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cavée qui en est proche jusqu’au chemin d’Epinay. Les paysans des villages circonvoisins furent contraints d’y venir travailler, mais la moisson les ayans empeschez de continuer cet ouvrage, on se contenta de leur faire payer deux solz pour livre de la somme qu’ils payoient pour leur taille et de les distribuer aux soldais qui y furent employez lorsqu'ils n’estoient pas de garde.
Un de ceux qui estoient en garde en la citadelle ayans aperçû, sur les onze heures de nuit du dimanche 2 jour d’aoust, quelques-uns qui marchoient dans le fossé, troubla le repos de bien des gens ; car après avoir crié : « Qui va là? » et tiré son coup de mousquet, trois autres sentinelles, qui estoient sur la même courtine qui est vers la mer, tirèrent aussitost et causèrent une telle alarme que Mons’ de Longueville, qui estoit couché au château, sauta promptement du lit et alla visiter les sentinelles et faire la ronde, pendant que les soldats de la citadelle se mettoient sous les armes, que les tambours battoient et que la compagnie du sieur Dubois, qui estoit logée au fauxbourg de la porte de la Barre, et qu’à leut exemple ceux du fort du Pollet en faisoient autant. Les bourgeois, s’estans éveillez à ce bruit, coururent aussi aux armes ; mais ce ne fut que pour voir au point du jour que ce n’estoit qu’une terreur panique qui avoit ainsi troublé le repos de la ville et des fauxbourgs, aussi bien que du château et de la citadelle.
Il semble que ce ne fut pas tant un effet de la crainte de ces soldats comme de leur fierté, laquelle, lorsqu'ils n’avoient pas d’ennemis à combattre, leur faisoit à chaque bout de champ prendre les armes les uns contre les autres. En sorte que, pour empescher leurs duels, on fut contraint, le 3 jour d’aoust, sur les 4 heures après
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midy, de faire planter une potence au marché de Dieppe, à dessein de les en détourner par la grandeur de ce chàtiment. Mais ce gibet pouvoit-il faire peur à des gens qui osoient à chaque moment affronter la mort même ? Il est vray qu'ils en eurent de l’horreur, mais elle excita en eux une telle audace, que plusieurs ayans pensé qu’il avoit esté fait pour punir un soldat qui avoit voulu tuer son capitaine d’un coup de mousquet, plus de trois cents furent l’arracher et le portèrent dans la mer. Mons’ de Longueville en fut fort indigné ; néantmoins, ces insolens ne furent châtiez d’autre peine, que de celle qu’il leur fallut souffrir le lendemain lorsqu'ils virent planter une potence au même endroit, en la présence de quatre compagnies rangées en bataille, et dresser ce même jour une estrapade en la place du Portduët, à costé de l’Abreuvoir.
Comme il falloit ne pas manquer à donner la solde à ces gens de guerre, ce prince fit estat d’y pourvoir. Il envoya pour cet effet ses carrabins par les villages pour y faire commandement aux paysans d'apporter à Dieppe un quartier de leurs tailles, et ce fut avec tant de menaces, que ces villageois y vinrent bientost après, de peur de souffrir des logemens des gens de guerre. Les sommes qu’ils fournirent n’ayans pas esté suffisantes pour payer ses troupes, Son Altesse fut contrainte d’en chercher ailleurs, parce qu’elle en avoit d’autant plus de besoin, qu’elle entretenoit environ 3,500 ou 4,000 hommes de pied bien armez et 3,000 hommes de cheval, et qu’elle devoit payer toutes les semaines à chaque soldat cinquante-sept solz sans y manquer, après leur avoir fait venir de Holande des mousquets, des casques, des corselets et des piques. Il est vray que ce prince
avoit déià auparavant establi un contrôle dans la ville pour la visite de toutes les marchandises que l’on y apportoit, de manière que les marchands luy en firent des plaintes, mais il est vray aussi que, sur la remonstrance qu’ils luy firent que cette nouvelle imposition fairoit cesser le commerce, il leur promit qu'il fairoit seulement lever l’ancien droit, et qu'ainsi il ne leur cousteroit pas davantage. Néantmoins, ce contrôle subsista pendant trois semaines où un mois, c’est-à-dire depuis le commencement de cette guerre intestine jusqu'après la conclusion de la paix, qui fut accordée au pont de Cé, l’onzième jour d’aoust de la présente année 1620. Car en ayant reçeu des nouvelles le samedy 15 jour de ce même mois, Son Altesse congédia toutes ses troupes dez le lendemain, à la réserve de ses gardes de corps à cheval et de la compagnie de M' de Montigny, laquelle fut destinée à la garde du château de Dieppe. Quant aux bourgeois, ils ne cessèrent point de faire la garde chaque jour ; mais ce fut seulement avec une de leurs compagnies et jusqu’au 10 ou 12 jour de septembre, auquel ils eurent ordre de pendre les armes au croc (a).
Les Religionnaires estimèrent alors qu’ils pourroient obtenir plus aisément, qu’ils n’avoient fait l’an 1619, que l’on changeroïit la manière d’eslire les eschevins et le procureur-syndic et que, par ce moyen, ils pourroient aussi bien que les catholiques estre élevez à ces charges. Mais Mons' de Buceaux, qui présidoit à l’assemblée de ville en l'absence de M' le Gouverneur, présenta un expédient qui estoit que, sans changer l’ordre usité des billets, chacun seroit libre de nommer telles autres per-
(a) Le même,
sonnes qu’il voudroit, encore bien qu’elles n’y fussent pas comprises. Des députez des Religionnaires le trouvérent bon et restèrent pour procéder à l'élection que l’on devoit faire; mais les autres dirent que leur commission ne portoit pas si avant et qu’ils devoient se retirer, ainsi qu'ils firent incontinent, emmenans avec eux plusieurs autres de leur parti. En un mot, dez aussitost que l’on eut proposé un autre expédient, on ne laissa pas de faire des élections selon que l’on avoit accoustumé, sans que pas un des Religionnaires parvint à la charge et à l’honneur pour qui ils avoient tant de passion.
S'ils en furent mortifiez, ils le furent beaucoup davantage, lorsque, suivant les ordres du Roy, qui estoit bien informé des assemblées ct des remuëmens des Rochelois, Mons’ de Montigny fit reprendre les armes aux habitans de Dieppe, le 6 de janvier 1621, et que Mons’ de Longueville, qui y arriva le 2 de may, fit saisir les armes de tous ceux de leur parti. Ce prince, pour l’exécution de ce dessein, ayant fait appeler au château les capitaines catholiques, leur donna ordre, le 9 jour de ce même mois, de faire marcher leurs compagnies, sous prétexte du différent qui estoit à desméler entre le sieur de Varicarville, etc. Et environ sur les 10 heures, et lorsque les Religionnaires estoient au presche, il fait fermer les portes de la ville, il pose des compagnies de bourgeois en l’Hôtelde-Ville, il en envoye d’autres sur les rampars et ayant commandé à la noblesse de monter à cheval, elle se sépara en diverses troupes pour marcher par les ruës et empescher les désordres que des rebelles auroient pû causer. Il fit aussi plusieurs bandes, chacune desquelles estoit composée de trois hommes dont un estoit de ses
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gentilshommes, le 2 estoit de la justice, et le 3 de la religion prétendue réformée, et il leur donna ordre d’aller par les quartiers de la ville et d’ouvrir les maisons des Religionnaires, ce qui fut exécuté, en sorte qu'après y avoir dressé des inventaires de leurs armes ils les firent transporter au château par des portefaix et des camions de brasseurs. Ce désarmement ayant duré jusqu’à sept heures du soir, les Religionnaires, qui avoient demeuré cependant hors les portes, ne purent rentrer dans la ville et dans leurs maisons qu'après ce temps-là, qui leur sembla bien fâcheux. Néantmoins Mons’ de Longueville voulut bien leur témoigner pour leur consolation que le Roy luy avoit commandé de se saisir de leurs armes, mais que l’on n’empescheroit pas leurs exercices de religion, et qu’il avoit donné ordre au sieur de Guitry de faire marcher sa compagnie de chevaux-légers par la ville pendant la nuit, de peur qu’il n’y arrivât du désordre. Les Religionnaires n’en furent pourtant pas appaisez; car dez que ces gendarmes eurent commencé leur marche, bien loing de demeurer chez eux en repos, ils se laissèrent inquiéter par des soupçons si ombrageux et par des appréhensions si vives de quelque traittement plus rigoureux que celuy qu’ils venoient de ressentir, qu’ils se préparèrent à se bien deffendre lorsque l’on entrep:endroit de les attaquer dans leurs maisons. Il y en eut même plusieurs qui se disposèrent à mettre le feu à celles qui estoient jointes aux maisons des catholiques, afin de les faire périr dans un commun embrasement. De sorte qu’il semble que Son Altesse ayant fait cesser cette ronde fut elle-même étonnée d’une si furieuse et d’une si désespérée résolulion, ce qui n’empescha pas toutesfois de faire publier
le lendemain, à son de tambour, le commandement que l’on fit à ceux qui n’avoient pas esté entièrement désarmez d'apporter leurs armes au château. On a remarqué qu’ils n’y manquèrent pas et que Mons’ de Longueville, estan’ satisfait de leur soumission et de leur obéissance, partit de Dieppe le samedy 13 jour de may, et alla à Rouen où il fit aussi désarmer les Religionnaires le 24 de ce mois, et ensuite peu de temps après à Caen, au Havre-de-Grâce et à plusieurs autres places dont les Religionnaires furent traittez d’une semblable manière. Mais revenons à Dieppe, et disons que ce fut en cette année que Mess" les eschevins firent bâtir le petit pont de pierre de la porte de la Poissonnerie, au lieu d’un autre qui n’estoit que de bois et qu’ils en firent autant à la porte du Portduët (a).
Le Roy, par une déclaration donnée à Niort, le 17 de may de la présente année (1621), ayans ordonné à tous ceux de la religion prétendue réformée de comparoir depuis l’âge de quinze ans aux greffes des bailliages en dans 8 jours pour les présens, et pour les absens en dans
15 à compter du jour de la publication, et d’y déclarer,
jurer et signer qu’ils désavouoient tout ce qui s’estoit passé, fait, traitté et conclu en l’assemblée de la Rochelle où ailleurs par les Religionnaires, etc., les ministres de Dieppe en furent tellement alarmez, aussi bien que tous ceux de deçà la Loire, qu’ils aimèrent mieux quitter la place plutost que de se soumettre aux conditions de la déclaration de Sa Maiesté. Ce qu’ils firent avec tant de peur et de précipitation, qu’à peine (ainsi que le sieur Policien a témoigné) se donnèrent-ils le loisir de demander congé aux chefs des familles. Un
(ay Le même
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mémoire (a) porte que le troupeau de ces ministres estans privé de la pasture ordinaire, les anciens taschèrent de suppléer à leur défaut par la lecture qu’ils luy firent de quelques histoires de la Bible qu’ils terminoient par ces mots : Recevez, comme enfans de l'Eternel, la divine parole que son esprit vous donne pour la prédestination de vos âmes. Plusieurs autres Religionnaires voulans aussi se retirer ailleurs, deux chaloupes sortirent de Dieppe et allérent le long de la coste pour y accueillir ceux qui les attendoient et souhoittoient passer de nuit sans passe-ports dans le bord du bateau d’un nommé Hurel, qui devoit les porter à Douvres secrettement et à petit frais.
Un mois après la fuite des ministres de Dieppe (b), les Religionnaires de Paris, voyans que la province estoit presque destituée de pasteurs et que l’on pourroit contraindre ceux de leur créance de faire baptiser leurs enfans et célébrer leurs mariages dans les églises des catholiques, y envoyèrent le ministre Drelincourt, lequel vint à Dicppe et y baptisa plusieurs enfans. En ce temps le sieur Delosses, ministre de Gisor et de Saucourt, appréhendant d’estre recherché pour n’avoir pas voulu signer la déclaration du Roy, alla par manière de visite chez la dame de Vitanval, sœur de la dame de Saucourt, et ayant trouvé que les Religionnaires de Luneray avoient esté abandonnez du ministre de la Balle, entreprit d’y baptiser, d’y prescher et d’y faire les fonctions du ministère. Chorin, ministre de Mante et de Gadencourt, arriva à Dieppe au mois de juillet, et le 2 jour d’aoust il y fit le presche, etc.; le nommé Le Tellier, ministre de Calais, vint aussi à Dieppe, et ayant esté prié d’aider le
a) M,S, -- (b) Le sicur Policien
ministre Chorin, ils exercèrent leurs fonctions sans oser faire leurs prières en public.
Monsieur le duc de Longueville, qui estoit parti de Rouen, le dimanche vingt cinquième de juillet, avec son train ordinaire, vint le lendemain coucher à Dieppe. Ayant fait assembler ses habitans en l’Hôtel-de-Ville, [il] leur représenta la nécessité de mettre des navires de guerre en mer pour courir sur ceux de la Rochelle et empescher la prise de ceux de Dieppe. Comme il falloit un fond de vingt mille livres pour venir à bout de ce dessein, les eschevins en offrirent six mille au nom de la ville et, suivant la résolution qui en fut prise, le reste devoit estre levé sur les bourgeois, tant catholiques que Religionnaires. Les sieurs Paul Dubuc et Guillaume Terrien, de la part des premiers et les sieurs Jaques Mel et Jaques Faucon, de la part des derniers, furent nommez pour cueïllir cette somme, et le sieur Mathieu de Clieu aussi catholique, fut choisi avec le sieur Boucheret, Religionnaire, pour payer les frais de l’équipement d’un navire et d’une barque qui furent trouvez propres à entreprendre ce que l’on avoit résolu. Le navire estoit d’environ 150 tonneaux et la barque de 50 à 55. Mais parce qu’il y eut changement d’avis, ce navire, qui avoit esté destiné auparavant pour le Cap-de-Vert, fut envoyé cette année au Sénéga, si bien qu’il n’y eut que cette barque qui courut le bon bord sous la conduite du capitaine Planterose. Cependant on ferma de maçonnerie la porte de la mer appellée de Sailly et celle qui est vers le Moulinà-Vent, mais elles furent ouvertes au mois de juin de l’année 1623.
Le port n’estant pas alors dans un assez bon estat, le sieur Le Fabre, ingénieur du Roy, signa, le 22 de mars
de l’année 1622 (a), le proceds verbal qu'il en avoit dressé touchant ce qu’il falloit faire pour le rendre meilleur, Et le 7 jour de may, M° de Longueville retourna à Dieppe sur les sept heures du soir. Le ministre Chorin et quatre anciens furent le saluër le mereredy matin (b). Mais ce prince, qui leur avoit témoigné que leur visite luy avoit esté agréable, leur dit à son départ que les catholiques ayans fait seuls la garde, il falloit que ceux de leur créance contribuassent au payement des 40 hommes à dix solz par teste pour chaque jour. Bien que cette demande fut raisonnable, ils ne voulurent pas pourtant y acquiescer, attendu (dirent-ils suivant qu’ils avoient délibéré entre eux) qu’il n’apparoissoit aucun commandement du Roy et que Sa Maiesté, depuis leur désarmement, leur avoit fait signer une déclaration donnée à Niort, par laquelle elle leur permettoit de les tenir comme ses autres suiets sans aucune violence. Son Altesse n’estans pas satisfaite de cette response les exhorta de luy en donner une plus ample, le mardy ensuivant et bientost après alla à Rouen, où les Religionnaires, qui s’estoient encore assemblez pour ce suiet, députèrent le sieur Jaques Le Noble, sieur de La Leau, le sieur Richard de Bures, sieur des Barguettes, les sieurs Claude Le Balleur, Jaques de Caux et Guillaume Jourdain pour luy porter une response conforme à leur dernière résolution ou plutost un nouveau refus ; encor bien que Son Altesse leur eut témoigné qu’elle réduiroit à cinq solz seulement les dix qu’elle leur avoit demandez. Après le retour de ces députez, les Religionnaires persistans dans la résolution de ne rien accorder à M. le duc de Longueville, s’avisèrent d'envoyer vers le Roy, qui cstoit en son
(b) Le sieur Policien,
(a) Selon l'Invent. des Escrits de la M, de V. --
armée aux environs de Bordeaux, le sieur de La Leau. le sieur François Moysant et le sieur Jaques Le Monnier, avocat. Ils partirent de Dieppe, le 24 de may, et allèrent à Rouen prendre congé de Son Altesse, qui eut la bonté de leur accorder un passe-port. Néantmoins après qu’ils furent arrivez au lieu où Sa Maiesté estoit, ils n’en eurent pas une meilleure composition, puisqu’avec la despense de plus de quartorze cents livres, il leur fallut payer chaque jour huit solz à chacun des hommes qui furent choisis pour faire la garde (a).
Comme les Rochelois équipoient des navires en guerre ils faisoient de jour en jour des prises et donnoient même aux Dieppois tant d’appréhensions de quelque descente, qu’ils firent eslever des terrasses en forme de forteresses aux ports et bayes de Saënnes, de Pourville et de Puits et autres semblables endroits de la coste, où toutes les nuits les paysans alloient en garde, sous le commandement des plus considérables d’entre eux, suivant le pouvoir qu’ils en avoient reçeu de Mons’ de Sauqueville, maior de Dieppe, où Monsieur de Longueville arriva le dernier dimanche de juillet et fit entrer, le mardy et le mercredy ensuivant, six compagnies de gens de pied dont quatre furent logées dans cette ville et les deux autres au fauxbourg du Pollet. Mais les Religionnaires en furent d’autant plus alarmez que, le 22 de ce mois, ceux de Montpelier, que le Roy avoit assiégez, firent une sortie et tuëérent une grande partie de ses gens, qui estoient dans les tranchées, entre autres le duc de Fronsac. De quoy (si nous en croions le sieur Policien) quelques catholiques de Dieppe conçurent tant de dépit, qu’ils formèrent le dessein de tuer tous les Religionnaires de cette
{a) Le même
ville, mais que trente six des plus notables qui avoient signé et juré de les massacrer ayans découvert leur dessein aux capitaines de la garnison du château, un d’eux, nommé Debusq, gentilhomme ordinaire de la maison de Mons' de Longueville, s’en offensa et même s’y opposa, disant que ce n’estoit pas l'intention du Roy et qu'il estoit gentilhomme et soldat et non pas un bourreau. Si bien que si cette conspiration n’estoit pas imaginaire aussi bien que plusieurs autres dont nous avons fait mention, les Religionnaires furent extrêmement obligez à ce gentilhomme qui leur conserva la vie pour jouir bientost après de la paix que le Roy donna devant Montpellier à tous ses suiets de la religion prétendue réformée. En effet le paquet en fut apporté de la part du Roy à M" de Montigny, le 22 jour d’octobre, et suivant les ordres de Sa Maiesté, M' le maior et les eschevins de Dieppe allèrent le même jour remercier les bourgeois, qui estoient en garde aux deux principales portes, et défilèrent aussitost vers la Maison de Ville qu’ils saluèrent avant que de se retirer chez eux et faire des feux de joye devant leurs maisons.
Sur la fin de l’année, une petite armée navale arriva à la rade de Dieppe; elle estoit composée de trois navires de guerre, que les Estats de Holande avoient mis en mer pour escorter leur ambassadeur qu’ils avoient député vers la seigneurie de Venise, et de plusieurs autres navires qui se servirent de l’occasion de ce convoi pour venir à Dieppe avec plus de seureté. Ce ne fut pas toutesfois sans causer des alarmes à ceux de la coste, éntre autres aux paysans du petit fort de Puits, que Mons’ de Sauqueville fut contraint de visiter afin d’assurer ceux que l’on y avoit postez.
L’année suivante le sieur Duchesne, syndic de Dieppe, bailla à fieffe, le 30 de mars (a), à des particuliers deux places assises sur la banquée de la mer, et le 26 d’avril il en fieffa encore deux autres (b).
Le 1 jour du mois de novembre (c), les ministres et les anciens du presche ayans pris la résolution de le paver pour le rendre plus propre et plus net, exhortèrent le peuple de contribuer aux frais de cette entreprise, mais les catholiques s’occupèrent à faire eslever en plusieurs endroits de la ville des images de la Sainte Mère de Dieu (d). Le sieur Nicolas Blondel en fit mettre une sur la porte du Pont, elle estoit représentée dans un Ciel environnée des rayons d’un grand soleil, couronnée d’un diadème et de douze estoilles et soutenue du croissant de la lune selon qu’il est dit en l’Apocalypse. Un peu plus bas on attacha une aigle escartelée et telle que le sieur Blondel portoit en ses armoiries. De quoy (selon que quelqu'un a remarqué) (e) plusieurs des habitans murmurèrent, estans fachez de voir les armes d’un particulier sur cette porte de la ville. Mais il les appaisa, leur faisant response que la Vierge, qui avoit esté portée au Ciel par les anges, pouvoit bien l’être icy bas par une aigle, et cette armoirie, ayant esté laissée sous cette pieuse et vénérable représentation, n’a pas tant esté une marque d’une vanité de ce Dieppois, commé un témoignage authentique de sa piété et de sa confiance envers la divine protectrice de la ville, selon qu’il est aisé de juger par ce quatrain que Mons’ Dablon a fait et adiousté à ce bel ouvrage. |
(a) Le même, -- (b) L'Invent, des Esc, de la M. de V. -- fe) Le sieur Policien. -- (d) M. S. -- Le sieur Policien. -- (e) M.S.
Vierge, ce pont, cette image, ces voutes,
Ce flux et ce reflux, ces portes et ces tours, Ce sont des voix immortelles, qui toutes Vont implorant l'heure de ton secours.
Le nommé Martin Duglé fit eslever une autre image de la Sainte-Vierge sur la porte de la Poissonnerie, mais ce fut avec beaucoup moins de dépense et de décoration.
Ensuite de ces obiets de piété, un obiet de pitié et d’effroy fut malheureusement exposé aux yeux des habitans de Dieppe, lorsque le navire du capitaine David Michel, dit le Saint-Louys, d'environ 160 tonneaux, fut embrasé au milieu du port de cette ville (a), la nuit du 2 jour de décembre. Ceux qui furent présents à cet horrible spectacle nous apprennent qu’il arriva par l’imprudence de ceux qui eurent la charge de faire du feu pour seicher les souttes, c’est-à-dire les endroits où l’on devoit conserver le pain nécessaire au voyage. On tient que les oyseaux sauvages, qui passoient alors selon leur coutume des pays du Septentrion aux contrées de l'Occident et du Midy, ayans pris pour un beau jour l’air lumineux et embrasé par les flammes de ce vaisseau, vinrent aussi bien que plusieurs autres s’y brûler, ainsi que les moucherons font à une chandelle allumée. Les maisons qui estoient vis-à-vis de l’embrasement se trouvèrent en si grand danger, que l’on fut contraint d’estendre devant leurs parois et dessus leurs couvertures des voiles mouillées, afin de modérer par ce moyen l’ardeur excessive de cet incendie. Pour ce qui estoit des vaisseaux du port, ils en furent préservez par la diligence et la hardiesse de certains Dieppois qui sautèrent dedans et, après en avoir coupé les cables, les escartèrent de cet infortuné vais-
(a) Le sieur Policien,
seau que l’on abandonna et qu’on laissa dériver au gré de la marée laquelle estoit alors assez haute.
L'an 1624, la muraille que le sieur Coquerel, eschevin de Dieppe, avoit fait commencer à costé de la butte des harquebuziers, sous le gouvernement de M' de Chaste, fut au mois de mars prolongée de plusieurs toises et achevée à la fin de cette année (a).
Le 23 de juillet, M' de Longueville arriva à Dieppe et il establit en la charge de lieutenant du château M' de Villereau, gentilhomme de bonne et d’ancienne maison des environs de Compiègne. Monsieur de Hautenoc vint aussi à Dieppe, mais ce ne fut qu’au mois de novembre. Comme il avoit eu de Sa Maiesté une commission de réprimer les usures dans la province de la Normandie, il en fit des informations et condamna, pendant un an qu'il demeura en cette ville, à des amendes de 400 et de 500 livres, les bourgeois qui en furent convaincus, et, pour leur rendre ce crime plus odieux, il fit asseoir ces usuriers sur la sellette lorsqu'il prononçoit leur sentence.
Dieppe estoit cependant inquiétée par les remuemens et les entreprises des Religionnaires de France qui couroient les mers avec une telle audace, que, sous la conduite du sieur de Soubize, ils osèrent attaquer dans le Port-Louys les vaisseaux du Roy et y prendre avec eux trois navires de Dieppe que l’on avoit envoyez en ce port là pour aller servir au siége de la Rochelle. Ce qui fut cause que dez aussitost que Mons’ de Montigny en eut appris la nouvelle, il fit encore boucher les portes de la mer à la réserve de celles de la Poissonnerie et du Portduët qui estoient les plus commodes et les plus
(a) Voir en l’appendice à la fin du présent volume l'indic. de la continuation de ces murailles du costé des prairies, et de la démolition de l’esperon etc.
assurés à cause de leur pont-levis. Il semble que ce fut encore à l’occasion de l’estat des affaires du royaume et de la rebellion des Religionnaires que l’on adiousta cette année aux deux murailles, dont nous avons fait mention l’année précédente, une autre forte muraille au bout de laquelle on fit le Ravelin ou Esperon, lequel régnoit dans les fossez de la ville et sur les prairies de la vauée d’Arques. Il est vray que ces ouvrages, qui furent entrepris par M'° Jean Montfort, voyeur, ne furent rendus aussi parfaits qu’ils ont esté depuis. Mais cet esperon fut ruiné et cette muraille fut continuée ainsi qu’il est dit en l’Indic. de ce livre en la lettre M. (a).
Le Roy, ayant résolu d’assiéger la Rochelle, députa en Angleterre M' le marquis d’Effiat pour obtenir et faire équiper en ce pays-là quelques navires de guerre. Ce seigneur s’aquitta si bien de sa commission, qu’outre une grande ramberge du port de six cents tonneaux, dont Sa Maiesté Britannique fit présent au Roy très chrestien, sept autres vaisseaux luy furent accordez. Estans arrivez à la rade de Dieppe, le jeudy 3 jour de juillet, et les gens de la ramberge n’ayans voulu recevoir dans leur bord que cinquante hommes François au lieu d’un plus grand nombre que M' l’amiral de Montmorency leur vouloit bailler, les capitaines de ces vaisseaux, ensuite de plusieurs conférences tenües tant au château, avec Mons’ l’Amiral, qu'entre eux à la rade de cette ville, firent lever les anchres dez la pointe du jour du lundy ensuivant, et allèrent à Douvres. Les ambassadeurs du Roy, bien faschez du procédé des Anglois, s’en plaignirent au Conseil d'Angleterre, lequel enfin ordonna à ceux qui avoient traitté avec l’ambassadeur de France de
(a) Voir l’Appendice de ce volume.
faire retourner à Dieppe les sept navires destinez pour le service de son maistre, à condition toutesfois que, si les Anglois qui estoient dessus ne vouloient pas faire la guerre contre les ennemis de Sa Maiesté Très-Chrestienne, ils laisseroient au moins leurs navires en sa disposition, après qu’elle auroit donné caution de la valeur des sept navires seulement, et non pas de la ramberge. Mons' d’Effiat, qui estoit retourné à Dieppe et avoit vu le refus des Anglois, voulut y demeurer pour tascher de trouver les moyens de les satisfaire. Pour ce suiet, il sollicite les sieurs Eschevins de Dieppe et M'° Simon Dablon, qui en estoit le procureur syndic, de conspirer avec luy en l’exécution de son dessein ; et, dans l’assemblée qu'ils firent tenir en la Maison de Ville, le 15 jour d’aoust, il déclar” (a) que les Anglois avoient fait refus de quitter aux François la libre disposition de ces vaisseaux, s’il ne s’obligeoit auparavant de faire en sorte que le Roy leur donnera caution de leur valeur dans quinze jours, en la ville de Londres, sur le pied de deux cent treize mille livres, à quoy ils avoient esté estimez en cas de perte. Il dit aussi qu’il avoit esté contraint de leur accoruer et de leur promettre d’en faire passer un contract, que nonobstant cette promesse et l’intervention de caution des seigneurs de Chevreuse et de la Ville-aux-Clercs, ambassadeurs extraordinaires, beaucoup plus que suffisans pour. la seureté des Anglois, qui n’avoient autre dessein que de traverser l’exécution des intentions de Sa Maiesté, [ils] luy avoient, le jour précédent au matin, envoyé un homme exprès pour luy déclarer, de la part des marchands anglois, que, si la communauté de cette ville de Dieppe
{a) Selon le mémoire lequel le sieur Pierre Estancelin m'a fait voir autresfois,
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