‹ Les antiquités de l'église anglo-saxonneChapitre 12 sur 40 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Gouvernement de l'Eglise anglo-saxonne. — Synodes épiscopaux. — Conciles nationaux. — Suprématie des papes : ils établissent des sièges métropolitains, confirment l'élection des archevêques , réforment les abus et reçoivent les appels,

On a formé dans nos temps modernes bien des conjectures sur l'origine et la nature du gouvernement ecclésiastique ; ce qui est certain c'est que dès le sixième et le septième siècle, lorsque les Anglo-Saxons embrassèrent la doctrine de l'Evangile , les églises de l'est et de l'ouest avaient une constitution commune , et que dans tous les pays chrétiens le grand corps du clergé offrait une hiérarchie régulière, depuis le simple clerc jusqu'au pontife qui était assis sur le trône de S. Pierre. Nos ancêtres ne songèrent jamais à rejeter ni à modifier ce plan , les convertis , encore ignorans , s'en rapportaient avec confiance aux lumières des missionnaires, et les missionnaires instruits leur enseignaient à révérer comme sacrées ces institutions qu'avaient sanctionnées l'approbation de l'antiquité. De là le gouvernement ecclésiastique des Anglo-Saxons, dès que les circonstances lui permirent de

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prendre une forme convenable, parut avoir été modelé sur celui des autres nations chrétiennes.

I. Les affaires de chaque diocèse étaient réglées par Pévêque dans ses synodes annuels; II. les conciles nationaux et provinciaux exerçaient une juridiction plus étendue; III. ceuxci à leur tour étaient soumis au contrôle suprême des pontifes romains.

I. Les évêques Anglo-Saxons régissaient leurs diocèses respectifs d'après les canons , et il est peu d'exemples dans l'histoire d'un clerc ou (J>m laïque qui ait contrevenu à leur autorité. Deux fois Tan , aux calendes de mai et de novembre , ils convoquaient leur clergé au synode épiscopal : chaque prêtre , soit séculier , soit régulier, chargé de l'administration d'une partie du diocèse , était sommé de s'y trouver, et l'on punissait sa désobéissance d'une amende pécuniaire, ou on le suspendait de ses fonctions pendant un certain temps, (i) Comme les intérêts de la religion et la prospérité du clergé allaient être l'objet de la discussion on exhortait chaque membre à implorer par ses prières l'assistance de l'esprit saint, et à la mériter par sa conduite : dans cette vue on leur enjoignait de se réunir et de voyager de com-

(i) Wilk., Cor»., vol. I, p. 22o,XLlV; vol. IV, p. 7 3^ .

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pagnic jusqu'à la résidence épiscopale , de se faire accompagner des plus discrets de leurs clercs , et d'exclure avec soin de leur suite toute personne dont la conduite serait légère ou peu édifiante. (1) On bornait à trois jours la durée du synode., et chaque jour le jeûne général ne se terminait qu'à la clôture de la session : à l'heure fixée ils entraient dans l'église en ordre et en silence ; les prêtres étaient rangés par ordre d'ancienneté ; au - dessous d'eux étaient assis les principaux d'entre les diacres , et derrière se trouvait un nombre choisi de laïques , aussi distingués par leur extrême piété que par leur sagesse. L'évêque ouvrait le synode par un discours relatif à la circonstance, dans lequel il promulguait les décrets du dernier concile national , (2) expliquait les règlemens qu'il pensait propres à la réformation du son diocèse , et exhortait les membres du synode à recevoir avec respect les mandats de leur père et de leur instituteur. Il per-

(1) Wilk., Con., vol. I, p. as5, IV; 226,1V.

(a) Idem, p. 98, XXV. On conserve encore deux des discours prononces par les évèqucs en ces occasions ; on croit que l'un d'eux a été composé par yfclfric, auteur des homélies saxonnes, l'autre par iElfric, depuis archevêque d'Yorck. ( Wilk. , Lcq.sax., p. i53, 161.) Wilkins pense qu'ils ont été tirés de la règle de 8. Benoît; mais si on les compare avec soin on verra qu'ils furent faits d'après YAdmonilio synodalis du pontifical romain, exactement publié par Georgi. (De Liturg. Rom. Pont., vol. III, p. 4^5.)

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mettait cependant la liberté dans les débats : (i) chaque individu était invité à donner son avis sans restriction, à présenter les objections ou les amendemens que sa prudence et son expérience pouvaient lui suggérer, à exposer les difficultés qu'il rencontrait dans la direction de sa paroisse , et à signaler les noms et les crimes des pécheurs publics, dont l'endurcissement résistait au zèle de leurs pasteurs, et qui bravaient les censures de l'église. (2)

Le vœu de S. Paul avait été que ses convertis préférassent pour juger leurs différens l'assemblée des saints au tribunal d'un magistrat païen : les anciens pères , héritiers de son esprit , avaient statué que les controverses du clergé seraient soustraites à la connaissance des juges séculiers, et confiées à la sagesse et à l'autorité de leurs supérieurs ecclésiastiques. (3) Le synode dès que le plan de réforme avait été établi se transformait en cour de justice; on admettait chaque clerc qui se croyait lézé par quelqu'un de ses frères à présenter sa plainte, et la justice s'administrait suivant les décisions des canons et les principes de l'équité naturelle. Mais le témoignage et les

(1) Wiflu, vol. IV, P. 785. (a) Idem , vol. I, p. aa5 , V, VI.

(3) Idem, vol. IV, p. 785, 786.

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récriminations des parties adverses auraient pu scandaliser les plus faibles de leurs frères , et pendant ces jugemens tout étranger était prudemment écarté de l'enceinte des débats. A. leur réadmission on les invitait publiquement à accuser, en présence de l'assemblée de leurs . pairs , l'ecclésiastique qui avait négligé notoirement les devoirs de sa profession , ou qui avait osé violer les droits de ses concitoyens : s'il se présentait un accusateur on écoutait les parties avec bienveillance , et la sentence était prononcée. Là se terminait l'objet de la réunion : l'évêque se levait , adressait une courte exhortation , donnait sa bénédiction et rompait l'assemblée. (1)

II. Les prélats anglo-saxons sentirent et surent apprécier les nombreux et importans avantages qu'on devait retirer des synodes ainsi organisés et ainsi dirigés 5 mais la dignité et l'autorité suprêmes des conciles nationaux ont particulièrement fixé l'attention des historiens et fourni matière à leurs travaux. L'archevêque de Cantorbéry était investi du droit de convoquer ces assemblées ; cependant dans l'exercicedece privilège il n'était pas toujours dirigé par 1 os seuls conseils de sa propre prudence, mais quelquefois par les ordres du pape, plus

(1) WiIk.,vol.IV,p. 785, ;86.

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souvent encore par les décrets du concile précédent, (i) À son invitation les évêques se rendaient au lieu désigné , accompagnés des abbés et des principaux ecclésiastiques de leurs diocèses, qui, sans prétendre à aucune autorité .judiciaire, assistaient aux délibérations et signaient les décrets. (2)

Le but principal de ces assemblées était de conserver la foi dans toute sa pureté et de maintenir la sévérité de la discipline, de tracer aux prélats et au clergé* paroissial les devoirs de leurs fonctions respectives, de réformer les abus que la faiblesse de la nature humaine introduit insensiblement dans les communautés les plus édifiantes, et de régler tout ce qui concernait la décence et la pompe du culte public. Il paraît que pour le choix des sujets de la discussion on s'en référait à la sagesse du métropolitain , qui composait un certain nombre de canons et les soumettait au jugement de ses

( 1 ) Lorsque Yorck fut devenu un archevêché les deux métropolitains convoquaient en certaines occasions les évéques de leurs provinces respectives.

(2) Voyez Wilkins, Con., p. 5t, p4 , 167, 169. Henri nous apprend touchant le concile de Calcuith (et il nous donne cela pour une découverte importante ) que dans le préamhule des canons on a dit : « Convoqué au nom et par l'autorité de Jésus-Christ, chef suprême de l'Eglise. » Si ce qu'il avance est vrai je ne vois pas ce qu'il en pourrait conclure ; mais malheureusement c'est une des fraudes pieuses que lui a quelquefois suggérées son zèle. Le passage ne se trouve dans aucune édition des actes du concile. (Voyez Spelraan, p. 327, et Wilkins, p. 169.) »

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frères , (1) dont l'approbation leur communiquait la sanction des lois qui gouvernaient toute l'église saxonne , lois auxquelles on était astreint par la menace accoutumée de l'excommunication contre les transgresseurs. Mais on reconnut bientôt que, si les censures spirituelles suffisent pour contenir ceux qui par des principes de vertu sont moins portés à la rébellion , il est nécessaire , chez des hommes dont les passions sont violentes et les esprits sans culture , d'opposer à l'impulsion des penchans vicieux la contrainte d'un châtiment sensible et prudemment calculé. A cet effet les évéques sollicitaient et obtenaient fréquemment l'aide du pouvoir civil. Toutes les fois que s'assemblait le Witena-gemot (conseil des sages) ils avaient soin de saisir l'occasion favorable d'attirer l'attention publique sur les violations flagrantes de la discipline ecclésiastique, et de demander que les transgresseurs à venir pussent être traduits devant les tribunaux séculiers. Les statuts des conciles saxons prouvent éminem-

Il) Parmi les constitutions dus métropolitains ^anglo-saxons on corner ve un code de lois que S. Odon parait avoir extrait des canons dos synodes précédens. (Wilk., p. ai a.) Henri à noté cela comme le signe caractéristique de l'esprit hautain qu'il se plait à attribuer à ce prélat ; (Hcn., Hist., vol. III, p. 9640 «nais dans quel lexicographe cet historien avait-il appris que ammonemus regem et principes signifie « je commande bu roi et aux princes? » Il est étrange que la courte vcision <le dix lignes faite par Henri soit entachée de quatre méprises, qvti tendent toutes à faire accuser l'archevêque d'arrogance.

ment le succès de ces moyens, (i) Déjà , sous le règne d'Ethelbert , les lois de Kent garantissaient les propriétés de l'Eglise sous les peines les plus sévères; (2) et le zèle de son petit- fils Earconbert l'engagea à maintenir, par une sévérité semblable, l'observance du jeûne canonique du carême. (3) Persuadé de la nécessité du baptême par les instructions de ses maîtres le législateur de Wessex plaçait le nouveau-né sous la protection de la loi , et par la crainte des punitions excitait l'empressement des parens à le faire baptiser : le délai d'un mois leur faisait encourir une amende de trente schellings , et si, après ce délai, l'enfant mourait sans avoir reçu la cérémonie sacrée il n'y avait pas moins que la perte de leurs propriétés qui pût expier cette faute. (4) La rechute dans les erreurs du paganisme provoquait un châtiment encore plus rigoureux : on sondait la sincérité du converti avec un œil scrutateur , et l'homme qui osait sacrifier aux dieux qu'il avait abjurés auparavant était condamné , outre la perte de son bien , à l'infamie du pilori , à moins que ses amis ne le rachetassent. Par degrés ces statuts se multiplièrent au point qu'il resta à

(i) Wilk. , Con., p. 56, 58, 60 ; Leges sax. passim. (a) Wilk., Con, p. 29, an. 6o5.

(3) Dède, L III, c. 8, nn. 640.

(4) Leges sax. , p. 14, an. 6g3.

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peine un précepte du décalogue dont la transgression ne fût punissable par la loi civile. Mais les Saxons n'avaient rien tant à cœur que l'honneur de leurs femmes : on avait prévu avec soin toute espèce d'insulte qui pouvait être faite à leur chasteté ; les degrés du crime étaient distingués avec exactitude , et le châtiment proportionné à la nature de l'offense et au rang de la personne outragée, (i) Les amendes provenant de ces crimes ecclésiastiques se payaient

(1) VViUâns, p. a , 3, l{, 6 et passim. Si le clergé recevait aide et assistance de l'autorité civile l'autorité civile^à son tour, tirait un grand avantage des connaissances supérieures du clergé. Ce fut à la persuasion et avec le concours dos missionnaires qu'Ethelbert donna aux Saxons le premier code de lois « juxta morem Romanorum. » ( Bed., L 11 , c. V.) Dès l'époque de leur conversion on voit le clergé se livrer à l'étude de la jurisprudence romaine. S. Aldhelm visita l'école de Cantorbéry afin d'apprendre « legum Romanorum jura et cuncta jurisconsultorum sécréta, » (Ep. Aldhel. , aprud Gale, p. 340 et Bède parle du code de Justinien comme d'un ouvrage bien connu de ses compatriotes. (Bède, Chron., p. 28, ann. 56^.) A celte étude on ajouta nécessairement celle des canons ecclésiastiques; et cet ensemble de connaissances dut donner aux membres du clergé une grande prépondérance et comme législateurs dans le Witena-gcmot et connue magistrats dans les différentes cours où les appelait leur ministère Alfred-le-Grand, dans ses lois, semble attribuer la substitution des peines pécuniaires aux peines corporelles à l'avis du clergé qui enseignait que le pardon plutôt que la vengeance devait être le caractère distinctif du code pénal d'un peuple chrétien. {Leg. &ax., p. 33.) 11 est cependant difficile de concilier cette assertion avec le témoignage de Tacite, qui avait observé , plusieurs siècles auparavant , que de telles compensations étaient communes chez les nations de la Germanie : Levioribus delictis, promodo, pœna : eauorum pecorumque numéro conviai mulctantur : pars multa régi, vel civitati, pars ipsi qui vindicatur, vel propinquis ejus exsolvitur. Luitur enim etiam homicidium certo armentorum ac pce ut uni numéro, recipitque satisfactionem universa Jornus. {Tac., Germante ta, ai.)

au trésor de rèvêque , et c'est à sa prudence qu'était laissée la disposition de cet argent; mais il lui était strictement enjoint de le consacrer au soulagement des pauvres , à la réparation des églises qui tombaient en ruines , et à l'éducation de ceux qui se destinaient au ministère des autels, (i)

Nous apprenons de l'histoire des Evangélistes qu'entre les disciples de Jésus Pierre était particulièrement distingué par son divin maître. (2) Cette préséance d'honneur et de juridiction , que lui a refusée le scepticisme des controversistes modernes , lui fut accordée sans résistance par la piété plus docile de nos ancêtres, dont les sentimens sont retracés clairement et avec énergie dans les ouvrages de leurs plus célèbres écrivains : « le prince des apôtres , le pasteur de toutes les nations croyantes, le chef du troupeau choisi et le premier pasteur de l'Eglise » sont des titres sous lesquels ils le dépeignent ordinairement; (3) et ils ont soin de lui attribuer comme un privilège particulier

(1) Leges sax., p. ia4-

(a) Matt. X, a; XVI, 18, 19; XVII, aGj Marc., III, 16; Luc, V, 10; VI, 4; XXII, 3aj Jeau, I, 4aj XXI, l5, 19.

(3) Primi pastoris Ecclesia, principes Apostolorum. (Bède, 1. II, c. 4, Hom. in via. S. And., tona. VII, col. 4°9> Hom. apud WAelock, p. 395.) Quem Du minus Jésus Christ us caput electi sibi gregis statuit. ( Ep. Alcuini Eanbaldo archiep. apud Canxs Ant. Uct.t toin. II, p. 455.) Pastor gregis Dominici. (S. Al& de Vir., p. 36i.)

« le pouvoir de lier et de délier dans le ciel et sur la terre. » (i) Ils ne pensaient pas que la dignité dont il avait été investi eût expiré à sa mort : la même raison qui l'avait fait instituer dans l'origine plaidait en faveur de sa continuation; et l'on croyait que les grandes prérogatives de Pierre devaient passer à ses derniers successeurs. On déclara que l'évêque de Rome était «le premier des évêques chrétiens, que l'Eglise de Rome était la mère de toutes les églises chrétiennes. » (2)

Les Anglo-Saxons, imbus de ces principes, étaient pénétrés de respect et de vénération pour le pontife romain , le consultaient sur l'administration de leur église, et recevaient sa décision avec un silence religieux. Us recherchaient sa bénédiction comme le plus précieux des bienfaits , (3) et l'obtenir était un des principaux motifs qui attiraient tant de pèlerins aux portes du Vatican. On rapporte

(1) Ipse potestatem ligandi et monarchiam solvendi in cœlo et in terra felici sorte et peculiari priviltgio accipert promeruib. ( Ep. S. Aldhelmi Gerontio Régi inter Boni/., ep. 44» P* $1.) 'e n'aurai» pas chargé cette page de ces citations si plusieurs écrivains célèbres n'avaient avancé « que la suprématie de S. Pierre était inconnue aux Anglo-Saxons. » Voyex la note g à la fin du volume.

(a) Cum primum in toto orbe pontifeatum gereret. (Bed. Histt, 1. II, c. I.) Totius EccUsiœ caput eminet eximium. (Bed. Hom in nat. D. Bened., vol. VU, p. 464-) Caput Ecclesiarum Christi. (Alcuin, apud Canis, tom. II, p. 455.)

(3) Voyez les épitres d'Alcuin aux papes Adrien et. Léon. (Canw^ tom. II, p. 4i8, 419.)

qu'environ huit rois saxons, (1) outre un foule de nobles et de prélats, ont rendu hommage au représentant de S. Pierre; et ceux qui en furent détournés par des raisons politiques ou parles dangers du voyage avaient ordinairement soin desolliciterparleursambassadeurs, et démériter par leurs présens la bénédiction du pape. (2) Autant ils faisaient cas de son amitié, autant ils redoutaient son inimitié : la crainte de son ressentiment imprimait la terreur dans l'âme des plus impies , et la menace de sa malédiction était le dernier retranchement et le plus solide que la faiblesse eût à opposer à la rapacité du pouvoir. Le clergé de chaque église , les moines de chaque couvent, cherchaient à se couvrir de sa protection; et les plus puissans monarques, sentant que leur autorité se bornait aux étroites limites de leur vie, imploraient en faveur de leurs fondations religieuses la médiation d'un pouvoir dont on croyait que l'influence s'étendait aux âges les plus reculés. Parmi les bulles publiées à leur requête par différons papes plusieurs sont parvenues jusqu'à

(1) Cœadwalla, hia, Offa, Kenred, Offa, Siric, Ethelwutf et Canote.

(a) Hanc benedictionem omnes qui ante me sceptro prœfutre Merciorum meruerunt ab antecessoribus tuis adipisci ; hanc ipse humilis peto, et avobis, o Beatissime, impetrare cupido. (Ep. Kenidphi régis Leoni pap.t apud Wilk., p. i64; voy«* ausri p. 4o, i65, Chron. sax., p. 86, 89,90.)

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nous, (1) et sont conçues dans les termes les plus propres à inspirer la crainte religieuse aux esprits disposés à recevoir de telles impressions. Le pontife y établit ordinairement l'autorité qu'il exerce comme successeur du prince des apôtres, exclut de la communion des fidèles les violateurs de ses décrets , et menace leur rébellion des châtimens qui furent le pai«. tage de Dathan , d'Abiron et de Judas , traîtres au Seigneur.

Mais la confirmation des dons royaux et des privilèges monastiques était la moins importante des prérogatives papales : par son autorité le souverain pontife, rétablissait, étendait, ou restreignait la juridiction des sièges archiépiscopaux ; 20 confirmait l'élection des métropolitains ; 3° forçait à l'observance de la discipline canonique; 4° révisait les décisions des conciles nationaux.

I. En relatant les changemens que subit la juridiction des métropolitains anglo-saxons je crois nécessaire derésumer ce que j'ai déjà dit dans le chapitre précédent : la première di-

(1) On peut les lire dans les conciles anglo-saxons recueillis par Spelman et Wilkins. Plusieurs d'entre elles onl été regardées comme suspectes par quelques antiquaires ; mais quand même on pourrait prouver que toutes celles qui nous restent ne sont pas véritables on voit assez clairement que c'était la coutume d'obtenir de preilles chartes dès le commencement de l'église saxonne. Voyez Eddius {Fit. Wi^, c. 49,) Bcd. (VU. oMml.Wirern, p. a95, 3oo,) et le concil. de Calcuith, (Wilk.,p. 147, VIU.)

vision ecclésiastique de l'octarchie fut faite non par les missionnaires , mais par Grégoirele-Grand , qui , dans la plénitude de son autorité , fixa avec précision le nombre des métropolitains et de leurs suffragans. Lorsque des événemens subséquens eurent arrêté l'exécution de son plan on consulta de nouveau le siège apostolique, et Vitalien soumit tous les prélats saxons à l'archevêque de Cantorbéry. Agathon borna leur nombre à onze, (i) Soixante ans plus tard Grégoire III rétablit la juridiction métropolitaine dans l'église d'Yorck; et Adrien, peu de temps après, à la sollicitation du roi de Mercie , éleva le siège de Lichtfield à la même dignité. Bien que la supériorité du nouveau primat fût supportée avec répugnance par ceux qui avaient été ses égaux aucun d'eux n'osa lui refuser le respect qui était dû à son rang ; et ils se soumirent en silence au mandat du pape jusqu'à ce que Léon III, à la pressante requête de Kenulf , successeur d'Offa , vint annuler le décret de son prédécesseur. (2) Ces

(i)-WUk.,p. 46.

(a) Anno 8o3. Il faudra de la subtilité dans ceux qui affectent de défendre l'indépendance de l'église saxonne pour éluder la force des expressions avec laquelle les évêques du concile de Clovcshoc rapportent la conclusion de cette affaire. « Ipse apostolicus Papa , ut audivlt et intelltxit quod injuste fuisset factum, statim sut privUegii auctoritatis prœceptum posuit, et in Britanniam misit, et prœcepit ut honor S. Aucjustini sedis integerrime redintegraretur. » Ils attribuent la conduite du pap« Adrien k de faux renseignemens. « Insuper eartam a

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exemples suffisent pour montrer que la puissance des métropolitains anglo-saxons était réglée par l'autorité suprême du pontife romain, et que tout changement dans leur juridiction fut introduit par son ordre ou confirmé par son approbation.

II. Le Pallium était un ornement ecclésiastique exclusivement réservé aux métropolitains. Son origine est très incertaine ; mais à l'époque où nos ancêtres furent convertis il n'était permis à aucun archevêque de remplir la plus importante de ses fonctions avant de l'avoir obtenu des mains du souverain pontife. Dès qu'Augustin eut reçu le sacre épiscopal il eut soin de solliciter cet ornement de son patron Grégoire-le-Grand ; tous les métropolitains qui lui succédèrent, soit à Yorck, soit à Cantorbéry, suivirent religieusement son exemple; et ils recevaient avec le Pallium une confirmation de la dignité archiépiscopale. (1) C'est de là que, dans le langage de

romano sede missam per Hadrianum Papam de pallio et archicpiscopali sede in Licedfeldensi monasterio, cum non sensu et licentia domni apostolici Leonis Papa prascrxbimus aliquid valere, quia per subreptionem et mole Mandant suggestionem aâipiscebatur.» (Wilk.,p. 1G7.) Ces passages sont omis dans les conciles de Spelman -, mais ils ont été rétablis par Smith (Bed., Jpp., p. 787.) et par Wilk. ( Con., p. 167.) On peut aussi consulter sur ce sujet la lettre de Kenulf, roi de Mercie, et les deux réponses du pape Léon. (Id.} p. 164 ; Anq. sac, vol.I, p. 460.)

(1) Idcirco ammonemus Brithwaldum prasulem sanctœ Cantuario-

la cour de Rome, on les appelait ordinairement « les envoyés du saint siège. » (i ) Avant que le primat élu pût obtenir cette marque de sa dignité il était obligé de paraître à Rome, et de répondre aux interrogations du souverain pontife; mais Grégoire et ses successeurs immédiats dispensèrent les métropolitains saxons d'un voyage si pénible, et envoyèrent généralement lepallium parles messagers qui apportaient la nouvelle de leur élection. (2) Plus tard quelques pontifes furent cependant moins indulgens : pour empêcher que les premiers emplois ecclésiastiques ne fussent occupés par des hommes de noble extraction, mais de mœurs peu édifiantes, on résolut d'annuler les anciennes dispenses, et de soumettre chaque candidat à un examen en présence du pape, avant d'obtenir la confirmation de son élection : les archevêques saxons se soumirent bien qu'avec répugnance à ce règlement; et leur soumission amena un nouvel abus. D'après les usages reçus chez les nations du nord ils rougissaient de s'approcher sans un

rum Ecclesia, cjuem auctoritatc principis Apostolorum Archiepiscopum ibidem conprmavimus. (Ep. Joan. Pap. apud Edd., c. 52.)

(1) Ce titre fut donné à l'archevêque Brithwald par ses propres légats : Sancti BrithwaldL Cantuariorum Ecclesiœ et totius Britanniœ Archiepiscopi , ab hoc Apostolica sede emissi. ( Edd., c. 5i.) Cependant Brithwald était Saxon, et devait son élection au cierge* de Cantorbéry.

(2) Wilk., Ct>n., p. 32, 35; Ckron. sax., p. Ci, 69, 72.

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présent du trône de leur supérieur ; (i) mais les sommes qu'on avait d'abord reçues comme des dons gratuits furent peu à. peu exigées comme une dette , et ces exigences, qui allaient toujours croissant, excitaient des plaintes vives et fréquentes. Sous le pontificat de Léon III les prélats saxons, dans un mémoire rédigé avec fermeté mais respectueux, sollicitèrent les induits que les premiers papes avaient octroyés à leurs prédécesseurs, et demandèrent que le pallium pût être accordé à leurs primats sans les fatigues d'un long voyage et sans les dépenses d'un présent. (2) Leur requête n'eut aucun succès; des exemples réitérés sanctionnèrent cette funeste coutume, et les évêques renoncèrent enfin à une résistance infructueuse. (3) Après le laps de deux siècles le pèlerinage de Canute-le-Grand aux tombeaux des apôtres vint réveiller les espérances de leurs successeurs : le roi plaida avec chaleur la cause de ses prélats; la résistance des Romains céda aux argumens d'un avocat royal, et le pontife retira ses pré-

(1) Pendant le moyen âge on n'avait presque point de notions du gouvernement qui ne fussent dérivées de la jurisprudence féodale. Non seulement ses principes formaient la base de la politique civile, mais ils furent aussi introduits graduellement dans l'ancien système de la discipline ecclésiastique. On pourrait aisément faire remonter à cette source la plupart des nouvelles coutumes qui furent adoptées pendant cette époque.

(a) Wilk. , Con., 166, a nu. 801.

(3) Chron. sax., p. 126, aag, i5a.

tentions sur la visite personnelle des métropolitains à venir, (i)

III. Conserver la pureté du culte chrétien, et contraindre à l'observance de la discipline catholique , voilà ce que les papes regardaient comme les plus importans de leurs devoirs : dans cette vue ils demandaient souvent aux prélats saxons une exposition de leur croyance, et les avertissaient de réformer les abus qui altéraient la pureté de leur église. Dès l'an 680, lorsque les rapides progrès du Monothélisme alarmèrent le zèle des pasteurs orthodoxes, Agathon avait sommé l'archevêque de Cantorbéry et ses suffragans de se rendre au concile de Rome ; (2) mais la longueur du voyage et les besoins de leurs diocèses furent une excuse légitime , et au lieu de leur présence au synode le pontife consentit à accepter une profession publique de leur foi. Le pape choisit pour son légat dans cette circonstance Jean, abbé de l'église Saint-Martin ; et bientôt après son arrivée Théodore et ses suffragans s'assemblèrent

(1) Wilk., Con., p. 298, ann. io3i.

(2) Sperabamusde Britannia conf amulum et coepiscopum nostrum, magnœ insuhz Britanniœ Archiepiscopum et philosophum, cum aliis qui ibidem hactenus demorantur; et hac de causa eoncilium hue usque distulimus; (Ep. Agath. ad împ. apud Bar., anno 680; Malin, de Pont., 1.1, p. 112.) Spelman conjecture qu'il s'agissait du concile de Constantinople ; mais cette erreur a été corrigée par Alford. (t. II, p. 368.)

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à Hethfield, et déclarèrent qu'ils adhéraient aux décrets des cinq premiers conciles généraux , et à la condamnation du Monothélisme par Martin Ier. Le légat signa avec les évêques , et reçut une copie des actes, qu'il envoya à Rome, (i) L'inquisition des papes s'étendit bientôt de la foi aux moeurs des Saxons. Tant que Théodore vécut il entretint par sa vigilance dans l'administration la vigueur de la discipline ecclésiastique; mais sous ses successeurs, plus indulgens ou moins actifs , elle se relâcha insensiblement , jusqu'à ce que le bruit de l'immoralité saxonne réveilla le zèle de S. Boniface , et provoqua Panimadversion du pontife romain Zacharie. Le missionnaire, du fond delà Germanie, théâtre de ses travaux apostoliques , adressa de sanglans reproches aux principaux des rois et des prélats saxons; et le pontife commanda à l'archevêque Cuthbert et à ses sufiragans , sous peine d'excommunication, d'opposer la sévérité des canons à la corruption du siècle : on se rendit volontiers à son injonction ; les pères du concile de Cloveshoe manifestèrent leur empressement à seconder le zèle du pasteur su-

(i) Intererat huic synodo , pariterque catholicœ fidei décréta firmahat vir venerabilis Joannes... J'olens Jgatho papa, sicut in aliis provinciis, ita etiam in Britannia, qualis esset status Ecclesiœ ediscerty hoc negotium reverendissimo abbatiJoanni injunxit. Quamobrem collecta ab hoc synodo, inventa est in omnibus {ides inviolata Catholica, datumque illi exemplar ejus Romam perferendum. (Bèdc , 1. IV , c. 18.)

prême ; et trente canons de discipline furent publiés pour la réforme générale des évêques, du clergé, des moines et des laïques, (i)

Les successeurs de Zacharie héritèrent de sa vigilance. Quarante ans n'étaient pas écoulés qu'Adrien crut avantageux d'envoyer en Bretagne les évêques d'Ostie et de Tudertum avec un code de lois à l'usage de l'église anglosaxonne : les légats furent reçus avec respect par Je clergé et les laïques ; à leur requête deux synodes s'assemblèrent, l'un enMercie, l'autre en Northumbrie; on publia vingt canons, et on reçut de chaque évêque la promesse solennelle qu'il les ferait fidèlement observer dans son diocèse, (a)

(i) Voici dans quel style est rapportée la lettre de Zacharie dans le Proarmium aux actes du concile : Scripta toto orbe veneranU Pontificis, Domni ApoUolici papœ Zacharia, in dunbus chartis, in médium prolata sunt,et euro magna diligentia , juxta quod ipse Jpostolica sua auctoritate prœcepit, et manifester ecitata, et in nostra lingua quoque apertius interpretatasunt. Quibus namaue scriptis Britanni* hujus insula, nostri generis accolas Jamiliariter prœmonebat, et veraciter conveniebat, et postremo amubiliter exorabat , et hœc omnia contemnentibus, et in sua pertinaci malitia permanentibus anatkematis sententiam procul dubioproferendam insinuabat. ("Wilk., Con., p. 94.) Un langage si énergique aurait pu faire pâlir un controversiste moins hardi: mais Henri, soit raison, soit témérité, a choisi ce même concile pour prouver que l'Eglise saxonne rejetait la suprématie du pape. Le lecteur curieux peut voir la note A à la lia du volume.

(a) La mission de ces légats, ainsi que celle de l'abbé Jean, a échappé à l'oeil philosophique de Hume , qui nous assure qu'Ermanfroi, évêque de Sion, trois siècles après, fut le premier légat qui eût jamais paru dans les îles britanniques. (Hume, HisL, c. IV, p. 182.) Carte à la vérité en fit mention; mais il découvrit en même temps,, pat une expres-

Diqitized

Durant l'invasion des Normands les lois furent trop faibles pour lutter contre le relâchement de la discipline; et pendant près d'un siècle la voix de la religion fut étouffée par le bruit des combats : le retour de la paix ouvrit une nouvelle carrière au zèle du pape Formose. Il avait résolu de séparer les évèques saxons de la communion du saint siège; mais les représentations de Parchevêque Plegmund apaisèrent son courroux , et il se contenta d'une épître exhortative dans laquelle il se plaignait <( que la négligence des prélats eût laissé revivre les superstitions du paganisme, et que pendant un temps considérable plusieurs diocèses eussent été privés de pasteurs. » Quatorze ans après les deux évêqucs de Wessex moururent , et Plegmund saisit l'occasion favorable de satisfaire les vœux du pape : il convoqua ses suffragans, et partagea le royaume en cinq districts plus petits. On approuva sa conduite à Rome ; et le même jour il ne sacra pas moins de sept évêques , cinq pour les sièges érigés

won vague de la Chronique saxonne , que , loin d'être investis de quelque autorité , l'unique objet de ces légats était de renouveler l'ancienne correspondance entre les deux Eglises. (Carie, H ist., vol.I, p. 270.) Cette proposition est suffisamment réfutée par leurs dépêches au pontife : scripsimus capitulare de singulis rébus, et per ordinem cuncta disstrentes auribus iUorum pertulimus qui cum omni humilitatis su&jectione, clara voluntate tant admonitionem ntestram quam parvitaiem nostram amplexantes, spoponderunt se in omnibus obedire. (Wilk., Con., p. 146.)

depuis peu , et deux pour les églises vacantes de Selsey et de Dorchester. (i)

IV. Dans un sage système de législation il appartient aux hautes cours de justice de rectifier, parleurs lumières et leur sagesse, l'ignorance ou la corruption des membres des tribunaux subalternes : dans l'Eglise chrétienne on considérait les pontifes comme les principaux gardiens des canons , et dès l'antiquité " fc la plus reculée ils ont réclamé et exercé le droit de réviser les causes des évêques qui en appelaient à leur équité des décisions partiales des synodes provinciaux ou nationaux. (2) Le premier des prélats qui invoqua en sa faveur la protection du saint siège fut Wilfrid , le cé-

(1) Le lecteur qui n'est pas étranger aux difficultés chronologiques qui ont embarrassé les antiquaires sur cet événement aura observé que, quoique j'admette comme authentique l'Epttre de Formose, je rejette comme apocryphe une partie du récit contenu dans Malmsbury et dans le registre de Cantorbéry. ( Wilk., Con.f p. 199, 200.) J'attribue cette épître à Formose non pas simplement sur leur autorité, mais principalement sur celle d'Eadmer, qui, durant les débats sur la préséance de Cantorbéry au commencement du douzième siècle, parait avoir

« consulté les anciens mémoires de cette église, et avoir découvert cette

lettre et quelques autres parmi un grand nombre que le temps avait rendues illisibles. (Eadm. Nov., L V, p. 128, 129 ) Le sacre des sept évêques n'a pu avoir lieu avant l'an 91 o, puisque Fridestan, l'un des sept , est dit, dans la Chronique saxonne, avoir pris possession du siège de Winchester. (Chronique saxonne, p. 10a.) Comme Asser, évêque de Sherburne, ne mourut que cette année-là, et Denulf, de Winchester, dans la précédente, il s'ensuit que l'histoire du royaume de Wessex, qui a été sans évêque pendant sept ans , est une fiction qu'on inventa probablement pour expliquer l'origine de la plaiute contenue dans la lettre de Formose.

(2) Natalis. Alex., Rist. eccl sœc. , IV, diss. XXVIH, prop. 3.

lèbre abbé d'Yorck. L'histoire de ses appels a été racontée par deux sortes d'écrivains aussi opposés par les sentimens qu'éloignés par le temps ; d'abord par des historiens contemporains qui déplorent les causes qui les rendirent nécessaires, et exaltent le succès dont ils furent suivis; ensuite par des controversistes modernes qui les condamnent comme les coupables effets d'un prélat ambitieux, sacrifiant à la conservation de son pouvoir les libertés religieuses de ses compatriotes. Les bruyantes clameurs des derniers font un curieux contraste avec le silence paisible des premiers : en les comparant attentivement, nous en pourrons conclure que les défenseurs actuels de l'indépendance de l'Eglise saxonne sont animés par des motifs qui n'ont jamais guidé la plume des écrivains plus anciens. Dans le reste de ce chapitre j'essaierai de purger l'histoire deWilfrid des fictions dont la controverse moderne l'a surchargée ; (i) mes garans

( i ) Parmi les historiens qui ont à l'envi diffamé ce prélat on doit mettre au premier rang Carte , dont les ouvrages volumineux ont fourni une abondante source de fausses lumières aux préjugés ou à la négligence des écrivains postérieurs. À l'aide de quelques idées éparses dans les ouvrages de trois auteurs obscurs du treizième et du quatorzième siècle (Gervase, Stuhbs et Richard de Hexham ) et de plusieurs suppositions gratuites forgées par son imagination, il a réussi a flétrir la réputation de Wilfrid. 11 avait sous les yeux, dans les écrits de Bède et d'Eddius, des documens authentiques; mais il affirme de ceux-ci que le premier a témoigné par son silence son improbation pour Wilfrid, et qu'on jne peut ajouter foi à Eddius pirce qu'il était chapelain du prélat outragé.

seront Eddius , compagnon de ses infortunes , et Bède, son contemporain et son ami ; et l'importance du sujet suffira sans doute pour faire excuser la longueur de ma narration.

Egfrid , roi de Northumbrie , avait épousé JSdilthryda , princesse dont j'ai fait remarquer, dans le chapitre précédent, le penchant invincible pour le cloître : fatigué des constantes sollicitations de son épouse il la remit à Wilfrid , qu'il avait honoré d'une amitié particulière , et s'efforça par les promesses les plus séduisantes de l'engager dans ses intérêts ; mais ilfut trompé dans ses espérances , après une

de la reine , et cette approbation lui mérita la disgrâce du roi. iEdilthryda quitta la cour pour se retirer dans un couvent , et Egfrid fit monter sur le trône une autre princesse nommée Ermenburge. La légèreté de la nouvelle reine n'était pas propre à bannir la première de sa mémoire : la hauteur , les dilapidations , la prodigalité de cette princesse excitèrent le mécontentement ; et S. Wilfrid lui reprocha l'inconvenance de sa conduite. Mais quoiqu'il n'eût

On peut cependant remarquer que Bède a ^.eut-être fait plus souvent mention de Wilfrid que de tout autre personnage ; (Bède, 1. III , c. i3, 25,a8jl. IV, c. 2, 3, 5, 12, i3, i5, 16, 19, 23,29; L V, 11, 19) et qu'Eddius écrivait à une époque, où des milliers de témoins auraient pu le convaincre de fausseté s'il en eut été coupaMe. Si Bède garde le silence, et si Eddius a caché la vérité, où Carte l'a-t-il découverte?

pas dépassé les bornes du devoir la fierté d'Ermenburge en fut blessée : elle jura de se venger, et Egfrid , dont l'esprit était déjà prévenu , consentit à servir le ressentiment deson épouse, (i) Le siège de Cantorbéry était à cette époque occupé par Théodore , prélat dont l'ardeur pour l'amélioration de l'Eglise saxonne l'a quelquefois entraîné au-delà des bornes prescrites par les canons à l'autorité métropolitaine. Sur l'invitation d'Egfrid il visita la cour de Northumbrie. On ne peut faire que des conjectures sur les propositions secrètes qui lui furent faites de la part du roi ; (2) mais il avait toujours manifesté le désir d'augmenter le nombre des évêchés saxons , et le moment propice était venu d'accomplir son dessein : de son autorité privée, sans la participation , à l'insu même de Wilfrid, il divisa ce grand diocèse d'Torck en trois parties, et les conféra immédiatement à trois «vêques qu'il sacra à cet effet. (3) Le prélat

(1) Pour connaaitre la cause de la mésintelligence entre Egfrid et Wilfrid, comparez Bède, (Hist., 1. IV, c 19) Eddius, (VU. WiZ/, c. *4 ) Eadmer (Vit Wifr apud MablU., c. 34) et le moine d'Ely. (Ang. Sac., vol. I, p. 598.)

(a) Eddius insinue, (Vit., c. *4) et Malmsbury (De Pont., 1. ffl, f. »49) soutien* que Théodore fut corrompu par les présens d'Egfrid; mais il n'est guère possible de prouver une telle accusation, puisque Wilfrid jugea à propos de n'en point parler dans sa pétition au Pontife. (Edd., VU., c. 29.)

(3) On a dit que Lindisfarne, ancienne résidence des évéques écossais, fut ouverte pour recevoir Wilfrid; (Wharton., Ang. Sac., vol. I, p. 693; Carte, Hist., vol. 1, p. mais cette opinion est

dépouillé en reçut la nouvelle avec étonnement : il se rendit en toute hâte à la cour, représenta Tin justice du partage et réclama en sa faveur l'appui des canons ; mais ses remontrances furent écoutées avec dédain ; les courtisans flatteurs applaudirent à sa disgrâce ; et pour dernière ressource il en appela , d'après l'avis de quelques évêques , à la justice et à l'autorité du siège apostolique. (1)

Si Théodore avait été élevé à la même école que nos écrivains modernes il se serait moqué de la simplicité de Wilfrid et de l'impuissance de son appel; mais il connaissait les décisions des canons , et sa sollicitude à préoccuper l'oreille du Pontife fut plus efficace que la diligence de l'évêque déposé , qui était retenu par l'inclémence de la saison à Friesland , où il passait

positivement contredite par Eddius ( Vit, c a'4«) e* Par Bède. (\Hist.,

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