I. Le premier des moines saxons qui se dis
Bède fait mention du code de Justinien, et le nom de Pandectes qu'il donne aux Ecritures (Bèd p. 299.) justifiera peut-être le soupçon qu'il connaissait les Pandectes de cet empereur. Alcuin nous a laissé le détail suivant des sciences qu'on étudiait dans l'école d'Yorck.
1435 Illi* rfaeiorie» infunden* refluamioa Irtoi juridica curavit cole poliri ; Illo» Aonio doeuh concinnere cantu ,
El juga Parnawi lyrîcîa percurrere p Initia, 1 44o Ast alioa fecil pnefatua noaae magiiter
c«li, tolia lunnque lalvre*; mai, errantia aide» aeplen , Aatrorum legea, on us aimul aiqueraceaaua ; Aerioi motua pelagi , terraeque t*morem . i445 Naturas hominum , pecudum ydncrumqu Diveraaa numeri apeciea, Ta ri 3 qui- figura* , PMcbalique dédit aolemnia c «a recurao , Maxime scriptural pai>d«Di PJrteria sacras.
( Aie, de Sanc. Btor., p. :jS.
uigm
de l'église anglo-saxonne. 4*3
tingua par ses écrits fut S. Aldhelm, abbé de Malmsbury, et ensuite évêque de Sherburne. Dans sa jeunesse il avait suivi les leçons deMaidulf , moine écossais; mais la grande réputation de l'école de Cantorbéry l'attira à cette capitale, où il étudia avec une application infatigable sous les yeux de l'abbé Adrien. Il sentit bientôt ou crut sentir l'inspiration des muses : ses poésies saxonnes obtinrent les applaudissemens de ses compatriotes , et deux siècles après Alfredle-Grand le déclara le prince des poètes anglais, (i) Encouragé par le succès qu'il avait obtenu il aspira à une plus haute perfection , et put se glorifier d'avoir été le premier de ses ' compatriotes qui s'inscrivit au nombre des adorateurs de la muse romaine. (2) Sa réputation , s'étant rapidement accrue, se répandit bientôt chez les nations voisines; et les étrangers mêmes s'empressaient de soumettre leurs écrits au jugement transcendant d'Aldhelm. (3) Cette circonstance pourrait nous donner une haute idée de son mérite littéraire; mais ses principaux ouvrages qui nous restent encore nous
(l) Malm., L V de Pont., p. 34a.
I») Mibi cooiciui su m illud me Virgilianum poste jaetare :
Pli mu s ego in patriam mecum modo TÏIa taperait , Àldhelmu» rediena deducam vertica matas. (IHd.)
(3) Ibid. Il se trouvait entre autres plusieurs savans écossais qui lui envoyaient leurs écrits , ut perfecti ingenii lima scabredo eraderetur scotica. {Ibid.) Ses ouvrages étaient très estimes en Espagne. {Annal., Bened., tom. U, p. a5.)
4l4 ANTIQUITÉS
portent à croire qu'il a dû sa célébrité plutôt à l'ignorance qu'au goût de ses admirateurs. Quant à ses poèmes, si l'on en excepte quelques passages , ils se font remarquer par une obscurité pompeuse de style, une affectation de phraséologie grecque, et une longueur surabondante de périodes confuses et fastidieuses. Il a peu de mérite comme écrivain ; mais si nous avons égard à la barbarie du siècle précédent et aux difficultés dont il était entouré nous ne pouvons lui refuser l'éloge dû au génie , à la constance et au talent, (i)
IL Tandis que le peuple de Wessex était fier de la renommée d'Aldhelm un autre savant, plus fameux encore , d'un coin obscur de la Nor- I thumbrie s'élevait graduellement à la lumière: Bède , que la postérité a honoré du surnom de vénérable, naquit dans un village situé entre les embouchures de la Wear et de la Tyne.(3) A l'âge de sept ans il fut confié aux soins des moines établis depuis peu par S. BennetKseop à Weremouth et à Jarrow , et la reconnaissance du disciple a immortalisé la gloire du monastère ■
(1) Ses écrits étaient consacrés à la culture des lettres et aux progrès de la vertu; ils ont pour titres de Métro, de Schematibus, àt Laude virginum, de JEnigmatïbus, etc. U mourut eu 7 19.
(2) U naquit d'après ion rapport dans le territoire (le SundcrUnd, version d'/tlfred, p. 647.) des monastères réunis de Weremouth et de Jarrow; c'est dans ce dernier qu'il misait se résidence ordinaire. Ann. 67a.
db l'église anglo-saxonne. 4*5
et de son fondateur. Doué de talens naturels et jaloux de se distinguer il s'appliquait sans relâche à l'étude des sciences, et vers la fin de sa vie il nous apprend qu'il avait consacré cinquantedeux ans à ce qu'il regardait comme la plus délicieuse de toutes les études , sa propre perfection et l'instruction de ses élèves, (i) Sans autre secours que la bibliothèque du monastère , et au milieu des devoirs pénibles et nombreux de la profession monastique , (2) son esprit vaste et ardent embrassait toutes les sciences qu'on étudiait alors , et l'éleva bien au-dessus de ses compatriotes. S'il n'avait écouté que sa modestie, son nom aurait probablement été enseveli dans l'oubli; mais les ordres de ses supérieurs et d'Acca, évéque d'Hexham, le forcèrent d'écrire, et il chercha une excuse à sa présomption dans l'espérance que ses ouvrages abrégeraient et faciliteraient à ses compatriotes les moyens d'acquérir des connaissances. (3) Dans son catalogue des livres qu'il avait composés , et dont il nous reste encore la plus grande partie , nous trouvons des introductions élémentaires aux différentes sciences , des traités sur la physique ,
(1) Semptr aut discere aut docere aut scribert dulec habui. (Bed., Hist., 1. V,c. a/J.)
(2) Scion son expression, les innumera monasticœ servitutis retinacula. (Bède, Ep. ad Accam.)
(3) Ibid.
4l6 ANTIQUITÉS
l'astronomie et la géographie, des sermons, des notices biographiques sur les abbés de son monastère et sur d'autres personnages éminens , et des commentaires sur la plupart des livres de l'Ecriture. Mais son histoire ecclésiastique des Anglo-Saxons est le plus célèbre de ses ouvrages : l'idée lui en fut suggérée par Albin, abbé du couvent de Saint-Augustin à Cantorbéry, et disciple de Théodore et d'Adrien. Tous les prélats anglais en approuvèrent le projet, et communiquèrentà l'historien toutes les lumières qu'ils pouvaient se procurer ; et c'est dans la même vue que Grégoire III permit à Nothelm, prêtre de l'église de Londres , de faire des rech crchcs dans les annales du siège apostolique, (i) L'ouvrage fut achevé deux ans avant la mort de son auteur, il fut reçu avec des applaudissemens universels ; les générations postérieures le conservèrent pieusement comme un souvenir de la vertu de leurs ancêtres ; et Alfred-le-Grand le traduisit en saxon pour l'instruction de ses compatriotes les plus ignorans. (2) On n'a jamais douté que cet ouvrage ne fût un rapport fidèle des temps; et si la crédulité de l'écrivain touchant certains miracles paraît une tache aux yeux de quelques critiques, toutefois sa
(\) Hist. Prœf., p. 39, 38.
(a) On avait quelque doute autrefois sur l'auteur de cette version; tuais le témoignage d'^Elfrie l'a fait attribuer au roi.
de l'église anglo-saxonne. 4!7 candeur, 8a sincérité et sa piété doivent plaire à tout lecteur et en même temps l'édifier. Le style en est clair et coulant , et quoique bien inférieur à celui des grands maîtres de l'antiquité il peut à juste titre être mis au-dessus de tout autre modèle du siècle. Bède mourut comme il avait vécu, au milieu de ses travaux littéraires et dans la pratique de la dévotion. Durant sa dernière maladie il avait entrepris une traduction anglo-saxonne de l'évangile de S. Jean , et en était au sixième chapitre la veille de sa mort. « Cher maître , dit un de ses dis- « ciples , il me reste encore une phrase à écrire. « Ecris-la donc promptement, répondit Bède. » Le jeune homme bientôt après dit qu'elle était achevée. « Vraiment, s'écria le moine mourant, « elle estachevée ! Tiens ma tête dans tes mains, « car c'est un plaisir pour moi d'être assis « vis-à-vis de la place sainte où j'ai été accourt tumé de prier. Laisse-moi ici invoquer mon « père. » On le plaça sur le pavé de sa cellule ; il répéta le Gloria Patri, et expira, (i)
La réputation de Bède lui survécut et s'augmenta après sa mort : les Saxons étaient glorieux que leur nation eût produit un écrivain si éminent ; les moines de Weremouth et de Jarrow étaient accablés des sollicitations qu'on leur faisait pour obtenir des copies de ses ou-
(i) Ep. Cuth.} apud Sim. Dun., p. 78. Ann. 7 35.
4l8 ANTIQUITÉS
vrages; (i) et cent ans après le* prélats francs dans le concile d'Aix-la-Chapelle le mirent au nombre des pères de l'Eglise, et le qualifièrent « de vénérable et d'admirable docteur. » (2) Si le perfectionnement des temps modernes a fait perdre à ses écrits beaucoup de leur valeur cette cause ne doit pas plus nuire à son mérite qu'à celui des philosophes de la Grèce et de Rome. Bède était un grand homme pour le siècle où il vivait : il aurait été un grand homme s'il eût vécu dans tout autre temps.
III. La perte que la littérature anglo-saxonne avait faite par sa mort ne tarda pas à être réparée par les talens d'Alcuin. Alcuin était né d'une famille illustre dans les murs ou dans le voisinage d'Yorck : (3) la grande école de cette ville était depuis peu parvenue à un haut degré
( 1 ) £p.9 Bonif., p. 1 a } i 3 , i ao , i a4 , 1 3o , 1 5a , a3 1 . « Et rec- « tum quidem mihi videtur, dit l'aLbé Cuthbert, ut tota <jens Anglo- « rumf in omnibus provinciis ubicumque reperti sunt, gratias Deo « rçferant, quia tam mirabilem wirum Mis in $ua natione donavit.r* (Ibid., p. aa4<)
(2) Quid venerabilis , et modemis temporibus doctor admirabilis Beda presbyter sentiat , viieamus. ( Con. Jquisgran., II, prœf. k III.)
(3) Etant issu de la même famille que S. "Willibrord 'û hérita du monastère de Sainte-Marie , bâti par le père de ce missionnaire près de l'embouchure de l'HumLer. (Annal. Bened., tom. U, p. 3aa.) Dans son poème sur les saints d'Yorck l'auteur se dépeint comme originaire de cette ville : (v. 16, iG5â.) on y remarque un trait qui suffit pour prouver que ce poème doit être attribué à là plume d'Alcuin. La jeunesse du poète peut faire excuser l'infériorité de la poésie.
de l'église anglo-saxonne. 4l9
de célébrité par les efforts de l'archevêque Egbert, prélat , qui sous les auspices de Bède avait conçu une espèce de passion pour les sciences , et qui , malgré sa royale origine et l'élévation de son rang, se faisait gloire d'en enseigner les rudi mens aux jeunes nobles élevés dans le monastère épiscopal. (1) Alcuin fut de bonne heure confié à ses soins , et les talens , la vertu et la docilité de l'élève fixèrent bientôt les regards du maître, et lui gagnèrent son affection. Egbert à sa mort lui légua sa bibliothèque, et le choisit pour lui succéder dans l'importante fonction d'instituteur. Les talens du nouveau professeur justifièrent la préférence ou le discernement de son protecteur; sa renommée ajouta encore à l'ancienne célébrité de l'établissement, et des étudians de la Gaule et de la Germanie accou-
(i) Egbert, frère du roi de Northumbrie, avait été élevé sous le vénérable Bède ; pénétré de respect pour la mémoire de son maître il stuivit scrupuleusement sa méthode d'enseignement. Il se levait à la pointe du jour, et lorsque des occupations plus pressantes ne venaient pas y mettre obstacle , assis sur son lit il instruisait ses élèves tour à tour jusqu'à midi : il se retirait alors dans sa chapelle, où il célébrait la messe. (Sanctificabat cos, offerens corpus Christi et sanguinem pro omnibus. (Vit, Aie., p. 1 49- ) A l'heure du diner il se rendait à la salle commune , où il prenait un repas frugal , quoiqu'on eût soin de lui servir la meilleure chère : pendant le diner il se faisait toujours faire une lecture instructive , et se plaisait à écouter jusqu'au soir les discussions de ses écoliers sur quelques sujets littéraires. Alors il récitait avec eux l'office de compiles, les faisait approcher de sa personne, et les élèves, ayant reçu à genoux et successivement sa bénédiction, allaient ensuite se livrer au repos. Alcuin racontait souvent ces particularités à ses amis. (Vit. Aie. in Act. SS. Bened. sœc. IV, t. I, p.,i49-)
raient en foule aux leçons d'un maître si distingué, (i)
Egbert eut pour successeur jElbert, son parent , qui avait autrefois enseigné dans le même séminaire : celui-ci comme son prédécesseur s'empressa de rendre hommage au mérite d'Alcuin; il le chargea d'une mission importante à la cour de France , confia à ses soins et à ceux d'Eanbald l'établissement de la nouvelle église, et lui laissa par son testament le plus précieux de ses trésors, le grand nombre de volumes qu'il avait recueillis dans ses dhTérens voyages en Gaule et en Italie. (2)
Àlcuin visita Rome pour faire obtenir \epdlium à Eanbald , le nouvel archevêque, et à son retour à Pavie il fut présenté à Charlemagne. Ce prince était alors au faîte de sa puissance ; mais à la gloire de conquérant il voulait ajouter celle de protecteur des lettres : la renaissance de la littérature dans ses vastes domaines avait fixé
(1) Eo tempore in Eboraica civitatefamosus merito tcholam mqister Jlcumus tenebat, undecumaue ad se ùonfluentibus de wa$M sua scLentia communicant. (Vit. S. Lindaeri in Ad. Bened. sac. IV, tom. I, p. 37.)
(a) Àlç., de Pont. ebor. Eccl, V, i5a5. Alcuin déplore ainsi U mort de son patron :
• OPaterl o partor! ?has tpet maiima non rte ,
« Te aine noa Orimur t ur bat a per explora mundi ;
• Te dace deterti variie ioToUimar uadia,
■ Incerti «jualera mereaniur tangere portum.
« Sidera dam lucent , tradit dum nubila
. &*mj*r bon©», nomenqu* tuum , laudeeqne manebunt. «
de l'église anglo-saxonne. 421
depuis long-temps son attention , et il saisit l'occasion pour demander l'assistance de l'An-
d'Alcuin se réveilla, et il promit de retourner si le roi de Northumbris et l'archevêque d'Yorck daignaient y consentir : ayant obtenu leur assentiment il tint sa promesse. (1) Charlemagne se mit aussitôt au nombre de ses disciples : tout noble , tout ecclésiastique qui aspirait à la faveur du prince imita son exemple , et chercher à se distinguer dans l'école d'Alcuin devint la voie la plus sûre pour parvenir aux honneurs civils et ecclésiastiques. L'esprit d'amélioration se répandit de la cour dans les provinces les plus lointaines : on publia des lois pour l'encouragement des sciences ; on ouvrit des écoles dans les principaux établissemens ecclésiastiques et monastiques ; et les efforts de l' Anglo-Saxon, se- . condés par l'influence de son protecteur, rétablirent l'empire des sciences en Gaule et dans, la Germanie. (2)
(i) VU. Aie. in Ad. Bcned., sac. IV, t. I, p. i53. Alcuin fait allusion ait même événement dan* une de ces Lettres à Charlemagne : « Ex diversis mundi partïbus amatores illius vestrœ voluntatis con- « vocare studuistis. Inter quos me etiam infimum ejusdem sancta « sapientiœ vernaculum de ultimis Britannùa finibus adscisetre curas- « tis.» (Aie, Ep. 23.)
(a) Un poète allemand a ainsi exprimé sa reconnaissance envers Alcuin et ses compatriotes :
1 lire lamm arrtoit laut Ml «lerna Britan • Ula bonai *rtc» M frai» ntun*ia lingur.
Charles ne se montra pas ingrat envers son maître ; il le retint constamment auprès de sa personne, l'honora de distinctions particulières, et lui donna les revenus des abbayes de Ferrières et du couvent de Saint-Martin; mais ni la faveur ni les présens du monarque français ne purent altérer l'affection d'Alcuin pour la Bretagne. Il se regardait toujours comme un honorable exilé, et sollicitait souvent, mais sans succès , la liberté de revoir sa patrie : la répugnance de Charlemagne ne pouvait être vaincue par des prières ; enfin des considérations politiques en triomphèrent.
Le monarque français avait chargé Gerwold , abbé de Fontanelles e t percepteur des douanes ,( i ) de négocier un mariage entre son fils Charles et une fille d'Ofla , roi de Mercie. L'orgueil du Mercien aurait sans doute été flatté de l'alliance d'un si grand potentat; mais il résolut de traiter avec lui d'égal à égal, et demanda en compensation la main d'une princesse française pour son fils
• StcHaromque tïu, ei magni aidera ccrii
• Obccrranj, item m torhatis iniulit oria.
• Quid non Alcuino facuoda Lutetia debaa)
(Apui Cam., totna I. p. 166 )
(1) Fontanelles était une abLaye située dans le diocèse de Rouen, nommée ensuite couvent de Saint-Wandrille. Cvf entavf ic , maintenant Estaples , était le principal port , et c'est là que Gerwold était percepteur des douanes* Il s'y faisait un grand commerce avec l'Angleterre. (Chron. FontaneL, c. i5.) Près de la ville se trouvait le monastère de Saint-Joseph que Charlemagne donna ensuite à Alcuin pour b commodité des voyageurs anglo-saxons.
de l'église anglo-saxonne.
Egferth. Charlemagne fut indigné delà manière dont on avait reçu sa proposition, et Ton interdit tout commerce entre les négocians des deux états. Il est probable que les intérêts de Gerwold souffrirent de cette cessation de commerce : il trouva en homme habile le moyen de calmer le ressentiment de son souverain , et Alcuin fut choisi pour porter à Offa des propositions amicales, (i) Quoique nous n'en ayons pas de preuve positive on aurait peine à douter qu'il ait réellement exécuté cette commission; toujours est-il certain qu'il visita l'Angleterre à cette époque, et que la paix et la concorde furent rétablies entre les deux nations. (2)
Alcuin ne se pressa pas de quitter ses compatriotes , et quoiqu'il fût sans cesse importuné par les sollicitations de Charlemagne trois ans s'écoulèrent avant qu'il retournât en France : il fut reçu avec honneur par son protecteur, reprit ses premières fonctions , et fut promu aux abbayes de Saint- Joseph à Cwentawic, et
(1) Si je me suis un peu étendu sur les circonstances de cette affaire c'est que lu causa de la rupture entre Charlemagne et Ofl'a a échappé à la recherche de nos historiens nationaux depuis Malnisbury jusqu'à M. Turner; elle est relatée par le chroniqueur de Fontanelles dans son mémoire sur l'abbé Gerwold. ( Chron, Fontand., Annal. Btned,f t. II, p. 287.) Alcuin fait mention du bruit qui courut qu'il devait être envoyé a Offa dans sa lettre à Colcus, apud Malin., </f Re.$.,
(%) On peut voir dans Maliusbury, (Ibid.) les lettres de Charlemagne à Olïa après leur réconciliation.
Je Saint-Martin à Tours. Il passa plusieurs années à la cour, caressé et respecté du prince et des courtisans ; mais à mesure qu'il avançait en âge il devenait las des honneurs dont il jouissait, et soupirait ardemment après la tranquillité qu'il avait goûtée dans son ancienne retraite à Yorck. S'il avait pu obtenir le consentement de Gharlemagne son intention était de finir ses jours parmi ses frères , c'est à dire au milieu du clergé de cette ville : (i) cette faveur lui ayant été refusée il demanda la permission de se retirer au monastère que son compatriote S. Boniface avait fondé à Fulde. (2) Mais Fulde était trop éloignée de la résidence royale , et son abbaye de l'église de Saint-Martin fut enfin choisie pour le lieu de sa retraite : là il abandonna ses bénéfices à ses disciples chéris , et partagea le reste de sa vie entre les exercices de dévotion et l'enseignement , son occupation ordinaire. Sa nourriture était sobre , sa prière fréquente; et il assistait tous les jours en qualité
(1) Malm., de Reg., 1. I, c. 3. Alcuin s'exprime ainsi dans une lettre au clergé d'Yorck : « Ego vestcr ero sivt in vita, sive in morte. « Et forte miser ebitur mei Deus , ut cujus infantiam aluistis, ejus « senectutem septliatis. Et si alius corpori deputabitur locus, tamen « animer , tjualemcumque habitaturœ, erit per vestras sanctas, Deo « donante, intercessiones requies. » (Ep. 98.)
(a) Son biographe nous apprend que si on la lui eût accordée, son dessein était de se faire moine. ( Fit. Jlc., p. 1 54- ) Après son éloignement de la cour, la direction de l'école palatine fut confiée à Clé-, ment, natif d'Irlande. (MabiJ., Pref. sarc. IV ; Bened.% i8i.N
de diacre à la messe que célébrait un de ses disciples dans sa chapelle particulière. Ses nombreuses charités lui attiraient les louanges et la reconnaissance des habitans de Tours ; et un hôpital qu'il fonda pour servir d'asile aux pauvres et aux voyageurs fut long-temps conservé sous l'inspection de ses successeurs , les abbés de l'église de Saint-Martin. Le grand objet de ses méditations fut de se préparer à la mort, et afin de réfléchir souvent sur cette dernière heure il composa sa propre épitaphe, fit choix d'un lieu hors de l'église pour sa sépulture , et le visita fréquemment, accompagné de ses élèves, (i) Il ne négligea pourtant pas son occupation favorite, et son école de Tours égalait en célébrité celle qu'il avait établie dans le palais. Les étrangers, et ses compatriotes surtout , (2) accouraient dans sa retraite pour re-
(1) Ibid., p. i56, 161. On peut voir son épitaphe dans la note t.
(2) La chronique de Tours et la plupart des écrivains affirment qu'Àlcuin introduisit des chanoines dans l'église de Saint-Martin. Mabillon prétend pouvoir prouver que les moines y demeurèrent jusqu'à sa mort; cependant il a pu se faire que le clergé de Tours fût jaloux de la multitude d'Anglo-Saxons qui visitaient Alcuin. Son biographe a conservé l'anecdote suivante à ce sujet. Un jour qu'Aigulf, prêtre anglais, entrait dans le monastère, quatre autres prêtres du clergé de France se tenaient sur la porte, et l'un d'eux s'écria en sa langue , pensant n'être pas compris de l'étranger: « Bon Dieu' quand cette maison scra-t-cïle « débarrassée de ces foules de Bretons qui accourent comme des este saims d'abeilles autour de ce vieillard ! » Aigulf entra en hochant la tête. Alcuin les fit venir aussitôt, leur répéta ce qu'il avait entendu, les pria de s'asseoir, et de boire à la santé de son compatriote avec un. verre de son meilleur vin. (Fit. Aie, p. 157.)
cueillir le fruit de sa conversation; l'empereur même et sa famille l'honorèrent souvent de leur visite, (i) C'est ainsi qu'il vécut révéré par Charlemagne et par sa cour : à sa mort on le pleura comme l'honneur de son siècle et le bienfaiteur de l'empire. (2)
La plume d'Alcuin ne restait jamais oisive : il fit à l'usage de ses élèves et en forme de dia- ! logues des traités élémentaires sur plusieurs sciences; compila à la sollicitation de ses amis les vies de plusieurs hommes remarquables, et prouva selon la circonstance sa dévotion pour
(1) Lorsque Charleinagne ne pouvait rendre visite à son vieux maître , il avait soin de lui écrire. Les vers suivans font honneur, sinon à ses talens comme poète, du moins à ses senti mens comme ami :
« Mena mea mellifluo, fat for, roof tudet «more ,
• Doctor a mate , tui : volui quapropter in odis,
■ O venerande i tuam mu sis toJare aenectatn : . Jam meliora tmet aaoct» vetUgia fit» ,
■ Dooec Btlivrii y «ni ai ad culmina regni ,
« Congaudena aanctit, Cliriaiu rociatua in ctuid.
• Mequeiuis precibui tecum repe, qunu, magUter, . Ad pi., qa« tendia miaerantia culmina régla. .
(Aie., Kpigram., i85.)
(*) Alcuin mourut vers l'an 810. (Act. SS. Bened., s*c. HT, p. 182.) 11 ne reçut jamais d'ordre plus élevé que celui de diacre; luimême et les Anglo-Saxons qui raccompagnèrent en Gaule étaient tou* également chanoines. Reyner il est vrai veut absolument, etMabillonse le persuaderait volontiers, qu' Alcuin fût moine; (Act. Bened., p. i63.) mais leurs ruisonnemens sont peu fondés, ef positivement contredits par le témoignage du moine qui a écrit sa vie d'après le rapport de Sigutf> son disciple bien-ainié. « 5e^uantur vestiqia, Benedicti teilicet mo- « nachis, Alchuini per omnia canonicis, imitationc digna. (P. ifà) « O vere monachum, monachi sine voto. (P. i5o.) Vita deniqueejut « non munasticœ injeriorjmU Nam qualts in patribus superius no- « minatis ( Eqberto et Mlberto ) prœcesscrat , talis et in Mo durait bat. » (P. i54.)
de l'église anglo-saxonne. 427
les muses en composant de petits poèmes. Ses lettres sont en grand nombre, et seront lues avec d'autant plus d'intérêt qu'elles retracent fidèlement les vues , les mœurs et les occupations des personnages les plus distingués de l'époque. C'est à lui qu'on a généralement attribué les livres carolins et les canons du concile de Francfort; et ses écrits contre Félix et Elipande dévoilèrent les hérésies, et confondirent l'audace de ces novateurs. Gomme Bède il écrivit des commentaires sur les ouvrages des pères , sur différens livres de l'Ecriture , et ses derniers travaux furent consacrés à un sujet de la plus haute importance pour la religion, la révision du texte de la Vulgate latine. Comme savant Àlcuin réclame la prééminence sur tous ses contemporains ; mais son principal titre à notre estime c'est l'ardeur qu'il déploya pour propager le goût de la science depuis les Alpes gauloises jusqu'aux rives de la Loire, du Rhin et de l'Elbe.
Le lecteur qui a appris à dénigrer la littérature du moyen âge va peut-être se persuader que j'ai prêté à nos ancêtres plus de mérite qu'ils n'en avaient en réalité ; mais en appréciant à leur valeur respective des écrivains qui ont vécu dans des temps différens on conviendra qu'il siérait mal de les juger tous avec la même rigueur. Si nous comparons les hommes
de lettre» du septième et du huitième siècle avec ceux d'une époque postérieure la distance entre eux paraîtra immense sous plusieurs rapports ; mais les droits qu'ils peuvent avoir à notrë approbation seront les mêmes quand nous viendrons à réfléchir que les derniers ont profité de la collection de lumières et d'expérience des générations qui se sont succédées, tandis que les premiers sortaient à peine d'un état d'ignorance et de barbarie. Les obstacles que les étudians saxons avaient à surmonter étaient nombreux et effrayans , et leur industrie et leur persévérance sont dignes de notre admiration : ils faisaient tout ce que pouvaient faire des hommes en pareilles circonstances; ils recueillaient tous les restes de la littérature ancienne, entreprenaient des voyages pénibles et dangereux pour acquérir des connaissances nouvelles, étudiaient toute espèce de science dans toute espèce de livres où ils pouvaient en découvrir quelques principes; et il y a lieu de présumer qu'ils possédaient la plupart des sciences aussi parfaitement qu'on les connaissait lorsque leurs aïeux les rendirent maîtres de la Bretagne. Ils manquaient indubitablement de pureté et d'élégance dans leur style; mais le goût avait dégénéré depuis le siècle d'Auguste, et insensiblement déchu avec la prospérité de l'empire. Les écrits latins des
de l'église anglo-saxonne. 429 quatrième et cinquième siècles montrent que la langue de Rome n'était plus la langue de Cicéron et de Virgile ; et sa décadence fut encore hâtée par les conquêtes des peuples du Nord, qui l'altérèrent par un mélange d'idiomes barbares. Un tel défaut doit donc être aux yeux du critique sincère plutôt un sujet de regret que de blâme ; et quand il remarquera que les écrivains saxons, souvent égaux, sont quelquefois supérieurs à la plupart de ceux qui vivaient avant le démembrement de l'empire , au lieu de les dénigrer il ne pourra s'empêcher d'applaudir à leurs efforts. ».
43û ANTIQUITÉS