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mais qui est d’une grandeur bien différente de celle de l'infirmerie, car il contient plusieurs estages et plus larges et plus hauts et est de six vingt pieds de longueur, outre l’espace que couvre l'infirmerie qui y aboutit et forme un angle de telle manière, que de même qu’elle regarde l'Occident, il regarde le Midy, se monstrant comme le plus grand et le plus beau qui soit de ce costé à. Aussi ces édifices, qui furent faits l’an 1659, n’ont pas cousté moins de quarante mille livres, suivant l’estimation que l’on en a faite.
Une autre sorte d'ouvrage assez surprenant et assez avantageux fut fait au mois d’avril de nostre année 1616, sans qu’il en cousta rien (ainsi que M' Dablon a dit) et sans main d’homme ; une grande marée ayant travaillé seule en une nuit, et lorsque l’on y pensoit le moins, à faire l'ouverture du port, vers le pied de la falaise du Pollet, après avoir rompu l’espy ou jettée simple qui estoit du nombre de celles dont nous avons parlé sur l'an 1613. Néantmoins, comme les mémoires de M' Dablon disent en quelqu’autre endroit, qu’à force de perrays et de terre que l jetta entre ces jettées, la marée fut contrainte depuis de prendre son cours vers la falaise, reconnoissons que ce fut un effet de la nature, des éléments, et de l’industrie des hommes, qui avoit conspiré et concourru à l’exécution du dessein qu'ils avoient formé quelques années auparavant. Ce qui paroit Assez évidemment, en ce que le Policien a témoigné qu’au mois de septembre 1614, M" de Villers-Houdan et Messieurs les Conseillers de ville firent commandement aux bourgeois d’aller par quartiers vuider les immondices et les terres du bout du quay, et de les porter ensuite vers la jettée, au pays conquis sur la mer, et cet
A Éd St ÉRRE
ouvrage (dit-il encore), ayant cessé en décembre à cause du froid, fut repris au printemps de l’année suivante par une huitième partie de la ville qui y travailloit chaque jour, ce à quoy s’accorde très bien ce que quelqu'un (a) a remarqué, escrivant qu’en cette année 1614 on remplit les fosses de l’ancien canal qui avoit esté depuis plusieurs siècles le long de la grande jettée et les murailles de la ville, ainsi que nous avons dit ailleurs.
Un tel changement ayant donné lieu de faire valoir environ deux cent cinquante pas de terrain qu’il y a depuis la Tour-aux-Crables jusques sur le bord du gallet, on entreprit l’an 1620 (b) et 1621 d’y bâtir une tannerie des voiles et des cordages, tant des navires que des bateaux, et une maison sur un endroit que M" de ville fiéffèrent à un particulier nommé Belleteste. En la même année un autre y fit construire une maison et plusieurs autres en ayant fait bâtir beaucoup d’autres, d’années en années, ont enfin formé un petit fauxbourg a | qui l’on a donné le nom de Petit Veules, depuis qu’en- | viron l’an 1640 un grand nombre de pêcheurs du bourg de Veules sont venus s’y retirer pour y vivre un peu plus commodément (1). Les cordiers en ont fait autant après | qu’ils furent contraints, par les malheurs de la guerre, | d’abattre, au mois d’avril 1674, toutes les maisons et les corderies qui avoient esté édifiées sur la chaussée de la mer, si bien qu’ils augmentèrent le nombre des bâtimens, des habitans et des rues de ce Petit Veules, dont le terrain est borné des murailles de la ville par un bout,
(1) D'après la Chronique de Veules, par M. Lebay, curé, manuscrit rédigé au commencement de ce siècle et conservé au presbytère, cette émigration des habitants de Veules se serait produite à diverses reprises.
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et partout ailleurs par les gallets ou perrays que le courant des marées a jettez sur le bord du rivage ; en sorte toutesfois que la mer s’estant retirée laisse vers l’embouchure du port, aussi bien que vis-à-vis de la ville, une grande estendue de sable, où l’on peut prendre le plaisir de la promenade d’autant plus agréablement que la foule des pas y demeurant doucement emprainte ne fatigue point le corps, et que l’on y jouit d’un air frais qui réveille les esprits et rend les membres plus vigoureux, et qu’entre autres divertissemens, on voit sur le rivage une admirable diversité d’un nombre presqu’infini de petites pierres et les vaisseaux qui arrivent à la rade pour y attendre la commodité d’entrer au port par les endroits qui leur sont marquez par un ou deux barils attachez et flottans sur l’eau.
Ces barils #stant ordinairement appelez balises, celuy qui er a le soin en est dénommé balisier. M' Dablon à remarqué que M' l’amiral le pourvoit de cet office, dont les profits sont assez considérables. Il adiouste qu’il est tout à fait nécessaire qu’il y ait un balisier à Dieppe, parce que l’entrée du port est suiette à tant de changemens qu’elle n’est presque jamais pendant huit ou quinze jours en un même estat, à cause des différentes agitations des pérrays qui s’'amassent et forment des monceaux que les gens de marine nomment des poulliers ; en sorte que l’embouchure est quelquefois vers le Nerd et quelquefois vers l'Ouest, ou bien vers le vent qui est au milien d’eux, et quelquefois aussi presque bouchée par ces perrays. À quoy néantmoins l’on a remédié depuis que l’on a fait, par l’ordre de nostre grand monarque, la longue et forte pallissade dont nous parlerons en temps et lieu. Il n’en a pas esté de même du canal
qui est au dessus de cette embouchure, car ayant esté creusé dans la marne et rendu plus profond que n’estoit l’ancien, que l’on avoit fait vers le pied de la Tour-aux- Crables, il s’est touiours très bien maintenu, et le flux de l'Océan y a poussé des marées plus rapides et plus hautes. D'où il est arrivé que, depuis qu'il a esté fait, au lieu de petits navires d'environ six vingt tonneaux, on en a fait entrer dans le port de Dieppe qui estoient de trois, de quatre et même de cinq cents, témoin le vaisseau dit le Dragon, qui s’y réfugia, au mois d’octobre 1666, et en sortit à la marée du mois de mars de l’année suivante, ainsi que nous verrons ailleurs.
Je trouve que le premier de ces grands vaisseaux de Dieppe fut le Montmorency, lequel estoit de 360 tonneaux, et après avoir esté destiné pour faire le voyage des Moluques, que les Dieppois avoient déià fait, selon que j’ay remarqué sur l’an 1529, sortit du nort de cette ville, le samedy 16 jour d’avril (a), estant commandé par le sieur Augustin de Beaulieu, Rouennois, et le sieur de Caën son lieutenant, et fortifié de deux cents hommes et de vingt quatre pièces de canon. Il fut ainsi appelé parce que Mons’ de Montmorency, qui en fut le parrain, luy donna ce nom lorsqu'on en fit la bénédiction ; mais avec tant de joye et de magnificence, que ce seigneur, ensuite de cette cérémonie, jetta à pleines mains, sur le peuple qui s’y trouva, des quarts d’escus et d’autres pièces de monnoye, jusqu’à la somme de mille livres. Un vaisseau, mais plus petit que luy, l’accompagna dans ce voyage, avec le succez que nous verrons l’an 1618.
Je ne parleray pas de plusieurs embarquemens et débarquemens qui se firent au port de Dieppe, après le
(a) Le sieur Policien
départ du Montmorency, parce qu'ils n’avoient rien d’extraordinaire, mais je diray seulement qu’au mois de juillet, le millord Hex, seigneur Ecossois et ambassadeur extraordinaire du Roy d’Angleterre, mit pied à terre en cette ville (a), et qu’il y fut apporté avec ceux de sa suite, qui estoient magnifiques et en grand nombre, du bord de deux grandes ramberges, qui avoient mouillé les anchres à la rade. M' le Gouverneur l'ayant reçeu fort honorablement, le conduisit au logis de M' d’Ancourt, en la rue du Haut-Pas ; mais ce seigneur, après quelques jours, en partit le samedy ensuivant et alla à Paris, d’où le millord Edmont, qui y résidoit en qualité d’ambassadeur ordinaire, retourna en diligence, en sorte qu’estant arrivé à Dieppe, le 1° jour de février 1617, il s’embarqua dez le lendemain. Il est vray qu’il y revint, le 24 de may, mais deux jours après, il retourna à Paris pour y ménager les affaires de son maistre.
Le 6 de décembre, un capitaine du Hâvre de Grâce, appelé Fleury, amena à Dieppe une prise qu’il avoit faite sur les Espagnols (b), et M° le Gouverneur, ne voulans pas que ces étrangers, tant hommes que femmes, missent le pied à terre dans cette ville, il les fit passer jusqu’au batardeau et ensuite détenir prisonniers dans le jardin de Monsieur. Quant au capitaine, il fit étroittement emprisonner le nommé Suarez, qui se disoit sergeant Maure à Marignan, lequel y avoit assisté les Espagnols dans le combat qu’ils y eurent contre les François. Ce qui fut exécuté en vertu de la main-levée que ce capitaine obtint de M' l’Amiral, et de la sentence donnée sur icelle en l’amirauté de Dieppe, jusqu’à ce que le Roy en eut autrement ordonné. Les autres furent ensuite renvoyez
(a) Le sieur Policien, -- /b) M. D
à Dunkerque, à la réserve de quatre, que Fleury retint avec Suarez d’autant plus soigneusement qu’ils avoient (à ce qu’il disoit) massacré en cette rencontre quelquesuns de ses parents. Au reste, le sieur Policien a estimé que cette prise fut amenée à Dieppe l'an 1620, plustost qu’en la présente année 1616, si bien que, selon sa supposition, il faudroit rapporter ce trait d’histoire en cette année là.
Ce qu’il y eut encore de remarquable fut que le 12 de décembre de la même année 1616 {a), le sieur Pierre Duchesne, procureur syndic de Dieppe, et le nommé Planquois, maistre fonteinier, passèrent le contract de la fieffe d’une place dite vulgairement les Puits communs de la ville, laquelle estoit située en la haute rue, au bas de la montée du château, d’où elle a esté nommée la rue des Petits-Puits dont nous avons parlé ailleurs.
Mais au mois de septembre 1617 (b), les sieurs Jean Sore, Guillaume Terrien et Charles Masse estans eschevins, Mons’ le Gouverneur fit bailler à fieffe quelques autres places du costé des marais à ceux qui avoient des maisons en ce quartier là. Il prit aussi le soin de faire construire dans le fort du Pollet une maison pour y loger Mons’ de Limermont, qui en estoit gouverneur. Mais voicy quelque chose de plus considérable et plus digne de nostre souvenir. Le Roy Louys-le-Juste, de triomphante mémoire, ayant, après la mort du marquis d’Anchre, fait rappeller auprès de sa personne tous les Princes et les anciens ministres de son Estat et entrepris de venir à Rouen (où il arriva le vendredy 24 de novembre), les cstats des notables, Mons’ le Gouverneur de Dieppe et les sieurs Jean Sore, Olivier Gueroult,
(a) Selon le Reg. des Esc, de la M. de Ville, en forme d'inventaire, -- (b) Le Polic, relig.
David Asseline et Jaques Baudouin, alors eschevins en charge, et le sieur Pierre Duchesne, syndic de la ville, se mirent en devoir de faire travailler en diligence aux préparatifs d’une réception aussi honorable et aussi magnifique que celle que nous allons voir et qu’ils voulurent faire à Sa Maiesté, qui devoit venir à Dieppe (a). Pour cet effet, non-seulement ils firent bâtir une mignarde et magnifique galère, à dessein de porter sur l’eau le Roy et toute sa Cour, et le régaler d’un si rare et si agréable divertissement (b); mais aussi ils firent construire un rocher devant l’Hôtel-de-Ville. Quoyque les mémoires que j’ay vus ne m’ayent pas appris ni la matière ni la forme de ce rocher, je ne laisseray pas de témoigner qu’il estoit des plus beaux que l’on puisse s’imaginer, estant composé (selon qu’il est à croire) d’une quantité de rares pourcelaines, de très précieux vignots et d’un très grand nombre de rocailles très bien choisies et très bien appliquées. Un mémoire porte (c) qu’il enfermoit une fonteine artificielle que le sieur Isaac de Caux, Dieppois et ingénieur (1), avoit si bien inventée, que l’eau qui couloit d’une cuve placée au haut de la Maison de Ville, et tomboit, par certains canaux, dans le corps de plusieurs oyseaux de terre, non seulement leur faisoit chanter un ramage tout à fait surprenant, mais même que par le moyen d’un autre tuyau, elle eslevoit admirablement une pomme et une
(a) Le MS. du sieur Gouye. -- (b) M D. -- fe) Le sieur Policien,
(4) Sur cet ingénieur dieppois, V. Ed. Frère, Man. du Bibl. Norm., tome I, p. 2092, ct la Galerie Dieppoise, p. 319.
La plupart des machines indiquées dans ce passage sont décrites et expliquées dans le célèbre ouvrage de Salomon de Caus sur les Raisons des forces mouvantes, mis au jour à Heidelberg en febvrier 1615.
couronne en l'air jusqu’à ce que venant à manquer, l’une et l’autre qui avoient esté suspenduës descendoient alors au lieu d’où elles avoient été transportées (a).
On dressa des portiques en divers endroits (b) comme à l'endroit de la porte de la Barre, comme à l’entrée de celle du château, de celle du logis du Roy et de celle du bout du quay par où Sa Maiesté devoit passer lorsqu'elle iroit visiter le port.
Bien davantage on fit un théâtre en la place nouvellement conquise, selon que nous avons dit (c), et un feu d'artifice y fut mis en estat de jouer et de donner à ce grand monarque le plaisir d’en voir de beaux effets; et pour joindre à ces feux les foudres des canons, on y apporta la plus grande partie de ceux que l’on trouva tant dans la ville que dans les vaisseaux et on les rangea sur les bords de cette place.
Le Roy, qui s'estoit cependant disposé pour le voyage de Dieppe, partit de Rouen le matin du 27 jour de novembre (d) et vint disner à Tôtes, village distant de six lieuës de l’une et de l’autre de ces deux villes. Après son repas, il se remit en chemin et continua sa marche jusqu’au bourg de Basqueville pour y coucher. Mons’ le Gouverneur en eut avis, et dez le lendemain matin il monta à cheval et, avec quatorze ou quinze cavaliers et quelques bourgeois qui l’accompagnèrent, alla saluer Sa Maiesté, laquelle sortit bientost après de Basqueville avec Mons’ le duc d'Orléans, son frère unique, Mons’ de Mayenne, Mons’ le duc de Nemours, Mons’ de Rohan, Mons’ de Candale, M' de Vitry, M' de Saint-Paul, M' de Luines, M'° les marquis de Cœuvres et de Vernueil, les
{a) Le même et M. D. -- (b) Le M. S. du sieur Gouye. -- (c) Le même et le sieur Jacques Le Ber. -- {d) Le sieur Policien, -- M, D.
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deux fils de M" de la Force et plusieurs autres princes et Seigneurs.
Les dix compagnies des bourgeois, qui s’estoient mis sous les armes, furent au-devant de ce monarque jusques aux hayes de Janval et elles y formèrent un bataillon quarré que Sa Maiesté regarda avec plaisir, continuant cependant touiours sa marche vers Dieppe, où enfin elle arriva sur les trois heures après midy. Mess'® de Ville et et quelques-uns des plus considérables habitans qui l’avoient attendue à la porte de la Barre s’acquittèrent de leur devoir, la recevant avec tout Je respect possible et luy témoignant par la bouche du sieur syndic, que M' de Luines luy.avoit présenté, la joye que toute la ville avoit de son arrivée, et l’obéissance et la fidélité qu’elle luy avoit conservée et vouloit touiours luy conserver inviolablement, selon que je peux juger. Au reste (selon la remarque du sieur Policien), le Roy escouta attentivement la harangue de M' le Syndic, et n’ayant pas voulu en entendre d’autres, comme M' le Gouverneur le témoigna de sa part, entra dans la ville au bruit des descharges de toute l'artillerie du château, de celles de la porte du Pont et des navires du port, et alla par la Grande-Rue pour y voir la machine et le rocher que l’on avoit préparé devant la Maison de Ville (a). Sa Maiesté y estant arrivée les regarda longtemps avec bien de la satisfaction, mais parce qu’il luy falloit prendre du repos, elle fut obligée de passer outre et de se rendre en la grande et belle maison de M' d’Ancourt dont nous avons parlé. Deux sales basses, voisines de cette maison qui fut depuis surnommée le Logis du Roy, servirent de
(a) Le sieur Gouye. : - Le sieur Policien
corps de garde, où deux compagnies de François ct deux de Suisses entrèrent chaque jour à dix heures du matin.
Le lendemain matin, les corps de justice furent à leur tour saluer le Roy (a), chacun d’eux luy ayant esté présenté par Mons’ de Luines, alors gouverneur de la province, et Sa Maiesté, après leur avoir donné audience, alla visiter le château. Après midy, elle alla au Pollet et en visita le fort, d’où elle eut le plaisir de voir à loisir et à l'aise voguer la galère à rames et à voiles à la portée d’un coup de mousquet hors du port et ensuite dans le port même, pendant un assez long temps.
Sa Maiesté, touiours curieuse et d’humeur à se divertir cette journée-là, fut aussi voir la Cité-de-Limes que des Seigneurs qui l’accompagnoient nommèrent le Camp-de- César, pour les raisons (ce semble), lesquelles j’ay rapportées dans les préliminaires (b). Le Roy estant satisfait d’avoir vu cette place, descendit sur le bord du rivage et ayant trouvé que la mer s’estoit retirée en sorte que les parcs estoient découverts, voulut s’y arrêter et se divertir tant en la pesche qu’il fit faire qu’en celle qu’il fit luy-même (c), mais avec tant d’ardeur, qu’encor bien que le froid fut assez aspre, il ne laissa pas, non plus que les Seigneurs qui l’accompagnoient, d’entrer si avant dans l’eau, que ses bottes en furent couvertes, et même de continuer cet exercice jusqu’au temps que chacun fut obligé de quitter la place et de retourner à Dieppe et y souper, avec autant d’appétit que l’air de la mer en excite ordinairement en ceux qui la hantent. Dez que le Roy eut pris son repas, il voulut prendre le divertissement du feu d’artifice du bout du quay. Il y alle,
(a) M. D. --(b) Voyez ce que j'ai rapporté dez le commencement dans les préliminaires de ce livre, (Tome 1, p. 25 et suiv.) -- /e) Le sieur Poli-ien.
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bien accompagné sur les 9 à 10 hcures de nuit, et estant monté sur la Tour-aux-Crables, on commença aussitost à luy faire produire des effets assez surprenans (a). Le grand nombre de canons fit ensuite un autre feu, mais qui, pour tout effet, produisit un effroyable tintunarre qui porta bien loin la nouvelle de ce qui se passoit en cette occasion.
Le lendemain, jour de la feste de Saint-André, les capitaines de Dieppe, n’ayans pas eu lieu de faire leur harañgue au Roy, allèrent s’aquitter de ce devoir (b), mais le sieur de Saint-Martin qui portoit la parole ayant supplié Sa Maiesté de les anoblir, elle remit l’affaire au temps qu’elle seroit retournée à Rouen. On a remarqué qu’ensuite de cette audience elle eut dessein d’aller à Arques pour voir le château et le lieu du fameux combat de son père Henri-le-Grand, mais que ce voyage ayant esté rompu par l’addresse de quelques-uns, qui appréhendoient que les clameurs des habitans de ce bourg ne fissent tant d'impression sur son esprit, qu’ils en obtinssent le retour et le rétablissement de leur jurisdiction, elle changea de dessein ct alla de rechef se divertir au port et aux parcs du petit village de Puits (c), qui est au pied de la Cité-de-Limes.
Le vendredy premier jour de décembre, le Roy partit de Dieppe sur les huit heures du matin, accompagné de toute sa cour, et retourna à Basqueville, d’où il partit le lendemain pour se rendre à Rouen et y faire l'ouverture de l’assemblée des Notables. Estant arrivé en cette capitale de nostre province, [il] confirma (selon qu’il l’avoit fait espérer) les priviléges que son père avoit accordez aux habitans de Dieppe, selon que dit simplement le Registre
{a) Le MS. du sieur Gouye. -- (b) M. D, -- (e) Le Policien Relig.
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en forme d’Inventaire des Escritures de la Maiso,, de Ville.
Soit que la charge et l’effort du grand nombre de cavalerie et des charettes, qui passèrent sur le pont de la porte de la Barre lorsque le Roy entra à Dieppe ou lorsqu’il en sortit, en eussent rompu une partie, soit que n’étans que de bois (de même que le corps de garde qui estoit à costé, et soutenu seulement de gros arbres dont le pied estoit posé dans le fossé de la ville, ainsi que j’ay vu vers l’an 1626), il fut trouvé trop foible et prest de tomber en ruine, on le fit vers la fin de la dite année construire et vouter de pierre en la manière qu’il l’est encore aujourd’hui (a).
Mons’ le Gouverneur et M" les Eschevins exécutèrent un autre dessein. Ayans estimé que la maison, où de tout temps (comme dit le sieur Policien) les pauvres de l'hôpital avoient esté logez, estoit incommode et sans jardin, délibérèrent de faire construire un nouveau bâtiment et un autre hôpital dans un grand jardin qui appartenoit aux pauvres et estoit situé vers le midy, le long du rempart de la ville. Pour fournir à la despense de ces ouvrages de piété, ils s’avisèrent de dresser une blanque de la valeur de neuf mille livres et de quinze mille livres de billets. Comme elle consistoit en vaisselle d’argent, en tableaux, en ouvrages de soye et en une grande diversité de merceries, deux bourgeois, qui estoient eslus chaque semaine, en prenoient soin et, suivant leur commission, recevoient l'argent des billets que l’on y tiroit. Il seroit maintenant question de sçavoir les profits que l’on en retira et jusques à quel temps elle dura, c’est néantmoins dont on ne nous a appris aucune
{a) Le sieur Policien Religionnaire
rer EE es, pr n
chose, si ce n’est (ainsi que nous dirons incontinent) que l’on entreprit l’année suivante de travailler à cet hôpital et d’y conduire, l’an 1626, les religieuses et les pauvres.
Les habitans de Dieppe ayans eu cependant avis que messire François de Harlay, archevesque de Rouen, devoit venir en cette ville, M le Bailly et M le Procureur fiscal allèrent à la ville d’Eu, pour le saluer de ia part du corps de leur jurisdiction et apprendre de luy de quelle manière il souhaittoit y estre receu ; après le retour de ces officiers, Messieurs de ville ayans esté informez de ses intentions se contentèrent de placer ses armes sur la porte du Pont et sur celle de la maison de M" de Gueutteville, où il devoit loger, et lorsque ce vénérable prélat, qui partit de la ville d’Eu le jeudy 17 de may de la présente année 1618, approchoit de Dieppe, M: le Gouverneur, escorté d’une bonne troupe de gens de cheval, s’avança jusqu’au village de Neuville pour le saluër. M" les officiers du bailliage furent en corps et en habit de cérémonie à sa rencontre jusques au haut du mont qui est entre ce village et le Pollet, et M le Bailly, qui l’avoit attendu en cet endroit-là, luy fit sa harangue aussitost qu’il y fut arrivé.
Monsieur l’Archevesque estant venu au haut du Grand- Pont sur lequel les compagnies du sieur Crucifix et du sieur Vandart s’estoient rangées, les maistres des Charitez luy firent leur harangue par la bouche de M' le lieutenant Le Moine. Mais lorsqu'il fut arrivé à la porte de la ville, il ÿ fut reçeu par Messieurs les Eschevins et le sieur Syndic, lesquels luy présentérent un daiz que ce grand prélat refusa, et ensuite de leur harangue, M'° de Ville luy en présentèrent les clefs. Le clergé y estant survenu, M' le Curé de Saint-Remy fit sa harangue en latin et M' l’Ar-
Quant à M" le Curé de Saint-Jaques, il s’aquitta de
ce devoir à la porte de son église, et ce docte prélat,
après l’avoir entendu, monta incontinent en chaire pour
y prescher, non pas tant sur le suiet de sa venue que |
Sur celuy du sacrement de la Confirmation qu’il conféra | À
| chevesque y respondit sur le champ en la même langue. |
le lendemain 18 jour de may, ce qui n’empescha pas qu’il ne fut le même jour disner au château, ni qu’en estant retourné en son logis, il ne donna audience aux juges royaux qui y allèrent en corps et en habit de cérémonie pour le saluër et luy faire leur harangue que Mons" Guilbert, lieutenant criminel, prononça.
Le lendemain samedy, 19 jour de may, Mons’ l’Archevesque posa la première pierre du bâtiment du nouvel hôpital que l’on avoit entrepris derrière la rue d’Escosse, et sur les quatre heures après midy, il partit de Dieppe et alla coucher en l’abbaye de Saint-Victor (a). |
Ceux du presche, pensant à ce qui les touchoient de plus près, commencèrent en ce même mois de may à travailler aux murailles et aux portes de la clôture de leur temple, selon qu’ils s’y estoient obligez envers le à: sieur de Veules, par le contract fait entre eux lorsqu’ils
firent l’aquisition de leur place. Mais la muraille qui sou- F tenoit les terres du sieur de Veules estans trop foible et
trop mal faite, tomba l’hyver ensuivant, de sorte que
les Religionnaires furent obligez d’en faire construire
une autre. Pour ce qui est de la principale porte de cette
clôture, comme elle estoit preste de tomber en ruine,
on la démolit l’an 1679 et on édifia en sa place celle qui
subsiste à présent (b).
(a) Le sieur Policien et M. D. -- (b) Mois qui a esté détruite, aussi bien que le presche, même QE! par l'ordre du Roy, un peu avant le bombardement des Anglois et des Holandois, arrivé l'an 1694.
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En ce temps-là, M' de Villers-Houdan, qui ménageoit touiours de nouvelles commoditez au château, y fit conduire l’eau de la source de Saint - Nicolas -de - Caudecoste (a). Le nommé Moyse Planquois, fonteinier de Dieppe, entreprit cet ouvrage et il l’exécuta heureusement, après avoir fait une profonde tranchée depuis ce lieu là jusqu’au château, où (selon un autre) (b), l’eau de cette fonteine commença à couler au mois de décembre ensuivant. Un mémoire témoigne que le marché en fut fait pour huit cents escus, que le Roy fit donner à ce fonteinier, tant pour son travail que pour la despense qu’il avoit faite en tuyaux et autres choses nécessaires pour l’exécution de cette entreprise. Ainsi le château, au lieu de l’eau de puits dont la garnison se servoit auparavant, eut en abondance celle de cette fonteine. Il ne faut pas douter que Mons’ le Gouverneur témoigna la joye qu’il en avoit à M. le premier président, qui vint le voir au château, le 2 jour de juin (c). En ce même mois, les RR, Pères Jésuites vinrent aussi à Dieppe, mais ce fut en forme de mission et pour faire leur résidence en cette ville. Quelques-uns de ses principaux habitans ayans eu connoissance de leur dessein s’y opposèrent fortement, mais comme la peste moisonnoit le peuple, deux de ces Pères s’exposèrent au péril pour l’assister en cette extrémité, et cette charité, qui avoit esté assez forte pour leur faire ainsi risquer leur vie pour la conservation de celle de l’âme et du corps des Dieppois, fut assez puissante pour gagner les cœurs et les affections de leurs ennemis et lever toutes les difficultés et les contradictions qu’ils formoient contre leur establissement. Il est vray que (selon le sieur Policien)
(a) Le même -: {M 8, -- ‘0 MD
la peste ne commença qu’au mois d'octobre et de novembre de l’année 1619, ainsi que je diray, mais parce qu'il est vray aussi qu’il parle seulement d’un Père Jésuite, lequel assista les pestiferez, tenans au moins pour constant que ces Pères estoient résidents dans Dieppe dez l’année présente, et qu’ils demeurèrent en la petite maison qu’ils avoient prise à lou-ge, presque derrière le presbytère de Saint-Jaques, jusqu’au temps qu’ils en sortirent pour se loger en la grande maison qu'ils avoient auparavant achetée au quartier du port d'Ouest et qu’ils augmentèrent par l’aquisition de quelques autres, au lieu desquelles ils ont édifié leur chapelle, l'an 1625, sur le bord de la rue.
En juillet et en aoust, on planta une jettée à l’entrée du port, du costé de Dieppe, et on la prolongea vers la mer, ua peu plus avant qu’on n’avoit fait celle qui fut démontée l’année précédente (a). Si bien que le vaisseau dit le Montmorency estant retourné trouva ce port, le 6 jour d’aoust, en meilleur estat qu’il ne l’avoit laissé lorsqu'il en sortit pour aller aux Moluques, d’où après un voyage de deux ans, il vint à bon port, chargé (dit un mémoire) (b), de girofle, de poivre et de tant d’autres sortes de marchandises de grand prix, que plusieurs eurent envie de l’entreprendre, et que le Roy luy-même, voulant conserver la traitte des isles des Moluques, en écrivit aux eschevins de Dieppe la lettre qui fut leüe en l’Hôtel-de-Ville, le 17 de décembre (c), pour les exhorter d’y tenir la main et leur témoigner qu’il souhaittoit d'y contribuer de sa part. Bien davantage, Sa Maiesté invita toutes ses villes d'apporter de leur costé ce qu’elles pourroient pour l’augmentation de ce négoce.
{a Le sieur Policien. -- (b: M, S -- Le) Le Policien Reiig
De si puissantes exhortations furent (sans doute) bien pressantes pour faire continuer ce commerce et faire mettre en mer plusieurs grands vaisseaux pour cet eflet. Quant à Messieurs de Ville, ils firent curer le quay pendant plusieurs jours consécutifs, à l’endroit appelé la fosse aux barges, par le moyen de quatre ou cinq chaloupes et des machines dont on se sert à prendre les huitres, ce qu’ils trouvèrent bon d'exécuter afin de la rendre plus seure et la disposer à recevoir plus commodément les deux grands navires que l’on avoit achetez en Holande à desseia de les envoyer aux isles des Moluques avec le Montmorency.
Cependant, M' le Gouverneur, quoyqu’âgé de plus de soixante ans, ayant pensé à se marier, alla voir, avec des plus notables bourgeois de Dieppe, une jeune dame, le 13 jour d’octobre, et l’ayant espousée bientost après, il l’amena en cette ville le jour de la feste de saint Simon et saint Jade. Elle estoit dans un carosse qui estoit suivi de deux autres et de plusieurs gentilshommes à cheval, et après qu’ils eurent passé entre deux hayes que ies deux compagnies des bourgeois avoient formées, depuis la porte de la Barre jusqu’au canton (ou carrefour) de la cavée qui descend du pied du Mont-à-Caux, elle fut saluée de leur mousqueterie et de 'artillerie du château pour témoigner qu’elle estoit la bien venue.
Si les Religionnaires prirent part à cette joye, ils eurent (sans doute) des sentimens bien contraires, quand M' le Gouverneur envoya hors de la ville leurs maistres d’escoles, et quand il empescha leurs mariages au temps deffendu par l’église catholique, et quand il réduisit à un petit nombre de personnes les convois de leurs baptèmes et de leurs enterremens. D'où le sieur Policien a pris
suiet de former un jugement téméraire, ayant estimé que ce fut un effet de la haine que M' le Gouverneur portoit à ceux de son parti, depuis (dit-il) qu’il avoit esté blessé et laissé pour mort en la défaite de Saveuse, le 18 de may 1589, par le sieur de Chatillon ; ou bien depuis qu’il avoit esté establi en sa charge. Néantmoins, le juge d’Arques (ainsi qu’il dit encore) espaula ce dessein, ordonnant qu’ils n’iroient plus aux enterremens, etc., qu'avec un petit nombre de personnes. Les Religionnaires n’en estans pas d’avis, se pourvurent au conseil (après qu’ils eurent réitéré leurs plaintes) qui députa M' le colonel d’Ornano, alors lieutenant au gouvernement de Normandie, les sieurs de Bailleul, de Melleville et Le Doux, maistres des requestes, lesquels estans arrivez à Dieppe, le 29 de novembre, donnèrent plusieurs réglemens et ordonnèrent, entre autres choses, qu'il y auroit 25 ou 30 personnes aux enterremens, outre les six ou huit porteurs, et que l’on ne pourroit outrepasser la permission de M' le Gouverneur. Ils ordonnèrent aussi que ce seroit depuis six heures du matin jusqu’à huit, et depuis six heures du soir jusqu’à huit, au temps qui est compris entre Pasques et la Saint-Michel, et qu’en celuy qui est compris entre la Saint-Michel et Pasques, ce seroit depuis sept heures jusqu’à huit heures du matin, et depuis trois heures et demye jusqu'à cinq heures du soir. Pour ce qui estoit des convois, des baptèmes, il fut dit qu’ils ne seroient que de quinze ou vingt personnes, si toutesfois ils n’estoient de gens de qualité; que les presches ne se commenceroient qu’à dix heures du matin pendant toute l’année, tant au dimanche qu'aux autres jours, et à une heure après midy, précisément afin d'éviter la rencontre des processions.
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Il veut encore plusieurs autres règlemens, par lesquels les libertez des Religionnaires furent beaucoup diminuées, à quoy toutesfois (à ce que dit le sieur Policien) on adiousta pour les endormir et leur faire avaler la pilule que, suivant l’Edit, ils seroient admis aux charges honorables lorsqu'ils y seroient eslus; mais (à ce qu’il dit encore) que l’on y pourvut si bien qu’ils ne pourroient y estre nommez au temps des élections. Et c’est de là que le sieur Policien a esté tellement fasché, qu’il a osé dire que cette queue fut adioustée, à la réquisition de M" de Villers-Houdan, pensant que les Religionnaires luy donneroient quelque collier ou quelques autres joyaux pour sa nouvelle maistresse. Mais au lieu de se laisser ainsi emporter au gré de son indignation, il devoit bien plutost juger que M" le Gouverneur le faisoit par raison d’Estat, ainsi que nostre incomparable monarque Louys-le-Grand a fait depuis, donnans d’autres beaux règlemens sur ces mêmes suiets, l’an 1662 et 1664.
Le sieur Policien, touiours passionné contre les ennemis de sa créance, n’épargna pas non plus la réputation de maistre Nicolas Dablon, lieutenant général au Bailliage, écrivant qu’il avoit esté déposé de sa charge de syndic, sans dire en suite que ce fut au temps ordinaire d’une nouvelle élection de Messieurs de Ville, «tant des eschevins que du procureur-syndic. D’où il est aisé de juger qu’il luy à donné très mal à propos ce coup de dent en haine de ce qu’il se plaignit à M" d’Ornano que les Religionnaires contrevenoient aux édits, dans la remonstrance qu’il fit à ce seigneur, en qualité non pas de syndic, mais de conseiller de la Protection de la Foy Catholique en la ville de Dieppe (a). Car les maistres en
{a Selon le M. S. de feu maistre Nicolas Dablon, à qui nous sommes redevables d'une grande partie de nos remarques.
charge des quatre Charitez et leurs prévosts, ayans renouvellé en ce temps-là leurs anciens règlemens et leur zèle, élurent plusieurs officiers de cette protection à sçavoir : trois syndics, assistez d’un sous-syndic, deux conseillers, un avocat, un procureur et quatre commissaires généraux, assistez de seize commissaires particuliers, lesquels, comme les yeux de ce grand corps, veilloient continuellement sur tout ce qui se passoit au préiudice de la Religion Catholique de» les quatre quartiers de la ville qui leur avoient esté marquez. En quoy ce Religionnaire a fäit voir qu'il a confondu mal à propos les conseillers et syndics de la ville avec ceux des Charitez.
Quant à M" les eschevins Jean Sore, Olivier Gueroult, David Asseline et Jacques Beaudoin, ils s’appliquèrent alors aux moyens de faire venir dans Dieppe l’eau d’une source que l’on découvrit cette année, à la moitié du chemin des voûtes des fonteines de cette ville. Ils furent excitez à l’exécution de ce dessein tant à cause que l’eau en estoit plus légère et plus pure que celle de toutes les autres fonteines, qu’à cause que cette source estans bien avant cachée dans la terre, elle estoit hors de danger d’estre empoisonnée. Ces considérations les ayans fait résoudre à faire valoir ces avantages, et un devis en datte du 10 de novembre ayans esté fait, ils convinrent avec le nommé Planquois que, moyennant la somme de mille sept cent trente livres, il feroit venir cette eau jusqu’en la place de l’Abreuvoir, où il devoit construire un réservoir ou cisterne (a). Néantmoins, ce marché n’ayans pas esté tenu, le dessein de M" de Ville ne fut pas entièrement exécuté, puisqu'on se contenta de faire couler
(a) Le sieur Policion
D D Te
l’eau de cette nouvelle source dans le fossé de la ville au mois de may, de juin et de juillet de l’année 1619, de quoy (sans doute) les habitans du fauxbourg de la porte de la Barre ne furent pas fachez, non plus que ceux qui leur succédèrent en la jouissance d’un si grand bienfait.
Ce qu’il y eut encore de nouveau et de remarquable en cette année 1619, fut que Messire Guillaume de Montigny arriva à Dieppe, le lundy 2 jour de septembre, sur les deux heures après midy, et que deux heures après il alla en l’Hôtel-de-Ville faire lire en pleine assemblée ses lettres de provision en la charge de Gouverneur de cette ville, de la citadelle, du château et du fort du Pollet, sous l’authorité de Monsieur le duc de Longueville. La cause de ce changement fut que le Roy, ayant gratifié Messire Charles d’Albert, sieur de Luines, du gouvernement de Picardie, dont M' de Longueville jouissoit, donna à ce prince celuy de Normandie et pour le lieu de sa retraite le château de Dieppe, avec la permission d’en disposer, moyennant toutesfois une récompense de deux cent soixante et dix-huit mille livres, ou
(selon M Dablon) de deux cent quatre-vingt mille, qui
| furent payez à M' de Villers-Houdan, et la somme de
| vingt et deux mille qu’il donna à son lieutenant, Monsieur de Saint-Jean, en la place duquel M' de Buceaux fut subrogé.
Monsieur de Longueville, qui estoit alors absent, ne différa pas longtemps de venir à Dieppe, car il y arriva dez le 25 de septembre sur les 7 heures du soir et entra dans le château par la citadelle, au lieu de passer par la porte de la ville, ayans voulu par eette surprise empescher les frais d’une entrée magnifique et solennelle que
les Dieppois eussent bien voulu luy faire. Mais le lendemain Messieurs de Ville, les ecclésiastiques, les officiers de la justice, les capitaines des bourgeois et enfin les députez des Religionnaires allèrent à leur tour et en corps saluër ce prince, lequel, après les avoir tous écoutez favorablement, sortit du château et alla à bord du Montmorency, qui estoit alors à la rade et estoit prest de mettre les voiles au vent pour faire le voyage des Moluques, selon que nous dirons incontinent. Ensuite de cette promenade qui fut faite sur mer et en chaloupe, avec une escorte de beaucoup d’autres, Son Altesse voulut en faire une sur terre le même jour et visiter le quay et le fort du Pollet, et le lendemain partir de Dieppe.
Au commencement de ce gouvernement, les Religionnaires conçurent quelques espérances de parvenir aux charges honnorables, après avoir esté seulement appellez aux onéreuses de Policien et de Trésorier des pauvres. Pour cet effet, ils donnèrent commission aux sieurs Jacques Le Noble, escuyer, sieur de La Leau, Jean Le Forestier, Antoine Le Monnier et Jaques Faucon d’en faire les demandes en l’assemblée de ville, qui se devoit tenir à la Saint-Michel de l’année 1620, avec charge de protester de nullité l’élection qui s’y fairoit et d’en demander acte et le renvoy au conseil, ainsi que nous dirons sur cette année-là.
Le 2 jour d'octobre, le Montmorency, qui s’estoit jusqu'alors tenu à l’anchre en la rade de Dieppe, mit enfin les voiles au vent ce jour-là, sous le commandement du sieur Augustin de Beau-Lieu, estant accompagné de deux autres, dont un qui avoit esté acheté en Holande eut pour capitaine un Dieppois, le nommé Ridel,
et le second, qui fut équippé au Havre-de-Grâce, eut le nomme Du Buc (a).
A peine les habitans de Dieppe avoient perdu de veüe ces vaisseaux qu'ils aperçeurent que la peste, qui avoit affligé plusieurs endroits de la France, s’estoit communiquée à huit ou dix maisons de cette ville (b). Ce fléau devint si violent, qu’il fallut bientost après le mois d’octobre et de novembre faire aux pestiférez des loges avec des planches sur le bord des prairies et du fossé de la ville et même d’establir le pont de bois qui le traversoit et avoit esté rompu, l’an 1589, à l’occasion des guerres civiles.
Les sieurs Thomas Vasselin et Antoine Daniel, Policiens catholiques, entreprirent, aussi bien que les sieurs François Diel et Guillaume Duval, Policiens Religionnaires, de remédier à ce mal pour l’estouffer en sa naissance. Mais ce fut en vain, puisqu'il contiuua d’affliger cette ville non-seulement pendant cette année, mais même pendant les 8 ou 9 années suivantes, sans aucune relasche. De sorte que l’on fut contraint de faire bâtir un très grand nombre de loges dans les prairies et dans les tranchées du Mont-à-Caux. Le sieur Policien a aussi témoigné qu’un Père Jésuite s’exposa le premier au danger de la peste, pour assister ceux qui en estoient malades et que les Religionnaires de leur part posèrent un consolateur pour ceux de leur créance.
Cependant un navire de Dieppe, estant de retour de son voyage de Guinée, ne laissa pas d’entrer dans le port de cette ville(c) et d’y descharger ses marchandises et un éléphant qui estoit vivant, ainsi que celuy duquel nous avons pu faire mention sur l’an 1590.
(a) Le capitaine Jean Le Tellier, Dieppois, en son livre du Voyage fait aux Isles Orientales, où il voulut aller luy-même, pour joindre la pratique à la théorie. -- (b) Le sieur Policien, -- (ec) M.S.
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Pour le regard du Montmorency et des deux autres navires qui l’accompagnèrent, ils continuèrent leur route et cinglèrent assez heureusement jusqu'au 12 d’avril 1620, qu’ils prirent ‘les eaux en la Baye-de-la-Table et qu’ils y furent battus d’une si furieuse tempeste, qui s'esleva le 15 du même mois et dura pendant 36 heures, que le Montmorency y perdit sa compagnie (a). Si bien que, s’ilest vray (ainsi que porte un mémoire, )(b) que les deux navires qui l’escortoient furent perdus en ce voyage, il faudroit dire que ce malheur arriva alors selon toutes les apparences. Au reste, le sieur Le Tellier nous assure que le Montmorency, ayant passé le samedy 15 jour d’octobre ensuivant à 1 5 lieues de l’Isle de Zelan, ou Ceilan, alla au travers de Mont-dely en la coste de Mallabar et qu’il aperçut, au vent de luy, un navire d’environ six vingt tonneaux, vers lequel il envoya aussitost pour le reconnoistre 22 hommes de son équipage dans son bateau de nef, sous la conduite du sieur de Montcuvier. S’en estans approchez, l'équipage de ce vaisseau étranger, leur donna des signes d’amitié et de bienveillance, et même les accueillit dans son bord. Mais à peine y furent-ils entrez, qu’elle les saisit et les massacra en même temps, à la réserve toutesfois de cinq ou six qui s’eschapèrent et se jettèrent dans la mer pour s’y sauver à la nage et gagner (ainsi qu’ils firent) le bord du Montmorency, où ils rapportèrent que ce carnage avoit esté fait par des hommes Mallabarres, qui retournoient de vendre leur poivre au pays de la Mer Rouge et en rapportoient plus de 80,000 livres en médicaux.
(a) Selon le sieur Jean Le Tellier, en son livre en forme de Journal de ce voyage des Indes Orientales, que ce capitaine Dieppois a réduit en tables propres pour trouver la variation de l'aimant, la longitude des Indes et autres endroits du monde, dont le nommé Nicolas Le Bon, aussi capitaine Dieppois, estoit curieux observateur, ainsi qu'il est dit dans la préface de ce livre, --(b) MS. du sieur Policien.
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Ce qui se passoit dans Dieppe estoit beaucoup plus déplorable, car la peste, quoyqu’elle se fut un peu modérée, ne laissoit pas d’y faire des ravages (a); [cette peste] et la guerre que les Princes de France vouloient soutenir pour les considérations dont l’histoire fait mention, réduisirent cette ville presqu’à deux doigts de sa perte. Selon le sieur Policien, Mons’ de Longueville avoit non-seulement formé dans Dieppe un corps de cinq mille hommes, tant de pied que de cheval, lesquels il logea chez les bourgeois, mais même disposé toutes choses pour s’y bien défendre et s’y maintenir. Néantmoins, lorsque Son Altesse voulut faire monter à la citadelle la compagnie du sieur Duplys pour y faire la garde, il se refusa. Le sixième jour de juillet, le sieur Vandart, son lieutenant, fut de son sentiment, mais Mons’ Suzenne, enseigne de la même compagnie, en ayant eu la conduite, ne fit pas difficulté d’obéir.
Le Roy voulant couper pied à tant de remerciemens, sans différer longtemps d’en emyescher les mauvaises suites, se mit en chemin et tira vers Rouen. Les approches de Sa Maiesté alarmèrent,bien fort les habitans de Dieppe. Mais ne voulans pas, dans cette circonstance, dégénérer de la fidélité de leurs ancestres, tinrent une assemblée de ville et ils y résolurent, mêmes de l’avis de Son Altesse, d’envoyer des députez vers Sa Maiesté pour l’assurer de leur fidélité et de leurs services. Ils partirent donc de Dieppe et ils allèrent en diligence à Rouen, d’où, après qu’ils y eurent salué Mons’ l’Archevesque qui leur fit un favorable accueil et leur presta son carrosse, ils allèrent au-devant du Roy jusqu’à la descente du mont de Sainte-Catherine seulement, parce que ce fut en cet
{a) Le sieur Policien.
endroit-là qu’ils le rencontrèrent, et que s’estans jettez à ses pieds avec des sentimens d’une très-profonde humilité, ils tirèrent de la bouche de ce monarque ces aimables paroles : « Servez bien le Roy. Que si vous m'estes un peuple fidèle et obéissans, je vous serai aussi bon prince. » Après quoy Sa Maiesté changea de dessein et prit bientost après le chemin de Caen au lieu de celui de Dieppe, où ces députez retournèrent le dimanche 12 jour de juillet, avec la satisfaction que l’on peut s’imaginer.
Cependant, Mons’ de Longueville ne se tint pas en repos. Au contraire, il ne cessa d’augmenter ses forces et de donner des ordres partout, afin de se maintenir avantageusement dans ses postes, et le vendredy dixième de ce mois, ayans appris du sieur de Saint-Aubin, lieutenant général au bailliage de Rouen, et du sieur du Mesnil, gouverneur du Vieux-Palais, lesquels estoient venus à Dieppe, que le Roy avoit fait enlever du canon du Pont-de-l'Arche, fit aussitost redoubler ses gardes et marcher ce jour-là même deux compagnies de bourgeois, ne sçachans pas quel chemin Sa Maiesté devoit prendre. Bien davantage Son Altesse fit dresser des barricades aux avenües de la porte de la Barre et aux cavées voisines, elle fit aussi travailler au fort de Chatillon, qui est sur le mont du Pollet, et aux tranchées du Mont-à-Caux, et construire un corps de garde avec de la planche, pour la commodité des soldats qu’elle y faisoit monter chaque nuit ; elle fit, outre tous ces ouvrages, bâtir un pont-levis au milieu du pont de la porte de la Barre, et même eslever par son ingénieur, nommé Le Vasseur, une fortification au-delà du Mont-à-Caux, en forme de tenaille, qui s’estendoit depuis la grande