, p. 70, i6oj Wilk., p. 41.) cependant leurs successeurs réclamèrent souvent, et exercèrent quelquefois le droit de suprématie sur les église*
Les premiers diocèses saxons étaient d'une étendue immense, et en général égaux aux royaumes dans lesquels ils étaient établis. La juridiction du siège de Winchester s'étendait depuis les frontières de Kent jusqu'aux Bretons de Cornouaille ; un seul évéché comprenait la la province vaste et populeuse de Mercie ; et le prélat qui résidait tantôt à Yorck, tantôt à Lindisfarne , pourvoyait aux intérêts spirituels de toutes les tribus des Saxons et des Pietés, fixées entre l'Humber et les détroits de Forth et de Clyde. Aucun particulier ne possédait une puissance d'une étendue égaleà ces diocèses; et Théodore dès le moment de son arrivée en Angleterre avait conçu le dessein de les partager en districts plus petits et plus proportionnés ; mais il est peu d'hommes qui voient avec plaisir restreindre leur autorité ou diminuer leurs avantages , et le devoir de transmettre aux âges futurs sans altération la dignité dont ils jouis-
voisines. D'après plusieurs mémoires il parait que les évoques d'Ecosse et même d'Irlande se rendirent fréquemment à Cantorbcry pour la cérémonie auguste du sacre j (Wilk., p. 373, 374 5 Any. sac, vol. 1 , p. 80, 81 . ) et quoique la majorité des prélats gallois continuât de professer l'obéissance à l'évêqne de l'église de S- David, cependant ceux de LandafT, qui disputèrent la dignité archiépiscopale aux possesseurs de ce siège plutôt que de se soumettre à leurs adversaires, reconnurent l'autorité du métropolitain anglais. Leur célèbre éveque Oudoceus, avec l'approbation de Mouric, roi de Glamorgan, avait reçu l'ordination de S, Augustin; et ses successeurs eurent soin d'observer une coutume qui avait été sanctionnée par son exemple. (Langborn t p. 137 ; l sher de Prim. p. 85; Any. soc., vol. Il, p. 673.)
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saient fournissait aux prélats obstinés une objection spécieuse contre les mesures du primat. Cependant Théodore , assuré de la protection du saint siège , poursuivit son projet avec autant de prudence que de fermeté : il punit de sa désobéissance Tévêque Winfrid le Mercien en le déposant de sa dignité ; sacra successivement cinq autres prélats pour l'administration de son vaste diocèse; (1) et lorsque Wilfrid de Yorck eut encouru le ressentiment de son souverain, le roi de Northumbrie, il prit de là l'occasion de diviser en quatre évêchés les provinces de ce royaume. La conduite de Théodore fut imitée par son successeur ; et quelques années après sa mort le nombre des évêques saxons, de sept qu'ils étaient, fut porté jusqu'à dix-sept. (2) Cette augmentation néanmoins ne suffit pas pour satisfaire aux besoins spirituels du peuple ; et le vénérable Bède, dans l'ardeur de son zèle, regrette que dans le diocèse si vaste et si peuplé d'Yorck, il y ait eu tant de districts qui n'-avaient jamais été visités par leur évéque , et des milliers de chrétiens dont les âmes n'avaient pas reçu le Saint-Esprit par l'imposition de ses
(1) Bède, I, IV, c. G; Anj. sac., vol. I, p 4*3, not.
(a) Ces divers sièges étaient plates dons Kent, Cantotbeiy cl R<>chester; dansEssex et Londres ; dans l'Est- Anglic, Dimwicli et Hdmliaui; dans Susses , Selsey ; dans Wcsscx , Winchester et Sherln.rne ; dans Merde, Lichfield, Leicester, Hcreford , Worcester et Sydn.icestcr; dans Northumbrie, Yorck, Hexham, Lindisfarnc et Whithem.
mains, (i) Pour remédier à un mal si déplorable ce moine éclairé représenta avec chaleur, mais en vain, qu'il fallait achever le plan commencé par Grégoire-le-Grand, demandant que PéglisedeNorthumbrie fût confiéeà l'administration particulière dedouze prélats, etque lesnouveaux sièges épiscopaux fussent fixés dans quelques-uns de ces monastères riches ou titulaires qui couvraient et appauvrissaientce royaume. (2) L'élection des évêques a été fréquemment un sujet de controverse entre les autorités civiles et ecclésiastiques : aussi long-temps que les propagateurs de l'Evangile formèrent un parti proscrit, mais toujours croissant dans le sein de l'empire romain , chaque église particulière observait sans interruption la méthode établie par son fondateur ; mais après la conversion de Constantin, lorsque les richesses et la considération furent devenues l'apanage de i'épiscopat, la liberté de l'élection canonique alarma la jalousie de la cour impériale; le prince s'arrogea souvent le droit de nommer aux sièges vacans, et
(l) Bède, Ep. ad Eab., p. 307.
(a) Habilo majore concilio et consensu pontifleali simul et regali , prospiciatur locus aliquis monasteriorum ubi sedes episcopalis fat. . . Quod enim turpe est dicere , tôt sub monasteriorum nomine hi qui monachicu' <vitœ prorsus sunt l minuties in suam ditionem acceperunt, ut vmnino desit locus ubi flii nobilium aut emeritorum militum possessionem accipere possint. ( Bède, ibid, p. 309.)
J'expliquerai dans un des chapitres suivans la nature de ces monastères, titulaires ou laïques.
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le clergé fut obligé de tolérer un mal que sa soumission rendait moins dangereux , et que sa résistance aurait aggravé.
Cependant l'exercice accidentel des prétentions impériales se bornait spécialement aux quatre grandes églises patriarchales d'Antiochc, d'Alexandrie, de Constantinople et de Rome; et des dix-huit cents diocèses que renfermait l'empire la plus grande partie conserva jusqu'à l'irruption des barbares la paisible jouissance de ses libertés religieuses. Mais l'église saxonne avait été partagée dès son enfance entre sept souverains indépendans qui ignoraient la discipline ecclésiastique, et qui n'en pouvaient supporter le joug : leur caractère impérieux ne se ployait pas aisément à l'autorité des canons, et ils se laissaient souvent diriger par leur caprice dans le choix et l'expulsion de leurs évêques ; la conduite deCoinwalch, roi de Wessex, nous en fournit un exemple remarquable : Agilbert, prélat gaulois, dont le zèle et les talens avaient fixé l'attention du roi , fut désigné par lui pour succéder à Birinus, apôtre de cette nation; mais les intrigues de Wini, ecclésiastique saxon, ses discours persuasifs et insinuans minèrent sourdement l'influence de l'étranger , et après un délai qu'exigeait la bienséance l'évêque étranger reçut de Coinwalch l'ordre de céder à son favori la moitié de sa grande province. La
résistance eût été vaine ; et Agilbert, plutôt que de souscrire à sa disgrâce en conservant un diocèse mutilé , se retira du royaume de Wessex , et laissa son antagoniste plus heureux en possession du tout. (i)Mais Wini à son tour eut à subir le caprice de son protecteur : les dégoûts qu'il essuya le contraignirent également à abandonner son siège; et l'on envoya à Agilbert une ambassade honorable, mais infructueuse, pour le solliciter à revenir. De semblables exemples, qui se rencontrent durant les premières années de l'église saxonne, font voir quels étaient l'inconstance et le despotisme de ces petits souverains ; et la soumission des prélats est une preuve qu'ils étaient ou trop faibles pour mépriser les ordres , ou trop prudens pour provoquer la vengeance de princes dont l'autorité aurait pu renverser aisément l'édifice qu'ils avaient élevé avec tant de difficultés et tant de dangers.
Théodore ramena la discipline de l'église saxonne à une forme plus régulière : le choix des évêques se faisait dans les synodes nationaux , où présidait le primat , qui réglait la marche à suivre pour l'élection, (2) par degrés elle fut dé-
(1) Unde qfiensus graviter Atjilbertus t quod hoc ipso inconsuUo ageret rex, rediit Galliam. ( Bède, I. III, c. 7. )
(a) Comparez Wilkins , p. 46; Bède , L IV, c. 28, V, c. 8, 18 . et la lettre de Waldhor, cvèquc de Londres. ( Bède de Smith, p* 783.)
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volue au clergé de chaque église , dont le choix était confirmé par la présence et les acclamations des plus respectables d'entre les laïques. (1) Mais les notions de la jurisprudence féodale détruisirent insensiblement la liberté des élections : comme il eût été dangereux de confier le pouvoir épiscopal aux mains d'un ennemi le roi suspendait le sacre de l'évêque élu jusqu'à ce que le consentement royal eût été obtenu ; et comme les revenus de l'église étaient originairement une donation de la couronne , il réclamait encore le droit d'investir le nouveau prélat du temporel de son évêché. Aussitôt que quelque église devenait vacante l'anneau et la crosse, emblèmes de la juridiction épiscopale , étaient portés au roi par une députation du chapitre; et le roi les remettait à celui qu'ils avaient choisi , avec une lettre qui ordonnait aux officiers de le maintenir dans la possession des terres appartenant à cette église. (2) Les droits de la couronne s'étendirent progres-
(1) Electio prœsulum etabbatum tempore Anqlorum pênes clericos et monachos erat. (Malm. , de Pont., 1. 111 . f. 1 5^.) Plegmund de Cantorbéry fut choisi; (Voy. Chronique sax.,p. go.) jEdnoth deDorchcster tam cleri quant populi votis; (Hist. Raines, p. 343, 447*) Adolp. de Yotck^omnium consensu et voluntate régis et episcoporum, cleri et populorum. (Cœn. Burg., Hist. p. 3 1 .) L'archevêque de CuntorLéry conserva, dit on, le droit de nommer au siège de Rochester. (Seldcn. Not. ad Eadmer, p. i44- )
(a) Ingulf. , p. 3a, 3g, 63. Une lettre d'Edward le confesseur dans une de ces occasions est conservée dans V Histoire d'Ely , p. 5 12.
sivement; dans la suite la volonté royale était notifiée au clergé de Pévêché vacant sous le titre modeste de reœmmandation en faveur d'un candidat désigné. Enfin les droits du chapitre furent ouvertement envahis , et avant la chute de la dynastie anglo-saxonne nous trouvons des évêques nommés par le souverain, sans qu'il ait attendu le choix ni demandé le consentement du clergé. (1)
Les ministres du culte public dans l'enfance de l'église saxonne étaient partagés en deux classes, le clergé et les moines, qui, s'étant d'abord réunis d'un commun accord pour convertir les barbares, furent ensuite divisés par la jalousie et la diversité des intérêts. Les com-
(1) A multis itaque annis rctroactis nulla electio prœlatorum erat mère libéra et canonica • sed omnes dignttates tam episcoporum quam abbatum per annulum etbaculum régis curia pro sua complacentia conferebat. (Ingulf, p. 63.) La nomination royale cependant ne réussissait pas toujours. Egelric, nommé par Edward à l'archevêché d'Yorck.. fut refusé par les chanoines, et contraint de se retirer à l'église de Durham. (Cœn. Burg. Hist., p. 45. Siméon dit que le clergé de Durham se mit en opposition contre lui, p. 167.) On se plaignit souvent sous les princes saxons que le droit usurpé par la couronne était quelquefois exercé au détriment de la religion. ( Chron. sax., p. 1 57, 162; Ingulf, p. 63; Sim. Dun., p. 166.) Mais après la conquête des Normands l'abus devint intolérable, et les premières dignités ecclésiastiques furent prostituées par Guillaume-le-Roux au plus offrant. A la fin les pontifes s'interposèrent, et réclamèrent l'ancienne liberté de l'élection canonique : telle a été l'origine de la fameuse dispute concernant les investitures , qui a fourni à plusieurs écrivains un sujet sur lequel Us se sont exercés avec complaisance; l'ambition des èvêaues de Rome. En le traitant ils déclament d'une manière bizarre contre l'ignorance du haut clergé à cette époque , et cependant ils condamnent la seule mesure qui put obvier à ce mal.
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pagnons de S. Augustin lorsqu'il partit de Rome étaient des moines italiens; mais pendant son voyage plusieurs membres du clergé gaulois s'étant joints à lui, comme ils parlaient seuls la langue saxonne il dut une bonne part des succès de sa mission à leurs travaux et à leurs prédications. (1) Le gouvernement de l'église naissante réclama bientôt toute son attention, et désirant prendre pour modèle la discipline des autres pays chrétiens il plaça ses moines dans un couvent hors des murs de Cantorbéry, et confia le soin de sa cathédrale au clergé qui l'avait suivi de la Gaule. (2)
A peine cependant l'archevêque fut-il mort que (si nous pouvons ajouter foi à une charte supposée) la partialité d'Ethelbert tenta de troubler l'ordre établi par son maître, et on obtint du pontife la permission d'introduire une colonie de moines qui pourraient remplacer ou assister les vieux chanoines. (3) Mais si ce plan fut suivi en théorie il y a lieu de croire
^1) Comparez les trente-huitième et cinquante-neuvième épîtres de S. Grégoire ( JEp.l. V.) avec l'histoire de Bèdej (1.1, c. 27, inter. 1, 2.) voyez aussi Alford, ann. 598, et la réponse de StillingÛeet à Cressy. P- 271.
(a) Voyez Spelman ; ( Conc. , vol. I, p. 1 16.) la huile d'Eugène IV aux chanoines de Latran ; ( Pennot, de. Canon., 1. II, c. 14.) et Smith , [Flores hist.,p. 363.)
(3) Quod postulasti concedimus, ut vestra benignitas in monasterio Saneti Salvatoris monachorum reyulariter viventium habitationem ^tuat. ( Ep. Boni/. 6 ad Ethel. apud Spel , vol. I, p. i3o.)
qu'il ne fut jamais mis à exécution : longtemps aprè3 la mort d'Ethelbert nous voyons le clergé en possession de l'église du Christ sans être obligé de céder ses prébendes à l'influence prépondérante des moines avant le commencement du onzième siècle. (1)
Les motifs qui avaient animé Augustin engagèrent probablement plusieurs autres prélats à établir des communautés ecclésiastiques pour desservir leurs cathédrales. Saint Aidan il est vrai semble faire une exception : Lindisfarne, qu'il avait choisi pour sa résidence, fut organisé d'après le modèle du monastère central de l'île de Hii ; et l'évêque et son clergé pratiquèrent également, autant que le permettaient leurs fonctions , les mêmes règles religieuses que l'abbé et ses moines. Mais l'excuse que donne Bède de la singularité de cette institution est une preuve suffisante qu'elle avait été adoptée par quelques-uns des autres évêques; (2) et les nombreux règlemens qui se rencon-
(1) Voyez la charte d'Ethelred aux moines lorsqu'il eut banni les chanoines. (Wilk. , Con. p. 282 , Stillingfleet montre que malgré l'introduction des moines le clergé posséda encore plusieurs prébendes dans cette église jusqu'au règne de Henri 11. [Réponse dCressy, p. 290.)
(2) Neque aliquis miretur... rêvera enim ita est... ah Aidano omnes loci ipsius anlistites usque hodie sic episcopale exercent oflicium ut, reaente monasterium abbate quem ipsi cum conciliofratrum elegerint, omnes presbyteri, diaconi, cantores, lectores, cœterique aradus ecclesiastici, monachicam per omnia cum ipso episcopo regulam servant. (Bed., Vit Cuth., c. XVI.)
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Irent dans les actes des conciles saxons touchant la conduite et l'habillement des chanoines montrent que cette règle de vie religieuse a été répandue au loin dans les dificrens diocèses de l'eptarchie. (1)
. Sous la dénomination générale de chanoines nos ancêtres comprenaient les ecclésiastiques qui déclaraient prendre pour règle de leur conduite les décrets des conciles et les statuts des anciens pères. (2)
Dans presque chaque siège épiscopal, auprès de la cathédrale, était érigé un vasté édifice
(1) Wilk., t. I, p. 101, 147, *8l); t. IV, app. p. 754. Voyez aussi la lettre de S. Boniface, adressée aux évêques saxons, aux prêtres, aux diacres, aux chanoines , aux clercs, aux abbés, aux moines... (Ep.Bonif. 6 , édit. Ser.) Eugène IV attribue l'introduction des chanoines à S. Grégoire. Beatissimus Gregorius , Jugustino Anglorum episcopo, velut plantationem sacram in commisso sibi populo prœcepit institut. ( Bulle d'Eugène, apudPennot, cit. Smith. {Flores, p. 363.)
(a) Cunones dicimus régulas <juas sancti patres constituerunt , in auibus scriptum est auomodo canonici, id est clerici regulares, vivere debent. { Exccp. Egd. archiep., p. toi.) Comme la Northumbrie fut principalement convertie par les missionnaires écossais le clergé y était connu sous le nom de Culdees (Colidei) ou Keledei, de Keile (servus) , ' et Dia (Deus)j Goodall, introd. à l'Histoire des Ecossais, p. 68. Dans l'église cathédrale d'Yorck ils conservèrent cette dénomination jusqu'au onzième siècle. {Monast. ang. , vol. 11, p. 368.) Cette circonstance seule suffit pour réfuter l'opinion étrange de quelques écrivains modernes écossais, qui pensaient que les Culdees étaient une espèce de ministres presbytériens qui rejetaient l'autorité des évêques, et différaient des moines sur les principes religieux. Goodall a montré d'après des mémoires originaux que ces Culdees formaient le clergé des églises cathédrales, qui élisait l'évcque,et que toutes leurs disputes avec les moines concernaient leurs intérêts temporels et non les opinions religieuses. V Voyez la préface du catalogue des évêques par Keith, p. vin.)
qu'on distinguait sous le nom de monastère épiscopal, et qui était consacré à la résidence de l'évêqueet de son clergé : (i) ce clergé épiscopal avait eu d'abord la double destination de célébrer le service divin et de s'occuper de l'éducation de la jeunesse, et afin de remplir ces importans devoirs avec plus de facilité, il était obligé de partager son temps de manière que ses membres pussent manger à la même table , dormir dans les mêmes dortoirs , et vivre constamment sous les yeux de l'évêque, ou en son absence du supérieur qu'il avait nommé ; (2) mais il conservait la faculté de disposer de ses propriétés, et sur ce point la profession canonique différait essentiellement de la monastique. (3) Leur nombre était journellement suppléé par les enfans confiés à leurs soins et par des prosélytes qui, dégoûtés des plaisirs ou du tracas du monde , demandaient à être admis dans leur société , où se trouvaient les
(1) Àlford, savant annaliste, a inconsidérément sanctionné cette erreur vulgaire qu'un monastère est nécessairement une habitation de moines. (Alford, t. III, p. ï8a.) On trouve à chaque instant dans nos écrivains saxons la distinction établie entre les monastères cléricaux et monastiques, (Wilk., p. 86, 100 i(io -, Gale, p. 481.) laquelle distinction fut également connue chez les autres nations. Voyez Tépître de S. Ambroise à l'église de Vercclli j (1. III.) la vie de S. Augustin par Possidius; ( c. XI.) les sermons de S. Augustin; (de Diver&is, ty, 5o) le concile de Mentz, (c. 20.) et l'HUtoria de los Seminarios cléricales, en Salamanca, 1 778 , p. 6-14.
(2) Bède, I. I, c. 37; Wilk., p. 1^7 , 293.
(3) Conc. Aquisgran.l, Can. 1 1 5.
de l'église anglo-saxonne. 8i descendais des plus nobles familles, et souvent même des thanes, qui avaient gouverné des provinces et commandé des armées, (i) Un examen sévère précédait leur admission dans Tordre; ils ne recevaient la tonsure des mains de l'évêque qu'après que leur conduite avait été soumise aux plus scrupuleuses investigations , et que leur vocation avait été suffisamment prouvée. (2)
Ces communautés formaient les principaux séminaires où se renouvelait le clergé. Quoique chaque curé de paroisse lut toujours servi par un certain nombre de clercs inférieurs , qui devaient recevoir ses instructions et qu'on élevait de temps en temps à la prêtrise , c'était cependant dans le monastère épiscopal que l'évêque choisissait la portion la plus instruite et la plus estimable de son clergé. Aidés du secours des meilleurs maîtres les jeunes ecclésiastiques étaient initiés aux différentes sciences qu'on étudiait à cette époque , tandis que la sévérité d'une discipline sage et vigilante les éloignait des séductions du vice, et les endurcissait aux travaux et aux devoirs de leur profession : selon leur âge et leur mérite on les admettait aux ordres inférieurs de la hiérarchie , et avec l'approbation de leur supérieur ils pouvaient à
(1) Hoved., an. 794, 796; Wilk., p. aa6, nu. (a) Wilk., p. 98.
vingt-cinq ans aspirer au rang de diacre , à trente à celui de prêtre; (i) mais le candidat était obligé de prouver qu'aucun empêchement canonique ne s'opposait à sa promotion ; qu'il n'était pas d'une naissance illégitime ou servile; qu'il ne s'était rendu coupable d'aucun crime public et infâme , et que s'il avait vécu autrefois dans le mariage , ni lui ni sa femme n'avaient été mariés plus d'une fois. (2) Dès l'instant de son ordination il était assujetti à l'obéissance de son évêque et à la résidence dans le diocèse ; il s'engageait à suivre dans l'exercice de ses fonctionsla directionde son supérieur, etàserviravec fidélité l'église dans laquelle il serait placé ; (3) mais quoiqu'il dût obéir au moindre signal de son diocésain on avertissait ce prélat de tempérer son autorité par la douceur , d'en user avec discrétion , et de se rappeler que si, dans l'accomplissement de ses devoirs épiscopaux il était le supérieur, dans d'autres circonstances il était le collègue de ses prêtres. (4)
Dans l'enfance de l'église saxonne le faible secours des missionnaires ne suffisait pas aux
(1) Wilk., p. lo6, 107.
(2) Id., p. 85. Il était nécessaire, comme je le prouverai pnr la suite, qu'il fût veuf, ou que sa femme eût consenti à un divorce perpétuel.
(3) Id., p. 43, 83, 102, io5, 127 , 17^
(4) M., p. io3.
de l'église anglo-saxonne. 83
demandes multipliées du peuple confié à leurs «oins. L'évêque ou suivait la cour et prêchait selon son loisir et l'occasion , ou fixait sa résidence dans quelque endroit particulier, d'où, accompagné de son clergé , il visitait les parties éloignées du diocèse. Les églises n'étaient érigées que dans les monastères ou dans les villes les plus populeuses > et l'instruction des habitans dépendait de l'arrivée fortuite des prêtres que la charité chrétienne ou les ordres de leurs supérieurs engageaient à entreprendre ces voyages obscurs et pénibles. Bède nous a tracé un tableau intéressant de l'avidité avec laquelle les habitans grossiers des cantons les plus négligés avaient coutume d'accourir en hâte à la première apparition d'un missionnaire pour lui demander sa bénédiction et écouter ses instructions, (i) Le célèbre S. Cuthbert passait fréquemment des semaines et des mois entiers à remplir les fonctions d'un prêtre au milieu des parties les plus montagneuses et les plus incultes de la Northumbrie. (2) L'inconvénient de cette instruction passagère fut bientôt reconnue, et l'on dit qu'Honorius de Cantorbéry forma le premier le plan de distribuer chaque diocèse en un nombre proportionné de pa-
(1) Bède, L ni, c. *6.
(a) Bede, Vit. Cuth., c. 9, 16.
roisses, et de les confier chacune aux soins d'un ecclésiastique qui y résiderait. (i)Mais cefaitest douteux : si cette division eut lieu elle se borna probablement au territoire des Saxons de Kent: c'est à l'archevêque Théodore .qu'appartient l'honneur de l'avoir étendue jusqu'aux églises voisines, d'où elle se répandit graduellement sur les autres diocèses. Ce prélat exhorta les thanes à fonder et à doter, avec la permission du souverain, un nombre suffisant d'églises dans les limites de leurs états ; et pour stimuler leur zèle il assura à eux et à leurs héritiers le droit de patronage. (2) Ainsi la distribution ecclésiastique de chaque diocèse en paroisses fut conforme à la division civile de la province en manoirs; mais plusieurs de ces manoirs étant d'une grande étendue pour la commodité des habitans les plus éloignés on bâtit des oratoires, qui , bien que subordonnés d'abord à leur église mère, furent souvent, par la
(ij Codwin, de Frœ&ul. , p. 4o.
(2) Le Bède de Smith, p. l8g, not.; Bède de Whelock, p. 399 ; les Conciles de Spelman, p- Les évéques paraissent avoir cédé le droit de patronage au propriétaire laïque à ces conditions : qu'il bâtirait une église et un presbytère pour l'ecclésiastique; qu'il assignerait une certaine portion de terre pour son entretien, et qu'il lui accorderait la dime de ses biens. Si le thane bâtissait ensuite une autre église , et que l'évëque lui permit d'avoir un terrain pour sa sépulture, le bénéficier pourrait réclamer un tiers des dîmes ; autrement il devait être entretenu aux frais du patron : tel est je pense le sens des divers rèjemens qui se trouvent dans Wilkins.p. io3, ^45, 3o», 3o2.
concurrence de l'évêque , dégagés de sa dépendance, et honorés du privilège paroissial, (i)
Théodore cependant eut soin de ne pas priver Tévêque de cette autorité nécessaire au gouvernement de son clergé ; quoique le donataire fût investi du droit de patronage le droit d'investiture et de destitution fut entièrement réservé au diocésain. (2) Outre lesrèglemens que ce prélat pouvait juger à propos de publier dans sa visite annuelle deux fois Tan les prêlres de la paroisse étaient contraints de se rendre au synode épiscopal pour y faire connaître en détail leur conduite, et recevoir les ordres de leur supérieur. (3) On leur conseillait de prêcher la doctrine pure de l'évangile ; et déraciner les restes cachés de l'idolâtrie était une de leurs obligations les plus importantes. (4) Tous les di manches ils devaient expliquer en anglais la partie de l'écriture qu'on avait lue pendant la messe, et consacrer une partie de leur temps à instruire leurs paroissiens des vérités et des devoirs du christianisme. (5) Par vénération pour le saint sacrement, pour la victime du salut immolée sur leurs autels (6) on leur enjoignait de
(a) Vfilk., p. io3, XXIII,- io5, LVII.
(3) U. p. l46, LUI.
(4) W.,p. 96, VIII, XII;i5o,XlX.
(5) M., p. 103, III; VI, i34, XIII; i35, i5.
(()) Sacrificium viclimœ salutaris. Bèdc, I. IV , c. aH.
tenir propres et de considérer comme des objets de vénération l'église , les vêtemens et les vases sacrés, (i) Les malades étaient particulièrement recommandés à leurs soins; ils devaient les visiter fréquemment , entendre leurs confessions , leur porter l'eucharistie, et leur administrer Pex-« trême onction. (2) Dans le tribunal de la pénitence, institution qui était la plus difficile de leurs fonctions, on les avertissait de peser avec discernement chaque circonstance afin de proportionner la pénitence à la faute, et pour diriger leur jugement ils devaient consulter souvent et obseiv ver scrupuleusement les avis du pénitencier. (3) On les exhortait à se contenter du revenu de leurs églises , et le prêtre qui osait exiger une rétribution pour l'exercice de ses fonctions devait s'attendre à la censure la plus sévère. (4) Toute dissipation inconvenante dans leurs amusemens leur était interdite. Ils ne pouvaient ni accepter d'emplois civils, ni s'engager dans des spéculations de commerce. On les exhortait à mépriser les plaisirs tumultueux de la chasse et4! es divertissemens publics comme dérogeant à leur caractère, et à employer leurs heures de
(1) Wilk., p. 107 ,c. ai9, XXVI.
(a) W.,p. 60, VII; toa,XX; io3, XXI, XXII; ia7, XV.
(3) là. n5, I; ia5,I; a36, IX.
(4) H., p. 10a , XII; io4, XL; i46, III. Les enterremens étaient exceptés de cette loi. Voyez chap. 3.
de l'église anglo^saxoiNne. 87
loisir à l'étude de la théologie et à des travaux manuels. Leurs vêtemens devaient être simples mais dccens, dégagés des ornemens de la vanité mondaine , et conformes à la sévérité des canons. (1) Il leur était strictement défendu de porter des armes ; mais le Saxon ne marchait jamais qu'armé en signe de sa liberté, et le nombre des statuts qui le défendaient aux ecclésiastiques est une preuve de la généralité et de la force de ce préjugé national. (2)
Le butévidentde ces lois était de contraindre aux devoirs, et de soutenir la sainteté du caractère sacerdotal; mais il y avait un autre règlement dont Futilité générale ne sera pas si universellement reconnue. S'attachant à la lettre de l'Evangile et des épîtres de S. Paul , les premiers chrétiens s'étaient formé une idée exaltée du mérite de la chasteté et de la continence : (3) ces vertus étaient révérées dans tous les fidèles; on les attendait principalement des ecclésiastiques. On supposait que ces derniers devaient renoncer plus volontairement aux plaisirs des sens , et abandonner plus facilement pareils, femmes, enfans pour l'amour du Christ, renoncement que le Sauveur du genre humain
(1) Id., p. 09, XXVW; io*,XlV, XVI , XV11I ; 112, CLlXi i34 , Vil, VIII; i38, i3g.
(2) Id. , p. 1 03 , XVII ; 1 1 a , CLV, CLXl.
(3) Mat., XIX; lo,I.Cor.VTl.
exigeait de «es disciples les plus parfaits, (i) Cette idée était confirmée par le raisonnement de l'apôtre qui avait observé que tandis que l'homme marié était nécessairement distrait par les affaires du siècle celui qui ne l'était pas pouvait plus librement tourner toute son attention vers le service de Dieu. (2) On en concluait que les embarras du mariage étaient inconciliables avec la profession d'un ecclésiastique : les paroissiens , disait-on , étaient sa famille ; et veiller à leur bonheur spirituel, instruire leur ignorance, les consoler dans leurs afflictions, les soulager dans leur indigence, voilà ce qu'on attendait de ses soins constans et favoris. Cependant quoique les premiers maîtres du christianisme fussent accoutumés à exalter les avantages du célibat ecclésiastique ils ne paraissent pas en avoir imposé l'obligation; ceux qui embrassaient la doctrine de l'Evangile étaient pour la plupart mariés avant leur conversion. Si on les eût exclus de la prêtrise le clergé aurait perdu beaucoup de ses plus brillans sujets; s'ils eussent été forcés de se séparer de leurs femmes ils auraient avec justice accusé la sévérité et l'imprudence d'une pareille mesure. (3) Néanmoins on leur apprenait à
(l) Luc, XIV , 26.
(7) I.Cor., VU, 3a, 33.
(3) Hawarden, Etjl du Christ, vol. II, p. 4o5, 4io, cd. 1715.
de l'église anglo-saxonne. 89
regarder la continence , même dans l'état de mariage , comme nécessaire à la sainteté de leurs fonctions. (1)
Une succession des princes chrétiens n'eut pas plus tôt assuré la paix de l'église que l'on convertit en lois cette discipline que la ferveur avait autrefois introduite et maintenue. (2) Les règlemens des canons furent soutenus par l'autorité des empereurs : Théodose privait des privilèges ecclésiastiques le prêtre qui osait se marier; Justinien déclarait ses enfans illégitimes. (3) Cependant les églises grecque et latine adoptèrent insensiblement une discipline différente, laquelle fut définitivement établie par le concile in Trullo. Toutes les deux permirent aux clercs inférieurs de se marier; toutefois ce ma- % riage , jusqu'à ce qu'il fût dissous par la mort naturelle de la femme , ou interrompu par sa retraite volontaire dans un couvent, était un obstacle insurmontable à leur avancement, avec cette différence que les Grecs leur défendaient seulement d'aspirer à la dignité épiscopale, tandis que la sévérité des Latins les excluait des
(1) Oriy. Horo., a3, in lib. Num. JZuseh Dan* tvan., 1. 1 , c. 9.
(2) Voyez les conciles d'Elvire; (can. 33) de Néocaesarée; (can. 1) d'Aucyre; (can. 10) de Carthage, (conc. 2, can. a) et de Tolède (con. 1, can. 1.)
(3) Ne legitimos quidem et proprios esse eos, qui ex hujusmodi mordinata constupratione nascuntur aut nati sunt. (Leg. i5, cap. de Epis, et Clcr.)
ordres inférieurs de sous-diacre , de diacre et de prêtre.
Le lecteur, qui connaît mieux les historiens modernes que les anciens, ne sera peut-être pas disposé à croire que la discipline des Latins ait jamais été introduite dans l'église saxonne; il a probablement appris dans ces historiens « que le « célibat du clergé fut d'abord prescrit par les « papes dans le dixième siècle , et qu'il ne fut « adopté par nos ancêtres que cinq cents ans après « leur conversion ; que les évêques saxons et le « clergé paroissial, de même que les membres de « l'église actuelle d'Angleterre , mêlaient aux « soins de leurs ouailles celui de leurs femmes et « de leurs enfans , et que même les monastères « des moines étaient en réalité des collèges de «prêtres séculiers, qui sans quitter le couvent « conservaient le choix du mariage ou du céli- « bat. »(i) Mais après une recherche sérieuse, et ce me semble impartiale , je ne balance pas à dire que les mariages de l'ancien clergé saxon doivent être considérés comme de vaines imaginations, produits de la crédulité ou de préjugés. S'ils eussent été permis ils auraient indubitablement attiré l'attention des écrivains contemporains , et auraient été l'objet des règlemens sy-
(i) Voyez le Rapin de Tindall, 1. 1, p. 80; Monasticon Eboracensc de Iiurton, p. 3o; Hume, Hi$t.t c. Il, p. 38, et Henri, Jl\$t.f vol. III, p. ai 5.
de l'église anglo-saxonne. 91
nodaux : mais de chercher une seule trace de leur existence dans les écrits des contemporains ou dans les règlemens des synodes ce serait un travail ingrat et infructueux. (1)
Tous les monumens des premiers siècles de l'église saxonne qui nous sont parvenus attestent de la manière la plus incontestable que le célibat était constamment et sévèrement recommandé au clergé. A l'égard de la discipline établie par les missionnaires romains toute espèce de doute doit être levé par la réponse de S. Grégoire à S. Augustin , dans laquelle il permettait le mariage aux seuls clercs qui n'avaient pas été promus aux ordres majeurs, et qui s'avouaient incapables de garder la continence ; (2) et Céolfrid , le savant abbé de Werem 0 uth , (3) Bède dans différens passages de ses
(1) Parmi les écrivains qui prétendent qu'on permettait au clergé de se marier je n'en connais point d'autre qu'lnett qui ait osé en nppcler à une autorité contemporaine. Il renvoie son lecteur au pénitentiel de Théodore, publié par Petit avec tant d'interpolations qu'il est impossible d'y reconnaître l'original. (Inett, vol. 1, p. Voici le texte du pénitentiel : Non licet viris fœminas hahere mon uc h as , neque fœminis viros : tamen non destruamus illud quod consuetudo est in hoc terra. ( Pœn.f p. 7. ) Mais ce passage, s'il est pur, ne parle ni du clergé ni de mariage , et fuit probablement allusion aux monastères sé-r ailiers ou doubles que je décrirai dans la suite , et dans lesquels il arrivait quelquefois que des communautés de moines ou de nonnes étaient soumises à la juridiction de personnes d'un sexe différent. Le canon désapprouve cette coutume quoiqu'il n'ose l'abolir.
(a) Si qui sint clerici extra sacros ordines constituti qui se con-r tinere non possunt, sortiri uxores debent. (Bède, HUt., 1. I, c. 37.) (3) Camem suam cum vitiis et concupisccntiis crucifqere oportet
écrit», (i) et Egbert, le célèbre archevêque de Yorck, dans ses Excerpta , (2) s'expriment tous avec énergie sur cette pratique uniforme chez les Saxons du nord.
La même pratique est ou évidemment supposée (3) ou expressément recommandée (4) dans plusieurs des canons reconnus pour avoir été observés par leurs successeurs. La sentence de dégradation est prononcée contre le prêtre ou le diacre qui osera se marier; (5) et l'ecclésiastique qui après s'être séparé de sa femme pour recevoir le sacrement de l'ordre retournait de nouveau auprès d'elle était condamné à un cours pénitentiel de dix ou sept ans. (6)
cos, qui... qradum clericatus habentes arctioribus se necesse habentpro Domino continentiœfrœnisastrin%ere.{Ep. Ceolf. ad Naiton rcy. apud Dède, 1. V, c. ai.)
(1) Sine Ma castimoniœ portione , quœ ab appetitu copulœ conjucjalis cohibet, nemo vel sacerdotium suscipere, vel ad altaris potest ministeriumeonsecrari; ïd est, si non autvirgo permanserit , aut contra uxoriœ conjunctionis /cédera solverit. (Bède, de Taber., 1. III, c. 9. ) Voyez aussi son Commentaire sur S. Luc , c. 1 .
(a) Clerici extra sacros ordines constituti, id est, nec presbyten nec diaconi sortiri uxores debent; sacerdotes autan ncquaqnam uxores ducant. ( Exc. Egb. apud Wilk. , p. 1 1 a , can. CLX. )
(3) Wilk., p. io3, XXXI.
(4) Les prêtres de Dieu, diacres et autres serviteurs de Dieu qui doivent servir dans le temple de Dieu et toucher le saint Sacrement, garderont toujours leur chasteté. (Pœnit. Eg-, p« i33, IV.)
(5) «Si un prêtre ou un diacre se marie qu'il perde son ordre. » ( lb. I et p. i34, V.) Mais la déposition était la seule punition ; le mariage n'était pas annulé. Ce ne fut qu'au douzième siècle qu'on déclara que les ordres sucrés rendaient inhabile au mariage. (Pothicr, Traité du Contrat de Mariage, p. 1 35. )
(6) Si un homme dans les ordres, évéque, prclre, moine ou diacre,
de l'église anglo-saxonne. 93
La sévérité des pères assemblés au grand concile de Nicée alla plus loin encore; ils défendirent même au prêtre d'habiter avec des femmes dans la même maison. Pendant plus de deux cent cinquante ans après la mort d'Augustin ces lois touchant le célibat ecclésiastique, si contraire au penchant naturel de l'homme , mais dont le but était d'inspirer une haute idée de la sainteté cléricale, furent maintenues avec la plus stricte rigueur; mais durant une partie du neuvième siècle et la plus grande partie du dixième, alors que les courses fréquentes et sanguinaires des Danois menaçaient de détruire la hiérarchie ainsi que le gouvernement, les anciens canons n'opposèrent qu'une faible barrière à la fougue des passions, et la plupart des prêtres qui échappèrent au glaive des usurpateurs ne firent aucun scrupule de violer la chasteté qu'au moment de leur ordination ils avaient promis d'observer; cependant le mariage des prêtres loin d'être alors approuvé ne fut peut-être jamais expressément toléré par les prélats saxons ; (2) et dès qu'une lueur passagère de tranquillité les in-
ayant sa femme avant de recevoir l'ordre, la quitte par amour pour Dieu et reçoit l'ordination, et qu'ils retournent ensuite ensemble par concupiscence, que chicun d'eux jeûne selon les statuts de l'ordre auquel il appartient, comme il est prescrit plus haut à l'égard du meurtre.» {Ibid., p. i36.)
(2) La seule preuve apparente que ces mariages fussent tolérés se rencontre dans «les règlemens pour le clergé de Northumhrie,» publies
vitait à tourner leur attention sur le rétablissement de la discipline les défenses des anciens synodes étaient remises en vigueur, et le célibat du clergé était recommandé par des exhortations paternelles, et prescrit sous les peines les plus sévères, (i)
Des arithméticiens politiques ont souvent amusé leur esprit et leur loisir à calculer l'influence probable de cette institution sur la population des états ; plusieurs d'entre eux n'ont pas hésité à accuser la sagesse de ceux qui la conçurent dans l'origine , et de ceux qui l'observent encore aujourd'hui ; cependant en dépit de leurs spéculations, plusieurs pays catholiques continuent d'être surchargés d'habitans, et pour se rendre raison de la modique population des autres il suffit de remarquer les défauts de leur constitution , l'insalubrité du climat , l'é-
vers l'an g5o, et destinés, comme je le pense, à diriger ceux qui siégeaient en la cour de justice de l'évêque. «Si un prêtre abandonne sa concubine et en prend une autre, qu'il soit maudit. » (Wilk., p. a 1 9, XXXV.) Quelques-uns considèrent ces paroles comme une permission tacite d'entretenir une concubine pourvu qu'on la mette sur le pied d'une épouse ; mais d'autres, avec plus de probabilité, y entendent une malédiction dirigée contre celui qui ayant renvoyé une concubine à la réquisition de l'évêque, en avait ensuite repris une autre.
(1) Voyez Wilkins, p. ai4, I; 225, VIII; 229, LX; 223 , XXXI; a5o, V, VI t 268, XII; 286, I; 293, 3oi , VI. Par la sévérité du trente-unième canon, publié sous le règne d'Edgar, Johnson est convaincu que S. Ounstan a dû en être l'auteur. Le savent traducteur avait probablement oublié qu'il fut composé deux siècles auparavant, et publié par l'archevêque Egbert. Compare?. Wilkins^. i3(», avec la p. a33, XXX11.
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tablissemeht des colonies étrangères et la stérilité d'un sol brûlé et usé. (1)
Il n'est pas certain non plus qu'augmenter le nombre des habitans soit en toute circonstance augmenter les ressources de l'état; mais il est évident que l'homme qui passe sa vie à soigner les intérêts de la morale et à corriger les inclinations vicieuses de ses semblables ajoute plus à la somme des vertus et du bonheur publics que celui dont le principal mérite consiste dans le nombre de ses enfans . Si l'on accorde que les fonctions ecclésiastiques sont d'une haute importance pour le bien de l'état il faut aussi reconnaître que dans l'exercice de ses fonctions le prêtre célibataire a de grands et de nombreux avantages sur le prêtre marié : exempt des sollicitudes de famille il peut consacrer tous ses soins au perfectionnement spirituel de ses paroissiens ; libre de toute inquiétude sur l'établissement de ses enfans il peut employer le superflu de son revenu à soulager la détresse des malades , des vieillards et des indigens. Si Augustin et ses confrères eussent été enveloppés dans les embarras du mariage ils ne se seraient jamais arrachés à leurs maisons et à leur pays, et n'auraient pas consacré la meilleure partie de leur vie à la conversion de barbares éloignés
(1) Voyez sur la dernière cause une dissertation curieuse de l'allé Mann : Transactions de l'Acad. des Sciences de Mnnheim, vol. VI.
et inconnus ; si leurs successeurs s'étaient vus entourés de nombreuses familles ils n'auraient jamais fondé ces établissemens charitables , et n'auraient pas érigé ces édifices religieux qui témoignent à quel usage ils consacraient leurs richesses , et qui existent encore pour reprocher aux générations suivantes leur honteuse avarice (1)
Mais ce ne fut pas par le caractère impolitique de l'institution que les réformateurs tentèrent de justifier l'ardeur avec laquelle ils en secouèrent le joug; (2) ils prétendaient que la loi du célibat ecclésiastique était injuste parce qu'elle privait l'homme de ses droits naturels, et exigeait des privations incompatibles avec ses penchans. A cette objection on répondit
( 1 ) « Celui qui a femme et enfans,dit lord Bacon, a donné des otages à la fortune; car ils sont des empéchemens à toutes grandes entreprises, soit en bien , soit en mal. Certainement les ouvrages les meilleurs et les plus intéressans pour le public proviennent des célibataires ou de l'homme sanserifans, qui se sont pour ainsi dire mariés avec le public, et l'ont doté de leurs affections et de leurs moyens... Les hommes non mariés sont meilleurs amis , meilleurs maîtres , meilleurs serviteurs. La vie du célibat convient parfaitement aux ecclésiastiques; car autrement la charité arrosera à peine le terrain où il faudra remplir un étang. » ( Essais de Bacon, p. 17. Londres, 1696.) C'est ainsi que pensait un philosophe romain : Vita conjugalis altos et generosos sviritus frangit , et a magnis cogitationibus ad humillimas detrahit. (Sénèque.)
(2) 11 est plaisant d'entendre les raisons que donne Baie de son union avec la fidèle Dorothée. Scelestissimi antichristi characterem illico ahrasi, et ne deinceps in alitjuo essem tant detestabilis bestiœ creatura, uxorem accepi Dorotheam fidelem, divinœ huic voci auscultant : qui se non continet, nubat. (Faleus, de seip. cent. VIII , c. ult. )
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avec raison « qu'accepter le caractère de prêtre était une affaire d'inclination, non de nécessité, et que celui qui en faisait librement l'objet de son choix adoptait en même temps les obligations qui y sont attachées. » L'idée qu'une vie de continence était au-dessus de la puissance de rhommefut traitée avec le mépris qu'elle méritait : elle paraîtra peut-être un effort trop pénible à ceux que l'habitude a rendus les esclaves complaisans de leurs passions 5 mais les bons esprits hésiteraient avant de sanctionner une opinion qui serait la censure de milliers d'hommes qui dans tous les rangs de la société sont condamnés par leur fortune à un état temporaire ou perpétuel de célibat.