IV, C
(i) Cum consUio coepiscoporum suorum. (Ed., Vit,, c. »4.) '• ' : • la fahie de Carte tout le blâme de cette affaire est rejeté sur l'ambition de Wilfrid, qu'on accuse de s'opposer à l'exécution du neuvième canon de Hertford, touchant le partage des plus grands diocèses. Mais comme on pourrait objecter, d'après l'autorité de Bède, que ce canon n'était pas approuvé, il élude la difficulté en affirmant avec Wharthon que le passage de l'historien ecclésiastique est probablement une fraude des moines, qui espéraient par cet expédient disculper "Wilfrid. (Carte, Hist., vol. I, p. 246 , note.) Si sur une simple conjecture nous sommes obligés de croire à une imputation aussi maligne il nous sera permis du moins d'admirer le talent de celui qui a su falsifier tous les manuscrits avec tant d'art qu'il n'en n'est pas un où l'on puisse distinguer du texte le passage apocryphe, pas même celui qui fut écrit avant ou immédiatement après la mort de Bède lui-même. ( Voyez le Bède de Smith, préf. et p. i49*) *
DE l'église ANGLO-SAXONNE. 2 I 3
l'hiver à prêcher aux païens les vérités de l'Evangile. Au retour du printemps il reprit son voyage ; et à son arrivée à Rome il apprit que ses prétentions avait déjà été dénoncées et combattues par le moine Cœnwald , envoyé et avocat de l'archevêque. Agathon convoqua un concile pour l'aider de ses lumières; et les évêques des églises suburbicaires avec les prêtres et les diacres de Rome s'assemblèrent au nombre de cinquante pour juger la cause des prélats anglo-saxons. Wilfrid parut devant cette cour avec l'assurance que donne la conviction intime de son innocence ; il pria les membres de faire justice à un évêque outragé et persécuté, qui, des extrémités de la terre, avait été contraint d'implorer l'équité du successeur de S. Pierre : ses adversaires pouvaientils lui rien reprocher dans sa conduite ? pouvaient—ils signaler dans son administration un seul fait par lequel il eût violé les saints canons? cependant on l'avait chassé de son diocèse , et il l'avait vu morcelé et livré à trois prélats intrus. Quant aux motifs qui avaient engagé le métropolitain à le traiter avec tant de dureté il ne lui appartenait pas d'en juger : Théodore était «l'envoyé du saint siège ; » il respectait sa réputation , et n'osait pas condamner sa conduite. Quant à lui sa grande sollicitude avait été d'assurer la paix de l'Eglise ariglo^
saxonne ; il n'avait pas provoqué une opposition bruyante , mais il s'était soustrait en silence à l'aniinosité de ses ennemis , et s'était reposé avec confiance sur la justice du saint siège. Il implorait maintenant le jugement de ce siège suprême , et était prêt à se soumettre avec respect à sa décision , qu'elle lui fût favorable ou contraire, (i)
Nous ne savons pas quelles furent la réponse et les récriminations de Gœnwald : on discuta avec calme et impartialité; et le synode, dans le prononcé de sa sentence , condamna l'injustice de son expulsion quoiqu'il parût approuver la politique du partage. On statua que Wilfrid serait rétabli dans le diocèse dont il avait été injustement dépouillé ; mais qu'il choisirait, de concert avec les autres évêques, un certain nombre de prélats pour ^assister dans le gouvernement d'un diocèse aussi étendu. On joignit à cette décision une sentence de suspension contre l'ecclésiastique et d'excommunication contre le laïque qui oserait s'opposer à son exécution : (a) on en donna copie à Wilfrid , qui resta quelques mois à Rome , assista
(i) Ed., c. 39.
(a) Ibid. c. 3i. Inett (HîsL, p. 101) attribue le succès de Wilfrid à l'absence de ses accusateurs. Il paraît cependant , d'après uns autorité irrécusable, que non seulement Cœnwald , mais encore plusieurs autres furent présens : Prœsentïbui ejus contrariis, qui a Théodore H Hilda abhatîssa ad cum 'accusandum hue prius convtnerant. (Epi st. Joan. pap. apud Eddium, c. 5a. )
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à un second concile avec cent vingt -cinq cvêques, signa les décrets et rendit un témoignage avantageux de la croyance catholique des Bretons , des Saxons , des Pietés et des Ecossais qui habitaient les provinces du nord des deux îles britanniques. (1)
Cependant la haine d'Egfrid et d'Ermenburge était trop violente pour écouter la voix de la justice, ou pour être domptée par la terreur d'un mandat du pape. Durant son voyage à Rome Wilfrid avait échappé avec peine aux pièges nombreux qu'on lui avait tendus conformément à leurs instructions : à son retour il fut arrêté par leurs ordres et jeté en prison. Pendant un isolement de neuf mois on employa tour à tour les menaces et les promesses pour le contraindre d'avouer que la décision du pontife avait été forgée par ses amis ou achetée par des présens; (2) sa constance déjoua tous les artifices, et sa liberté fut enfin accordée aux supplications de l'abbesse Ebba , à condition qu'il promettrait de ne jamais remettre les pieds sur le territoire d'Egfrid. Wilfrid souscrivit en soupirant à cette condition, et, s'étant retiré de Northumbrie, il alla implorer la protectioa de Brithwald ,
(1) Edd.,c. 5i;Bède, 1. V, c. 19.
(2) Edd.,c. 33, 35.
2l6 ANTIQUITÉS
neveu du roi de Mercie. Ce seigneur généreux lui accorda un petit domaine où il fonda un monastère pour lui-même et pour les fidèles compagnons de son exil; mais les émissaires d'Egfrid découvrirent sa retraite , et Wilfrid , plutôt que de compromettre la tranquillité de son ami, s'enfuit dans le royaume de Wessex. Cette distance aurait pu lui faire espérer d'échapper aux regards de ses ennemis? mais Irmenigild , reine de Wessex et sœur d'Ermenburge , avait partagé les sentimens de la princesse northumbrienne ; et Pévêque fugitif, après avoir cherché en vain un asile chez ses compatriotes chrétiens, fut obligé de confier sa sûreté à l'honneur et à la pitié d'un peuple païen. Edilwach, roi de Sussex, le reçut avec bienveillance, eut compassion de ses infortunes , et jura de le protéger contre la . violence ouverte ou les intrigues secrètes de la cour deNorthumbrie.(i) Wilfrid paya bientôt l'hospitalité de son royal protecteur par ses
mt
lâtres à la foi du Christ , et par ses vastes connaissances, qui les instruisirent dans les arts de la vie civilisée. Une sécheresse continue avait épuisé les sources de la végétation , et les horreurs de la famine poussaient souvent les barbares à mettre fin à leur misérable existence»
(i) Edd., c. 39, f\o.
Le vénérable Bède nous apprend qu'on les voyait, en troupes de quarante ou cinquante, s'approcher du rocher le plus voisin, d'où, enlaces dans les bras l'un de l'autre, ils se précipitaient dans les flots.
Leur détresse excita la commisération de leur hôte, qui, ayant remarqué que la mer et les rivières abondaient en poissons, leur enseigna l'art de faire des filets et de tirer des eaux une nourriture abondante. (1) En reconnaissance de ces services Edilwach lui donna l'île de Selsey, où il recevait souvent la visite de Cedwalla, exilé de la race royale de Cerdic. La conformité de leur sort le rendit cher à ce prince, qui, parvenu au trône de ses pères, appela Wilfrid à sa cour, lui céda le quart de l'île de Wight, et lui donna une place distinguée dans son conseil. (2) Mais le bannissement de Wilfrid tendait alors à sa fin : comme Théodore était le premier qui lui avait fait l'outrage , il fut aussi le premier à le réparer : avant sa mort il condamna l'injustice de son ancienne conduite , sollicita une réconciliation , et écrivit en faveur de l'évêque exilé aux rois de Mercie et de Northumbrie. Il nous reste encore une de ces lettres , dans laquelle le primat recommande l'obéissance due au pontife y
(1) Edd.; c. 4°; Beà., 1. IV, c. i3.
(s) Edd., c. 4ij Bed., I IV, c. 16.
2l8 ANTIQUITÉS
rend témoignage au mérite de Wilfrid, à son innocence, à sa résignation, à son zèle, et supplie le roi d'accorder cette dernière requête à son ami et à son père près de descendre au tombeau, (i)
Théodore ne vécut pas assez pour être témoin de l'effet de ses exhortations , et la mort d'Egfrid suivit de près la sienne. Le prince northumbrien périt dans un combat , et avec lui s'évanouit l'influence d'Ermenburge. Le nouveau roi Aldfrid (a) ne balança pas à prendre l'exilé sous sa protection, le mit aussitôt en possession de l'église d'Hexham, et le réintégra peu de temps après dans les sièges de Lindisfarne et dTorck. (3) Pendant cinq ans
(1) Edd., c. 4^.
(2) La plupart des écrivains regardent Alfrid comme le même personnage que Alchfrid, ancien ami de Wilfrid 3 mais je ne pense pas qu'on puisse concilier cette opinion avec le témoignage de Bède : cet historien appelle très distinctement l'un Alclifrid et l'autre Aldfrid. H affirme du premier qu'il était fils d'Oswin et frère d'Egfrid, et du dernier qu'il était fils naturel, mais regardé comme fils d'Oswin. (Bed., L IV, c. 22; VU. S. Cuth., c. 26.) Alchfrid mourut avant Egfrid, puisque le dernier ne laissa après lui ni enfans ni frères. (Ib.) Aldfrid étudiait alors chez les moines écossais. (II».) On ne peut pas dire non plus qu' Alchfrid ait été chassé de ses états par son frère, et forcé de se cacher jusqu'à sa mort; car Bède soutient que l'exil d' Aldfrid fut volontaire, et qu'il était l'effet de son amour pour les sciences : ob amorem sapientiœ spontaneum pansus exsUium. ( Vit. S. Cuth., c. 24; voyez aussi Bède, 1. III, c. 24 ; IV, 26; V, 19.)
(3) Voyez Eddius, c. 44 > ^ont *e K&it est appuyé sur le témoignage de Bède : Sedem suam et episcopatumf ipso rege invitante , recepit. (Hist., L V, c. 19.) Cuthbcrt de Lindisfame cédi le sien. (Bed., Vit. Cuthbert., c. 36.) Si Bosa d'Yorck et Jean de Hexham ne suivirent pas son exemple ils furent déposés. (Le Bède de Smith, App. 19.)
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encore il conserva l'administration de son vaste diocèse ; mais ce fut pour lui une époque de perplexités et de détresse : ses ennemis formèrent de nouveau un parti puissant, et quoique pour le moment ils cédassent en apparence ils épiaient avec impatience une occasion plus favorable. L'attachement que Wilfrid avait pour son monastère de Rippon satisfit bientôt les vœux qu'ils formaient en secret : ses ennemis, pendant son exil, s'étaient emparés de plusieurs de ses manoirs ; et lorsqu'il les revendiqua le palais retentit de plaintes contre son caractère turbulent et son insatiable ambition. Àldfrid se laissa aller à ces instigations, et aussitôt on forma le projet de précipiter la chute de l'évêque. Wilfrid , sans s'y attendre, reçut la sommation royale de remettre le monastère entre les mains de son souverain pour qu'il fût transformé en siège épiscopal et conféré à un autre prélat. Ses adversaires avaient probablement compté sur sa résistance ; car il avait toujours témoigne . une prédilection marquée pour cette abbaye , qui lui avait été donnée par Alchfrid , ami et protecteur de sa jeunesse : les revenus s'en étaient accrus par son industrie ; elle devait la magnificence de ses bâtimens à sa libéralité et
Richard de Hexham, Stubbs, et quelques écrivain» postérieurs ont supposé qu'Yorck ne fut jamais restitué i Wilfrid. Voyez Smith, (ifc.)
à son génie; et les moines qui les premiers avaient dans le nord professé la règle de S. Benoît le révéraient comme leur père et leur bienfaiteur. Retenu par de telles considérations il osa refuser; et Aldfrid punit son refus en faisant revivre les règlemens surannés de Théodore, qui avaient d'abord troublé la paix de l'Eglise northumbrienne. Wilfrid vit avec terreur l'ascendant de ses ennemis; et pour éviter une lutte trop inégale il alla chercher un refuge dans le royaume de Mercie. Sa fuite enhardit leurs efforts : on engagea dans le parti victorieux Brithwald, successeur de Théodore, qui convoqua un concile en Northumbrie. Mais l'expérience leur avait appris à redouter un second appel au Pontife; et le principal but de leur politique était d'arracher cette arme puissante à Wilfrid. On l'invita au synode : « On fera justice, dit l'envoyé, « à toutes vos prétentions pourvu que vous proie mettiez de vous en rapporter à la décision de « votre métropolitain. » — « C'est mon devoir « et mon vœu , répondit le sage prélat , de m'en « rapporter à la décision de mon métropoli- <( tain si toutefois elle n'est pas contraire aux « saints canons et aux déclarations antérieures du « siège apostolique. » L'assemblée présenta une scène de tumulte et de confusion : la voix de Wilfrid fut étouffée par les clameurs de ses
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adversaires ; on déclara sa rébellion digne des châtimcns les plus sévères, et comme une dernière grâce qu'il ne méritait pas on lui offrit le monastère de Rippon à condition qu'il s'engageât à se concentrer dans ses limites, et qu'il renonçât , dès ce jour même , à l'exercice de la juridiction épiscopale. Cette dure condition ranima l'énergie du prélat outragé. « Quoi! s'écria-t-il avec indignation, moi qui « ai consacré ma vie entière au service de la « religion , moi qui ai fait connaître et fait « pratiquer à mon pays les observances canote niques , je souscrirais lâchement à ma dégra- « dation, et malgré mon innocence je m'a vouc- « rais coupable ! non , si l'on me refuse ici la « justice j'en appelle à un tribunal plus au- « guste : que celui qui ose me déposer de ma a dignité épiscopale me suive jusqu'à Rome , et « soutienne son accusation en présence du souci verain pontife. » Cette réponse hardie irrita Aldfrid , qui le menaça de le livrer à ses gardes; mais les évêques s'interposèrent , observant que violer le droit de sûreté qu'on lui avait accordé serait imprimer à leur conduite envers lui une tache ineffaçable (1).
La scène des débats fut alors transférée de la JNorthumbrie à la cour du pape Jean : Wilfrid y parut en personne ; on avait confié la cause
(1) Edd., c. 44,45.
de ses adversaires à une commission de moines du choix du métropolitain. A en juger par la multiplicité et la durée des débats sans doute l'accusation et la défense ont été soutenues avec autant de chaleur que de persévérance : vingt fois les parties contendantes répétèrent leurs argumens avec une force toujours nouvelle en présence du pontife; et quatre mois s'écoulèrent avant que leurs véhémences lui permissent de prononcer la sentence, (i) Cette sentence
(i) D'ingénieux écrivains s'amusent quelquefois à remplir les lacunes de l'histoire, et trompent imprudemment la crédulité de leurs lecteurs par des fictions imaginaires. De tous les griefs qu'on a reprochés à Wilfrid Eddius n'en a conservé qu'un; savoir, «qu'il avait refusé de se soumettre au jugement de son métropolitain. » (Edd., c. 5i.) Mais Henry a suppléé à ce qui manque en s'appuyant à ce qu'il prétend sur l'autorité d'Eddius lui-même. Il nous apprend qu'on accusait aussi l'évéque « de refuser de souscrire aux synodes d'Hertford et de Hatfield et d'en appeler à un juge étranger, ce qui, d'après les lois de l'Angleterre, était un crime capital. Il a aussi jugé à propos de composer pour Wilfrid une réponse <m premier de ces griefs : « qu'il consentait à souscrire à ces synodes autant qu'ils seraient conformes aux canons de l'Eglise de Rome et à la volonté du pape; » mais relativement au second il paraît qu'il n'a pu ou qu'il n'a pas voulu arranger une réponse. (Henry, vol. 3, p. a 19.) De pareilles fables ne peuvent avoir d'autre but que d'outrager le caractère de Wilfrid , et de soutenir l'hypothèse favorite de cet écrivain touchant l'indépendance de l'Eglise anglo-saxonne : elles ont trop peu de vraisemblance ou de probabilité. On aura de la peine à croire que Wilfrid ait refusé de souscrire au synode d'Hertford, auquel il avait déjà souscrit par ses envoyés, ( Bede, Hist.} 1. IV, c. 5 ) ou à celui d'Hatfield , puisque cette souscription n'était qu'une simple profession de foi ; ( id., L IV, c. 1 7 ) mais qu'Aldfrid et ses évoques aient envoyo à Rome des députés pour accuser un prélat du crime capital d'appel à Rome c'est une supposition tout à fait improbable,
Nec quodeumque volet poicat ubi fabula creJi
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ne 'servit qu'à faire éclater l'innocence de Wilfrid. Mais les infirmités de l'âge (il avait atteint sa soixante-dix-huitième année) l'avertissaient de mettre fin à une contestation aussi longue qu'ennuyeuse : il avait appris pendant deux voyages à Rome et vingt ans d'exil à apprécier et à souhaiter les douceurs du repos; et il proposa un compromis , qui , en cédant la plus grande partie de son diocèse à ses deux compétiteurs , lui assurait la possession de ses deux monastères chéris, Rippon et Hexham. Ses expressions modérées lui méritèrent l'approbation du pape, qui recommanda au primat d'y avoir égard en lui prêtant aide et protection. Brithwald reçut avec respect le mandat du pontife , et s'empressa d'en exécuter le contenu ; mais Aldfrid resta inflexible. « Mes frères , ré- « pliqua-t-il aux messagers de Wilfrid, dont il « avait autrefois estimé l'amitié et dont il reste pectait encore le caractère, demandez pour « vous-mêmes, et vous n'éprouverez aucun refus; m mais ne demandez pas pour Wilfrid , car moite même, et l'archevêque, « envoyé du saint siège m apostolique, » nous avons jugé sa cause , et je « n'échangerai pas ce jugement contre les reste crits de ce siège, comme vous les appelez. » Cependant la mort du roi réveilla bientôt les espérances de Pévêque , et ravit à ses rivaux leur plus puissant protecteur. On mit sur le trône
vacant Osred encore enfant , et Ton déposa le» rênes du gouvernement entre les mains de l'alderman Berectfrid. Encouragé par ce changement le primat invita les chefs northumbriens à venir le trouver à Nid. Le synode s'ouvrit par
modité des thanes séculiers, fut traduit en langue anglo-saxonne. L'abbesse jElfleda, dépositaire des secrets de son frère , déclara que la réintégration de Wilfrid avait été le dernier vœu du monarque expirant 5 et les thanes, par la bouche de Berectfrid , y adhérèrent avec sincérité . Jean et Bosa , adversaires de Pévêque , se virent confondus par cette déclaration inattendue. Après avoir résisté faiblement ils cédèrent avec prudence au torrent , et la ratification du compromis rétablit le calme dans l'Eglise de Northumbrie. (1) Telle fut la fin de cette longue et ennuyeuse contestation. La cause de Wilfrid était celle de la justice ; et le triomphe que lui fit remporter sa persévérance ajouta de l'éclat à sa réputation , et prouva l'utilité de la juridiction suprême du pontife. (2)
(1) Ed., c. 5a — 58; voyez aussi la note I. Vers le même temps Egwin, évêque de Worcester, fit un appel à Rome qui eut le même succès. ("Wilk., Con., p. 7 a.) C'est à cette époque que s'étahlit l'usage des appels dans l'Eglise anglo-saxonne; et parmi les lois que l'archevêque Egbcrt a recueillies pour le clergé d'Yorck on conserve un canon dans lequel on reconnaît formellement leur légalité. (!&., p. 104, lix.)
(a) Le lecteur, en achevant de lire ce chapitre, demandera peut-être pourquoi j'ai omis de faire connaître la juridiction spirituelle que des écri-
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vains modernes ont quelquefois accordée aux rois anglo-saxons : je répondrai que je n'aime point à avancer des faits dénués de preuves. Tout ce qu'on pourrait dire à cet égard a été dit depuis long-temps par sir Edward Coke; (cinquième partie des Rapports) mais ni l'autorité* ni les raisonnemens de cegrand avocat n'out pu vaincre mon incrédulité. Toute l'histoire anglo-saxonne fait voir d'un bout à l'autre que la juridiction spirituelle était considérée comme le privilège exclusif des évâques , et que les rois étaient fiers de le soutenir et de le faire respecter par leur autorité temporelle. « C'est le droit du roi, dit Withred, roi de Kent, (ann. 69a) de nommer les comtes, les aldermans , les baillis et les juges j mais il n'appartient qu'à l'archevêque de gouverner l'Eglise de Dieu et d'y pourvoir.» ("Wilk., Con., p. 57 j voyez aussi p. 91 , 148, ai a; Bed., Hitt., L IV, c. 5, iyfEp. à Egb.t Ant., p. 3 10; Aie, Ep. ad Athdhard, apud Wilk., p. i(io; Leg. tax., p. ifà, 147 y L llj Sim. DuneL inter X Scrip., p. 78.) Le roi, il est vrai , est quelquefois appelé le vicaire du Christ ; mais l'ancien auteur des homélies nous apprend qu'on lui donnait ce titre parce qu'il était de son devoir de protéger avec son armée le peuple du Christ contre les pernicieux desseins de ses ennemis. Il est dit, dans le livre des constitutions , que le roi devait être considéré comme le père de son peuple, et par sa vigilance et ses soins le vicaire du Christ, ainsi qu'il est appelé. (Leg. sax., p. 147.)