‹ Les antiquitez [sic] et chroniques de la ville de Dieppe [microforme]Chapitre 21 sur 61 · ES LUE · texte numérisé non relu

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présente année 1614, et d’une patente donnée au mois de décembre ensuivant par le Roy Louys le Juste, lequel permit aux habitans de Dieppe (ce sont ses propres termes) de prendre et constituer, au profit de la congrégation des Pères de l’Oratoire de cette ville, quinze cents livres au denier quatorze sur les deniers communs et octroys, et de prendre, après les rachats faits, six cents livres par chacun an, pour estre employez à l’entretement du collége. Il y avoit lieu d’espérer qu’une telle diligence auroit un prompt et avantageux succez, néantmoins (ainsi que le sieur Policien a écrit), bien que le zèle de quelques-uns eut paru en l’exécution de cette entreprise, la froideur de quelques autres la fit avorter, de même qu'il estoit arrivé dez l’an 1610, que les habitans de Dieppe s’assemblèrent, et même se cotisèrent, pour y fonder un collége sous la régence des Pères Jésuites. M. Dablon, qui a fait cette remarque, témoigne que l’on eut le même dessein l’an 1611.

Mons’ de Villers-Houdan, ayans entrepris, au mois de décembre, de faire construire un moulin à l’eau au quartier de la ville lequel en porta le nom, son dessein ne put non plus estre exécuté, soit que les eaux des rivières d’Arques et d’Eure (1), fussent trop foibles ou trop esloignées des murailles de la tuërie, soit que le flux et le reflux de la mer fussent trop rapides. De manière qu'il fut obligé de faire cesser ces ouvrages et de les abandonner, ainsi que l’on avoit fait auparavant, car M' Dablon nous assure que (selon qu’il est dit dans le chartrier de la Vicomté) il y avoit eu autresfois en cet endroit là des moulins à l’eau. Ce qui m’a fait penser que la forte

4) El faut lire évidemment : d'Arques et d'£auine,

muraille que l’on découvrit à fleur de terre, et dont on tira, à la fin du mois d’aoust et de septembre 1678, le parement de grez, pour l’employer aux piliers du 2 pontlevis de la porte de la Barre et ailleurs, fut peut estre construite pour faire un des costez du saut de ces moulins, si toutesfois ce n’a esté pour retenir les vases qui venoient du batardeau et pouvoient boucher lPouverture des escluses, ou bien pour résister à la violence du flux de la mer, qui pouvoit se faire passage au pied de la tour aux Pigeons, au lieu de courir par celuy que l’on a voulu luy donner du costé de la chapelle de Bonnes-Nouvelles. Quoyqu’il en soit, cette muraille, qui avoit environ dix pieds de largeur et environ cent de longueur, commençoit au bord de l’ouverture des escluses, et tiroit vers le haut de la rivière. Après tout, si l’on n’a pu faire en ce quartier là, cette année, un moulin à l’eau, au moins a-t-on pu, environ lan 1614, en bâtir un à vent sur la voûte des escluses.

En janvier 1615, selon nostre style, les Religionnaires commencèrent à faire paver la cour de leur presche (a). Pour venir à bout de cette entreprise, qui ne fut que d’un mois ou environ, les ministres exhortèrent le peuple d’y contribuer selon que leurs facultez pouvoient leur permettre, et quelques malveillans ayans estimé que les anciens laissoient dans le Consistoire l’argent qu'ils avoient reçu, y entrèrent par la couverture, la nuit qui précédoit la feste des Roys ; mais, au lieu d’argent, ils n’y trouvèrent pour tout butin que les trois robes des ministres.

Les fermiers de l’escu pour tonneau n’ayant voulu

(a) Le sieur Pohecien

prendre 20 solz, conformément à un arrest du Conseil qui avoit esté obtenu par les habitans du Havre de Grâce, et à l'accord qui avoit esté fait avec eux trois ans auparavant, un commis fut envoyé à Dieppe avec un huissier du Parlement de Paris pour y commencer son establissement et y recevoir les deniers de ce droit; ils arrivérent en cette ville (selon le sieur Policien) le lundy 19 de février, ou (selon un autre) le 20 jour de ce même mois. Le lendemain, ils montèrent au château et montrèrent leur commission à M° le Gouverneur. Cependant, plusieurs gens de la populace et de marine s’assemblèrent et allèrent de compagnie jusqu’à la porte du château pour les demander, et, ainsi qu'ils disoient insolemment, pour les prendre et les jetter dans la mer. Mais Mons’ le Gouverneur ayans pris peine de les appaiser de la meilleure manière qui luy fut possible, il les renvoya dans la ville. Néantmoins, ils se tinrent au bas de la montée pendant un long temps et sans faire bruit, de sorte que le commis et l’huissier, estimans qu'ils se fussent retirez paisiblement ailleurs, sortirent du château, où ils furent presque aussitost obligez de retourner parce que les mutins, qui avoient apereu le commis, s’avancérent vers luy avec beaucoup de précipitation et de fureur. Mais, sur le soir, ces deux officiers sortirent du château, estans accompagnez de M' de Saint- Jean et de M' de Sauqville (1), lesquels les conduisirent jusques dans le logis de la Barbe-d’Or, tenans leurs espées nuës, qui n’empeschèrent pas pourtant, non plus que la hallebarde du sergeant du château, que le commis et l’huissier ne reçussent un grand nombre de coups de

4) De Sauauecville.

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pelottes de neïge, et qu’après le départ de M' le Lieutenant du château et de M le maior de la ville, les mutins ne vinssent en cette hostellerie, à dessein d’en forcer la porte. Ce qui toutesfois ne fut pas exécuté, par l’addresse et l’humeur accorte de la maîtresse du logis, qui se présenta et les exhorta à la paix de si bonne grâce, que, bien loin de passer plus outre, ils se retirèrent paisiblement chez eux. Si bien que le commis et son compagnon eurent le temps d'assurer leur vie, par la prompte retraitte qu’ils firent où ils trouvèrent bon d’aller, le lendemain de grand matin. M"de Ville, de leur part, estans fachez de ces désordres, auxquels on n’avoit pu remédier, en informèrent la Cour, et en demandèrent par leurs députez un pardon général.

Le 16 de may, le sieur Guérard, procureur en la Cour de Parlement de Rouen, arriva à Dieppe (a), en qualité de procureur spécialement fondé par les religieuses Carmélites pour leur acheter la maison de Jean de Blosseville, appellée le Grand-Turc, et pour leur en faire un couvent. M' Dablon a remarqué qu’il vint en cette ville dez le 24 jour d’avril, et non pas le 4 (ainsi que porte un mémoire) et que l’on commença au mois de juin d’y travailler, avec une telle diligence, que ce monastère fut mis en estat d’y recevoir les religieuses, qui vinrent y entrer et s’y enfermer le samedy premier jour d’aoust, à dessein d’y faire le jour suivant célébrer la première messe. Madame du Vieil-Rouen, sœur de M" le premier président Sevin, fonda ce monastère (b).

Le dimanche 26 de juillet, Messire Henry, duc de Montmorency, amiral de France et lieutenant général de la province du Languedoc, arriva à Dieppe (c). à la lueur

{a) Le sieur Policien, -- (b) M. S, -- {e) Le Police, Relig. -- M. D.

des flambeaux. Il y fut reçeu par les huit compagnies des bourgeois, qui s’estoient mises sous les armes, et rangez depuis la porte de la Barre jusqu’à l’église de Saint-Jaques, où il alla descendre, et d’où il sortit bientost après pour aller au château. Le lendemain, il passa une . grande partie du jour à se promener au bout du quay, où ces mêmes compagnies marchèrent en ordre de bataille et passèrent devant Iny jusques sur les perrays par le bout de l’ancienne jettée, pour rentrer ensuite dans la ville par la prochaine porte. Mais, sur le soir, il partit de Dieppe pour aller à Basqueville et de là à Paris. Avant son départ, il pourvu le nommé Guerard (1) de l’office de commissaire examinateur des pilotes (a). Il semble qu’il avoit aussi donné les ordres de faire la garde à Dieppe, car les bourgeois la commencèrent dez le soir du samedy 8 jour d’aoust, afin d’empescher (suivant le commandement qui leur en avoit eslé fait) qu’il n’arrivât des troupes à Dieppe sans le consentement du Roy, qui se disposoit à partir de Paris, pour aller au devant de madame Anne, Sérénissime Infante d’Espagne, laquelle luy avoit esté promise et luy devoit estre amenée en Guyenne. On n’envoya toutesfois chaque nuit qu’une compagnie au corps de garde de la Maison de Ville, mais on la séparoit au matin, et l’on en envoyoit - une partie à la porte du Pont et l’autre à la porte de la Barre. Sa Maiesté, connoissant assez l'importance de cette ville, et que (comme disent les mémoires du sieur Policien et ses histoires) plusieurs princes de France, qui ne trouvoient pas ce mariage agréable, s’estoient

(a) MS.

(4) Sur ce professeur d'hydrographie, Cf. Ch. de Beaurepaire, Rech. sur l’Instruct. publ. tome LEE, ÿ. 199.

retirez de la cour et levoient des troupes à dessein de s'emparer des places qu'ils pourroient prendre, en écrivit à M' le Gouverneur et à M" les eschevins, et leur recommanda de luy bien garder la ville de Dieppe pendant son voyage. Les lettres de ce monarque furent luës, le jeudy 20 du mois d’aoust, en l’assemblée qui fut exprez convoquée en la Maison de Ville par M" de Villers- Houdan, tant pour en donner la satisfaction aux bourgeois que pour les faire résoudre (selon que j’ay estimé) à monter en garde à la citadelle et au fort du Pollet. Néantmoins (si nous en croions le sieur Policien) la plupart des bourgeois refusèrent de faire la garde ailleurs que dans l’enclos de la ville, ce qui fut cause que, de son authorité absolue, il fit commencer le samedy ensuivant, et continuer pendant tout le mois de septembre d’y faire travailler par quartiers au retranchement de la citadelle, qui fut alors divisée en grande et petite, parce qu’estant en son entier, elle ne pouvoit pas estre assez bien gardée par la garnison qui estoit à Dieppe. D’où il .est évident que l’autheur d’un mémoire s’est trompé, quand il a écrit que M' de Sigongnes avoit fait cette division et ce retranchement, lequel a esté un peu plus haut et un peu plus escarpé que celuy que l’on a vu de nos jours. Ces travaux estans achevez, M. le Gouverneur fit destruire le bâtiment de briques que le capitaine Desmoulins, autresfois enseigne de M' de Chastes, avoit fait construire dans la grande citadelle, et il le fit ensuite restablir dans la petite cour, où il subsiste encore (a), et où il envoya de nuit une partie de la compagnie qu’il avoit reçeüe, dispensans par ce moyen les bourgeois d’y alier,

\a) Ce bâtiment de briques fut démoli l'an 1689, quand on ruina les fossez de la citadelle, etc. (Voir l'Appendice à la fn de ce volume.)

ainsi qu’il avoit souhaitté. Maïs ceux du Pollet montèrent toutes les nuits dans le fort, et de jour ils travailloient à le remparer.

Ce ne fut pas tout, il fit dresser une plate-forme au haut de la montée du château, ef l'ayant fait revestir de planches de navires, afin qu’elle fut plutost en estat de deffence, y fit dresser une baterie de canon. Il est vray que cet ouvrage est revestu de maçonnerie, mais ce n’a esté qu’au temps de son successeur, Messire Guillaume de Montigny. Il fit aussi construire dans la basse-cour du château un bâtiment de briques pour servir d’escuries. Toutesfois, M° Dablon, qui en a fait mention, veut que ce fut l’an 1617. Enfin, après avoir mis le château en très-bon estat, tant par les fortifications dont nous venons de parler que par la construction du petit pont-levis et de la galerie, qui est vis-à-vis de l'édifice que M' de Sigongnes avoit fait construire, il garnit de paux (1) toutes les brêches des murailles de la ville et des rampars de la citadelle. Cependant, les bourgeois se plaignirent de ce qu’ils alloient trop souvent en garde et de ce que plusieurs jeunes hommes et les gens de justice en estoient exempts, mais il les appaisa, érigeant deux nouvelles compagnies, dont une eut M'° Pierre Guilbert, lieutenant criminel au siége d’Arques, pour son capitaine, le sieur Bailly Caron pour son lieutenant, et le sieur Picot, receveur de l’escu pour tonneau, pour son enseigne ; l’autre eut pour chef le sieur Duplis, lieutenant de M' le Bailly de Caux, pour lieutenant le sieur Vandart, receveur du Domaine, et pour enseigne le sieur Susenne, élu d’Arques. Un mémoire (a) porte que

(a) MS.

(A) Pluriel de pal.

T. Il 15

"28 Me:

les Religionnaires ne furent enrolez en ces compagnies et que les députez qu’ils avoient envoyez vers Mons’ de Montbason, qui estoit alors à Rouen, luy en firent de grandes plaintes, lesquelles ne produisirent aucun effet, si ce ne fut la froide réception que M: le Gouverneur leur fit à leur retour. Au reste, ces compagnies commencèrent à marcher le vendredy 3 jour d’octobre, Elles continuèrent touiours avec le même nombre d'hommes. rennais es eu 200

Mons’ le Gouverneur, non content d’avoir si bien disposé toutes choses, tant au château qu’en la citadelle et en la ville, porta ses pensées sur ce qui estoit à faire à ses avenües et particulièrement à la cavée qui est devant le Mont de Caux. Comme il avoit observé qu’elle estoit trop profonde et que l’ennemy, en cas de siége ou de surprise, pourroit aisément s’en prévaloir avant presque qu’il fut apperçu, trouva bon de la faire remplir par les paysans qu’il fit venir de villages voisins au commencement du mois de décembre.

Après tant de soins et de travaux si utilement employez au bien et à l’avantage des affaires publiques et temporelles, ce sage Gouverneur voulut s’appliqu* aux spirituelles qui regardoient en particulier le salut de son âme. Pour cet effet, il fonda une messe que les religieux Minimes s’obligèrent de dire tous les jours au château, moyennant trois cents livres de rente. Le contract en fut fait le 13 d’octobre de la présente année, et l’Hôtel-de-Ville fut chargé d’y satisfaire, après qu'il eut raquitté de son propre bien autant de rentes que cette ville en devoit à des particuliers. Un mémoire dit qée

(4) Phrase absolument illisihle.

cette grande action de piété fut suivie de celle d’une charité fort remarquable qu’il exerça le même jour, faisant distribuer aux pauvres cent mines de bled, après qu’il les eut fait inviter au son du tambour à monter au château pour y prendre part. Un autre a dit que ce fut le premier jour d’aoust, mais, parce que j'estime qu’il y a de l’erreur en son calcul, je n’en tiens pas ligne de compte.

La jeunesse estcit alors privée de la commodité d’apprendre ies bonnes lettres et ainsi presque rendue incapable des charges tant ecclésiastiques que séculières ; mais la Providence divine remédia à un si grand mal, permettant la fondation d’un collége en la ville de Dieppe le huitiène jour de janvier de l’année 1616. M" les eschevins en passèrent le contract avec le Révérend Père Bourgoin, supérieur de la congrégation des Pères de l’Oratoire et depuis leur général, après le déceds du R. P. Gontran, qui avoit succédé à l’éminentissime cardinal de Bérule, leur fondateur en France. M° Dabloi adiouste que ce fut en vertu du pouvoir que les habitans en avoient donné à l’assemblée, laquelle avoit esté tenuë pour ce suiet en l’Hôtel-de-Ville, et que le dimanche 10 de ce mois l’ouverture de ce collége fut faite par une messe que l’on célébra dans leur chapelle et par les harangues que l’on déclama dans leur sale (1).

En ce temps-là ce collége consistoit en une classe de théologie dont le R. P. Bourgoin estoit professeur, ainsi que le R. P. Jean-Baptiste l’estoit de celle de philosophie. Il y avoit encore trois classes, la première, la troi-

() Sar la fondation et l'histoire du Collége de Dieppe, Of. Ch. de Beaurepaire, Rech. sur l’Instruct. publique dans le diocèse de Rouen, tome IE, pp. 103 125.

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sième et la cinquième, où les humanitez estoient enseignées par autant de Régens, lesquels (à ce que dit M: Dablon) n’estoient pas de l’Oratoire, mais qui estoient sous la conduite des Pères de cette congrégation. Il dit aussi que M" Véron, Dieppois ei conseiller ecclésiastique, avoit fondé une de ces trois classes, et qu'il y avoit une sixième où des escrivains apprenoient aux petits escholiers les élémens de la grammaire. À ce propos je diray en passant que toutes ces classes se tenoient de nostre temps dans des sales basses, et dans les chambres des bâtimens de la troisième et dernière cour de la maison de ces Pères, aussi bien que la seconde qui fut érigée l'an 1634. Mais environ l’an 1642, on fit changer la face de ce collége par la construction de quelques nouveaux édifices et plus beaux et plus commodes, et par la destruction tant des anciens, qui estoient entre les deux dernières cours, que de ceux de la prison qui estoient à costé. En la première année du collége de Dieppe, on compta jusqu’à 4000 escholiers (1), sans y comprendre ceux qui apprenoient à lire et à escrire, aussi fut-il ouvert à tout le monde. Mais quelqu'un des Religionnaires y ayant envoyé ses enfans, les ministres et les anciens du presche luy en donnèrent du blâme et ils luy firent défense de les laisser aller prendre part à un bénéfice qui leur devoit estre commun avec les catho-

(4) Ce chiffre inexplicable, eu égard à la population dieppoise, est cependant confirmé par tous nos anciens chroniqueurs, et nous devons en outre remarquer qu'Asseline suivait les cours des oratoriens moins de 20 #ns après cette première année dont il fait ici mention.

En 1642, le Collége comptait seulement de 500 à 600 élèves, comme ie témoigne, d'après des pièces authentiques, M. Ch. de Beaurepaire. Recherches sur l’Instr. publ. dans le diocèse de Rouen avant 1789, tome IF, p. 117.

liques, suivant l’art. 22 de l’Edit de Nantes; et selon qu’ils avoient tant désiré, l’an 1614, auquel (ainsi que le sieur Policien a avoué) les anciens, pour augmenter de plus en plus le royaume du fils de Dieu, ce sont ses propres termes, firent une tentative pour dresser un collége au milieu de la ville, chacun d’eux ayant en son quartier exhorté le peuple à s’efforcer de contribuer, soit en deniers, soit en rentes, à une œuvre si charitable et si nécessaire.

Après tout, ce collége a esté, depuis son établissement, gouverné par de si bons Régens, que la ville, qui a vû avec bien de la joye que sa jeunesse et celle des environs faisoit des progrez dans les sciences et dans la piété, a pris le soin de le maintenir et même d’obtenir de nostre grand monarque Louis XIIIT, que les rentes deues aux Pères de l’Oratoire, montant à chacun an à la somme d’un mille un cent quatre vingt dix neuf livres, cinq solz, trois deniers, leur fussent accordées, attendu leurs destinations, et pour leur donner moyen d’avoir touiours nombre suffisant de personnes de piété et de doctrine dans Dieppe, tant pour le collége que pour les prédications et les controverses (a). Pour ce qui est du cullége qui estoit autresfois à Dieppe, selon la remarque de M' Dablon, il consistoit (ce me semble) seulement en certains maistres qu’il appelle Régens, lesquels sçavoient si bien instruire la jeunesse, qu'après lui avoir appris les humanitez et les bonnes lettres, elle alloit à Paris achever le cours de la philosophie qu’elle avoit commencé. Le même adiouste que ces maistres estoient très bien versez en la langue grèque et qu’ils en faisoient deux leçons par jour.

(a) Selon le reglement donne, ct imprimé l'an 1667

Il semble qu’il seroit maintenant à propos de parler des enfans de Dieppe qui ont esté eslevez dans ces colléges et qui se sont rendus recommandables et illustres par la connoissance des bonnes et des belles lettres et par la grandeur de leurs emplois tant ecclésiastiques que séculiers. Néantmoins ,en attendant un endroit plus commode que celuy-cy, je passeray de ces colléges en celuy des Religieuses Ursulines de cette ville. Car, conformément à la bulle de l’institution donnée par le pape Paul cinquième, le 22 de septembre, à Madame de Sainte-Beuve, fondatrice de leur premier couvent à Paris, elles voulurent tenir escole ouverte pour l’instruction des filles, ce qui fut (sans doute) un bien d’autant plus considérable qu’il estoit très nécessaire que ce sexe (qui ne contribue pas moins que les hommes à l’éducation des enfans et à la conduite des familles) fut instruit de ses devoirs.

Le lundy premier jour de février, la demoiselle Marie Des Marais, fille de demoiselle Jeanne du Motet, aumôna la somme de 2,800 livres pour faire l’aquisition de Ja maison nommée vulgairement le Jeu de Paulme Broutille, pour y loger de ces religieuses, et M' de Villers-Houdan en stipula l’achapt, à condition que la demoiselle Des Marais auroit une chambre dans cette maison pour s’y retirer toutes les fois qu’elle viendroit à Dieppe. M' Dablon a témoigné que ces religieuses prirent cette maison à fieffe, mais que, le 22 jour d’avril, un arrest de la Cour fut lu aux Assises, par lequel elle faisoit deffence d’establir de nouveaux ordres sans sa permission. De sorte que (comme dit un mémoire) (a) ces religieuses furent empeschées d’exécuter leur dessein jusqu’au mois

a\ MS.

de septembre qu’elles vinrent à Dieppe et qu’elles y furent reçeues ensuite de l’aggrément de la Cour. De manière que (selon une autre remarque) (a) il semble que l’on commença le 23 jour d'octobre à célébrer la messe dans ce nouveau couvent.

Ces religieuses n’y estans pas logées assez commodément, taschèrent de suppléer à ce qui leur manquoit (b). Entre autres choses, elles y firent venir un filet d’eau de la fonteine de la rue d’Escosse, d'autant plus aisément que cette fonteine estoit devant leur maison. Néantmoins, parce qu’elles furent trop à l’estroit et qu’il ne leur estoit pas possible d'augmenter leurs demeures et leur jardin à cause de plusieurs grandes maisons qui les bornoient, elles se résolurent de quitter la place après qu’elles en eurent acheté une autre a: bas de la même rue, où elles eurent moyen de se loger à l’aise avec assez de facilité et en peu de temps, cet endroit là n’estant occupé que par des maisons de médiocre valeur, et la pluspart estans assises sur le bord de la même rue, laissoient derrière elles, vers le midi, un terrain vaste et des jardins spacieux. Quelques-uns de ces bâtimens furent destinez pour en faire leur église et les autres furent réservez pour en former leur couvent. Ce ne fut pas toutesfois sans qu’elles fussent obligées d’y en adiouter d’autres et d’en ruiner quelques-uns, soit parcequ'’ils estoient trop anciens, soit parce qu’ils estoient trop irréguliers. Les plus grands et les plus beaux que ces religieuses ont fait construire sont ceux qui consistent en la grande infirmerie qui est vers les ramps et qui est faite de brique et de pierre de taille et couverte d’ardoise, et en celuy où elles logent et qui est fait de semblables matériaux,

{a) M. D. -- (b Le sieur Policien

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