‹ Les antiquités de l'église anglo-saxonneChapitre 17 sur 40 · II. Les anciens Saxons, même avant leur · texte numérisé non relu

II. Les anciens Saxons, même avant leur

(1) Ing., p. 70. Cette coutume anglo saxonne fut abolie eu 1 102 dans le concile de Londres, tenu par S. Anselme : il y fut défeudu aux abbés de conférer la dignité de chevalier. (Wilk., Con., tom I, p. 38a.)

(2) Hug., Cand., p. .{8; Chron. sa**, p. 176.

conversion au christianisme , sentaient toute l'importance delà fidélité conjugale : la jalousie de l'époux veillait avec sévérité sur l'honneur de son lit, et la femme coupable était souvent contrainte à devenir elle-même l'exécutrice de sa vengeance; de ses propres mains elle s'attachait la hart au cou, et s'étranglait; son corps était jeté dans les flammes, et l'on suspendait sur ses cendres le complice de son crime. Quelquefois il la livrait aux femmes du voisinage, qui s'empressaient de venger sur leur malheureuse victime l'honneur du sexe féminin : elles la dépouillaient jusqu'à la ceinture, et la fouettaient de village en village jusqu'à ce qu'elle succombât sous la violence du châtiment, (i) Mais si la justice des Saxons était inexorable pour les perturbateurs du repos conjugal ils se permettaient dans leur choix beaucoup plus de latitude que n'en avaient les nations voisines, auxquelles des législateurs civils et religieux avaient cru dans leur sagesse devoir interdire l'union de parenté en certains degrés : le fils n'hésitait pas à admettre dans son lit la femme de son père défunt , et la veuve ne rougissait pas d'accepter la main du frère de son mari. (2) Ces unions illicites choquèrent la piété des premiers missionnaires , et Grégoire-le-Grand fit à leurs demandes inquiètes

(1) Ej>. S. Boni/, ad Ethelbald. , apud Wrtk., p. 88. (a) B«d., apud Wilk., p. 20.

une réponse aussi prudente que modérée : « il trouvait l'ignorance des Saxons plutôt digne de pitié que de sévérité , commandait que la prohibition du mariage , qui dans l'église s'étendait régulièrement jusqu'au septième degré , fût restreinte pour les nouveaux convertis au premier et au second ; et conseillait aux missionnaires de séparer ceux qui étaient unis dans ces degrés , et de les engager à se remarier selon les canons ecclésiastiques. » (i) L'indulgence du pontife alarma les zélateurs de l'Italie, et dans une lettre à Félix , évêque de Messine, il condescendit à justifier sa conduite, fondée sur ce principe « que toute concession possible devait être faite aux premières habitudes des prosélytes , et que son dessein était de rétablir l'ancienne discipline à mesure que diminuerait la nécessité des dispenses . » (2) Les prélats saxons comprirent l'intention du pontife, et s'y conformèrent graduellement. Dans le huitième siècle on défendait strictement les mariages au quatrième degré, et vers le commencement du onzième la défense s'étendit j usqu'au sixième ; (3) elle s'arrêta à ce point jusqu'à la conquête des Normands.

L'âge auquel on pouvait légitimement con-

(1) Bed. Qnd.

(a) Ep. Greg. ai FeL, apud Smith, app., p. 685. (3) Wilk., Con.f p. iai,3oi.

de l'église anglo-saxonne. 261

tracter mariage était de quinze ans pour les hommes, et de quatorze pour les femmes. (1) Comme les indemnités pécuniaires dont abondait la jurisprudence anglo-saxonne étaient fréquemment levées sur les parens du délinquant le prétendant était obligé d'obtenir le consentement non seulement de la personne qu'il recherchait, mais aussi de sa famille, et de donner par l'entremise de ses amis l'assurance qu'il « désirait la garder selon la loi de Dieu et comme un homme doit garder sa femme. » Les arrange mens pécuniaires fixaient ensuite leur attention .

Je ne crois pas qu'aucun écrivain ait dit si les parens accordaient quelque partie de leur propriété à leur fille pour son mariage; mais on ne peut douter qu'à leur mort elle n'eût droit comme les autres enfans au partage de la succession : d'abord toute la charge pesait sur le mari , et dans le langage des lois anglosaxonnes il est dit « acheter sa femme, et les parens de celle-ci la lui vendre. »Dans une entrevue avec sa future il convenait du présent qu'il avait intention de lui faire en reconnaissance de ce qu'elle avait accueilli sa demande; assignait une somme suffisante pour le soutien des enfans , et déterminait la valeur de la dot en cas qu'elle lui survécut. « Cette dot, ajoute la loi , s'ils ont des enfans , comprendra toute la

(l) Panit. Egb., p. 120, 127.

propriété du mari s'ils n'en ont pas la moitié.(i) L'achat matrimonial était alors conclu : l'époux donnait des garanties pour l'exécution des différens articles , et la famille de l'épousée s'engageait à la lui livrer aussitôt qu'il voudrait la posséder.

Trois jours avant la célébration du mariage les deux fiancés, accompagnés de leurs plus proches parens, se présentaient à la porte de l'église , afin que « par la bénédiction de Dieu le prêtre confirmât leur union dans la plénitude du bonheur. » (2) En sa présence ils se promettaient réciproquement fidélité; (3) le prêtre bénissait un anneau que l'on mettait au doigt de l'épousée, et conjurait le Tout-Puissant «de « jeter du haut des cieux un regard favorable sur « le saint contrat, et de bénir les époux comme « il bénit autrefois Tobie et Sara ; de les protéger « de tout mal , de leur accorder la paix , de les « combler de tout bienfait pour la rémission des « péchés et pour l'acquisition de la vie éter-

(l) Lajcs Eadmundi, inter Leg. sax.f p. 75- (a) Ibid.

(3) Il m'a été impossible de découvrir la formule dont se servaient les A nglo Saxons dans le contrat de mariage; la plus ancienne que je connaisse se trouve dans les constitutions de Richard de Marisco, évêque de Durham , au commencement du treizième siècle. A cette époque l'époux avait coutume de dire: « Je te prends, N, pour ma femme. » A cela l'épowsc répliquait : « Je te prends, N , pour mon mari.» (Const. Rich. de Maris, apud Wilk., t. I,p. 58a.)

de l'église anglo-saxonne. 263

« nelle. » (i) Le prêtre alors les introduisait dans le sanctuaire; on célébrait la messe nuptiale; les époux se prosternaient avant le canon sur le dernier degré de l'autel , et on tenait un voile de pourpre suspendu sur leurs têtes. Après le Pater le prêtre se tournait vers eux et récitait la prière delà bénédiction : « 0 Dieu ! qui par ta « puissance as créé de rien toutes choses, et qui « après avoir fait l'homme à ta ressemblance « as formé la femme de la côte de l'homme , « pour nous apprendre que rien ne doit diviser « ceux qui furent faits de la même chair ; ô « Dieu ! qui , par un mystère si excellent as con- « sacré le contrat nuptial en le faisant la figure « de l'union du Christ et de ton Eglise; ô Dieu ! « toi qui as uni la femme à l'homme, et qui as « sanctifié le mariage d'une bénédiction qui « n'a été effacée ni par la punition du péché « originel, ni parles eaux du déluge, abaisse « tes regards, nous t'en supplions , sur une de « tes servantes, qui désire d'être environnée de « ta protection. Puisse le joug du mariage être « pour elle un joug de paix et d'amour î puisse- « t-elle se marier fidèle et chaste en Jésus- « Christ! puisse-t-elle imiter les saintes femmes

(i) Rituel Dunel. M*. A. IV, 19. p. 53. Ce Rituel est très ancien, et contient une version interlinéaire, qui paraît âtre de la même main qui écrivit la version interlinéaire, dans le livre des Evangiles de Durham. (British. Mus. Nev. D., 4.) Si cela est, et Rituel doit avoir été en usage avant la fin du septième siècle .

« qui l'ont précédée! Qu'elle soit aimable « comme Rachel aux yeux de son époux , sage « comme Rébecca, d'une longue vie et fidèle « comme Sara! Puisse-t-elle rester sincère, « obéissante et fidèle à un seul lit ! Puisse-t-elle « éviter tout engagement illégitime et affermir « sa faiblesse par la force de la discipline ! « rends-la féconde en postérité pour prix de sa « viehonnête et vertueuse; accordes-lui d'arriver « au repos des saintes et dans le royaume des « cieux ; de vivre jusqu'à une heureuse vieillesse, « et devoir les en fans de ses enfans jusqu'à la troi- « sième et quatrième génération par Jésus- « Christ notre Seigneur. Amen. »(i) A la fin de la prière ils se levaient, se donnaient l'un et l'autre le baiser de la paix et recevaient l'eucharistie; le troisième jour ils retournaient à l'église, et dès lors ils vivaient ensemble comme des époux. (2}

III. « Celui qui unit sa fille en mariage fait bien; mais celui qui ne l'unit point fait mieux: » telle fut la maxime inspirée d'un apôtre. (3) Si l'Eglise anglo-saxonne avait soin d'implorer les grâces du ciel sur l'union matrimoniale , elle n'en prodiguait pas moins ses bénédictions aux vierges qui , préférant un époux.

(1) Ibid.f p. 5s.

(a) Wilk.,p. i3l, XXI.

(3) I. Cor., VU , 38.

Digitiz

de l'église anglo-saxonne. a65

immortel , avaient résolu de consacrer leur chasteté à Dieu. La consommation de leur sacrifice était accompagnée de la solennité la plus frappante. Des moines et des nonnes pouvaient faire profession d'obéissance à telle ou telle règle monastique entre les mains de l'abbé ou de l'abbesse; mais la consécration d'une vierge, considérée comme un objet de la plus grande importance, était exclusivement réservée au ministère de l'évêque, (i) et fixée aux principales fêtes de l'année , à Pâque , à l'Epiphanie et aux fêtes des apôtres. En présence du peuple, devant l'autel et aux pieds du pasteur suprême, la victime volontaire renonçait aux plaisirs du monde afin d'obtenir une couronne future, mais immortelle. (2) Cependant la sagesse de l'Eglise réprimait cette ardeur de jeunesse: elle recommandait à celle qui se vouait d'attendre que l'expérience eût prouvé la stabilité de sa résolution , et afin qu'elle n'eût pas à accuser dans la suite son caprice ou sa témérité on différait ses vœux jusqu'à ce qu'elle eût atteint sa vingtcinquième année. Le jour désigné l'évêque bénissait l'habit conforme à sa profession : pendant qu'il commençait l'office de la messe elle

peu avant l'offertoire elle était introduite dans

(1) Mart., I. II, c. G, p. 3. SpiciL, tom. IX, p. 54- (a) Excerpl. Egb.f apud Wilk-, p. 106, XCII.

l'église et conduite au pied de l'autel. L'évoque , se tournant vers elle, lui expliquait en quelques mots la nature du sacrifice qu'elle avait résolu de faire , et l'avertissait des devoirs qu'il imposait. Si elle persistait toujours il lui demandait si ses parens avaient approuvé sa résolution , et après une réponse affirmative il lui imposait les mains sur la tête et prononçait la prière delà consécration : (i) « Sois bénie parle Créa- « teur du ciel et de la terre , Dieu le père tout « puissant, qui t'a choisie comme Ste Marie, « mère de notre Seigneur Jésus-Christ , pour « conserver pure et sans tache la virginité que « tu as promise devant Dieu et ses saints anges. « Persévère donc toujours dans ta résolution ; « conserve ta chasteté avec patience,, et entre- « tiens-toi digne de recevoir la couronne de vir- « ginité.

h Sois comblée de tous les biens spirituels « par Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit, « afin que tu restes pure , chaste et immaculée. >« Puisse l'esprit de sagesse et de prudence, Pes- « prit de conseil et de force, l'esprit de science a et de piété, l'esprit de la crainte du Seigneur « reposer sur toi ! puisse^t-il soutenir ta fai- « blesse et confirmer ta force ! puisse-t-il diriger « toutes tes actions, purifier tes pensées et

(i) Martèn*, de Rit, l II, c. 6, p. lia.

de l'église anglo-saxonne. 267

« t'enrichir de toutes les vertus ! Aie toujours « présent devant toi celui que tu auras un jour « pour juge; fais en sorte qu'en entrant dans la « chambre de ton époux il puisse s'offrir à toi « avec joie et avec bonté, afin que lorsque « viendra le jour terrible qui doit récompenser « les justes et punir les méchans la flamme « vengeresse ne trouve rien à brûler en toi , et * que la miséricorde divine au contraire y « trouvebeaucoupàrécompenser. Sers ton Dieu « avec un cœur pur afin que tu sois par la suite « associée aux cent quarante mille vierges qui « accompagnent l'agneau en chantant un canti- « que toujours nouveau ; et puisse te bénir du « haut du ciel celui qui daigna descendre sur « la terre et racheter le genre humain en mou- « rant sur une croix, Jésus-Christ notre Sei- « gneur! »

Alors Pévêque lui posait sur la tête le voile consacré en prononçant ces paroles : « Reçois , « ma fille, ce vêtement; puisses-tu le porter « sans tache au tribunal du Christ , devant qui m tout s'incline dans le ciel , sur la terre et sous « la terre! » Quand il avait fini l'église retentissait des acclamations du peuple, qui criait amen. La messe continuait; elle recevait la sainte communion, et à la fin Pévêque lui donnait encore une fois sa bénédiction.

« Verse, ô Seigneur! tes bienfaits célestes

« sur ta servante, notre sœur, qui s'est humiliée « sous ta main. Amen. Couvre-la de ta protec- « tion. Amen. Puisse-t-elle éviter tout péché, « connaître les biens qui lui sont préparés , et « obtenir sa récompense dans ton royaume cé- « leste! Amen. Puisse-t-elle obéir à tes com- « mandemens , résister par ta grâce au choc des « passions , et porter dans sa main le flambeau a de sainteté! Amen. Puisse-t-elle mériter de « franchir les portes du royaume céleste dans « la société des sages et des chastes ! Amen. « Puisse Dieu lui accorder cette grâce, lui dont « l'empire subsiste dans l'éternité ! Amen. Que « la bénédiction de Dieu, le Père, le Fils et le « Saint-Esprit , demeure avec toi maintenant et « et pour toujours ! Amen. » (i)

Elle était dite par cette cérémonie , dans le langage du temps, « fiancée au Christ. » (2) On l'appelait « l'épouse du Christ ; » (3) et son époux ne pouvant mourir l'engagement qu'elle avait contracté était regardé comme irrévocable parles

(1) Ce détail se trouve dans le Pontifical de l'archevêque Egbert, transcrit par Maitène. ( de Rit., p. 1 16. ) Le manuscrit original est maintenant à la LiLliotbèque de Sainte-Geneviève à Paris. 11 est rapporté à peu près de la même manière dans le Rituel de Dunel. (Ms., p. 5o) et dans le Pontifical anglo-saxon qui était conservé à Jumiége. ( Mari., p. 120.) La consécration d'une veuve se faisait avec moins d'appareil ; le prêtre en particulier plaçait sur sa tête le voile en prononçant les mêmes paroles ci-dessus mentionnées. ( Ihid., et Martène, p. \ /|C». )

(a) Pœnit. Egh., p. i3f>.

(3) Id. ibid., p. 1 3 1 .

de l'église anglo-saxonne. 269 lois de l'église et de l'état. Toute atteinte portée à sa chasteté la soumettait à un cours de pénitence qui durait sept ans; (1) et si elle osait se marier on déclarait le mariage nul; et les parties étaient excommuniées avec ordre de se séparer et de faire pénitence le reste de leur vie. (2) Si elles éludaient l'exécution de ce règlement une autre loi privait la femme de sa dot après la mort de son prétendu mari , déclarait ses enfans illégitimes, et les dépouillait de la succession de leur père. (3) ■ .

IV. Sous le gouvernement de Moïse Dieu lui-même avait daigné décrire les diverses cérémonies avec lesquelles Aaron et ses fils devaient être consacrés à son service : dans l'enfance de l'église chrétienne le Christ paraît avoir enseigné à ses apôtres une cérémonie plus simple , et la dignité ainsi que les grâces de la prêtrise se conféraient par la prière et l'imposition des mains. (4) Tant que le nombre des convertis fut peu considérable un seul ministre suffisait pour remplir en plusieurs endroits toutes les fonctions du culte religieux; mais dès qu'il se fut accru , et que les richesses

(1) Pœnit. Egi., p. 118, i3.

(2) ld., p. i3i, 18 j Conc. Calcuith. p. 1^9, 16.

(3) Leg. Eccles. Alfred, p. ic)3,('.

(4) I. Tim., III, 14.

eurent fait sentir leur influence au milieu de l'église, on adopta un genre d'établissement plus vaste et plus somptueux ; et une hiérarchie régulière conduisit les jeunes ecclésiastiques de l'humble fonction de portier jusqu'au rang plus honorable de diacre, de prêtre ou d'évêque. Leur fidélité dans chaque degré subissait de longues épreuves; mais la promotion venait récompenser leur persévérance , et à chaque degré une nouvelle ordination leur imposait de nouveaux devoirs, et attirait /sur eux la bénédiction du ciel. Dans l'Eglise anglosaxonne le clergé était organisé d'après le type romain , et la hiérarchie le divisait en portiers, lecteurs , exorcistes , acolytes , sous - diacres , diacres et prêtres ; le septième ordre ( celui de la prêtrise) se subdivisait en deux classes, celle des évêques qui le possédait dans toute sa plénitude , et celle des prêtres dont le ministère était restreint à l'exercice des fonctions qui par leur importance et leur fréquent retour exigent la coopération de plusieurs. « L'évêque « et le prêtre , dit JElfric dans son accusation « contre le clergé , appartiennent également au h même ordre \ mais l'un est supérieur à l'autre : « outre les fonctions qui sont communes à tous «deux c'est l'office de l'évêque d'ordonner, « de confirmer , de bénir les saintes huiles et « de dédier les églises ; car ce serait trop si cette

de d'église anglo-saxonne. 371

« puissance eût été communiquée à tous les <( prêtres. »(i)

Les évêques pour le choix et la promotion des ministres inférieurs se laissaient diriger par la sagesse des siècles précédens; tout ce qui concernait l'époque et la cérémonie de l'ordination , l'âge , le mérite personnel et les facultés intellectuelles des candidats , avait été prévu et réglé par les décrets des conciles et l'usage de l'antiquité : l'époque était fixée aux quatre semaines des Quatre -temps , qui revenaient régulièrement avec les quatre saisons de l'année 5 et la veille du samedi Pévêque commençait la cérémonie auguste dont la longueur s'étendait jusqu'au lendemain matin. (2) Les ordres inférieurs , qui n'imposaient point d'obligation irrévocable , pouvaient légitimement se conférer même aux en fans : quant aux autres on exigeait un âge et un jugement plus mûrs , et le diacre devait attendre sa vingt-cinquième année , le prêtre sa trentième , époque de la vie où l'on croyait que Jésus avait commencé ses travaux évangéliques. (3) Mais ce règlement

(1) JElfric, Ep. ad Wulfsin t inter Leq. sax., p. l55j Ep. ad 'Wohtan, p. 167. La distinction entre les évêques et les prêtres est ainsi tracée dans les pontificaux : Presbyterum oportet benedicere, of- Jerret et bene proresse, prœdicurc, et baptizarc, atcjue comtnunicare. JEpiscopum oportet judicare, et interpretare , coniecrare et consummare, ^uin et ordinare, offtrre et baptizare; omnia débet prospicere et ordinare. (Pont. Eqb.f p. 346 ; Pont. Gemet, p. 350, 3.I7.)

(a) Pont. Eab., p. 344 ; Wilk., con., p. 107, XCIX.

(3) Wilk. , p. 1 06 , XCI1T ; 1 07 , XCVH. Les canons exigeaient l'âge

n'était pas strictement observé , et il était laissé à la prudence des évêques la liberté d'en dispenser en considération du mérite supérieur , ou des besoins d'un peuple nombreux, (i) Un examen sévère précédait l'admission aux plus hauts degrés de la hiérarchie. (2) On exigeait comme qualités nécessaires une réputation de vertu et des connaissances suffisantes. L'idolâtrie, la sorcellerie, le meurtre, la fornication , le parjure et le vol , quoique l'on pût supposer que le temps et le repentir eussent effacé d'anciens scandales , étaient des obstacles insurmontables aux prétentions du candidat , et s'il parvenait à cacher ces crimes jusqu'au moment de son ordination néanmoins dès qu'ils étaient découverts on le déposait de son rang, et on le condamnait à jeûner et à prier au nombre des pénitens publics. (3) On requérait aussi qu'il lut exempt de toute tache qui pût le dégrader dans l'opinion publique ; qu'il fût sans difformités corporelles ; qu'il ne fût pas d'une naissance illégitime , ou de basse ex-

de cinquante ans pour un évéque, selon S. Boniface ; mais ce règlement fut rarement observé. (Vit. S. Boni/, apud Serr. ; p. 267.)

(1) Ep. Zach. ad Bonif.f p. 214. C'est ainsi que Bède fut ordonne diacre à l'Age de dix-neuf ans. (1. Y-, c. 24.) L'abbé Esterwiu reçut la prêtrise à vingt et un ans, Léolfrid à vingt-sept. ( Bède, Hist. abb., p. 396 , 3oa.)

(a) Wilk.,p. 95, 147.

(3) Ibid. , p. 85 ; Epit. Zach. ad Bonif. , p. SI 5.

de l'église anglo-saxonne. 273

traction : s'il avait été marié il était obligé de prouver que sa femme ou était morte ou avait volontairement embrassé la vie de continence perpétuelle. A ces deux conditions s'en joignait une troisième , qui montrait la haute importance qu'on attachait à la chasteté cléricale : on regardait un second mariage comme l'indice d'une faiblesse d'esprit et d'un penchant secret aux plaisirs sensuels , incompatible avec l'austérité du caractère lévi tique ou sacerdotal ; et le bigame , quoique veuf et possédant toutes les autres qualités, était exclus sans rémission du rangd'évêque, de prêtre ou de diacre. (1) Les pontificaux anglo-saxons décrivent exactement les différentes cérémonies avec lesquelles on investissait les ministres de l'église de leurs dignités respectives. Je n'y joindrai pas la collation des ordres inférieurs comme moins importante. (2) On peut renfermer dans quelques pages celle des ordres majeurs , et elle n'en aura peut-être pas moins d'attrait pour le lecteur pieux , ou même pour le lecteur curieux.

1. Avant l'ordination les candidats étaient confiés à la garde de l'archidiacre, qui examinait leurs qualités personnelles, et les instruisait dans le genre et l'exercice des fonctions aux-

(1) Wilk., p. »o3, XXXII; Pontif. Egb., p. 35o.

(2) Elle différait très peu de celle qui est d'usage aujourd'hui dans c pontifical romain: on la trouvera dans Martène,p' 346.

quelles il» aspiraient : à l'heure fixée il les introduisait dans l'église , et répondait à l'interpellation de l'évéque, qu'il rendait avec plaisir témoignage, autant que la fragilité humaine pouvait l'oser, à leur mérite et à leur capacité. Alors l'évéque s'adressait à l'assemblée : il requérait l'assistance de ses prières pour cette importante fonction que son ministère l'appelait à remplir; l'exhortait à ne pas permettre que la sainteté de la hiérarchie fut profanée par l'adoption d'un sujet indigne , et la sommait, si elle connaissait un empêchement canonique dans quelqu'un des aspirans , de s'avancer et de le déclarer avec franchise et liberté. S'il ne s'élevait aucune réclamation l'évéque restait prosterné au pied de l'autel pendant qu'on chantait les litanies , et les clercs qui devaient recevoir l'ordination se rangeaient dans la même attitude derrière lui. L'évéque, s'étant levé, conférait d'abord le degré de diacre avec les cérémonies suivantes : après avoir placé l'étole en sautoir sur l'épaule gauche de chacun d'eux, à mesure qu'ils s'agenouillaient successivement devant lui , il leur mettait dans la main le livre des Evangiles en disant : « Reçois ce volume de « l'Evangile; lis-le, comprends-le, enseigne-le « aux autres, et accomplis-le toi-même. » Puis, élevant les mains sur leurs têtes , il continuait ainsi : « 0 Seigneur, Dieu tout puissant, toi

de l'église anglo-saxonne. 2^5

« qui dispenses les honneurs , distribues les « dignités et disposes des fonctions , jette un « regard propice sur tes serviteurs , que nous « ordonnons avec humilité à l'office de diacres, « afin qu'ils administrent toujours pour ton « service ! Pour nous , quoique nous ignorions « ton jugement , nous avons examiné leur vie « autant que nous en avons été capables; mais « toi, ô Seigneur! tu connais tout; les choses « les plus cachées ne sont pas voilées à tes yeux; « tu pénètres tous les secrets, tu sondes tous « les cœurs : cependant de même que tu peux « examiner leur conduite par ta céleste lumière, « de même aussi tu peux purifier leur âme, et « leur accorder les grâces nécessaires à leurs « fonctions. Envoie-leur donc, ô Seigneur! ton « esprit saint afin que dans l'exercice de leur « ministère ils puissent être fortifiés par le sep- « tuple don de ta grâce. Puissent les préceptes « briller dans leur conduite ! puissent les peu- « pies apprendre à imiter la chasteté de leur « vie! et puisse leur fidélité dans leur état pré- « sent les élever à une plus haute dignité dans « l'Eglise ! » Il terminait alors l'ordination en leur oignant les mains d'huile et de chrême, et en priant « que par les mérites du Christ tout « ce qu'ils béniraient fût béni , et tout ce qu'ils « sanctifieraient fût sanctifié. » (i)

(1) Mortène , Fonttf. Egb., p. 35i ; PonC. Gemet., 36a.

2. Après l'ordination des diacres suivait celle des prêtres : les cérémonies préparatoires étaient les mêmes; mais l'étole, qui auparavant avait été placée sur l'épaule gauche , était cette fois suspendue à leur cou, et descendait sur la poitrine. I/évêque prononçait alors à haute voix le nom de l'église pour laquelle chaque candidat avait reçu l'ordination , et, tenant ses mains étendues sur leurs têtes, ce que faisaient en même temps les prêtres assistans, il lisait ou chantait la prière de la consécration. Il faisait d'abord observer « que comme Moïse dans le désert avait choisi « soixante- dix chefs pour l'aider à gouverner « le peuple; comme Eléazar et Ithamar avaient « été choisis pour participer avec leur père « Aaron aux fonctions du saint ministère; « comme les apôtres avaient employé le zèle « de leurs plus vertueux disciples à la conver- « sion des nations , de même lui , leur indigne « successeur, requérait l'assistance de nomci breux et fidèles coopérateurs. » C'est pour- « quoi, continuait-il, Père tout puissant, acte corde à ces serviteurs l'honneur du sacerdoce ; « renouvelle dans leur sein l'esprit de sainteté; <( rends-les associés zélés de notre ordre , et acre corde-leur la connaissance de toute justice. » Là il interrompait son oraison, et invitait l'assemblée à s'unir à lui , à invoquer/ avec lui la bénédiction du ciel sur ceux qui avaient été

choisis pour travailler à son salut; puis il poursuivait la consécration en ces termes : « 0 Dieu ! « auteur de toute sainteté, impose la main de' « ta bénédiction sur ces serviteurs que nous « ordonnons à la dignité du sacerdoce ; qu'ins- « truits par les leçons que Paul donna à Ti- « mothée et à Tite ils méditent jour et nuit « sur ta loi : puissent-ils croire ce qu'ils lisent, « enseigner ce qu'ils croient et pratiquer ce « qu'ils enseignent ! puisse leur conduite être « le modèle de toutes les vertus, afin qu'ils con- « servent pur et sans tache le don de ton mi- « nistère; qu'ils opèrent par une bénédiction « immaculée la transformation au corps et au « sang de ton Fils, et que , croissant avec l'âge « dans la plénitude du Christ, ils paraissent au « jour du jugement avec une conscience pure , « une foi parfaite et la plénitude de l'esprit « saint! » Il les revêtait alors de la chasuble, ornement destiné aux prêtres; leur bénissait les mains « afin qu'ils pussent consacrer le sacrifice offert pour les péchés du peuple;» leur oignait la tête , priant « qu'ils pussent être consacrés par la bénédiction céleste dans l'ordre de la prêtrise, au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. » La dernière cérémonie paraît avoir été dans le principe particulière aux Anglo-Saxons ; de ceux-ci elle passa à quelques

(i) Martcne, iWi/. Eqh., p. 353*35$.

églises de la Gaule ; mais elle fut enfin abolie par l'opposition des évêques, qui ne voulaient pas que les prêtres fussent honores d'un rite que l'Eglise romaine avait exclusivement réservé pour le sacre épiscopal. (i)

3. Dans un chapitre précédent j'ai décrit la transition graduelle du privilège de nommer les évêques depuis les nominations faites par les évêques provinciaux et par les suffrages du clergé et du peuple jusqu'au choix vénal et intéressé du prince : on conservait encore avec respect une ombre de l'ancienne discipline; du haut de la chaire de la cathédrale on proclamait dans rassemblée le nom de l'ecclésiastique qui avait été promu au siège vacant ; (2) et ces acclamations, « puisse-t-il vivre long- « temps et être agréable à Dieu , puisse-t-il être « cher aux hommes , » étaient regardées comme une preuve suffisante de son assentiment. (3) On dressait un acte public de son élection , que l'on confiait à une députa ti on du chapitre, chargée de le présenter au métropolitain, et de le supplier de consacrer le sujet de leur

(1) La déposition de l'Evangile entre les mains des diacres et l'onction de leurs mains étaient aussi des cérémonies particulières aux Anglo- Saxons, quoique les deux pontificaux attestent que les rites de l'ordination dérivent des coutumes de Rome. (Mart., p. 3 1 4, 3 1 5.) La première de celles-ci se trouve maintenant dans le pontifical romain.

(a) Ang. sac, vol. 2, p. 107, 196*.

(3) Vivat, cl amitant , Episcopus annis innumeris! vivat Deo aratus, vivat hominibus carus ! (Vit. S. Elpheg; Anal. sac. , p. 127.)

choix. (1) Celui-ci désignait un jour pour la cérémonie ; mais auparavant l' évêque élu paraissait devant lui, répondait à ses questions et signait une déclaration de foi et une profession de son obéissance. (2) Il se retirait ensuite dans l'église, et passait la nuit devant l'autel , tantôt occupé à une prière particulière, tantôt récitant ou chantant l'office avec des chapelains.

Un évêque, accompagné de ses prêtres , pouvait ordonner seul les ministres inférieurs ; la présence de trois prélats au moins était requise pour le sacre d'un évêque. Grégoire-le-Grand avait dispensé S. Augustin de cette obligation , et lui avait permis de célébrer la cérémonie sans aucun assistant ; mais il ajouta que l'effet de cette dispense devait cesser avec les circonstances qui Pavaient rendue nécessaire , et que l'ancienne discipline serait désormais strictement observée. (3) La consécration se faisait dans l'église et pendant la messe : à l'heure mar-

(1) Ang. sac., vol. a, p. 107. On peut voir dans lo même ouvruge une copie de cet acte. (Vol. 1, p. 8a.) Harpsfield a publié celui qui fut présente à l'ordination d'.Clfric; (Hist. , p. 198.) il est conçu dans les mêmes termes que le premier. »

(a) )'ai déjà fait mention do la profession de foi de S. Switbin : on peut lire celle de S. Bonifuce dans Scrrarius. (Ep. S. Boni/., p. it>3.) Il l'écrivit de sa propre main et la plaça sur la tombe de S. Pierre. (IfcûZ.) Plusieurs autres professions sont imprimées dans le Ang. sac, vol. 1 , p. 78. La première porte un titre erroné : Eadulf était évêque , non d'Yorck, mais de Sydnacester, comme le fait voir la profession suivante, p. 7$.

(3) Bèd«, RUl., 1. i, c.

quée Pévêque élu se plaçait à genoux devant les prélats qui s'étaient assemblés à cet effet : deux d'entre eux tenaient le livre des Evangiles élevé sur sa tête ; les autres le touchaient de la main , et le métropolitain prononçait la formule de consécration. Après avoir fait observer que la consécration d'Aaron était un type de celle des évêques dans la loi nouvelle il priait Dieu « d'accorder à son serviteur les vertus figurées par le vêtement que portait le grand-prêtre dans le temple des Juifs ; (i) de lui communiquer la plénitude du saint ministère, et de lui donner les clefs du royaume des cieux , afin que tout ce qu'il aurait lié ou délié sur la terre fût lié ou délié dans le ciel; que les péchés qu'il retiendrait fussent retenus, et que les péchés qu'il pardonnerait fussent pardonnes ; qu'il ne pût jamais appeler bien ce qui est mal , ou appeler mal ce qui est bien ; qu'il reçût une chaire épiscopale pour le bon gouvernement de l'Eglise ; que Dieu fût sa force et son autorité, et que sa prière pût être entendue toutes les fois qu'il implorerait la miséricorde du Tout-Puissant. » (2) On lui oignait

(1) Pour l'ordination du pontife romain on ajoutait à cette partie de l'oraison le passage suivant d'après les pontificaux anglo-saxons : Idcirco hune famulum tuum , iltum quem Jpostolicœ Sedis prœsulem et primatem omnium qui in orbesunt sacerdotum, ac universalis Ecclesice tues doctorem dedisti , et ad summi sacerdotii ministerium elegisti, etc. (Pont» Egb., p. 34^; Pont. Gemet., p. 368.)

(2) Au moment où on était le livre des évangiles de dessus sa tete

de l'église anglo-saxonne. 281

d'huile les mains et la tête ; on lui mettait la crosse à la main et l'anneau au doigt. Chaque cérémonie était accompagnée d'une prière qui exprimait ce qu'elle signifiait, et à la fin on le plaçait sur le trône épiscopal en disant : « 0 « Seigneur Jésus-Christ ! qui choisis tes apôtres « pour être nos maîtres, daigne enseigner, ins- « traire cet évêque, afin qu'il puisse mener une « vie sainte et sans tache. Àmen.»(i)

V. L'inauguration des princes n'était dans l'origine qu'une cérémonie civile : les empereurs chez les Romains, et les rois chez les barbares étaient de même élevés sur un bouclier et salués par les acclamations de l'armée ; mais lorsqu'ils eurent embrassé la foi de l'Evangile ils crurent les exemples rapportés dans les Ecritures juives dignes d'être imités : ils pensèrent que les cérémonies de la religion pouvaient ajouter un nouvel éclat à la royauté , et que l'onction pouvait donner à un roi plus de majesté aux yeux de ses sujets. Théodose-le- Jeune fut le premier qui , dit-on , sollicita les insignes royaux auprès des ministres de l'Eglise : ses successeurs surent apprécier cette

le métropolitain avait coutume de l'ouvrir, et de lire le premier passage qui se présentait. On le considérait comme une prophétie de la conduite future du nouvel évêque. On en rencontre de nombreux exemples après la conquête; je ne m'en rappelle qu'un auparavant dans la vie de S. "Wulstan. (An,jl. sac., vol. 2., p. a5a.)

(i) Pont., Egb., p. 34o.

a8a antiquités

politique salutaire , et eurent foin de recevoir avec la couronne impériale la bénédiction du patriarche de Bysance. Dan* la Grande-Bretagne on adopta de bonne heure cette cérémonie : l'empereur Honorius n'eut pas plus tôt rappelé les légions de l'île que les desccndans des anciens rois prirent le sceptre , et leur inauguration , comme nous l'apprend un écrivain du pays, se faisait avec l'onction royale* (1) Il paraît que cette coutume passa de la Grande- Bretagne aux princes chrétiens de l'Irlande : le formulaire du sacre des rois était dans la bibliothèque de l'abbé S. Colombe; et c'est d'après ses rubriques qu'il bénit et sacra Aidan , roi des Ecossais. (2) On a dit que les Anglo-Saxons furent redevables de ce rite à la politique d'un usurpateur, Eardulf de Norlhumbrie; (3) mais la cérémonie du couronnement occupait une place distinguée dans le pontifical de l'archevêque Egbert, lequel fut écrit plusieurs années avant le règne de ce prince. (4)

(1) Ungebantur reges, dit Gildas, et paulo -post ab unctoribus trucidabantur. (Gild. , p. 82, édit. Bertram.)

(2) Nous savons par Cuminius, qui écrivait en 607, que S. Colombe prit avec lui ordinationis requm librum, et Aidanum in reqem ordinavit. (Cum., / l*. Colum., p. 3o, édit. Pinkerton.) Àdotunan, qui écrivit trente ans plus tard, ajoute, imponens manum super caput ejus. (Adom., VU» Colum., p. 161.)

(3) Carte, Hist., vol. I, p. a<)3; voyez la note n.

(4) C'est la règle la plus ancienne que l'on connaisse ad benedicendum reqem. M. Tujncr a traduit d'un manuscrit de la librairie de

de l'église anglo-saxonne. a83

La cérémonie du couronnement commençait par le serment; on en peut faire remonter l'origine à Anthémius , patriarche de Constantinople , dont le zèle répugnait à placer la couronne sur la tête d'Anastase , prince d'une orthodoxie suspecte , jusqu'à ce qu'il eût juré de ne faire aucun innovation dans la religion établie : (i) mais le serment des Anglo-Saxons s'étendait plus loin ; c'était une espèce de pacte entre le monarque et le peuple, que l'évêque ratifiait par sa bénédiction en qualité de représentant du peuple : « Je promets, disait le « roi , au nom de la très sainte Trinité , pre- « mièrement , que l'Eglhe de Dieu et tout le « peuple chrétien jouiront d'une véritable paix «sous mon gouvernement; secondement, que je « réprimerai toute espèce de rapine et d'injus- « tice dans les hommes de toute condition ; troisièmement, que dans tous les jugemens j'or-

Cotton la description de la cérémonie telle qu'elle eut lieu ou couronnement d'Ethclred en 978. ( Tu mer, vol. lV,p.*5o.) Elle difiere de celle quo contient le pontifical d'Egbert, mais elle est la même que celle que publia Martène sous le titre d'ordo ad benedicendum regem Fran- «corum, tirée d'un manuscrit rédigé par l'ordre de Ratold, abbé de Corbie en 980. Ce rite anglo-saxon fut-il emprunté aux Français, ou les Français l'empruntèrent-ils anx Anglo-Saxons? Ce dernier sentiment parait plus vraisemblable. On fait plusieurs fois mention de l' Angleterre dans le rite français; et le copiste qui avait conservé avec soin chaque mot de l'original, ajoute que par Angleterre il faut entendre la France : c'est ainsi que le roi est dit être choisi in regnwn N. Albionis totius (vide lie et Franccrum.) Mart., 1. II, p. 19a.

(1) Evagrius, l. M, c. 'Si.

« donnerai que l'équité soi i unie à la miséricorde, « afin que Dieu , très bon , très miséricordieux , « puisse nous pardonner à tous par sa miséri- » corde éternelle. Amen. » (i) On lisait un passage de l'Evangile, on récitait trois oraisons pour implorer la bénédiction de Dieu , et Ton versait l'huile sainte sur la tête du roi. Tandis que les autres prélats faisaient les onctions l'archevêque lisait cette oraison : « 0 Dieu ! la <« force de l'élu et l'exaltation des humbles , « qui par l'onction de l'huile sanctifias ton « serviteur Aaron , et par là même préparas les « prêtres , les rois et les prophètes pour gou- « verner ton peuple d'Israël , sanctifie , Dieu « tout puissant, de la même manière ce serviteur, « afin que comme eux il soit capable de gou- « verner le peuple confié à sa charge. »

A la fin de la prière les principaux t h an es s'approchaient , et conjointement avec les évêques lui plaçaient le sceptre dans la main.

(1) Ce serment est traduit <le celui que S. Dunstan exigea d'Ethelreil lors de son couronnement ; (Hicks., Gram. prœj.) mais il est beaucoup plus ancien, et est exprime ainsi dans le pontifical d'Egbcrt : « Rectitudo est régis noviter ordinati et in solium sublevati hœc tria pm« cepta populo christiano sibi subdito prœcipere : in primis ut Eœclesia Dei et omnis populus christianus veram pacem servent in omni tempore. Amen. Aliud est ut rapacitales et omnes iniauitates omnibus aradibus interdicat. Amen. Tertium est ut in omnibus judiciis œquitatem et misericordiam prœcipiat, ut per hoc nobis indulaeat miser icordiam suam clcmens et misericors Deus. Amen. » (Martène, 1. II, p. 188.) Le môme serment se rencontre dans les anciens pontificaux français. (lbid.f p. 197, 199, 91 1.)

DE l'église ANGLO-SAXONNE. 285

L'archevêque poursuivait : « Bénis ce prince, ô « Seigneur î toi qui gouvernes les royaumes de « tous les rois. Amen.

« Puisse - 1 - il t'être toujours soumis avec « crainte ! puisse-t-il te servir ! puisse son règne « être paisible ! puisse-t-il avec ses ministres « être protégé de ton bouclier ! puisse-t-il être « victorieux sans répandre le sang ! Amen.

« Puisse-t-il vivre magnanime au milieu des « assemblées des nations ! puissc-t-il se distin- « guer par l'équité de ses jugemens! Amen.

« Accorde-lui de longues années , et puisse « la justice régner pendant tous les jours de sa « vie ! Amen.

« Accorde que les nations lui soient fidèles ; « que ses nobles puissent jouir de la paix et « aimer la charité. Amen.

« Sois son honneur, sa joie et son plaisir, sa « consolation dans le chagrin , son conseil dans « les difficultés , son consolateur dans les peines, « Amen.

« Puisse-t-il réclamer tes conseils et apprendre « de toi à diriger les rênes de l'empire , afin « que sa vie soit une vie de prospérité , et qu'il « puisse jouir ensuite de la félicité éternelle ! « Amen. »

Oh lui mettait alors dans les mains le bâton royal en priant que les bénédictions des anciens patriarches , Abraham , Isaac et Jacob ,

descendissent sur lui ; il était ensuite couronné, et l'archevêque disait : « 0 Seigneur ! sanctifie « la force du roi notre souverain , et jette un « regard de complaisance sur ses travaux ; que « par toi son territoire soit béni de la rosée « précieuse des cieux et des sources de l'abyme « profond , des fruits produits par le soleil et « des fruits produits par la lune , des choses « précieuses des an tiques montagnes et des choses « précieuses des collines éternelles, des fruits de « la terre et de sa fécondité. Puisse la bénédic- « tion de celui qui apparut dans le buisson « reposer sur la tête du roi ! puisse-t-il être « béni dans ses enfans, et tremper son pied dans « l'huile ! puisse la force du rhinocéros être sa « force ! avec elle puisse-t-il repousser les na- « tions jusqu'aux extrémités de la terre ! et « puisse celui qui parcourt les cieux être son « appui pour toujours !» (i) Ici le peuple s'écriait trois fois : «Vive le roi pour toujours! «Amen, amen, amen. * On permettait alors aux assistans de l'embrasser sur son trône. La cérémonie se terminait par cette prière : « 0 « Dieu ! auteur de l'éternité , chef de la milice « céleste et vainqueur de tous tes ennemis , « bénis ce serviteur qui incline humblement sa « tête devant toi ; répands ta grâce sur lui , « conserve-le avec la santé et le bonheur dans

(i) Ces bénédictions «ont Urées du Deutèronomc , c. 33.

pb l'église anglo-saxonne. 287

« les fonctions auxquelles il est appelé , et par- « tout, en toutes choses où il implorera ton as- « sis tan ce , sois-lui favorable, Seigneur; pro- « tège et défends-le par le Christ notre Seigneur. «Amen. » (1)

VI. Nous ignorons la manière dont on consacrait au culte de Dieu les premiers oratoires chrétiens : on dérobait alors avec soin aux regards des profanes les rites de la religion , et les convertis étaient trop discrets pour alarmer la jalousie ou provoquer la cupidité des infidèles par une pompe inutile ; mais dès que le sceptre eut été placé dans les mains de Constantin des édifices s'élevèrent dans chaque province , et l'empereur chrétien aspira à la célébrité de David et de Salomon. La dédicace du temple de Jérusalem servit de modèle pour la dédicace des églises chrétiennes ; les évêques s'assemblaient avec empressement pour célébrer la cérémonie sacrée; et les grands par leur présence honoraient avec joie cette solennité, qui était accompagnée des acclamations du peuple. Les générations suivantes conservèrent fidèlement la pratique de leurs ancêtres , et chez les Anglo- Saxons aucune fête ne se célébrait avec plus de pompe que la dédicace d'une église. Egfrid, roi de Northumbrie, son frère .Mwin, leurs aldermans et abbés accompagnèrent S. Wil-

(1) Pont. Egb., p. 18G.

frid lorsqu'il consacra la basilique qu'il avait érigée à Hippon. (i) S. Oswald invita à la dédicace de l'église de Ramsey tous les thanes des comtes voisins ; (2) et lorsque la même cérémonie eut lieu dans la cathédrale de Winchester après sa restauration par S. Ethelwold elle fut honorée de la présence du roi Ethelred avec sa cour , du métropolitain et de huit autres évêques. (3)

La nuit qui précédait la cérémonie se passait en veilles et en prières : le matin les prélats ,

Ai

îTff

à la porte de l'église, et l'évêque consécrateur frappait trois fois de la crosse à la porte, récitant le verset : « O vous princes! ouvrez vos portes, « et vous, portes éternelles, soyez ouvertes ; le roi « de la gloire y entrera. » La porte s'ouvrait au troisième coup; le choeur chantait le psaume vingt-quatrième, et les évêques entraient en criant : « Paix à cette maison et à tous ceux qui « l'habitent ! paix à ceux qui y entrent ! paix à « ceux qui en sortent ! » (4) Ils s'avançaient au

(1) Edd., Vit. S. WOf., c. 17.

(a) Hist. Ram., p. 4^2.

(3) Wolst., Carmen in Act. SS. Bened. Sœc, V, p. G29.

(4) Wolstao dans son poème sur la dédicace de la cathédrale de Winchester a imaginé de mettre ces paroles en vers latins et rimés :

Incipiuut omnn modulât a voce caoente*, Paz Ht huic dotnui, pai lit et hic fidei, Pax Gat intranti, pas et fiai eprediemi ;

in boeque loco Lus ait booorque Deo.

(Wolttan, ibié., p. 63». )

de l'église anglo-saxonne. 289

pied du maître-autel , et se prosternaient sur le» degrés pendant qu'on chantait les litanies : (1) à la fin ils se relevaient , et un des évêques écrivait, du bout de sa crosse sur le sol deux alphabets romains en forme de croix ; puis il aspergeait d'eau bénite les murs et le pavé , et , se tenantau milieu del'église, il chantait l'antienne suivante : « 0 bénie et sainte Trinité ! toi qui « purifies, laves et embellis toutes choses; ô « sacrée majesté de Dieu! toi qui remplis, gouh vernes toutes choses et qui en disposes 5 ô bé- « nie et sainte main de Dieu! qui sanctifies , « bénis et enrichis toutes choses ; ô Dieu ! le « saint des saints , nous implorons humblement « ta clémence afin que par notre ministère « tu veuilles purifier, bénir et consacrer cette « église à l'honneur de la croix sainte et victo- « rieuse, et à la mémoire de ton serviteur béni « N ! (2) Puissent ici tes prêtres t'offrir des sacri-

(1) Les litanies étaient très courtes. Après le prélude ordinaire suivaient les invocations aux saints. Trois apôtres, trois martyrs, trois confesseurs et trois vierges étaient invoqués nominativement, et l'on ajoutait les invocations suivantes : « Ab inimicis nostris défende nos t Christe. Volorem cordis nostri bcnicjnus vide : afflictionem nostram rsspice clemens; peccata populi tui pius indulge; orationes nostras exaudi, Christe; hic et in perpétuant noscustodire digneris, Christe. Fili Dei vivi, miserere nobis; Agnus Dei , etc. » (Pont. Egb., apud Martènc, c. i3, p. aji .)

(2) On peut concevoir par ce passage en quel sens les églises étaient dites dédiées aux saints. La prière qu'on faisait alors aux patrons de l'Eglise fait assez connaître la croyance de ce temps-là . Tibicommendamus hanc curam templi hujus auod consecravimus Domino Deo noslro, ut hic intercessor existai; preces et vota qfferentium hic Do-

« fices de louanges! puisse ici ton peuple fidèle « accomplir ses'voeux! puisse ici être allégé le « fardeau des péchés, et puissent être rendus à la « grâce ceux qui ont succombé ! Accorde que tous « ceux qui entreront dans ce temple prient et « puissent obtenir l'effet de leur demande, et « se réjouir pour toujours dans la bonté de ta « miséricorde. Amen.» (1) Les évêques se séparaient alors pour consacrer les dîfférens autels et les autres ornemens de l'église ; la messe se célébrait avec toutes les démonstrations de la joie , et les assistans les plus distingués se rendaient au palais épiscopal, où ils participaient à un abondant et splendide banquet. (2)

Ces cérémonies, fréquentées par des person-

mLno Deo ojjeras ; odoramenta orationum plebis christianœ in libatorio vasis aurei ad Patris thronum conféras } precerisque quatenus jug^ Dominus Deus noster inluitu hic ingredientes et orantes tueri et bernarc dignetur. (Pont, anglo-sax., Gemet. apud Mart., p. 271. j

(1) Pont. Egb., p. *53; Pont. Gemet., p. 262.

(2) Le lecteur sera peut-être flatté de trouver ici le détail du diner que S. Ethelwold fit préparer dans une de ces occasions pour ses hôtes :

Nulli* adeat Iriatia , orauit adest bilan*. Nulla famé» ubi tunteuneti* obeonia plenif , tario men«a referla cibo.

«agi cellaria aaspe fréquentant .

ConTÎvaaque rogaot ut bibere iocipiaut.

Craicrasque magnoi statuunt , el »ina coronant ,

Miacentea polu* polibua innumerô. Fecundi calices , ubi rusticus impiger bausit

Spuraantera paieram gurgite mellifluam.

Et tandem plrno te lotum proluit auro .

( fVoUtan , p. 619. ;

de l'église anglo-saxonne. 291 nages aussi recommandâmes , procuraient au clergé l'occasion favorable d'obtenir la confirmation de ses propriétés et de ses privilèges : à la dédicace de l'église de Rippon S. Wilfrid lut à l'autel une cédule des terres appartenant à 1 abbaye , et somma l'assemblée de rendre témoignage à la légalité des titres; (,) à Ramsey 1 alderman Alwin, fondateur du monastère assembla de bonne heure les thanes des comtés voisins , leur lut les chartes du roi Edgar et des autres bienfaiteurs, et invita ceux qui croyaient avoir des droite à quelqu'une des terres possédées par les moines à s'avancer et à soutenir leurs prétentions : comme personne ne se présentait, «Je vous somme donc tous, continua « l'alderman , d'attester devant Dieu et devant « ses sainte qu'en ce jour nous avons offert jus- « tice à tout adversaire, et qu'aucun homme n'a « osé nous disputer nos droits. Souffrirez-vous « après cela que quelque nouvelle prétention « s'élève contre nous?» Divers membres don-

Ml

c" iaveur a Alwin. Un plaça aussitôt au milieu des assistans un volume des Evangiles , et l'alderman, mettant la main droite sur le livre , jura qu'il maintiendrait jusqu'à la mort les moines de Ramsey dans la légitime posses-

(1) Ed., ru. s. w%r*, c i7.

sion de leurs propriétés. Ses fils l'imitèrent , et leur exemple fut suivi par tous les personnages de l'assemblée. (1)

La dédicace de l'église de Winchelcomb offrit un spectacle plus imposant encore. Kenulf, roi de Mercie, fondateur de l'abbaye, avait invité à la cérémonie tous les thanes du royaume , dix aldermans , treize évêques , le roi captif de Kent et le roi tributaire d'Essex : à la fin Kenulf monta sur les degrés du maître-autel, et faisant approcher son prisonnier royal lui rendit la liberté sans rançon en présence de l'assemblée. Il déploya alors sa magnificence en distribuant des présens à ceux qui s'étaient rendus à son invitation : il donna aux évêques et à la noblesse, selon leur rang , des vases d'or ou d'argent et des chevaux excellens ; à ceux qui ne possédaient point de terres une livre d'argent; à chaque prêtre un marc d'or le plus pur ; à chaque moine et ecclésiastique un schelling, et une somme plus modique à chacun du peuple. Il énumère toutes ces gratifications dans la charte qu'il donna en cette occasion , et déclare qu'il a choisi pour toujours l'église de Winchelcomb pour sa sépulture et celle de sa postérité. (2) Mais les révolutions de quelques années renversèrent des

(1) Hist. Ram., p. 422, 42L

(2) Monast. Àug., t. I, p. 186.

de l'église anglo-saxonne. 29^

projets que sa vanité seule avait conçus. Dès la génération suivante sa famille fut éteinte, et en moins d'un siècle l'église de Winchelcomb fut réduite en un monceau de ruines.

Page 1