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CHAPITRE VI

Pratiques religieuses des Anglo-Saxons. — Leurs sacremens. — Liturgie. — Communion. — Confession. — Canons pénitentiaux. — Mitigation de la pénitence. — Absolution.

Les histoires ecclésiastiques des chrétiens du Nord et des chrétiens de l'Orient offrent entre elles un contraste frappant : d'un côté on voit que dans l'Orient les pasteurs orthodoxes combattirent avec zèle, durant plusieurs siècles, les tentatives d'une foule de novateurs qui souvent triomphèrent; de l'autre que dans le Nord la discorde religieuse fit rarement entendre sa voix, qui était presque aussitôt étouffée, (i) On pourrait en trouver la cause dans la différence de leur caractère national : les chrétiens de l'Orient étaient un peuple poli , dont les disputes des philosophes et la logique d'Aristote avaient aiguisé la sagacité naturelle. Non cor tens de croire aux vérités de l'Evangile, ils s'efforçaient de sonder la profondeur de ses mys-

(i) Les disputes qui eurent lieu en Angleterre entre les mission* ntùres romains et écossais nous prouvent que, bien qu'ils différassent en quelques points sur la discipline, ils étaient d'accord sur tous les articles de leur croyance. Voyez le chapitre Ier.

tères ; ils invoquaient les faibles lumières de la raison et les leçons vagues des sages de l'antiquité, et de l'union monstrueuse des doctrines de la philosophie avec les dogmes du christianisme ils enfantaient des erreurs qui ont si long-temps défiguré la beauté de la primitive Eglise : mais chez les nations du Nord les convertis étaient plus simples et moins portés à la curiosité; ils acquiesçaient sans défiance aux doctrines de leurs missionnaires, et avaient soin de les transmettre à leurs descendans comme un dépôt sacré. Lorsque Athelhard, archevêque de Cantorbéry, demanda aux prélats, dans le concile de Cloveshoc, une exposition de leur croyance ils répondirent d'une voix unanime : « Sachez que la foi que nous professons est celle même que le saint siège apostolique enseigna à nos pères par l'organe des missionnaires que Grégoire-le-Grand leur avait envoyés. » (i) Je n'ennuierai donc pas le lecteur

(i) Notum sit paternitati tua quod sicul primitut a sancta Romand et apostolica sale , beatisfimo Papa Gregorio dirigente, exarata est, ita credimus. ( Wilk., p. 1O2, anno boo. ) Lu profession de foi que S. Swithin, évèque de "Winchester, fit à l'archevêque Ceolnoth est tracée de la même manière : lllam rectam et orthodoxam fidem tjuam priores patres nostri dévote servaverunt cum omni kumilitate et sincera devotione, sicut prœdecessores mei ipsi sancta sedi Dorobevncnsis ecclesiai subjuncti surit , semper servare velle humiliter per omnia profiteor. (Tcxtus Roff., p. '469, anno 85a.) Cette profession est ainsi conçue dans le moine de 'Winchester : Ego Swithunus raonnrhus, servulus servorum Dei , conjiteor tibi, reverendissime pattr Celnode archiepiscope , continentiam meam , quam prius in professîoiie monachili expressi , cl dilectionem , etc. Il en infère que

par des recherches théologiques sur les doctrines qui composaient le symbole des Anglo^ Saxons : la description de leurs pratiques religieuses est plus propre à fixer l'attention et à piquer la curiosité , et peut servir à faire connaître leur foi avec moins de peine et avec autant d'exactitude, (i)

S. Svrithin était moine. (Ang. Sac, vol. I, p. 20 3.) Cette conclusion est admise par les Bollandistes, (Jul. , tom. I, p. 325.) et MabiUon n'hésite pas à le placer au nombre des saints de l'ordre de S. Benoît. ( Act. S. S. Bened, Sœc., IV» tom. Il , p. 69.) Au reste cela est assez peu important ; mais il y a raison de croire que les mots en romain furent artistement ajoutés à l'original. Dans le texte de Roffensis , qui est le plu» ancien, la profession commence ainsi: Ego Swithunus, humilia vernaculus servorum Dei, conflteor tibi, Cdnothe Archiepiscope, continentiam meam, et d'dectionem, etc. (Tex. Rofï., p. 269.)

(1) Cependant comment me livrer à ces recherches sans pénétrer dans le dédale de la controverse ? Les écrivains protestans pensaient autrefois que l'Eglise anglo-saxonne, dès son enfance, avait été souillée des funestes erreurs du papisme. Augustinus ad AngloS axones po~ pisticis traditionibus initiandos apostolus primus mittebatur : intraduxitaUaria , vestes, missas, imagines, etc. (Baie, cent., XIII, c. I.) Prœter pontifeum traditiones et humana stercora ( expression très délicate) nihil attulit. (Id. cent., VM, c. 85.) Cœremoniarum profecto hic fuit Romanorumaue rituum , non christianœ fdei aut divini verbi apostolus Anglis, eosque Romanos ac pontifeios potius quam christianos aut evangelicos agere docuit. (Parker, Ant. Brit., p. 35.) Mais cette opinion a été vivement contestée par plusieurs sa vans saxons très célèbres, qui ont attribué à leurs études assidues la découverte importante que « nos ancêtres étaient de vrais protestans orthodoxes. » ( Voyez le Bède de Wkeloch, passim; les Lettres de Kick à un prêtre romain, c. 3; Elstob, Hom. sax., préf.) Il faut avouer que la littérature saxonne doit beaucoup à leurs travaux ; mais la manie des recherches semble avoir développé leur imagination aux dépens de leur jugement, et le lecteur assurément se montrerait bien crédule en adoptant avec eux comme preuve sufBsante de l'existence d'une église protestante il y a plus de dix siècles « une traduction du Pater noster et de quelques livres de l'Ecriture, une exposition du symbole de fa-

de l'église anglo-saxonne. 229 I. La religion des Anglo-Saxons n'était pas un code de morale sec et aride : un culte spirituel, débarrassé d'observances cérémoniales , a été considéré par des philosophes comme le plus digne de l'homme et le moins indigne de Dieu ; mais l'expérience a démontré que nul système de croyance ne peut conserver long-temps son influence sur les esprits s'il n'est accompagné de cérémonies religieuses qui frappent l'attention , nourrissent le& espérances et soulagent les peines de ceux qui le» professent. La religion , chez nos ancêtres, veillait sans cesse au bonheur de ses enfans ; elle leur ouvrait pour ainsi dire le chemin de la # vie, et les conduisait comme par la main avec les soins d'une mère jusqu'aux portes du tombeau. I. L'enfant, trente jours après sa naissance, était régénéré dans les eaux du baptême : comme descendant d'Adam il avait hérité de la malédiction que le père du genre humain avait transmise à toute sa postérité; pour le purifier de cette tache on le portait aux fonts sacrés , et le ministre de la religion lui demandait s'il renonçait au démon , à ses pompes , à ses œuvres, et s'il voulait professer la vraie foi

pôlrc « sans aucune mention du purgatoire, » une observation « que Dieu seul doit être adoré, et que le corps du Christ , quoique réelle nient présent dans l'Eucharistie, y est d'une manière spirituelle et in visible. »

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du Christ : il répondait par l'organe d'un parrain ; ensuite il était plongé dans l'eau ; on prononçait sur lui les paroles mystiques , et il en sortait membre de l'Eglise, enfant de Dieu et héritier de la félicité céleste, (i) IL A mesure quele néophyte avançait en âge on lui permettait de participer au sacrifice divin : il recevait dans l'Eucharistie le corps et le sang de son Rédempteur; et cette union mystique l'attachait plus fortement à son devoir, et lui donnait un nouveau gage du bonheur futur. (2)

III. Si cependant la violence des passions le faisait manquer à la promesse solen-

(1) « Avant le baptême l'enfant était coupable par la faute d'Adam; après le baptême il devenait serviteur et enfant de Dieu. » (Hom. sax. apud Whelock, p. (34 •) Quant au renoncement à Satan et aux obligations du parrain (et il parait qu'il n'y en avait qu'un) voyez le concile de Calcuith ("Wilk., p. 1 4^ ) et lc sermon anglo-saxon sur l'Epiphanie. (Whelock, p. 180.) Une omission dans ce sermon a fait conclure inconsidérément à Wheloch que les cérémonies du rituel romain étaient inconnues à nos ancêtres ; mais il se trouve une preuve suffisante du contraire: Bède fait mention de l'insufflation, (1. V, c. 6) le pontilicil saxon du sel; (Martene, vol. I, p. 38 ) l'archevêque ^lfric parle des onctions d'huile sur la poitrine et entre les épaules, et avec le chrême sur le sommet de la tête, (Leg. Sax., p. 172) et Alcuin, dans son Traité d Adrien sur les cérémonies du baptême, en a décrit toutes les formes. (Duchesne, Oper. Alcuin., p. II.) Immédiatement après le baptême on faisait recevoir à l'enfant l'Eucharistie; on lui ceignait la tête d'une bandelette qu'il conservait pendant sept jours, et dans cet intervalle il était constamment vêtu d'une robe blanche, in albis; (Bède, 1. V, c. 7 ) tous les jours on le portait à la messe, où il recevait la communion. (Mljriciep. interLeg^Sax., p. 17 a.) Le véritable sens du passage saxon a échappé à la pénétration de Wilkins, dont la traduction doit être corrigée d'après les copistes des anciens rituels.

2) Eucharistia corpus et sanguis est Domini nostri Jesu Christi'

DE l'églisb ANGLO-SAXONNE. 2,3 I

nelle qu'il avait faite il pouvait toujours trouver dans la pénitence un refuge contre le courroux de son Créateur, et recouvrer ses bonnes grâces ; c'est ainsi qu'on appelait les trois grands sacremens qui purifient l'âme des souillures du péché : (i) il y en avait encore quatre autres qui , bien que moins nécessaires , étaient cependant considérés comme très utiles au chrétien qui est environné de mille dangers dans le pèlerinage de cette vie. IV. On le présentait de bonne heure à l'évêque , et il recevait , par l'imposition de ses mains , l'esprit de sagesse et de force pour le guider et le soutenir dans ses combats contre les ennemis de son salut. (3) V. S'il se sentait de la vocation pour l'état ecclésiastique l'auguste cérémonie de l'Ordination lui communiquait la grâce nécessaire pour remplir avec fidélité les fonctions cléricales. (3) VI. S'il préférait le lien du ma-

(Synod. Calcuth. apudWitk., p. 169, a.) Sacrificium cœleste. (Bèdc,

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