‹ Les antiquitez [sic] et chroniques de la ville de Dieppe [microforme]Chapitre 10 sur 61 · PRE ES · texte numérisé non relu

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ministres d’Estat. Ils députèrent aussi le sieur de Berville, avocat à Rouen, pour aller en faire les sollicitations au conseil, suivant le résultat du consistoire du 6 et du 28 jour de may de la présente année. Néantmoins, il fut arresté le même jour que cependant les exercices seroient sursis, et que désormais les annonces des mariages seroient réduites à 15 jours, à cause du temps. Ce fut aussi ce que le Consistoire conclut le 29 jour de juin.

Mais, le seizième de may (a), Mons’ de Chaste ayant eu avis que M' de Palsceul (1), Gouverneur du Neufchâtel, avoit entrepris de forcer le bourg d’Aumale, sortit de Dieppe avec sa cavalerie, ses gens de pied et deux pièces de canon, à dessein de le seconder ; toutes fois, il n’alla pas loing, car il fut averti de la part du sieur de Palsceul qu’il estoit contraint de lever le siége, parce que l’ennemi estoit prest de secourir la place.

Le 23 du même mois, ceux de Dieppe firent une expédition plus heureuse que la précédente (b). Elle fut conduite par M" de Cusson, qui fut accompagné du capitaine Fournier, et marcha à la teste de leurs compagnies, lesquelles furent suivies le lendemain de cent harquebuziers commandez par le capitaine des Moulins, de la compagnie du sieur de Montpellier, commandée par le sieur de Catteville, et du capitaine des Châteaux, qui firent traisner après eux deux pièces de canon. Ayans continué lear marche jusques devant la maison du sieur de Castillon, lequel apportoit de grands obstacles aux progrez de ceux qui tenoient le parti du Roy, ils dispo-

(4) Le Journal du sieur Estancelin -- (Lb) Le même,

4) M. R. d'Estaintot le nomme de Palleseuil; il faut probablement lire de Pallecheul. — Cf., tome E, p. 266.

sérent toutes choses pour l’attaquer, de sorte qu’ils pointèrent leur artillerie contre elle et la battirent si rudement qu'après douze coups de canon, il fut contraint de <= rendre par composition, et de laisser par ce moyen le ::,. de Bray libre.

Mais le 26 du mois de juin (a), Mons’ de Chaste partit de Dieppe et alla à Paris. Il fit l'honneur à l’autheur de nostre Journal de le prendre en sa compagnie, d’où vient peut-estre qu'après avoir esté absent de Dieppe il ne nous a pu laisser par écrit ce qui s’y passa depuis ce temps-là jusqu’à l’onzième jour d’aoust ; si ce n’est toutesfois que M° de Stafort, ambassadeur de la Reine d'Angleterre, descendit à Dieppe et alla ensuite trouver le Roy, ainsi que nous dirons incontinent.

Un parti de la Ligue, taschans de profiter de l’absence de M' de Chaste, vint aux villages voisins de Dieppe. Huit chevaux s’en estans détachez donnèrent, le 14 d’aoust, jusqu’auprès du fort du Pollet, d’où ils se retirèrent pour aller au village de Grèges, où il y avoit une embuscade, d’où ils enlevèrent des harnois. Néantmoins plusieurs Dieppois, et même l’autheur du Journal, sortirent à pied pour donner la chasse à ces Ligueurs ; mais ils furent obligez de retourner sur leurs pas, avec le déplaisir de n'avoir pu rien exécuter pour le service du Roy, faute de cavalerie qui fut meilleure que celle de quelques Anglois qui voulurent estre de la partie ; car (selon le Journal) ils avoient des chevaux si eraintifs et si peu accoutumez à voir des armes, qu’à l’éclat d’une espée nue ils faisoient des démarches qui obligeoient leurs cavaliers à mettre le pied à terre.

Le samedy 25 d’aoust, Mons’ de Cusson receut une

a) Le mêince

lettre de la part de M' de Chaste (a), et, comme il luy mandoit qu’il fit partir en diligence la noblesse qui estoit à Dieppe, parceque le Roy se disposoit à une bataille, il fit part de cette nouvelle à M" de Stafort, lequel partit de cette ville à onze heures du soir, à la teste de sa compagnis d'environ quatre vingt chevaux.

Après ce secours d'hommes, des provisions de guerre et de bouche furent apportées à Dieppe sur six navires des Estats de Holande. Elles consistoient en six milliers de poudres, en trois mille mines de bled et en vingt mille escus, qu’ils prestoient à Sa Maiesté; de manière que ces biens et ces secours vinrent d’autant plus à propos que l’armée du Roy en avoit besoin, selon le témoignage de ceux qui en retournèrent, le 22 de ce mois, tant à cause de leurs maladies qu’à cause qu’ils n’avoient point d'argent; et non pas à cause qu’ils estoient du parti de la Ligue, ainsi que les Religionnaires de Dieppe publioient. M. de Chaste estoit resté au camp du Roy, mais il en revint dez le 5 jour d’octobre, estans accompagné de tous ceux qu’il y avoit menez. Son retour réjouit toute la ville, et ses habitans, ayans voulu luy en donner des marques, l’y reçeurent au bruit des descharges de l'artillerie du chateau et du fort du Pollet. L’onzième de ce mois, il fut au Neuchâtel avec le sieur Dincarville, qui avoit conduit les provisions dont nous venons de parler, et avec le sieur La Barre, afin de donner ordre à quelques affaires qui concernoient les finances de Sa Maiesté.

Les Religionnaires de Dieppe, continuans de rechercher les moyens d'obtenir la liberté de leurs exercices,

(a) Le mème

rie

résolurent, le 12 du mois d’octobre (a), que l’on prieroit la dame Dandelot, qui estoit alors en cette ville, de s’employer en leur faveur envers M" de Chaste. Ils résolurent aussi qu’ils ne s’assembleroient désormais qu’au nombre de 25 ou de 30 personnes, qui se présenteroient de nuit le plus qu’il seroit possible avec un marreau, etc. (b). Les Religionnaires firent paroitre tout de nouveau le désir qu’ils avoient de jouir de la liberté de leurs exercices, lorsque Mons’ le vicomte de Turenne et l’ambassadeur d'Angleterre furent arrivez à Dieppe à dessein de passer en ce pays-l, suivant les ordres du Roy, pour des affaires importantes et secrettes ; car les ministres de la Haye, Feugueré et Delicques furent les saluer, et les prier en même temps de s’employer envers le Roy et son conseil pour en obtenir cette liberté (c). Mons’ de Turenne les ayans écoutez favorablement, le 2 jour de novembre, leur donna parole qu’il n’y manqueroit pas. Néantmoins, il en fut empesché, selon que l’on verra dans fa suite, ét il s’embarqua avec l'ambassadeur, six jours après, sur six navires des Estats, qui estoient demeurez à la rade de Dieppe depuis le 21 de septembre (d). De même que l’on avoit fait trève avec ceux du Havre de Grâce, on voulut conclure une suspension d’armes avec ceux de Rouen en faveur des villageois (e). Monsieur de Cusson, Messieurs de Caudecoste et d’Aubermesnil et plusieurs autres gentilshommes partirent de Dieppe pour l’exécution d’un si bon dessein, et allèrent au village de Ninville pour y trouver les députez de Rouen, mais, ne s’y estans pas trouvez, la partie fut remise au mardy ensuivant. Ce jour venu, Mons’ de Cusson monta

(a) Le sieur Police, Relig. -- (b) Le Journal du sieur Estancelin. -- (ce) Le sieur Policien. d) Le Journal du sieur Estancelin. -- e) Le mème Journal

À cheval et marcha avec sa compagnic vers le même endroit. Mais les chevaliers Doche et de Grillon, lesquels vinrent à la teste de leurs troupes les rencontrer à une lieue du rendez-vous, les chargèrent en désespérez sans avoir égard aux passeports qu’ils avoient eu de M' de Tavannes, gouverneur de cette métropolitaine, et de M' de Villars, gouverneur du Havre. Ils tuèrent le nommé Bonases, qui appartenoit à M" de la Mailleraye et avoit apporté les passeports de Rouen ; ils tuèrent aussi deux soldats, ils en blessèrent deux autres, et firent prisonniers M'° de Caude Coste, d’Aubermesnil, de Grincourt, d’Anglesqueville et plusieurs autres, et M° de Cusson, s’estans sauvé avec trois de ses gens, ils le poursuivirent jusqu’au village de Canteleu (1), à quatre lieues de Dieppe.

Les habitans de cette ville ne manquèrent pas de se ressentir d’une si détestable perfidie, et, en attendant le temps de s’en vanger avec l’espée, ils résolurent dez lors de le faire avec la plume (selon que j'ai pu coniecturer) par ces reproches qui leur en furent faits (a) :

Ne prenez plus cette vaine couleur De vous armer pour l'Eglise romaine ;

On sçait assez qui vous pousse et vous meine : Dieu n'aide point au brigand et voleur.

Traistres, ingrats, gens de peu de valeur, Quel bien vous peut faire le duc du Mayne Au prix du Roy ? quelle rage inhumaine Vous fait laisser le bien pour le malheur ?

Mais quoy, le Roy vous semble tant horrible Que le nommer il n’est mesme loisible, Et moins prier pour sa prospérité ;

(a) Sonnet tiré du Journal du sieur Estancelin

1) Hameau de Luneray.

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