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n’intervenoit caution de l’exécution de la promesse qu'il leur avoit faite, ils fairoient à la prochaine marée retourner leurs vaisseaux en Angleterre. Que cela estant, ils apporteroient un préjudice notable aux affaires de Sa Maiesté, à laquelle les habitans de Dieppe ne pouvoien et ne devoient refuser ce service tellement important e: d’une si haute considération, quoy qu’il n’y eut aucuns ordres pour cet effet donnez de la part de Sa Maiesté, qui en seroit d'autant plus satisfaite et contente que les habitans de cette ville luy auroient rendu très-volontiers ce service dans l’occasion pressante et de leur propre mouvement. Enfin, qu’il offroit de donner aux habitans de Dieppe une indemnité, tant en son propre et privé nom qu’au nom des seigneurs de Chevreuse et de la Villeaux-Clercs, en sorte qu’ils n’en auroient aucune perte ni aucun dommage pour la caution qu’il leur demandoit. Après cela, Messieurs de Ville, qui n’en demandoient pas davantage, furent bientost de son sentiment, De sorte qu'après avoir pris les avis des habitans de cette ville qui estoient présents, tant pour leur regard que pour le regard des autres qui estoient absens, ils arrêtèrent que la communauté s’obligeroit (ainsi qu’elle fit) envers les marchands Anglois, que le Roy et le seigneur ambassadeur fourniroient dans quinze jours en la ville de Londres les deux cent treize mille livres, en cas que les vaisseaux Anglois fussent pris ou perdus ; et que le seigneur d’Effiat passeroit une indemnité aux habitans de Dieppe. tant en son nom privé qu’au nom des seigneurs de Chevreuse «et de la Ville-aux-Clercs. Les contracts en ayant esté passez par Mess” de Ville (a), les navires Anglois, qui estoient retournez à la rade de Dieppe, furent
(ai Le sieur Policien
mis en la possession des François, le mardy dix-neuvième d’aoust, et, le mardy premier jour de septembre, ils levèrent les ancres et cinglèrent en pleine mer, prenans la route de la Rochelle. Mais, bientost après, ces vaisseaux furent renvoyez aux marchands Anglois, le Roy ayans donné la paix à M. de Rohan et aux autres Religionnaires, et deschargé par ce moyen la ville de Dieppe, qui s’en estoit rendüe caution.
Un mémoire porte (a) que les marchands de cette ville y firent équiper cette année cinq vaisseaux pour les envoyer en Canada, et qu’ils estoient d’une différente grandeur ; car l’un, qui estoit nommé la Sainte-Catherine, estoit de trois cents tonneaux ; le second, qui estoit une fuste (1), n’estoit que d’environ 260 ; le 3° estoit de deux cents ; le 4° estoit de six-vingt seulement, et le 5° de quatre-vingt. Selon un autre mémoire, l'amiral de cette petite flotte fut commandé par le sieur de la Ralde, et le vice-amiral par le sieur Emery de Caën, cousin du sieur Guillaume de Caën, qui entreprit cet équipement afin d’entretenir en ce pays-là la traitte, qu’il avoit obtenüe de M. de Montmorency, et qu’il avoit commencée dez l’an 1621, et continuée l’an 1624. Le premier de ces deux mémoires a aussi fait mention de quatre Pères Jésuites et de trois de leurs frères, lesquels passèrent en Canada sur un de ces vaisseaux avec vingt hommes, qu’ils firent porter à leurs despens, pour y bâtir des maisons et défricher la terre.
Sur la fin de l’année 1625 (b) et au commencement de l’année 1626, Monsieur de Montigny fit construire la
(a) M.S, -- (b\ Le sieur Policien.
(A) « Petit vaisseau long et de bas bord, qui va à voiles et à rames. — Drct. de Trévoux. » — Cf. Jal, Glossaire naul., vo Fusta.
CE UE “dis.
haute et forte muraille qui soutient les terrasses de la plate-forme du château qui est vis-à-vis de la place du Porduët ; et de l’autre costé, qui regarde la montée de cette forteresse, il fit eslever une autre muraille et la grande porte où cette montée aboutit. Mais ie mardy dernier jour de juillet, on fit dans la ville des feux de joye, à cause de la naissance de Mons’ le comte de Dunois, fils de Mons’ le duc de Longueville, et l’allaigresse publique éclatta particulièrement par les descharges de toute l’artillerie du château et du fort du Pollet, et par les feux qui furent aussi allumez.
Dez le 2 jour de ce même mois de juillet, les habitans de Dieppe avoient vu un changement et une cérémonie bien pieuse et bien remarquable, car les religieuses et les pauvres de l’hôpital de la Vase furent conduits en celuy de la rue d’Escosse par messire Nicolas de la Place, abbé de Nostre-Dame de la Ville d’Eu et grand vicaire de Messire François de Harlay, archevesque de Rouen. L'autheur de cette remarque témoigne que ce fut processionnellement, et que les ecclésiastiques accompagnèrent les religieuses, lesquelles marchoient deux à deux, ainsi que les pauvres faisoient, à la réserve de ceux qui, ne pouvans se soutenir, furent portez en chaires par des hommes. Il dit encore que M" les Eschevins assistèrent à cette cérémonie, vestus de leurs robes et couverts de leurs toques de velours noir. Ce qui fut exécuté d'autant plus agréablement, que cet eschange estoit tout à fait avantageux, tant pour le regard des religieuses que pour le regard des pauvres, en ce que ce dernier hôpital estoit d’autant plus considérable et commode qu’il estoit exposé au soleil et en bon air, qu'il avoit un plus grand nombre de bons bâtiments, qu’il
avoit une plus grande église (1) et une plus belle infirmerie ou sale des pauvres, et qu’il estoit accompagné d’un jardin très spacieux et très bien clos, tant par les murailles que M" de Ville luy firent construire du costé du midy, l’an 1622 (selon le sieur Policien), que par les édifices qui le bornoient de tous costez. De manière que l'on peut dire que ces bonnes filles y furent mises comme dans un des Paradis de la terre.
La peste, qui avoit continué jusqu'alors avec quelque modération, s’alluma tellement pendant les chaleurs de l’esté (a), que M" de Ville furent obligez de faire construire 15 loges avec des planches dans la prairie appellée le Champ du Pardon, parce que l’on y enterroit les pestiférez, et d’en faire plusieurs autres dans les fossez et les fortifications du Mont-à-Caux. Les Policiens, du nombre desquels estoit le sieur Guillaume Daval (b;, à qui (selon que j’ay estimé) nous sommes redevables d’une partie de nos remarques (2), travaillèrent beaucoup pour empescher les funestes progrez de ce mal. Néantmoins (comme un mémoire témoigne) (c) ni leurs soins, ni leurs peines, ni les feux, ni les parfuns, ni les diverses sortes de remèdes des éventeurs qui vinrent exprez de Rouen, moyennant soixante livres que Dieppe devoit donner à chacun d’eux par mois, ne purent empescher les ravages de ce fléau, non pas même une désolation si universelle que plusieurs rues de cette ville furent couvertes d'herbes ; ce qui fit que ses habitans, ne trouvans
(a) M. D. -- (b) Le Policien Relig. -- ie) M. S.
(4) La chapelle de l'Hôtel-Dieu, qui subsistait encore et ne fut abandonnée qu’en 1860, a été démolie en 4873. — L'abbé Cochet, Répert. archéol col, 20,
(2) Cf. tome E, page 272 (uote, et tome IE, page 66.
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point des remèdes assez efficaces sur la terre, s’avisèrent de recourir au Ciel. Les Religionnaires se mirent en effet d’appaiser la colère de Dieu, par un jeusne qu’ils célébrèrent le 25 jour d’aoust. Les catholiques, de leur part, firent des exercices de dévotion avec bien de la ferveur, et, par un effet de la grande confiance qu’ils avoient en la Sainte Vierge, la patronne et la protectrice de Dieppe, ils eurent recours à elle à l’exemple de leurs prédécesseurs, afin d'obtenir de Dieu par son intercession la délivrance de leurs misères. M' le Gouverneur et Mess'* les Eschevins, concourant à même fin, furent inspirez de Dieu de luy faire vœu de porter au bourg de Liesse, distant de cinquante lieues de Dieppe, un navire d’argent, et de [le] luy présenter en la chapelle de Nostre-Dame de ce lieu-là, s’il luy plaisoit faire cesser un si grand fléau. Dieu agréa ce vœu, et il exauça leurs prières si favorablement, que ce mal, qui s’estoit si fort allumé, s’esteignit peu de temps après; et Messieurs de Ville, se voyans dans l’obligation de s’aquitter de leur promesse, députèrent quelques-uns d’entre eux pour faire le voyage de Liesse, où ils portèrent dans un carrosse la grande et belle barge d’argent, qui s’y fait aisément distinguer par sa beauté et par son prix d’avec tant de présents que l’on voit dans cette chapelle. Ensuite d’une faveur si divine, la pluspart des bourgeois, qui s’estoient retirez aux villages circonvoisins, ne tardèrent pas de retourner à Dieppe et de s’y restablir, après avoir réparé les désordres et les dommages qu’une si effroyable peste leur avoit causez.
Le samedy 24 d'avril de l’année 1627 (a), M' de Tormoulins, conseiller d’Estat, arriva aussi en cette ville
(a; Le Policien Relig,
de la part du Roy pour en visiter les fortifications, les armes et les munitions, et apprendre le nombre des gens qui y estoient en garnison et quels capitaines on avoit postez le long de la coste. Ce fut aussi pour entendre les plaintes qui pouvoient estre faites contre les officiers de la marine, et pour donner des lettres de pourvoy à ceux qui en avoient besoin, et exercer les autres pouvoirs qui estoient compris dans sa commission. Enfin, comme il estoit chargé de s'informer du soin et de la diligence que l’on apportoit en la construction de six grands navires de guerre, il s’aquitta de ce devoir, et il en fut sans doute d’autant plus satisfait que l’on avoit entrepris d’en bâtir quatre au bout du quay.
Un mémoire porte (a) que, le 28 de ce même mois, quatre navires partirent de Dieppe pour porter des vivres à Quebec. Mais le sieur de Ruemont, qui en avoit la conduite, ne put exécuter ce dessein ; car, après avoir esté rencontré des Anglois, et engagé dans un combat de 15 heures, et tellement rude et opiniâtre que, tant d’une part que de l’autre, mille volées de canon furent tirées; enfiu, faute de poudres, il fut obligé de se rendre par composition.
La Rochelle, que quelqu'un a nommé assez à propos Roche-Rebelle, et les Religionnaires, ne cessoient de donner de la jalousie aux suiets du Roy; mais Sa Maiesté ne se lassoit pas de donner partout de bons ordres pour les assurer. Le mercredy septième de novembre (b), M' de Longueville retourna à Dieppe pour ce suiet, et pour y faire commandement aux catholiques de reprendre les armes, à l'exclusion des Religionnaires de cette ville, auxquels Son Altesse demanda dez le lendemain le paye-
(a) MS, du sieur Chrestien, -- (b) Je sieur Policien,
ment de deux cent quarante hommes, afin d’augmenter les compagnies des autres bourgeois et leur aider à supporter les fatigues de la garde. Néantmoins (selon le sieur Policien) ce nombre fut réduit à vingt hommes pour chaque nuit, et les plus riches payèrent seulement six solz pour homme. Les Religionnaires qui n’estoient pas des aisez payèrent moins, parce qu’ils eurent des associez qui contribuoient au payement qu’ils devoient faire, suivant la cotization que dix des Religionnaires furent obligez de reigler. Au reste, Mons’ de Longueville pourvut si bien à toutes choses, qu'avant son départ (qui fut le 12 de ce mois) il ordonna que quelques-unes des portes de la mer seroient closes de murailles ; ce qui fut exactement observé, aussi bien que tout ce que ce prince avoit donné ordre de faire, selon qu’il vient d’estre dit. De sorte que les habitans catholiques continuèrent à faire la garde jusqu’au huitième de septembre de l’année 1629, quoy que le Roy eut pris la Rochelle dez le premier jour de novembre 1628, et que, six jours après sa réduction, on eut rendu à Dieu des actions de grâces (a), tant par la procession générale des deux paroisses, à laquelle Mess'* de Ville assistèrent avec bien de la dévotion, que par le Te Deum, qui fut chanté solennellement, que par les feux de joye, qui furent allumez dans toutes les rues de Dieppe, et, par les descharges des canons du château et d’ailleurs, on eut donné des éclatantes marques d’une alaigresse extraordinaire.
Plusieurs habitans de Dieppe, voulans réparer les dommages et les misères que cette ville avoit souffertes les années précédentes el se vanger en même temps des
a) MS. du sicur Dartoné {Dartenay\.
perfidies des Anglois, mirent en mer des vaisseaux armez en guerre, et ce fut avec tant de bonheur et de générosité, que leurs entreprises eurent toujours les succez qu’ils avoient espérez. Entre autres, le nommé Jaques L’Anglois, capitaine d’une double chaloupe montée seulement de 35 hommes et de deux pierriers, ayant rencontré des vaisseaux anglois, les attaqua avec tant de vigueur que, malgré leur résistance, il les prit et les amena au port de Dieppe. Mais ce capitaine s’estans servi d’une de ces prises qui voloit à la voile (d’où peutestre elle fut nommée la Carosse), et qu’il avoit munie d’environ dix pièces de canon et d’environ cent hommes bien résolus et bien armez, prit plus de vingt navires sur les ennemis, entre lesquels (à ce que quelqu'un m’a témoigné) (a) il y en eut deux qui furent estimez à plus de cent mille livres, et deux autres, que j’ay vus arriver au port de Dieppe en une même marée, qui estoient deux charbonniers, mais si grands et si forts que les marchands trouvèrent bon d’en faire le Senegalois, du capitaine Lambert, dont nous parlerons dans la suite, et le Cap Verdien, du capitaine Goubert, qui fit bé au Cap de Vert, plusieurs bons voyages.
Vers la fin de cette guerre, le capitaine Jacob Bontemps sortit du port de Dieppe et alla courir les mers, espérant y rencontrer des Anglois. Son vaisseau, qui estoit nommé le Saint-Michel, de trois cents tonneaux et de 24 pièces de canon, fut accompagné d’un autre d’environ 80 tonneaux et de six pièces de canon, et de celuy du capitaine Duproc. Ces avanturiers estans arrivés à la veue de la coste du royaume de Marroque, et ayans
(a) Le sieur Jacques Le Ber
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aperçu trois grands navires anglois à la rade d’Asaphi, dont un Dieppois fut le siècle précédent l’Alcaïde (1), e’està-dire capitaine ou gouverneur, et dont Florimond de Ramond a fait mention vers la fin du dernier chapitre du 7 livre de l’Hist. de la naissance de l'Hérésie, donnèrent aussitost dessus, mais deux de ces vaisseaux ennemis, qui voyoient bien à la contenance des Dieppois que leurs approches seroient redoutables et funestes, coupèrent leurs cables dessus l’escubier, et se sauvèrent avec toute la diligence possible, préférant ainsi une bonne fuite à une mauvaiseattente, et abandonnant lâchement leur amiral, lequel, demeurant ferme, se prépara à se bien deffendre. Mais il fut bientost après si mal traitté par le canon du capitaine Bontemps, qui le perça de bande en bande, et par les gens de son équipage, qui non-seulement tirèrent incessamment leurs mousquets à brûle-pourpoint, mais aussi sautèrent dans son bord le sabre d’une main et le pistolet de l’autre, qu’il fut enfin forcé de se rendre. Le choq ayant esté très rude et le combat fort opiniâtre, il y eut bien du monde tué de part et d'autre. Le capitaine anglois fut de ce nombre, ainsi que le lieutenant du capitaine Bontemps, le sieur Vincent Sore, fils du sieur Sore, ancien eschevin de Dieppe. Cet avantage fut considérable et glorieux ; néantmoins ce capitaine dieppois n’en fut pas entièrement satisfait, soit qu’il eut esté averti par quelqu'un des Anglois qu’un autre grand navire de leur nation estoit à la rade de Senega pour y traitter, et qu’il pourroit s’en rendre le maistre, il y va à rames et à voiles, et en peu de jours il y arrive avec sa prise. L’Anglois, qui avoit
(O L'alcade
mouillé les ancres et traittoit avec les sauvages, le voyant arriver, en fut d'autant plus estonné qu’il se voioit surpris et embarrassé, et qu’il avoit à soutenir les efforts de deux puissans navires. Toutesfois, comme il avoit dans son bord environ 30 pièces de canon et un nombre d'hommes assez suffisant pour en soutenir le choq, son commandant les exhorta à une vigoureuse résistance, et chacun d’eux, après avoir essuyé les descharges des Dieppois, se mit en devoir de leur rendre la pareille. Mais les Anglois voyans les grands dommages et les carnages horribles qu’ils souffroient, et jugeant très bien par ces désordres qu’il n’y avoit que des coups à attendre et après tout une perte inévitable, ils se laissèrent prendre et amener avec les autres à la rade de Dieppe, où ces trois grands navires parurent dans un appareil très pompeux et très magnifique, tant à cause qu’ils estoient bien faits et parez de tous les ornemens propres pour le temps de la paix et de la guerre, qu’à cause que les figures peintes et dorées de leur avant et de leur arrière, aussi bien que des galleries de ces deux vaisseaux Anglois, brilloient merveilleusement aux yeux qui les virent. Ceux qui se sont occ.:’z à apprendre le prix et les richesses de ces deux prises ont témoigné qu’elles valoient plus de trois cent mille livres. Ces vaisseaux néantmoins (dont le premier, appelé le Jaques, estoit de 300 tonneaux, et le second, nommé la Bénédiction, de Londres, estoit de quatre cents) furent tellement abandonnez au Pollet pendant plusieurs années, à cause des contestations des marchands d'Angleterre, qu’ils furent gastez et mis hors d’estat de retourner en voyage. L'année suivante, je veux dire l’an 1629, les paroissiens de Saint-Remy, qui avoient eu jusqu'alors le
s te de
desplaisir de voir leur église imparfaite, prirent la résolution de se servir de tous les moyens possibles afin de luy donner toute la grandeur que la juste symmétrie de sa fabrique et la commodité du peuple demandoit (a). Pour cet effet, M' le curé alla à Paris, et ayans présenté une requeste au conseil, obtint la permission de lever dix-huit deniers pour livre du louage de chaque maison de sa paroisse. En sorte que les propriétaires devoient payer douze deniers et les locataires le reste, pendant neuf années. Les Religionnaires refusèrent de contribuer à cette cotization, mais ils y furent condamnez par le juge d’Arques. Il est vray qu’ils en appellèrent au Parlement, mais la Cour les renvoya, par arrest du 7 d’aoust, au conseil sur le principal, ordonnant que cependant leurs meubles, qui avoient esté saisis pour ce suiet, leur seroient rendus. Ce qui fut ainsi ordonné (à ce que dit le Policien) pour ne pas choquer l’Edit de Nantes, qui les affranchit de contribuer aux bâtimens des églises (b). Pour le regard des presches, ils eurent d’autres sentimens, car, le dernier jour d’aoust de l’année 1630, ils consentirent volontiers de fournir aux paysans du village de Luneray la somme de cent cinquante livres, pour leur aider à achever celuy qu’ils avoient entrepris de bâtir, et qu’ils ont esté obligez de démolir vers la fin de septembre et au commencement d’octobre de l’année 1681, par l’ordre du roy Louys-le-Grand.
Cette même année 1630, deux navires dieppois, lesquels alloient en Espagne, ayant esté rencontrez par une flote de navires turcs, furent pris et menés à Algier, et leurs hommes mis en captivité. De sorte que la ville de Dieppe souffrit de grands dommages, tant à cause de
(a) Le Policien Relig, -- /b) Au 2 des articles particuliers,
la perte de ces vaisseaux qu’à cause des grosses sommes que ses habitans furent obligez de payer pour la rançon de ceux qui en eurent les moyens.
Cette ville eut encore un suiet de déplaisir, après que l’on eut appris que des Religionnaires avoient osé proférer des blasphèmes contre l’honneur et les prérogatives de la Très-Sainte Mère de Dieu. Mais, por” luy en faire réparation, M" de Ville firent eslever en son honneur au mois de décembre deux belles images, une desquelles fut posée sur la porte de la Barre avec cette devise : ORBIS ET URBIS SALUS; et l’autre fut mise audessus de la grande porte de l’Hôtel-de-Ville avec l’inscription de Marer Der. Plusieurs particuliers, qui prirent intérest en la cause de cette divine princesse des hommes et des anges, en firent placer beaucoup d’autres à leur imitation, sur les portes et sur les poteaux de leurs maisons.
Au mois de janvier de l’année 1631 (a), Mons’ de Montigny fit construire le pavillon qui subsiste encore sur le bord de la plate-forme qu’il avoit fait revestir de murailles les années précédentes. Il fit aussi en ce même temps construire un autre bâtiment dans la seconde cour du château, laquelle fut voutée avec de la pierre par son ordre, après ne l’avoir esté jusqu'alors qu'avec du bois et de la planche.
Les deux années suivantes ne nous ayans donné de quoy faire une chronique, je passe à l’année 1634, et je dis (avec le sieur Policien) qu’un certain Jean Prumer avoit establi à Dieppe un impost de visiteur des draps, qu’il y posa un commis qui se fit payer six solz pour pièce de grande sarge, et que, si cet impost fut abattu, il fut relevé au mois de juin de la présente année, et ensuite
(a) Le même Poiicien
encor abattu, par la contestation des drapiers, dont le principal employ consistoit (ainsi que M' Dablon a témoigné) en sarges semblables à celles de Florence, lesquelles ils envoyoient à Rouen, à Paris, à Lion et à plusieurs autres endroits de la France. Ce qui faisoit (dit-il encore) qu’un très grand nombre de pauvres gens vivoient du mestier de la draperie, depuis trois cents ans qu'il s’estoit maintenu en crédit (selon qu’il en est parlé dans le Chartrier.) Quant à la halle aux draps, où l’on amassoit les draperies qui venoient d’Escosse, d’Angleterre et d’Espagne pour y être visitées, elle se tenoit auprès de la vicomté, au lieu même où les Pères de l'Oratoire ont depuis bâti leur église (1).
Jusqu’à présent le fort du Pollet n’avoit esté remparé que de terrasses assez hautes et ceint de fossez un peu profonds, sans qu’il eut d’autres murailles que celle de sa porte et celle qui soutenoit la moitié des terrasses de l'angle qui est vers la mer et à l’extrémité de ce poste. Mais Mons’ de Longueville ayans trouvé bon de le rendre plus fort, entreprit cette année de le faire revestir entièrement de murailles et d’en élargir les fossez. Les années suivantes, un ingénieur, nommé Tissot, qui estoit gagé de ce prince, adiouta aux travaux du fort de beaux dehors et des glacis, afin d’en empescher les approches.
L'an 1635, Mons’ de Montigny fit tenir, par l’ordre de Son Altesse, une assemblée de ville, le 24 jour d'avril, et il y fit lire une lettre que le Roy avoit addressée à ce prince. Comme elle portoitun commandement fait exprez, tant aux Religionnaires qu'aux catholiques de Dieppe, d’y faire la garde, six des plus considérables Religionnaires furent députez de la part du Consistoire vers Mons’ de
(4) Aujourc hui la chapelle du Collége.
Montigny, pour le prier de rendre leurs armes et de rétablir en leurs charges les capitaines qui estoient de leur créance et avoient survescu à leur désarmement ; mais Mons’ le Gouverneur leur ayant répondu qu’il ne pouvoit leur accorder ce qu’ils demandoient, et qu'il en escriroit à Son Altesse, il y en eut cependant qui furent obligez d’en chercher d’autres, et de marcher, dez le soir de la même journée, avec les deux compagnies des catholiques, qui commencèrent à faire la garde. Les autres en firent autant, les jours suivans, après avoir acheté des armes d’autant plus volontiers que la guerre estoit déclarée contre l'Espagnol.
Quoyque cette guerre put empescher la liberté du commerce, et même estre très-funeste aux vaisseaux dieppois, les sieurs de Lolive et du Plessis ne laissèrent pas de sortir du port de Dieppe, le 5 de may (a), à dessein d’aller à l’isle de la Gardaloupe (1) et d’y establir une colonie de cinq cents hommes. Le capitaine Regimont partit aussi du port et de la rade de cette ville avec son vaisseau, qui estoit de trois cents tonneaux et de seize pièces de canon ; mais il prit la route de l’isle de Saint-Maurice, qui est vers l’embouchure de la mer Rouge, pour y couper et charger du bois d’ébène. Ce capitaine en avoit déjà fait le voyage avec tant de bonheur et de profit (b) qu’il voulut y retourner une seconde fois (2). Néantmoins, ayant reconnu lorsqu'il fut arrivé à cette isle qu’elle estoit occupée par les Espagnols ou Portugais, contre lesquels la guerre avoit esté déclarée, et, estant con-
(a) M. S. du sieur Chrestien, -- (b) Selon le témoignage de sa femme et de son fils.
(1) La Guadeloupe.
(2, Le capitaine Régimont est nommé Gilles Rézimont par le sieur de Flacourt, dans sa Relation de la grande isle Madagascar, où il est représenté comme un capitaine bien expérimenté à la navigation (p.204 et suiv.).
traint de passer outre, il trouva bon de faire valoir son voyage aux dépens des ennemis de la France, lesquels navigoient ordinairement sur les mers du Levant, tant pour aller aux terres et aux habitations qu’ils avoient aux Indes Orientales, que pour en partir et retourner en Espagne et en Portugal ; comme il continuoit sa route et couroit le bon bord, il découvrit trois navires vers les costes de la Perse. Il donne aussitost dessus, en sorte que peu de temps après il en aborda un, d’environ quarante tonneaux, bâti et équipé à la façon de ecux que l’on nomme en ce pays-là des Joncs (1), parce que leurs voiles sont faites de nattes de joncs.
Les Dieppois s’en estant rendus les maistres, se mirent incontinent à le piller et à se saisir de tout ce qu’il y avoit d’or et d’argent, dont une partie estoit en barre et l’autre en monnoye de Perse et de Turquie, et en pièces de huit ou Patagons, qui estoient des pièces d’Espagne de la valeur de 58 solz. Ce qui se monta (selon que l’on a estimé) à plus de cent mille escus, que plusieurs marchands Turcs et Persans, qui estoient sur cette prise, avoient reçeue pour les raretez et les marchandises qu’ils venoient de vendre en la foire de Médine et de la Meke, où les Mahométans s’estoient rendus de toutes parts pour visiter ces lieux destir” à la vénération de leur faux prophète. Le capitaine Regimont, qui devoit avoir pour sa part la somme de trente six mille livres, à raison d’un seiziesme qu’il avoit dans son navire, en fut néantmoins privé, et enfin fait prisonnier en
(4) Jonques. — M. Jal fait venir ce mot du portugais junco. Une note marginale du manuscrit d'Asseline, note que nous croyons pouvoir attribuer à M. Jules Thieury, prétend qu'il vient d'un mot chinois que les Malais prononçaient adjonc, et qui signifie vaisseau.
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la Bastille de Paris pendant plusieurs années, à faute d’avoir apporté dans son bord quelques-uns de ces étrangers comme autant de témoins de sa conduite. Mais quoy? le ciel le permit ainsi afin d’apprendre à ce capitaine, aussi bien qu’à tout autre, que les richesses avoient des espines de même que les roses, et que les unes et les autres piquoient vivement si on les prenoit inconsidérément et sans précaution.
Lorsque les Dieppois s’occupoient à courir et à butiner sur les mers du Levant, les Flamans, estans suiets du Roy d’Espagne, rodoient les mers du Nord et du Ponant. En sorte que les Dunkerquois spécialement prirent incessamment des navires de France. Il est à croire que les Dieppois furent du nombre de ceux qui en souffrirent plus de pertes et de dommages, parce qu’ils mettoient en iner beaucoup de bateaux et de navires, et qu’estans de grand profit, ces avanturiers les cherchoient partout et les poursuivoient même jusqu’à la rade et à l’embouchure du port de Dieppe, comme pour insulter à ses habitans et les braver. Mais une telle audace leur déplut si fort que, pour la réprimer et donner à ieur tour la chasse à leurs ennemis, ils firent équiper, sur la fin de juillet (a), quatre navires de guerre, lesquels, toutesfois, ils ne purent entretenir longtemps en mer. Et environ ce temps-là, Mons’ de Montigny fit construire un petit fort au pied du fort du Pollet, pour commander sur l’entrée du port et en repousser ces avanturiers. D’où est venu qu'il a esté depuis ce temps-là appellé le fort de Montigny. Ce brave Gouverneur, non content d’avoir ainsi fortifié le costé du Pollet, voulut aussi remparer
{a) Le sieur Policien.
celuy du château ; pour cet effet, il fit sslever un parapet de briques sur la muraille qui soutient les terrasses du pied des deux dernières tours du château et de l’extrémité de la falaise, et en même temps dresser en cet endroit-là, qui est au-delà des murailles de la ville, une plate-forme et une baterie, dont le canon peut aisément nettoyer la banquée de la mer et commander sur son rivage. Aussi a-t-on construit dans ce poste un corpsde-garde, parce qu’on avoit dessein de le faire valoir avantageusement en cas de besoin. Et d’autant que la Tour de Marne, dont nous avons parlé ailleurs (1), estoit presqu’entièrement ruinée, et qu’ainsi elle pouvoit estre aisément prise ct servir ensuite comme de marche-pied pour monter sur les rampars de la ville, il la fit abbattre et razer à fleur de terre.
La guerre, qui causoit tant de remuemens, continuoit de ruiner le commerce, en sorte que les habitans de Dieppe (ainsi que le sieur Policien a témoigné) ne s’entretenoient ordinairement que des prises de leurs navires, de leurs bateaux pescheurs et de leurs hommes, que les Flamans enlevoient par un malheur qui fut extrêmement funeste à cette ville, car il y fit naistre tant de déplaisirs et de misères que le feu de la peste, qui sembloit estre esteint, se ralluma aux approches de ces nouvelles matières. Mais ce fut avec beaucoup plus de véhémence et de ravages qu'auparavant. D’où est venu (sans doute) qu'il ne se passa dans cette ville pendant les deux années suivantes aucune chose digne de remarque, si ce n'est l’embrasement et la perte entière du grand et du riche vaisseau du capitaine Thomas Lambert, laquelle arriva à la rade, l’an 1637, le jour de Saint Matthias.
1 Tone EL, p. 210
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Ce fâcheux et déplorable accident survint (à ce qu’on tenoit) par l’imprudence d’un matelot, lequel, s’estant approché des poudres lorsqu'il fumoit du tabac, y laissa tomber quelque charbon. Quoy qu’il en soit, je peux au moins assurer qu’une partie de ce vaisseau, appelé la Marie, du port de 300 tonneaux, monté de 18 ou 20 pièces de canon et d’environ 80 hommes, sauta en l'air en partie, et qu’en partie il coula au fond de la mer, en sorte toutesfois que le bout de son mast d’avant parut pendant plusieurs années dessus l’eau, comme pour servir d’un triste mémorial de la perte de quarante mille escus et d’un très-grand nombre de Dieppois, tani de l’équipage que de la ville, qui voulurent faire le lundy ou le mardy gras avec leurs parens et leurs amis, tandis que le capitaine le faisoit à terre avec sa famille. On a remarqué qu’encor bien que ce capitaine eut eu une bonne part de cette infortune, et qu’il prenoit son repas lorsqu'on luy en apporta la nouvelle, il ne se leva pas de table, mais le continua avec une fermeté et une constance extraordinaire, ayans considéré que le mal estoit sans remède.
Néantmoins, ce capitaine dieppois ayans pratiqué les années précédentes la traitte du Sénégal avec ce même navire, qui en fut surnommé le Sénégalois, les marchands de Rouen et de Dieppe (lesquels faisoient une compagnie de commerce) s’eflorcèrent de l’entretenir et de l’envoyer en ce pays-là avec deux autres navires, dont l’un estoit chargé de provisions de bouche et de guerre, et l’autre d’onvriers et de matériaux propres pour y bâtir une habitation, et faciliter par ce moyen le commerce qu’ils y avoient entretenu jusqu'alors avec beaucoup de dépenses et de pertes, ainsi que cette compagnie repré-
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