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Monsieur le Gouverneur de Dieppe continuoit cependant de rendre service au Roy lorsqu'il en trouvoit l’occasion (a), En effet, ayans appris que le Ponteaudemer estoit assiégé par M' d’Aumale, il sortit de Dieppe, le 21 de novembre, avec toute sa cavalerie et alla pour le secourir. Mais parce qu’il eut, lorsqu'il marchoit de ce costé là, des nouvelles de la prise de cette place, il fut obligé de retourner, sans avoir pu exécuter un si généreux dessein.
Le 5 jour de janvier 1590, les quatre capitaines des bourgeois ayans demandé à Mons" de Chaste la liberté de se démettre de leur charge, ce brave Gouverneur (qui vouloit bien les laisser vivre en repos après toutes les fatigues qu’ils avoient souffertes pendant les siéges de Dieppe et d’Arques) leur accorda cette grâce, et subrogea en la place de Mons’ Gally Monsieur d’Aubermesnil, et deux autres des plus considérables de la ville en la place du lieutenant et de l’enseigne de sa compagnie. Il en choisit encore trois autres au lieu des trois autres capitaines qüi avoient aussi demandé congé, c’est à dire au lieu des sieurs Mainet, Blondel et Le Vasseur.
Le 24 de ce mois, M' de Chaste fit encore sortir sa compagnie de gendarmes, et, après avoir marché jusqu’à Doudeville et rencontré la compagnie du capitaine Meusnier, qui estoit composée de 120 soldats, ils les chargèrent si brusquement qu’ils les défirent et emmenérent le capitaine et le lieutenant prisonniers, laissant l’enseigne mort sur la place.
À minuit du ? jour de février, M' de Chaste receut un paquet de la part du Roy. Comme Sa Maiesté luy
(a) Le Journal du sieur Estancelin.
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mandoit qu’elle avoit résolu de combattre ses ennemis, et luy demandoit le plus grand nombre de noblesse et d’harquebuziers qu’il pourroit luy envoyer, et même que, s’il vouloit venir luy-même, il seroit placé à son choix, ce fidèle et glorieux Gouverneur de Dieppe fit aussitost donner avis à Ja noblesse qu'il falloit monter à cheval à sept heures du matin, et, sans différer plus longtemps, il partit de Dieppe à neuf heures avec le capitaine Fournier et quelques gentilshommes et de ses harquebuziers à cheval. Mons" de Boudeville, lieutenant de ses gendarmes, sortit aussi de cette ville, trois jours après son départ, avec un grand nombre de noblesse, qui pouvoit faire en tout six vingt bons chevaux ; mais parcequ’ils furent empeschez vers le Pont de l’Arche de passer plus outre, ils furent contraints de retourner à Dieppe (a).
Les Ligueurs, ne sentans plus Mons’ de Chaste et sçachans que la gendarmerie de Dieppe estoit beaucoup diminuée, entreprirent de faire des courses jusqu'aux lieux circonvoisins de cette place. La garnison de Gammaches, qui s’estoit rendu aux Ligueurs le 19 jour de janvier, s’avança, le 13 jour de février, jusqu’au village de Neuville, où est l’église parroissiale du fauxbourg du Pollet (1), et prit des bestiaux. Les compagnies du Havre-de-Grâce vinrent le lendemain au bourg de Basqueville, et elles pillèrent tout ce qu’elles trouvèrent de bon. Ce ne fut pas tout; car les ennemis, non contents d’avoir mis ces partis en campagne et exercé ces pilleries, formèrent une entreprise sur Dieppe même, selon
(a) Le même.
{) On sait qu'il en fut ainsi jusqu'en 1838,
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les avis qui en furent donnez dez le jour même à M' de Cusson, lieutenant du château. Le Journal porte qu’un gentilhomme, dont le sieur Estancelin a tà le nom, en fut soupçonné, et que, le vendredy 2 jour de mars, on eut aussi avis que le chevalier d’Aumale avoit dessein d’exécuter une semblable entreprise, mais que M' de Cusson fit sortir de Dieppe quelques gentilshommes qu’il soupçonnoit. Mons’ de Chaste, estant retourné de l’armée du Roy, le 7 jour de mars, avec ceux qui l’avoient accompagné en son voyage, fut informé que des fauteurs de la Ligue demeuroient dans Dieppe, mais il donna si bon ordre partout que la ville fut touiours maintenue dans le bon estat où il l’avoit trouvée. Ce qui se fit d’autant plus aisément (ce me semble), que les ennemis des catholiques avoient pu faire de faux rapports contre quelques uns, de qui ils s’ombrageoient par de fausses ou de légères coniectures. Quoyqu'’il en soit, Mons’ de Chaste ne fit pas difficulté de partir de cette ville, après qu’il eut reçeu, le 10 jour de mars, un autre paquet de la part de Sa Maiesté, laquelle luy ordonnoit de la venir trouver le mardy ensuivant, avec tout ce a: "it avoit de forces, parcequ’elle espéroit livrer combit à ses ennemis (a). Comme elle luy ordonnoit aussi de luy apporter la plus grande quantité de poudres qu'il pourroit trouver, il en fit une bonne provision. Si bien que Mons’ de Chaste, ayans obéi à ces nouveaux ordres et fait semondre toute la noblesse de se tenir preste à partir dez le lendemain et charger dix chariots de poudre qu’il envoya devant, se mit en campagne après midy avec toute sa cavalerie, qui se montoit à environ 400 hommes, et alla
(a) Le mème
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coucher au bourg d’Aufay ; mais parcequ’il eut avis que ceux de Rouen luy avoient dressé une embuscade, il renvoya les poudres à Dieppe, et se résolut de continuer sa marche.
Ce brave Gouverneur de Dieppe ayant joint le Roy près d’Ivry, le 13 jour de mars, il se trouva prest à combattre l’ennemy, qui estoit venu le chercher, estimans que ce monarque n’oseroit attendre une aussi puissante armée que la sienne, où qu’il pourroit aisément le vaincre. Depuis ce temps là que nous venons de marquer jusqu’au 16 de may, il y eut (sans doute) plusieurs expéditions considérables que M. de Chaste ou ses lieutenants entreprirent pour le service du Roy ; encor bien que nostre Journal se soit contenté de nous dire que trente des habitans de Dieppe, ayans esté soupçonnez d’infidélité, furent obligez de se retirer ailleurs.
Quant à ce qui touchoit les Religionnaires, Mons’ le Gouverneur ne leur accorda aucunement la liberté de leurs exercices (a), ce qui fut cause qu’ils assistèrent en petit nombre à leurs assemblées, de peur (ainsi que dit le Policien) d’offençer les supérieurs; et que, pour y donner ordre, ils arrêtèérent, au Consistoire du 6 de may, que personne n’y seroit reçeue sans un marreau (1) de l'Ancien. Mais une telle contrainte leur déplut si fort, qu’ils ne voulurent perdre aucune occasion d'obtenir la liberté qu'ils souhaittoient. Ils firent dresser pour ce suiet des mémoires de leurs plaintes, et comme le sieur de Feuguerolles alloit en cour, ils le prièrent de les présenter à M° de Montigny et de Clerville, lesquels estoient deux
(a) Le sieur Polic, Relig
1) Probablement un méreau, un jeton.