CHAPITRE PREMIER
Introduction du christianisme en Bretagne. — Conquêtes des Saxons. — Leur conversion. — Conduite des missionnaires. — Controverses sur la Pàque.
Au commencement de l'ère chrétienne la Bretagne était le séjour de la superstition des druides : on a fait des recherches fort intéressantes pour savoir à quelle époque et par qui les naturels avaient été convertis au christianisme; mais cette question est encore bien incertaine. (1) S'il en faut croire le témoignage d'un ancien et respectable historien ils furent redevables de ce bienfait précieux au zèle de
(i) Quant à l'époque on nous cite souvent l'assertion de Gildas ; Tempore, utscimus , summo Tiberii L la saris; ((iild.de excid. Frit. rdît. Bertram,p. 71.) mais en lisant avec attention on sentira que l'écrivain fait allusion aux premières prédications de f Evarigil* dans Vempir* ro~ m-in, et non à la conversion d« la Bretagne.
quelques premiers disciples du Christ : (i) il a jugé à propos de taire les noms des missionnaires; mais plusieurs écrivains modernes ont amplement réparé cette omission; avec le secours des légendes , des traditions et des conjectures ils ont découvert que S. Pierre ctS. Paul, S. Simon et S. Jacques prêchèrent tour à tour en Bretagne , et qu'après leur départ Aristobule et Joseph d'Arimathie continuèrent cette pieuse entreprise. (2)
Il serait superflu de rapporter tous les témoignages que ces auteurs ont cités à l'appui de leurs fables : dans un siècle moins éclairé elles pourraient à peine obtenir quelque crédit; on peut aujourd'hui les négliger avec raison.
S'il est vrai qu'à une époque aussi reculée
(1) Voyez Eusèbe, (Dem. Evany., 1.1, c. 7) qui nous apprend que les apôtres prêchèrent non seulement aux nations du continent, mais qu'ils traversèrent l'Océan pour aller visiter les îles britanniques. (Yffsp tov cuxsavov 7raps).0siv ziti raç xa^ovpi«vae lîpSTTavtxaç vtjo'ouç.) Théodorct semble affirmer la même chose, quoique ses expressions soient susceptibles d'une interprétation beaucoup plus étendue. (Oi ftz KptETîpoi cù.iziç ou pwvov touç Pw^lsu 3 j ; y'ùy. xat Bpsrravouç $i%7J(X- Oou tou cnraypaÛÊVTOç touç vojzouç cctZTzziaçt». ) Théod., t. IV, p. 610.
(2) Usher a recueilli avec soin les témoignages originaux ( De Brit, Eccl. Primord.f p. 1. 3o.) Les controversistes catholiques étaient jaloux d'attribuer à S. Pierre la fondation de l'Eglise bretonne. (Parsons, Trois conver.y vol. l,p. 7, fol. 1GO8; Broughton, Eccles. Mst., p. 68 ; Alford , Annal., tom. I, p. 26, 3c), 4g), et les piotestans rivalisaient de zèle pour eu rapporter l'honneur à S. Paul. (Godwin, de Prim. Brit. Conver., p. 5; Sullingfleet, Orig. Brit., p. 37.) Les premiers se fondaient sur l'autorité douteuse de Métaphraste; les derniers sur les expressions ambiguës et hyperboliques de quelques écrivains antérieurs.
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quelques Bretons aient déjà embrassé la doctrine de l'Evangile on peut du moins assurer que leur nombre a dû être très peu considérable; et ce n'est qu'à une époque plus rapprochée de nous qu'il faut chercher , la propagation plus générale de la religion chrétienne. Les écrivains du pays assignent ces progrès du christianisme au règne de Lucius, prince breton, qu'on croit être descendu en troisième ligne de Caractacus , et qui hérita d'une portion de l'autorité que Claude accorda autrefois à ce héros. (1)
Quoique élevé dans les erreurs du paganisme, il était, dit-on, pénétré d'une profonde vénération pour le dieu des chrétiens; et l'édit favorable de l'empereur Àurélien l'engagea enfin à solliciter le secours spirituel d'Eleuther, pontife romain. (2)
Deux ecclésiastiques, Fugatius et Damianus , furent chargés de seconder les pieux désirs
(1) Il était arrière-petit-fils d'Arviragus, dont l'identité avec Caractacus fut autrefois indiquée par Alford, tom. I, p. 35, et depuis liaLilement soutenue par le Dr. Milner. (Hist. de Winch., vol.I, p. 29.) On peut aisément repousser ou éluder les objections de Cessy {Hist., p. 22,) et celles de Stillingflcet. (Oriq., p. 29.)
(2) Quelques écrivains sceptiques ont révoqué en doute la conversion et méuie l'existence de Lucius; mais il est évident par une autorité incontestable que la foi chrétienne fut publiquement professée en Bretagne avant la lin du deuxième siècle; (Tert., cont. Jud.f p. 189, edit. Rigalt; Oriq. Hom. vi in Luc, Hom. vi in kzech.) et les écrivains bretons attiraient généralement que c'est à Lucius que leurs ancêtres durent cet avantage. Je ne vois aucune raison pour récuser leur témoignage, à moins qu'il ne soit combattu par un témoignage non moins authentique des autres historiens.
de ce prince : ils virent leur zèle récompensé par les succès les plus rapides, et l'honorable titre d apôtres de la Bretagne leur fut assuré par la reconnaissance de leurs disciples, (i)
Quant à l'histoire postérieure de l'Eglise bretonne on n'a pu recueillir que fort peu de faits particuliers dans les ouvrages des anciens écrivains. Le premier événement qui doit fixer notre attention est la persécution exercée contre les chrétiens par la politique ou la superstition de Dioctétien : il avait confié à Constance le gouvernement de cette île; et ce prince ^ bien qu'il abhorrât la politique cruelle de forcer au parjure et à la dissimulation parla crainte des tourmens, n'osa pas, parce qu'il tenait sa puissance de César, refuser la publication de l'édit impérial, ni empêcher les magistrats subalternes desatisfaire leur haine secrète contre les ennemis de leurs dieux. Si l'Eglise bretonne eut en cette circonstance, à déplorer ta faiblesse de plusieurs de ses enfans, qui cédèrent à l'impulsion de la terreur, elle eut aussi à se glorifier du courage d'un grand nombre , qui bravèrent la fureur de leurs tyrans et saisirent avec joie la couronne du martyre. Parmi ces saintes victimes nos ancêtres
(i) Nennius, p. 108, edit. Bert.j Ang. Sac, vol. Iï, p. 667. Si les Triades n'étaient pas une autorité équivoque on pourrait opposer dans Bran, aieul prétendu de Caractacus, un antagoniste dangereux. ( Voye* Triad. , 35.)
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honoraient d'un culte particulier Alban, protomartyr de la Bretagne , et Julius et Aaron , citoyens de Caerleon : (i) mais Constance ne demeura pas long-temps tranquille spectateur des cruaulésqu'ilcondamnaittacitement; après l'intervalle de deux ans il se vit revêtir de la pourpre impériale; dès ce moment il plaça les chrétiens sous sa protection, et remit dans le fourreau le glaive de la persécution. (2)
Les Bretons, retirés dans un coin de l'occident, avaient à peine entendu parler des controverses qui agitaient les Eglises d'orient; mais ils prêtèrent une oreille plus favorable aux doctrines de Pélage leur compatriote ; et ses disciples, armés de syllogismes et de distinctions puises dans dans la logique d'Aristote , confondirent la simplicité de leurs pasteurs sans pouvoir ébranler leur foi. Les rapides progrès que faisait l'erreur alarmèrent le zèle du clergé orthodoxe; et le pontife romain, ou les évêques de la Gaule , ou peut-être tous ensemble, chargèrent S. Germain d'Auxerre et S. Loup de Troyes de soutenir dans cette contrée la cause de la catholicité expirante : (3) ils se rencontrè-
^i) Gild.,p. 7a et Bed. HUt., 1. 1, c. 7.
(2) Euseb., Vit* Const.f 1.1, c. 16. Pour la date de cette persécution, an 3o5, voyez Smith. (Bed., Hist. appen., p. 65g.)
(3) An 429« Savoir de qui S. Germain reçut sa mission est une question de pen d'importance, qui a été vivement mais en vain dis-
rent avec les disciples de Pelage au synode de Vérulam. La journée se passa en débats inutiles ; le soir un miracle vint confirmer les argumens de S. Germain, et ses adversaires se déclarèrent pour sa doctrine.
Les missionnaires retournèrent à leurs diocèses en triomphe; mais à peine furent-ils partis que l'on prêcha les opinions condamnées avec une ardeur plus fougueuse encore ; et Vévêque d'Auxerre fut contraint de reprendre ses fonctions apostoliques. Ses derniers travaux furent récompensés par le succès le plus brillant : les partisans de l'erreur disparurent devant lui , et le pélagianisme fut extirpé de l'île, (i) Cependant la joie que cet événement causa aux Bretons fut bientôt troublée par de nouveaux malheurs. •
Un ennemi étranger plus redoutable se montra, et après une lutte longue et incertaine la religion et le gouvernement des naturels succombèrent sous les efforts opiniâtres des Saxons.
Ce peuple , au commencement du deuxième siècle, ne formait qu'une tribu peu nombreuse et méprisable , qui habitait une partie de la Cherso-
cutée. Constance ( Vit. Germ., I 1, c 19.) l'attribue aux prélats de la Gaule; Prosper {Chron. ad an. 4^9» Hb. aàv. collât, c. 4 »•) au PaP€ Célestin.
(l) VU. Germ. , J. il. c 1.
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nèse cimbrique; (i) dans le quatrième siècle il é tai t devenu une nation considérable et puissante, dont les territoires s'étendirent progressivement jusqu'à l'Elbe, le Weser , l'Ems et le Rhin. (2) Leur occupation favorite était la piraterie. Un corps de Francs , établi par l'empereur Probus sur les côtes du Pont, s'était emparé d'une flotte romaine, et, naviguant sans obstacle à travers le Bosphore et la mer Méditerranée , il avait abordé en sûreté" sur les côtes de la Batavie. Leur heureuse témérité réveilla l'esprit aventureux des nations voisines, qui , bien qu'elles ignorassent l'art de la navigation , et qu'elles n'eussent ni la patience ni l'adresse d'imiter la construction des vaisseaux romains, résolurent hardiment de tenter fortune sur l'Océan : dans de légers et étroits esquifs ces intrépides barbares se confièrent à la merci des vents et des vagues. (3) Le commerce des provinciaux récompensa leur audace et accrut leur nombre. Au milieu des orages les hordes saxonnes s'élançaient de leurs ports, parcouraient les mers voisines, et pillaient à l'im-
(1) Ewt tov avjpva rrtç *ip6ptx>}Ç X*ppovyj<rou. (Ptol., in quart. Euroy. tab.) 11 paraît d'après ses dernières observations, qui furent faites l'an i3<), que ce Ptolémée écrivait avant le milieu du deuxième ftiècle. ( Enc 'ycl. méthod. , Physique , tom. 1, p. 3o5.)
(a) Àmm. Marcel, 1. 37 ; Ethcbrerd , 1. I; f. 4? 4 : édit. Savile.
(3) Cui pelle solum sulcare Britannum
Ludus, et assuto alaucum marefindere Umbo.
(Sid. Apol., Carm. 9, ad Avit.)
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proviste les côtes de la Gaule et de la Bretagne. Lorsque l'empereur Honorius rappela de celte île les légions occupées à la garder les naturels, qui avaient souvent éprouvé la valeur terrible des Saxons, implorèrent leur secours contre leurs anciens ennemis les Pietés et les Ecossais. Hengist avec une petite troupe de mercenaires accepta la proposition ; (i) mais le perfide barbare tourna ses armes contre ceux qu'il devait défendre , et la possession de Kent fût le fruit desa trahison. La fortune de Heugist excita l'ambition des autres chefs; une multitude de nouveaux aventuriers infesta tous les ans les côtes de la Bretagne, et les naturels, quoiqu'ils se défendissent avec un courage digne d'un plus heureux succès, furent insensiblement contraints de se retirer vers les montagnes hautes et escarpées qui couvrent la côte occidentale.
Par suite de cette révolution mémorable la plus belle partie de l'île, depuis les murs d'Antonin jusqu'au canal Saint-Georges, fut inégalement partagée entre huit chefs indépendans. (2) Les autres tribus barbares qui démembrèrent l'Empire romain usèrent du droit de la victoire
(1) Ann. 449*
(2) Jaloux de l'honneur de ses compatriotes Goodall s'efforce de prouver que les conquêtes des Saxons furent arrêtées par le Tweed. Voyez son introduction à l'Histoire d'Êcosse , mise en tête du Scotichronieon d« Fordun. (Edirah., 1759 , p. f\o.)
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avec assez de modération, et, incorporant les naturels avec elles-mêmes , elles apprirent par degré* à imiter leurs mœurs , et adoptèrent leur culte.
Mais la férocité naturelle des Saxons avait été aigrie par la résistance opiniâtre des Bretons ; ils n'épargnèrent ni la vie ni les habitations de leurs ennemis : la soumission pouvait rarement désarmer leur fureur; les églises, les villes, les villages, tous les ouvrages de l'art et tous les restes de la grandeur romaine, devenaient la proie des flammes; (i) et en se livrant ainsi à leur ressentiment ils étouffèrent les germes les plus féconds de leur amélioration civile et religieuse. Avec la race des anciens habitans disparurent les charmes de la société et la connaissance de l'Evangile; au culte du vrai Dieu succédèrent les rites impurs de Woden, et l'ignorance et la barbarie de la Germanie du nord furent transplantées dans les provinces les plus florissantes de la Bretagne. A
Jadis les Grecs se consolaient d'avoir été soumis par la fortune victorieuse de Rome en se
[(i) Confovebatur de mari u.<çue aâmare ignis, orientali sacrilegorum manu exaggeratu%} et fînitimas qua&quc codâtes agrosque popuhns, qui non tjuievit accensus , donec cunclam pene exurens insulœ super (idem rubra occidentalem trucique Oceanum lingua dclamberet. (ild,p.85.)
G i Ida s était un [ennemi et un Breton : il peut nvoir exagère les cruautés des usurpateurs; mais le fond de sa narration est confirmé par la chronique saxonne, p. i5.
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rappelant avec orgueil que Rome leur avait à son tour cédé l'empire des lettres et des arts, (i) L'histoire du cinquième et du sixième siècle offre une révolution à peu près semblable : la valeur farouche des barbares du Nord anéantit la puissance politique de Rome , et la religion de Rome triompha des dieux des barbares.
A peine les Saxons se virent-ils paisibles possesseurs de leurs conquêtes qu'un simple moine conçut le dessein hardi , mais inspiré par des sentimens d'humanité, de soumettre ces sauvages guerriers aux lois de l'Evangile. Grégoire , à qui la vénération de la postérité a accordé le titre de Grand, venait d'abandonner la préfecture de Rome pour aller ensevelir dans l'obscurité d'un cloître toutes ses espérances de grandeur mondaine : pendantqu'il menait cette viehumble et retirée il passa par hasard à travers le marché public au moment où quelques esclaves saxons étaient exposés en vente. Leur beauté frappa les regards de ce moine fervent, et il s'e— cria dans un transport de zèle : « Des formes si « belles ne doivent pas être exclues plus long- « temps du royaume du Christ. » Plein de cette idée il alla trouver le pontife, et lui arracha avec peine la permission de quitter son monastère pour annoncer l'Evangile aux barbares COnquéti) Gracia capta ferum victorem cœpit, et artes Jntulit agresti Latio,
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rans de la Bretagne; mais le peuple romain ne put consentir à être privé d'un homme dont il adorait les vertus. Le cri public retarda son départ , et son élévation au trône pontifical l'obligea de renoncera son projet. (1)
Cependant Grégoire avait toujours les yeux fixés sur la Bretagne; d'autres missionnaires pouvaient aisément suppléer à son zèle , et par son haut rang dans l'Eglise, il pouvait diriger leurs opérations et seconder leurs efforts. Le patrimoine de S. Pierre dans la Gaule était administré à cette époque par le prêtre Candide : il lui confia la commission extraordinaire d'acheter un nombre suffisant d'esclaves saxons , âgés d'environ dix-huit ans , et de les envoyer avec des guides sûrs à Rome , où on les élèverait sous ses yeux et à ses dépens. (2) Son intention était de leur donner la prêtrise à un temps convenable , et de les employer à convertir leurs concitoyens ; mais leurs progrès furent peu rapides, et son zèle s'impatienta de cette lenteur. Après un court intervalle il résolut d'essayer le courage de ses moines quoi-
(1) Bède, 1. II, p. 7 8. Je ne vois aucune raison de contester la vérité de cette anecdote en alléguant que les écrivains étrangers u'en font pas mention. Bède affirme qu'il fa reçue traditione majorum , et aucune nation ne pouvait être plus intéressée que les Saxons à conserver la mémoire de l'événement qui amena leur conversion. Voyez aussi l'Homélie saxonne in Rat. S. Greg., p. 1 1, 18, «dit. Elstob.
(a) Greg., cp. 1. V, ep. 10.
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qu'il* ignorassent le langage et le» mœurs de ces barbares : il choisit les plus instruits et les plus vertueux de la communauté , leur expliqua ses vues , anima leurs espérances par la perspective des récompenses éternelles, et les affermit dans leur résolution par sa bénédiction apostolique. Encouragés par les exhortations du pontife les missionnaires traversèrent promptement le nord de l'Italie , et arrivèrent au pied des Alpes gauloises; mais l'enthousiasme dont ils s'étaient pénétrés à Rome s'affaiblit insensiblement durant leur voyage , et du voisinage de Lerins ils envoyèrent vers Grégoire Augustin , leur supérieur, pour lui représenter les motifs qui les faisaient renoncer à une entreprise aussi incertaine que dangereuse. Le pontife fut inflexible : il les engagea , les conjura, leur commanda de continuer ; il sollicita en leur faveur la protection des princes et des prélats des Francs; il demanda au clergé gallican de les faire accompagner par quelques-uns de leurs membres pour leur servir d'interprètes et coopérer à leurs travaux. Enfin après une longue incertitude il reçut la consolante nouvelle qu'ils avaient abordé en sûreté à l'île de Thanet. C'était l'an 597.
De tous les royaumes saxons celui de Kent était le plus ancien et le mieux disposé à recevoir les vérités de l'Evangile. Les descendans immédiats de Hengist paraissaient n'avoir pas
hérité des vertus guerrières de ce conquérant; mais en cultivant les arts de la paix ils s'étaient efforcés d'exciter un esprit de civilisation parmi leurs sujets. L'exemple de leurs voisins les Francs, qui avaient embrassé la foi chrétienne, leur apprit à regarder d'un œil moins partial le cuite de leurs ancêtres; et la prospérité de ce peuple converti leur fit comprendre que la victoire n'était pas exclusivement attachée aux adorateurs de Woden. Berthe, fille de Charibert , roi de Paris, ayant épousé leur souverain, pratiqua les principes de l'Evangile dans le sein même de leur capitale ; et la vie sainte du prélat Liudhard, qui l'accompagnait, ajouta un nouvel éclat à la foi qu'il professait.
Il paraît d'après les épîtres de S. Grégoire que ces causes et d'autres semblables avaient inspiré le désir de connaître la loi évangélique aux habitans de Kent, et que pour les instruire on avait eu recours aux prélats des Francs , dont l'apathie et l'indolence méritèrent de sévères mais justes reproches de la part du pontife, (i)
Ce fut à cette époque favorable qu'Augustin aborda à l'île de Thanet , et dépêcha un messager au roi saxon pour l'informer qu'il arrivait d'un pays lointain , afin de lui ouvrir, à lui et à ses sujets, les voies du bonheur étemel.
(t) Bède, Htst. l.I,p.6i ; Malm. de neg., 1. î, c. 1, f. l\ , édiî. Saiile; Grcg., cp. 1. V, ep. 58, 5g.
Il est probable que l'esprit d'Ethelbert avait été préparé par les soins de la reine; il consentit à entendre les prêtres étrangers ; mais , redoutant quelque secrète influence de magie , il résolut de leur donner audience en plein air.
Charmés de cette faible lueur de succès les missionnaires se rendirent en procession au lieu désigné avec toute la pompe et toute la majesté de leur culte : ils portaient devant eux une croix d'argent et l'image du Christ , et l'air retentissait des antiennes qu'ils chantaient alternativement en chœur , priant pour la conversion des païens. Ethelbert prêta une oreille attentive au discours d'Augustin , et lui fit une réponse pleine de modération et de douceur. Quoiqu'il ne montrât aucune propansion à abandonner le culte de ses ancêtres il fut sensible aux offres des missionnaires , et loua la générosité qui avait porté des étrangers à entreprendre un voyage si périlleux pour le bonheur d'un peuple inconnu.
Il finit en les assurant de sa protection aussi long-temps qu'il leur plairait de rester dans ses états, (i)
(1) Bcd., 1. I, p. 61 j Hom.sax. in nat S. Greg., p. 33, 34« Gosselin prétend nous donner le véritable discours d'Augustin ; mais il fut probablement composé pour lui par cet écrivain. [Au g. sac.t t. U,[p. 5g. ) Nous apprenons par l'Homélie saxonne qu'en cette occasion et dans d'autres semblables les ecclésiastiques français servaient d'interprètes*
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Hors des murs de Cantorbéry la reine avait découvert les ruines d'une ancienne église bâtie par les Bretons en l'honneur de S. Martin : elle avait été réparée par ses ordres et donnée à Pévêque Liudhard; et dès ce moment on la consacra à l'usage des missionnaires, dont cette princesse secondait les efforts de tout son pouvoir. La protection de la reine leur assura le respect de ses sujets, qui, attirés parla curiosité , accouraient en grand nombre à la célébration de l'affice divin pour apprendre à connaître les opinions religieuses des étrangers : ils admirèrent la solennité de leur culte , la morale pure et sublime de leur doctrine , leur zèle, leur austérité et leurs vertus.
Les préjugés des idolâtres se dissipèrent insensiblement, et les prêtres Woden commencèrent à déplorer la solitude de leurs autels. Ethelbert , qui d'abord s'était conduit avec une grande circonspection, osa enfin se déclarer chrétien; et son exemple fut si puissant que dix mille Saxons suivirent leur prince aux eaux du baptême. (1)
La férocité naturelle du caractère saxon pouvait faire craindre que le converti royal
(1) Bède, 1. I, c. 26. La joie du pontife l'engagea à informer de ses succès Nulogius, patriarche d'Alexandrie. In solemnitate Dominicce Nativitatis plusquam decem millia Anqli ab eodem nunciati sunt fratre et co-episcopo nostro baptisati. (Ep. Greg., 1. VII, ep. 3o; Suiith's Bed., app. VIII.)
n'employât les violences de la persécution pour accélérer les progrès du christianisme; mais ses sages instituteurs étaient animés par des motifs plus analogues à l'esprit de douceur de l'évangile ; par une modération qui ne se rencontre pas toujours avec le zèle ils leur insinuèrent que pour être agréable à la divinité le- culte de l'homme doit être un mouvement spontané du cœur, et que l'opiniâtreté des idolâtres devait être domptée non par l'épée du magistrat, mais par les travaux du missionnaire, (i)
Telles étaient les leçons qu'ils avaient reçues de la bouche du pontife , qui les leur rappelait souvent dans ses lettres. Pour se conformer à ses instructions on respecta la faiblesse et Jes préjugés des nouveaux convertis ; les temples déserts de Woden furent transformés en églises chrétiennes, et les coutumes nationales se plièrent graduellement aux devoirs de la religion.
Jusqu'alors les Saxons avaient eu pour habitude d'animer les solennités de leur culte par les plaisirs de la table ; les principaux apprêts de la fête consistaient dans les victimes qu'on avait immolées sur les autels des dieux , et les louanges de leurs guerriers se mêlaient aux hymnes chantées en l'honneur de la divinité.
(i) Bêd., I. 1, c *6,Hom. tax. in nat. S. Grey., p. 36.
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En abolissant entièrement cette coutume on eût peuUetre éloigné les esprits de cette religion qui leur interdisait leur amusement favori. D'après les avis de Grégoire on toléra de semblables repas le jour de la fête des martyrs chrétiens : on élevait ce jour-là des tentes autour de l'église, et après le service divin on exhortait les convertis à se livrer avec sobriété à ce plaisir, qui avait pour eux tant de charmes , et à rendre grâce à l'Etre qui répand ses bienfaits sur tout le genre humain.
La connaissance de l'Evangile s'étendit bientôt de Kent au royaume d'Essex , qui en était voisin et qui en dépendait. Saberct, prince régnant, reçut avec respect l'abbé Mellitus , et l'invita à résider dans sa capitale, (i) Les espérances du missionnaire s'évanouirent a la mort de son protecteur. Les trois fils de Saberct, qui étaient encore attachés au culte de leurs ancêtres, se précipitant dans l'église pendant la célébration du sacrifice , demandèrent une portion du pain consacré que Mellitus distribuait au peuple. (2) L'évêque (il était depuis investi de la dignité épiscopale) osa la refuser, et le bannissement fut la vengeance que ces princes tirèrent de son refus.
(1) Ànii. 604.
(a) Md.,l.n, c. 5.
Il rejoignit ses frères dans Kent; mais ils se trouvaient alors en butte aux mêmes contrariétés. Après la mort de Berthe Ethelbert s'était remarié : son fils Eadwald, épris de la jeunesse et delà beauté de la nouvelle épouse de son père, lui fit partager sa couche à son avènementau trône; et lorsque les missionnaires osèrent l'en reprendre il abandonna une religion qui s'opposait à sa passion. Découragé par tant d'obstacles Mellitus se retira avec Justus de Rochester. (i) Laurence, successeur de S. Augustin, avait résolu de suivre leur exemple ; mais il passa la nuit qui devait précéder son départ dans l'église de S. Pierre. Au point du jour il se rendit au palais , et montra au roi sur ses épaules les marques des coups qu'il assura avoir reçus des mains de l'apôtre pour prix de sa lâcheté.
Eadbald resta interdit et confondu. Il lui témoigna la disposition où il était de lui ôter tout sujet de mécontentement, renvoya de son lit la veuve de son père , et rappela les évêques qui avaient pris la fuite. Sa conduite prouva par la suite la sincérité de sa conversion ; et le Christianisme, soutenu par son influence, reprit bientôt un ascendant que depuis il a toujours conservé. (2)
(1) Justus et Mellitus devinrent ensuite archevêques de Cantorbéry. » Id. 1. H, c, (5.
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Du sud de la Bretagne l'Evangile fut porté aux nations saxonnes les plus septentrionales de cette île. Edwin, puissant roi de la Northumbrie , avait demandé et obtenu la main d'Edilberge, fille d'Ethelbert; mais son frère dans la ferveur de son zèle avait) stipulé qu'elle jouirait du libre exercice de sa religion , et avait arraché à l'impatient prétendant la promesse qu'il examinerait avec impartialité les dogmes de la foi chrétienne. Edwin accepta ces conditions, et consulta successivement les prêtres saxons et l'évêque Paulinus , qui avait accompagné la reine. Quoique Edilberge par ses instances appuyât les argumens du missionnaire le roi fut lent à se décider ; et deux ans se passèrent en incertitude et en délibérations. Enfin, accompagné de Paulinus, il se présenta devant l'assemblée générale de la nation , demanda l'avis de son fidèle Witan , et exposa les motifs qui l'engageaient à préférer la religion chrétienne au culte païen, (i) Coiffi , grand-prêtre de Northumbrie , répliqua le premier : on s'attendait à ce que les préjugés et l'intérêt personnel l'armeraient d'argumeris
•mi
mais les fréquens revers qu'il avait éprouvés avaient bien diminué son attachement pour le
(i) An 627.
paganisme, et lui avaient appris à mépriser des dieux qui n'avaient pas daigné récompenser ses services. 11 s'efforça de démontrer par ses propres malheurs que la religion, qu'il avait enseignée jusqu'alors, était inutile, et avoua la résolution qu'il avait prise d'entendre les raisonnemens de Paulinus et d'examiner sa doctrine. Vint après lui un vieux Thane , dont le discours ofire un exemple curieux de la simplicité de ce siècle : « 0 roi ! s'écria-t-il , lorsque vous êtes assis vous et vos ministres à une table au cœur de l'hiver , et qu'un feu vivifiant pétille dans le foyer au milieu de la salie un moineau, chassé peut-être par le vent et la neige , entre par une porte de l'appartement et s'échappe par l'autre : pendant le moment de son passage il jouit de la chaleur; lorsqu'il est parti on ne le voit plus. Tel est le sort de l'homme ; sa vie est visible pendant quelques années ; mais ce qui l'a précédée , ou ce qui doit la suivre reste caché aux regards des mortels. Si la nouvelle religion nous tre des lumières sur ces sujets importans elle est digne de fixer notre attention. »(i) Les autres membres applaudirent à ce discours. On pria Paulinus d'expliquer les principaux articles de la foi chrétienne, et le roi manifesta la détenni-
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missionnaire. Lorsqu'on demanda qui oserait profaner les autels de Woden Coi fïi se chargea de cette périlleuse entreprise.
Aussitôt , dépouillant les marques du sacerdoce , il revêtit l'habit d'un guerrier, et, méprisant la superstition des Saxons , il monta le coursier favori d'Echvin. Ceux qui ignoraient les motifs qui le faisaient agir ainsi attribuaient sa conduite a un accès de f olie ; mais il brava leurs clameurs, s'avança vers le temple le plus voisin , et, insultant les dieux de ses pères, darda sa lance contre l'édifice sacré : elle alla frapper le mur opposé; (1) et, au grand étonnement des spectateurs tremblans, les cieux gardèrent le silence , et le sacrilège resta impuni .
Ils revinrent insensiblement de leurs frayeurs, et, encouragés par les exhortations de Coifti, ils brûlèrent entièrement le temple et les bosquets qui l'environnaient. (2) Un début aussi favorable aurait pu faire espérer au missionnaire de convertir la nation entière ; mais il ne prévoyait pas les chances incalculables de la guerre, et la mort prématurée du roi lui fit
(1) Ce fait ne se trouve pat dam le manuscrit latin de Bède; mais le roi Alfred l'a conservé dans sa version. Bôd., Hist. soi., p. 517.
(9) Alcuin a célébré la renommée de Coiffi dans son poème sur l'église d'York :
O nimium tanti /dix audacia facli !
PoUuit antt alios <juas ipse *acr avérât cr<i*. (v. 1 86.)
perdre en un instant tout le fruit de ses travaux; Edwin fut tué en combattant vaillar nment contre Penda,roi de Murcie, et Caedwalla, roi des Bretons.
Pendant plus d'un an les vainqueurs pillèrent sans obstacle le royaume de Northumbrie. Edilberge , ses enfans et Paulinus furent contraints de chercher un asile dans Kent ; et les convertis, privés d'instruction, retombèrent tout à coup dans leur ancienne idolâtrie.
L'histoire des royaumes saxons est remarquable par les vicissitudes et l'inconstance de la fortune. Oswald et Eanfrid étaient fils d'Adelfrid, prédécesseur d'Edwin; ils s'étaient cachés dans les montagnes d'Ecosse pour se soustraire à la jalousie de ce prince , et avaient passé le temps de leur exil à s'instruire chez les moines de Hii des principes de l'Evangile. Après la victoire des rois confédérés ils retournèrent en Northumbrie. Eanfrid fut lâchement assassiné dans un entretien qu'il eut avec Caedwalla. Oswald résolut de venger les malheurs de son pays et de sa famille ; avec une troupe de partisans peu nombreux, mais déterminés, il se mit à la recherche de l'armée ennemie , et la découvrit négligemment campée dans le voisinage de Hexham . On érigea à la hâte par ses ordres une croix de bois, et les Saxons , prosternés devant elle, implorèrent avec ardeur la
de l'église anglo-saxonne. 29
protection du Dieu des chrétiens. De la prière ils volèrent au combat et à la victoire : Caedwalla perdit la vie , son armée fut dispersée , et le vainqueur remonta sans obstacle sur le trône de ses ancêtres. 1)
Attribuant pieusement ses succès à la protection du ciel il tourna sur-le-champ son attention vers les intérêts de la religion , et demanda * de nouveaux missionnaires à ses premiers instituteurs : on lui envoya Corman , moine d'un caractère dur et inflexible , qui , rebuté et désespéré de l'ignorance et de la barbarie des Saxons, retourna promptement à son monastère. Comme il représentait à la communauté la difficulté et les dangers de la mission, «Frère, s'écria une voix, c'est votre faute; vous avez exigé des barbares plus que ne pouvait supporter leur faiblesse : vous auriez dû d'abord vous plier à leur ignorance , et élever ensuite leurs esprits aux sublimes vérités de l'Evangile. » Ce reproche sévère attira tous les regards sur l'orateur, simple moine nommé Aidan. On le choisit pour être l'apôtre des Northumbriens , et le succès de ses travaux justifia la sagesse d'un tel choix.
Aussitôt qu'il fut promu à l'épiscopat il se rendit à la cour d'Oswald. Son arrivée y causa
(1) Bed., J. III, c. i , 2.
3o ANTIQUITÉS
une allégresse générale , et le roi daigna expliquer en saxon les instructions que le missionnaire faisait en sa propre langue; mais Aidan n'était pat moins redevable de ses succès à ses vertus qu'à son éloquence. L'austérité de sa vie, son profond mépris pour les richesses et son application infatigable aux devoirs de sa profession lui concilièrent l'estime, tandis que ses argumens portaient la conviction dans l'esprit de ses auditeurs. Chaque jour le nombre de ses prosélytes s'accrut , et dans l'espace de quelques années , l'Eglise de Northumbrie s'éleva sur des fondera ens solides et durables, (i) Les Angles de l'est durent leur conversion au zèle de Félix, prélat de la Bourgogne. Au commencement du septième siècle leur monarque , Red wald, avait invité à sa cour les disciples de S. Augustin , et reçu d'eux le sacrement de baptême; cependant il n'abjura pas le culte de son pays , et le même temple fut à la fois sanctifié par la célébration du sacrifice chrétien, et souillé par le sang des victimes immolées aux dieux du paganisme. (2) Son fils Eorpwald fut plus sincère dans sa croyance ; mais la gloire d'établir avec stabilité le culte chrétien fut par sa mort réservée à son successeur Sigebert , qui durant
(l) Bèd., 1. 111, c 5.
(a) Bèd., 1. 11, c. l5. Hume , Hist., p. 3?; Millar, f\o , 176a, attribuent par inadvertance l'apostasie de Red wald à son fils Eorpwald.
DE l'église anglo-saxonnk. 3i
un long exil en Gaule s'était pénétré par la connaissance de l'Evangile d'une profonde vénération pour les institutions monastiques. line fut pas plus tôt monté sur le trône que Félix , envoyé par Honorius de Cantorbéry , demanda la permission d'instruire ses sujets : il reçut un accueil favorable , et fixa sa résidence à Dunwich , capitale du royaume, (i)
Par les efforts réunis du roi et du missionnaire la connaissance du christianisme fit bientôt de rapides progrès , et pour extirper l'ignorance et l'idolâtrie de la classe la plu* élevée de la nation on forma une école publique sur le modèle de celle de Cantorbéry. (2) Après avotr
(1) Anno 63i.
(3) La situation et le plan de cette école ont été le sujet de hien des controverses entre les champions des deux universités. Les partisans <lc Cambridge firent dériver son origine de Cantaber, prince espagnol, qu'on suppose avoir débarqué en Bretagne sous le règne de Gurguntius, environ quatre cents ans avant l'are chrétienne. (Voyez Catus de Ant. Cant. p. ao, 60. ) Et les Oxooiens pour ne pas céder à leurs adversaires réclamèrent pour leurs premiers professeurs les philosophes que Brutus avait amenés avec lui plus de mille ans avant cette époque. (Asscrtio anti(f.t Oxon., p. 1, Londres, i568.) Une antiquité aussi éloignée était trop ridicule pour obtenir quelque crédit. Les deux partis renoncèrent à leurs prétentions, etSigebert fut choisi pour le fondateur de Cambridge, Àlfred-le-Grand pour celui d'Oxford. La guerre cependant continuait toujours, et les savans les plus distingués se joignirent à l'un ou a l'autre parti , selon que les dirigeait leur jugement ou leur partialité. Sans m'engager dans la dispute on me permettra de faire observer qu'il n'y a aucune raison de croire avec les partisans d'Oxford que l'école de Sigebert n'était destinée qu'à enseigner les rudimens de la grammaire , ou avec leurs adversuires qu'elle était établie à Cambridge. Bède nous dit qu'on la forma à l'imita non de celle de Cantorbéry , dans
partagé pendant quelque temps les soins et l'éclat de la royauté avec Egeric , son proche parent, Sigebert se retira dans un monastère. Mais l'invasion d'un ennemi étranger vint y troubler son repos ; un corps formidable de Merciens avait pénétré jusque dans le sein du pays. On attribua les malheurs de la campagne à l'inhabilité ou au manque de valeur d'Egeric, et les Angles de l'Est redemandèrent à grands cris le vieux monarque qui les avait si souvent conduits à la victoire. Ce fut avec regret qu'il quitta sa cellule pour aller s'exposer au tumulte et aux périls des combats : le jour de la bataille lorsqu'on lui offrit ses armes il les refusa comme étant contraires à la profession monastique , et voulut diriger avec une baguette les opérations de l'armée. Mais la fortune des Merciens l'emporta ; les deux rois perdirent la vie , et le pays fut abandonné aux ravages des conquérons. Cependant les convertis , bien qu'accablés par cette calamité, n'en persévérèrent pas moins dans la profession de leur religion; et Félix pendant les dix-sept années de sa mission , eut la gloire de délivrer la nation entière des erreurs du paganisme.
Tandis que le christianisme se propageait
laquelle on étudiait toutes les sciences connues à cette époque ; et Smith avance comme probable qu'elle était située ou à Seaham ou à Dunwich. ( Voyez le Bède de Smith, app. p. 721.)
de l'église anglo-saxonne. 33
avec tant de rapidité dans les royaumes du Nord et de l'Est un nouvel apôtre parut sur la côte du Sud, annonçant les voies du salut aux habitans guerriers et farouches de Wessex; (i) il se nommait Birinus : animé du désir d'étendre les conquêtes de l'Evangile il avait été chargé par le pape Honorius de prêcher aux tribus idolâtres des Saxons; mais à peine eut-il commencé sa mission que par une heureuse circonstance Oswald de Northumbrie arriva à la cour de Kinegils , et lui demanda sa fille en mariage.
L'influence du prétendant seconda puissamment les argumens du missionnaire; la princesse et son père embrassèrent avec docilité la religion du Christ , et les habitans de Wessex «'empressèrent de suivre l'exemple de leur monarque. Le succès agrandit les vues de Birinus; de la capitale il passa à Dorchester , ville située sur les frontières de la Mercie , et se flatta de l'espoir de convertir ce royaume vaste et populeux.
Mais la Mercie était destinée à être conquise à la foi par les soins pieux des princes de la Northumbrie , qui furent les principaux instrumens de la propagation du christianisme parmi les nombreuses tribus de leurs compatriotes . Peada ,
(i) Anno 634.
fils de Penda , roi de M ercie , avait offert sa main à la tille d'Oswin , successeur d'Oswald ; mais cette princesse dédaigna les vœux d'un païen , et la passion du prince l'engagea à étudier les principes du christianisme . L'objet de son amour devint le prix de sa conversion. Il répondit à ceux qui doutaient de sa sincérité qu'aucune considération , pas même le refus d'Alcfleda , ne le porterait à retourner aux autels de Woden. Mais une preuve plus convaincante encore que de simples témoignages fut le zèle avec lequel il procura quatre prêtres northumbriens pour instruire les Middle-Àngles , qu'il gouverna comme roi durant la vie de son père. On sollicita la protection de Penda lui-même pour les missionnaires; mais il refusa d'écouter leurs exhortations , traitant avec mépris ceux d'entre ses sujets qui s'étaient engagés parmi les chrétiens , et persista toujours dans les croyances païennes. Dans l'espace de quelques années le sort de la guerre réunit la couronne de Mercie à celle de Northumbrie, et le missionnaire Diuma fut élevé à la dignité épiscopale : les convertis restèrent fidèles à la foi qu'ils avaient embrassée , et la conservèrent avec enthousiasme après avoir secoué le joug de Penda, et replacé le sceptre dans les mains de leurs princes légitimes.
Le zèle d'Oswin ne se borna pas à faire un seul
DE l'église anglo-saxonne. 35
prosélyte royal; ses instances engagèrent Sigebert , monarque saxon de l'Est , à recevoir le baptême, (i) Les habitans d'Essex ne démentirent pas le caractère de leurs aïeux; comme eux ils embrassèrent la foi chrétienne, et comme eux ils apostasièrent : une peste terrible , qu'ils attribuèrent à la vengeance de Woden , les entraîna à relever les autels de cette divinité , et à rétablir son culte. Jaruman , éveque de Mercie, alarmé de ce changement, se rendit en hâte dans le royaume d'Essex, et par ses prédications et éon autorité il raffermit la foi chancelante des uns , et confondit l'incrédulité des autres. (3) Les habitans de Sussex étaient les plus bar* bares des nations saxonnes, aussi furent-ils les
wm
Ml
différens aux exemples de leurs voisins, qu'ils flétrissaient du nom inlame d'apostats, ils résistèrent long-temps aux constans efforts des missionnaires; mais leur opiniâtreté céda enfin au zèle plus ardent et aux ta 1 en s supérieurs de S. Wilfrid,» prélat northumbrien. Chassé de son diocèse par les intrigues de ses ennemis il traînait parmi les tribus du Sud un honorable exil lorsque Edilwach , roi de Sussex, qui avait reçu le baptême depuis peu, l'engagea à
(1) Anno (553.
(a) Bed.,l. lU, c. 3o.
36 ANTIQUITES
entreprendre la conversion de ses sujets. Wilfrid avait voyagé chez toutes les nations du continent ; à l'étude il réunissait l'expérience et l'esprit d'observation ; et tandis que ses qualités éminentes commandaient le respect la civilisation qu'il apportait à ces barbares lui concilia leur estime. Les premiers dont il entreprit la conversion furent deux cent cinquante esclaves qu'il avait reçus en présent, avecl'îlede Selsey , de la munificence d'Edilwach : le jour de leur baptême ces nouveaux prosélytes furent bien étonnés de voir leur généreux instituteur leur offrir la ^iberté, en leur déclarant qu'ils cessaient d'être esclaves, dès l'instant qu'ils étaient enfans du Christ. On applaudit avec reconnaissance à la libéralité de Wilfrid : la multitude accourut à ses sermons , et ceux qui résistaient à la force de ses argumens se virent par l'autorité du roi réduits au silence. Dans l'espace de cinq ans il établit solidement en Sussex la religion chrétienne ; et après son départ des évêques de Winchester suppléèrent par leur zèle pastoral aux besoins de la mission, (i)
Telle fut l'heureuse issue de la conversion des Anglo-Saxons , qui s'opéra dans l'espace d'environ quatre-vingts ans ; grande œuvre com-
(1) Comparez Bède (1. IV, c. i3; V , c. 18, a8) avec Eddiu* (Vita fTiW> c. 4o) et Huntmgdon (L III, f. iqa, In*. Scrip. port. Bed.)
de l'église anglo-saxonne. 37
mencée par la charité de Grégoire-le-Grand , et continuée sans relâche par le zèle de ses disciples, qui s'étaient associés plusieurs fidèles coopérateurs venus de la Gaule et de l'Italie.
Les ouvrages des anciens écrivains ne nous iflreni que fort peu de faits particuliers relatifs à la conduite que tinrent ces hommes apostoliques, et aux moyens qu'ils mirent en usage, (c) On les exhortait avec soin à bannir de leurs discours l'injure etl'aigreur , à former le jugement sans aliéner les affections , et à montrer le zèle le plus désintéressé pour le bonheur de leurs disciples. (2)
Us s'efforçaient avant tout d'inculquer dans les esprits l'unité de Dieu, vérité sublime et fondamentale de la religion ; ils faisaient observer que les statues des dieux ne pouvaient être les premiers objets de l'adoration puisqu'elles devaient tout leur prix à la qualité de la matière et aux talens de l'artiste j (3) et de la multiplicité des dieux qui s'étaient succédé dans la Germanie ils inféraient qu'aucun d'eux ne
(r) Daniel, êvêque de 'Winchester, dan» une lettre à S. Boniface, lait une énumération des argumens qu'on croyait les plus efficaces à produire la conviction des païens. ( Ep. Boni/. , p. 76, édit. S<»rvar.) On peut consulter aussi Les lettres des pontifes aux rois saxons, (Wilb., cor»* vol. I. p. 1 a , 3o. 34») et quelques passages de Bède (Hist., 1. 11, c. i3 , L Uï, c. aa.)
(a) Non quasi intultando vel irritanda toi t sed placide et mayxa modération?. (Ep. Dan. Ibid.)
(3) Be«L, L II, c. 10; 1. UI, c. aa.
pouvait être la cause première dont la fécondité avait donné l'existence à tous les autres êtres; (i) «que s'ils étaient les dispensateurs de tous les biens, pourquoi, demandait-on, leurs adorateurs étaient-ils condamnés à vivre sous le climat stérile et glacé du Nord , tandis que des régions plus chaudes et plus fertiles étaient le partage de ceux qui méprisaient également et leurs promesses et leurs menaces? (2) si Woden était le dieu des combats , pourquoi la victoire accompagnait-elle toujours les étendards des tribus qui avaient foulé aux pieds ses autels et embrassé la foi du Christ? » Aux préceptes ihcohérens du paganisme ils opposaient tes grandes vérités de la révélation, la chute et la rédemption de l'homme, son jugement dernier et sa vie future dans une éternité de bonheur ou de supplices.
Ils appuyaient la vérité de cette doctrine sur le consentement unanime des nations les plus puissantes et les plus policées, qui l'avaient préférée à leur ancien culte ; ils faisaient remarquer la rapidité avec laquelle , malgré tous
(1) QuoslLbet ah aliis tjeneratos concède eos asserere, ut sahern modo hominum natos deos et deas potius uomines quam deos fuisse, et oœpisse, qui ante non erant, probes.
(2) Cum chrLstianiJertti.es terras, vini oleiaue feraces caterisaue npibus abundantes possideant provincias , paganis Jrigore scmper rigentes terras reliquerunt. (Ibid.) Voyez un argument semblable dan* Uède;l. II, c i3:
db l'église anglo-saxonne. 39
les obstacles, elle s'était répandue sur la terre, et les prodiges qui avaient accompagné et atfcéléré sa propagation . ( 1 ) . Ils n'hésitaient pas à en appeler , comme les apôtres , aux miracles qui déposaient en faveur de leur mission ; et la puissance surnaturelle dont ils étaient investis attira l'attention de Grégoire : son zèle s'enflamma à la vue des triomphes de l'Evangile; miais sa vertu fut alarmée touchant l'humilité de ses disciples. Dans une longue lettre à Augustin il l'exhorte avec instance à réfléchir sur le néant de l'homme en présence de l'Etre suprême; à fermer fm reille aux insinuations de la vanité , et à se persuader que si .ses prédications étaient confirmées par des prodiges Dieu les opérait^ non en vue du mérite de ceux qui n'étaient que de faibles instrumens dans sa main, mais pour manifester sa miséricorde envers les Saxons , et attirer leur esprit par des preuves évidentes à la connaissance du salut. (2): 1
Il n'y eut qu'un point sur lequel les missionnaires osèrent s'écarter de l'exemple de leurs prédécesseurs dans la carrière évangélique.
(i) Inferenda quoque sœpius eis est orbis auctoritas Chrisùam (Ep. Dan., îbid.) tJ , ,
(a) Quidquid de faciendis signis acceperis vel accepisti, hœc non tîbi $ed Mis députes donata pro quorum lîbi soluté collata sunt. (Ep. Greg. ad Aug. apud Bed.; 1. I, c. 3i jWUk. con., roi. I, p. 10.}
Quoique les premiers prédicateurs du Christianismes eussent rapidement étendu leurs conquêtes parmi toutes les classes des sujets romains, il s était écoulé presque trois siècles avant qu'ils tentassent de convertir des empereurs : mais à l'époque de la mission anglo-saxonne les circonstances avaient changé ; les souverains des nations barbares ne s'étaient pas montrés insensibles aux vérités de l'Evangile , et nous venons de voir l'influence de leur exemple dans la conversion des Francs, des Visigoths et des Suèves. Dès lors le premier objet des missionnaires romains, gaulois ou écossais fut constamment de chercher d'abord à obtenir la protection du prince : sa faveur assurait leurs succès; son opposition au contraire les arrêtait, (i) Que la malignité ne se croie pas pour cela en droit de les juger avec légèreté : s'il faut estimer la vertu pour les efforts qu'elle exige leur conduite fut digne de louange; car ils abandonnaient leur pays et la société de leurs plus chers amis pour courir s'exposer aux caprices et aux cruautés de barbares inconnus.
(1) Voyez sur ce sujet les remarques de Marquer, (Abrégé chronologique de l'Histoire ecclésiastique, -vol. I,p. 5ia,an. 1768.) qui choisit peu heureusement pour exemple la conduite de Caedwalla, afin de prouver que les convertis n'étaient chrétiens que de nom, et conservaient toujours les vices du paganisme. Mais Caedvalla n'était ni Saxon ni converti; c'était un prince breton, que l'animosité nationale poussa à exercer sa vengeance sur les Northumbriens vaincus.
de l'église anglo-saxonne. 41
fatigues et de travaux continuels sans aucune perspective d'avantages temporels , dans la vue seule de polir les mœurs et de corriger les vices d'un peuple lointain et sauvage : s'ils ne furent pas soumis à l'épreuve de la persécution ils peuvent au moins réclamer le mérite d'une vertu pure , active et désintéressée. L'heureuse issue de leurs travaux suffit pour contredire ceux qui prétendent qu'une église ne peut être solidement établie que sur des fondemens cimentés par le sang des martyrs, (i)
Un observateur de peu de jugement attribue souvent au maître les fautes de son disciple ; et la facilité avec laquelle les naturels d'Essex retombèrent dans l'idolâtrie après la mort de Saberct, et ceux de Northumbrie après la perte d'Edwin, fait soupçonner que les missionnaires étaient plus jaloux d'augmenter le nombre des néophytes que d'éclairer leurs esprits. Il faut néanmoins se rappeler qu'il y avait peu d'instituteurs; que le nombre de leurs élèves était considérable et leur ignorance extrême ; avec de telles difficultés le succès ra-
(i) Je ne souillerai pas ces pages de toutes les injures que la bigoterie protestante a prodiguées pendant deux siècles aux apôtres des Saxons ; si le lecteur est avide de pareils récits il peut recourir aux ouvrages de Bayle, (Cent. 8, c 85, c t3, c. i)de Parker (Ant. Bret., p. 33 , 46 ) et de Fox , ( Actes et Mon. , tom. I , p. 1 07. )
pide , quoique momentané , de M ellitus et Paulinus est un témoignage honorable de leur zèle; et il ne faut pas s'étonner qu'après leur funeste expulsion les convertis, dénués d'instruction et privés de l'appui dès autorités civiles, soient insensiblement retournés à leur ancien culte. A ces deux exemples on peut opposer avec avantagé la conduite de toutes les autres nations saxonnes, chez qui le Christianisme depuis son introduction conserva une prépondérance décidée : objecter qu'elles cédèrent sans conviction c'est hasarder une assertion qui n'est certainement pas soutenue par l'opiniâtreté avec laquelle le* hommes s'attachent à leurs préjugés religieux , et c'est ce que dément suffisamment la froideur d'Ethelbert à écouter les instructions d'Augustin , la longue résistance d'Edwin aux argumens de Paulinus , et les conversions tardives, mais sincères, de Peada, prince de Mercie, et de Sigebert,
roi d'Essex. •• '
Mais les droits des missionnaires à la reconnaissance sont plutôt fondés sur l'amélioration de leurs disciples ; et quiconque veut apprécier leur mérite à sa juste valeur aura soin de comparer la conduite des chrétiens saxons avec celle des Saxons païens.
Les anciens écrivains s'accordent unanimement à placer les Saxons parmi les nations les
DE L EGLISE A N G L O -S A \ o N N E .
plu» barbare» qui envahirent et démembrèrént l'empire romain, (i) • , n
L'éclat de leur valeur fut terni par sa brutalité : aux services ils préféraient le sang de leur» captifs , et l'homme dont ils consentaient à épargner la vie s'accoutumait à considérer une éternelle servitude comme une faveur et une générosité. (2) Chez eux un système de législation imparfait et grossier abandonnait à la vengeance des particuliers la punition des injures particulière», et la férocité de leurs passion» multipliait dans cesse ces haines implacables et héréditaires. L'avarice et la concupiscence avaient éteint dans leurs coeurs quelques-uns des premiers sentimens de la nature : les sauvages dé 1 l'Afrique peuvent faire avec les Européens le trafic des nègres qu'ils ont saisis par trahison ou capturés en temps de guerre ; mai$ les plus sauvages des Bretons vendaient sans scrupule aux marchands du continent leuts compatriotes et même leurs propres enfan». (3) Leur religion était conforme à leurs mœur» , et leurs mœurs étaient perpétuées par
(1) Jalino. de Luud. Constan., p. ii6j Sidbn, 1. VIIÏ, *p. 9;' Zozius, 1. III, p. 1 47-
(a) AUUsimœ gràliœ stabat in loco. Gild., p. 87.
;3) Familiari , dit Malmesbury, {de Reg., 1. 1 , c. 3. ) aepene ingenita consuetudine , adeo ut non dubitarent arctissimas necessitudines sub prœtextu minimorum commodorum distraherr.
44 ANFIQU1TÉS
leur religion : dans leur théologie ils ne reconnaissaient d'autre péché que la lâcheté , et ne révéraient d'autre vertu que le courage ; ils apaisaient leurs dieux avec le sang des victimes humaines. Ils avaient des notions faibles et vagues de la vie future , et si l'âme était destinée à survivre au corps boire de la bière dans les crânes de leurs ennemis était la grande récompense des hommes vertueux : mener une vie dans la misère et l'inaction était le châtiment étemel des méchans. (1)
Tels étaient les Saxons païens. Mais leur férocité céda bientôt aux efforts des missionnaires, et les traits les plus grossiers de leur origine se polirent peu à peu sous la douce influence de l'Evangile : au milieu des fureurs de la victoire ils apprirent à respecter le& droits de l'humanité : la mort ou l'esclavage ne fut plus le sort des Bretons vaincus ; par leur soumission ils furent incorporés aux vainqueurs , et leurs vies et leurs propriétés furent protégées par l'équité des conquérons chrétiens, (a)
Les connaissances religieuses introduisirent un nouvel esprit de législation ; la présence des évêques et du haut clergé dirigea la sagesse des
(i) Deux passages de Bède (1. II, c. i3; 1. III, c. 3o^, ) semblent faire douter qu'ils aient cru à quelque vie future.
(a) Voyez les lois d'Ina, a3, *4, 3a ,46- CWilk, L03. «uc.,p. 18, ao, aa.)
de l'église anglo-saxonne. 45 conseils nationaux , et l'on établit des lois pour punir les violations publiques de la morale, et prévenir les querelles journalières qui troublaient la paix de la société. L'idée salutaire que par le baptême tous les hommes devenaient frères contribua beaucoup à améliorer la condition de l'esclavage, et à répandre les semences de ces sentimens généreux qui minèrent graduellement et abolirent en6n une si odieuse institution : par une législation sage et prévoyante la liberté fut mise à l'abri de l'avarice d'un père dénaturé , et les peines les plus sévères fu-
un maître étranger un de ses compatriotes , bien qu'il fut esclave ou malfaiteur. (1)
Les nouveaux convertis n'avaient entre eux d'autre caractère dis ti actif que leur piété. La conviction d'une vie future et éternelle audelà du tombeau éleva leur esprit et développa leurs idées. Préparer leurs âmes à ce nouvel état d'existence était , pour la plupart , le premier objet de leur sollicitude. Ils recherchaient avec ardeur toutes les sources d'instruction , et pratiquaient avec une fidélité scrupuleuse tous les
(1) Quoique cette coutume inhumaine eût été sévèrement proscrite par divers législateurs ( Wilk., Leg. sax., p. 17, o3, 107, i38.) on continua Ion g- temps de la pratiquer en secret après la conquête des Normands. {Aug. sac., vol. II, p. a58j Malin, de Reg., 1.1, c. 3 } Girald, ie Expug. Hiber., 1. 1, c. 18.)
devoirs qu'on leur avait enseignés. (1) Legrand nombre d'églises, d'hôpitaux et de monastères qu'ils fondèrent prouve assez combien était ardent le zèle des plus opulens entre les laïques ; et le clergé pouvait également se glorifier a ver raison de la piété des premiers de son ordre, et des nations instruites dans la foi chrétienne par les travaux de S. Boniface et de ses confrères. (2) Dans les établissemens monastiques on pratiquait avec ferveur les vertus les plus sublimes de l'Evangile; les rois mêmes descend daient de leurs trônes et échangeaient le sceptre contre la haire : leur conduite était approuvée par leurs contemporains; et les modernes , dont la sagesse dédaigneuse affecte de la blâmer, devraient au moins apprécier les motifs qui la leur inspirèrent , et admirer la résolution qui consomma leur sacrifice. On vit la civilisation marcher d'un pas égal avec la religion, et amener à sa suite non seulement les arts d'utilité,
mais encore ceux d'agrément ; tous les genres
(1) Voyez Bède(l. II, c. 17; l.IH, c. a6jl.lV,c.3, Ep: àdEdg. Ant., p. 5n.) et le témoignage de S. Grégoire. Gens Anglorum prave agere metuit, ac totis desideriis ad aternitatis gloriam pervenire concupiscit. ( Moral., 1. XXVII, c 8, JEp., 1. IX, 58.)
(a) Les anciens Saxons , les Francs , les Hcssiens et les Thuriugiens furent convertis par S. Bontface; les habitans de la Westphalie par S.Swibert ; les Frîsiens et les Hollandais par S. Wilfrid et S. Willibrord-J les nations du nord de l'Elbe par S. "Willehad. (Voyez la traduction de Walker du Spelman d'Alfred, praef. not.)
de connaissances qui étaient à leur portée furent étudiés avec avidité ; et pendantque les ténèbres de l'ignorance couvraient le reste de l'Europe les lettres trouvèrent pour quelque temps un asile chez les Saxons de la Bretagne, (i) !
A ce tableau un adversaire ingénieux pourra sans doute opposer une peinture bien différente ; il pourra rassembler les vices qui ont été flétris par le zèle de leurs prédicateurs, et noter les crimes qui avilirent quelques-uns de leurs souverains : mais l'observateur impartial reconnaîtra l'impossibilité de déraciner tout d'un coup les passions farouches d'une nation entière, et ne sera point surpris de voir plusieurs d'entre eux retomber dans leurs anciennes mœurs , et réunir quelquefois en eux la vie de sauvages et la profession de chrétiens. Pour juger des avantages que les Saxons retirèrent de leur conversion il fixera ses regards sur leurs vertus , qui durent la naissance à l'Evangile, et sur leurs vices, qu'ils avaient hérité du paganisme.
i,a paix de l'Eglise occidentale, rarement troublée durant le septième siècle par la controverse religieuse, fut encore favorable aux convertis ; quoique leurs maîtres vinssent de différens pays éloignés , ils s'accordaient à prê-
(i) Voyez le chapitre sur le» Connaissances des Saxons.
cher la même doctrine , et pendant plusieurs siècles les Saxons purent se flatter de n'avoir jamais vu l'hérésie lever ses étendards dans les limites de leur Eglise. En fait de discipline l'esprit national devait porter chaque missionnaire à établir les coutumes de son pays , quoique Grégoire , par un sentiment noble et généreux, exhortât ses disciples à mépriser les préjugés de l'éducation , et à faire parmi les coutumes des différentes églises un choix exact de tout ce qui était le plus propre à servir les intérêts généraux de la vertu et de la religion : (i) mais tous n'étaient pas animés de l'esprit du pontife; les moines écossais avaient appris à respecter comme sacrées toutes les institutions qu'avait sanctionnées la pratique de leurs ancêtres, tandis que les missionnaires romains prétendaient que les coutumes d'un peuple obscur et isolé devaient céder à la pratique uniforme des principales églises; chaque parti tenait obstinément à son opinion, et la controverse devint si violente qu'elle menaça de renverser l'édifice qui avait coûté tant de travaux et tant de persévérance ; cependant les objets qui ex-
(l) Novit fraternitas tua Romance Ecclesia consuetudincm , in qua se meminit nutritam. Sed mihi placet, sive in Romana, tive in Galliarum, seu in quolibet Ecclesia aliquid invenisti, quoi plus omnipotent i Deo possit placer e. f sollicite eligas, et in Anglorum Ecclesia institutions prtseipua, qum de multis Ecclesiis colligere potuisti, infundas. Bed. , 1. 1, c. un , interrog. a.
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citaient le zèle et troublaient l'harmonie de ces saints personnages ne touchaient pas les choses essentielles du christianisme ; ils se bornaient, i° à savoir en quel temps il convenait de célébrer la pâque, et 2° quelle était la manière la plus généralement reçue de porter la tonsure ecclésiastique.
i°La féte de Pâque, instituée en mémoire de la résurrection de Jésus-Christ, a toujours été considérée comme la principale des solennités chrétiennes. Réduire les différentes églises de l'Orient et de l'Occident à l'uniformité dans la célébration de ce grand événement , tel fut le projet qui occupa l'attention des prélats assemblés au concile de Nicée ; et comme le premier jour du temps pascal dépendait des calculs astronomiques on convint que le patriarche d'Alexandrie consulterait tous les ans les philosophes de l'Egypte, et communiquerait le résultat de leurs recherches au pontife romain , dont le devoir était de notifier le jour de la fête aux églises les plus éloignées.
Malheureusement le comput romain ne fut pas d'accord avec celui d'Alexandrie ; on employa un cycle différent, et les limites de la lunaison équinoxiale furent placées à différens jours : de là s'éleva un obstacle insurmontable à l'uniformité qu'exigeait le concile , et il arriva awez souvent que tandis que les chrétiens d'Oc-
cident célébraient le joyeux événement de la résurrection ceux de l'Orient venaient de commencer les austères pénitences7 du carême, (i) Fatiguée des disputes qu'excitait cette différence de supputation l'Eglise romaine adopta un nouveau cycle, qui venait d'être composé par Denis Exiguus , et qui sur chaque point important s'accordait avec le calcul des Egyptiens. (2) Mais les églises bretonnes, tourmentées à cette époque par les Saxons , et ne pouvant presque communiquer avec l'Italie à cause des troubles du continent , n'avaient nulle connaissance de cette modification , (3) et continuèrent de faire usage de l'ancien cycle, quoique par l'ignorance de son application elles déviassent beaucoup de l'ancienne coutume de l'Eglise romaine. (4) De là il arriva que durant les sixième
(1) Le cycle des Alexandrins contenait quatre-vingt-dix-neuf ans , celui des Romains quatre-vingt-quatre: scion le premier, la nouvelle lune équinoxiale ne pouvait paraître avant le 8 mars, ni plus tard que
, le 5 avril, tandis que le dernier fixait ses limites au 5 mars et au 3 avril. De là il arriva, l'an 417> <Iue "a P^que 66 célelrra à Rome le 25 mars, et à Alexandrie le 22 avril. ( Le Bède de Smith, App. n° 9, p. 697 , 698.)
(2) Il contenait quatre-vingt-quinze ans, ou cinq cycles égyptiens.
(3) C'est la raison que donne Bède de leur attachement k l'ancienne méthode : utpote quibus longe extra orbem positis nemo synedalia Paschaliê obser%>antia décréta porrexerat. ( L. III, c. 40
(4) Les préjugés de parti se sont efforcés de bâtir sur cette circonstance un système extravagant et absurde : parce que les chrétiens bretons du septième siècle différaient de l'Eglise romaine sur le temps de calculer la pâque on a supposé gratuitement qu'ils étaient quartofocimans; que par conséquent leurs pères étaient de la même opinion;
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et septième siècles les chrétiens bretons répandus le long des côtes occidentales de l'île observèrent pour le calcul de la Pâque une règle qui leur était particulière ; et lorsqu'on leur demandait comment eux, ensevelis dans un coin obscur de la terre, osaient opposer leurs coutumes à la voix unanime des églises grecque et latine , ils répondaient hardiment, mais par ignorance, qu'ils les avaient reçues de leurs aïeux , dont une multitude de miracles avaient prouvé la sainteté , et dont ik considéraient la doctrine comme l'héritage le plus précieux.
3° Lorsqu'une fois la manie de la controverse s'est emparée des esprits on attache de
les poursuit avec une ardeur et un intérêt qui
et en dernier lieu que la foi fut introduite en Bretagne par des missionnaires envoyés non de Rome mais de quelques églises arabes. La Yérité ou la fausseté de la dernière hypothèse est de peu d'importance; toutefois a est certain que les Bretons, au temps de S. Augustin, n'étaient pas quartodecimans , puisqu'ils observaient la pâque le quatorzième jour de la lune, seulement lorsque ce jour tombait un dimanche, (Bèd., 1. III, c.4, 19.) et il est aussi certain que leurs ancêtres n étaient pas quartodecimans, s'il faut en croire Eusèbe; {Uist., L V, c a3.) Socrate; (I. V, c. ai.) Constantin dans sa lettre aux évêquea, (Eusèbe, 1. III, c. 14.) et les souscriptions des prélats bretons au concile d'Arles. (Spel. conc. , p. \ o , f\i. ) Je ne passerai pas sous silence que Goodall (adHUt. Scot.t introd., p. 66, catal. des évêques écossais par Kcith , préf., p. vu.) affirme que les Ecossais employaient le même cycle et observaient la Pâque le même jour que l'Eglise romaine avait la coutume de la célébrer avant le concile de Nice'e: il fonde son opinion sur l'ancienne table pascale publiée par Bûcher, dans laquelle la fêle est fhcée le quatorzième jour de la lune pour les années 3 16 et 3ao.
ne peuvent manquer d'exciter l'étonnement , peut-être la risée même du spectateur indifférent. De cette nature était la dispute sur la forme convenable de la tonsure ecclésiastique , qui contribua encore à la scission entre les missionnaires romains et écossais : les premiers se rasaient le sommet de la tête et ne conservaient qu'un cercle de cheveux , qu'on supposait représenter la couronne d'épines que la cruauté de ses bourreaux enfonça sur les tempes du Messie ; les derniers laissaient croître leurs cheveux sur le derrière de la tête et se rasaient le front en forme de croissant. Chaque parti était scandalisé de l'air hétérodoxe de l'autre : les Romains affirmaient que leur tonsure leur venait du prince des apôtres , tandis que celle de leurs adversaires était le si gne caractéristique de Sim on le magicien et de ses disciples, (i)
Les Ecossais , incapables de réfuter les assertions spécieuses de leurs adversaires, soutenaient que leur méthode de se raser la tête, quelque impie qu'elle fût dans son origine , avait été dans la suite sanctifiée par les vertus de ceux qui l'avaient adoptée. (2) Les argumens des
(1) Bèd., I. M,c. a5; VI, c ai.
(a) Rumquul, dit Colman, patrem nostrum Columbam, et succèssores ejusdivinis paginis contraria sapuisse vel egisse credendum est? quos ego sanctos esse non dubitans, semper eorumvitam, mores, et distiplinam sequi non desisto. Bèd., 1. III, c. a5.
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partis opposés ne servent qu'à prouver l'ignorance où ils étaient de l'antiquité ecclésiastique. Pendant les quatre premiers siècles de Père chrétienne le clergé n'était distingué des laïques par aucune manière particulière de tondre les cheveux , et la sévérité des canons se bornait à proscrire les modes qui devaient leur naissance à la vanité et à la mollesse, (i) La tonsure prit son origine dans la piété de ceux qui les premiers professèrent les institutions monastiques : se raser la tête était regardé par les naturels de l'Orient comme une cérémonie qui exprimait la plus profonde affliction , et les moines l'adoptèrent comme un signe caractéristique de l'éloignement des plaisirs mondains auxquels ils avaient volontairement renoncé. Lorsque dans le cinquième siècle on tira de leurs cellules les plus illustres de l'ordre , et qu'on les éleva aux plus hautes dignités de l'Eglise ils conservèrent cette marque de leur ancienne profession : le clergé embrassa peu à peu ce nouveau signe , et la tonsure commença à être considérée dans l'Eglise grecque et dans l'Eglise latine, comme nécessaire pour être admis au rang des ecclésiastiques.
Ce fut à cette époque qu'on adopta la manière circulaire et demi-circulaire de raser la
(i) Deflua cœsarict comyescitur eb brevet capillos. Plud«n , mp. fiyavwv, i3.
tête. Les noms des auteurs de cette coutume se perdirent bientôt dans l'oubli , et les générations suivantes, ignorant sa véritable origine, l'attribuèrent dans leur crédulité au premier siècle du christianisme, (i)
Tels étaient les grands objets qui devinrent des germes de division parmi ces saints personnages. La gloire de rétablir la concorde était réservée au zèle et à l'autorité d'Oswin , roi de Northumbrie. Gomme cette province avait reçu la doctrine de l'Evangile des missionnaires écossais leur influence s'étendaitàla fois sur le prince et sur le peuple; mais son épouse Eanfled, qui avait été élevée dans Kent, et son fils Àlchfrid, qui suivait les leçons de S. Wilfrid , adhérèrent avec empressement à la coutume de l'Eglise romaine. Ainsi Oswin vit le schisme diviser sa propre famille , et les mêmes solennités se célébrer à différens jours dans son propre palais. Désirant rétablir l'uniformité il ordonna aux champions des deux partis de venir le trouver à Whitby, monastère de l'abbesse Hilda , et de prouver en sa présence le mérite de leurs coutumes respectives.
La décence et la liberté régnèrent dans leur conférence : Wilfrid fut chargé de défendre les
(i) Voyez le Bède de Smith, App. no IX. Selon un ancien livre de canons cité par Uskcr la tonsure demi-circulaire fat d'abord adoptée en Irlande. % »
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missionnaires romains , et Colman , évêque de Lindisfarne , les écossais ; chacun appuyait sa cause sur l'autorité de ceux dont il supposait être émanée la discipline de son Eglise , et le roi termina la discussion en se déclarant convaincu que les institutions de S. Pierre étaient préférables à celles de S. Colombe. Les courtisans applaudirent à cette décision : un grand nombre de moines écossais se rangèrent sous les bannières de leurs adversaires , et les autres se retirèrent, mécontens et en silence, à leur monastère principal, dans l'île de Hii. (i)
L'issue de cette controverse a porté plusieurs historiens modernes à censurer avec une injuste sévérité le parti vainqueur : ils affectent de Représenter les moines écossais comme une caste outragée et persécutée; ils déclament avec une soupçonneuse véhémence contre l'esprit hautain et intolérant du clergé romain. (2) Mais si l'uniformité était à désirer on ne pouvait l'obtenir que par la soumission ou le désistement d'un des partis adverses ; et certainement il y avait de l'absurdité à prétendre que les observateurs d'une discipline généralement reçue parmi les chrétiens du continent, dussent céder sans résistance aux prétentions de quelques églises obi-
(1) Bèd., I. III, c. a5, 26 , nnn.664.
(a) Henri, Hist. des Bret., vol. III, p. ao.{ ; Rapin., vol. I, p. 71.
cures, confinées sur les côtes de la Bretagne, (i) Les écrivains originaux , qui accordent presque exclusivement aux Romains le mérite de la modération, ne peuvent servir sans doute à confirmer la persécution dont on les accuse. Bède rappelle la haute estime qu'avaient pour Aidan et ses confrères les évêques de Cantorbéry et de Dunwich , et fait observer qu'en cette considération ils ne voulurent pas condamner son éloignement pour la discipline universelle de l'Eglise catholique. (2)
Les lettres que les missionnaires romains écrivirent à l'occasion de cette controverse sont toutes animées de l'esprit de douceur et de conciliation , et prouvent que l'ignorance de leurs adversaires leur inspirait plutôt de la pitié que leur opiniâtreté ne leur causait d'indignation. (3) Mais le témoignage de l'histoire n'est pas de même à la louange de la conduite que tinrent les prélats écossais et bretons : lorsque Daganus , évêque calédonien , arriva à Cantorbéry du temps de Laurence , successeur de S. Augustin, il refusa obstinément de mangera la même table ou dans la même maison que ceux qui
(1) Nunujuid universtdi, <juœ per orbem est, Ecclesiœ Christi, eorum est paucUas uno de angulo extremœ insidœ prœferenda, (Wh.fv npud. Bed., I. III, c. a5j auwi 1. II, c. 19.)
(2) Bed., ibid.
(3) Bed.,1. II, c. 4, 19; Wilk., Con., tom. i,p.36, 4o; Ep. Bonfr
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observaient la pâque romaine ; (1) et S. Aldhelm nous assure que le clergé de Démétie porta son horreur pour la discipline catholique jusqu'à punir la conformité la plus légère par un long cours de pénitence , et à purifier avec un scrupule fanatique les ustensiles qui avaient été souillés par l'attouchement d'un prêtre saxon ou romain. (2) Nous devons nous étonner et gémir qu'à l'occasion de semblables minuties ces saints personnages aient pu suspendre leurs travaux les plus importans , et s'engager dans une controverse pleine d'aigreur ; mais on doit reconnaître avec franchise qu'entre les deux partis les Romains soutenaient la meilleure cause , et qu'ils se rendirent par leur modération dignes de cette victoire qu'ils ont à la fin remportée. (3)
(1) Bed., 1. II, c. 4.
(3) Epist. Aldhelm. ad Geron. régent, inter Bonif. ep. 44 1 P* 5<J. Voyez aussi Bède , 1. II, c aoj Mat. West, ad an. 586.
(3) Le Bède de Smith, App. VIII, IX.