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Si vous tenez pour crimes tels langages, Les perroquets qui chantent dans leur cage :
Vive le Roy! n'auront pas seureté.
J'aurois icy lieu de me plaindre de ceux qui nous ont privez de plusieurs choses particulières que le sieur Estancelin avoit remarquées sur le 5 de décembre et sur quelques uns des jours suivans ; mais parceque ce seroit inutilement et que nos chroniques auront assez de quoy nous entretenir, je me contenteray de rapporter que, le 19 jour de ce mois, le chateau de Gammaches fut repris par escalade par le sieur de Catteville et 24 ou 25 autres gentilshommes (a), et que, le lendemain de la feste de Noël, le capitaine Fournier partit de Dieppe avec trois compagnies de gens de pied, pour conduire en l’armée de M' de Biron, qui estoit près de Caudebec, 15 milliers de poudre, 700 bales de calibre, une couleuvrine et beaucoup de provisions et d'instruments propres à remuer la terre.
Au mois de janvier de l’année 1591, il n’y eut rien de mémorable, à la réserve de la prise du fort de Fescamp, lequel se rendit à condition que les soldats en sortiroient avec leurs bagages. Quant à celuy qui commandoit dans cette place, il se mit au service du Roy moyennant quelque somme. Le pays de Caux fut cependant tellement ruiné, qu’il souffrit un dommage de plus de cinq cents mille escus par la venue du mareschal de Biron, qui répondit à Mons" de Chaste, lorsqu'il luy en fit sa plainte, qu’il n’y estoit pas venu pour le faire riche.
Le Mareschal de Biron, ayant exécuté son des: sin, se retira au bourg d’Aufay, et le sieur de Villars alla reprendre le village de Grainville, mais il ne le garda pas
(a) Le Journal du sieur Estaneelin,
longtemps, car M' de Chaste, suivant l’ordre de ce mareschal, s’estans mis en campagne avec quelqu’infanterie et deux pièces de canon, alla le faire déloger et mettre le feu à ce village.
Il se passa quelqu’autre chose de remarquable au commencement de février, mais le Journal n’estans pas entier en l’endroit qui devoit en faire mention, il ne nous apprendra point de nouvelles que jusqu’au 10 jour de ce mois, que Mons’ le Gouverneur de Dieppe en partit, sur les 10 heures du soir, avec 180 cuirassiers et 200 hommes de pied et une pièce de canon, à dessein d'attaquer un parti des Ligueurs qui s’estoit logé à Tibermenil, dans une des plus belles maisons du pays de Caux (à ce qu’a dit un mémoire). Toutesfois, le canon n’ayans pu passer au-delà de Basqueville, à cause (sans doute) que les chemins estoient trop mauvais, nostre Gouverneur fut obligé de retourner à Dieppe, où il arriva le lendemain à cinq heures du soir.
Mons’ de Villars, qui continuoit de veiller sur le pays de Caux, afin d’y estendre les limites de son gouvernement, forma une entreprise sur Fescamp, et bientost après il l’exécuta si heureusement qu’il reprit cette place, le 13 de ce mois. L'abbaye estoit cependant gardée par deux compagnies de Gascons, que ie mareschal de Biron y avoit mis, et le grand fort estoit deffendu par le sieur de Catteville, Malderrée et par les compagnies des sieurs de Saint-Cler et du Coudray, si bien qu’elles faisoient en tout deux cents cinquante bons hommes ; mais, malgré la résistance des Gascons, Mons’ de Villars força l’abbaye, le 16 jour du même mois, et s’en estans rendu le maistre, les fit tous passer par le fil de l’espée, I fit en même temps investir le fort, et il le pressa tellement que celuy
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qui y commandoit, et estoit d’ailleurs pressé par le manquement des vivres, fut contraint de parlementer et d'accorder au sieur de Villars qu’en cas qu’il ne fut pas secouru dans le temps dont on convint, il sortiroit avec ses gens et avec leurs bagages, tambour battant et mèches allumées. Cecy, qui fut arrêté le samedy 9 jour de mars, fut enfin exécuté à huit heures du matin de quelqu'un des jours .suivans ; Mons’ de Chaste, qui en eut avis trop tard, n’ayant pu venir assez à temps à leur secours avec les 550 cuirassiers et les mille ou onze cents harquebuziers, tant de pied que de cheval, qu’il avoit fait sortir de Dieppe, l’onzième de ce mois à onze heures du matin, avec deux pièces de canon. Néantmoins, ce brave Gouverneur de Dieppe, lequel avoit esté informé sur les 10 heures du soir de la capitulation, ct n’espéroit plus pouvoir arriver assez tost à Fescamp, voulut, pour faire valoir sa levée de boucliers, tourner ses armes vers le village de Tibermesnil, où d’abord il investit la maison dont nous avons parlé et somma Île capitaine de Goustimenil et six soldats, qui s’y estoient retirez avec ce qu’ils avoient butiné. Mais ayans esté résolus de s’y bien deffendre, M' de Chaste fut obligé de les battre et de les forcer, en sorte qu’après une vigoureuse résistance et la perte de plusieurs Dieppois, ils se rendirent à M' le Commandeur qui les fit prisonniers et fit sauter avec des poudres une partie de cette maison.
Il y eut encore des entreprises qui furent exécutées par ceux de Dieppe depuis ce temps-là jusqu’à la fin de ce mois et peut estre au commencement d'avril, Toutesfois comme nous n’en pouvons rien dire autre chose, qu’il nous reste le déplaisir d’avoir vu nostre Journal lacéré en ces endroits, consolons-nous d’y avoir appris
que le 4% de ce même mois d’avril on assit la première pierre de l’esperon ou ravelin qui est au bout du Grand- Pont vers le Pollet. L’autheur du Journal a remarqué que les maçons eurent sept escus pour chaque toise de la muraille dont il est revestu ainsi qu’il a esté dit sur Van 1511; mais cet ouvrage a esté détruit environ l'an 1695 ot réduit en forme de chaussée (1).
Le mème jour, 4 d'avril, Mons’ de Villars qui estoit logé à Basqueville, sortit de ce bourg avec ses compagnies, et, le 8 jour, M' de Chaste partit de Dieppe à quatre heures après midy à la teste de sa cavalerie et alla vers Abbeville pour donner la chasse à la compagnie de M: d’Aumale et à deux autres compagnies de gens de pied qui s’estoient logées à une lieue de cette ville là. Ce qu’il fit avecetant de diligence qu’il y arriva le lendemain à la diane de manière qu’il les surprit et défit entièrement avec d'autant plus de facilité qu’il trouva de ces ligueurs encore endormis.
Quelques jours après le retour de M' de Chaste, ceux de la Ligue, voulant l’amuser et même l’abuser (ainsi que l’autheur du Journal a cr), sous prétexte de trève, Mons’ de Villars luy envoya son lieutenant pour en proposer les conditions ; mais ce fut en vain, car ce sage gouverneur de Dieppe ne voulut luy en accorder aucune qui luy fut avantageuse, si bien que ce député fut obligé de s’en retourner, le 20 de ce mois, au lieu d’où il estoit venu, et Mons’ de Briauté, estant fasché de ce qu’il n’avoit pu obtenir une seule de ses prétentions, luy tint compagnie, encor bien qu’il n’eut esté auparavant du
) Une rue et une impasse de ce quartier portent encore le nom de Grand et Pelit Ravelin.
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parti de la Ligue. Néantmoins si ces Messieurs sortirent de Dieppe ce jour-là comme ennemis, six cents Anglois y arrivèrent comme amis, très bien armez et très bien veslus, y ayans esté conduits par le sieur Roger Villain.
Les Dieppois ayans eu un autre suiet de joye à l’occasion de la prise de la ville de Chartres, en donnèrent des témoignages éclatans par les feux qu’ils allumèrent dans leur ville, le 24 de ce même mois, et M leur Gouverneur, voulant signaler son courage et sa fidélité par une nouvelle entreprise, sortit de Dieppe, le dernier jour de ce mois sur les deux heures après midy, accompagné de toute sa cavalerie, et il marcha vers la ville de Rüe à dessein de la surprendre, ainsi qu’il l’eut fait sans doute, si le guide qui le conduisoit ne l’eut abandonné lorsqu'il estoit prest de faire monter ses gens sur les murailles de cette ville. Une telle perfidie ayant ainsi fait manquer le coup de ce généreux Gouverneur de Dieppe, il fut obligé d’y retourner avec le déplaisir que l’on peut s’imaginer.
Ses armes eurent un meilleur succez devant Aumale qui s’estoit révolté, car il le reprit et le rendit neutre ; puis passant par le Neuchâtel avec les mêmes troupes qu’il avoit fait sortir de Dieppe le 7 de may, composées de 600 Anglois dont nous avons parlé et de la compagnie du capitaine Fournier, y laissa deux pièces de canon et retourna à Dieppe le 12 de ce mois. Bientost après on eut avis qu’il y avoit un parti de la Ligue au delà de la ville d'Eu; aussitost les sieurs de Cusson, de Catteville, de Saint Cler et Fournier se mirent en campagne, à neuf heures du soir du vendredy 17 de ce mois, avec leurs compagnies et une partie de celle de M le Gouverneur. Les Ligueurs en ayans cependant eu le vent choisirent