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VI. De nos jours une avide curiosité porte

l'homme de lettres à visiter les contrées où brillent la sagesse et la gloire antique; dans les premiers siècles elle conduisait le chrétien pieux aux lieux que la religion avait consacrés par ses triomphes. La pratique des pèlerinages offrait des attraits inappréciables à l'esprit aventurier des peuples du nord , et les Anglo- Saxons se distinguèrent particulièrement par leur goût pour cette pratique : parmi les différentes contrées dont les avantages respectifs attiraient leur attention la Palestine était à leurs yeux celle qui méritait la préférence : là

(1) Les Grec» sont les premiers qui rendirent ces honneurs aux statues des empereurs , et de là ils passèrent aux tableaux ou images du Christ et des saints. (Voyez Mahillon, Act. SS. Bened. sac. IV, tom. I, ]»rœ/., p. 18, 19.)

(a) Voyez la note p.

de l'église anglo-saxonne. 355 Je voyageur religieux pouvait visiter l'étable où naquit notre Sauveur, le suivre dans le cours desa mission , gravir la montagne où il souffrit , et baiser le sépulcre où fut déposé son corps; mais les périls de l'entreprise suffisaient pour glacer le courage le plus intrépide. Jérusalem gémissait sous le joug des infidèles; elle était située à une distance de plus de trois mille milles, (i) et l'imagination grossissait encore les dangers d'une navigation à travers une mer inconnue et d'un voyage chez des peuples différens de culte , de mœurs et Je langage; cependant la hardiesse de quelques aventuriers fut couronnée de succès , et ils revinrent, après une absence de plusieurs années , raconter à leurs compatriotes étonnés les merveilles dont ils avaient été témoins. De tous ceux que cite l'histoire le premier est S. Willibald, dont les longs voyages ont été décrits par la plume d'une femme : (2) j'abrégerai sa narration, et le lecteur ne se refusera peut-être pas à suivre dans quelques pages le premier de ses compa-

(1) D'après les itinéraires romains la route depuis Sandwich jusqu'à Jérusalem eta.t de trois mille cinq cent soixante-six milles romains! ou de trois mille deux cent soixante et onze milles anglais. (Voyez la Décadence et la Chute de l'Empire romain, par GibW, c. ij)

(2) Elle était nonne d'Heidenheim , et parente de S. Willibald. Elle ecrrm sous sa dictée, et elle en appelle à ses diacres pour sa véracité • « Al To audUa et ex illius are dictata prœscripsimus , testibus mihi diacoms ejus , Hodoep. Will. inter. lect. ant. Canis, édit. Basnage, t. II, p. 106.) 9 *

triotes qui osa s'approcher de la cour des califes et pénétrer jusque dans la ville sainte.

Le père de Willibald avait résolu de visiter, accompagné de ses enfans , les tombeaux de S, Pierre et de S. Paul; mais il mourut à Lucques, et les pèlerins après avoir rendu les derniers devoirs à leur père continuèrent leur voyage. La vue de Rome leur fit éprouver des «motions qu'ils n'avaient jamais senties jusqu'alors , et les divers monumens de piété qui abondaient dans cette capitale excitèrent tour à tour leur respect et leur étonnement. La curiosité de Willibald redoubla : son imagination parcourait les lieux consacrés par la présence corporelle du Rédempteur, et le pèlerin se détermina sans crainte à visiter la terre promise , théâtre où Dieu avait déployé les prodiges de sa puissance et de sa miséricorde. Mais le zèle de Winibald et de Walburge , son frère et sa sœur, était moins fervent ou plus prudent ; ils refusèrent de l'accompagner , et il fut obligé de s'associer à d'autres pèlerins saxons, qui avaient le même dessein et le même courage.

L'an 721 , peu après la fête de Pâques , Willibald partit de Rome avec deux compagnons ; mais son exemple excita l'enthousiasme de ses compatriotes , et pendant son voyage leur nombre s'accrut jusqu'à huit. (1) La conjonc-

( 1 ) Il quitta Rome cum duobus sociis. ( Hodoep., p. 1 09 j Itiner.,

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ture était favorable à leur projet j quoique les musulmans espagnols fussent constamment en guerre avec les chrétiens leurs voisins le commerce de la Méditerranée n'était pas troublé, et les sujets orientaux des califes visitaient de temps en temps les ports de la Grèce et de l'Italie. A Naples la bonne fortune des pèlerins les conduisit vers un marchand égyptien qui les reçut volontiers à bord* de son vaisseau ; mais leur marche fut retardée par les délais du commerce et les circuits de la navigation , et quatorze mois s'écoulèrent avant qu'ils eussent atteint les côtes de la Syrie. De Naples ils firent voile successivement vers Reggio en Calabre , et Catane en Sicile , où les habitans avaient coutume d'opposer le voile de Ste Agathe aux éruptions du feu delà montagne voisine; delà à Manifasia et aux îles de Cos et de Samos. Enfin après une longue et pénible traversée ils abordèrent sans danger au port d'Ephèse. Pendant plusieurs semaines qu'ils côtoyèrent la Natolie ils eurent beaucoup à souffrir de la fatigue et de la faim ; mais ils satisfirent leur curiosité en visitant les villes les plus renommées, et leur piété en faisant leurs prières devant les châsses des saints les plus célèbres. Paphos dans l'île de Chypre fixa ensuite leur attention : ils

p. 108.) Lorsqu'il arriva en Syrie, erant cum S. Willibaldo sept cm contribulet ipsius. ( Hodoep., p. 1 1 o ; Itintr., p. 1 19.)

y séjournèrent pour célébrer la fête de Pâques, et de là se dirigèrent sur Constancie , autrefois Salamine, pour y rendre hommage aux reliques de S. Epiphane. Depuis la partie occidentale de l'île jusqu'à la côte opposée de la Syrie le trajet était très court ; ils mouillèrent à Tharrate, port appartenant aux musulmans, et marchèrent jusqu'à Emèse , résidence du calife. En entrant dans la ville, ils furent arrêtés par la garde et conduits au palais sur l'ordre d'un magistrat.

Quatre ans avant cette époque les musulmans avaient été contraints d'abandonner honteusement le siège de Gonstantinople : inquiet des desseins de la cour impériale le calife traita Willibald et ses collègues d'espions soudoyés par les Grecs, et ordonna qu'ils fussent étroitement enfermés. Ce fut en vain qu'un marchand chrétien offrit une somme considérable pour leur rançon ; sa générosité ne put obtenir qu'un adoucissement à leurs souffrances; par un magnifique présent il acheta la permission de les conduire deux fois la semaine aux bains publics, et les dimanches à l'église des chrétiens. Comme ils passaient par le bazar les habitai» s'assemblaient pour voir ces étrangers; et si nous en croyons la vanité nationale de la femme qui écrit leur histoire c'était leur jeunesse, leur beauté et 1 élégance de leurs

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vêlemens qui attiraient la curiosité de» infidèles, (i)

La conquête de l'Espagne par les armes de» musulmans avait établi une fréquente communication entre ce pays et la cour de Syrie , et les naturels étaient contraints par cette position nouvelle à rendre hommage au successeur de Mahomet. Un chrétien espagnol, dont le frère possédait un emploi considérable à la cour, fut touché de pitié au récit de leur histoire, et s'empressa de prendre les pèlerins sous sa protection : après avoir découvert le capitaine qui les avait déposés à Tharrate il obtint une audience du calife, et lui expliqua le véritable dessein des prisonniers. Le prince l'éeouta avec bonté , et lorsqu'il comprit qu'ils venaient de l'extrémité de l'occident, d'une île au-delà de laquelle il n'existait aucune terre, (2) il déclara qu'il était satisfait, et ordonna qu'on les mît eu liberté sans exiger d'eux les droits ordinaires, et leur donna une permission écrite pour continuer leur voyage à Jérusalem.

Transportés de joie les pèlerins quittèrent Emèse : une route pénible de cent milles les

(1) Cives urbium curiosi jugiter iîlic ventre consueverant illos speculari, ^uia juvenes, et decori, et veslium ornatu bene induti erant. (Hodocp, p. 1 10.)

(2) De occidentali plaga, ubi soloccasum habet, isti hommes vtnerunt. JV05 autem nescimus terram ultra illos, et nil nisi aquam. ( Ibid.)

conduisit à Damas , et ils employèrent une semaine à visiter les curiosités de la ville royale. Après avoir traversé le Liban et la Haute-Galilée ils arrivèrent à Nazareth, séjour antique des parens du Christ , lieu célèbre où Farchange prédit à la Vierge la naissance du Messie. Les chrétiens y avaient bâti une église magnifique ; mais les richesses qu'ils y avaient rassemblées tentèrent l'avarice des musulmans , et il fallut des présens dispendieux pour arrêter leur rapacité, (i) Cana, fameuse par le premier miracle de Jésus , offrit à leur vue , et rangés sous les autels , six vaisseaux en terre , dont on assurait qu'il s'était servi à la solennité des noces. De là ils gravirent la montagne de Tabor, sur le sommet de laquelle un monastère, dédié au Christ , à Moïse et à Elie , rappela à leur esprit le glorieux mystère de la Transfiguration. Ils descendirent à la ville de Tibériade , habitée par un grand nombre de chrétiens, dans laquelle une synagogue de Juifs conservait la mémoire des anciens rabbins. La curiosité conduisit les voyageurs jusqu'aux rives du Jourdain : à la montée de l'Anti-Liban on leur fit remarquer deux sources distinguées sous les noms de Jor et Dan, qui réunissaient

(i) La richesse de» chrétien», ou la modération des infidèles finit par s'épuiser i l'église fut détruite, et ensuite rehâtie. (Mariti, vol. II , p. 16a.)

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leur cours dans la vallée, et donnaient au fleuve leur commune dénomination. Le penchant de la montagne était couvert de nombreux troupeaux, remarquables par leur grosseur, la petitesse de leurs jambes et la longueur de leurs cornes. Césarée , bâtie près de la jonction des deux courans, était principalement habitée par des chrétiens. En suivant le cours de cette rivière ils arrivèrent au lieu où la tradition rapporte que le Christ reçut le baptême : l'eau s'en était retirée au loin; (i) mais un petit ruisseau occupait encore l'ancien lit, et une croix de bois plantée au milieu en indiquait la place : on y avait construit une église pour administrer le baptême et pour satisfaire la dévotion des fidèles qui venaient en foule, à la fête de l'Epiphanie , se laver dans le fleuve. On croyait que ces eaux rendaient la santé au malade et la fécondité aux femmes stériles. En passant par la ville de Jéricho ils admirèrent la fertilité du pays voisin, fertilité qu'il devait à la fontaine d'Elie ; et après avoir visité un ancien monastère ils aperçurent de loin les restes vénérables de Jérusalem. Les pèlerins entrèrent dans la ville sainte en versant des

(i) Selon Maundrell (Foyaqe depuis Aie p., p. 82.) le fleuve eu cet endroit s'est retiré au moins d'un stade de ses ancienucs limites; mais Mariti nous apprend que dans la saison des pluies ses eaux inondent leurs rives, se répandent sur une largeur de quatre milles, et souvent, à cause de l'inégalité du sol , se partagent en différentes branches.

larmes de joie et de reconnaissance. Le pre mier objet qui frappa leurs regards fut la basilique que Constantin-le-Grand avait fait bâtir à l'endroit même où la vraie croix avait été découverte par Ste Hélène, sa mère : sur le frontispice oriental s'élevaient trois croix pour perpétuer la mémoire de l'invention. Dans le voisinage on voyait l'église de la Résurrection renfermant le sépulcre du Christ , trésor ineffable aux yeux de la piété chrétienne. Ce n'était d'abord qu'une voûte taillée dans le roc vif : elle s'élevait fort au-dessus du pavé de l'église en forme quadrangulaire , terminée en pointe; l'entrée donnait sur le côté orientai, et une ouverture à main droite conduisait le pèlerin dans l'enceinte ou avait été déposé le

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était éclairé par quinze lampes d'or , (i) et près de la porte se trouvait une énorme pierre en mémoire de celle qui en avait autrefois fermé l'entrée.

Après avoir examiné avec les plus vifs sentimens de dévotion les autres monumens religieux contenus dans les murs de Jérusalem ils

(i) Arcnulph , prélat gaulois, avait parcouru quelque temps auparavant la Terre-Sainte. Bède a abrégé sa narration, qui diffère sur certains points do celle de S. Willibald. 11 nous dit que le sépulcre était rond et éclairé par douze lampes, dont quatre brûlaient dans l'intérieur, et huit étaient placées au-dessus du toit. ( Voyez Bède , de Locis sac, c. a, p. 3x6.)

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traversèrent la vallée de Josaphat, et se rendirent à la montagne des Oliviers : on y voyait deux églises, dont l'une indiquait le jardin qui avait été témoin de l'agonie de Jésus avant sa passion ; l'autre occupait cette partie élevée delà montagne d'où il monta au ciel. Dans le centre de la dernière la place qui avait reçu l'empreinte de ses derniers pas était environnée d'une barrière circulaire d'airain ; à travers la toiture de l'église on avait pratiqué une large ouverture, et deux hautes colonnes de marbre portaient les images des deux anges qui l'accompagnèrent dans son ascension; une lampe garnie de cristaux brûlait sans cesse dans cette ouverture, (i)

Je ne suivrai point les pèlerins dans leurs dernières excursions , que leur historien a réduites à une sèche nomenclature. Us traversèrent la Palestine dans toutes les directions jusqu'à ce que leur curiosité fut rassasiée , et que la fatigue et les infirmités les avertirent de retourner en Europe. Mais il était aussi difficile de sortir du territoire des musulmans que d'y entrer , et les compagnons de Willibald furent contraints de faire un second voyage à Emèse pour obtenir de la justice ou du caprice du ca-

(0 Quan(l Maundrell visita la montagne il ne restait pins de celte église qu'une seule coupole octogone, qui servait de mosquée aux Turcs. (P. io/j.)

life la liberté de revoir leur patrie. Le prince était absent ; mais un des ministres leur accorda leur requête. De retour à Jérusalem ils furent rejoints par Willibald, et dirent un dernier adieu à la ville sainte. Leur route les mena par Sébaste, autrefois Samarie, à l'opulente ville de Tyr, où l'on fouilla soigneusement leur bagage. L'ignorance ou l'expérience de l'antiquité avait attribué à l'opobalsamum les vertus les plus salutaires , et l'exportation de ce divin spécifique avait été interdite sous les peines les plus sévères, par la jalousie des califes, (t) Mais Willibald sut par son adresse éluder la défense : il avait joint une gourde remplie du liquide précieux à une autre gourde pleine d'huile de pétrole avec tant d'art que toutes deux semblaient n'en former qu'une, et la ruse du pèlerin trompa les perquisitions des officiers mahométans. (2) À son retour, Willibald passa deux ans à Constantinople , visita les volcans des îles de Lipari, dé termina plus positivement l'origine de la pierre ponce , si utile aux écrivains monastiques, et se retira enfin au célèbre monastère de Cassin. A la sollicitation de son parent S. Boniface il fut tiré de cette retraite par le pape Grégoire , qui l'envoya en Allemagne ,

(1) Sur l'extrait du baume qui croît dans les plaines de Jéricho voyez Bède, de hoc. tac., c. 9, p. 3ao , et Mariti, p. 3f\f\.

(2) Hodoep., p. n3, 114.

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où il travailla avec zèle à répandre la connaissance du christianisme, et mourut dans un âge avancé évêque d'Aichstadt, l'an 786.

Mais peu de gens eurent le courage et le bonheur de Willibald . (1 ) Rome, moins éloignée que Jérusalem , offrait beaucoup plus d'attraits à la piété des pèlerins : elle était la résidence du souverain pontife ; ses habitans se glorifiaient de descendre des premiers chrétiens ; les dépouilles mortelles de S. Pierre et de S. Paul reposaient dans ses églises , et ses catacombes renfermaient les reliques d'une foule innombrable de martyrs. Cependant il était difficile et même dangereux à cette époque de voyager de l'Angleterre à Rome; les grandes routes, qui autrefois conduisaient le voyageur en sûreté à la capitale de l'empire, avaient été négligées et ruinées par les courses des barbares, et si la complexion du pèlerin pouvait braver les fatigues

(1) Si, comme l'histoire nous l'assure, Alfred était en correspondance avec le patriarche de Jérusalem, et s'il envoya des aumônes jusque dans les Indes il n'est pas improbable que ses messagers visitèrent la Terre-Sainte. ( Chron. sax., p. 86 j Malin., de Reg.f I. II, c. 4 j f* 3 4 > Assert, de \Vite., p. 58.) La conversion des Hongrois au dixième siècle abrégea la longueur du voyage, et en diminua les dangers. Wythman, abbé de R musc y sous le règne de Canute, lit un pèlerinage heureux à Jérusalem; (Ilist. Ram., p. 436.) et son exemple fut imite par l'historien Ingulf, qui s'attacha à la suite de quelques princes allemands , et eut le bonheur d'échapper au glaive et à la peste qui dévorèrent le tiers de ses compagnons. « Tandem de triginta equi- « tïbus, qui de Normannia pingues exivimus, vix viginti pauperes « peregrini, et omnes pedites, multa marie attenuati, rtversi sumus.» (Ingulf., p. 74.)

du voyage et l'inclémence de la température, (1 ) il était encore exposé aux insultes des bandits qui infestaient les déniés des Alpes , et des maraudeurs soldés par des chefs turbulens et séditieux. (2)

L'hospitalité était la vertu favorite des peuples septentrionaux, et la religion protégeait la personne et les propriétés du pieux voyageur : mais les montagnards ne respectaient ni les lois de l'humanité, ni les décrets des conciles; et parmi ceux qui affrontaient les dangers du voyage il y en avait peu qui revissent leur patrie , tandis que les autres pour la plupart revenaient malades , dépouillés et exténués. (3) Charlemagne , d'après les sollicitations d'Ofla, (4) Conrad, d'après celles de Canute, (5) avaient promis de protéger les pèlerins

(1) Elaine, archevêque de Cantorbéry, mourut gelé dans les Alpes: ses compagnons eurent recours à l'expédient extraordinaire de fendre Je ventre d'un cheval et d'y plonger «es pieds. (Malms. , de Pont., L I , f. n4; Osbern., Vit. S. Odonis, p. 86.)

(2) Voy. la VU de S. Boni/ace, par S. WilUbald , c. 5. S. Elphège fut volé dès qu'il entra en Italie. (Ang. Sac., vol. U, p. 129.) Les évêques d'Yorck, de "Wells et d'Hereford, et le comte de Northumherland le furent pendant leur retour. (Malm., f. i54.) Dans les années 921 et 922 , deux caravanes de pèlerins anglo-saxons furent surprises et massacrées dans les Alpes. (Baron. , ex Flodoard., an. 92 1, XIII.)

(3) Dans la Vie ancienne de Saint Winibald on fait remarquer que les étrangers étaient presque tous sujets à la fièvre dès leur arrivée à Rome. Magna febris fatigatio advenas illic venientes visitare s eu gravure solet. (Vit. S. 'Winib. , apud Canis. , p. 1 a(5.)

(4) Ep. Car. magnL, apud. Mat. Par., p. 978.

(5) Ep. Canut., apud. Wilk., p. 298.

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anglais; mais l'expérience démontra que ces prince» manquaient ou de puissance pour tenir leurs engagemens , ou de sincérité pour suivre leurs inclinations. Cependant le sort des premiers aventuriers était une utile leçon pour leurs compatriotes ; mais la voix de la prudence fut étouffée par l'ardeur de la curiosité ou de la dévotion. Pour contempler l'ancienne capitale du monde et recevoir les bénédictions de S. Pierre les rois descendaient de leurs trônes, et lesévêques confiaient k d'autres le softi de leurs troupeaux. Clergé et laïques, moines et nonnes, tous imitaient leur exemple , et même les plus basses classes du peuple s'empressaient de satisfaire ce désir en obtenant de se mêler à la suite de leurs supérieurs. (1) Les mœurs du siècle présent ont fait taxer leur conduite de superstition ; mais on doit avouer avec franchise que leurs motifs étaient purs et leurs travaux utiles. Il serait difficile de donner la raison qui autorise plutôt à visiter les lieux célébrés par la littérature ancienne que ceux où brilla la vertu religieuse , et celui qui a éprouvé l'enthousiasme dont s'enflamme l'imagination à l'aspect de l'an-

(1) Romam adiré curavit, <juod eo temporc m«g»»« virtutù astimuhatur, (Bède, I. IV, c. a3.) quod his temppribus plures de gente Antjlorum nobiles, ignobiles, laïci , clerici, viri acfeminœ certatimfacere consuerunt. (M. 1. 5, c. 7; aussi West., an. 738, p. i^o; S. Bonif., ep. ao, 4©, 51,69.)

tique séjour des héros et des législateurs (i) concevra aisément avec quelle énergie les chaînes, les tombeaux et les reliques des martyrs parlaient au cœur de ces chrétiens étrangers. A les considérer sous des vues politiques les voyages de ces pèlerins étaient extrêmement utiles; ils contribuaient à lier les nations indépendantes qui s'étaient partagé les fragmens de l'empire romain , à dissiper les préjugés nationaux et à répandre la connaissance des arts et des sciences. Rome , bien qu'elle eût cruellement souffert des ravages des barbares, était toujours le centre des lumières et le dépôt de tout ce qu'il y avait de beau dans l'Occident : les richesses, les ruines de la ville impériale frappaient d'étonnement les étrangers ; ils en revenaient avec des idées plus grandes et des vues plus élevées ; on s'efforçait d'imiter chez soi ce qu'on avait admiré au dehors ; et c'est à leur esprit observateur et à leur industrie que l'Angleterre dut presque toutes les améliorations qu'elle avait reçues avant la conquête. (2) Cependant lors même que les

(1) « Naturane, » dit Cicéron, « nobis datum dicam, an errore <( quodam ut, euro ea loca videamus in quibus memoria dignos tt viros acceperimus multos esse [versatos , magis moveamur quam « quando eorum ipsorum aut fada audiamus aut scriptum aliquod « legamus. ( De Fin., L V. )

(2) J'ai déjà parlé des améliorations introduites par S. Wilfrid et par S. Bennet Biscop; le dernier pourtant parait avoir désapprouvé les pèlerinages lorsqu'ils n'étaient pas justifiés par une perspective de grands avantages. Il eut soin de procurer des maîtres et des livres à ses

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pèlerinages étaient le plus à la mode il s'est trouvé des hommes qui , bien qu'ils n'osassent pas condamner une dévotion consacrée par la pratique des siècles , prétendaient avec raison que leurs compatriotes la portaient jusqu'à l'excès, (i) Ils se plaignaient que l'absence des évêques laissait à l'abandon les intérêts de l'Eglise; que celle des princes exposait la tranquillité de l'état ; qu'on n'entreprenait ces voyages de dévotion que pour se soustraire à la sévérité des canons pénitentiaux , et que les moeurs des pèlerins se détérioraient au lieu de s'améliorer. Ce dernier reproche n'est que trop bien fondé d'après la conduite de plusieurs d'entre les pèlerines : leur beauté devenait fatale à leur chasteté ; au milieu d'étrangers, sans amis, peutêtre sans moyens de subsistance, elles succombaient quelquefois victimes des artifices de la séduction ; et l'apôtre de Germanie avoue , dans

moines, afin qu'ils ne fussent pas tentes de faire de semblables voyages, mais qu'ils voulussent inti -a monasterii claustra quiescere. (Bèd., Hom. in natal Bened., VU, col. 465.

(1) L'nbbesse Bugge désirait de visiter Rome; mais ses amies lui firent tant d'objections qu'elle écrivit à S. Boniface pour lui demander sou avis. « Scimus quod multi sunt qui hanc voluntatem vitupérant, v et hune amorem derogant, et eorum sentcntiam his astlpulationibus « confirmant, quod canones synodales prateipiant quod unusquisque « in to loco ubi constitutus fuerit , et uhi votum suum voverit, ibi v maneat et Deo reddat vota sua. » (£p. Bonif, 38, p. 5o.j L'archevêque répondit qu'il valait mieux rester dans son monastère, à moins que les vexations de ses ennemis ne la forçassent de le quitter. {Ep. ao, p. a8. )

la douleur de son zèle , qu'il y avait peu de villes en Lombardie ou dans la Gaule qui n'eussent été témoins de la honte de quelques-unes de ses compatriotes voyageuses. (1) Mais ses remontrances n'eurent pas plus de succès que celles de S. Jérôme et de S. Grégoire n'en avaient eu dans les siècles précédens ; (2) la manie du pèlerinage ne laissait pas de se diriger toujours vers le Vatican : la pratique en était maintenue par la curiosité, et autorisée par l'exemple ; et tantque subsista la dynastie saxonne Rome vit presque tous les ans une foule de voyageurs anglais apporter le tribut de leur dévotion à la chasse de S. Pierre. (3)

VII. Avant de terminer ce chapitre je vais parler d'une pratique extraordinaire qui réu-

(1) Ep. Bonif., io5, p. 149; Wilk., p. 93.

(a) S. Grég., Nys., toua. III, ap., p. 5a; S. Hieron., ep. i3.

(3) La chronique saxonne fait remarquer comme quelque chose d'extraordinaire que l'an 889 aucun pèlerin n'alla à Rome, et que les lettres d'Alfred furent envoyées par deux messagers. (Chr. Sax. , p. 90.) Au sujet du pèlerinage Henri a fait cette découverte importante que les Saxons le considéraient comme le moyen unique, ou au moins le plus efficace d'assurer leur salut. A l'appui de cette assertion il produit une lettre de Cauute-lc-Grand , dans laquelle il fait dire au roi que « à cause de l'influence de S. Pierre dans le ciel il croyait absolument m nécessaire d'obtenir sa faveur par un pèlerinage à Rome. (Henri, vol. IV, p. 3o3.) Mais Henri pouvait rarement traduire un ancien écrivain sans y ajouter quelques modifications : dans l'original le roi garde le silence sur la nécessité d'un pèlerinage à Rome, mais il dit qu'il « estimait très utile de solliciter la protection de S. Pierre auprès <c de Dieu. » Ideo specialiter ejus patrocinium apud Deum expetere valde utile duxi. (Ep, Canut., apud "Wilk., p. 297.)

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nissai t les cérémonies les plus solennelles de la religion à l'administration publique de la justice. Pour dégager par des procédés judiciaires la vérité d'un amas de témoignages peu satisiaisuns et souvent contradictoires il faut une justesse de discernement et une force de jugement qu'on attendrait vainement des magistrats d'une nation à peine sortie de l'ignorance et de la barbarie : la jurisprudence d'un peuple illettré se borne généralement à un procédé plus simple et plus court , et dans des cas douteux un appel à la justice de la divinité décharge la conscience du juge, et constate le crime ou l'innocence de l'accusé. Tant que les Anglo- Saxons adorèrent les dieux de leurs pères la décision dans les procédures criminelles fut souvent confiée à la sagesse de Woden : devenus chrétiens ils attendirent avec plus de confiance du vrai Dieu cette interposition miraculeuse qu'ils avaient d'abord cherchée dans une divinité imaginaire. C'était un Être d'une connaissance et d'un pouvoir infinis ; il était le protecteur de la vertu et le vengeur du crime ; pouvait-il donc rester indifférent lorsqu'il était solennellement invoqué , permettre au mensonge de triompher de la vérité, et laisser l'innocence confondue avec le crime ? (i) Ce raisonnement, quoique faux, était plausible et

(i) Missa judicii, apud Spelui., (jlos. voce Ordalium.

ANTIQUITES

faisait sur des esprits ignorans une impression profonde. Grégoire -le -Grand est dit l'avoir condamné : (1) son improbation fut connue des missionnaires ; mais l'autorité du pontife ne put résister au torrent des mœurs nationales , et pendant six siècles la jurisprudence des Saxons autorisa et ordonna des appels au jugement de Dieu.

Le temps , la nature et les cérémonies de ces appels étaient réglés par la loi avec l'exactitude la plus minutieuse: employer pour les épreuves judiciaires les jours particulièrement consacrés au service divin était réputé contraire à la bienséance , et aux jours de féte ou de jeûne les ordéals étaient rigoureusement interdits. (2) Onnelespermettaitpasindistinctementdanstous les cas; on ne les laissait pas non plus au choix des parties; pour les affaires civiles, la loi avait tracé une marche différente ; quant aux criminelles, lorsqu'on pouvait constater par des preuves suffisantes le crime ou l'innocence de l'accusé, on ne croyait pas les ordéals nécessaires; (3) mais si les argumens de chaque côté étaient à peu près balancés , si le prisonnier

(1) Décret, par. ll,caus. II, qusrs. 5, cap. Meo. La seconde partie du chapitre qui contient cette condamnation ne se trouve point dans le* oeuvres de S. Grégoire.

(a) Leg. Sax. , p. 53 , 188, îai, »3i.

(3) Ibid., p. a6; Wilk., Gloss., p. 4

de l'église anglo-saxonne.

ne pouvait réclamer la faveur de la purgation canonique, (1) ou se procurer un nombre compétent de compurgateurs, on avait recours au jugement de Dieu. L'accusateur jurait la vérité du délit ; l'accusé attestait par le serment son innocence , et Ton faisait pour l'ordéal les préparatifs nécessaires.

Comme la connaissance de la vérité dépendait alors de la décision du ciel le temps intermédiaire était employé en exercices de piété : trois nuits avant le jour désigné pour l'épreuve l'accusé était conduit devant le prêtre; les trois jours suivans il assistait le matin à la messe, et y faisait son offrande ; et pendant ces trois jours il jeûnait au pain et à l'eau avec des herbes et du sel. (2) A la troisième messe le prêtre t l'appelait à l'autel avant la communion , et le conjurait, par le Dieu qu'il adorait, par la religion qu'il professait , par le baptême dans lequel il avait été régénéré, et par les saintes reliques qui reposaient dans l'église , de ne pas recevoir l'eucharistie , ni aller à l'ordéal si sa conscience lui reprochait le crime dont on l'ao

(1) Si l'accusé était ecclésiastique ou moine, et que les preuves k sa charge ne fussent pas décisives, on lui permettait de se disculper par l'eucharistie ou par le serment. (Wilk., p. 8a, 3oo.) « Afin que par « une trop grande sévérité nous n'opprimions pas l'innocent, dit Tarte chevëque Egbcrt, qu'il se place la croix sur la tête, et jure par relui « qui vit toujours, et qui souffrit pour nous sur la tioix, qu'il n'est pas u coupable du crime dont il est accusé. » {Ibid., p. 8x)

(a) Lej. $ax. , p. 61 .

c usait : (i) il lui donnait alors la communion en prononçant ces paroles : « Puisse ce corps « et ce sang de notre Seigneur Jésus-Christ être « aujourd'hui pour toi une preuve d'innou cence! » (2) La messe finie le prisonnier niait encore le délit en faisant ce serment : « Par le « Seigneur je suis innocent et en paroles et en « actions du crime dont je suis accusé. » On le menait alors à l'épreuve.

Parmi ces épreuves il y en avait de quatre espèces différentes : 1 . le corsned, qui était un gâteau de pain d'orge pesant une once , et qui paraît une imitation de l'eau de jalousie , mentionnée dans les écrits des Hébreux. Le prêtre prononçait dessus une prière , dans laquelle il demandait k Dieu de daigner manifester la vérité entre l'accusateur et l'accusé ; que si le dernier était coupable, il tremblât et pâlit en recevant le gâteau , et que s'il essayait de le manger ses dents demeurassent immobiles , son gosier rétréci, et que le pain fut rejeté de sa bouche. On le lui donnait alors à manger , et le résultat ceitifiait son crime ou son innocence. (3) 2. Dansl'ordéal d'eau froide

(1) Mss. Rituel, Dunel. A. IV, 19, f. 55.

(a) Corpus hoc et tanyuU Domini nostri Jesu ChrUti sit vobis ( vel tibi) ad probationem hodie (Miss. Judic. apud Spelm., voct Orial. 'y voyez aussi Leg. Sax. , 6l, 64.)

(3) Exorcism. panis ordeacii, apud Spelm. , voce Ordal. On substituait quelquefois du fromage, {lbid.)

db l'église anglo-saxonne. 375 le prisonnier était dépouillé de ses vêtemens : on lui liait les mains et les pieds; on lui donnait à baiser le livre des évangiles, et son corps était aspergé d'eau bénite ; on lui passait autour du corps une corde de deux aunes et demie de longueur, puis on le plongeait dans l'eau : s'il allait au fond il était sur-le-champ rendu à la liberté : s'il surnageait on le livrait, aux officiers de la justice. (1) Il paraît par ces deux épreuves qu'il y avait peu à craindre pour le coupable : il est difficile de concevoir par l'autre comment l'innocent pouvait échapper. 3. Quant à l'ordéal d'eau chaude on allumait du feu sous un chaudron dans un lieu retiré de l'église : à une certaine profondeur de l'eau , qu'on augmentait en proportion de l'énormité de l'offense, (2) on plaçait une pierre ou un morceau de fer. Les étrangers étaient exclus, et les deux parties , chacune accompagnée de douze amis, s'avançaient pour subir l'épreuve; ils étaient ranges sur deux lignes de chaque coté du feu : quand on avait récité les litanies l'accusateur et l'accusé choisissaient un de leurs

(1) Jdjuratio <mu<* , ibid. ; Leg. Sax,, p. aO , 61.

(a) Dans le» ordéals d'eau chaude et de fer chaud l'épreuve pour les plus grands crimes était appelée l'ordéal triple , celle pour les plus petits se nommait l'ordéal simple ; le premier s'employait pour les crimes de sacrilège, de trahison, de meurtre, d'idolâtrie et de magie. Dans l'ordéal triple la pierre devait être à une coudée de profondeur , •t 1« poids du fer chaud était de trois livres. (Le<j. Sax., p. *7«)

compagnon» pour examiner l'eau , et lorsqu'ils étaient d'accord qu'elle avait atteint le plus haut degré de chaleur possible le dernier plongeait son bras nu dans le chaudron , et en retirait la pierre : le prêtre enveloppait soudain le bras d'un linge blanc , et y apposait le sceau de l'église. Au bout de trois jours on ôtait le bandage , et le sort de l'accusé dépendait de l'apparence de la blessure : si elle n'était pas parfaitement guérie on le présumait coupable. (1) 4- Dans Tordéal du fer chaud les mêmes précautions étaient prises touchant le nombre et la position des assislans : près du feu on mesurait un espace égal à neuf fois la dimension du pied du prisonnier, et on le divisait en trois parties. Sur le bord de la première se trouvait une petite colonne de pierre : aussitôt que la messe était commencée une barre de fer pesant une ou trois livres, ' selon le genre de l'accusation, était posée sur des charbons ; a la dernière oraison on l'enlevait pour la placer sur la colonne : le prisonnier la prenait aussitôt à la main , faisait trois pas sur les lignes tracées auparavant, et la jetait à terre. Le traitement de la brûlure et les indices du crime étaient les mêmes que dans

(1) Leg. Sax. , p. t»6 , 6l J Adjuratio aquœferventis , apud Spelm., voce OrdaU

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de l'église anglo-saxonne. 377

l'épreuve d'eau chaude. (1) A ces quatre ordéals les nations du continent en ajoutaient un cinquième , celui du duel ou combat particulier : il ne fut connu des Anglo-Saxons qu'après la conquête; c'était le plus absurde de tous , et c'est le seul que la sagesse moderne a cru devoir perpétuer.

Les différens effets qui accompagnaient les ordéals offrent une matière délicate à la réflexion : il est évident que tous n'étaient pas reconnus innocens par le corsnedet l'immersion , ni tous coupables par l'eau chaude et le fer chaud; autrement ces appels à la justice de Dieu auraient dû perdre tout crédit dans l'estime publique. L'effet du corsned peut être attribué aux terreurs d'une conscience coupable et d'une imagination exaltée; mais il est extrêmement difficile de se rendre compte de l'effet des trois autres. Quelques-uns sans doute seront portés à croire que Dieu pouvait en certaines circonstances s'interposer en faveur de l'innocence; d'autres que l'accusé devait souvent sa délivrance à sa propre dextérité ou à l'avantage d'une complexion robuste ; mais des écrivains modernes ont supposé géné-

(2) Leg. tax., p. a6,6 1 . Je n'ai point parlé* d'une espèce d'ordéal de feu qui consistait 4 marcher sur le fer chaud au lieu de le porter a la main; je ne m'en rappelle aucun exemple avant la conquête, excepté dans l'his- • toire de la reine Emma, histoire qui mérite peu de foi puisqu'elle paraît avoir été inconnue à ceux qui ont du la connaître le mieux ; Ingulf, Aclred, Malmsbury,, Hovcden, Huntingdon et l'auteur de U Chronique saxonne.

ralement que le clergé possédait un secret par lequel, selon qu'il le jugeait convenable, il endurcissait la peau avant l'ordéal , ou guérissait après la blessure dans l'espace de trois jours. Cette conjecture cependant n'est appuyée sur aucun écrivain contemporain , et doit paraître tout à fait invraisemblable. Ce secret, si répandu dans presque toute la chrétienté, et constamment employé pendant plus de dix siècles , n'aurait pu être dérobé à la connaissance du public ; et s'il était connu comment pouvonsnous croire que des législateurs eussent toujours persisté à prescrire l'épreuve de l'ordéal pour la conviction du crime ou la justification de l'innocence ? Dans 1 les lois des princes anglosaxons elle est approuvée à plusieurs reprises , et à une époque postérieure nous en devons l'abolition , non à la sagesse de la législation , mais aux remontrances du clergé. Les pontifes romains l'ont souvent condamnée comme superstitieuse : ces condamnations étaient insérées dans le code des lois canoniques, et Henri III, pour calmer les scrupules de ses évêques, consentit à suspendre l'usage des ordéals dans la troisième année de son règne. (1) Quoique la proclamation qu'il fit à ce sujet n'allât pas jusqu'à une prohibition absolue il ne

(1) Voyez le rescrit de Henri UI dan* le SpicUegium de Selden ad Eadm. ,p. ao^.

de l'église anglo-saxonne. 379

paraît pas que depuis ils aient été mis en usage. (1)

(1) Il faut en excepter l'ordéal d'eau froide, qui pendant long-temps fut employé dans le jugement des sorcières.

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