‹ Les antiquités primitives de la Norvège, âge de pierre et âge de bronzeChapitre 4 sur 5 · L'AGE DE PIERRE · texte numérisé non relu

L'AGE DE PIERRE

On ignore si la Norvège a été peuplée d'aussi bonne heure que le Danemark et la partie méridionale de la Suède, car on n'y connaît pas une seule station contemporaine des animaux fossiles, ou même de Tâge de» dibrU culinaires (Kjœkkenmœdding,ÂQaldsdynger) (1). Les plus anciennes traces de l'industrie humaine qu'on y ait trouvées sont des armes de pierre polie ou taillée avec soin. C'est donc seulement vers laiin de l'âge de pierre que l'homme a paru en Norvège ; nous le croirons du moins, tant que de nouvelles découvertes n'auront pas recalé la date de cette apparition. Quels furent les aborigènes de ce pays ? Nous pouvons répondre que,, pour le nord, ce furent les ancêtres des Lapons et des Kvaenes; pour le sud, les descendants du Mannus (2) dont parle Tacilç, car les Norvégiens s'appelaient autrefois Manns septentrionaux (3).

(1) Acatsberetninff, 1802, p. A2.

(3) [Germanl] célébrant carmioibus antiquU, quod ununt apud illoa menorias et anoallam genus est , Tuiscouem deum, Terra editum, et filiam ManDum, orlKinem gentis conditoresque. Hanoo très filios assigoant, è qaorinn Domlnibus proxlm! Oceano IngsTones, medii Herminones, caeterl IstsTones Tocantur. — Germania^ ch. a. ,

Tuiseo paraît être formé de l'adjeclif tivUk (dlTin), dërifé lui-même d*un nom indo-européen qui signifie dieu {iivi en yieux Scandinave, tius en gothique, tiv en anglo-saxon). D'après la mythologie scandinaTC qui a conservé certaines croyances des aborigènes, Tmif le premier des êtres à figure humaine, s'appelait aussi Aurgelmi, l'Ancien de la terre {Aur limon, terre, gelmi pour garnit, vieux. — Voy. Edda de Snorre, ch. 3; Vafthrudnitmâli str. 20^ 30; Sveinbjœrn Egilsson, Lexicon poëticum jintiquœ linguœ teptentrionalis^ Copenhague, 1860,. in-4, au mot^elmir^ p. 232) ; il correspond à terra de Tacite. (3) C'est-à-dire hommes du nord, ^ordmadr, au pluriel IV^ordmenn,

Ce nom se peat leur venir que des premiers habi* tants du pays, et il doit être antérieur à toute histoire : on peut signaler l'arrivée en Norvège de divers peuples celtiques, mais aucun souvenir, si ancien qu'if, soit, ne 5e rapporte à l'immigration des Manns. Ceuxci furent les aborigènes des Etals Scandinaves où leurs descendants forment encore le fond de la population; ils ont vu des étrangers s'établir dans leur pays, ils se sont mêlés avec eux, mais ils n'ont jamais été exterminés; c*est eux qui ont laissé dans les langues septentrionales l'élément dit germanique, mais qu'il vaudraitmieux appeler Nordmannique, comme on le verra plus loin.

Les aborigènes delà Norvège septentrionale devaient jétre de même race que ceux du Danemark et de la Suède ; ils ne pouvaient venir du nord, car leurs armes diflèrent par la matière et par la forme de celles que l'on trouve en Laponiei elles ressemblent au contraire à celles de la Scandinavie méridionale; de plus, elles sont pour la plupart en silex, espèce de pierre que les géologues regardent comme étrangère à la Norvège (1),

(1) M. Nlcolaysea a ponrtant recueUlt du silex brut à Grude, dans la paroisse de Klepp ^ à 23 kilomètres au sud de Stavaoger. « J'appris, dit- Il , que l'on afait à diverses reprises trouvé du silex dans un endroit près de la maison. Comme on sait, les géologues ont admis jusqu'Ici que cette sorte de minéral n'appartenait pas à notre pays ; aussi doutals-Je fortement que ce rapport fût exact, mais en parcourant l'emplacement en question. Je recueillis en peu de temps un éclat de silex et plusieurs morceaux bruts qui me parurent être de même espèce. Cette opinion a été plus tard confirmée par des géolognes à qui Je montrai ces fragments; de plus amples recherches et l'examen des connaisseurs pourront décider postérieurement si ces silex sont originaires de l'endroit, ou si les circonstances dans lesquelles on les trouve doivent faire penser qu'ils sont de provenance étrangère.» ^ar«6er0lntn^, 1801, p.l, et Norske Jf^ornlêvningeff p. 209. Aux pages 788-80 de ce dernier ouvrage , certains détails ajoutés par M. Nlcolaysen donnent k penser qu'il y avait à Grude

et qui par cooséquent doiyent provenir des pays plus méridionaux où Ton en trouve en abondance (l). Ces probabilités ne résolven-t pourtant pas la question, et Ton peut objecter que Ton ne connaît pas en Norvège de caveau en forme de T (2) , comme il y en a en Suède et en Danemark, Mais notre ignorance à cet égard ne prouve rien; en 1859, M. Nicolaysen comptait tout au plus cinq tertres allongés qui eussent été fouillés par des bommes compétents {Aarsberetning, 1859, p. 40} • Le même arcbéologue remarque dans l'avant-propos de se$ Anliquitis norvégiennes que les rapports sur les trouvailles émanent presque exclusivement d'hommes du peuple ou d'autres personnes étrangères à Tarcbéoiogie, qui ne sont pas àmémede discerner l'essentiel et qui ont souvent des opinions préconçues. Les innombrables tertres norvégiens qui n'ont pas été fouillés pourraient bien receler dans leurs flancs quelques caveaux en forme de T« Il est du moins cert^n que la Norvège possède des caveaux simples, sans couloir, or ceux-ci sont communs en Danemark et en Suède, où on les trouve partout dans le voisinage des caveaux en demi-croix (3). Les uns et les autres ont été construits parle même peuple, les rites funéraires qui y ont été observés et les instruments de pierre qu'on y trouve sont identiques. De l!avis de M« Worsaae , qui possède

un atelier pour la fabrication des arues de pierre ; Il serait tout naturel alors que l'on y eût apporté des nueUi de silex.

(1) Nicolaysen , 7Vaee« des aborigènei de la lYorvége dans Awê* b9r§tning , 1857, p. 22.

(2) Aanbêrtîning, 1857, p. 22. Ces caveaux, pourvus d'un couloir qui débouche au milieu de leur longueur, ressemblent parlaitement à une deml-croIx ou à un T; aussi les appelle- t-on en Suède HtUfkatsgraff et en Danemark Gangbygning,

(3) Molbech dans Hi$îori$k Tidstkrift, t. IV^ 1S43. Copenhague, ln-S«, p. 091.

tant d'expérience en ces matières» le couloir qui caractérise les uns doit être une pariieulariU loeaW ions grande importance (1) .

Les tertres qui renferment des cayeaux simples ne sont pas rares en NorTége. Nous citerons entre autres, celui du Hœislasnut, situé dans la paroisse deBoe (Amt de Bratsberg); Il consistait en un amas de pierres mesurant de tO à 12 mètres de diamètre à la base, et haut de 1*.30 à 1*.60« A l'intérieur on découvrit deux caveaux non contigus ni parallèles» ayant chacun 2*. 15 de longueur, 0".70 de largeur et 0"*.50 à O^.GO de profondeur, formés de pierres brutes mais choisies, et couterts de belles dalles* Le fond était jonché d'une mince couche de terre végétale (Nicolajsen, p. S12) ; — - à Askevik , paroisse de Jelse (Amt de Stavanger) , deux tertres dont les caveaux ont été mis à jour d'ancienne date ; l'un de ceux*ci a 5 mètres de longueur, l'autre un peu moins ; ils ont chacun 1 mètre de haut et autant de large (Nicol, p. 331); — - le tertre de Kro, dans l'Ile de Bukn (Amt de Stavanger) , a quatre-vingtdix pas de circonférence à la base et 4 mètres de hauteur perpendiculaire; il se compose d'une énorme quantité de moellons et de quelques grandes dalles régulièrement équarries, mais peu épaisses. En extrayant une partie de ces pierres pour en faire un mur, on avait trouvé dans la partie supérieure, à peu près au centre, une large dalle carrée, de 4 à 5 mètres de côté, qui paraissait avoir recouvert un caveau. En 1839, M. J. K. Ghristie le fouilla de fond en comble; après avoir enlevé la mince couche de terre et de mousse qui s'était

(i) i8ted!igBJeDdomaielighed ikke af aynderiig Betydnlng. i (Om

SÙtvigê èlUr SandêrJyUandt Oldtidimindtr par J. J. A. Woraaae. Gopcohague, 1805, tn*4> p. 26,)

formée à la surface, on découvrit au sud-est uûe dalle très-bien taillée, en forme de disque de 1"'.30 de diamètre, à l'est un autre disque plus épais» dont le dia<mètre était de l'^.GO. Un peu plus bas que ce dernier, on découvrit une pierre rectangulaire très-mince, de 2*.30 de longueur sur 1"*. 12 de largeur; et dessous, une masse de terre rongeàtre, sèche et sablonneuse. On enleva cette terre, au lieu de s'attaquer aux moellons environnants, et Ton descendit ainsi jusqu'à une dalle gigantesque, longue de 3 mètres, large de 1*»60 et épaisse de 0".15 , qui recouvrait le caveau du fond et reposait sur de puissantes pierres de granit posées de champ. Celleà*ci formaient un caveau de 2°'.60 de Ion* gueur sur l''.30 de largeur et autant de hauteur» Pour assainir ce caveau, construit sur un sol marécageux, on avait établi des rigoles nombreuses qui descendaient du centre vers la périphérie du tumulus, mais qui par suite d'un affaissement du centre avaient pris une pente inverse. On eut beau fouiller la terre molle et humide qui jonchait le fond du caveau, on n'y trouva rien, si ce n'est les ossements d'une des loutres qui hantaient ce tumulus (Neumann.Zes An<tgut7é5 de ITro, dans Urda, t. III, p. 94-98 ; — Nicol., p. 337) ; — à Stave, dans la paroisse de Ferkinnstad (Amt de Slavanger), un tertre circulaire de 63 pas de tour, à Tinlérieur duquel il y a un caveau de 4 mètres de long sur 4'".30 de large, couvert de trois larges dalles-, lorsque Tévêque Neumann le iit ouvrir, il n'y trouva que de la pierraille, ce tertre ayant déjà été fouillé cent cinquante ans auparavant (Neumann, MonumenU ancifa^ de tile de Karmœ^ dans J7rda, t. II, p. 214); — le tertre de Brekke dans Je paslorat de Ladvik (Amt de Nordre-Bergenhus) ; on y a Irouvè trois caveaux et il en contient sans doute

un quatrième; deux de ces caveaux renfermaieot des restes de squelettes; le troisième, long de 3 mètres, large et profond de O^.TO, était formé de pierres posées de cbamp et couvert de dalles épaisses; on j trouva six urnes d'argiles, remplies de cendres et d'ossements, et disposées deux par deux, au milieu et aux extrémités {Vrda^ t. I, p. 135; Nicol., p. 475, 822),

Soit que ces solides et spacieux caveaux fussent des cénotaphes, soit qu'ils aient été mal fouillés par les modernes ou trop bien par les anciens, ils ne contenaient pas d'instruments de pierre ou de métal ; leur structure , qui les identifie avec les tombeaux danois de Tâge de pierre, est le seul indice qui nous autorise à " les classer dans cet âge. On ne connaît en Norvège que trois caveaux qui aient renfermé des armes de pierres : à OEvre-Klop, dans la paroisse de Ramnes (Amt de Jarlsbarg-Laurvik), il y avait un tertre rond qui contenait quatre caveaux conligus; deux d'entre eux étaient formés de blocs arrondis, chacun des deux autres avait pour parois quatre dalles posées de champ, avec une cinquième pour couverture. Les caveaux mesuraient ln.25 de long sur 0".60 de large et 0".46 de haut; ils renfermaient tous du charbon, de la cendre et des débris d'ossements. En 1853, des terrassiers qui tiraient du sable de ce tertre y découvrirent six couteaux ou pointes de javelots en silex. Le propriétaire du terrain, qui assistait à ces travaux et qui donna ces renseignements à M. Nicolaysen, n'osait affirmer que les instruments de silex provinssent des caveaux, mais il avait la conviction que tel était le cas; car, dès que les ouvriers eurent frappé contre les dalles de manière à les disjoindre, les objets de silex glissèrent tout à

caup^en même temps que des cendres et du sable mêlé de charbon (INicoIaysen, p. 192) ; — à Frederiksten, non loin de Frederikshald, on a découvert une sorte de caveau dont tes parois étaient formées en partie de pierres détachées, en partie d'un pan de rocher*, on y a recueilli deux pointes de lance et deux grattoirs en forme de demi-lune, le tout en silex (Nicol., p. 2) ; — à Kvikhe (Amt de Hedemarken} , il y avait un tertre oùJ'on trouva, dans un caveau fait de dalles, un squelette dans la poitrine duquel était une flèche de pierre (Nicolaysen, p. 744).

Si Ton fait abstraction des caveaux, nous pourrons citer une foule de tertres d'où Ton a exhumé des armes de piei*re, par exemple : une hache de pierre dans un murger (1) à Yestre-Berum , pastorat d'Asker (Amt d'Akershus. — Nicolaysen.p. 45) \ — une pointe dépique en silex dans un tertre à Kjaerlien, paroisse de Hurum (Amt de Christian. •— Nicol., p. 755) ; -r- dans Ttle d'Arœ, à 12 kilomètres à Test de Kragerœ, une hache-marteau de pierre dans un murger; le trou du manche doit avoir été percé par un instrument de mé* tal; — une arme de pierre dans uif tertre près du presbytère d'OEyeslad (Amt de Nedenes.— NicoK, p. 243); «— - une pointe de lance en silex, à la profondeur de 2 à 3 mètres, dans un tumulus à Vaagsvoll, paroisse de yanse(Amt de Listec-MandaK — Nicol., p. 281); — un marteau de granit avec un trou de manche inachevé, un autre de pierre, une hache de basalte, et un petit cheval de bronze, dans un tertre à Opedal, paroisse d'UUinsvang (Amt de Sœndre-Bergenhus. — Nicol.,

(1) Nous croyons devoir employer ce nftt bourguignon, qui signifie un tas de pierre, pour traduire l'expression stenros des Norvégiens et stenrœr des Suédois.

p. 375) ; — une hache de serpentine à taillant finement aiguisé dans un tertre à Indre-Ame, pastoral de Haus (Amt de S.^Bergenhus. — Nicol., p. 407); — une hache de pierre finement polie dans un tertre à Sœndre- Haukeland, paroisse de Birkeland (Amt de S. Bergenhus. — Nicol., p. 414) — ; un cisisau de menuiserie, en silex poli, dans un murger à Hillestad, paroisse de Hafslo (Nordre-Bergenhus. — Nicol., p. 458) ; -^ une hache de grès dans un murger à Florœ, paroisae de Kinn (Nordre-BergeAhus. — Nicol., p, 489) ; — un marteau de granit dans un tertre à Svanoe (Nordre- Bergenhus. — Nicol., p. 490) ; — une hache de pierre dans un tombeau à Blindheim, paroisse de Vigerœ (Amt de Romsdal. — NicoK, p. 536).

A la Terité , comme les circonstances de ces trou* i^ailles n*ont pas été précisées, on ignore si les armes en question étaient déposées dans des caveaux, ou si elles se trouvaient par hasard mêlées à la terre et aux pierres dont se composent les tertres et les murgers. C'est seulement dans le premier cas qu'elles donneraient date aux tombeaux d'où elles proviennent. Mais il n'ya pas trop de hardiesse, nous semble-t-il, à admettre, même sans preuve positive, que quelques-uns de ces tertres ou murgers soient des sépultures des aborigènes, car il serait vraiment étrange que la Norvège n'ait pas eu de tombeaux dans l'âge de pierre : nous savons avec certitude qu'elle avait alors des habi» tants, et ce n'étaient pas seulement des pêcheurs ou des chasseurs de passage, mais bien une population sédentaire. Des passants n'auraient pas apporté des haches de pierres inachevées, comme on en a trouvé à Haugt paroisse d'Ullinsaker (Amtd*Akershus. — Nicolaysen, Norske Fornlevningerj p. 50); — à Granheim, paroisse

d'Ulvsnes (Amt de Christian. — Nicol./p. 111); — à Opedal, paroisse d^Ullinsvang (Ami de Soendre-Bergenbus. — Nicol., p. 375) ; — ils ne se seraient pas embarrassés de massifs polissoirs (1) ; — ils n'auraient pas eu d'ateliers pour la fabrication des instruments de silex, comme on en connatlùGrude, paroisse de Klepp* Dans celte localité, MM. N. NicolaysenetD. Rygbont recueilli quantité de pointes de flèclies et d* éclats de silex à peu de profondeur sous le sol ; on ne peut fouiller 4 ou 5 mètres carrés sans en découvrir des échantillons. C'est principalement à Lendeholane et sur quelques éminences situées plus au sud, le long d'une suite de marais que sont éparpillés ces débris* On en trouve aussi dans beaucoup d'autres endroits du canton de Jeder (c6te méridionale de Tamt de Stavanger) (2), toujours près de l'eau : fleu-ve, lac, rivage de la mer, le plus souvent au confluent des rivières. Partout, comme à Grude, ce sont les éclats informes et brisés qui dominent; il y a très-peu de pointes de lances, de flèches, en un mot d'objets façonnés (3) . A ces circonstances, on reconnaît des ateliers pour la fabrication des armes de silex, ateliers analogues à ceux du Danemark. Comme on peut bien s'y attendre, les ouvriers n'ont laissé surplace que les objets manques ou les débris; quant aux instruments achevés, on les a naturellement emportés aux lieux où Ton devait s'en servir,

(1) L'un trouvé k Rogdfl, paroisse ^'Ullinsvang (Amt de Soeodre-Bergenbus) a 0">33 de longueur, 0"26 de largeur et O^IC d'épaisseur; d'autres ont de moindres dimensions (Nicolaysen, JYorskê I^'ornlevninger, p. 378 ; 25, 65^ 201» 335, 384 ; — Urda. I, p. 80-00 avec flg.)

(2) Notamment ft Re, paroisse de Thlme, au sommet d'un tertre. (Nicolaysen, p. 787.)

(3) Nicolaysen, p. 200, 788-80; 0. Rygb, dans Univertilets og SkoU- Annahr, t. VI, p. 200.

et c'est là qu'ils ont été usés, retaillés, perdus ou abandonnés. Par une coïncidence qui ne doit pas être fortuite, ces instruments se trouvent principalement dans TAmt de Stavanger, où Ton connaît le plus dejsettestue (chambres des géants), qui doivent être des sépultures de rage de pierre (1). Dans la seule paroisse de Klepp, on a recueilli quinze instruments en pierre, savoir :' trois ciseaux de menuiserie, trois couteaux, une hachemarteau, deux coins, une pointe de pique, quatre pointes de flèches, une lime ou plutôt une râpe (Nicolâysen, p. 298-299, 788-792). On peut donc regarder celte paroisse et en général tout le canton de Jeder, dont elle fait partie, comme Tune des contrées delà Norvège où la population était le plus dense pendant l'âge de pierre*

Voici d'ailleurs, autant que nous l'apprennent les découvertes consignées dans le Répertoire archéologiqiÂô de M. Nicolaysen , comment était distribuée à cette époque la population de la Norvège ; alors comme aujourd'hui, le versant occidental de la péninsule Scandinave était occupé par deux races : la race ouralofinnoise et la race indo-européenne. La première était venue parle nord en contournant le golfe de Bothnie ; de la Laponie suédoise, elle se répandit dans toute la partie de la Norvège située au nord du 65* de latitude. Les armes et les instruments que Ton trouve dans ces contrées septentrionales sont presque exclusivement en schiste et en grés, c'est-à-dire en pierre tendre, au lieu d'être en pierre dure (silex, granit, quartz, serpentine, etc.)^ comme dans la Norvège méridionale; elles ont des formes très-différentes de celles du sud;

(1) Neamann, Christie, dans Urda, II, p. 20A> 328; — Nicolaysen , dans Lœtebog de Jensen, p. 288.

aussi M* Rygli en a-t-il induit avec beaucoup de vraisemblance que les armes de scbiste et de grès, recueillies dans leNordland et le Finmark, ne devaient pas être attribuées au même peuple qui a laissé les armes en silex de forme ordinaire, mais plutôt à quelque tribu lapone dont les descendants vivent encore aujourd'hui au nord de la Norvège (1). Les armes de scbiste se trouvent presque exclusivement dans le Nordenfjelds, surtout dans l'Amt de Tromsœ, en moindre quantité dans le Finmark et le Nordland. Les contrées situées entre le FoldenQord au nord, le Rauma*elv et leDovrefjeld au sud, c^est-à-dire les bassins du Namsen, du golfe de Throndhjem et du Sundals-elv, paraissent avoir formé un désert qui séparait les deux races : elles n'y ont laissé l'une et l'autre que peu de traces et semblent s^élre bornées à le parcourir sans s'y établir. Les Finnois se sont avancés au sud jusqu'à Rœros à la source du Glommen et jusqu'à Yeœ, près des rives septentrionales du golfe de Romsdal (Nicolaysen, p» 829» 543, 544). Nous hésitons à leur attribuer deux pointes de piques en schiste - trouvées à Huvestad et à Berge, dansla paroisse deVinje (Amt deBratsberg) , une pointe de flèche de schiste, barbelée et longue de 0"'.12, trouvée en terre à 1"*.30 de profondeur, à Hovland, paroisse d'UUinsvang (Amt de Sœndre-Bergenhus. — Nicolaysen, p. 232 et 377) ; il n'est pas impossible cependant qu'ils se soient avancés jusque-là en poursuivant le renne à travers Dovre-fjeld, le Lang-fjeld et les plateaux de Sogn et de Hardanger.

Dansla paroisse d'EidQord(Amt de Soendre-Bergenbus), on a trouvé, à 1,300 mètres au-dessus du niveau

(1) L'Exposition universelle de 1867. Notice sommaire sur l'Histoire du tra? ail dans le Royaume de Norvège. Paris, cliez P. Dupont. In-8*.

lie la mer, sur les hauts plateaux qui séparent le Hardanger du Hallingdal et du Numedal, des amas d'ossements et de cornes de rennes ; le grand bailli W. F. K. Ghristie, émit l'opinion que ces débris provenaient des aborigènes, et il en induisit que ces derniers étaient des Lapons {Urda. II, p. 408-409). Le savant P, A* Munch admit cette hypothèse dans sa consciencieuse Histoire du peuple norvégien» « La présence des Lapons dans la péninsule Scandinave a toujours été, dit-il, économiquement liée à celle du renne, et si la Norvège a eu des habitants avant les Nordmanns, ce ne pouvaient être que des Finnois nomades, errant sur les hauts plateaux depuis le Finmark actuel, jusqu'au diocèse de Chris tianssand, ne descendant vers la mer que de temps à autre pour obéir à l'instinct du renne. Ces théories ne reposent pas uniquement sur des suppositions 'j de gros amas d'antiques ossements de renne, que l'on trouve çà et là sur les hauts plateaux, attestent que d'assez grandes tribus lapones ont séjourné quelque temps dans ces lieux, n {Det norsie Folks Historié. Christiania , 1852, in-8*. T. I, p. 3. ) M. Nicor laysen, dans un mémoire sur les Traces des habitants primitifs de la Norvège (i), fît remarquer l'invraisemblance de ces théories. « Et, en effet, disait-il, qu'estce qui aurait pu déterminer les aborigènes à s'éloigner des câles^t des contrées plus unies, où il» trouvaient pour ainsi dire à leur porte tout ce dont ils avaient besoin pour la satisfaction de leurs besoins exclusivement matériels? Près de la côte, ils avaient des huitres; la mer et les fleuves leur donnaient du poisson ; le cerf, l'élan et les autres quadrupèdes ne

(1) Om Levninger af Norgu UrfM dans Aanberelning , 1857, p. M-27,

recherchaient pas plus alors qu^aujourd'hui les hauts plateaux, et le renne descendait peut-être plus bas qu'actuellement. » Les doutes de M, Nicolaysen furent confirmés par la présence d'objets de fer au milieu des échantillons de ces tas d'ossements qui se trouvaient au- musée de Bergen {Aarsberttningt 1857, p. 25). En 1859, étant allé explorer les débris culinaires d'Eid* fjord, il y trouva entre autres objets des clous et un fragment de lame de couteau en fer {Aarsberetning^ 1860» p. 21-27). La questionétait résolue par ces troùyailles ; les débris attribués aux aborigènes étaient de date beaucoup plus récente; c'étaient apparemment les restes des repas de quelques chasseurs de rennes. On le Toit, il n'y avait là rien qui put justifier la vague hypothèse de l'établissement des Lapons dans la Norvège méridionale, ni celle de l'occupation des hauts plateaux du centre antérieurement à la colonisation des vallées et des plaines voisines de la côte. On n'a pas trouvé d'^irmes de pierre dans le Gudbrandsdal en amont du lac Losna, ni sur les hauts plateaux qui se trouvent aux confins du Sœndenfjelds et du Vestenfjelds. Les aborigènes, de la Norvège méridionale, les Nordmanns, peuple de race indo-euro« péenne*, s'établirent de préférence sur les côtes à peu de distance de la mer ou des fjords (longs golfes particuliers à la Scandinavie). Quelques-utis pourtant pénétrèrent dans l'intérieur du pays, mais toujours, en remontant le long des grandes rivières ou des lacs* Us venaient certainement du sud, puisque leurs armes ressemblent pour la forme et la matière à celles des aborigènes du Danemark et de la Suède méridionale, tandis qu'elles difi'èrent de celles des anciens Lapons. S'ils fussent venus ^u nord, ils auraient commencé par

coloniser le fertile bassin du golfe de Throndhjem ; cette belle contrée serait devenue le foyer d'où ils au* raient rayonné vers le SœndenQelds et leVestendfjelds; mais leurs traces y sont infiniment plus rares que dans aucun des quatre diocèses méridionaux, sans en excepter le diocèse montueux et non maritime de Hamar* Elles sont au contraire fort nombreuses dans Fancien Yik, c'est-à-dire dans les contrées voisines du golfe de Christiania, par où durent passer les Manns pour pénétrer en Norvège. Ils longèrent les rives du Ska* gerrak et de la mer du Nord jusqu'au golfe de Roms* dah Ils envoyèrent aussi quelques colonies dans l'intérieur des terres : l'une d'elles remonta le long du Glommen jusqu'à Lille-E^vdalen, où Ton a trouvé une pointe de pique en silex (Nicolaysen, p. 743). De là les émigranls gagnèrent le bassin de l'OErkla-elv ; l'un des leurs périt à Kvikne, au confluent du Yen avec rŒrkla, et il fut inhumé selon les rites nationaux, dans un caveau de dalles dressées, où l'on a retrouvé son squelette avec une flèche de pierre dans la poitrine (NicoK, p. 743). Un peu plus bas» ils quittèrent le bassin de l'Œlrkla-elv, poursuivre les rives de Gula^ elv; ils perdirent à Stœren un poignard de silex, long de 0*^,25, non poli mais taillé avec soin, et dont le manche est pourvu de quatre nervures (Nicolaysen, p. 585). Arrivés sur les bords du golfe de Throndhjem, ils longèrent ses rives méridionales, laissèrent à Lade une pointe dépiqué en silex bien poli (NicoL, p. 192); à Vernes, une hache de porphyre (Nie, 617); àSkatvol, une pointe de flèche en silex (Nie, 619). Le couteau de silex trouvé à Tœmmeraas, paroisse de Grong (Amt de Nordre-Throndhjem. — Nicol., p. 667), donne à penser qu'ils montèrent le long des lacs Beitstad et

de leurs tributaires, jusqu^à ce qu'ils eussent atteint le bassin du Nàmsem, où est situé Tœmmeraas. Ce fut probablement le terme de leurs excursions vers le nord. D'autres Manns, au lieu de continuer à remonter le cours du Glommen, suivirent ses affluents et notamment le Vormen, qui les conduisait au fertile bassin du Mjœsen. La vallée de Redal, située sur la rive occidentale de ce lac, au nord du Stokke-elv, dans la paroisse de fiirid, portait encore au moyen âge le nom caractéristique de Mansbejmsberad (canton de la patrie des Manns). Us avaient en efiet dans les alentours de nombreux établissements à Stange, à Vang, à Nés, à Ringsaker, à Faaberg et à Throtten (Nicol., p. 65, 744 ; 69, 76; 79; 742; 747; 75Q; 87)c —On voit aussi par d'autres trouvailles que des Manns s'avancèrent presque jusqu'à la source des rivières du Yalders, du Halliugdulet du Thelemarken; mais le Laugen du Nu* medal, une des rivières les plus importantes de la Nor* vége ; le Nid-elv, le Topdals-elv, le Torrisdals-elv, le Mandals-elv, leKvin-elv et le Sire-aa n'ont eu des habitants que dans la partie inférieure de leur bassin. Il nous reste à passer en revue les armes et les instruments dont se servaient les hommes de Tâge de pierre. Ils possédaient des polissoirs; -—des couteaux, consistant en une mince lame de silex, qu'un seul coup habilement appliqué a détaché du nucleus ; — des poignards, dont le manche plat, rond, ou tétragonal, est souvent taillé avec élégance ; le plus grand que Ton connaisse en Norvège, et peut-être dans toute la Scandinavie, a été trouvé à Grude (paroisse de Klepp) -, il ne mesure pas moins de 0",42 de longueur; —des pointes de piques et de javelots ; — des pointes de flèches, soit tétragonales, soit triangulaires, ou taillées en

forme de cœur; quelques-unes sont barbelées; — des coins aux côtés aigus ou arrondis ; les uns simplement taillés, les autres polis^ la plupart aiguisés; -« des hachcts ; des bacbes-marteaux ; — - des scies finement dentelées, généralement en forme de demi-lune, et à cet égard semblables à d'autres instruments que Ton croit avoir été des racloirs pour la préparation des peaux ; — des râpes ; — des ciseaux de menuiserie ; — des gouges.

Eh 1866, on ne comptait guère que 350 armes on instruments qui eussent été trouvés en Norvège. Ils doivent presque tous provenir des Manns ; 25 seulement nous paraissent devoir être attribués aux Lapons. <— La rareté des armes trouvées dans la Norvège septentrionale, tient sans doute à ce que la population y était relativement aussi peu dense alors qu'aujoupd'bui, et peut-être aussi à ce que les Lapons inhumaient leurs morts dans des fosses, au lieu de déposer les cadavres à la surface du sol pour les couvrir d'un amas de terre ou de pierre, comme c'était la coutume dans les contrées plus méridionales. La plupart des armes de pierre trouvées dans le Nordland et le Finmark ont été exhumées d'une certaine profcHideur (Nicolajsen, p. 695, 701-703). On a même découvert à Lille- Rcedberget (paroisse de Lenvik), à 1 mètre sous le sol un caveau formé de dalles dressées, long de 2*, 30 et large de 1 mètre, qui renfermait deux couteaux de schiste (Nicolaysen, p. 701). Il est donc assez vraisemblable que les ancêtres des Lapons enfouissaient déjà leurs choses précieuses, comme font encore leurs descendants (1).

(1) Cet article était déji sous presse lorsque noire Illustre mattre, M. h J, A. Worsaae a eu robligeaoce de nous fiiire remettre une épreuve

Beaucoup d* armes et d'instruments de pierre sont taillés aTec soin ; on a commencé par les dégrossir à grands coups, puis on les a achetés à petits coups répétés, souvent même on les a polis et aiguisés. Des faussaires contemporains sont parvenus à les contrefaire pour la plupart, mais ils n'ont pu retrouver Tart de lever d'un seul coup de minces, longues et étroites lames de silex qui mesurent parfois 0"*,30 de longueur en Danemark ; la plus longue que Ton connaisse en Norvège n'a que 0*^11. Les ouvriers de Page de pierre devaient déployer une grande patience et une prodigieuse habileté pour tailler si élégampient leurs poignards et leurs scies avec de simples cailloux; mais, quelque adresse qu'on leur attribue, on ne peut guère supposer qu'ils aient percé avec des pointes de silex ou des cbevilles de bois les trous parfaitement ronds qui servaient à l'emmanchement de plusieurs haches et marteaux. Il faut admettre que les fabricants de ces sortes d'instruments ontemplojé des cylindres de métal,

éê ses remanpies Sur qudqttBM trouvailles dPaniiquités norvégûnnes (Om nogle norskeCHdsagsfund). Cette notice, qui doit paraître dans les uiarbœger for nordUk Oldkyndighed og HiMtorie, i869,Gopenliagiir, ia-8<*, p. 1-12), a été lue, le 6 février 1866, à Toccasion des oommunica- UoDS faites à la Société des Antiquaires du Nord par le professeur O. Rygh et le recteur Henrichsen. Nous regrettons de n'avoir pas reçu cette notice asseï tôt pour tirer parti de deux ou trois renseignements nouveaux qu'elle nous donne, notamment sur les rognons de silex brut que les pêcheurs tirent assez souvent de la mer près des côtes de Seder. — An reste ces deuils, qui auraient complété notre tatrieau de l'âge de pierre, n'en auraient pas modifié l*ensemble, car M. Vorsaae admet , comme nous l'avons fait, qu'une partie des armes de pierre trouvées en Norvège, ont été fabriquées par les habitants de ce pays ; que lesplissoirs en sont une preuve; qu'il y avait dans TAmt de Stavaoger des ateliers pour la taille du silex; que les hauts plateaux n'ont pas été colonisés avant les. côtes et les terres basses. — Ce n'est pas une médiocre satisfaction pour nous que d'être tombé d'accord sur tous ces points avec un archéologue émicent comme le directeur du Musée ût^ Antiquités septentrionales»

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