CHAPITRE VII
Cérémonies eucologiques. — Bénédiction des chevaliers anglo-saxons. — Bénédiction des mariages. — Ordinations du cierge. — Couronnement des rois. — Dédicace des églises.
I. Les superstitions du paganisme avaient peuplé la terre de dieux; la mer et l'air, chaque ruisseau , chaque bosquet , chaque fontaine possédait sa divinité spéciale et tutélaire. La folie des gnostiques s était jetée dans l'extrémité opposée : à leurs yeux la création visible était l'ouvrage de la puissance des ténèbres, et l'homme vertueux se voyait souvent forcé par la malheureuse condition de son être à une coopération involontaire avec cet être malveillant qu'il faisait profession d'abhorrer. Pour combattre ces erreurs contradictoires , mais populaires , pour apprendre à ses enfans que toute chose était créée par la sagesse du Tout-Puissant et pouvait être employée à son servie*, l'Eglise chrétienne était accoutumée dès les âges les plus reculés à implorer par des formulaires de prières la bénédicton du ciel sur tout ce qui était appliqué au culte divin, ou au soutien età la
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commodité de l'homme : sa conduite à cet égard était une copie exacte de celle que Dieu avait recommandée au législateur juif, et était justifiée par ces paroles de l'apôtre : « que toute créature de Dieu est bonne lorsqu'elle est sanctifiée par la parole de Dieu et par la prière. » (i) Du sacramentaire de Gélase ces formes de bénédiction avaient passé au sacramcntaire de S. Grégoire, et de celui-ci elles furent transcrites dans les rituels de l'église anglo-saxonne; mais la plupart fatigueraient peut-être la patience du lecteur plutôt qu'elles n'intéresseraient sa curiosité; je les passerai donc sous silence , et je me bornerai à décrire celles dont l'objet était d'attirer la bénédiction divine sur les différens états de la société.
I. Un historien moderne a prouvé d'une manière satisfaisante qu'il existait chez nos ancêtres, et de temps immémorial , une espèce de chevalerie ou distinction militaire , qui ensuite fit place à la chevalerie brillante et romanesque des derniers siècles : (2) ce fut -d'abord simplement une institution civile , étrangère aux rites du culte ecclésiastique : (3) la reli-
(1) I. Tiin., c.IV, 5.
(2) M. Turner, llist. des Angl. Sax., vol. IV, p. 1 7 1 .
(3) Elle paraît avoir été conférée dans l'origine par le souverain, et peut-être par le* plus distinguas d'entre les thaues. MalmsLury dit qu'Alfrcd-le-Grand arma chevalier son petit-fils Athelstan encore en-
gion était tille de la paix; elle avait en horreur les combats, et refusait de bénir les armes destinées à être souillées du sang humain. Mais dans la révolution de quelques siècles les sentimens des hommes s'altérèrent : tirer l'épéc contre les ennemis de la nation , protéger par la force des armes l'Eglise , la veuve et l'orphelin c'étaient des actions approuvées par l'humanité; le guerrier qui exposait sa vie pour des motifs si louables méritait la bénédiction du ciel , et nous voyons avant l'extinction de la dynastie saxonne l'ordre de chevalier conféré avec toute la pompe d'une cérémonie religieuse. Le jeune homme qui aspirait à cet honneur devait aller la veille trouver un prêtre, lui confesser ses péchés avec componction , et obtenir le bienfait de l'absolution ; il passait la nuit suivante dans l'église , et par les veilles, la dévotion et l'abstinence se préparait à la prochaine cérémonie. Le matin , au commencement de la messe , il plaçait son épée sur l'autel : après l'Evangile le prêtre lisait sur elle la prière de la bénédiction , la portait au chevalier et la lui passait sur l'épaule ; puis on continuait la messe , il recevait l'Eucharistie , et dès ce moment il avait droit au
fant. Quem etiam prœmature militent fecerat, donatum chlamyde coccinea, gemmato balteo , ense saxonico, cum vayina aurea. (Malra. de Reg., p. 49-)
DE L'ÉGLISE ANGLO-SAXONNE. aS']
rang et aux privilèges d'un légitime soldat, (i) Nous sommes redevables de ces détails aux écrits d'Ingulf, où il raconte les exploits d'un soldat anglo-saxon , qui par sa valeur avait mérité et obtenu la dignité de chevalier. Il se nommait Hereward : dans sa jeunesse son caractère turbulent lui avait aliéné l'affection de sa famille; et Edward le confesseur le bannit de son pays à la requête de son père. Le fugitif alla exercer sa bravoure et la faire admirer dans le Northumberland, à Gornouailles , en Irlande et en Flandre. Sa renommée parvint bientôt jusqu'aux oreilles de ses compatriotes. Les exploits d'Hereward firent le sujet de la plupart des ballades populaires, et sa famille s'enorgueillit de l'homme qu'elle avait autrefois persécuté. Lorsque Guillaume-le-Conquérant eut abordé en Angleterre il retourna défendre son pays, et à la tête de ses partisans il vengea les outrages que sa mère avait reçus de la part des usurpateurs. Ce fut à cette époque qu'il se rendit à Peterborough pour obtenir de l'abbé
(i) lngulf, p. 70. Je n'ai pas trouve de rituel aiiglo-suxon qui fit mention de ln prière usitée en cette occasion. Dans la copie du manuscrit du Missel de Sarum, écrit long-temps après la conquête, clic est conçue en ces termes : Deus... concède huic famulo tuo, qui sincero corde (jladio se primo nititur cingere militari, ut in omnibus galcatuœ virtuti* sit protectus : et sicut David et Judith contra gentil suât hostes fortitudinis potentiam et victoriam tribuisti, ita tuo auxilio munilus contra hostium suorum sœvitiam victor ubique existât, et ad sanctte Ecclesim tutelam proficiat. Amen.
Brand, son oncle, la ceinture de chevalier. (i) Mais la suite prouva que Hereward ne valait guère mieux qu'un barbare ; sa haine pour les Normands ne distinguait ni ami , ni ennemi . Son oncle étant mort Turold de Normandie fut désigné pour lui succéder ; et quoique Hereward eût juré fidélité à l'abbaye , et que les moines fussent ses compatriotes et eussent été ses bienfaiteurs, il résolut pour s'enrichir de piller leur église. Comme il était difficile d'en forcer la porte dans son impatience il mit le feu aux maisons les plus voisines, se précipita à travers les flammes, repoussa avec dédain les larmes et les supplications de la communauté , et emporta les richesses du monastère. Les historiens de Peterborough décrivent en gémissant les dépouilles qu'il avait acquises d'une manière si sacrilège, ainsi que l'incendie de la ville et de l'abbaye , dont il ne restait que l'église et un seul appartement. (2) 11 paraît que dans le chevalier anglo-saxon le courage tenait lieu de toutes les autres vertus ; et Hereward est malheureusement le seul dont le nom soit parvenu à la postérité.