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une bonne fuite plutost qu’une mauvaise attente. Ce qui fut cause que les Dieppois, qui en eurent des nouvelles, retournèrent sur leurs pas, très satisfaits d’avoir chassé les ennemis de ces quartiers-là.
Mais quoy ? s’ils disparoissoient d’un costé, ils paroissoient presqu’incontinent de l’autre. Si bien que M' le Commandeur, qui en estoit continuellement harcelé, fut contraint de les poursuivre incessamment pour les débusquer de tous les endroits où ils entreprenoient de se loger, selon que nous allons voir.
Les régimens de Tremblecourt et de la Londe, qui estoient d'environ mille hommes, vinrent loger au bourg de Saint-Sens, à sept lieues de Dieppe; Mons’ de Chaste en ayans eu avis le 29 de may, y mena, à cinq heures du soir, sa compagnie, 200 Anglois, 200 François et la compagnie du capitaine Fournier. Après qu’il eut joint les ennemis il les pressa d’abord, et presqu’aussitost il força leurs barricades de telle manière qu’ils furent con-
saints de se retrancher dans l’abbaye de ce bourg, après avoir perdu plus de 350 de leurs hommes, sans y comprendre plusieurs autres qui furent tuez lorsqu'ils taschoient de se sauver dans les bois des environs. Mons’ de Chaste voulans pousser sa pointe, et, par un effet de sa générosité, faire avoir un meilleur sort à ceux de l’abbaye, leur offrit la liberté de sortir avec leurs armes ; mais parce qu’ils refusèrent cette composition, ils furent obligez, à la veue d’une pièce de canon que le commandeur fit venir en diligence du Neuchâtel, d’en recevoir une autre qui leur fut si peu honorable et si désavantageuse qu’il leur fut seulement accordé que les gentilshommes sortiroient avec leurs épées seulement et les soldats avec un baston blanc ; à condition aussi qu’ils fairoient rendre tous les
Dieppois qui estoient prisonniers à Rouen, et que pour assurance de leur parole, quelques-uns d’entre eux seroient mis ès-mains de M' de Chaste et amenez à Dieppe. Si nous en croïons l’autheur du Journal, les Anglois firent si bien en cette occasion qu’ils eussent mérité d’en estre louëz, s’ils n’eussent pas terni l’éclat de leurs belles actions par la cruauté qu’ils exercèrent sur tous ceux qui tombèrent entre leurs mains, sans vouloir en faire un seul prisonnier. Les Dieppois y perdirent l’enseigne de M' de Cusson et plus de 20 Anglois, et eurent un grand nombre de blessez.
Ensuite de cette expédition, on reçeut à Dieppe, le 8 jour de juin, les nouvelles certaines de la surprise de Louviers par l’armée du Roy (a). Si bien que (comme l’autheur de l’Inventaire de l'Histoire de Normandie à remarqué) Rollet ayant surpris cette place sur Fonteine- Martel, il ne restoit plus rien aux Ligueurs dans cette province, que Rouen, le Havre, Honfleur et Verneuil (b). Au reste, le Te Deum fut bientost après chanté en l’église de Saint-Jaques de Dieppe, en action de grâces de la réduction de cette ville-là.
Pendant que les Dieppois entreprenoïient des expéditions par terre, ils ne laissoient pas de trafiquer sur mer et d’y faire des voyages de long-cours. D'où vint que, le dimanche, 9 de juin un de leyrs vaisseaux, qui cstoit parti de Guinée, arriva à Dieppe, et apporta en cette ville, entre autres choses rares, un éléphant âgé de cinq mois (c).
Outre que Mons’ de Chaste avoit à combattre les étrangers, il eut une affaire assez difficile à démesler
{a) Le mème Journal. -- (b) En l'Anvent, de L'Hist. de Norm. au chap. 8, -- (ce) Le Journal du sieur Estancelin.
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avec un de ses domestiques, nommé Bergeron, qui avoit entrepris de livrer aux Ligueurs la citadelle de Dieppe et le château d’Arques. Néantmoins, Mons’ le Gouverneur, touiours aussi vigilant que brave, ayant eu connoissance d’un si détestable dessein, le fit bientost avorter, faisant prendre et pendre ce perfide, le mercredy 12 jour de juin. Trois jours après cette exécution, Mons' de Chasie donna ordre aux bourgeois de se mettre sous les armes et de se ranger hors la porte de la ville, sur les avenues par où le Roy, qui s’estoit mis en chemin pour venir à Dieppe, devoit y arriver, et, après avoir marché deux lieues loing au-devant de Sa Maiesté, il l’accompagna jusqu’en cette ville, d’où elle partit, le vendredy 21 jour de ce mois, avec tous les Anglois, qui s’y trouvérent au nombre de 500, et avec sept cent milliers de poudre et une grande quantité de bales.
Il semble que l’autheur du Journal a voulu dire qu’au mois de juillet les navires des Dieppois, et ceux des Flamans, c’est-à-dire des Holandois, arrivèrent à la rade de Dieppe avec 24 grands terre-neuviers du Hâvre, qu’ils avoient rencontrez et pris. Au moins il est certain (selon le même Journal) que, le 12 d'aoust, le comte d’Essex, favori de la reine d'Angleterre, arriva en cette ville, et qu’il y fit descendre 3000 hommes de pied, bien armez et bien vestus, 150 lances et environ 300 volontaires, couverts d’habits garnis d’or et d’argent, mais si mal adroits et si mal montez que l’autheur du Journal assure que 50 cuirassiers François leur auroient passé sur le corps. Enfin, il adioute qu’ils apportèrent tout ce qui estoit nécessaire à la vie, de même que s'ils fussent venus prendre possession d’un pays inhabité, mais que la noblesse estoit fort honneste. Mons' de Chaste fit
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bien de l’honneur à ce seigneur Anglois, le recevant au bruit des descharges de l'artillerie du chateau, et de la mousqueterie des bourgeois, qui s’estoient. mis sous les armes un peu avant sa venue. Le lendemain, quelques uns de ces Anglois entrirent dans l’eglise Saint-Jaques, mais Mons’ le comte d’Essex, ayans eu avis qu’ils y avoient commis des insolences, alla les trouver et les fit sortir de ce lieu saint. Ce qui consola les catholiques, fut qu’il assura le sieur Curé de cette paroisse que si d’autres y entroient et osoient commettre quelque méchanceté il les feroit pendre. Il luy témoigna aussi qu’il y avoit beaucoup de catholiques parmi ses gens. Toutefois ces troupes ne demeurèrent pas longtemps à Dieppe, car elles reçeurent ordre d’en sortir le dimanche 25 jour d’aoust. L’infanterie alla à Arques, et Mons’ le Comte, accompagné de toute sa cavalerie, alla trouver le Roy. Trois jours après, deux navires, qui estoient escortez par deux rambarges d’Angleterre, apportèrent six pièces de canon dont quelques-unes pesoient huit mille livres.
Une nouvelle occasion ayans obligé M' de Chaste de se mettre en campagne, il sortit de Dieppe, le mercredy owze de septembre, avec sa compagnie de gendarmes et une petite pièce de canon; il alla premièrement prendre les Anglois d’Arques, et, ensuite de la jonction de ces troupes, il en partit à dessein d’aller au bourg de Doudeville; de là il marcha vers Pavilly, et, le 18 de ce mois, vers la ville de Rouen, qu’il fut voir et saluer de trois coups de canon. Les Anglois forcèrent le faubourg de la porte Cauchoise, et, par une animosité qui leur estoit particulière, ils enfoncèrent les portes de l’église de Saint-Gervais. Mais Mons' d’Evreux, frère de M' le
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comte d’Essex, et jeune seigneur qui ne ressentoit rien de l’Anglois, voulut faire le coup de pistolet contre les murailles de la ville, suivi seulement de dix de ses gens ; mais il luy en cnusta la vie. Plusieurs Anglois furent aussi tuez en l'attaque du fauxbourg. Il semble toutesfois que ce n’estoit rien en comparaison de la perte de ce seigneur de leur nation. Mons’ de Chaste estant retourné à Dieppe, deux jours après cette visite, il y reçeut à son arrivée 64 milliers de poudres, 4000 bales et 8 pièces de canon que les Estats de Holande envoyoient au Roy.
Sa Maiesté, cependant, souhaittoit avec beaucoup de passion de nettoyer la province de ce qu’il y avoit de rebelles ; pour venir à bout de son dessein elle se résolut de commencer par le siége de Rouen (a), mais aupavant (selon Davila) (b), le mareschal de Biron, qui conduisoit une partie de l’armée après la prise de Louviers, s’avisa d'attaquer Gournay, ce qui fit que M' de Chaste partit de Dieppe, le 25 de septembre, avec 25 chevaux, pour aller le trouver près de cette place et lui faire offre de quelque secours (c) (selon que j’ay estimé) eu égard qu'il en revint presqu’aussitôt qu’il y fut arrivé, et qu’il y retourna, non-seulement le 29 de ce mois avec tous les Anglois Ÿ’Arques et une grande quantité de munitions, mais aussi le premier jour d'octobre avec 40 cuirassiers et 80 chevaux, qui traînoient un grand nombre de charettes chargées de canons, de poudres et de bales, qui furent d’autant plus nécessaires que la conqueste de Gournay estoit difficile, et que cette ville ne put estre réduite en l’obéissance du Roy qu'après la
(a) L'Invent. de l’Hist. de Norm., au chap. 8. -- (b) Davila au livre 12, -- {e) Le Journal du sieur Estancelin.
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